En bref
Cette loi concerne la programmation financière pluriannuelle pour la période 2018-2022 et le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2019. Elle vise à encadrer les finances publiques et à apporter des modifications à plusieurs codes et lois existants.
Ce qu'elle réglemente
- La planification financière de l'État sur plusieurs années (2018-2022).
- Le budget annuel des recettes et des dépenses de l'État pour 2019.
- Des modifications spécifiques à des lois comme le Code de la sécurité sociale, le Code du travail, et la loi générale des impôts.
- Des ajustements à des lois concernant l'impôt sur le revenu, la taxe sur la valeur ajoutée, et l'organisation du Corps diplomatique.
Qui elle concerne
- L'État luxembourgeois, ses administrations centrales et locales, ainsi que la sécurité sociale.
- Les citoyens et les entreprises, à travers les modifications fiscales et les dépenses publiques.
Points clés
- Le projet de loi prévoit une programmation financière pluriannuelle pour la période 2018-2022.
- Il établit le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2019.
- Il modifie 11 textes législatifs, dont le Code de la sécurité sociale, le Code du travail et la loi générale des impôts.
- Le solde positif de l'administration centrale de 121 millions d'euros en 2018 se transforme en un déficit de 650 millions d'euros en 2019, soit une détérioration de 771 millions d'euros.
Texte de loi
Texte de loi
LE GOUVERNEMENT DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG Ministère d'État Le Ministre aux Relations avec le Parlement Madame la Présidente du Conseil d'État Luxembourg Personne en charge du dossier: Luxembourg, le 9 avril 2019 Jean-Luc Schleich lit 247 - 82954 SCL : L 5594 / L 5593 — 490 / nb V/réf. 53.291 / 53.290 Doc. parl. 7451 / 7450 Objet :
- Projet de loi relatif à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2018-
- Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2019 et modifiant : 10 le Code de la sécurité sociale ; 2' le Code du travail ; 3° la loi générale des impôts modifiée du 22 mai 1931 (« Abgabenordnung ») ; 4° la loi modifiée du 30 juin 1947 portant organisation du Corps diplomatique ; 5° la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu ; 6° la loi modifiée du 12 février 1979 concernant la taxe sur la valeur ajoutée ; 7° la loi modifiée du 10 décembre 1998 portant création de l'établissement public dénommé « Fonds d'assainissement de la Cité Syrdall » ; 8° la loi modifiée du 8 juin 1999 sur le budget, la comptabilité et la trésorerie de l'État ; 9° la loi modifiée du 24 décembre 1999 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2000 ; 10°Ia loi modifiée du 22 décembre 2006 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2007 ; 11°la loi modifiée du 14 décembre 2016 portant création d'un Fonds de dotation globale des communes. Madame la Présidente, Comme suite à mes lettres respectives du 5 mars 2019, j'ai l'honneur de vous faire parvenir en annexe les avis de la Chambre des métiers et de la Banque centrale du Luxembourg sur les deux projets de loi sous rubrique. Veuillez agréer, Madame la Présidente, l'assurance de ma haute considération. Pour le Ministre aux Relations avec le Parlement John Dann Directeur 43, boulevard F.-D. Roosevelt L-2450 Luxembourg Tél. (+352) 247-82952 Fax (+352) 46 74 58 scl@scl.etat.lu www.gouvernement.lu www.luxembourgiu CHAMBRE DES METIERS CdM/05/04/2019 - 19-019 Projet de loi relatif à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2018 - 2022 et Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2019 et modifiant : • • • • • • • • • • • 10 le Code de la sécurité sociale ; 20 le Code du travail ; 3 la loi générale des impôts modifiée du 22 mai 1931 (« Abgabenordnung ») ; 4 la loi modifiée du 30 juin 1947 portant organisation du Corps diplomatique ; 5 la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu ; 6 la loi modifiée du 12 février 1979 concernant la taxe sur la valeur ajoutée ; 7 la loi modifiée du 10 décembre 1998 portant création de l'établissement public dénommé « Fonds d'assainissement de la Cite Syrdall » ; 80 la loi modifiée du 8 juin 1999 sur le budget, la comptabilité et la trésorerie de l'Etat ; 9 la loi modifiée du 24 décembre 1999 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2000 ; 10 la loi modifiée du 22 décembre 2006 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2007 ; 110 la loi modifiée du 14 décembre 2016 portant création d'un Fonds de dotation globale des communes Avis de la Chambre des Métiers Résumé structuré Une amélioration suivie d'une détérioration du solde des finances publiques. Tout d'abord la Chambre des Métiers salue la situation favorable des finances publiques en 2018, l'administration centrale affichant le premier excédent depuis dix ans. Les causes sont à rechercher dans un environnement conjoncturel porteur, une sous-estimation importante de certaines recettes, comme l'impôt sur le revenu des collectivités - en partie due à l'encaissement massif d'arriérés - et la surestimation de certains postes de dépenses, notamment les investissements publics. Ainsi, les résultats reposent partiellement sur des facteurs non nécessairement récurrents. Par contre, le projet de budget 2019 fait également état d'une dégradation de la situation en 2019, le solde positif de l'administration centrale de
- millions euros se transformant en déficit de 650 millions euros, ce qui représente une 2, Circuit de la Foire Internationale L-1347 Luxembourg-Kirchberg • B.P 1604 L-1016 Luxernbourg T:1+352142 67 67-1 • F: (+352142 67 87 contact1Bcdmiu www.cdm.lu page 2 de 20 Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg détérioration de 771 millions euros. Le degré de réalisme de certaines recettes et dépenses prévues est toutefois difficile à apprécier. Des mesures à soutenir Les mesures ayant pour effet de maintenir, voire de renforcer l'attractivité du pays d'un point de vue économique sont saluées, parmi lesquelles les modifications au niveau de la fiscalité, des investissements publics, notamment ceux dans les infrastructures de transport, et les crédits prévus dans l'intérêt de l'innovation, de la digitalisation et de la recherche. Devant l'optimisme ambiant, la prudence est toujours requise, alors que la stabilité et la santé des finances publiques sont exposées à deux risques, /es uns de type conjoncturel, /es autres de type structurel. Pour ce qui est des premiers, la Chambre des Métiers considère que le projet de budget 2019 se base sur des hypothèses relativement optimistes surtout face aux incertitudes au niveau international le flou entourant le Brexit, la propagation de tendances protectionnistes, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, de même qu'entre les USA et l'Union européenne. Des prévisions économiques optimistes ? Aussi, la Chambre des Métiers tient à relever que les prévisions de croissance économique de la Commission européenne pour le Luxembourg sont moins favorables que celles du STATEC pour l'année 2019 ; l'écart étant plus important encore pour l'évolution estimée du P1B en
- Un retournement conjoncturel risque d'avoir un impact important sur les finances publiques en raison de l'effet « ciseaux » qu'il est susceptible de provoquer à politique inchangée. D'un côté une baisse des recettes, suite à un recul des bénéfices des entreprises, une diminution de la consommation des ménages et une moindre hausse de l'emploi et des salaires. D'un autre côté, une progression des dépenses en raison de l'augmentation du chômage (Fonds pour l'Emploi, Revis, ...)» Dans la mesure où les investissements dans nos infrastructures sont une nécessité, une diminution de ces dépenses en cas de conjoncture défavorable, serait en tout cas un mauvais levier. Une évolution du budget social soutenable ? Sur le plan structurel, la Chambre des Métiers regrette la politique du « toujours plus » sur le plan des dépenses sociales, se traduisant par l'introduction, au fil du temps, de nouveaux transferts sociaux et, en parallèle, l' « amélioration » de transferts existants. 11 en résulte une hausse des dépenses qualifiées de « difficilement compressibles » qui confine la politique budgétaire future dans un carcan de plus en plus rigide. En fait, la rigidité accrue du budget social réduira proportionnellement la marge de manœuvre des gouvernements. Dans ce contexte, la Chambre des Métiers regrette l'introduction de mesures structurelles, ayant un effet budgétaire à long terme, justifiée par une situation conjoncturelle actuellement (encore) favorable. CdM/D0/nf/Avis_19-019_Budget_d'EtaL2019/05.04.2019 Chambre des Métiers du Grand Duché de Luxembourg page 3 de 20 Si la Chambre des Métiers comprend que dans un des pays les plus riches du monde l'Etat accompagne, d'une manière généreuse, les changements sociétaux, comme le désir d'une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée, la politique du « toujours plus », financièrement gérable en temps de boom économique, ne mènera-t-elle pas inévitablement à un « mauvais réveil » en temps de retournement conjoncturel ou pire de taux de croissance durablement plus bas dus à des mutations structurelles de l'environnement international (p. ex. au niveau de la fiscalité) ? Dans l'optique que « gouverner, c'est prévoir », la Chambre des Métiers se demande si les responsables politiques seraient prêts à revenir, pour préserver des finances publiques saines, à des mesures moins généreuses que ce n'est le cas dans l'état actuel des choses ? Par sa lettre du 5 mars 2019, Monsieur le Ministre des Finances a sollicité l'avis de la Chambre des Métiers aux sujets des projets de loi sous rubrique.
- Chiffres-clés du projet de budget 2019 L'analyse des chiffres-clés du projet de budget 2019 révèle une situation favorable des finances publiques en 2018, l'administration publique et l'ensemble des entités la composant dégageant un excédent, ce dont la Chambre des Métiers se réjouit. Or, les données font également état d'une dégradation de la situation en 2019, le solde positif de l'administration publique passant de 1.514 millions euros à 632 millions euros, ce qui représente une détérioration de 882 millions euros. Soldes de l'Administration publique et des sous-entités (+ : excédent ; - : déficit) Unsté : millions € 2018 2019 Variation 1.514 632 -882 Administration centrale 121 -650 -771 Administrations locales 334 285 -49 1.059 997 -62 Administration publique - - Sécurité sociale Source : Ministère des Finances ; calculs Chambre des Métiers Le tableau reproduit ci-avant montre que cette évolution est avant tout imputable à l'administration centrale dont le solde positif de 121 millions en 2018 se transforme en déficit de 650 millions euros en 2019, soit une dégradation de 771 millions euros. Avant d'analyser plus en détail le projet de budget 2019, il convient cependant de s'attarder à l'exercice 2018, pour déterminer les raisons de l'amélioration mentionnée ci-avant et d'évaluer son caractère durable ou non. COM/DO/nf/Avis_19-019_Budget_d'Etat_2019/05.04.2019 Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg page 4 de 20
- Situation favorable des finances publiques en 2018 Sur la dernière décennie, l'effet de la crise économique est clairement perceptible pour les exercices de 2009 à 2012, avec des déficits proches du milliard d'euros. A partir de 2013 la situation se détend quelque peu, le solde négatif se rétrécissant de façon importante au cours de cette année pour se maintenir autour de 200 millions euros entre 2014 et
- Les principaux facteurs explicatifs résident dans l'embellie sur le plan conjoncturel et l'impact du « Zukunftspak » qui visait à mieux maîtriser les dépenses et à augmenter certaines recettes pour compenser les pertes de recettes de TVA issues du commerce électronique. Au cours de l'exercice 2017 le déficit se creuse encore quelque peu, probablement sous l'incidence de la réforme fiscale. Administration centrale: solde budgétaire (en mio C) 600 400 200 -200 -400 11 600 -800 1 000 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 Source: STATEC, Ministère des Finances Si l'administration centrale dégage en 2018 le premier excédent depuis 10 ans, un facteur-clé qui explique cette évolution est à rechercher dans une situation conjoncturelle favorable. Ainsi, le PIB aurait affiché une croissance de 3% l'année passée après 1,7%2 en 2017, ce qui devrait aller de pair avec une hausse des bénéfices des entreprises et donc des recettes plus élevées au titre de l'impôt sur le revenu des collectivités (IRC) notamment. L'emploi quant à lui a progressé de 3,7% en 2018, ce qui est synonyme d'une hausse des recettes concernant l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Par ailleurs, l'augmentation de l'emploi devrait avoir stimulé la consommation et par conséquent le produit de la TVA. D'après les dernières estimations, elle s'établirait à 2,6% (Conjoncture Flash Mars 2019 ; STATEC). 2 Conjoncture Flash Mars 2019 : STATEC. Le STATEC rappelle • que l'année 2017 - marquée par un pic d'expansion pour la plupart des pays de la zone euro - avait souffert au Luxembourg de phénomènes à caractère technique qui avaient tiré la croissance vers le bas • CdM/00/nf/Avis_19-019_Budget_dltat_2019/05.04.2019 page 5 de 20 Chambre des Mébers du Grand-Duché de Luxembourg Parallèlement à la création d'emplois, le nombre de chômeurs a baissé de 4%, 15.500 personnes étant toujours touchées par ce phénomène. Or, cette évolution devrait faire baisser les dépenses en relation avec le chômage. Une deuxième raison de la bonne tenue de l'administration centrale est liée à la variation parfois importante entre les données présentées en automne 2017 dans le cadre du dépôt du projet de budget 2018 et celles figurant au projet de loi sous avis pour certains postes budgétaires. Ainsi, la Chambre des Métiers constate une sous-estimation notable de certaines recettes. A titre d'exemple, on peut citer l'IRC. Si le budget pour l'exercice 2018 prévoyait des recettes de 1.715 millions euros, le compte prévisionnel pour ce même exercice estime celles-ci à 2.302,9 millions euros. Ceci correspond à un écart de l'ordre de 588 millions euros ou à une sousestimation de ce poste de 34%. Sous-estimation importante de l'IRC au titre de l'exercice 2018 Unité ; millions € (si pas spécifié autrement) IRC prévu Montant de l'IRC IRC réalisé 1.715,0 Var en € 2.302,9 +588 Var. en % 34% Source : Projets de budget pour les exercices 2018 et 2019 ; calculs Chambre des Métiers Cette différence très importante semble étre liée à deux causes essentiellement. Tout d'abord, l'obligation du dépôt électronique des déclarations de la part des collectivités et l'imposition automatique des revenus de la collectivité ont permis d'accélérer la procédure d'imposition
- Par ailleurs, la hausse des recettes est imputable à un « encaissement massif d'arriérés» lors du deuxième semestre 2018, un fait dont les répercussions ressortent clairement du graphique reproduit ci-dessous.4 Finances publiques EvOlLMON DES RECEnu FK.11F 48 46 44 'eg4 110 38 36 311 32 30 r‘f ra w' R. t.) el e 11, IOIJ Sources &de,e.stratont Ilsca et STATEC foonnees deuesonnaesteel 3 Analyse des données fiscales au Luxembourg : CES ; 22 novembre 2018 Conjoncture Flash ; 1-2019 : STATEC CdM/DO/nf/Avts_19 019_13udgeLd'Etat_2019/05 04 2019 1- Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg page 6 de 20 Si certaines recettes ont été largement sous-estimées, il semble à la Chambre des Métiers que, de l'autre côté, des postes de dépenses aient été surestimés lors du dépôt / vote du budget pour l'exercice
- Or, une telle analyse se révèle impossible au stade actuel, vu que la Chambre des Métiers dispose seulement des données relatives au a budget voté », et non pas de ceux du « compte provisoire ». Toutefois, le volume des investissements réalisé, dont les données sont publiées dans les chapitres introductifs du projet de loi révèle, à travers une comparaison avec les chiffres relatifs aux investissements prévus, et publiés dans le projet de budget pour 2018, un écart de 142 millions euros. Sur ce poste, l'Etat a donc réalisé une économie. Il demeure que le taux de réalisation reste élevé en atteignant 94%. Ecart entre les investissements prévus et réalisés en 2018 Unité : m Ilions € si pas spécifié autrement) Investissemen s Investissements réalisés prévus Variation en € Taux de réalisation Investissements directs 1.514 1.467 -47 97% Investissements indirects 851 756 -95 89% 2.365 2.222 -142 94% Total Source : Projets de budget pour les exercices 2018 et 2019 ; calculs Chambre des Métiers De l'analyse qui précède il découle que la bonne tenue des finances publiques en 2018 repose en partie sur des facteurs non nécessairement récurrents comme l'encaissement massif d'arriérés et le dépôt électronique des déclarations qui en combinaison avec l'imposition automatique pourrait réduire le volume des arriérés, et partant la marge de manœuvre du Gouvernement pour lisser à l'avenir les recettes fiscales. Les excédents dégagés en 2018 risquent donc de ne pas présenter un caractère durable.
- Déficit de 650 millions C prévu en 201,9 et amélioration au-delà Comme il a été relevé ci-avant, le solde de l'administration centrale devrait, d'après les estimations du projet sous avis, se détériorer de manière importante entre l'exercice 2018 et celui de
- L'analyse des accents de la politique budgétaire à mener pendant l'année en cours donne une réponse partielle quant aux causes de cette dégradation. CdM/DO/nf/Avis_19-0193udget_d'Etat_2019/05 04 2 1 Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg page 7 de 20 3.
- Les accents de la politique budgétaire en 2019 Budget « social » Le budget « social »5, représentant quelque 48% des dépenses totales, constitue le plus grand poste de dépenses. En analysant les données y afférentes, la Chambre des Métiers constate que différentes réformes ont un impact très significatif sur l'évolution des dépenses en cause. Suite à la réforme du congé parental, les crédits prévus à ce titre se chiffrent à 237 millions euros, soit une hausse de 43% par rapport à
- Pour les chèques services accueil, les dépenses sont estimées à 421 millions euros, une progression de 9,5% face à l'année passée. Au niveau de l'adaptation du salaire social minimum (SSM), le « coût » lié à l'introduction du nouveau crédit d'impôt s'élève à 60 millions euros. La Chambre des Métiers se doit également de rappeler qu'une partie non négligeable des dépenses sociales revêt un caractère difficilement compressible et qu'elles augmentent en plus de façon mécanique. A titre d'illustration on peut citer les « transferts de l'Etat à la Sécurité sociale ». Ainsi, les contributions de l'Etat au profit des différents régimes de la Sécurité sociale (assurances pension, maladiematernité, dépendance, accidents, Mutualité des employeurs, à l'exclusion des crédits pour prestations familiales qui relèvent du Ministère de la Famille) affichent une hausse de 213 millions euros ou de 6,5%. Elles varient en fonction de l'évolution de l'emploi et des salaires individuels. Politique d'investissement de l'Etat Un poste de dépenses important de l'administration centrale concerne la politique d'investissement de l'Etat. Investissements réalisés / prévus sur la période 2014-201.9 Investissements directs (Formation de capital) Investissements indirects (Transferts en capital) Total . Variation . En °o du PIB 2014 1 146 591 1 737 3-5°* 2015 1 330 581 1 910 —10.0°0 3.7"o 1016 1017 1 336 680 2 016 ÷5.5°0 3.8°0 1 335 735 2 070 +2.ro 3.7°. 2019 1 467 1 596 756 962 2 222 2 557 +7.4°0 —15.1°0 le. 4.2°0 1018 Note : Les chiffres de ce tableau sont expnmés en nnlhons d'erres D'après les données du projet sous avis, les investissements publics devraient dépasser la barre des 2,5 milliards euros en 2019, ce qui représenterait une hausse de 15%. Ce sont avant tout les investissements indirects qui contribuent à cette augmentation. La Chambre des Métiers constate que les dépenses du Fonds du rail, du Fonds des routes et celles en relation avec l'infrastructure du tram se situent à 626 millions euros. 5 Prestations sociales, subsides. subventions, transferts à la sécuhté sociale, autres transferts de revenus COM/DO/nt/Avis_19-019_Budget_d'Etat_2019/05.04.2019 page 8 de 20 Chambre des Métiers du Grand Ductte ae Luxembourg investissements dans le rail, la route et le tram Umté. n eons eurou Type de dépenses 201.8 201.9 2020 2021 2022 Participation aux frais d'investissement liés à la ligne du tramway à Luxembourg entre la Gare Centrale et le Circuit de la Foire Internationale au Kirchberg. 35,6 12,3 21,8 12,9 0,0 Participation aux frais d'investissement liés à l'extension du tramway de la Gare Centrale vers la Cloche d'Or. 3,0 1,4 26,5 35.0 23,6 3.6 166,8 435,0 644,0 0,1 199,0 413,7 626,6 5,8 234,4 450,8 739,3 15,7 277,7 530,5 871,8 31,4 317,3 480,8 853,1 Participation aux frais d'investissement liés à l'extension du tramway du Circuit de la Foire Internationale au Kirchberg vers raéroport du Findel. Fonds des routes Fonds du rail Total Source: Projet de budget plunannuel 2019 La Chambre des Métiers regrette que le projet de budget de l'Etat ne prévoie pas de tableau synoptique avec une catégorisation des investissements à réaliser dans différents domaines, ce qui permettrait par exemple de mieux identifier ceux qui sont primordiaux pour le développement économique du pays. Mesures en faveur de rattractivité du site économique Certaines mesures sont susceptibles de maintenir, voire de renforcer, la compétitivité de l'économie. Dans le domaine de la fiscalité, le taux nominal de l'IRC connaîtra une baisse de er janvier
- La tranche d'application du 1.8% à 1.7%, et ce rétroactivement au l taux de 15% passe de 25.000 à 175.000 euros. Le projet sous avis renseigne le lecteur que « au-delà de l'abaissement du taux de l'1.R.C. proposé dans le cadre du présent projet de loi, et tel que prévu par l'accord de coalition, le Gouvernement continuera en outre à tenir compte des répercussions des changements en cours au niveau de la fiscalité internationale et européenne, et proposera, le cas échéant, des ajustements complémentaires visant à maintenir la compétitivité du pays. "A Par ailleurs, le Gouvernement entend soutenir de façon accrue l'innovation et la recherche. Ainsi, l'Université du Luxembourg, le Fonds National de la Recherche et les centres de recherche LIH, LISER et LIST se verront allouer des dotations financières s'établissant à 342 millions d'euros pour l'exercice
- 3.
- L'évolution sur la période 2017-2022 Du côté des dépenses publiques, « les autres transferts courants » représentent de loin la catégorie la plus importante avec 42% des dépenses totales, suivi de la « rémunération des salariés », représentant 23% des dépenses. Projet de budget ; p. 42 CdM/DO/nr/Avis_19 019_Budget_cl'Etat_2019/05.04,2019 Chambre des Métiers du Grand Duché de Luxembourg page 9 de 20 Dépenses de l'administration centrale (millions euros) Consommation intermédiaire Formation de capital Rémunération des salariés Autres impôts sur la production Subventions à payer Revenus de la propriété impôts cour. s/ le rev.. le patrimoine, ... Prestations sociales en espèce Prestations sociales en nature Autres transferts courants Transferts en capital à payer Acquisitions moins cessions d'actifs Dépenses totales PIB en valeur 2017 2018 2019 1381 1449 1579 1335 1467 1596 4 584 3 911 4 263 1 0 0 616 714 701 191 190 161 0 1 1 1676 1738 1630 63 71 60 7 298 7 891 8 201 735 756 962 31 42 63 17 202 18 541 19 611 55 299 58 790 61210 2021 2022 2020 1618 1649 1715 1908 1665 1965 4 838 5 052 5 294 0 0 0 718 706 721 161 128 131 0 0 0 1795 J. 840
- 904 61 60 61 8 646 9 130 9 511 1118 1141 1008 24 9 20 20 530 21 671 22 394 64 740 68 180 71 740 Source STATEC: PrOjet de budget ounannue Suivent les « prestations sociales en espèce », la « formation de capital » et la « consommation intermédiaire » avec des crédits situés dans une fourchette allant de 1.500 à 2.000 millions euros sur la période 2019-2022 et représentant autour de 9% de l'ensemble des dépenses. Dépenses de l'administration centrale (201.7=100) Consommation intermédiaire Formation de capital Rémunération des salariés Autres impôts sur la production Subventions à payer Revenus de la propriété impôts cour. s/ le rev., le patrimoine. ... Prestations sociales en espèce Prestations sociales en nature Autres transferts courants Transferts en capital à payer Acquisitions moins cessions d'actifs Dépenses totales PIB en valeur 2017 100 100 100 n/a 100 100 nia 100 100 100 100 100 100 100 2018 105 110 109 167 116 99 280 103 111 108 103 149 108 106 2019 114 120 117 0 114 84 0 107 94 112 131 73 114 111 2020 117 125 124 0 117 84 0 110 94 118 137 47 119 117 2021 119 147 129 0 115 67 0 113 95 125 152 56 126 2022 124 143 135 0 117 68 0 117 97 130 155 22 130 123 130 Source: STATEC. Projet de budget ptunannuel. calcUs Chambre des Mébers Le tableau précédent montre que l'ensemble des dépenses devrait augmenter en moyenne au même rythme que le PIB en valeur, à savoir de 30%. En analysant les différentes catégories la Chambre des Métiers constate toutefois que certaines affichent une hausse bien plus dynamique que le PIB ou le total des dépenses : les « transferts en capital à payer » (+55%), la « formation de capital » (+43%) et la « rémunération des salariés » (+35%). Si la hausse importante des deux premières catégories est en principe à saluer, alors qu'il s'agit d'investissements publics, encore faudrait-il analyser de quels types d'investissements il s'agit - soutiendront-ils le développement économique ou non ? - et quel sera le taux des investissements prévus qui seront effectivement réalisés. En ce qui concerne les « transferts en capital à payer » les données font CdM/DO/M/Avls_19 019_Budget_d'Etet_2019/05 04 2019 Chambre des Métiers du Grand Duché de Luxembourg page 10 de 20 état d'une forte hausse de 27% en 2019, tandis que la « formation de capital » fait un bond de 18% en 2021, lié à l'acquisition d'un avion militaire. Par contre, la Chambre des Métiers constate la progression importante des coûts de personnel qui font partie des frais de fonctionnement de l'Etat. Cette évolution devrait être attribuable tant à un effet volume (hausse du nombre d'agents de l'Etat) qu'à un effet « prix » (augmentation du coût salarial par personne). Recettes de l'administration centrale (millions euros) 2017 Production marchande Production pour usage final propre Production non marchande Impôts sur la production et les importations Revenus de la propriété Impôts cour, s/ le revenu, le patrimoine, Cotisations sociales Autres transferts courants Transferts en capital à recevoir Recettes totales PM en valeur 156 263 569 6 523 335 7 734 2018 137 283 668 7 039 290 8 876 884 129 266 16 858 55 299 931 182 257 18 662 58 790 2019 131 300 670 7 172 311 8 974 984 215 206 18 962 61210 2020 137 320 655 7 567 318 9 557 1036 216 209 20 014 64 740 2021 136 340 713 7 998 325 10 174
- 080 223 200 21188 68 180 2022 143 360 668 8 438 332 10 874 1127 228 181 22 350 71740 Source: STATEC: Projet OE budget plunannuei Du côté des recettes, le tableau reproduit ci-avant montre que l'écrasante majorité des recettes est imputable à deux catégories : les « impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... » et les « impôts sur la production et les importations ». Ensemble elles représentent en 2019 85% du total des recettes. Recettes de l'administration centrale (2017=1.00) 2017 Production marchande Production pour usage final propre Production non marchande Impôts sur la production et les importations Revenus de la propriété Impôts cour. s/ le revenu, le patrimo ne, ... Cotisations sociales Autres transferts courants Transferts en capital à recevoir Recettes totales PIB en valeur 1.00 100 100 100 100 100 100 100 100 2018 88 107 118 108 86 115 105 142 96 2019 84 114 118 110 93 116 111 167 77 100 100 111 106 112 111 2020 88 122 115 116 95 124 117 168 78 119 117 2021 87 129 125 123 97 132 122 174 75 2022 91 137 118 129 99 141 128 178 68 126 123 133 130 Source: STATEC. Projet de budget pluriannuel. calculs Chambre des Métiers Or, leur évolution sur la période 2017 - 2022 est très différente. Alors que les impôts sur la production et les importations » (+29%) évoluent en phase avec le PIB en valeur (+30%), ceci n'est pas le cas des « impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... ». Ces derniers progressent, d'après les estimations du projet de loi sous avis, de 41%, soit un différentiel de 11 points de pourcentage par rapport à l'évolution du PIB. La Chambre des Métiers se pose la question de savoir quelle est l'origine de cet écart significatif. Rappelons que la très forte hausse entre 2017 et 2018 (+15%) s'explique à travers l'encaissement massif d'arriérés et les effets du passage au dépôt électronique des déclarations d'impôt et l'imposition automatique. CdM/D0/M/Avis_19-019_Budget_d'Etat_2019/05.04.2019 Chambre des Mébers du Grand-Duché de Luxembourg page 11 de 20 3.
- Evolution prévisible de la dette Après une forte augmentation de la dette en 2017, celle-ci se stabilise. En effet, comme il a été relevé ci-avant l'administration centrale dégage pour la première fois en 10 ans un excédent en 2018, de sorte qu'il n'y a pas de besoin pour accroître la dette. Dette publique (en mio C) 14 000 , 12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 2 000 19 OC) 0 0> 62, cb eo QD e" ÇP' el, 1, I, `1 , I, y 9, Source: STATEC, Mnistere des finances La Chambre des Métiers estime cependant que pendant des années à forte croissance économique il devrait être possible de réduire la dette. Exprimé en pourcentage du PIB, la dette devrait baisser de 23% en 2017 à 20,2% en
- Selon la Chambre des Métiers, le ratio « dette / PIB » constitue un indicateur qu'il convient d'interpréter avec prudence, alors qu'il revêt un caractère pro-cyclique. En période de conjoncture favorable il a tendance à baisser, vu que le PIB augmente et parallèlement la dette devrait stagner ou s'accroître de façon moins dynamique (dans le cas idéal elle diminuera). L'inverse étant vrai en cas de retournement conjoncturel. Par ailleurs, le passé récent a clairement montré que le PIB luxembourgeois peut varier dans de grandes proportions suite à des opérations exceptionnelles de quelques groupes multinationaux implantés au Grand-Duché.
- Analyse de la Chambre des Métiers 4.
- Des mesures à soutenir Tout d'abord, la Chambre des Métiers salue la situation favorable des finances publiques en 2018, et notamment le premier excédent dégagé au niveau de l'administration centrale depuis 10 ans. Comme il a été relevé ci-avant, ce résultat repose cependant partiellement sur des facteurs qui risquent de ne pas être durables. Concernant le projet de budget pour l'exercice 2019, elle salue les rnesures destinées à maintenir, voire à renforcer, la compétitivité de l'économie en général et de l'Artisanat en particulier. CdM/DO/nf/Avis_19-0193udgeLd' Etal_2019/05.04.2019 page 12 de 20 Chambre des Métiers du Grand Duché de Luxembourg La baisse du taux de l'impôt sur le revenu des collectivités de 18% à 17% est accueillie positivement et constitue un pas dans la bonne direction, alors que les mesures que le Luxembourg s'est engagé à transposer en droit national mènent progressivement à une harmonisation, et par là même, à un élargissement de l'assiette imposable. Or, en l'absence d'une réduction des taux crimposition, celui-ci conduirait à une charge fiscale plus élevée. Il s'agit donc de maintenir par cette mesure l'attractivité et par conséquent la compétitivité du pays. Dans ce même contexte, la Chambre des Métiers salue l'augmentation du plafond du taux réduit de 15% qui passe de 25.000 euros à 175.000 euros, en ce que cette hausse constitue une mesure susceptible d'amenuiser la charge fiscale des PME artisanales et d'améliorer ainsi leur capacité d'autofinancement. Par ailleurs, les efforts du Gouvernement visant à soutenir davantage la recherche et l'innovation au Luxembourg vont dans la bonne direction, alors qu'il s'agit de leviers facilitant la transition de l'économie nationale vers des niches de compétences. Les tendances du passé récent, notamment sur le plan de la fiscalité, montrent que l'exploitation de niches de souveraineté s'avérera de plus en plus difficile à l'avenir. Il conviendra donc de diversifier davantage l'économie tout en essayant de se démarquer par des produits et services de qualité et présentant un caractère innovateur. Finalement, la Chambre des Métiers approuve l'effort d'investissement du Gouvernement dont le volume devrait dépasser les 2,5 milliards euros au cours de l'année
- Une politique d'investissement conséquente est en effet indispensable pour rattraper les retards accumulés par le passé, notamment en matière d'infrastructures de transport. Au contraire, une politique de sousinvestissement constituerait à terme un frein au développement économique du Luxembourg. Ces mesures en faveur de la compétitivité risquent cependant d'être atténuées par certaines mesures en droit du travail, notamment l'introduction d'un nouveau jour férié légal et d'un jour de congé supplémentaire. 4.
- Le revers de la médaille Tout d'abord, la Chambre des Métiers regrette la détérioration de la situation des finances publiques par rapport à 2018, cette évolution étant imputable à la dégradation du solde de l'administration centrale qui passe d'un excédent de 121 millions euros en 2018 à un déficit de 650 millions euros en
- Or, il reste à voir si ce dernier chiffre est réaliste ce qui dépend de l'évolution conjoncturelle réelle et de la possible sous-estimation de certaines recettes ou de la surestimation de dépenses. Ce qui inquiète la Chambre des Métiers, alors qu'il s'agit d'une tendance qu'on observe sur les dernières décennies est la politique du « toujours plus » au niveau du budget « social ». Pour illustrer, on peut citer des mesures récentes comme la réforme du congé parental ou celle des chèques services, ou encore l'introduction du nouveau crédit impôt SSM. S'il est tout à fait compréhensible que l'Etat, sur base d'une évolution économique favorable et des changements sociétaux au niveau des modes de vie, augmente le volume des transferts sociaux pour accompagner ces mutations, tout est question de dosage. CdM/DO/M/Avi _ 9-019, Budget_crEtat_2019/05.04.2019 Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg page 13 de 20 Dans le domaine de la politique environnementale, la Chambre des Métiers regrette que la stratégie en matière d'accises sur les carburants ne soit au stade actuel pas encore définie dans les détails. Plus concrètement elle se demande jusqu'à quel point il est envisagé de réduire le différentiel de prix avec les pays voisins. Il est clair que cette stratégie aura un impact sur les recettes d'accises qui atteignent actuellement encore des montants appréciables. Toutefois, une baisse notable de celles-ci suite à une taxation plus élevée rendrait nécessaire la réduction des dépenses publiques et / ou l'introduction de mesures visant des recettes supplémentaires, à moins que les responsables politiques acceptent que le déficit public ne se creuse, ce qui ne serait point compatible avec une politique des finances publiques prudente. 4.
- Des questions subsistent Les paramètres économiques sur lesquels se fonde le projet de budget pour l'exercice 2019 et les estimations pour les années suivantes peuvent paraître optimistes. Prévisions de croissance pour le Luxembourg 2018 2019 2020 3,0%
(1)3,0% 3,8% Commission européenne 3,0% 2,5% 2,6% Différentiel (en pts de %) 0,0 -0,5 -1,2 STATEC
(1)D'après les dernières estimations du STATEC la croissance serait de 2.6% Ainsi, la Commission européenne prévoit pour l'année courante pour le Luxembourg une croissance moindre (2,5%) que le STATEC (3%). L'OCDE, quant à elle, a révisé les perspectives de croissance pour la zone euro massivement vers le bas, ces dernières passent de 1,8% à 1%. Or, il serait étonnant si une évolution beaucoup moins dynamique que prévue au sein de la prédite zone n'affecterait point le Luxembourg. Par ailleurs, l'IMF lance un avertissement par rapport aux changements à introduire en matière fiscale. Par la transposition de nouvelles règles, le Luxembourg risque de devenir moins attractif et de connaître par voie de conséquence une érosion des recettes fiscales du secteur financier. Une autre question que la Chambre des Métiers se pose est de savoir quel est le degré de réalisme des données affichées dans le projet de budget, sachant que les recettes et dépenses prévues dans le budget de 2018 étaient loin de la réalité ; alors que le Gouvernement tablait initialement sur un déficit de 890 millions euros, l'administration centrale affiche un excédent de 121 millions euros. Plus concrètement, on est par exemple en droit de se demander quel est l'ordre de grandeur des arriérés d'exercices précédents au titre de l'IRC, alors qu'il y a eu un encaissement massif au cours du deuxième semestre
- Le Gouvernement a annoncé le recrutement de 950 agents. Est-ce que tous ces postes seront effectivement occupés ? Dans le cas contraire, 11 en résultera une CdM/DO/nt/Avis_19-019_Budget_dltat_2019/05.04.2019 page 14 de 20 Chambre des Mébers du Grand-Duché de Luxembourg moins-value de dépenses, donc des économies. Reste-il une « réserve » dans laquelle l'Etat pourrait puiser ? L'expérience montre également que l'ensemble des investissements publics prévu ne sera pas réalisé, et ce pour des raisons diverses (retards dans les procédures d'autorisation, conditions météorologiques défavorables, difficultés au niveau de la maîtrise du foncier, ...). De ce fait, ces dépenses en capital certes prévues, mais non réalisées représentent aussi une économie. Parmi d'autres questions qui se posent : les recettes estimées au titre de la taxe d'abonnement tiennent-elles compte de l'impact d'une dégradation éventuelle des marchés boursiers suite au Brexit et aux autres incertitudes auxquelles le monde est confronté ?
- Conclusions de la Chambre des Métiers : Projet de budget de l'Etat 2019 : un brin trop optimiste ? De prime abord, la Chambre des Métiers accueille favorablement l'évolution positive des finances publiques en 2018 par rapport à celle prévue dans le projet de budget y relatif, notamment en ce qui concerne l'administration centrale. Une analyse des causes de cette amélioration montre cependant qu'elle résulte en partie de facteurs non récurrents, comme l'encaissement massif d'arriérés d'impôts. Pour l'exercice 2019 et au-delà, elle entrevoit toutefois des risques pour la stabilité et la santé des finances publiques, les uns de type conjoncturel, les autres de type structurel. Il est par conséquent essentiel d'adapter à l'avenir une démarche de prudence au niveau des finances publiques. De ce qui précède, la Chambre des Métiers constate que le projet de budget de 2019 se base sur des hypothèses relativement optimistes ; surtout face aux incertitudes existant au niveau international, telles que le Brexit, les tendances protectionnistes qui risquent d'affecter particulièrement les pays se caractérisant par une petite économie au degré d'ouverture élevé, ainsi que les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, d'une part et les Etats-Unis et l'UE, d'autre part. Ainsi, un retournement conjoncturel risquerait d'avoir un impact important sur les finances publiques en raison de l'effet « ciseaux » qu'il génère à politique inchangée. D'un côté, les recettes pourraient baisser, ou du moins stagner, suite à une diminution des bénéfices des entreprises (impact sur l'IRC), de la consommation des ménages (incidences sur les recettes de TVA) et une moindre hausse de l'emploi et des salaires (impact défavorable sur l'IRPP). D'un autre côté, certaines dépenses augmenteront dans le sillage d'une hausse du chômage, comme celles du Fonds pour l'Emploi, du Revis ou encore les frais de fonctionnement de l'ADEM. Le danger qui se présente en cas d'une conjoncture défavorable est que le Gouvernement décide une baisse du volume des investissements pour améliorer la position budgétaire. Or, un nombre important d'investissements présente un caractère crucial pour le développement économique du pays. CdM/D0/nf/Ams_19-019_,8udget_crEtat_2019/05.04.2019 Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg page 15 de 20 Mis à part les risques conjoncturels, la Chambre des Métiers, comme d'ailleurs d'autres acteurs, perçoit des risques d'ordre structurel, la matérialisation desquels touchant tant les recettes que les dépenses publiques. Au sujet de la fiscalité, le Comité économique et financier national déclare ce qui suit. « La mise en oeuvre des diverses mesures décidées au niveau de l'UE et de l'OCDE (BEPS, ATAD 1 et 2, etc.) ainsi que d'éventuelles nouvelles mesures à venir (CCCTB) ont notamment pour conséquence de réduire la marge de manoeuvre nationale en matière de fiscalité, de sorte qu'à politique inchangée, le Luxembourg risque de perdre son attractivité en tant que terre d'accueil pour des entreprises internationales. L'impact de BEPS n'étant pas chiffrable à l'heure actuelle en raison de la complexité de la matière, la Commission européenne a toutefois estimé que l'impact de l'initiative CCCTB serait de 1% du PIB pour le Luxembourg, soit 600 millions d'euros par an. Il faut finalement noter que les recettes issues des impôts sur les sociétés (IF, IRC/ICC, etc.) connaissent un degré de concentration très important, leur évolution étant intimement liée au comportement d'un nombre de contribuables très restreint. »7 Toujours au niveau des recettes, la Chambre des Métiers constate que le plan national intégré en matière d'énergie et de climat qui devra être adoptée jusqu'en décembre 2019 et la politique affichée par le Gouvernement dans son programme gouvernemental tendant à limiter les effets du « tourisme à la pompe » risqueront d'avoir un impact plus ou moins important sur le produit des droits d'accises sur les huiles minérales en fonction des décisions prises. La Chambre des Métiers voudrait tout d'abord rappeler que le prédit phénomène ne représente qu'une infime quantité du volume des carburants vendus sur le territoire national. Dans son avis sur la fiscalité de 2018, le CES écrit ce qui suit : « Dans l'avis de 2015, le CES avait tiré la conclusion que le « tourisme à la pompe » est un concept qui est employé, à tort, pour désigner l'ensemble des achats effectués auprès des stations-service, notamment celles situées sur nos autoroutes et le long de nos frontières. Les produits concernés sont surtout les carburants, le tabac et l'alcool. Le CES réitère qu'il n'est pas correct de considérer toutes ces ventes comme du « tourisme à la pompe ». C'est pourquoi le CES avait donné une définition de ce qu'il y a lieu d'entendre par « tourisme à la pompe ». Partant du principe que l'ensemble des ventes réalisées auprès des stationsservices se font par deux catégories de clients, à savoir, d'une part, par les professionnels du transport routier et d'autre part, par des personnes privées, le « tourisme à la pompe » se retrouve essentiellement dans la deuxième catégorie. En effet, le « tourisme à la pompe » devrait représenter les ventes de produits aux personnes privées qui se déplacent au Luxembourg exclusivement dans le but d'acheter à moindre prix des produits comme le carburant, le tabac et l'alcool. Il n'y a pas lieu d'inclure dans la définition du « tourisme à la pompe », les clients professionnels car leur itinéraire passe généralement de toute façon par le 'Source : Note au formateur : p. 15 : Comité économique et financier national (14 novembre 2018) CdM/DO/nMAvis_19 0193udget_d'Etat_2019/05.04,2019 page 16 de 20 Chambre cies Métlers du Grand-Duché de Luxembourg Luxembourg. En ce qui concerne les frontaliers, l'approvisionnement en produits accisés n'est en général pas leur principale raison pour venir au Luxembourg. Bien qu'il soit difficile de chiffrer exactement la part des ventes liée au « tourisme à la pompe », on peut considérer qu'elles représentent une partie très marginale du total des ventes faites auprès des stations-services au Luxembourg. »8 Par ailleurs, la Chambre des Métiers est d'avis qu'une réduction du volume des ventes de carburants ne pourra se faire que de façon graduelle, et donc prudente, et que de toute manière, la promotion de l'électromobilité devrait diminuer la demande envers ces produits. En matière de fiscalité des personnes physiques, la Chambre des Métiers se demande quel sera l'impact de la mise en œuvre de l'imposition individuelle annoncée dans l'accord gouvernemental « Les efforts engagés sur la voie de l'imposition individuelle seront poursuivis de manière conséquente. Une généralisation progressive, couplée à l'introduction d'un barème d'impôt unique nouveau garantira à terme un modèle fiscal neutre quant au mode de vie des personnes. Un tel changement de paradigme conduira à ne plus décourager l'un des deux conjoints à exercer une activité professionnelle, tel que c'est le cas dans le système actuel. L'introduction d'un barème d'impôt unique nouveau évitera à terme les changements de classe d'impôts auxquels se trouve actuellement confrontée une personne en fonction des évolutions de sa situation familiale (mariage, partenariat, divorce, décès, ...). L'introduction du barème d'impôt unique nouveau vise également à alléger la charge fiscale des personnes physiques et en particulier des catégories de personnes vulnérables, tout en tenant dûment compte de la présence d'enfants à charge. Dans un souci d'équité et de prévisibilité, des mesures compensatoires appropriées et des phases de transition seront prévues. »9 En effet, si l'ensemble des contribuables était imposé selon l'actuelle classe d'impôt 2, la Chambre des Métiers estime que le déchet fiscal en résultant devrait être très important. e Analyse des données fiscales au Luxembourg - 2018 ; CES : 22 novembre 2018 : p. 182 ° Accord de coalition 2018-2023 P. 119 Cam/D0/nf/Avis_1 Budget_dttat_2019/05.04 2019 page 17 de 20 Chambre des Mébers du Grand Duché de Luxembourg Exemples de risques pouvant détériorer les finances publiques' Recette concernée Risque IRC impact Mesures décidées au BEPS/ATAD : niveau de l'UE et OCDE difficile à évaluer (BEPS, ATAD) et possibles CCCTB: 600 mio € mesures à venir (CCCTB) Accises Respect des Hausse d'l ct = déchet engagements climatiques fiscal de 75 mio € et environnementaux Alternative : achat de certifications d'émissions de CO2 Dépense concernée Risque Contributions au budget Proposition de la de l'UE Commission européenne Impact possible Impact possible 200 - 300 mio €/an (supplémentaires) à partir de 2021 « chômage » Prise en charge des 100 - 200 mio €/an Dépenses (indemnités + frais fct demandeurs d'emploi ADEM) frontaliers D'autres mesures qui seront décidées au niveau international risqueront d'affecter le volet des dépenses publiques, comme la révision des contributions des Etatsmembres au budget de l'UE - la proposition de la Commission européenne étant synonyme de dépenses supplémentaires de 200 à 300 millions euros par an à partir de de 2021 - ou la prise en charge des demandeurs d'emploi frontaliers, mesure dont le coût est estimé se situer dans une fourchette de 100 à 200 millions euros. Une tendance qui inquiète la Chambre des Métiers est le volume croissant des transferts sociaux qui enferme le budget de l'Etat dans un carcan de plus en plus rigide par l'introduction successive de nouveaux transferts et l' « amélioration » récurrente des transferts existants. Elle est synonyme d'une hausse des dépenses qu'on qualifie généralement de « difficilement compressibles ». Ainsi, un revirement d'une telle politique semble difficilement envisageable à l'avenir, ne serait-ce que pour des raisons politiques (ex. réforme du congé parental). Concernant la politique budgétaire, le principal reproche de la Chambre des Métiers est que l'introduction de mesures « sociales » structurelles, qui auront un effet sur le budget à long terme, soit justifiée par une situation conjoncturelle (momentanément) favorable. Si la Chambre des Métiers comprend que dans un des pays les plus riches du monde l'Etat accompagne, d'une manière généreuse, les changements sociétaux, comme le désir d'une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée, la politique du « toujours plus », financièrement gérable en temps de boom Le tableau s'inspire de celui reproduit dans la • Note au formateur par le Comité économique et financier national. Cdre/00/nf/Avis_19-019_Budgeuntat_2019/05.04.2019 page 18 de 20 Chambre des Métiers du Grand Duché de Luxembourg économique, ne mènera-t-elle pas inévitablement à un « mauvais réveil » en temps de retournement conjoncturel ou pire de taux de croissance durablement plus bas dus à des mutations structurelles de l'environnement international ? Dans l'optique que « gouverner, c'est prévoir », la Chambre des Métiers se pose la question si les responsables politiques seraient prêts à revenir, pour préserver des finances publiques saines, à des mesures moins généreuses que ce n'est le cas dans l'état actuel des choses ? En outre, elle se demande si les mesures « sociales » ne pouvaient pas revêtir un caractère plus sélectif. Tout en pouvant marquer son accord avec une politique familiale consistant à flexibiliser le temps de travail dans l'intérêt des salariés, la Chambre des Métiers dénonce toutefois une flexibilisation unilatérale, laissant les entreprises en proie à un cadre légal qui date d'une autre époque. Par ailleurs, la Chambre des Métiers constate que le sujet de la soutenabilité des finances publiques à plus long terme n'est pas abordé. Or, le vieillissement progressif de la population conduira inévitablement à des déséquilibres au niveau du financement des pensions en particulier, alors que les dépenses en matière de maladie et de soins augmenteront en parallèle.
- Commentaire des articles 6.1 Art.
- Modification du titre 1 de la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'Impôt sur le revenu Il est proposé d'introduire dans la loi modifiée du 4 décembre 1967 un nouveau crédit d'impôt salaire social minimum (« CISSM »). Le crédit a pour but de soutenir tous les salariés gagnant un salaire brut mensuel qui est proche de l'actuel salaire social minimum. Le crédit est de 70 euros par mois pour ceux qui ont un salaire brut mensuel entre 1.500 et 2.500 euros et d'un montant qui diminue progressivement jusqu'à 0 euros (lissé) pour des salaires bruts mensuels compris entre 2.500 et 3.000 euros. L'idée du CISSM est que chaque salarié rérnunéré au salaire social minimum et également ceux qui touchent des salaires bruts mensuels jusqu'à 3.000 euros puissent bénéficier d'une augmentation nette d'au-moins 100 euros par mois. Pour tous les salariés qui ne travaillent pas à temps plein, le CISSM est ajusté proportionnellement aux heures effectivement rémunérées et calculé en fonction d'un salaire brut mensuel fictif qui est obtenu en convertissant le salaire brut mensuel en salaire brut mensuel fictif en supposant que le salarié aurait travaillé à temps plein. La Chambre des Métiers rappelle que chaque salarié se trouve dans une situation particulière quant à sa rémunération et ses heures prestées, ces dernières pouvant également inclure des heures supplémentaires. Ceci a comme conséquence une charge administrative considérable dans le chef des entreprises, alors que le CISSM devra être calculé individuellement pour chaque salarié dont le salaire se situe entre 1.500 et 3.000 euros. Par ailleurs, le calcul se complexifie pour les salariés qui travaillent à temps partiel et pour lesquels un salaire brut mensuel fictif devra être établi. Se pose également la question quel serait le cas de figure d'un salaire brut mensuel (fictif) n'atteignant pas au moins 1.500 euros. Ce4/00/nf/Avis_19-019_BudgeLd'Etat_2019/05.04 2019 Chambre des Métiers du Grand-Duché de Luxembourg page 19 de 20 Les revenus non périodiques ne sont toutefois pas à prendre en considération pour le CISSM. La Chambre des Métiers regrette que le libellé du projet de loi soulève un certain nombre de questions importantes qui devront être clarifiées dont notamment : Est-ce que le salaire brut mensuel inclut aussi les suppléments payés pour heures supplémentaires eV ou travail de nuit/ dimanche/ jour férié ? Ne serait-il pas opportun de fournir une définition de la notion de « revenu non périodique » pour les besoins de ce crédit d'impôt ? Si les primes sont exclues, qu'en est-il des commissions commerciales et des primes au-delà de 3.000 euros (en totalité ou seulement pour la différence dépassant 3.000 euros)? L'Administration des contributions directes (« ACD ») doit pouvoir faire la vérification des crédits d'impôt salaire social minimum accordés par les employeurs. Pour cette raison, l'ACD dépend du Centre commun de la sécurité sociale qui transmet par voie informatique, toutes les informations nécessaires permettant de prouver qu'un salarié a droit au CISSM. Il s'agit des nom, prénom, matricule des salariés et de leurs employeurs, du montant de la rémunération brute et du nombre exact des heures de travail qui correspondent à la rémunération de base et des heures y assimilées avant indication séparée des heures supplémentaires et de la rémunération y relative. Si la Chambre des Métiers comprend qu'il faut prendre des mesures pour éviter des abus, elle est d'avis que cette procédure pourra entraîner des retards dans le remboursement des CISSM aux employeurs qu'ils ont déjà avancé à leurs salariés. D'après les auteurs, un règlement grand-ducal préciserait les modalités d'application de l'article 3 du projet de loi. Il est indiqué qu'il y aura compensation ou remboursement des crédits d'impôt dus au titre des mois de janvier 2019 à juin
- Cette rétroactivité risque cependant d'être problématique vu la difficulté du calcul du montant exact du CISSM qui reviendrait aux salariés concernés. Sans le support d'une fiduciaire, les entreprises risquent des retards pour lesdits remboursements ou compensations, puisqu'elles doivent d'abord déterminer les salariés qui sont en droit de bénéficier d'un crédit d'impôt salaire social minimum et calculer dans chaque cas le montant du crédit d'impôt. 6.2 Art.
- Modification de la loi modifiée du 1_2 février 1.979 concernant la taxe sur la valeur ajoutée L'article 7 du projet de loi prévoit de rajouter plusieurs points dans les annexes A et B de la loi modifiée du 12 février 1.
- Pour ce qui est de la liste A, liste qui contient tous les biens et services soumis à un taux de TVA réduit de 8%, est rajouté un point 9° qui concerne les produits phytopharmaceutiques qui sont autorisés en agriculture biologique. Il s'agit de promouvoir la protection de plantes et l'élimination de pesticides d'une façon plus environnementale comparé aux méthodes et produits traditionnels. Pour ce qui est de la liste B, liste qui contient tous les biens et services soumis à un taux de TVA super-réduit de 3%, sont rajoutés les points suivants : • Le point 5° rajoute les livres, journaux et périodiques sous format électronique au taux super-réduit. Restent exclues les publications consacrées entièrement CdM/DOMMAvis_19-019_Budget_d'Etat_2019/05.04 2019 page 20 de 20 Chambre des Métiers du Grand Duché de Luxembourg ou d'une manière prédominante à la publicité, les publications consistant pour la plupart dans un contenu vidéo ou musique audible ainsi que tout contenu pornographique. Cette mesure trouve l'approbation de la Chambre des Métiers. • Le point 8° inclura les produits utilisés à des fins de contraception et de protection hygiénique féminine dans les produits pharmaceutiques normalement utilisés pour les soins de la santé, la prévention de maladies et le traitement à des fins médicales et vétérinaires. Ce point ne suscite pas de commentaire de la Chambre des Métiers. • Le point 17° inclut, pour l'aligner sur la première mesure citée, la location dans les bibliothèques de publications numériques listées sous le point 5°. Ce point ne suscite pas de commentaires de la Chambre des Métiers. Luxembourg, le 5 avril 2019 Pour la Chambre des Métiers IRION To Directeur Général , ,,_..-/Térn'OBERWEIS Président CdM/DO/nf/Avis_19-019_8uriget_dEtat_2019/0504 AVIS de la Banque centrale du Luxembour2 (BCL) sur les PROJETS DE LOI concernant LE BUDGET DES RECETTES ET DES DEPENSES DE L'ETAT POUR L'EXERCICE 2019 et LA PROGRAMMATION FINANCIERE PLURIANNUELLE POUR LA PERIODE 2018-2022 1 Sommaire'
- Le contexte macroéconomique au Luxembourg et dans la zone euro 7 1.
- Le contexte macroéconomique depuis la crise financière 7 1.1.
- La croissance économique 7 1.1.
- Le revenu national brut 14 1.1.
- Le revenu disponible brut des ménages 18 1.1.
- La balance courante 19 1.1.
- Le chômage et l'emploi 26 1.1.
- Les coûts salariaux unitaires et le coût salarial moyen 36 1.I .
- L 'inflation 39 1.
- Les perspectives de croissance ä court terme 44 1.2.
- La zone euro 44 1.2.
- Le Luxembourg 45 1.
- Les finances publiques 51 1.3.
- La politique budgétaire au cours des années récentes 51 1.3.1.
- L'évolution de la situation budgétaire des administrations publiques 51 1.3.1.
- L'administration centrale 52 1.3.
- La situation budgétaire estimations pour l'administration centrale en 2018 55
- Les grandes lignes du projet de budget 2019 57 2.
- Rapprochement entre la comptabilisation suivant les règles du SEC2010 et la loi sur la comptabilité de 1 'Etat de 1999 57 2.
- La présentation globale du projet de budget 2019 59 2.3 . L'analyse détaillée des recettes 64 2.3.
- Impôt sur le revenu des personnes physiques 66 2.3.1.
- Revue historique de l'impôt sur le revenu des personnes physiques 66 2.3.1.
- Evaluation du projet de budget 2019 69 I Cet avis de la BCL ne contient pas et ne doit pas être interprété comme contenant des informations en rapport ä la politique monétaire et en particulier avec des décisions du Conseil des gouverneurs de la BCE. 2 2.3.
- 71 Impôt sur le revenu des sociétés 2.3.2.
- Données historiques et projections budgétaires 71 2.3.2.
- Mesures nouvelles 73 2.3.2.
- Analyse des projections budgétaires 76 2.3.2.
- Perspectives et facteurs de risque 81 2.3.
- Droits de douanes et accises 85 2.3.
- Taxe d'abonnement 89 2.3.
- TVA 94 2.3.
- Les recettes en provenance des participations de l'État 97 2.
- L'analyse détaillée des dépenses 100 2.4.
- Les dépenses directes 100 2.4.
- Les dépenses fiscales 110
- La programmation pluriannuelle 114 3.
- Le volet macroéconomique 114 3.
- Le volet finances publiques 119 3.2.
- Les engagements nationaux 122 3.2.
- Les engagements européens 123
- La Trésorerie de l'Etat et le Fonds de la dette 126 4.
- La Trésorerie de l'Etat 126 4.
- Le Fonds de la dette 128
- Les administrations locales 131
- Analyse des risques et soutenabilité ä long terme des finances publiques 138 luxembourgeoises 6.
- Analyse des risques 138 6.
- Soutenabilité ä long terme des finances publiques 140 6.2.
- Approche comptable (PENELOPE) 141 6.2.
- Modèle d'équilibre général (LOLA3) 142 6.2.
- Scénario de référence 144 6.2.
- Résultats 147 3 6.2.
- Analyses additionnelles 148 6.2.
- Cotisations d'assurance pensions et soutenabilité ä moyen terme 152 6.2.
- Conclusion 154
- Eléments additionnels 156 7.
- Les ménages : leur revenu disponible et leurs relations avec l'Etat 156 7.1.
- La séquence des comptes des secteurs 157 7.1.
- Le revenu disponible brut des ménages : considérations méthodologiques 158 7.1.
- Le revenu disponible brut ajusté des ménages : données récentes
(2016)163 7.1.4. Les relations entre 1 'Etat et les ménages — redistribution des revenus primaires par l'Etat 165 7.1.5. Les transferts de l'Etat vers les ménages et les prélèvements obligatoires sur les revenus des ménages : importance pour les agrégats des administrations publiques 167 7.1.6. L'évolution du RDB ajusté des ménages au cours des années récentes 169 7.1.7. Le revenu disponible et le pouvoir d'achat moyen 1 72 7.1.8. Le pouvoir d'achat moyen et le marché du travail 1 74 7.1.9. Le lien entre le RDB des ménages et le solde public : les mesures budgétaires et la croissance économique I 76 7.1.9.1. Progression « spontanée » des impöts (et des cotisations sociales) 1 77 7.1.9.2. Simulation contrefactuelle 178 7.1.9.3. Implications de la simulation pour la politique budgétaire 180 7.1.10. Mesures fiscales et budgétaires de 201 7 181 7.1.11. Approche prospective et conclusion 183 7.2. La fiscalité environnementale 185 7.2.1. Introduction 185 7.2.2. Définitions et méthodologie 186 7.2.3. Présentation des données pour le Luxembourg 187 7.2.3.1. Composition des recettes en 201 7 188 7.2.3.2. Evolution et mesures récentes 189 7.2.4. 194 Comparaison européenne 4 7.2.5. Objectifs « Europe 2020 » et recommandations de l'UE 200 7.2.6. Conclusion 204 7.3. Les droits d'enregistrement 205 7.4. Le niveau de l'OMT pour la période 2020-2022 210 7.4.1. L 'objectf à moyen terme (OMT) 210 7.4.2. Fixation de l'OMT 211 7.4.3. Calcul de l'OMT minimal par la Commission européenne et fixation de l'OMT par 212 le gouvernement 7.4.3.1. Dispositions incluses dans le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) 212 7.4.3.2. Dispositions incluses dans le Pacte budgétaire 213 7.4.4. Calcul de I 'OMT minimal du Luxembourg 213 7.4.5. Commentaires sur le niveau de l'OMT du Luxembourg pour la période 2020-2022 216 7.5. Les changements dans la gouvernance européenne en matière de finances publiques 218 depuis 2013 7.5.1. Les initiatives prises au niveau européen depuis 2013 220 7.5.1.1. Introduction de la flexibilité dans le Pacte de Stabilité et de croissance 220 7.5.1.2. Focalisation plus importante sur la norme des dépenses 223 7.5.1.3. Présentation par la Commission européenne en mai 2017 de pistes de réflexion 224 visant ä approfondir l'Union économique et monétaire 7.5.1.4. Présentation de la feuille de route par la Commission en décembre 2017 pour approfondir l'Union économique et monétaire : impact sur les règles budgétaires 224 7.5.1.5. Conclusions initiales sur les initiatives de réforme en matière de la gouvernance 225 européenne des finances publiques 7.3.2. Autres propositions de réformes des règles budgétaires européennes______226_ 7.5.2.1. Quatre propositions de réformes des règles budgétaires européennes 226 7.5.2.2. Analyse des quatre propositions de réformes 231 7.5.2.3. L'impact potentiel des propositions sur le Luxembourg 234 7.6. Les projections ä long terme en matière de dépenses de santé 237 7.7. La réconciliation entre la dette del'Etat central et la dette Maastricht 245 5 Encadré rp. 32 Le salaire social minimum Pour pouvoir mener ä bien ses missions en matière d'analyse des finances publiques, la BCL doit bénéficier d'un accès continu ä l'ensemble des statistiques de finances publiques. Dans ce contexte, la BCL a engagé depuis plusieurs années des discussions avec le ministère des Finances en vue d'améliorer la transmission de données. A ce stade, la BCL se félicite que la mise ä disposition de données par le ministère relatives ä certaines recettes lui permette désormais de mieux réaliser ses analyses. La BCL constate que certaines lacunes persistent et souhaiterait les voir disparaître dans un avenir proche. Par contre, sur le versant des dépenses, la BCL regrette qu'aucun accès aux données, au-delà de celles incluses dans la documentation budgétaire, ne lui ait été accordé jusqu'à présent. Ces données sont pourtant nécessaires pour réaliser une analyse approfondie. Enfin, les démarches entreprises n'ont pas encore pu se concrétiser dans un « Memorandum of understanding » entre le ministère des Finances et la BCL. 6 1. L e contexte macroéconomique au L uxembourg et dans la zone euro 1.1. Le contexte macroéconomique depuis la crise financière 1.1.1. La croissance économique Avant la crise, la croissance annuelle du PIB du Luxembourg s'est établie ä 4,6 % en moyenne (sur la période 2000-2007). Le rythme de croissance du PIB a ensuite été quasiment nul en moyenne annuelle au cours des cinq années suivantes, avant de rebondir ä un rythme de croissance annuel moyen de 3,1 % entre 2013 et 2018. En dépit de ces dernières évolutions en apparence favorables, le niveau du PIB réel en 2018 reste substantiellement inférieur ä celui qui aurait été atteint si le dynamisme des taux de croissance observé avant la crise s'était maintenu après 2008. Le niveau du PIB observé en 2018 reste ainsi inférieur de près de 23 % au niveau du PIB qui aurait été atteint avec la croissance tendancielle d'avant crise. En effet, le taux de croissance moyen du PIB réel observé pendant la période 20082018 s'est établi ä seulement 1,8 % et donc bien en deçà du taux moyen de 4,6 % observé sur la période 2000-2007. Graphique 1 : Evolution du PIB en volume et évolution hypothétique sur la base de la tendance d'avant-crise (2000-2007) (en millions d'euros) 70 000 60 000 . I_ 50 000 40 000 30 000 20 000 10 0 0 • 111111111111 1111 II I I 1111111111 111111111 II II MM 11111111111 2000200120022003200420052006200720082009201020112012201320142015201620172018 • PIB en volume • PIB en tendance Sources: STATEC, calculs BCL. 7 Les barres bleues du graphique 1 affichent la trajectoire observée du PIB réel sur la période s'étalant de 2000 ä 2018. Les barres en rouge représentent la trajectoire dans l'hypothèse où l'économie luxembourgeoise aurait maintenu son rythme de croissance d'avant la crise2. La « différence » cumulée entre les trajectoires observée et hypothétique est équivalente ä un montant de 111 milliards d'euros, ce qui correspond ä environ 276 % du PIB en volume de l'année 2008. Evolution du PIB nominal, du PIB réel et du deflateur du PIB au Tableau 1: Luxembourg (resp. en millions d'euros, en % et en indice (2010=100)) 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 30031 33808 37179 38129 36977 40178 43165 44112 46500 49825 51579 53303 55299 58869 annuelle 7,5 12,6 10,0 2,6 -3,0 8,7 7,4 2,2 5,4 7,2 3,5 3,3 3,7 6,5 PIB réel 35607 37450 40579 40060 38314 40178 41198 41053 42553 44381 46119 47232 47962 49210 3,2 5,2 8,4 -1,3 -4,4 4,9 2,5 -0,4 3,7 4,3 3,9 2,4 1,5 2,6 84,3 90,3 91,6 95,2 96,5 100,0 104,8 107,5 109,3 112,3 111,8 112,9 115,3 119,6 4,2 7,0 1,5 3,9 1,4 3,6 4,8 2,6 1,7 2,7 -0,4 0,9 2,2 3,8 PIB nominal Var. Var. annuelle Déflateu r du PLB Var. annuelle Source : STATEC. 2 Cette référence est choisie non pas dans une finalité normative mais d'analyse de l'évolution. 8 Le tableau 2 est le corollaire du tableau 1 et il montre les données pour la zone euro. Tableau 2: Evolution du PIB nominal, du PIB réel et du deflateur du PIB dans la zone euro (resp. en milliards d'euros, en % et en indice (2010=100)) 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 PIB nominal 8456 8910 9409 9634 9293 9543 9801 9848 9948 10182 10529 10820 11213 11585 Var. annuelle 3,7 5,4 5,6 2,4 -3,5 2,7 2,7 0,5 1,0 2,3 3,4 2,8 3,6 3,3 P1B réel 9162 9468 9758 9792 9355 9543 9704 9626 9606 9743 9935 10127 10381 10573 Var. annuelle 1,8 3,3 3,1 0,4 -4,5 2,0 1,7 -0,8 -0,2 1,4 2,0 1,9 24 1,8 Déflateur du P1B 92 94 96 98 99 100 101 102 104 105 106 107 108 110 Var. annuelle 1,9 2,0 2,5 2,0 1,0 0,7 1,0 1,3 1,2 0,9 1,4 0,8 1,1 1,4 Source : Eurostat. Le graphique 2 représente la croissance du PIB réel du Luxembourg par rapport ä son niveau observé en 2008 ainsi que la contribution des différentes composantes de la demande ä cette croissance3. Les données relatives ä l'investissement privé hors logement et ä l'investissement public ne sont pas disponibles pour l'année 2018. Ces deux agrégats ont donc été extrapolés pour l'année 2018 en maintenant constant leurs poids respectifs dans l'investissement total observés en 2017. 3 9 Progression du PIB réel en niveau par rapport à 2008 (en %) et contributions (en p.p.) des différentes c0mp0san1es4 Graphique 2 : 25 20 15 10 5 - ' 111 P r /il d 11111 -5 -10 2008 2009 2010 2011 Inv estissement priv é ( hors logement) V ariations des stocks Inv estissement public mer Consommation priv ée 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 Inv estissement priv é en logement m E xportations nettes OMM Consommation publique . im Croissance du PIB réel en niv eau par rapport ä 2008 Sources : STATEC, calculs BCL. Depuis le début de l'année 2008, les dépenses de consommation publive et les investissements publics ont contribué positivement ä l'évolution du PIB réel et leurs niveaux en 2018 sont 4 La progression du PIB réel se calcule par la somme des contributions ä la croissance des différentes composantes du PIB. La contribution ä la croissance d'une composante se calcule par la multiplication de sa part relative (
- a)dans le PIB et de son taux de croissance. Tous les taux de croissance sont calculés par rapport ä l'année de référence 2008. PIBA-PIB2008 P1B2008
- ai)— ez DA-D2008 uzoos , Z={C, G, Iprivé, Ipub, X-M, AStocks} où C représente la consommation privée, G la consommation publique, Iprivé l'investissement privé (qui résulte de la somme de l'investissement privé hors logement et de l'investissement privé en logement), 1pub l'investissement public, X-M les exportations nettes (X représente les exportations de biens et services et M représente les importations de biens et services) et AStocks les variations de stocks. Dans cette décomposition comptable du PIB, on impute l'entièreté des importations aux exportations. Une alternative serait d'imputer les importations ä chaque composante de la demande totale en fonction de leur contenu en importations. Pour ce faire, il faudrait recourir aux données des tableaux entrées-sorties des comptes nationaux, mais qui ne sont souvent disponibles qu'avec des retards importants. Ceci changerait l'image de la croissance et, en général, la contribution des composantes de la demande domestique ä la progression du PIB serait réduite en faveur de celle des exportations. 10 largement supérieurs ä ceux de 2008. En 2018, les dépenses de consommation publique5 et l'investissement public ont progessé de respectivement 31 % - en raison notamment de la progression de la masse salariale dans le secteur public et des transferts sociaux en nature6 - et 48 % par rapport ä leurs niveaux de 2008. La hausse continue de la consommation publique par rapport ä l'année 2008 ne doit pas mener ä la conclusion que la poursuite d'une telle dynamique est acquise pour le futur, car elle ne constitue pas un moteur autonome de croissance et doit respecter la contrainte budgétaire intertemporelle. La consommation privée (voir graphique 27) est apparue comme l'une des composantes ayant le plus fortement contribué ä la croissance depuis la crise. Elle a connu une progression cumulée de 28 %, soit supérieure ä celle du PIB réel (23 %). Or, cette progression s'explique dans une large mesure par la très forte hausse de la population (+24 %) sur cette période. Corrigée pour l'effet La consommation finale des administrations publiques peut être divisée en deux catégories distinctes. La première catégorie regroupe les dépenses de consommation collective (défense, justice, etc.) qui bénéficient ä la société dans son ensemble, ou ä de larges pans de la société sous la forme de biens et services publics. La seconde comprend les dépenses de consommation (soins de santé, logement, éducation, etc.) engagées par les administrations pour le compte des ménages individuels. Cette catégorie de dépenses est égale aux transferts sociaux en nature des administrations aux minages et, ä ce titre, elle inclut les dépenses engagées par les administrations publiques en produits et services marchands fournis aux ménages. 6 Les transferts sociaux en nature correspondent aux biens et services individuels fournis aux ménages, que ces biens et services aient été achetés sur le marché ou produits (production non marchande) par les administrations publiques ou les ISBLSM (les institutions sans but lucratif au service des ménages, ISBLSM, regroupent l'ensemble des unités privées dotées de la personnalité juridique qui produisent des biens et services non marchands au profit des ménages). Ils comprennent donc ä la fois (
- i)les prestations sociales en nature qui relèvent du champ de la protection sociale, c'est-ä-dire les biens et services fournis directement par les administrations publiques (aide personnalisée au logement par exemple) et ceux que les ménages bénéficiaires achètent eux-mêmes et se font ensuite rembourser (médicaments, soins médicaux) et (
- ii)les transferts de biens et services individuels non marchands produits par les administrations publiques ou les ISBLSM, en particulier l'éducation et la santé. 7 Ainsi en 2018 par exemple, le PIB réel du Luxembourg s'est établi ä un niveau qui surpasse de 23 % celui qui avait été observé en 2008. Les trois composantes ayant le plus contribué ä ce taux sont — par ordre d'importance : la consommation privée, la consommation publique et les exportations nettes. Entre 2008 et 2017, les exportations nettes du Luxembourg ont enregistré une hausse de 11,2 %. Etant donné que la part des exportations nettes dans le PIB est de 35 %, la contribution des exportations nettes en 2018 ä la progression par rapport ä 2008 du PIB s'élève ä 4,0 points—de—petweentage,—(erp*-eamme—intliqué- par la bariv bleue sar le graphique-2. Les dépenses de consommation privée ont progressé de 29 % entre 2008 et 2018 et, leur poids dans le PIB étant de 31 %, ont contribué ä hauteur de 8,5 p.p. ä la croissance du PIB sur la même période comme indiqué par la barre rouge du graphique. Enfin, la contribution de la consommation publique ä la croissance s'est établie ä 4,9 p.p. (barre bordeaux). Ces trois composantes expliquent au total 17,5 p.p. de la croissance du PIB observée entre 2018 et 2008 (soit 20 %). Enfin, les autres composantes de la demande et les variations de stocks expliquent une infime partie de la croissance du PIB observée entre 2008 et 2018. Les contributions de l'investissement privé (hors logement), des variations de stocks et de l'investissement public ä la croissance ont été de respectivement 2,4 p.p. (barre violette), 1,6 p.p. (barre orange) et 1,3 p.p. (barre verte). L'investissement privé en logement a de son côté contribué ä hauteur de 0,1 point de pourcentage ä la croissance du PIB entre 2008 et 2018 (du fait d'une hausse de 3,1 % de ces investissements entre 2018 et 2008 et d'un poids de 4 %). 5 11 démographique, la consommation privée par habitant n'a que modestement progressé (+2,7 % de progression cumulée depuis la crise). Comme le montre le graphique 2, la consommation privée n'a jamais reculé, y compris lors des années de plus faible croissance économique. En effet, les stabilisateurs automatiques, qui opèrent ä travers les transferts nets de l'Etat (chômage partiel, transferts sociaux) ont permis d'atténuer les effets négatifs que la crise aurait pu avoir sur les dépenses de consommation des ménages. Cette relative bonne tenue de la consommation privée ne doit toutefois pas être considérée comme étant le garant d'une croissance future. Dans une petite économie ouverte, le principal moteur d'une croissance soutenue ne saurait résider dans une évolution autonome de la consommation privée des ménages. Le graphique 3 représente la contribution des exportations et des importations ä cette croissance, reprenant les niveaux du PIB réel du Luxembourg par rapport ä son niveau de 20088. Les exportations de biens et services, tout comme les importations de biens et services n'ont retrouvé leur niveau de l'année 2008 qu'en 2011. Mais, ce n'est que depuis 2015 que leurs dynamiques respectives ont permis un retour vers des contributions positives des exportations nettes ä la croissance du PIB réel par rapport ä leur niveau de 2008 (voir graphique 2). Ces contributions des exportations nettes ä la croissance du PIB réel par rapport ä 2008 ont de surcroît été quasiment stables entre 2015 et 2017, autour de 3,5 points de pourcentage du fait d'une quasi-stabilité du volume des exportations nettes au cours des trois demières années. Ensuite, en 2018, la contribution des exportations nettes ä la croissance du PIB réel par rapport ä 2008 a été de 4,0 points de pourcentage. 8 Entre 2008 et 2018, les exportations et les importations ont progressé de respectivement 43 % et 50 %. Etant donné que les exportations représentent 168 % du PIB, la contribution des exportations ä la progression du PIB en 2018 par rapport ä 2008 s'élève ä 72 points de pourcentage (p.p.), comme indiqué par la barre verte sur le graphique 3. Les importations représentant 133 % du PIB, la contribution des importations ä la progression du PIB en 2018 par rapport ä 2008 est négative et s'élève ä -67 p.p., comme indiqué par la barre violette sur le graphique 2. Le graphique 2 montre que les évolutions du commerce extérieur (exportations et importations) ont expliqué une part non négligeable des variations du PIB par rapport ä l'année 2008. 12 Graphique 3 : Progression du PIB réel en niveau par rapport ä 2008 (en %) et contributions (en p.p.) des deux composantes du commerce extérieur (exportations et importations de biens et services) 80 25 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 Importations de biens et s ervices (échelle de gauche) E xportations de biens et s ervices (échelle de gauche) crois s ance du PIB réel en niveau par rapport ä 2008 (échelle de droite) Sources : STATEC, calculs BCL. L'investissement privé hors logement9, de son côté, est repassé en 2011 au-dessus du niveau atteint en 2008. Ce redressement de l'investissement privé hors logement s'est ensuite poursuivi et a élargi la capacité productive. Sur le graphique 2, il apparaît que c'est seulement en 2018 que l'investissement privé en logementm a retrouvé son niveau de 2008. Il convient cependant de garder ä l'esprit que les années 2007 et 2008 ont été particulièrement propices en termes de dépenses d Investissement privé enlogement. L'interprétation est différente et non évidente pour la composante des « variations de stocks ». Premièrement, cette composante comprend aussi les « Acquisitions moins cessions d'objets de 9 Les statistiques relatives ä l'investissement privé doivent être considérées avec précaution en raison des fréquentes révisions. 19 L'investissement privé en logement est constitué essentiellement des achats de logements neufs et des travaux d'entretien et d'amélioration portant sur des immeubles existants (logements existants ou transformation de locaux existants en vue de leur transformation en logement). 13 valeur » ainsi que la composante résiduelle des calculs. Deuxièmement, étant donné que cette composante est définie en « variation » et non en « niveau », un point de référence naturel n'existe pas pour les « stocks ». On peut uniquement constater une accumulation ou un écoulement de « stocks » par rapport ä une période choisie. Un écoulement de stocks, par rapport ä l'année 2008, a par exemple été observé en 2009 et 2012. En conclusion, un rééquilibrage de la croissance économique s'est amorcé ä partir de 2015, dans la mesure où toutes les composantes de la demande contribuent désormais positivement ä la croissance du PIB par rapport ä son niveau de l'année 2008. Néanmoins, la reprise économique est depuis 2010 majoritairement tirée par la consommation privée et la consommation publique (graphique 2). Cette situation ne peut perdurer trop longtemps. En effet, cela signifie que d'autres composantes de la demande, comme les investissements privés, ont contribué de manière moins conséquente ä cette reprise. Or, une trop longue période de croissance dite « faible en investissements » affecte négativement le rapport stock de capital/PIB et réduit de ce fait la productivité et donc la croissance potentielle de 1' économiell. 1.1.2. Le revenu national brut Le PIB et le RNB Le graphique 4 compare le PIB nominal au revenu national brut (RNB). A l'exception de l'année 2009, le PIB en valeur n'a cessé de croître depuis 2000. Le RNB a en revanche enregistré trois baisses sur la même période (2003, 2006, et 2009). Entre 2007 et 2013, la différence entre les deux agrégats s'est notablement accrue, mais elle s'est quelque peu rétrécie par la suite. En effet, sur cette période le PIB et le RNB ont progiessé de respectivement 25 % et 10 %. Si les taux de croissance des deux agrégats ont ensuite sensiblement accéléré en 2014, il n'en reste pas moins que depuis 2015, la progression du RNB a été sensiblement plus importante que celle du PIB. Au final, les variations cumulées du PLB et du RNB entre 2013 et 2017 se sont établies ä respectivement 19 % et 26 %. Les données concernant le RNB n'étant pas encore disponibles pour l'année 2018, l'ensemble de cette analyse ne tient en compte que les développements jusqu'en 2017. " C'est la raison pour laquelle des mesures de soutien ä la consommation, privée et publique, ne permettront pas de stimuler durablement la croissance du PIB au Luxembourg. De plus, dans une petite économie ouverte telle que le Luxembourg, une grande partie de la consommation est importée, dégradant de ce fait ä terme les exportations nettes et limitant l'effet positif d'une relance par la consommation. Une croissance élevée et durable nécessite un redressement des investissements privés et un maintien de la croissance des exportations nettes. 14 Dernièrement, en 2017, le RNB a progressé de 8,3 %, soit de manière nettement plus dynamique que le PIB nominal (+3,7 %). Cette croissance du RNB observée en 2017 a par ailleurs été supérieure ä sa moyenne historique (+5,9 % sur la période 1995-2017). Graphique 4 : Evolution du PIB et du RNB (en millions d'euros) 60 000 55 000 50 000 45 000 40 000 35 000 30 000 25 000 20 000 15 000 10 000 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 Revenu national brut aux prix du marché Produit intérieur brut aux prix du marché Source : STATEC. Le PIB est un indicateur du revenu produit sur le territoire du Luxembourg ou, autrement dit, il mesure le revenu généré par l'ensemble des activités économiques sur le territoire luxembourgeois. Cette production bénéficie aux résidents du Luxembourg, mais aussi aux agents résidant sur un territoire étranger dès lors qu'ils travaillent au Luxembourg (travailleurs frontaliers) ou qu'ils détiennent des actifs sur le territoire luxembourgeois. Le RNB, quant ä lui mesure le revenu total des agents résidant au Luxembourg, exclut les revenus des non-résidents et inclut les revenus des résidents versés par le reste du monde. 11 est obtenu en déduisant du PIB la rémunération nette des frontaliers et les revenus nets de la propriété' versés ou reçus du reste du monde. Le RNB est un indicateur conceptuellement plus proche de la notion de « bien-être » de la population résidente que le PIB. 12 Rappelons que les revenus de la propriété correspondent aux revenus que perçoivent les propriétaires d'actifs financiers et d'actifs naturels quand ils les mettent ä la disposition de tierces unités institutionnelles. Les revenus ä 15 Le graphique 5 montre que si la rémunération versée aux frontaliers a progressé de manière régulière depuis 2000, parallèlement ä l'augmentation de leur nombre (la part des frontaliers dans l'emploi total et passée de 33 % en 2000 ä 44 % en 2018), la hausse des revenus nets de la propriété versés au reste du monde a, par contre, été plus erratique et plus marquée, ce qui a fortement contribué ä accroître, jusqu'en 2014, l'écart entre le PIB nominal et le RNB Ce phénomène s'explique par la présence sur le territoire luxembourgeois de sociétés qui, contrôlées depuis l'étranger et générant d'importants revenus, établissent leur bilan financier au Luxembourg. Ainsi, les profits dégagés par ces entreprises entraînent des flux de revenus (dividendes et bénéfices réinvestis) qui se retrouvent comptabilisés dans le PIB du Luxembourg, tout en n'étant pas comptabilisés dans le RNB. Depuis 2015, les revenus nets de la propriété ont cessé de progresser. Ils ont enregistré une baisse de 4 % cette année-lä, suivie d'une quasi-stabilisation en 2016, avant de fortement chuter en 2017 (-20 %). L'écart entre le PIB nominal et le RNB s'est de ce fait sensiblement réduit en 2017. Il n'en reste pas moins que par rapport ä l'année 2007, le montant des revenus nets versés par le Luxembourg ä l'étranger a enregistré une hausse de 97 %. Cette hausse a été par construction comptabilisée dans le PIB du Luxembourg, mais pas dans le RNB. payer pour l'utilisation d'un actif financier sont appelés « revenus d'investissements », alors que ceux ä payer pour un actif naturel sont appelés « loyers ». Les revenus de la propriété correspondent ä la somme des revenus d'investissements et des loyers. 16 Graphique 5 : Décomposition de l'écart entre le PIB nominal et le RNB (en millions d'euros) 18 000 16 000 14 000 12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 I 2000 hdll I ll 0 -2000 1994 1996 1998 2000 2002 2004 Rémunérations versése aux frontaliers 2006 2008 2010 2012 2014 2016 Rev enus nets de la propriété payés au R DM - PI B - - R NB S ource : S TATE C. Le PIB par habitant et le RNB par habitant Afin de bien interpréter ces deux derniers agrégats (PIB nominal et RNB), il convient aussi de tenir compte de l'évolution démographique. La croissance de la population du Luxembourg a été très élevée durant ces années et s'est même accélérée par rapport ä la période de pré-crise, surtout sous l'influence de flux migratoires accrus. La population du Luxembourg a ainsi crû de 24 % entre 2007 et 2017 (contre +10 % entre 2000 et 2007). Ceci explique que le revenu national brut par habitant (ou, dit autrement, rapporté ä la population résidente) du Luxembourg s'est considérablement écarté du PIB nominal (qui est favorablement influencé par la croissance du nombre de frontaliers). En effet, entre 2000 et 2017, le PIB nominal par habitant a progressé de 75 %, tandis que le RNB par habitant n'a augmenté que de 46 % (voir graphique ci-dessous). Les données récentes montrent qu'après deux reculs successifs en 2012 et 2013 — de respectivement 0,9 % et 1,6 % — le revenu par habitant a enchaîné quatre années consécutives de hausse. En 2017, il a nettement accéléré en affichant un taux de croissance de 6,0 % (après +1,1 % en 2016). Malgré cela, le niveau du RNB nominal par habitant en 2017 ne dépasse son niveau atteint en 2008 que de 10 % (voir graphique 6). 17 Le PIB par habitant, dont la croissance a été de 1,4 % en 2017, dépasse quant ä lui son niveau de 2008 ä concurrence de 19 %. Ces évolutions indiqueraient que la situation des secteurs domestiques au Luxembourg ne s'est que modérément améliorée depuis la crise. Graphique 6 : Evolution du PIB et du RNB par habitants (er: rnilliers d'euros) 100 80 70 60 50 40 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 -Produit intérieur brut aux prix du marché par habitant -Revenu national brut aux prix du marché par habitant Source : STATEC. 1.1.3. Le revenu disponible brut des tnénages Le revenu disponible brut (RDB) des ménages résidents comptait pour 55 % du RNB en 2017" (et 39 % du PIB). Il est généralement considéré comme une meilleure mesure du niveau de vie de la population que le RNB ou le PIB. Compte tenu de l'importance de cet indicateur et du fait que les données afférentes ne sont devenues disponibles que récemment, un chapitre entier (voir sous 7.1) est consacré ä une présentation détaillée de cet agrégat. Les grandes lignes de ce chapitre sont résumées ci-dessous. L'évolution du RDB des ménages est largement déterminé par la croissance économique, et plus directement par l'évolution de l'emploi national et des salaires touchés. Cependant, l'Etat 13 Les données relatives au RNB et au revenu disponible brut des ménages ne sont pas encore disponibles pour l'année 2018. Elles seront publiées en automne 2019. 18 influence ce revenu ä travers sa politique de redistribution des revenus, dont les instruments sont les prélèvements obligatoires sur les revenus des ménages et les transferts sociaux versés ä ces derniers. Ces flux constituent une part importante des recettes et des dépenses totales des administrations publiques et, par conséquent, la politique de redistribution des revenus ne peut pas se faire sans tenir compte des contraintes budgétaires. Au Luxembourg, le RDB des ménages a progressé au cours des années récentes, mais ä un rythme plus faible que par le passé. Le revenu disponible en volume par habitant (« le pouvoir d'achat moyen ») a légèrement reculé entre 2010 et 2016. Cette évolution, qui n'est pas favorable aux ménages, doit cependant s'apprécier ä l'aune des mesures budgétaires prises par les gouvernements successifs afin d'assainir les fmances publiques. L'ajustement budgétaire depuis 2011 a été opéré dans une phase conjoncturelle relativement favorable. A contrario, en l'absence de croissance économique, il aurait été nettement plus pénalisant pour les ménages. Les allègements fiscaux qui ont suivis et qui ont été introduits au 1 er janvier 2017 ont eu une incidence positive sur les revenus des ménages, mais une incidence négative sur le solde de l'administration centrale, toutes choses égales par ailleurs. Plutôt que d'être consommés, les revenus additionnels ont sans doute été largement épargnés et n'ont produit que des effets limités sur la croissance économique du Luxembourg. Il appartient au gouvernement de fixer ses objectifs en matière de politique budgétaire et fiscale, tenant compte de l'évolution conjoncturelle ainsi que des contraintes et de la gouvernance des fmances publiques. La politique de redistribution des revenus compte indubitablement parmi ces objectifs, qui, pour être soutenable, doit s'insérer dans les contraintes de la politique budgétaire globale. 1.1.4. La balance courante Cette section vise ä analyser d'une part, l'évolution du solde de la balance courante au Luxembourg et, d'autre part, ä montrer le lien existant entre la balance courante et les agrégats tels que le PIB et le RNB. Méthodologie statistique La balance des paiements enregistre l'ensemble des transactions économiques et financières du Luxembourg avec le reste du monde. 19 Les données sont compilées conformément aux recommandations méthodologiques de la ene édition du Manuel de la balance des paiements et de la position extérieure globale (MBP6). Au Luxembourg, tout comme dans le reste de la zone euro, cette méthodologie a été introduite en 2014,parallèlement avec l'introduction du SEC20 1 0 pour la compilation de la comptabilité nationale, qui enregistre également les transactions avec le reste du monde. En théorie, ces deux méthodologies statistiques ont été rapprochées pour assurer un traitement cohérent des opérations extérieures du pays. Dans cette optique, la balance des paiements serait un élément parmi d'autres dans le système plus large qu'est la comptabilité nationale. Il s'ensuit qu'à définition identiques ou proches, les données devraient être quasiment similaires. Dans les faits, le rapprochement de ces compilations se fait par étapes et le processus de la convergence des données n'est pas encore achevé au Luxembourg. Le compte courant, qui est un élément de la balance des paiements, enregistre les transactions courantes du Luxembourg avec le reste du monde. Il s'agit des opérations de production et des opérations de répartition des revenus. Les opérations de production, ainsi que les exportations et importations de biens et services qui y sont liées, affectent ä la fois le PIB et le RNB. Le solde des exportations et importations de biens et services contribue ä la fois aux évolutions du PIB et du RNB. Il s'agit d'ailleurs de la seule composante du compte courant qui a cette caractéristique. Les opérations de répartition des revenus n'affectent pas directement le PIB. 11 existe trois types d'opérations de répartition de revenus. En premier lieu, il s'agit des opérations de répartition des revenus primaires. Ces revenus résultent d'une opération de production sur le territoire et ils ont donc été enregistrés préalablement, au stade de la production, dans le PIB (optique revenu). Au stade de la répartition primaire, une partie de ces revenus sont versés ä l'étranger et sont donc déduits du PIB pour calculer le RNB. Il s'agit de la rémunération des salariés frontaliers (sous forme d'une masse salariale) et de la rémunération des investisseurs étrangers (sous forme de revenus sur leurs capitaux investis au Luxembourg). En deuxième lieu, il s'agit des opérations de répartition des revenus secondaires (transferts courants). Ces revenus ne résultent pas d'une opération de production et ils ne sont donc pas enregistrés préalablement dans le PIB, ni dans le RNB. Finalement, le compte courant de la balance des paiements et le RNB enregistrent aussi des revenus qui sont versés par le reste du monde au Luxembourg. Il s'agit de la rémunération des salariés résidents qui travaillent ä l'étranger ainsi que les revenus sur les capitaux des résidents luxembourgeois investis ä l'étranger. Ces revenus, n'étant pas liés ä une production sur le territoire, ne sont pas inclus dans le PIB. 20 La répartition des revenus secondaires et la masse salariale des salariés résidents qui travaillent ä l'étranger importent peu pour l'analyse du compte courant au Luxembourg, car leurs flux sont relativement faibles. Le solde du compte courant Le graphique 7 présente le solde de la balance courante ainsi que ses principales composantes. Dans ses échanges courants avec le reste du monde, le Luxembourg a enregistré des excédents récurrents qui ont représenté en moyenne 8 % du PIB sur la période 2000-2018. Au fil du temps, les excédents courants successifs ont affiché une tendance baissière manifeste, en passant de 13 % du PIB en 2000 ä 8 % en 2008, puis 6 % en 2011 avant de se stabiliser ä 5 % du PIB sur la période 2012-2018. Graphique 7 : Evolution du solde courant (en % du PIB) 45% 35% 25% 15% 5% -5% -^ -15% -25% -35% -45% 0% 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 1Revenu secondaire (transferts courants, cotisations sociales) I Revenu primaire (rémunérations, revenus d'investissements) ervites I Marchandises — o--Solde courant (éch. de droite) Sources: STATEC, BCL. L'ajustement ä la baisse du solde du compte courant résulte des évolutions divergentes de ses composantes. Le tableau suivant illustre les évolutions entre 2008, 2012 et 2018. 21 Tableau 3: du PIB) Soldes et variations des principales composantes du compte courant (en % 4,8 2008 2012 -1,9 2012 2018 -0,8 2008 2018 -2,8 31,3 33,5 -0,2 2,2 2,0 -16,6 -16,8 -16,7 -0,2 0,1 -0,2 -7,8 -8,3 -11,2 -0,5 -2,9 -3,4 0,4 -0,6 -0,8 -1,0 -0,1 -1,2 2008 2012 2018 S olde courant 7,6 5,6 Biens et services 31,5 R émunération des salariés R evenu net d'investissements Transferts courants nets Sources : STATEC, BCL, calculs BCL. Le solde du compte courant, qui s'élevait ä 8 % du PIB en 2008, s'est contracté ä près de 5 % du PIB en 2018. Ce recul de 3 % du PIB est attribuable ä deux facteurs. D'une part, l'excédent des biens et services a augmenté de 2 % du PIB, de 31,5 % en 2008 ä 33,5 % en 2018. Cette progression a été plus que compensée par un accroissement des revenus nets des investissements dont le déficit a augmenté de 3,4 % du PIB, en passant de 7,8 % en 2008 ä 11,2 % en 2018. Les rémunérations des salariés versées ä l'étranger sont restées presque stables et elles s'élevaient ä environ 17 % du PIB en 2018. Bien que négligeables, comme indiqué ci-dessous, les soldes des revenus secondaires (transferts courants) se sont retournés en contribuant négativement, ä concurrence de 1,2 % du PIB, ä l'évolution du solde courant. Le solde des biens et services L'excédent des biens et services de la balance des paiements a progressé de 21 % du PIB en 2000 ä 31 % du PIB en 2008 pour descendre ä 27 % en 2011 et remonter de nouveau ä 33 % et 34 % respectivement en 2017 et 2018. Cet excédent dans la balance des paiements a une contrepartie directe dans la comptabilité nationale sous la forme des exportations nettes, qui est une des composantes du PIB nominal. Dans la comptabilité nationale, l'excédent des exportations nettes comptait également pour 34 % du PIB en 2018, la demande domestique en comptant pour 66 %. La demande domestique se compose de la consommation privée, la consommation publique et les investissements. L'excédent des biens et des services étant structurel, les exportations nettes ont continuellement contribué de manière positive ä l'évolution du PIB nominal. 22 La variation de ce solde, exprimé en pourcentage du PIB, est ä mettre en lien direct avec la contribution des exportations nettes ä la variation du PIB nominalm. Généralement et de manière simplifiée, lorsque la part des exportations nettes dans le PIB nominal baisse, la contribution des exportations nettes ä la croissance du PIB nominal est négative et vice versa. L'excédent du solde des biens et services se compose d'un déficit structurel de la balance des biens et d'un surplus structurel de la balance des services. S'agissant de la balance des biens, le déficit s'est élevé en moyenne ä 6 % du PIB sur la période 2000-2018. Ce déficit s'est cependant résorbé après la crise de 2008 (revenant ä 3 % du PIB en moyenne sur les cinq dernières années), apportant ainsi une contribution moins négative ä la croissance du PIB nominal. Cette contraction du déficit des biens est en grande partie liée au développement du négoce international. Ce négoce regroupe les achats et ventes de biens ä l'étranger sans passage sur le territoire national. Il s'agit essentiellement des biens échangés via le commerce électronique. En dehors du négoce, la balance des biens est restée structurellement déficitaire en raison de la petite taille et de la structure de l'économie luxembourgeoise qui s'est spécialisée dans les exportations de services (surtout financiers). Si cette spécialisation dans des services financiers a permis ä l'économie de développer un pôle de compétitivité sur les marchés fmanciers internationaux, le corollaire en est évidemment le recours aux importations de biens pour satisfaire la demande intérieure. Ainsi, beaucoup de marchandises échangées sur le marché intérieur ne sont pas produites localement. C'est le cas des biens de télécommunication, des appareils électroménagers, des appareils audio et vidéo, des produits pétroliers, des produits pharmaceutiques, des automobiles etc. Par ailleurs, la structure des échanges de biens du Luxembourg montre une forte concentration des exportations sur trois catégories de produits, ä savoir les articles manufacturés en métaux communs (produits de l'industrie sidérurgique), les autres articles manufacturés classés d'après la matière première (produits plastiques, pneumatiques, fibres textiles) et les réexportations de machines et équipements. Les trois catégories de produits représentent en effet 59 % de toutes les exportations du Luxembourg, les produits sidérurgiques représentant 25 %, les réexportations de machines et équipements 19 %. Au niveau de la structure géographique des échanges de biens, les pays membres de la zone euro, avec près de 71 % des exportations, demeurent les principaux débouchés des exportations luxembourgeoises. Au sein de la zone, les trois pays limitrophes (Allemagne, Belgique et 14 En comptabilité nationale, les données sont aussi présentées ä prix constants et il est donc possible de calculer les contributions des exportations nettes ä la variation du PIB en volume. De leur côté, les données de la balance des paiements sont uniquement disponibles ä prix courants. 23 France) achètent environ 53 % de toutes les marchandises exportées par le Luxembourg. L'Allemagne est le premier marché avec 27 % des exportations totales. La performance exportatrice de l'Allemagne au cours de dernières années a donc également profité au Luxembourg qui lui foumit des biens intermédiaires. Vient ensuite la France qui absorbe 15 % des exportations luxembourgeoises et enfin la Belgique avec 12 %. Les importations de biens du Luxembourg sont livrées ä 85 % par les pays membres de la zone euro. Parmi ces pays, la Belgique livre environ 36 % de toutes les marchandises importées, suivie par l'Allemagne avec 27 % et la France avec 12 %. L'excédent des biens et services provient exclusivement des prestations de services dont le surplus atteint 35 % du PIB en moyenne sur la période 2000-2018, affectant positivement le PIB. Ce surplus a été de 38 % en 2018. Les services regroupent diverses activités, dont les services financiers, le transport, les voyages, les services d'assurance, les services informatiques et de communication ainsi que les autres services aux entreprises (conseil/audit, leasing, une partie du commerce électronique, etc.). Les échanges de services comprennent en grande partie les services fmanciers, dont le surplus représente presque deux tiers de l'excédent total des services. L'évolution de la balance des services du Luxembourg est donc largement tributaire de l'évolution des services fmanciers, dont les recettes sont elles-mêmes dépendantes de l'industrie des fonds d'investissements qui, de son côté, est soumise aux aléas des évolutions des marchés financiers internationaux. Les recettes enregistrées au titre des services financiers sont, en effet, constituées en très grande partie des commissions perçues par les banques résidentes, en relation avec leurs activités de gestion de fortune et/ou avec leur fonction d'agents administratifs des fonds d'investissement. Ces commissions dépendent de la valeur des actifs gérés et des nouvelles souscriptions aux parts d'organismes de placement collectif. Le solde des revenus Le solde des revenus comprend 1) les rémunérations nettes des salariés, 2) les revenus nets des investissements et 3) les transferts courants nets. Le solde des revenus est structurellement déficitaire depuis 2000, tant pour les revenus du travail que pour les revenus du capital. Ce déficit est ä l'origine de l'écart entre le PIB et le RNB, si on fait abstraction de quelques ajustements mineurs et non significatifs qui sont évoqués dans la partie méthodologique15. 15 En d'autres mots, pour un solde des revenus primaires négatif, le niveau du RNB est inférieur au niveau du PIB. 24 S'agissant de la balance des revenus du travail, le solde a connu un déficit structurel sous l'effet de la hausse continue de la rémunération des travailleurs frontaliers, dont le nombre est croissant au cours des deux dernières décennies pour répondre aux besoins de main d'oeuvre de l'économie luxembourgeoise16. Le déficit des revenus du travail a affiché une constante progression au fil du temps : il s'élevait ä 13 % du PIB en 2000, puis s'est accru régulièrement pour atteindre 17 % du PIB en 2009, niveau auquel il s'est stabilisé par la suite. Compte tenu de la stabilisation du déficit de la rémunération des salariés comparativement au PIB nominal, le creusement du déficit global des revenus primaires émane principalement de la détérioration de la balance des revenus d'investissements, dont le solde s'est retourné pour devenir déficitaire depuis 2002. Le déficit du revenu des investissements s'est accru par la suite pour atteindre environ 8 % du PIB en 2008, avant de se contracter sur les années 2009-2011 ä près de 5 % du PIB. Il est en revanche reparti ä la hausse sur la période 2012-2018 pour atteindre 11 % du PIB en 2018. Outre la baisse du revenu net d'intérêts dans un contexte de faiblesse généralisée des taux de rendement, la détérioration du solde des revenus d'investissements traduit la hausse continue des bénéfices attribués aux investisseurs non-résidents et est partiellement liée au développement des Organismes de Placements Collectifs (OPC). En effet, les commissions financières encaissées par les gestionnaires résidents des OPC (exportations de services financiers) sont dans une large mesure reversées sous forme de rétro commissions (importations de services financiers) ä des sociétés de commercialisation établies ä l'étranger. Les montants restants, après déduction des frais et autres coûts (y compris la rémunération des salariés), correspondent ä des profits qui euxmêmes donnent lieu ä une attribution de bénéfices réinvestis et de dividendes aux actionnaires étrangers qui contrôlent ces sociétés de gestion. Le déficit des revenus d'investissements représente donc, dans une large mesure, la contrepartie des exportations nettes de services financiers. Conclusion Pour conclure, les transactions courantes avec le reste du monde continuent ä se solder par un surplus en faveur du Luxembourg. Même si ce surplus a affiché une tendance baissière manifeste au fil du temps, il s'est stabilisé autour de 5 % du PIB sur les cinq dernières années. Soulignons que la tendance baissière de l'excédent courant ne reflète pas une baisse de la contribution des 16 Fin 2000, le Luxembourg comptait quelque 90 379 travailleurs non-résidents (36 % de l'emploi salarié total). Fin 2018, le nombre de salariés non-résidents a atteint 192 329, soit 45 % de l'emploi salarié intérieur. Cette progression continue du nombre des frontaliers, ainsi que la hausse du coût salarial moyen, génèrent un creusement du solde négatif pour le revenu des salariés. 25 échanges de biens et services ä la croissance économique mesurée sur base du PIB. Elle implique néanmoins un creusement de l'écart entre le PIB et le RNB. En effet, cette tendance baissière indique que, par rapport aux décennies précédentes, les revenus qui sont générés au Luxembourg, sont davantage attribués aux investisseurs étrangers. 1.1.5. Le chômage et l'emploi Le taux de chômage au sens strict17 a poursuivi son recul en 2018 pour s'inscrire ä 5,2 % en février 2019, soit le niveau le plus bas enregistré depuis début 200918. 17 Le taux de chômage au sens strict est le rapport entre le nombre de demandeurs d'emploi au sens strict et la population active. La population au chômage inclut les personnes sans emploi, résidant sur le territoire national et inscrites ä l'Agence pour le Développement de l'Emploi (ADEM). Sont uniquement considérés les demandeurs d'emploi disponibles, c'est-à-dire ceux qui, ä la date du relevé statistique, ne sont ni en congé de maladie depuis plus de sept jours, ni en congé de maternité, ni affectés ä une mesure pour l'emploi. La forte baisse observée en fin d'année 2018 doit être quelque peu nuancée. En effet, au mois de décembre 2018, l'ADEM a introduit une nouvelle procédure d'inscription des demandeurs d'emploi. Ce changement d'ordre technique a pu engendrer un décalage dans le temps de la prise en compte des nouvelles inscriptions dans les statistiques. Cette situation devrait cependant s'être normalisée en début d'année 2019. Dans le même temps, la réforme du Revenu Minimum Garanti, qui a été remplacé par le Revenu d'Insertion Sociale (REVIS) en janvier 2019 est susceptible d'avoir un impact haussier sur le nombre de demandeurs d'emplois au cours des mois ä venir. En effet, rappelons que l'un des principaux objectifs de cette réforme est de promouvoir l'activation des bénéficiaires et leur (ré-)insertion sur le marché du travail. 18 26 Graphique 8 : Taux de chômage (nombre de chômeurs en % de la population active) 10 9 8 7 6 5 4 3 2 CD ▪ r. 1 m cl- L n lD I N C O C r, 000000 NI N I NJ NI 0 • NJ m .01- , r 1 00000 •0 0 0 0 •0 0 N NJ NI NI NI NI NJ NJ c0 CO CO CO CO 0 3 CO CO 0 3 CO CO 0 0 Ch CO Tji T"i e- 1 t.- 9 . E z <7 71 o ro 'L 0 `C) -to co - — T aux de chômag e au sens strict — T aux de chômag e au sens larg e ( y compris mesures) Taux de chômag e au sens larg e ( y compris mesures et chômag e partiel) Remarque : en ce qui concerne 2018, les données demeurent provisoires. Le taux de chômage global au sens large (y compris mesures et chômeurs partiels) fait référence aux demandeurs d'emploi au sens strict, auxquels on ajoute ceux qui bénéficient d'une mesure de soutien ä l'emploi (voir note de bas de page n° 19 pour plus de détails) et les salariés en chômage partiel. Rappelons que, depuis 2015, le chômage partiel ne concerne plus qu'un nombre limité d'entreprises. Sources : ADEM, Comité de conjoncture, STATEC, calculs BCL. Le taux de chômage au sens strict n'offre cependant qu'une vue partielle de la situation du chômage. Il convient en effet d'y rajouter les personnes bénéficiant d'une mesure pour 1'emp1oi19 L'ADEM propose-une_panoplie de mesures de_soutien destinées aux 4emandeurs d'emploi et censées améliorer leur employabilité et faciliter leur réinsertion sur le marché du travail. Ces mesures, qui font partie intégrante des politiques « actives » de l'emploi peuvent se décliner sous différentes formes. En 2018, 42 % des demandeurs d'emploi concernés étaient affectés ä des mesures « spéciales », destinées aux chômeurs non-indemnisés et pris en charge par des associations sans but lucratif (y compris les initiatives syndicales et locales). 25 % des demandeurs d'emploi concernés étaient affectés ä des mesures spécialement conçues pour les jeunes chômeurs, suivi des mesures de formation (20 %) et des occupations temporaires indemnisées (9 %). De même, 5 % des mesures étaient destinées aux demandeurs d'emploi âgés de 45 ans ou plus, les salariés ä capacité de travail réduite et les salariés handicapés. Il convient de noter que les personnes bénéficiant d'une mesure pour l'emploi ne sont pas considérées comme chômeurs au sens strict et se retrouvent, par conséquent, exclues du champ d'application du taux de chômage officiel. 27 et les salariés en chômage partiel : d'après les plus récentes données disponibles, le taux de chômage au sens large s'est ainsi établi ä 6,6 % en janvier 2019. Bien qu'en baisse par rapport aux pics atteints en 2009, ce taux demeure au-dessus de son niveau d'avant-crise. De son côté, le recours au dispositif de chômage partiel a poursuivi sa baisse et ne concerne désormais plus qu'un nombre limité d'entreprises20. La baisse du chômage, qui s'est amorcée au second semestre 2014, a continué de profiter ä presque toutes les catégories de demandeurs d'emploi (voir le graphique ci-après). Certaines populations demeurent cependant particulièrement vulnérables et défavorisées. Ainsi, le chômage de longue durée touche ä l'heure actuelle encore 47 % des demandeurs d'emploi au Luxembourg (49 % en moyenne dans la zone euro), contre 36 % en 200821. Même en excluant les chômeurs souffrant d'un handicap ou d'une incapacité de travail partielle et qui ont une employabilité faible, on constate qu'en 2018, près d'un tiers des demandeurs d'emploi étaient au chômage depuis plus de douze mois. Bien qu'en retrait par rapport au pic atteint en 2016 (48 %), la courbe du chômage de longue durée peine ä s'inverser22. De même, bien qu'en retrait par rapport aux niveaux d'avant-crise, la part des chômeurs faiblement qualifiés reste élevée (supérieure ä 50 %). Par ailleurs, le taux de chômage des jeunes s'est inscrit ä 15,4 % (après un taux de 18,9 % l'année précédente)23. L'incidence du chômage des jeunes, mesurée par le Par ailleurs, il convient de mentionner que suite ä l'entrée en vigueur du REVIS, en janvier 2019, les « Activités d'insertion professionnelle » qui auparavant étaient organisées par le Service National d'Action Sociale mais figuraient dans les mesures de soutien ä l'emploi de l'ADEM, sont désormais suivies exclusivement par l'ONIS et ne sont plus reprises dans les mesures proposées par l'ADEM. Ce changement a eu pour conséquence de diminuer le nombre de mesures de soutien ä l'emploi et donc le taux de chômage au sens large. Les données historiques ont cependant été ajustées de façon ä neutraliser cet effet et éviter une rupture de série. 20 Le chômage partiel (de source conjoncturelle) est un dispositif de prévention des licenciements. L'objectif est de permettre aux entreprises de maintenir l'emploi en cas de perte d'activité temporaire et de favoriser un ajustement de la marge intensive du travail, c'est-à-dire des heures travaillées. Le chômage de longue durée touche en particulier les populations peu qualifiées, âgées ou souffrant d'un handicap ou d'une incapacité de travail partielle. 21 Voir l'encadré n03 "Le chômage de longue durée, tenants et aboutissants" dans le Bulletin BCL 2015/1, pp. 32-43. 22 23 Ces données sont issues de l'Enquête (harmonisée) sur les forces de travail. Cet indicateur doit être interprété avec prudence dans la mesure où il peut donner une image tronquée de la position des jeunes sur le marché de l'emploi, en raison de leur faible taux d'activité. En effet, si une part importante des jeunes participe au système d'éducation et que, simultanément, une grande partie de ceux qui intègrent le marché du travail se retrouve sans emploi, le taux de chômage des jeunes sera très élevé, alors même que ce phénomène ne touche qu'une faible fraction de la population jeune totale. Le chômage des jeunes peut dès lors être appréhendé par un indicateur alternatif : le ratio de chômage qui mesure la part de jeunes chômeurs dans la population totale du même äge, ce qui permet de remédier aux difficultés liées ä la taille réduite de la population active jeune. Ce ratio s'est établi 4,7 % en 2017. 28 rapport entre le chômage des jeunes et celui des adultes (âgés de 25 ä 54 ans) reste, néanmoins, plus importante au Luxembourg (3,1 fois) que dans la zone euro (2,2 fois). Graphique 9 : 70 Décomposition des demandeurs d'emploi selon leurs caractéristiques (en % du nombre total de chômeurs, sauf indication contraire) • 60 50 40 30 • 20 • • 10 0 Niv eau de formation inférieur Hommes D urée du chômag e> 12 mois Ä g e > 50 ans 02018 — S H et C T R Ä g e< 30 ans Niv eau de formation supérieur 2017 • 2008 Sources : ADEM, calculs BCL. De son côté, l'emploi a poursuivi son expansion ä un rythme soutenu. En 2018, la progression annuelle de l'emploi salarie s'est hissée ä 3,8 %, après une hausse de 3,5 % l'année précédente. La croissance de l'emploi a reposé sur une assise relativement large. Selon l'analyse sectorielle, telle que retracée par la comptabilité nationale, les services aux entreprises, les branches « commerce, transports et HORECA » et le secteur public au sens large (y compris l'éducation et — la santé) se -sent, -néanmoins, démarqués en tant que-primipaux moteurs de 1 croissance de l'emploi au Luxembourg24. Une décomposition par résidence (et par nationalité) des emplois Le nombre d'agents au service de l'Etat, c'est-à-dire de la fonction publique au sens restreint, est passé de 26 662 en 2010 ä 26 883 en 2013, avant de diminuer ä 26 720 ä la fin de l'année 2016. Les annonces faites par le gouvernement, dans le cadre des lois budgétaires d'augmenter considérablement les effectifs dans la fonction publique au sens restreint tranchaient, jusqu'à cette date, nettement avec la tendance qui a pu y être observée. En 2017 et 2018, en revanche, le nombre d'agents au service de l'Etat s'est de nouveau inscrit en hausse pour s'établir ä 28 910 fin 2018, soit 2 190 personnes (ou 8,2 %) de plus qu'en 2016. 24 29 créés révèle que l'écart de croissance entre emploi frontalier et résident s'est établi ä 1,8 p.p. en 2018, après 1,1 % l'année précédente25. Dans le même temps, la progression de l'emploi résident s'est maintenue proche de 3 %, soit ä un rythme largement supérieur ä sa moyenne historique d' avant-crise. Graphique 10 : Décomposition de la progression de l'emploi salarié selon la résidence et la nationalité (en % par rapport ä l'année précédente) 7,0 6,0 5,0 4,0 3,0 2,0 1,0 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 Emploi salarié total — Salariés résidents 2015 2016 2017 2018 Salariés frontaliers dont résidents de nationalité luxembourgeoise dont résidents de nationalité étrangè re Sources : STATEC, calculs BCL. Sachant que les évolutions de l'emploi intérimaire anticipent généralement celles de l'emploi global, la hausse actuelle de l'emploi intérimaire ainsi que les informations tirées d'enquêtes vont dans le sens d'une croissance continue de l'emploi au cours de la période ä venir. De même, Pour 2019, le gouvernement prévoit 950 postes supplémentaires, un nombre plausible au regard du dynamisme de l'emploi observé sur la période la plus récente. La prudence reste cependant de mise quant ä l'évolution effective future de l'emploi dans le secteur public. En effet, ce renforcement de personnel en 2019 ferait suite ä une création nette d'emploi déjà élevée en 2017 et 2018. De même, il convient de rappeler qu'il s'agit ici de postes ä créer en sus des recrutements ä effectuer en remplacement de postes devenus vacants, le tout dans un contexte de difficultés de recrutement particulièrement aiguës dans certaines administrations. Pour une analyse détaillée, voir l'encadré 1 « L'emploi dans la fonction publique » dans l'avis de la BCL sur le projet de budget 2018 (Bulletin BCL 2017/3, pp. 181-185). 25 La part des frontaliers dans les nouveaux emplois occupés s'est inscrite ä 56 %. 30 le taux de vacance d'emplois s'est encore amélioré et s'est maintenu au-dessus de sa moyenne historique, ce qui témoigne d'une forte demande de travail. L'embellie des perspectives sur le marché du travail ne saurait cependant pas occulter l'existence de problèmes structurels, comme en témoigne la part encore importante des chômeurs de longue durée. Sur la base de recommandations et d'expériences internationales, la lutte contre le chômage passe
- i)par des mesures d'incitation, censées favoriser une (ré-) insertion rapide des demandeurs d'emploi sur le marché du travail, couplées
- ii)ä des actions visant ä améliorer leur employabilité et iii) des incitations supplémentaires ä prendre un emploi. Cette lutte contre le chômage passe cependant et avant tout par une politique de prévention visant ä réduire ex ante le risque de perte d'emploi et d'enlisement dans le chômage, via l'identification des besoins actuels et futurs en compétences, une meilleure orientation des jeunes dès leur plus jeune âge, le redéploiement des salariés vers des activités de croissance, etc. Dans ce contexte, il convient de mentionner la réforme de l'ADEM entrée en vigueur en 2012, qui a commencé ä produire ses effets mais nécessite la poursuite d'efforts soutenus. Le chômage, en particulier le chômage de longue durée, reste un fléau lourd de conséquences sociales, économiques et financières, tant au niveau individuel que collectif. Le coût budgétaire associé ä l'ensemble des mesures de soutien ä l'emploi a progressé de 379 millions d'euros en 2008 ä 680 millions d'euros en 2018. Les dépenses totales du Fonds pour l'emploi sont ainsi passées de 1,0 % du PIB nominal en 2008 ä (prévisiblement) 1,2 %26 en 2018. Pour 2019, l'Etat prévoit une participation aux dépenses courantes du Fonds pour l'emploi qui serait réduite ä 1,1 % du PIB27. 26 A ces coûts de court terme viennent s'ajouter des coûts ä plus long terme : des coûts directs liés au vieillissement de la population qui risquent de mettre en péril la soutenabilité des finances publiques et des coûts indirects liés ä l'éloignement progressif de la vie active de certaines franges de la population, synonyme d'une obsolescence graduelle de leurs compétences et un effet négatif sur le potentiel de croissance de l'économie. 27 Cette participation résulte du produit de l'impôt de solidarité. de la contribution _sociale—prélevée sur- les carburants, du produit de 2,2 % de l'impôt sur la fortune et d'une dotation normale (ou extraordinaire). Plus en détail, le produit de l'impôt de solidarité s'est inscrit en forte hausse au cours des dernières années, passant de 122 millions d'euros en 2008 ä 555 millions d'euros en 2018 (et selon les prévisions ä 567 millions en 2019). De son côté, la contribution sociale prélevée sur les carburants s'est progressivement inscrite en baisse, passant de 142 millions d'euros en 2008 ä 129 millions d'euros en 2018 (avec un montant identique prévu pour 2019). Le produit de 2,2 % de l'impôt sur la fortune (qui concerne uniquement les sociétés) versé au Fonds pour l'emploi devrait passer de 20 millions d'euros en 2018 ä 19 millions d'euros en 2019. Dans le même temps, la dotation normale de l'Etat au Fonds pour l'emploi est passée de 50 millions d'euros en 2008 ä 10 millions d'euros en 2018 (après avoir atteint un pic de 190 millions d'euros en 2012). Pour 2019, le gouvernement prévoit un montant de dotation identique ä celui de 2018. 31 Encadré 1 : Le salaire social minimum Caractéristiques des salariés rémunérés au salaire minimum En décembre 2018, 61 746 salariés, soit environ 15 % des salariés (fonctionnaires exclus) étaient rémunérés au voisinage du salaire social minimum (SSM) au Luxembourg28. Parmi ceux-ci, 60 % étaient rémunérés au voisinage du SSM pour travailleurs non qualifiés et 40 % au voisinage du SSM qua1ifié29. Les salariés rémunérés au SSM sont principalement employés dans le commerce (près d'un quart d'entre eux), dans l'hébergement et la restauration (un peu plus de 15 %) et dans le secteur de la construction (environ 10 %). Une décomposition par résidence révèle en outre que 58 % des travailleurs rémunérés au voisinage du SSM résident au Luxembourg, les 42 % rest