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En bref

Cette loi concerne le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'année 2024 et la programmation financière pluriannuelle de 2023 à 2027. Elle modifie également plusieurs lois existantes liées aux taxes, aux fonds communaux et au logement.

Ce qu'elle réglemente

  • Le budget de l'État pour l'exercice 2024.
  • La planification financière pour la période 2023-2027.
  • Les droits d'accise et taxes sur les produits énergétiques, l'électricité, le tabac, l'alcool et les boissons alcooliques.
  • Le Fonds de dotation globale des communes et le Fonds spécial de soutien au développement du logement.

Qui elle concerne

  • L'État et ses administrations.
  • Les communes.

Points clés

  • Le projet de loi établit le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'année 2024.
  • Il fixe la programmation financière pluriannuelle pour la période allant de 2023 à 2027.
  • Il modifie la loi du 17 décembre 2010 concernant les droits d'accise et taxes assimilées.
  • Il modifie la loi du 16 décembre 2016 portant création d'un Fonds de dotation globale des communes.
Texte de loi
Texte de loi

Avis lll/11/2024 3 avril 2024 Budget de l’État 2024 Programmation financière pluriannuelle 2023-2027 relatif aux Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024 et modifiant : 1° la loi modifiée du 17 décembre 2010 fixant les droits d’accise et les taxes assimilées sur les produits énergétiques, l’électricité, les produits de tabacs manufacturés, l’alcool et les boissons alcooliques ; 2° la loi modifiée du 16 décembre 2016 portant création d’un Fonds de dotation globale des communes ; 3° la loi modifiée du 21 décembre 1998 concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 1999 ; 4° la loi modifiée du 25 mars 2020 portant création du Fonds spécial de soutien au développement du logement Projet de loi relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2023-2027 YOU’LL NEVER CHAMBRE DES SALARIÉS • 18 RUE AUGUSTE LUMIÈRE • L-1950 LUXEMBOURG • B.P. 1263 • L-1012 LUXEMBOURG • CSL@CSL.LU • WWW.CSL.LU ALONE T +352 27 494 200 Sommaire Résumé exécutif / Conclusion ..................................................................... 7

  1. Situation économique .......................................................................... 12 1.
  2. Le PIB en volume ........................................................................................... 12 1.
  3. Les limites du concept du PIB en volume ........................................................... 13 1.
  4. Le PIB en valeur ............................................................................................. 15 1.
  5. L’impact sur les finances publiques du PIB en valeur ........................................... 16 1.
  6. Concepts volume/valeur : L’impact sur la productivité ......................................... 16 1.
  7. Concepts volume/valeur : Le cas des banques ................................................... 20 1.
  8. Les projections économiques............................................................................ 23 1.
  9. Zoom sur les chômeurs ................................................................................... 24 1.8.
  10. Les demandeurs d’emploi selon leur métier .......................................................... 25 1.8.
  11. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur niveau d’éducation ........................... 26 1.8.
  12. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur durée d’inactivité ............................. 27 1.8.
  13. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur âge ................................................ 28 1.
  14. Les projections d’inflation dans le cadre du blocage des prix ................................ 28 1.9.
  15. Les prix du gaz ................................................................................................. 29 1.9.
  16. Les prix de l’électricité ....................................................................................... 30 1.9.
  17. Des mesures transitoires sont nécessaires............................................................ 30
  18. Situation budgétaire ............................................................................ 32 2.
  19. Le solde budgétaire ........................................................................................ 32 2.
  20. La dette publique............................................................................................ 35 2.2.
  21. L’évolution de la dette ....................................................................................... 35 2.2.
  22. La dette publique en comparaison européenne...................................................... 36 2.2.
  23. La structure de la dette ...................................................................................... 36 2.2.
  24. La dette nette ................................................................................................... 37 2.
  25. Les recettes et les dépenses de l’État ................................................................ 38 2.3.
  26. Les recettes budgétaires .................................................................................... 38 2.3.
  27. Les dépenses budgétaires .................................................................................. 43 2.
  28. L’objectif à moyen terme ................................................................................. 45 2.4.
  29. Le solde structurel : un indicateur non fiable ........................................................ 45 2.4.
  30. Importation d'un échec : la mesure rejetée au niveau européen arrive-t-elle à l'échelle nationale ? ....................................................................... 47
  31. Investissements publics ...................................................................... 48 3.
  32. Les investissements publics selon la comptabilité nationale .................................. 48 Page 1 de 115 3.
  33. Les investissements selon la loi budgétaire : les fonds spéciaux de l’État ............... 51 3.
  34. L’explosion des investissements dans les capacités militaires ............................... 54 3.
  35. Les mesures en matière de santé ..................................................................... 56
  36. Le logement ......................................................................................... 59 4.
  37. Le déséquilibre croissant entre parc résidentiel existant et nombre de ménages ..... 59 4.
  38. Le « paquet logement » .................................................................................. 62 4.
  39. La progression des crédits budgétaires entre 2022 et 2027 du ministère du Logement ...................................................................................................... 64 4.
  40. Les dépenses pour aides individuelles au logement ............................................. 66 4.
  41. Le Fonds spécial pour le logement abordable ..................................................... 68 4.
  42. Les réformes structurelles qui sont incontournables afin de stimuler le rythme de croissance du parc immobilier résidentiel ........................................................... 71 4.6.
  43. Réforme de l’impôt foncier et introduction d’un impôt sur les terrains à bâtir retenus et les logements non-occupés ................................................................. 71 4.6.
  44. Réforme du bail à loyer et introduction d’un plafonnement contraignant des loyers ... 72
  45. La transition durable ............................................................................ 74 5.
  46. Une politique d’investissement ambitieuse ? ...................................................... 74 5.
  47. Le Fonds climat et énergie ............................................................................... 77 5.
  48. Pour une politique climatique socialement équitable ............................................ 79
  49. Grande Région : un désengagement en catimini du Luxembourg ? ...... 82
  50. Education et formation ........................................................................ 85 7.
  51. L’enseignement et la formation initiale : ............................................................ 85 7.
  52. La formation continue et la formation de reconversion professionnelle (upskilling/reskilling) ...................................................................................... 85
  53. Santé au travail.................................................................................... 89 8.
  54. S’attaquer à la pénurie des médecins du travail .................................................. 90 8.
  55. Promouvoir la pluridisciplinarité de la médecine du travail ................................... 90 8.
  56. La création d’un seul service de santé au travail dans le chef du SSTM (service de santé au travail multisectoriel) pour créer des synergies...................................... 91 8.
  57. Augmentation des cotisations pour le développement qualitatif de la médecine du travail ........................................................................................................... 91 8.
  58. Envisager le financement d’un service unique de médecine du travail par la CNS .... 91 8.
  59. Augmenter les incitations pour les employeurs à investir davantage dans la prévention ..................................................................................................... 92 8.
  60. Adapter le tableau des maladies professionnelles ................................................ 92 8.
  61. Une meilleure prise en compte des risques psychosociaux au travail ..................... 93 8.
  62. Une meilleure prévention des troubles musculosquelettiques ............................... 93 Page 2 de 115
  63. Sécurité sociale .................................................................................... 94 9.
  64. Dotation étatique au financement des prestations de maternité ............................ 94 9.
  65. Transferts à la mutualité des employeurs .......................................................... 94 9.
  66. Pour une sécurité sociale plus ambitieuse .......................................................... 96
  67. La pauvreté et l’exclusion sociale au Luxembourg ............................... 97 10.
  68. Pauvreté et l’exclusion sociale au Luxembourg. .............................................. 98 10.
  69. Le taux de risque de pauvreté monétaire au Luxembourg .............................. 100 10.
  70. Quelques enseignements à retenir .............................................................. 103 10.
  71. Analyse de la proposition de budget 2024 .................................................... 103 10.
  72. L’élaboration d’un plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale .......... 104 10.5.
  73. Revalorisation de toutes allocations relatives aux prestations familiales ....................................................................................................... 104 10.5.
  74. Soutien renforcé aux familles monoparentales .................................................... 104 10.5.
  75. Revalorisation du REVIS ................................................................................... 104 10.5.
  76. Revalorisation du salaire social minimum ........................................................... 105 10.5.
  77. Faciliter l’accès aux aides de l’Etat pour éviter le non-recours ............................... 105 10.5.
  78. Accueil gérontologique ..................................................................................... 105 10.5.
  79. Revalorisation de la pension minimale ............................................................... 106 10.5.
  80. Soutien aux étudiants dans le besoin ................................................................. 106
  81. Fiscalité 108 11.
  82. Droits d’accise .......................................................................................... 108 11.
  83. Pouvoir d’achat des ménages ..................................................................... 109 11.
  84. Compétitivité de l’économie ....................................................................... 113 Page 3 de 115 Sommaire des graphiques Graphique 1 : Évolution en glissement annuel du PIB en volume ............................................... 12 Graphique 2 : Évolution en glissement annuel du PIB en valeur ................................................. 15 Graphique 3 : Évolution historique de la croissance annuelle du PIB en volume et en valeur et des recettes des administrations publiques ......................................................... 16 Graphique 4 : Productivité horaire réelle (base 100 = 1995) ..................................................... 17 Graphique 5 : Productivité horaire nominale (base 100 = 1995) ................................................ 18 Graphique 6 : Productivité horaire nominale absolue ................................................................ 19 Graphique 7 : Excédent brut d’exploitation et revenu mixte par heure travaillée .......................... 20 Graphique 8 : Valeur ajoutée brute en volume et en valeur du secteur des activités financières et d’assurance (Année 2014 = 100) ...................................................................... 21 Graphique 9 : Résultats avant provisions, dépréciations et impôts et résultat net des banques (en millions EUR) ............................................................................................ 22 Graphique 10 : Impôts sur le revenu et le bénéfice des banques (en millions EUR) ........................ 22 Graphique 11 : Le PIB en volume – Variation annuelle en % ....................................................... 23 Graphique 12 : Le taux de chômage ........................................................................................ 24 Graphique 13 : L’indice des prix à la consommation harmonisé – Variation annuelle en % .............. 28 Graphique 14 : Comparaison du solde nominal des administrations publiques selon le projet de budget et la note de travail du CEFN, en % du PIB .............................................. 33 Graphique 15 : Comparaison du solde structurel des administrations publiques selon le projet de budget et la note de travail du CEFN, en % du PIB .............................................. 34 Graphique 16 : Évolution de la dette des administrations publiques, en % du PIB.......................... 35 Graphique 17 : Comparaison européenne des dettes des administrations publiques, en % du PIB ... 36 Graphique 18 : Structure de la dette publique selon la maturité .................................................. 37 Graphique 19 : Comparaison européenne des positions netts financières des administrations publiques, en % du PIB .................................................................................... 38 Graphique 20 : Répartition des recettes de l’administration centrale ............................................ 41 Graphique 21 : Évolution de certaines recettes d’impôts depuis l’an 2000 (base 100 = année 2000)................................................................................. 42 Graphique 22 : Évolution des recettes des administrations publiques en % du PIB......................... 42 Graphique 23 : Répartition des dépenses de l’administration centrale .......................................... 43 Graphique 24 : Prestations sociales en % du PIB, 2022 .............................................................. 44 Graphique 25 : Dépenses d’intérêt des administrations publiques en % du PIB ............................. 44 Graphique 26 : Évolution des dépenses des administrations publiques en % du PIB....................... 45 Graphique 27 : Estimations du solde structurel de l’année 2013 réalisées successivement par la Commission européenne en % du PIB ................................................................ 46 Graphique 28 : Formation de capital (investissements directs) et transferts en capital (investissements indirects) de l'administration centrale ; en millions d’euros ; Source : Projets de loi de programmation pluriannuelle 2018-2021 à 2024-2027 .... 48 Graphique 29 : Décomposition des investissements par secteur ; Luxembourg ; en pourcentage du PIB ; Source : Eurostat ................................................................................ 49 Graphique 30 : Comparaison des niveaux d'investissements publics et privés ; en pourcentage du PIB ; Source : Eurostat ................................................................................ 49 Page 4 de 115 Graphique 31 : Investissement net des administrations publiques ; en pourcentage du PIB ; Source : Eurostat ............................................................................................ 50 Graphique 32 : Investissements bruts et nets des administrations publiques ; en pourcentage du PIB ; Source : AMECO ................................................................................. 50 Graphique 33 : Évolution des avoirs des fonds spéciaux de l'Etat : Source : projets de budget pour 2015 à 2024 et comptes généraux 2015 à 2021 .......................................... 51 Graphique 34 : Évolution des recettes des fonds spéciaux de l'État ; Source : projets de budget pour 2015 à 2024............................................................................................ 52 Graphique 35 : Évolution des dépenses des fonds spéciaux de l'Etat ; Source : projets de budget pour 2015 à 2024............................................................................................ 52 Graphique 36 : Évolution des dépenses du fonds militaire ; Source : projets de budget 2015 à 2024 et comptes généraux 2015 à 2021 ............................................................ 54 Graphique 37 : Évolution détaillée des dépenses du fonds militaire ; Source : projet de loi de programmation pluriannuelle pour les années 2024 à 2027 .................................. 55 Graphique 38 : Évolution des dépenses effectuées par les biais du fonds pour le financement des infrastructures hospitalières ; Sources : Comptes généraux 2015-2021, Projets de budget 2018-2024........................................................................................... 57 Graphique 39 : Évolution des avoirs dont dispose le fonds pour le financement des infrastructures hospitalières ; Sources : Comptes généraux 2015-2021, Projets de budget 2018-2024 ..................................................................................................... 57 Graphique 40 : Évolution de l’alimentation du fonds pour le financement des infrastructures hospitalières ; Sources : Comptes généraux 2015-2021, Projets de budget 2018-2024 ..................................................................................................... 58 Graphique 41 : Logements achevés et nouveaux ménages de 1986 à 2019 .................................. 59 Graphique 42 : Nouveaux crédits immobiliers au Luxembourg .................................................... 62 Graphique 43 : Les dépenses du Ministère du Logement (2022-2027, en milliers d'euros) .............. 65 Graphique 44 : Les investissements publics de l'Administration centrale (2023-2027, en millions d'euros) ......................................................................................................... 66 Graphique 45 : Dépenses (aides individuelles) du Ministère du Logement (en millions d'euros) ....... 67 Graphique 46 : Budget du Fonds spécial pour le logement abordable (2022-2027, en millions d'euros) ......................................................................................................... 68 Graphique 47 : Évolution des dépenses du fonds spécial pour le logement abordable ; Sources : Comptes généraux 2020-2021, Projets de loi de programmation pluriannuelle 2020-2024 à 2024-2027 ............................................................... 69 Graphique 48 : Évolution détaillée des dépenses du fonds spécial pour le logement abordable ; Source : projet de loi de programmation pluriannuelle pour les années 2024 à 2027 ................................................................................................... 70 Graphique 49 : Dépenses en capital du ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité (en millions d’euros, 2023-2027) ..................................................... 75 Graphique 50 : Investissements publics dans le domaine "Environnement et climat (y compris mobilité)" (2023-2027, en millions d’euros) ........................................................ 76 Graphique 51 : Dépenses liées au plan national énergie et climat ................................................ 76 Graphique 52 : Budget du Fonds climat et énergie (2022-2027, en milliers d’euros) ...................... 77 Graphique 53 : Les dépenses du Fonds climat et énergie (2022-2027, en milliers d’euros) ............. 78 Graphique 54 : Les mesures internationales (2022-2027, en milliers d’euros) ............................... 79 Graphique 55 : Les dépenses courantes du Ministère du Logement concernant la subvention d'intérêt pour prêt climatique (2023-2027, en milliers d'euros) ............................. 80 Page 5 de 115 Graphique 56 : Le principal déterminant de l’évolution de l’indicateur de pauvreté et d’exclusion sociale est la pauvreté monétaire ...................................................................... 99 Graphique 57 : Taux de risque de pauvreté ............................................................................ 100 Graphique 58 : Caractéristiques socio-économiques des personnes en risque de paupérisation ..... 101 Graphique 59 : Taux de risque de pauvreté des personnes occupées (en emploi) ........................ 102 Graphique 60 : Comparaison du niveau de la pension minimum avec d’autres références minimales .................................................................................................... 106 Graphique 61 : Gains fiscaux et de trésorerie en millions d’euros sur la baisse du taux d’IRC ........ 114 Graphique 62 : Investissements des entreprises en % du PIB ................................................... 114 Graphique 63 : Évolution des recettes d’impôts sur les personnes physiques (IRPP) et les recettes d’impôts sur les revenus et les bénéfices des sociétés (IRBS) ................. 115 Sommaire des tableaux Tableau 1 : Évolution des recettes budgétaires suivant la loi de 1999, en millions d’euros ........... 40 Tableau 2 : Décomposition des ventes d'appartements (issues des actes notariés) entre 2017 et 2023 .................................................................................................... 60 Tableau 3 : La croissance démographique projetée (2022-2027) .............................................. 61 Tableau 4 : Le déchet fiscal estimé du "paquet logement" présenté en février 2024 .................... 63 Tableau 5 : Budget du Ministère du Logement (2022-2027, en milliers d’euros) ......................... 64 Tableau 6 : Budget du ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité .................. 74 Tableau 7 : Imposition du SSM au fil des ans ....................................................................... 110 Tableau 8 : Part du revenu brut des ménages payée au titre des taxes directes et indirectes par quintile de revenu – 2020 (en grisé, les valeurs inférieures au Luxembourg ...... 112 Page 6 de 115 Résumé exécutif / Conclusion Situation économique Avec un recul du PIB en volume pour le cinquième trimestre d’affilé, le Luxembourg reste techniquement en récession à la fin de l’année
  85. Parmi nos pays voisins, seule l’Allemagne se trouve également en récession à la suite d’un deuxième trimestre d’affilé en décroissance à la fin de l’année
  86. La situation économique semble donc être particulièrement difficile au Luxembourg. La Chambre des salariés tient toutefois à souligner les limites et les lacunes du concept du PIB en volume dans une économie hautement tertiarisée, telle que celle du Luxembourg. Ainsi, notre Chambre estime qu'il est indispensable d'inclure une analyse du PIB en valeur afin de donner une image complète de la situation économique de notre pays. Selon cette analyse, la situation économique du Luxembourg semble moins tendue. Cela vaut en particulier pour le secteur financier. Si, en volume, l’activité dans le secteur financier a chuté, elle reste, en valeur, à un niveau historiquement élevé. Le rôle prépondérant de la mesure en valeur et le rôle secondaire de la mesure en volume se reflètent également dans les résultats des banques : En 2023, les établissements de crédit ont enregistré des chiffres records. Néanmoins, la situation conjoncturelle à court terme n’est certainement pas la plus favorable. L’inflation risque de repasser au-dessus des 3% en 2025 si le plafonnement de certains prix n’est pas prolongé, et le taux de chômage augmente. En analysant plus en détail les catégories socioprofessionnelles des demandeurs d’emploi, force est de constater que leur nombre a le plus fortement augmenté dans le secteur de la construction sur une base annuelle (+40,1%). En tenant compte du niveau d’éducation, le nombre de demandeurs d’emploi avec un diplôme de l’enseignement post-secondaire a le plus fortement augmenté (+23,8%). La difficulté de réintégrer actuellement le marché du travail peut être observé par la hausse des demandeurs d’emploi avec une durée d’inactivité d’aux moins 12 mois (+12%). En prévision de la levée du plafonnement des prix du gaz et de l'électricité, ainsi que de la cessation du soutien financier de l'État aux frais de réseau de gaz, il est à anticiper un choc inflationniste en 2025 ainsi qu'un impact conséquent sur le pouvoir d'achat des ménages. Face à une augmentation prévue de 17% pour la facture du gaz et de 60% pour celle de l'électricité, il est impératif de mettre en place des mesures transitoires pour atténuer ces effets. Situation budgétaire Concernant la situation budgétaire exposée dans le projet de budget sous avis, il est important de souligner que la viabilité des finances publiques demeure assurée. En dépit d'un déficit au niveau de l’Administration centrale– partiellement compensé par un excédent de la sécurité sociale -, le budget courant de l'État reste largement excédentaire (équivalent à 1% du PIB), démontrant que l'État n'éprouve aucune difficulté à financer ses dépenses récurrentes, et que le déficit au niveau de l'administration centrale est attribuable à un niveau d’investissement important. De plus, avec une dette publique se maintenant autour de 27% du PIB à moyen terme et des actifs des administrations dépassant largement les dettes, la situation financière est plus que confortable. Entre autres du fait de cette situation très saine des finances publiques, il est d’ailleurs absolument incompréhensible que le Luxembourg envisage de s’approprier de l’objectif à moyen terme (OMT) au niveau national alors que celui-ci a échoué au niveau européen. En effet, alors que l'OMT devrait perdre de son importance dans le cadre des règles révisées de la gouvernance économique européenne, le projet de budget actuel semble préparer le terrain pour faire de l'OMT un instrument de politique budgétaire au niveau national. Cette importation de l'OMT est regrettable non seulement car elle impose une contrainte budgétaire supplémentaire au niveau national (actuellement basée sur les projections à long terme en termes de soutenabilité budgétaire à l’horizon 2070), mais également en raison des graves problèmes méthodologiques associés à l'OMT (actuellement basé sur le solde structurel et la croissance potentielle, valeurs non observables). Page 7 de 115 Investissements publics Au cours des années à venir, le gouvernement table sur un renforcement des investissements publics : selon les données de la comptabilité nationale, ceux-ci devraient atteindre 3,6 milliards d’euros en 2024 et dépasser les 4 milliards d’euros par an de 2025 à
  87. Cependant, l’expérience des exercices budgétaires précédents montre que les ambitions affichées en matière d’investissement sont rarement réalisées. Qui plus est, on constate que du point de vue qualitatif, la part des investissements nets (qui correspondent à des nouvelles réalisations) tend à diminuer : de 60% du total au début du siècle à moins de 40% au cours de la période de programmation pluriannuelle actuelle. Au niveau des fonds spéciaux de l’Etat, au travers desquels s’effectuent la très grande majorité des investissements publics, la CSL ne peut que constater la progression fulgurante des dépenses du fonds d’équipement militaire résultante des engagements pris à l’internationale (objectif de 2% du RNB). Le maintien à 1% du RNB de l’Aide publique au développement vient, tant soit peu, contrebalancer cette progression, mais il serait souhaitable d’afficher plus clairement la préférence pour la diplomatie et pour le soutien des pays les plus fragilisés par les conflits et le dérèglement en portant l’Aide publique au développement à 2% du RNB également afin de l’aligner sur l’objectif recherché en matière de dépenses militaires. Logement Le ralentissement récent de l’activité dans les secteurs de la construction et de l’artisanat à la suite du resserrement de la politique monétaire européenne risque d’amplifier le déséquilibre entre production en logements et croissance démographique, vecteur primaire de la crise du logement. Par conséquent, notre Chambre salue la hausse conséquente des investissements de l’Administration centrale dans le domaine du logement en
  88. Cependant, au vu des prévisions pluriannuelles, nous regrettons de constater que cette trajectoire haussière ne se poursuivra pas sur toute la période couverte et que l’évolution des dépenses sera largement plus modeste entre 2025 et
  89. Or, au vu de l’urgence de la crise et des retards importants qui ont été accumulés notamment au niveau du développement du logement public abordable, nous demandons une intervention plus ambitieuse à moyen terme. En ce qui concerne le « paquet logement » annoncé en février 2024, la position de notre Chambre est plutôt négative. D’un côté, nous saluons le programme d’acquisition de projets en VEFA par l’Etat ainsi que la majoration des aides et subventions accessibles aux propriétaires-occupants dont notamment les primo-acquéreurs. Cependant, de l’autre côté, nous rejetons strictement l’introduction respectivement la majoration d’avantages fiscaux accessibles aux investisseurs-bailleurs, mesures qui n’ont jamais fait l’objet d’une analyse coût-efficacité et qui exacerbent les inégalités patrimoniales et la concentration du patrimoine immobilier dans les mains d’une couche sociale fortement favorisée. En outre, nous soulignons le fait que l’offre a été relativement peu élastique pendant une décennie marquée par un essor exceptionnel de l’investissement dans la pierre et qu’il appert de manière évidente qu’il existe de nombreuses barrières structurelles qui limitent artificiellement la croissance potentielle du parc immobilier résidentiel et provoquent ainsi un profond dysfonctionnement du marché. Par conséquent, nous demandons des réformes amplement plus ambitieuses afin de lutter contre ces barrières structurelles et de garantir ainsi une lutte durable et soutenable contre la crise du logement et le déséquilibre croissant entre production en logements et croissance démographique. La barrière structurelle primaire à une augmentation structurelle de la production en logements est l’accès difficile et très coûteux au foncier constructible. Aux yeux de notre Chambre, il est inévitable d’introduire des instruments incisifs afin de lutter contre la structure oligopolistique croissante de la détention du foncier constructible et de contrecarrer les phénomènes de spéculation de rétention foncière. Cela dit, il est indispensable d’augmenter l’imposition récurrente de la multipropriété immobilière à travers un impôt foncier progressif et d’introduire finalement des impôts à la mobilisation de terrains et sur la non-occupation de logements. Page 8 de 115 En sus, nous réclamons une réforme ambitieuse de la loi du 21 septembre 2006 sur le bail à usage d’habitation, refonte qui devrait notamment viser un réalignement des plafonds de loyer à l’évolution du pouvoir d’achat des locataires. La transition durable Afin de dynamiser la transition durable, il est indispensable de maintenir les investissements verts à un niveau élevé. Tandis que nous saluons la hausse des investissements dans ce domaine telle qu’annoncée pour 2024, nous refusons la stagnation, voire la baisse des dépenses y liées prévue dans le contexte des orientations pluriannuelles de la politique budgétaire. En effet, au vu des défis importants qui persistent notamment au niveau de la décarbonation des secteurs du transport et du bâtiment résidentiel, une telle baisse est fort décevante et inacceptable. La transition verte représente un enjeu sociétal et afin de garantir l’acceptabilité sociale des mesures, il est d’une importance cruciale de garantir un degré de transparence et de clarté élevé en ce qui concerne les dépenses liées aux différents domaines de la décarbonation. Par conséquent, nous demandons que le projet de budget fournisse annuellement un tableau communiquant la composition exacte des coûts liés à la réalisation du Plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC) ainsi qu’un inventaire exhaustif des différents postes de dépenses (avec leurs codes fonctionnels). En ce qui concerne les dépenses du Fonds spécial climat et énergie, nous demandons de limiter autant que possible toute mesure n’ayant pas d’effet baissier durable et réel sur les émissions de GES du Luxembourg telles que les dépenses liées à des transferts statistiques entre Etats membres de l’UE. En outre, étant donné que l’écologie et le social sont deux volets indissociables, nous soulignons l’importance de l’introduction d’un préfinancement des aides dites « Klimabonus Wunnen » et nous revendiquons une réforme ambitieuse du régime des prêts climatiques dont notamment l’introduction d’une subvention d’intérêt largement plus conséquente accessible aux ménages moins aisés. Grande Région L’absence de nouveaux projets concrets clairement identifiés à mettre en œuvre dans le cadre des partenariats que le Grand-Duché noue avec ses régions voisines ainsi que le laconisme de l’accord de coalition pour 2023-2028 au sujet de la Grande Région laissent craindre un certain désintérêt de la part du gouvernement à l’égard de ce sujet. Si des projets d’infrastructure de grande envergure semblent, à première vue, bénéficier les nombreux travailleurs frontaliers que compte le pays (élargissement de l’autoroute A3, nouvelle ligne ferroviaire Bettembourg-Luxembourg), il faudrait davantage développer des transports publics transfrontaliers fiables et ayant des fréquences et capacités adaptés aux besoins des navetteurs. La volonté du gouvernement français de mettre en place un réseau de RER métropolitains, notamment en Lorraine, serait une opportunité pour le gouvernement luxembourgeois de répondre aux besoins des navetteurs et aux inquiétudes des communes frontalières qui, quel que soit le côté de la frontière duquel elles se trouvent, sont asphyxiées par un trafic automobile individuel croissant aux heures de pointe. Situation qui risquera d’empirer avec le projet de péage sur l’autoroute A31bis dans le nord du sillon lorrain. Par ailleurs, de nombreuses « petites » mesures qui permettraient à la fois d’améliorer la qualité de vie des travailleurs frontaliers et d’atténuer les revendications de rétrocessions fiscales sont envisageables : assouplissement des contraintes fiscales en matière de télétravail des frontaliers, facilitation de l’accès à l’imposition en classe 2 pour les frontaliers mariés, ouverture des droits au congé politique et au congé spécial pour volontaires des services de secours pour les frontaliers qui s’engagent en ce sens dans leur pays de résidence. Page 9 de 115 Education et formation En matière d’éducation et de formation, la CSL déplore l’absence d’une stratégie nationale des compétences, allant de pair avec une stratégie nationale pour l’IA, qui contribueraient significativement à l’atteinte des objectifs fixés au niveau national (p.ex. : taux de participation des adultes à l’éducation et à la formation de 62,5 % d’ici 2030) et au niveau européen (p.ex. : taux de 80 % des adultes âgés de 16 à 74 ans dotés de compétences numériques de base d’ici 2030). Elle plaide pour la création d’un véritable droit individuel à la formation qui se traduirait au niveau du budget de l’Etat par de nouvelles dépenses indispensables à l’extension et la modernisation de l’offre de formation initiale et continue et à l’amélioration de l’accès à la formation continue pour tout un chacun, indépendamment de son statut ou de son âge. Notre chambre professionnelle insiste sur la mise en place d’un Conseil national de suivi et d’évaluation de la formation professionnelle continue à gestion tripartite dont la mission consisterait à contribuer à une amélioration de l’actuel système de formation professionnelle continue ainsi qu’à son évaluation et ce en vue d’atteindre les objectifs « formation » de 2030 que les responsables politiques se sont fixés. Santé au travail Les conditions de travail et du bien-être des travailleurs au Luxembourg ont fortement changé ces dix dernières années. Tout d'abord, on constate une augmentation des opportunités d'emploi et de la sécurité au travail, reflétant un marché du travail dynamique et favorable aux candidats. Cependant, malgré une réduction des contraintes physiques et des risques d'accidents, le travail devient plus intensif, avec des rythmes plus soutenus et des tâches plus complexes, entraînant des risques psychosociaux accrus. De plus, les conflits entre vie professionnelle et vie privée sont en hausse, avec des trajets domicile-travail de plus en plus longs et des horaires de travail atypiques impactant négativement le bien-être des travailleurs. La détérioration du bien-être général des travailleurs et de leur satisfaction au travail est une tendance préoccupante, exacerbée par la pandémie. Le travail est de plus en plus perçu comme une nécessité plutôt qu'une source d'épanouissement. Bien que la majorité des travailleurs souhaitent télétravailler et réduire leur temps de travail hebdomadaire, ces demandes ne sont pas pleinement satisfaites, ce qui contribue à une intention croissante de quitter leur emploi. Il est crucial d'agir pour améliorer la qualité des emplois et le bien-être au travail, non seulement pour la santé publique mais aussi pour l'attractivité de l'économie luxembourgeoise et pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre. Cet enjeu comprend évidemment des défis soulevés dans le présent avis dans le cadre du logement, de la mobilité et de la Grande-Région, mais des investissements significatifs dans la santé et la sécurité au travail sont également nécessaires. Cela inclut l'augmentation du nombre de médecins du travail, la promotion de la pluridisciplinarité dans les services de santé au travail, la création d'un service unique de santé au travail, et l'augmentation des incitations pour les employeurs à investir dans la prévention. De plus, il est essentiel d'adapter le tableau des maladies professionnelles pour mieux prendre en compte les risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques, qui représentent des défis croissants pour les travailleurs. En général, il est plus avantageux et économique de prévenir que de traiter, car investir dans la sécurité et la santé au travail est plus rentable que de supporter les coûts élevés associés aux absences et aux soins de santé, qui pèsent lourdement sur les entreprises et la société dans son ensemble. Dans ce contexte, des propositions comme l'introduction d'un délai de carence pour les travailleurs en incapacité de travailler sont contre-productives, car elles pourraient encourager le présentéisme, retardant ainsi la guérison et favorisant la propagation de maladies contagieuses. Cela entraînerait des répercussions négatives sur la santé des travailleurs et entraînerait des coûts élevés supportés par les travailleurs, leurs familles et les entreprises. De plus, cela alourdirait la charge de travail des collègues, aggraverait la pénurie de médecins et augmenterait les dépenses du système de santé. Page 10 de 115 Sécurité sociale En ce qui concerne les mesures relatives à la sécurité sociale, notre Chambre regrette que la dotation annuelle de l'État à la CNS pour soutenir les efforts financiers en matière de maternité ne soit pas réévaluée. En effet, cette dotation annuelle de 20 millions d’euros reste inchangée depuis plus de dix ans et, alors qu’elle représentait encore 17% des prestations (en espèces et en nature) de maternité en 2012, ne représente plus que 8% de celles-ci en
  90. De surcroît, la CSL estime que la politique en matière de sécurité sociale pourrait être davantage ambitieuse, non seulement en raison de la solidité des finances publiques, mais aussi du fait que les dépenses de prestations sociales au Luxembourg en pourcentage du PIB sont nettement inférieures à la moyenne européenne et à celles de chacun des pays limitrophes du Luxembourg. Pauvreté et exclusion sociale Concernant la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, la CSL reste dubitative face au manque d’ambition en la matière. À aucun moment il n’est question d’un plan national de grande envergure pour prémunir les résidents contre la paupérisation. Ce budget semble totalement ignorer la problématique et propose des mesures qui manquent cruellement d’ambition et qui sont d’ailleurs d’ores-et-déjà programmées et prévues légalement. Les mesures sont certes louables et touchent des personnes vulnérables mais elles semblent isolées et ne font pas partie d’un programme global et ne vont pas faire diminuer la pauvreté et améliorer la cohésion sociale du pays. Fiscalité Sur les questions fiscales, et notamment celle des nouveaux produits assimilés aux tabacs, la CSL prend acte de la décision de les soumettre à des droits d’accise. Elle regrette néanmoins que le gouvernement ne dynamise de manière affichée les recettes que par cette seule hausse d’accises, privilégiant le freinage des dépenses en vue de combler le déficit public. Pourtant, les besoins en investissements et en correctifs sociaux sont tellement nombreux en cette phase de polycrise européenne qu’il apparait de plus en plus urgent de mobiliser de nouvelles sources de recettes publiques afin d’y faire face (patrimoine, revenus du capital, hauts revenus). Face à cette considération et considérant également que le rendement relatif de l’impôt sur le revenu des collectivités, dont le taux d’imposition sera réduit de moitié en 30 ans, approvisionne de plus en plus faiblement le budget de l’Etat, notre Chambre ne peut approuver la baisse du taux d’IRC en
  91. La CSL déplore que rien de spécifique ne soit entrepris par le gouvernement face à la montée continue de la précarité, voire de la pauvreté au Luxembourg, alors que cette situation mérite assurément un grand plan national d’action. Notre Chambre a, pour sa part, pu constater que le salaire minimum reste redevable de l’impôt sur le revenu en 2024, si bien que, a priori, elle accueille favorablement l’annonce d’un nouveau CIB, mais rendra son avis définitif une fois connus les détails y relatifs. Elle aurait également souhaité que les aménagements suggérés par l’accord de coalition concernant la classe 1a des familles monoparentales soient déjà mis en œuvre en
  92. Page 11 de 115
  93. Situation économique 1.
  94. Le PIB en volume Graphique 1 : Évolution en glissement annuel du PIB en volume 20,0% 15,0% 10,0% 5,0% 0,0% -5,0% -10,0% -15,0% -20,0% LU ZE UE BE FR DE Source : Eurostat L’activité économique, mesurée par le produit intérieur brut (PIB) en volume, a fortement ralentie, voire reculée depuis le début de l’année
  95. La guerre en Ukraine, combinée à une inflation historique dans la zone euro avec un pic de 10,6% en octobre 2022, a semé des incertitudes économiques et financières pour tous les acteurs, constituant ainsi un important frein pour le développement économique. La réaction de la banque centrale européenne, sous forme d’une hausse abrupte des taux d’intérêts directeurs, a par la suite renchéri les crédits menant à une baisse de la consommation et des investissements. Ce ralentissement économique s’est fait remarquer par une décélération, voire une régression de la richesse créée au Luxembourg, dans ses pays voisins, ainsi que dans l’ensemble de la zone euro et de l’Union européenne. En glissement annuel, le taux de croissance du PIB en volume luxembourgeois s’est rétréci de telle manière que, depuis le dernier trimestre 2022 (2022Q4), le PIB en volume est en contraction. En effet, selon les dernières données trimestrielles provisoires disponibles, le PIB en volume a reculé de 2,3% en 2022Q4, de 1,3% en 2023Q1, de 0,5% en 2023Q2, de 2,1% en 2023Q3 et de 0,6% en 2023Q
  96. Avec ce recul du PIB en volume pour le cinquième trimestre d’affilé, le Luxembourg reste techniquement en récession à la fin de l’année
  97. Parmi les zones économiques illustrées, seule l’Allemagne se trouve également en récession à la suite d'un deuxième trimestre d’affilé en décroissance à la fin de l’année
  98. 1 1 Notons que les données concernant le PIB en volume sont révisées régulièrement dans la comptabilité nationale. Ces révisions et actualisations des chiffres ne sont pas négligeables et peuvent conduire à des révisions ex post importantes. Page 12 de 115 Pour mieux comprendre cette évolution récente au Luxembourg, il faut analyser l’évolution des années précédentes. Ainsi on constate que, durant la première année Covid

(2020), le PIB en volume s’est considérablement moins rétréci au Luxembourg en comparaison avec les pays voisins et la moyenne de la zone euro et de l’Union européenne. En 2021, les taux de croissance au Luxembourg étaient remarquablement élevés, sachant qu’ils expriment la progression par rapport à l’année 2020, durant laquelle l’économie luxembourgeoise a mieux résisté à la crise sanitaire. Au premier, respectivement au quatrième trimestre 2021, le Luxembourg affiche même la plus forte progression économique parmi ses pays voisins et la moyenne de la zone euro et de l’Union européenne. En 2020 et en 2021, l’économie luxembourgeoise s’est donc moins contractée, respectivement a connu une croissance plus forte par rapport au reste de la zone euro et de l’Union européenne. Cet effet de base contribue à l’évolution plus faible actuelle au Luxembourg. Selon le Projet de budget, « le recul de la valeur ajoutée (à prix constants) du secteur financier expliquerait en partie cette contre-performance [de l’activité économique au Luxembourg] »
  1. La Chambre des salariés tient toutefois à souligner que la mesure de la valeur ajoutée à prix constants, c'est-à-dire en volume, est loin d'être inattaquable dans le secteur financier, et dans une économie hautement tertiarisée en général. Les lacunes de ce concept sont expliquées ci-dessous. 1.
  2. Les limites du concept du PIB en volume Outre le caractère provisoire, il est important de noter que l’analyse en volume comporte toujours certaines incertitudes au niveau des données. En effet, le PIB en volume ne peut être réellement mesuré, mais il s’agit d’une estimation sur base d’autres données réellement mesurées, à savoir le PIB en valeur et l’évolution des coûts des facteurs de production. Concrètement, le PIB en volume est obtenu en divisant le PIB en valeur (qui est mesurable et mesuré) par le déflateur de PIB qui est estimé à partir des coûts de production. Ainsi, le PIB en valeur ou « nominale » (pour partie orientée par l’évolution des prix de vente) est la seule mesure tangible, véritable, exprimée dans une forme monétaire sonnante et trébuchante. Le PIB en volume ou « réel » n’est pas aussi « réel » que sa dénomination voudrait le laisser entendre, puisqu’il résulte d’une estimation, d’une convention économique artificielle à travers le déflateur de PIB
  3. Dit autrement, c’est bel et bien le vrai PIB (en valeur ou « nominal ») qui est « déflaté » pour obtenir une estimation en volume et nullement un quelconque PIB réel qui est « inflaté » pour être transformé en un PIB nominal artificiel. Il convient de garder en mémoire le sens de cette manœuvre des comptables nationaux pour bien comprendre que le PIB nominal ne constitue donc aucunement une sorte de réalité économique augmentée, mais tout simplement la réalité économique à un instant donné, alors qu’à l’inverse le PIB dit réel (en volume) représente assurément une réalité diminuée (en l’occurrence des prix). Ceci est d’autant plus vrai pour le Luxembourg et son économie spécialisée dans les services : selon Eurostat, « l’importance croissante du secteur tertiaire dans l’économie, secteur pour lequel la mesure des prix et volumes est insuffisante, peut gravement contrarier la fiabilité et la comparabilité des données de croissance du PIB ». Dans leur travail, les comptables nationaux agrègent en effet les données collectées à prix courants, « dans un cadre comptable, de transactions qui ont eu lieu et dont on peut témoigner. En revanche, les comptes à prix constants décrivent une situation économique d’une année donnée avec les prix d’une autre année. » 4 Volume I, page
  4. Le déflateur du produit intérieur brut (PIB, qui est la somme des valeurs ajoutées) quantifie les variations de prix et est utilisé pour corriger la valeur ajoutée ou le PIB nominaux des effets de l’« inflation » qui est liée au processus de production des biens et services afin d’exprimer ces agrégats en volume, c’est-à-dire à prix en euros constants. L’euro de l’an 2000 n’a en effet pas le même pouvoir monétaire que l’euro en 2023 du fait de la hausse généralisée des prix. 4 Eurostat, Manuel de la mesure des prix et des volumes dans les comptes nationaux, 2005, pp. 2 et 4 2 3 Page 13 de 115 Encadré : Difficultés de l’estimation de la croissance en volume des services Toute la difficulté de l’évaluation de la croissance de la valeur ajoutée en volume (soit en euros constants, fixés à une année de référence précédente) dans les services vient de la détermination d’un indice de prix (inflation) qu’il convient d’appliquer aux données en valeur (c’est-à-dire en euros courants) afin d’estimer ces données en volume. Cet indice de prix est le déflateur. Eurostat classe les méthodes pour estimer les prix et les volumes en trois catégories : • Méthodes A : méthodes les plus appropriées (qui se rapprochent le plus de la solution idéale) ; • Méthodes B : méthodes de remplacement pouvant être utilisées si les méthodes les plus appropriées ne peuvent l’être (méthodes acceptables) ; • Méthodes C : méthodes qui ne doivent pas être employées (qui s’éloignent trop de la solution idéale pour être employées). Ces trois méthodes correspondent en fait respectivement à un bonne, moyenne et mauvaise qualité
  5. En France, M. BEUDAERT 6 a dressé une typologie des méthodes utilisées par l’Insee, l’institut national français de statistiques, selon les secteurs. Typologie de la qualité des indicateurs de prix Groupe En 96 Agriculture Industrie Construction Commerce Transports Activités financières Activités immobilières Services aux entreprises Services aux particuliers Éducation, santé, action sociale Administration Ensemble du secteur tertiaire Ensemble de l'économie A B C 83 74 79 67 9 24 21 0 42 78 8 0 22 23 29 25 0 100 0 48 5 57 0 33 30 26 15 58 0 77 23 71 43 0 41 55 1 0 33 On peut y remarquer que, si, pour l’industrie ou la construction, les déflateurs utilisés sont globalement de bonne qualité, il n’en va pas de même pour les services. Par exemple, dans les activités financières, aucune méthode n’appartient à la catégorie A, ou encore, concernant les services aux entreprises, seules 23% des méthodes appartiennent à la catégorie A, et 48% à la catégorie C, la plus mauvaise. À titre d’exemple, concernant le Luxembourg, pour de nombreux services aux entreprises tels que les services informatiques, la recherche/développement, les services comptables, etc., le déflateur utilisé pour la production est un indice de prix basé sur les salaires horaires de la branche. Ceci revient à dire que, si les salaires augmentent au même rythme que la production en valeur, on considère qu’il n’y a pas d’augmentation de cette même production en volume. En d’autres termes, même en présence d’une augmentation de l’activité et des marges des entreprises, nous pouvons avoir des baisses de productivité constatées, simplement en raison de la méthode utilisée. 5 Lucie GONZALES et Fabrice LENSEIGNE, « Mesure de la productivité du travail dans les services : le cas français », in Rapport du Conseil d’Analyse Économique, Productivité et emploi dans le tertiaire, 2004, pp. 125-
  6. 6 M. BEUDAERT, « Inventaire des sources et méthodes pour la mesure des prix et des volumes dans les comptes nationaux français », in Base 95 méthode : système français de comptabilité nationale, n° 34, INSEE, Banque de France, Trésor Public, mai 2003, tel que cité par L. Gonzalez et F. Lenseigne, op.cit., p.
  7. Page 14 de 115 1.
  8. Le PIB en valeur Compte tenu des limites du concept du PIB en volume ou « réel » décrites ci-dessus, notre Chambre estime que cette analyse doit impérativement être complétée par une analyse en valeur, dont le résultat peut être bien différent. En analysant l’évolution du PIB en valeur en glissement annuel, il est possible d’observer que celle-ci, bien qu’elle ait ralenti, continue à être positive. Ainsi, le PIB en valeur au Luxembourg a progressé de 3,4% en 2023Q1, de 3,5% en 2023Q2, de 0,8% en 2023Q3 et de 1,8% en 2023Q4 en glissement annuel. Si le PIB en volume a reculé durant les derniers trimestres, le PIB en valeur continue sa progression. Graphique 2 : Évolution en glissement annuel du PIB en valeur 20,0% 15,0% 10,0% 5,0% 0,0% -5,0% -10,0% -15,0% LU ZE UE BE FR DE Source : Eurostat Si bien que la progression récente en valeur a été moins forte au Luxembourg par rapport aux pays voisins et à la moyenne de la zone euro, il faut noter que l’inflation au Luxembourg a aussi été moins importante pendant cette période, à l’exception de la Belgique. En outre et similairement à l’évolution du PIB en volume, la progression du PIB en valeur en 2023 est freinée par un effet de base. Parmi les économies représentées, celle du Luxembourg est la seule qui ne s’est pas contractée en valeur durant la première année de la crise sanitaire. Aussi en 2021, le Luxembourg affiche la progression la plus importante du PIB en valeur avec une augmentation de 12,1% sur toute l’année (BE : 10,2% ; FR : 8% ; DE : 6,3%). Page 15 de 115 1.
  9. L’impact sur les finances publiques du PIB en valeur Le PIB en valeur est celui qui est déterminant pour les finances publiques. L’État taxe la valeur des biens et services vendus et non pas leur volume. Selon les projections macroéconomiques du Projet de budget, le PIB en valeur augmentera de 4,3% en 2024 et de 5,4% en
  10. Logiquement, cette progression aura un impact positif sur les recettes publiques, comme le confirme d’ailleurs la corrélation historique entre le PIB en valeur et les recettes publiques. Graphique 3 : Évolution historique de la croissance annuelle du PIB en volume et en valeur et des recettes des administrations publiques 16,0% 14,0% 12,0% 10,0% 8,0% 6,0% 4,0% 2,0% -2,0% 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 0,0% -4,0% -6,0% PIB en volume PIB en valeur Recettes des AP Données : Comptabilité nationale et PB2024 ; Graphique : CSL Depuis 1996, l'augmentation annuelle du PIB en valeur a toujours été supérieure à celle du PIB en volume, à l'exception des années 1998 et
  11. On constate que l'augmentation des recettes publiques suit la croissance du PIB en valeur et non celle du PIB en volume. 1.
  12. Concepts volume/valeur : L’impact sur la productivité Selon certains observateurs, la productivité apparente du travail au Luxembourg exprimée en volume 7 stagnerait et perdrait du terrain par rapport, notamment, aux pays voisins, si l’on prend en considération l’évolution des chiffres de la comptabilité nationale reproduite ci-après. 7 La productivité du travail est le rapport entre la valeur ajoutée (la richesse monétaire) dégagée au sein des entreprises et le nombre d’emplois ou d’heures de travail utilisé pour ce faire. Page 16 de 115 Graphique 4 : Productivité horaire réelle (base 100 = 1995) 140 135 130 125 120 115 110 105 LU DE FR 2023 2022 2021 2020 2019 2018 2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 100 BE Données : Eurostat ; Calculs : CSL Note : Les données sur les heures travaillées en Belgique en 2023 n’étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction du présent avis. Cette situation s’avèrerait problématique pour les entreprises luxembourgeoises où les gains de productivité plafonneraient 8, mais où les salaires continueraient à progresser, notamment du fait de l’indexation des salaires sur les prix à la consommation. Or, comme nous avons expliqué dans la partie sur les limites du concept du PIB en volume, les données en volume sont à considérer avec beaucoup de prudence, notamment dans les économies largement tertiarisées comme celle du Luxembourg. 9 L'inadéquation de la mesure de la productivité en volume devient apparente lorsqu'on la compare à la constante progression des salaires réels (hors inflation), augmentant en moyenne de 1% par an depuis 25 ans. Si la productivité stagnait alors que les salaires réels augmentent, on devrait observer une hausse conséquente de la part salariale, alors que celle-ci stagne. En outre, la combinaison d'une productivité stagnante et d'une hausse réelle des salaires provoquerait une perte en profitabilité et compétitivité considérable pour les entreprises luxembourgeoises. Or, l'évolution économique des dernières décennies, marquée par une forte croissance de l'emploi, a prouvé le contraire : le Luxembourg demeure un pays attractif où les entreprises souhaitent s'installer et recruter. Cette discordance met en évidence les lacunes de la mesure de la productivité dite réelle (en volume) et souligne la nécessité de s’approprier un autre outil pour mesurer la productivité effective. 8 Les déterminants généraux de la productivité du travail ne résident évidemment pas dans la seule volonté des travailleurs, mais dépendent aussi largement de la responsabilité des entreprises qui leur incombe d’améliorer les conditions de travail, l’outil de production, l’organisation et la gouvernance de l’entreprise, d’investir dans la recherche et le développement, dans le renforcement des compétences de la main-d’œuvre et du management, etc. 9 Où, par ailleurs, ils sont susceptibles de révision jusqu’à quatre années après leur publication. Page 17 de 115 Dès lors, en comparant le Luxembourg avec ses trois pays voisins, force est de constater que la productivité horaire nominale a augmenté historiquement plus fortement au Grand-Duché. Ainsi, depuis 1995, la productivité horaire nominale a augmenté de 133% au Luxembourg, contre 97% en Allemagne, 93% en Belgique et 90% en France. En dépit d’un écart qui se creuserait en défaveur du Luxembourg en termes de volume de la productivité du travail depuis 1995, cet écart s’accroît en réalité en faveur du Luxembourg cette fois, si l’on exprime cette productivité en euros courants, seule version de l’euro qui sert aux entreprises à assurer leurs engagements financiers vis-à-vis de tous leurs créanciers. Graphique 5 : Productivité horaire nominale (base 100 = 1995) 240 220 200 180 160 140 120 LU DE FR 2023 2022 2021 2020 2019 2018 2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 100 BE Données : Eurostat ; Calculs : CSL Note : Les données sur les heures travaillées en Belgique en 2023 n’étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction du présent avis. Au Luxembourg, une heure de travail a généré une valeur nominale de 106 euros en
  13. En Belgique, qui se trouve à la deuxième place, une heure de travail a généré une valeur de 69 euros en
  14. Depuis 2019, l’écart entre Luxembourg et la Belgique s’est creusé. Ainsi, une heure de travail au Luxembourg a généré en 2022 16 euros de plus par rapport à 2019, tandis qu’en Belgique une heure de travail a seulement généré 7 euros de plus en 2022 par rapport à
  15. Page 18 de 115 Graphique 6 : Productivité horaire nominale absolue 120 100 80 60 40 20 LU DE FR 2023 2022 2021 2020 2019 2018 2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 0 BE Données : Eurostat ; Calculs : CSL Note : Les données sur les heures travaillées en Belgique en 2023 n’étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction du présent avis. En analysant la productivité nominale, il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter d’une perte de compétitivité au Luxembourg. Si la productivité nominale augmente, plus de ressources monétaires sont disponibles pour être réparties entre les salaires et l’EBE. 10 Parlons de l’EBE, celui-ci a connu une évolution impressionnante au Luxembourg en comparaison avec les pays voisins. Avec un EBE par heure travaillée de presque 40 euros en 2023, le Luxembourg se trouve loin devant ses pays voisins. En Allemagne et en France, une heure de travail a généré un EBE de seulement 26 euros, respectivement 21,4 euros. En 2022, une heure de travail a généré un EBE de 29,5 euros en Belgique, contre presque 43 euros au Luxembourg. Voir l’econews « À propos de l’évolution de la productivité : thermomètre défaillant ou problème réel ? » de la CSL pour plus d’information et un exemple de calcul montrant la discordance entre les concepts de la productivité réelle et nominale. 10 Page 19 de 115 Graphique 7 : Excédent brut d’exploitation et revenu mixte par heure travaillée 45 40 35 30 25 20 15 LU DE FR 2023 2022 2021 2020 2019 2018 2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010 2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 1997 1996 1995 10 BE Données : Eurostat ; Calculs : CSL Note : Les données sur les heures travaillées en Belgique en 2023 n’étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction du présent avis. Cette évolution montre que, malgré une prétendue de la productivité au Luxembourg, les profits bruts revenants aux entreprises continuent d’augmenter. 1.
  16. Concepts volume/valeur : Le cas des banques Comme nous l'avons déjà mentionné, le secteur financier contribue pour une part non négligeable à la récession technique constatée au Luxembourg fin
  17. Dans sa dernière note de conjoncture, le STATEC affirme que la baisse de l’activité en volume dans le secteur financier ne s’observe pas dans la même mesure au niveau de l’activité en valeur. 11 En analysant les données de la comptabilité nationale pour le secteur des activités financières et d’assurance (Section K de la NACE Rév. 2) 12, nous pouvons même constater une divergence frappante entre l’évolution de la valeur ajoutée brute en volume et celle en valeur depuis l’année 2022 et la hausse des taux d’intérêts directeurs. Si, en termes de volume, la « richesse créée » des activités financières et d’assurance a reculé en 2023 jusqu’au même niveau observé pour l’année 2020, ceci ne vaut pas pour la « vraie » richesse créée, c.-à-d. celle en valeur. En 2023, celle-ci était de 15,3% plus élevée par rapport à son niveau de l’année 2020 et reste ainsi à un niveau historiquement élevé. Note de conjoncture N° 2-2023, page
  18. Au moment de la rédaction du présent avis, les données de l’année 2023 pour les activités des services financiers, hors assurance et caisses de retraite (Section K64 de la NACE Rév. 2) n’étaient pas encore disponibles. 11 12 Page 20 de 115 Graphique 8 : Valeur ajoutée brute en volume et en valeur du secteur des activités financières et d’assurance (Année 2014 = 100) 130 125 120 115 110 105 100 2014 2015 2016 2017 2018 VAB en valeur 2019 2020 2021 2022 2023 VAB en volume Données : Comptabilité nationale ; Calculs : CSL Cette divergence entre la VAB en valeur et en volume est peu étonnante. L’objectif de la politique monétaire restrictive de la BCE est justement de faire baisser l’activité en volume. Concernant les banques, la hausse des taux d’intérêt a deux effets. Premièrement, moins de prêts peuvent être accordés aux clients (baisse en volume). Deuxièmement, pour les nouveaux prêts qui sont néanmoins accordés, voire pour les prêts en cours à taux variables, la marge sur intérêts augmente (augmentation en valeur). 13 Le rôle prépondérant de la mesure en valeur et le rôle secondaire de la mesure en volume se reflètent également dans les résultats des banques. Malgré la forte baisse de l’activité en volume, les banques ont réalisé des résultats records en
  19. Selon la Banque centrale du Luxembourg (BCL), le résultat avant provisions, dépréciations et impôts ainsi que le résultat net du secteur bancaire luxembourgeois ont atteint leur niveau le plus élevé jamais enregistré. Le compte de résultats avant provisions, dépréciations et impôts a terminé l’année 2023 avec plus de 9 milliards d’euros. C'est 42% de plus qu'en 2022 (6,35 milliards d'euros) et même 74% de plus que la moyenne de la période 2010-2022 (5,2 milliards d'euros). Le résultat net des banques était de 6,6 milliards d’euros en 2023, soit une augmentation annuelle de 59%. Par rapport à la moyenne de la période 2010-2022, le résultat net en 2023 était supérieur de 67%. En outre, et comme expliqué dans l’encadré, les déflateurs utilisés pour estimer la VAB en volume dans le secteur des activités financières et d’assurance sont d’une moyenne, voire d’une mauvaise qualité. L’évolution de l’activité en volume doit donc être interprétée avec prudence. 13 Page 21 de 115 Graphique 9 : Résultats avant provisions, dépréciations et impôts et résultat net des banques (en millions EUR) 10.000 9.000 8.000 7.000 6.000 5.000 4.000 3.000 2.000 1.000 0 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 Résultats avant provisions, dépréciations et impôts Résultat net Source : BCL Comme déjà mentionné : l’État taxe la valeur et non pas le volume des activités. Ainsi les recettes publiques profitent des résultats records du secteur bancaire. Logiquement, les impôts sur le revenu et le bénéfice des banques ont également atteint un niveau record en
  20. Avec 1,67 milliards d’euros, leur niveau correspond à une progression annuelle de 94% (862 millions d’euros en 2022). Par rapport à la moyenne de la période 2010-2022, la progression est même de 136%. Graphique 10 : Impôts sur le revenu et le bénéfice des banques (en millions EUR) 1.800 1.600 1.400 1.200 1.000 800 600 400 200 0 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 Source : BCL Page 22 de 115 1.
  21. Les projections économiques Selon les dernières projections économiques de la Commission européenne 14, la croissance économique sera de 1,3% en 2024 au Luxembourg. Ainsi l’économie luxembourgeoise croîtra plus vite en comparaison avec la zone euro (0,8%) et l’Union européenne (0,9%). Parmi nos pays voisins, seule la Belgique croîtra légèrement plus vite (1,4%). En 2025, le PIB réel augmentera de 2,1% selon la Commission européenne, correspondant ainsi à la plus forte progression parmi les zones économiques représentées dans le graphique. Selon les dernières données du STATEC, plus récentes que les données de la Commission européenne, l’évolution sera même encore plus favorable au Luxembourg. Selon leurs prévisions, la progression du PIB réel luxembourgeois sera de 2% en 2024 et de 3% en
  22. La progression en 2025 sera donc plus forte que la moyenne de la période 2005-
  23. Aussi l’évolution de la période 2026-2028 sera plus forte avec une progression moyenne de 2,8%. Graphique 11 : Le PIB en volume – Variation annuelle en % 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 LU - Prévisions STATEC 02/2024 LU 2005-09 ZE 2010-14 UE 2015-19 BE 2024 2025 FR DE 2026-2028 Données : Commission européenne – Winter 2024 Economic Forecast ; STATEC Concernant le PIB en valeur, le STATEC estime une progression de 4,3% en 2024, de 5,4% en 2025 et de 4,9% en moyenne durant la période 2026-
  24. Ceci impactera de manière positive les recettes publiques, vue leur corrélation historique. 14 Winter 2024 – Economic Forecast. Page 23 de 115 Graphique 12 : Le taux de chômage 8 7 6 5 4 3 2 1 0 LU - Prévisions STATEC 02/2024 LU ZE 1996-2022 UE 2023 2024 BE 2025 FR DE 2026-2028 Données : Commission européenne – Autumn 2023 Economic Forecast ; STATEC À la suite de la hausse des prix et du recul économique en volume, le taux de chômage a augmenté au Luxembourg. Si, en moyenne, le taux de chômage était de 4,6% durant la période 1996-2022, il a augmenté à 5,2% en 2023 selon les dernières données du STATEC. En 2024, le taux de chômage passe à 5,9% et s’y stabilise en 2025 avant de baisser de nouveau légèrement à 5,5% en moyenne durant les années 2026-
  25. Ainsi, en 2024, le taux de chômage au Luxembourg sera inférieur en comparaison avec la zone euro (6,6%) et la France (7,4%) et légèrement supérieur en comparaison avec la Belgique (5,6%). En Allemagne, le taux reste relativement bas (3,2%). En résumé, la situation conjoncturelle à court terme n’est certainement pas la plus favorable. Le Luxembourg a terminé l’année 2023 en récession, l’inflation risque de repasser au-dessus des 3% en 2025 si le plafonnement de certains prix n’est pas prolongé, et le taux de chômage augmente. C’est pourquoi la Chambre des salariés plaide pour des investissements anticycliques de l’État afin de relancer notre économie. L’absence de mesures d’austérité dans le Projet de budget est un point positif. Néanmoins, il est important pour la Chambre des salariés de garder à l’esprit l’importance des concepts du PIB et de la productivité en valeur pour l’évaluation de la situation économique du pays et de la situation budgétaire de l’État. La référence exclusive aux indicateurs en volume donne une image incomplète de la situation économique. 1.
  26. Zoom sur les chômeurs Pour une analyse approfondie du chômage, la CSL considère pertinent d'examiner le profil des demandeurs d'emploi. Cette étude peut s'appuyer sur les données des chômeurs inscrits auprès de l'ADEM, permettant ainsi d'explorer diverses caractéristiques socioprofessionnelles et Page 24 de 115 sociodémographiques des demandeurs disponibles. Selon la disponibilité des données, ces analyses vont porter soit sur l’ensemble des demandeurs d’emploi disponibles, soit sur les seuls demandeurs d’emploi disponibles résidents. En général, une augmentation de 15% du nombre de demandeurs d'emploi disponibles, incluant les résidents et les non-résidents, a été constatée entre février 2023 et février 2024, dernière date pour laquelle des données sont disponibles, atteignant ainsi 21 273 personnes. Il est intéressant de noter que parmi les demandeurs d'emploi résidents, qui représentent 85% du total, cette progression a été plus marquée, avec une hausse de 16,1% (non-résidents : +8,9%). 1.8.
  27. Les demandeurs d’emploi selon leur métier Pour étudier les métiers et les secteurs les plus impactés par la progression du chômage, notre Chambre plaide pour une analyse des métiers des demandeurs d'emploi
  28. En utilisant les données de l'ADEM, il est envisageable de regrouper les métiers en 15 grandes catégories, totalisant ainsi 110 sous-groupes d'emplois, selon les spécifications ROME
  29. En février 2024 les métiers de la catégorie Services à la personne et à la collectivité et Support à l’entreprise sont, de loin, ceux qui représentent le plus grand nombre de chômeurs. En effet, 4 764 respectivement 4 467 demandeurs d’emploi sont liés à un tel métier et ils représentent ainsi 22,4% respectivement 21% de tous les chômeurs. Le troisième groupe d’importance parmi les demandeurs d’emploi concernent les métiers de la catégorie Commerce, vente et grande distribution (10,9%), suivis des métiers de l’hôtellerie-restauration (10,1%), du transport et de la logistique (8,8%), et de la construction (8,3%). Les neuf autres catégories de métiers représentent collectivement à peine 20% des chômeurs. Pour une analyse en profondeur il est crucial de ne pas se limiter à une seule analyse ponctuelle en février 2024, mais plutôt d'explorer l'évolution de cette situation au fil du temps. En général, à l’exception des métiers de la Santé et du Spectacle, on constate une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi dans chaque catégorie de métiers entre février 2023 et février
  30. Dans l’ensemble, le nombre de chômeurs a progressé de 15% en un an. Sur une base annuelle, on peut observer, par exemple, une augmentation de 7,4% du nombre de chômeurs dans la catégorie de métiers la plus importante (Services à la personne et à la collectivité), une hausse qui est cependant moins marquée que celle du nombre total de chômeurs (+15%). Cette moindre progression dans cette catégorie se traduit par une diminution de sa part dans le chômage, enregistrant une baisse de 6,6% en glissement annuel. La catégorie de métier qui progresse de loin le plus fortement au chômage en glissement annuel est celle de la construction. En février 2024 il y a ainsi 40,1% de chômeurs provenant de la construction en plus qu’en février
  31. De ce fait, le poids relatif de ce groupe parmi les chômeurs a progressé de plus de 21,8% en un an. Dans le contexte du Code du Travail (article L.521-3 point 4), ce métier doit correspondre à un « emploi approprié » aux qualifications du demandeur d’emploi, qui correspond donc souvent au dernier métier dans lequel le demandeur d’emploi a œuvré. 16 Les différents sous-groupes d’emplois liés aux grandes catégories de métiers sont consultables en annexe. 15 Page 25 de 115 Nombre de chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle SERVICES A LA PERSONNE ET A LA COLLECTIVITE SUPPORT A L'ENTREPRISE COMMERCE, VENTE ET GRANDE DISTRIBUTION HÔTELLERIE- RESTAURATION TOURISME LOISIRS ET ANIMATION TRANSPORT ET LOGISTIQUE CONSTRUCTION, BÂTIMENT ET TRAVAUX PUBLICS INDUSTRIE AGRICULTURE ET PÊCHE, ESPACES NATURELS ET ESPACES VERTS, SOINS AUX ANIMAUX BANQUE, ASSURANCE, IMMOBILIER Non indiqué INSTALLATION ET MAINTENANCE COMMUNICATION, MEDIA ET MULTIMEDIA SANTE ARTS ET FACONNAGE D'OUVRAGES D'ART SPECTACLE Total général Part des chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle 4764 7,4% 22,40% -6,6% 4467 22,4% 21,00% 6,5% 2325 8,9% 10,90% -5,3% 2138 16,1% 10,10% 1,0% 1877 11,1% 8,80% -3,3% 1758 40,1% 8,30% 21,8% 702 13,0% 3,30% -1,7% 701 3,4% 3,30% -10,1% 635 632 537 21,9% 25,1% 7,0% 3,00% 3,00% 2,50% 6,0% 8,9% -7,0% 356 19,1% 1,70% 3,6% 233 -0,9% 1,10% -13,8% 79 23,4% 0,40% 7,4% 69 21273 -4,2% 15,0% 0,30% 100% -16,6% 0,0% Données : ADEM ; Tableau et calculs : CSL. 1.8.
  32. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur niveau d’éducation Outre l’étude par métier, il est possible d’analyser les chômeurs sur base de leur niveau d’éducation. Les données publiquement disponibles ne permettent de faire cette analyse que pour les demandeurs d’emploi résidents disponibles (85% des demandeurs d’emploi disponibles). Or, il s’avère que, en février 2024, 7 183 chômeurs résidents avaient un niveau d’éducation inférieur ce qui représente 39,5% des chômeurs résidents. Un chômeur résident sur trois avait encore un niveau d’éducation moyen, tandis qu’environ un chômeur sur quatre était en possession d’un diplôme de l’enseignement post-secondaire. En glissement annuel, où le nombre de chômeurs résidents a progressé en total de 16,1%, il est à noter que la progression du nombre de demandeurs d’emploi est particulièrement importante parmi les personnes avec un niveau d’éducation élevé. En effet, le nombre de chômeurs avec un niveau d’éducation supérieur a progressé de 23,8% en un an ; le nombre de ceux avec un niveau d’éducation moyen a augmenté encore de 16,8%, tandis que la hausse du nombre de chômeurs résidents avec un niveau d’éducation faible s’est limitée à 10,6%. Cette progression divergente du nombre de chômeurs selon niveau d’éducation a conduit à ce que le poids des chômeurs avec un niveau d’éducation élevé a considérablement augmenté en un an (+6,6%) Page 26 de 115 parmi les demandeurs d’emploi alors que le poids des chômeurs avec un niveau d’éducation plus faible a baissé (-4,7%). Secondaire inférieur Secondaire supérieur Supérieur Total Nombre de chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle 7183 10,6% 5860 16,8% 5123 23,8% 18166 16,1% Part des chômeurs Évolution annuelle Fév. 2024 39,5% -4,7% 32,3% 0,6% 28,2% 6,6% 100% 0,0% Données : ADEM ; Tableau et calculs : CSL. 1.8.
  33. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur durée d’inactivité Analyser les demandeurs d’emploi par leur durée d’inactivité peut compléter l’étude du chômage. Parmi les 18 166 demandeurs d’emploi résidents en février 2024, presque 38,2% sont inactifs depuis moins de 4 mois, tandis que 26,5% sont inactifs depuis au moins un an. En évolution annuelle il est à noter que le nombre de chômeurs avec une durée d’inactivité entre 7 et 11 mois a augmenté le plus fortement (+35,2%). Ensuite, le nombre de chômeurs avec une durée d’inactivité de 4 à 6 mois a augmenté de 19%, soit un peu plus que l’évolution annuelle total du nombre de chômeurs résidents (+16,1%). Le nombre de demandeurs d’emploi inactifs depuis au moins 12 mois a également connu une augmentation plutôt préoccupante de 12%. La part des inactifs de longue durée parmi les demandeurs d’emploi a cependant baissé (-3,5%) entre février 2023 et février 2024, surtout aux dépens du groupe des chômeurs avec une durée d’inactivité entre 7 et 11 mois (+16,5%). Si, dans son avis sur le Budget provisoire 2024, la Chambre des salariés avait constaté que « la hausse du chômage n’est pas (principalement) due à une inactivité plus longue des chômeurs, mais plutôt à une hausse de « nouveaux » chômeurs », force est de constater que le nombre des chômeurs avec une durée d’inactivité d’au moins 12 mois est, selon les dernières données, en train d’augmenter. Ceci indique des difficultés de réintégrer le marché du travail. < 4 mois 4-6 mois 7-11 mois 12 mois et plus Total Nombre de chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle 6942 10,9% 3460 19,0% 2948 35,2% 4816 12,0% 18166 16,1% Part des chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle 38,2% -4,5% 19,0% 2,5% 16,2% 16,5% 26,5% -3,5% 100% 0,0% Données : ADEM ; Tableau et calculs : CSL. Page 27 de 115 1.8.
  34. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur âge Si l'on analyse le nombre de demandeurs d'emploi par âge, on peut constater que l'augmentation du chômage se fait sentir dans toutes les catégories. En effet, entre février 2023 et février 2024, la progression du nombre de chômeurs était entre 14,7% et 17,9% dans les trois catégories d’âge représentées. Les demandeurs d’emploi de 45 ans ou plus ont le plus grand poids dans l’ensemble des chômeurs (41,1%), suivis par ceux entre 30 et 44 ans (38,2%). Les jeunes demandeurs d’emploi (< 30 ans) représentent 20,6% du total des demandeurs d’emploi résidents. Nombre de chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle 3750 17,9% 6946 16,6% 7470 14,7% 18166 16,1% < 30 30-44 45+ Total Part des chômeurs Évolution Fév. 2024 annuelle 20,6% 1,5% 38,2% 0,5% 41,1% -1,2% 100% 0,0% Données : ADEM ; Tableau et calculs : CSL. 1.
  35. Les projections d’inflation dans le cadre du blocage des prix Graphique 13 : L’indice des prix à la consommation harmonisé – Variation annuelle en % 4 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 LU - IPCN Prévisions STATEC 02/2024 LU 2005-09 ZE 2010-14 UE 2015-19 2024 BE FR 2025 2026-2028 DE Données : Commission européenne – Winter 2024 Economic Forecast ; STATEC Page 28 de 115 Selon les projections de la Commission européenne, le Luxembourg et ses pays voisins se rapprochent de nouveau de l’objectif d’une augmentation annuelle des prix de 2% à moyen terme de la Banque centrale européenne (BCE). Notons que la Commission européenne établit ses projections pour l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Si cet indice s’avère pratique afin de réaliser des comparaisons entre les différents pays de la zone euro, il reflète cependant moins exactement les hausses des prix subis par les résidents luxembourgeois. Par exemple, l’essence et le gasoil sont surpondérés dans le calcul de l’inflation au Luxembourg sur la base de l’IPCH à cause du « Tanktourismus ». À cet effet, le STATEC calcule un indice des prix à la consommation nationale (IPCN) afin de refléter plus correctement les habitudes et les paniers de consommation des résidents luxembourgeois. Selon le STATEC, l’IPCN sera de 2,2% en 2024, c’est-à-dire très proche de l’objectif de la BCE. Si l’État luxembourgeois décide de ne pas prolonger le plafonnement de certain prix, comme ceux de l’électricité et du gaz, l’IPCN augmentera de nouveau à 3,3% en
  36. Cette hausse ne sera toutefois que temporaire. Au cours des années suivantes, l'inflation annuelle moyenne pour les ménages luxembourgeois s'élèvera à 1,6%, sauf événement imprévu. Le maintien ou non du plafonnement aura évidemment aussi un impact sur le déclenchement des prochaines tranches d’indexation. Selon le Conjoncture Flash du STATEC du mois de février, la prochaine tranche d’indexation sera déclenchée au dernier trimestre
  37. En cas de levée des boucliers tarifaires au 1er janvier 2025, une autre tranche d’indexation serait déclenchée au troisième trimestre
  38. La période entre les deux tranches d’indexation serait donc inférieure à 12 mois. Ainsi, la Chambre des salariés se prononce en faveur d’un maintien du plafonnement de prix en 2025 et d’un phasing-out progressif. Les projections d’inflation au Luxembourg pour l’année 2025 et les années subséquentes découlent primairement de l’hypothèse sur l’évolution des prix de l’énergie. Cette dynamique est particulièrement importante en raison des mesures prises dans le cadre du Solidaritéitspak 2.0 en septembre
  39. Ce fruit du Comité de coordination tripartite avait comme objectif principal de freiner la progression des prix de l’énergie en raison de la crise inflationniste. Parmi les mesures décidées à cette occasion, viennent à échéance au 31 décembre notamment :
  40. le prix maximal du gaz à un niveau 15% supérieur au niveau de septembre 2022 ;
  41. la contribution négative du mécanisme de compensation pour réduire les prix de l’électricité au niveau de l’année 2022 ;
  42. la prise en charge par l’État des redevances mensuelles et des frais d’utilisation du réseau de gaz ; et
  43. le rabais de 15 centimes au litre de mazout. Tandis que pour les mesures 3 et 4, l’impact sur les prix peut être estimé facilement par le Statec, l’impact inflationniste de la fin du blocage des prix de gaz et d’électricité (mesures 1 et 2) dépend primairement des prix du marché de ces deux types d’énergie en
  44. En effet, si le prix de l'électricité par exemple revenait aux prix du marché de 2022, la fin de cette tarification maximale n'aurait pas d'incidence sur l'inflation. Cependant, si les prix de l'énergie sont considérablement supérieurs à leurs niveaux respectifs en 2022, cela pourrait se traduire par des chocs inflationnistes significatifs. 1.9.
  45. Les prix du gaz Dans son scénario central pour la projection d’inflation, le Statec table sur une hausse de 17% des factures de gaz en
  46. Cette hausse projetée est provoquée exclusivement par la fin de la prise en charge des frais de réseau par l’État. En effet, actuellement, en ce qui concerne le prix même de l’énergie, force est de constater que les plus grands distributeurs de gaz au Luxembourg appliquent un prix par kWh qui est inférieur au prix maximal imposé par l’État. Ainsi, la fin de l’application du prix maximal du gaz n’a pas d’impact sur l’inflation. Page 29 de 115 En revanche, ce qui explique la hausse projetée du prix de gaz pour l’année 2025 sont les frais de réseau. En effet, pour une consommation annuelle moyenne de 2 700 m3, les frais d’utilisation de réseau ainsi que les redevances mensuelles pour l’accès au réseau – actuellement pris en charge par l’État – représentent environ 19% de la facture du gaz. Le passage d’une facture hors frais de réseau et hors redevances mensuelles à une facture avec frais de réseau et redevances compris correspond à une hausse d’approximativement 25% de la facture du gaz auprès du plus grand fournisseur luxembourgeois de gaz. Ainsi, si le Statec table sur une hausse de « seulement » 17% de la facture du gaz dans son scénario central, cela implique que le Statec fait implicitement l’hypothèse d’une baisse du prix de l’énergie (d’environ 10% par rapport au niveau actuel) qui viendrait réduire le renchérissement de +/- 25% induit par la fin de la prise en charge de l’État des redevances mensuelles et des frais d’utilisation du réseau de gaz. Dans son scénario bas, le Statec projette une hausse de « seulement » 10% de la facture du gaz ce qui revient à une hypothèse de baisse plus importante du prix d’énergie (d’approximativement 18% par rapport à son niveau actuel) ; l’effet haussier de la fin de la prise en charge de l’État des redevances mensuelles et des frais d’utilisation du réseau de gaz devant être contrebalancé davantage. Dans le scénario haut, le Statec table sur une hausse de 37% du prix du gaz pour les ménages. Dans ce scénario, la hausse de la facture d’environ 25% induite par la fin de la prise en charge de l’État des redevances mensuelles et des frais d’utilisation du réseau de gaz serait accompagnée par une hausse (d’environ 13%) du prix de l’énergie même du gaz qui se situerait alors au-dessus du plafond actuel. 1.9.
  47. Les prix de l’électricité En ce qui concerne les prix de l’électricité, le Statec projette une hausse de 60% pour 2025 dans son scénario central. Cette hausse est expliquée intégralement par la hausse de l’énergie. Actuellement, auprès du plus grand fournisseur d’électricité au Luxembourg, une consommation d’électricité moyenne de 4 000 kWh par an serait à peu près 58% plus chère en absence de la contribution négative du mécanisme de compensation. Dès lors, une projection de hausse de 60% du prix d’électricité en 2025 indique implicitement que l’on suppose une quasi-stagnation du prix de l’énergie à son prix de marché actuel qui est presque 60% supérieur au prix facturé en 2022 combiné à une contribution nulle au mécanisme de compensation. Dans son scénario haut, le Statec émet la projection d’une hausse des factures de l’électricité de 93% ce qui revient à supposer que le prix de marché de l’énergie devrait progresser davantage d’environ 37% en plus de sa progression entre 2022 et aujourd’hui (sous l’hypothèse d’une contribution nulle au mécanisme de contribution). En revanche, dans le scénario bas le Statec projette une inflation des factures d’électricité de « seulement » 47% ce qui reviendrait à une légère (12%) baisse du prix de l’énergie par rapport à son niveau actuel hors contribution négative au mécanisme de compensation. 1.9.
  48. Des mesures transitoires sont nécessaires Quel que soit le scénario considéré par le Statec – qu’il soit haut, central ou bas – il semble que les prix de l'énergie connaîtront une progression significative en
  49. Cette augmentation, une fois que le prix maximal cesse d’exister et que les frais de réseau cessent d’être pris en charge par l’État, risque de représenter un choc inflationniste majeur - estimé entre 1 – 1,5 point de pourcentage dans le scénario central du Statec Cette hausse soudaine et abrupte des prix de l’énergie risque de mettre sous pression le pouvoir d'achat des ménages qui risquent de subir un nouveau choc inflationniste. Page 30 de 115 Pour atténuer cet impact qui vient d’ailleurs se rajouter à la fin du rabais de 15 centimes sur le mazout, il est indispensable de prendre des mesures transitoires (« phase-out ») afin d'amortir le choc et d’éviter un choc de baisse de pouvoir d’achat. Page 31 de 115
  50. Situation budgétaire 2.
  51. Le solde budgétaire Le projet de budget de l’État sous avis table sur un déficit des administrations publiques à hauteur de 1,2% du PIB pour l’année 2024, ce qui correspond à une hausse de 0,5 point par rapport à l’année 2023 qui a clôturé avec un déficit de 0,7% (données provisoires). Ce déficit des administrations publiques est expliqué exclusivement par le déficit des administrations centrales pour lesquelles le projet de budget projette un déficit de 2,3% du PIB en
  52. Ce déficit de l’administration centrale est compensé en partie par un excédent au niveau des administrations de la sécurité sociale chez lesquelles l’on projette un solde positif correspondant à 1,0% du PIB en
  53. Pour les années subséquentes, le projet de loi sous avis prévoit une stagnation, voire une légère amélioration du solde des administrations publiques, notamment sous l’effet d’une baisse conjointe du déficit de l’administration centrale et de l’excédent de la sécurité sociale. Solde nominal des administrations, en % du PIB 2022 2023 2024 2025 2026 2027 Administration centrale -1.4% 2.0% -2.3% -2.0% -1.5% -1.3% Administrations locales -0.2% 0.0% 0.1% 0.1% 0.1% 0.1% Sécurité sociale Administrations publiques 1.3% 1.3% 1.0% 0.7% 0.5% 0.3% -0.3% -0.7% -1.2% -1.2% -0.9% -0.9% Source : Projet de budget Or, même si le solde budgétaire semble se stabiliser à un niveau déficitaire, la situation budgétaire doit être relativisée en raison d’un niveau très élevé d’investissements. En effet, si l’on analyse le budget courant (hors recettes et dépenses en capital et hors opérations financières) selon la loi de 1999, le budget est en fort excédent – à hauteur de 1% du PIB (ou 849 millions d’euros). La règle d’or selon laquelle les recettes courantes couvrent les dépenses courantes est donc entièrement respectée et un endettement supplémentaire de l’État ne vise que le financement d’investissements – tel que c’est prévu par la loi sur le budget de l’État de 1999
  54. Ainsi, la situation budgétaire ordinaire peut être qualifiée de positive même si le solde nominal est négatif. Il s’ajoute qu’avec un niveau de déficit d’environ 1% du PIB, le Luxembourg reste bien en deçà de la limite européenne des 3%. En ce qui concerne le solde structurel des administrations publiques, celui-ci devrait s’élever à 0,0% en 2024 après encore avoir été positif en 2023 (+0,5%). Pour les années 2025 et 2026, le solde structurel est projeté à -0,3% avant de se dégrader pour s’élever à -0,6% en
  55. Solde structurel des administrations publiques, en % du PIB Administrations publiques 2022 2023 2024 2025 2026 2027 -0.3% 0.5% 0.0% -0.3% -0.3% -0.6% Source : Projet de budget L’article 5 de la loi modifiée du 8 juin 1999 sur le budget de l’État dispose que « Les recettes provenant de l’émission d’emprunts ne peuvent servir qu’au financement de projets d’investissements de l’Etat. ». 17 Page 32 de 115 En comparant les projections du projet de budget sous avis avec les projections budgétaires les plus récentes élaborées dans la note de travail du Conseil économique et financier national (CEFN) d’octobre 2023 18, il devient apparent que celles-ci se sont considérablement améliorées. En effet, selon cette note, à politique inchangée d’octobre 2023, le solde des administrations publiques en 2023 était projeté se situer à approximativement 1,9% du PIB et le déficit des administrations publiques en 2024 était projeté à 2,7%. Comparée à la situation dressée dans le projet de budget sous avis, le solde des administrations publiques se serait amélioré de plus d’un milliard d’euros en 2023 et de 1,3 milliard d’euros en 2024 – tout en sachant que des mesures fiscales avec une tendance (à court terme) plutôt négative pour les finances publiques ont été décidées depuis. Graphique 14 : Comparaison du solde nominal des administrations publiques selon le projet de budget et la note de travail du CEFN, en % du PIB Administrations publiques 0,00% -0,50% -0,7% -1,00% -0,9% -1,2% -1,50% -2,00% -1,9% -2,50% -3,00% -0,9% -1,2% -2,1% -2,3% -2,2% -2,7% CEFN PB24 2023 CEFN PB24 2024 CEFN PB24 2025 CEFN PB24 2026 CEFN PB24 2027 Source : Projet de budget, Note de travail CEFN Similairement, le solde structurel était, d’après le CEFN, approximativement de 2 points plus faible que ce que prévoit le projet de budget. Ainsi, l’excédent structurel de 0,5% en 2023 selon le projet de budget sous avis était encore projeté comme étant un déficit de 1,4% de PIB par exemple ! Note de travail : Projections macroéconomiques et prévisions des finances publiques à politique inchangée pour la période 2023 –
  56. CEFN. Octobre
  57. https://gouvernement.lu/dam-assets/documents/dossier/formation-gouvernement-2023/notes-auformateur/c/note-de-travail-cefn.pdf 18 Page 33 de 115 Graphique 15 : Comparaison du solde structurel des administrations publiques selon le projet de budget et la note de travail du CEFN, en % du PIB Administrations publiques 1,00% 0,5% 0,50% 0,0% 0,00% -0,50% -0,3% -0,3% -0,6% -1,00% -1,50% -1,4% -2,00% -2,50% CEFN PB24 2023 -2,0% -2,1% -2,3% CEFN PB24 2024 CEFN PB24 2025 -2,1% CEFN PB24 2026 CEFN PB24 2027 Source : Projet de budget, Note de travail CEFN La CSL regrette que les prévisions budgétaires et fiscales soient si peu fiables et qu’elles connaissent de très fortes révisions. À cet égard, nous faisons référence à une analyse 19 du Conseil national des finances publiques (CNFP) selon laquelle les prévisions budgétaires font l’objet d’un pessimise systémique. Concrètement, le CNFP note que « l’évaluation met à jour une importante distorsion des prévisions du solde nominal de l’administration centrale sur la période de 2007 à 2021, ceci sous forme d’une sousestimation d’environ 500 millions d’euros en moyenne annuelle pour les prévisions de l’automne « t-1 » de l’année « t » par rapport aux observations réalisées en automne « t+1 ». La sous-estimation du solde résulte d’une part, et principalement, d’une sous-estimation des recettes, en particulier des souscatégories Impôts sur la production et les importations et Impôts courants sur le revenu, le patrimoine, etc., et, d’autre part, d’une surestimation des dépenses, à savoir notamment de la sous-catégorie Investissement direct et indirect. » Les évolutions (d’hypothèses) fiscales depuis octobre – soit les évolutions au cours des 5 derniers mois – sont par exemple responsables pour une amélioration du solde budgétaire nominal annuel d’en moyenne 1,3 point de PIB au cours des prochaines années. Alors que les projections du solde nominal sont déjà très volatiles et sujettes à d’importantes révisions, les estimations du solde structurel (qui est basé sur davantage de paramètres économiques, voir partie 4) sont totalement non fiables. Ainsi, entre les estimations d’octobre 2023 et les projections budgétaires, le solde structurel des administrations publiques est amélioré d’en moyenne 1,8 point de PIB par an. Bien que le gouvernement actuel veuille s'attribuer le mérite de l’amélioration des projections depuis octobre 2023, force est de constater qu'une (grande) partie des améliorations budgétaires résulte d'un effet de base et non d’un effet bénéfique quelconque du présent projet de budget. En effet, en 2023, alors que ce budget n'a pas encore produit d'effets, on observe déjà une amélioration très conséquente de la situation. Cette amélioration de l’année 2023 contribue d’ailleurs à une meilleure position de départ pour la situation budgétaire pour l’année 2024 et les années subséquentes. En outre, selon le ministre des Finances, les recettes des premiers mois de l'année en cours sont déjà nettement plus élevées et ne peuvent donc pas être mises en relation avec ce projet de budget. 19 Evaluation de la fiabilité des prévisions macroéconomiques et budgétaires. CNFP. Mai
  58. Page 34 de 115 Notre Chambre tient d’ailleurs aussi à soulever la question si le raccourcissement de la période dite « complémentaire » de l’exercice de l’État n’a pas un effet majeur sur l’amélioration de la situation budgétaire communiquée pour
  59. En effet, sans en faire de grandes instances, le projet de budget prévoit de raccourcir la période complémentaire de deux mois de manière que sont pris en compte les opérations des dépenses effectuées jusqu’en février plutôt que jusqu’en avril de l’année suivant l’année de l’exercice. Or, au cours des dernières années, les mois mars et avril de l’année t+1 ont, en moyenne, creusé le déficit de l’ordre de 730 millions d’euros. L’amélioration du solde budgétaire prévu par le projet de budget sous avis est-il lié à ce jeu comptable de raccourcissement de la période de l’exercice ou est-ce que toutes les dépenses réalisées dans les années passées jusqu’au mois d’avril (n+1) le seront dorénavant jusque fin février de l’année (n+1) ? 2.
  60. La dette publique 2.2.
  61. L’évolution de la dette Selon le projet de budget sous avis, la dette des administrations publiques s’élèverait à 26,5% du PIB en 2024, en hausse de 1,3 point de PIB depuis
  62. Ce déficit devrait augmenter davantage jusqu’en 2026 avant de se stabiliser au niveau de 27,3% du PIB. Cette évolution est là encore bien plus favorable que celle qui a été projetée par le CEFN dans leur note de travail adressé au formateur en octobre
  63. Graphique 16 : Évolution de la dette des administrations publiques, en % du PIB 34,0% 32,4% 31,2% 32,0% 29,6% 30,0% 27,8% 28,0% 26,0% 26,5% 26,9% 27,3% 27,3% PB2024 CEFN 25,2% 25,0% 24,0% 22,0% 2023 2024 2025 2026 2027 Source : Projet de budget, Note de travail CEFN Cette dette publique reste bien en deçà de la limite européenne des 60% et significativement inférieure aux 30%. Notre Chambre tient d’ailleurs à noter qu’est intégrée dans la dette des administrations publiques, et plus particulièrement dans la dette de l’administration centrale, la dette de certains établissements publics qui est d’ailleurs projetée se multiplier par trois au cours des prochaines années. En effet, les établissements publics faisant partie de l’administration centrale selon les règles du SEC verront augmenter leur dette de 351 millions d’euros en l’an 2022 à 1 032 millions d’euros en 2027 d’après le Page 35 de 115 projet de budget sous avis. Sans cette hausse de presque 700 millions d’euros de la dette de ces établissements publics, la dette des administrations publiques se limiterait à 26,6% du PIB en
  64. Or, les établissements publics possédant une personnalité juridique distincte de l’État et jouissant d'une grande autonomie budgétaire, leur inclusion dans l'évaluation de la politique budgétaire de l'État semble peu pertinente et risque de brouiller les indicateurs financiers. En raison de l'augmentation significative de la dette des établissements publics relevant de l’administration centrale, notre Chambre demande des éclaircissements supplémentaires, notamment sur les établissements publics responsables de cette augmentation. 2.2.
  65. La dette publique en comparaison européenne En comparaison européenne, il devient évident à quel point la situation luxembourgeoise en matière de dette publique est confortable : seuls deux pays, à savoir la Bulgarie (22,6%) et l’Estonie (18,5%), avaient une dette publique inférieure à celle du Luxembourg en
  66. Même avec la hausse projetée de la dette publique jusqu’à 27,3% du PIB, le Luxembourg resterait le 3e pays avec la dette publique la plus faible. En moyenne, les pays de l’Union européenne sont endettés à hauteur de 83,5% du PIB et ceux de la zone euro même à hauteur de 90,9%. En ce qui concerne les pays limitrophes du Luxembourg, l’endettement est bien plus élevé en France (111,8%) et en Belgique (104,3%) qu’en Allemagne (66,1%) qui est-elle encore bien plus endettée que le Luxembourg. Graphique 17 : Comparaison européenne des dettes des administrations publiques, en % du PIB 200 180 160 140 111,8 120 100 80 104,3 90,9 83,5 66,1 Estonie Bulgarie Danemark Luxembourg Suède Lituanie Lettonie Irlande 24,7 Tchéquie Pologne Roumanie Malte Pays-Bas Slovaquie Allemagne Croatie Slovénie Finlande Hongrie Autriche UE Chypre Belgique Zone euro Illllllllll nui Italie Grèce 0 France 20 Espagne 40 Portugal 60 Source : Eurostat 2.2.
  67. La structure de la dette La structure de la dette publique actuelle est telle que 2,72% de cette dette, soit environ 500 millions euros, doivent être remboursés au cours de cette année. Environ un tiers de la dette publique luxembourgeoise doit être remboursée (ou refinancée) pendant les prochaines 1 à 5 années, alors que presque la moitié de la dette est due dans 5 à 10 ans. Page 36 de 115 Graphique 18 : Structure de la dette publique selon la maturité < 1 an 2,72% > 10 ans 17,83% 1 - 5 ans 32,16% 5 - 10 ans 47,29% Source : Trésorerie de l’État 2.2.
  68. La dette nette Plutôt que d’analyser la seule dette que disposent les administrations publiques, il est primordial d’étudier la position nette de la dette en tenant compte des actifs qui font face aux passifs. En effet, il est important de noter que la dette n’est qu’un côté de la médaille et qu’il faut connaître l’autre côté de la médaille – à savoir les actifs – afin de pouvoir déterminer la situation financière totale d’un État. Or, si l’on tient compte de l’ensemble des avoirs du Luxembourg (participations financières, etc.) il appert que le Luxembourg a une position nette financière positive ; c’est-à-dire que les avoirs du Luxembourg dépassent (de loin) les engagements. Ainsi, le Luxembourg pourrait à tout moment rembourser sa dette en vendant ses avoirs financiers. La position nette financière des administrations publiques s’élève à 52% du PIB en 2022, ce qui veut dire qu’après le remboursement de l’ensemble de la dette, la vente des avoirs des administrations publiques générerait un surplus équivalent à 52% du PIB. Avec une telle position financière, le Luxembourg se démarque très clairement des autres pays de l’Union européenne. En effet, seule la Finlande (63,8% du PIB) a une position nette financière supérieure à celle du Luxembourg et seulement 5 pays en total de l’Union européenne ont une position nette financière positive. En revanche, les pays limitrophes connaissent des positions nettes significativement déficitaires avec un taux atteignant -81% du PIB pour la Belgique. Page 37 de 115 Graphique 19 : Comparaison européenne des positions netts financières des administrations publiques, en % du PIB 75 52 25 -25 -28 -54 -75 -61 -75 -81 -125 Italie Grèce Espagne Portugal France Belgique Hongrie Zone euro UE Autriche Croatie Chypre Slovaquie Malte Pologne Irlande Roumanie Pays-Bas Allemagne Lettonie Slovénie Lituanie Tchéquie Estonie Bulgarie Suède Danemark Finlande Luxembourg -175 Source : Eurostat 2.
  69. Les recettes et les dépenses de l’État 2.3.
  70. Les recettes budgétaires Le projet de budget sous avis prévoit une progression des recettes en 2024 de 4,4% par rapport à
  71. Cette progression des recettes peut être décomposée par une hausse de 7,8% des impôts directs, par une hausse de 7,0% des impôts indirects, par une hausse de 7,2% des autres impôts et par une baisse de 18,1% des recettes d’opérations financières. La progression des recettes totales est soutenue notamment par une hausse de quasiment 10% de l’impôt fixé par voie d’assiette et d’une hausse de 7,7% de l’impôt retenu sur les traitements et salaires. Intéressement, et malgré la conjoncture plutôt difficile, le projet de budget sous avis projette une hausse de 7,5% de l’impôt sur le revenu des collectivités (IRC). Cette projection à la hausse des recettes de l’IRC suivrait la forte progression de 14% enregistrée entre 2022 et 2023, principalement due au paiement des soldes d’arriérés. Au niveau des impôts indirects la progression est principalement soutenue par une hausse de plus de 10% des recettes générées par la TVA, par une hausse de plus de 18% des accises autonomes liées aux cigarettes et par une hausse de plus de 19% du produit de la contribution taxe CO
  72. Notre Chambre se questionne si la hausse de la TVA en 2024, contrairement à la baisse temporaire en 2023 qui semble n'avoir été que partiellement répercutée sur les prix 20, a été entièrement intégrée dans les tarifs payés par les consommateurs, potentiellement expliquant ainsi la forte augmentation des recettes de TVA. Outre ces recettes, le budget prévoit une hausse de 25,9% des dividendes perçus des participations de l’État et un produit de nouveaux emprunts à hauteur de 2 milliards euros. À côté de ces recettes courantes et en capital, le projet de budget sous avis prévoit des recettes budgétaires financières à hauteur de 2,5 milliards, en baisse de 18,1% par rapport à
  73. Ces recettes 20 Statec. Regards n°
  74. Baisse de la TVA en 2023 – Quel est l’effet sur l’inflation ? Juin
  75. Page 38 de 115 d’opérations financières sont constituées respectivement d’un crédit de 0,5 milliard d’euros pour refinancer un crédit venant à terme et un nouvel emprunt de 2 milliards d’euros. D’autres évolutions pouvant être commentées concernent notamment la taxe d’abonnement, le droit d’enregistrement et la retenue libératoire sur les intérêts. Pour 2024, le projet de budget sous avis projette des taxes d’abonnement à hauteur de 1,2 milliard d’euros, ce qui correspond à une légère hausse par rapport au niveau de 2023, mais ce qui reste inférieur au niveau de
  76. En ce qui concerne les droits d’enregistrement, le projet de budget table sur une nouvelle baisse des recettes en
  77. Après une baisse des droits d’enregistrement de 52,1% entre 2022 et 2023, le budget sous avis projette qu’en 2024 les droits d’enregistrement baissent à nouveau de 5,1% pour se situer à 220 millions d’euros (contre 485,4 millions d’euros en 2022). En effet, même si l’on pourrait s’attendre à une hausse des droits d’enregistrement en cas d’une relance du marché immobilier, la hausse des crédits d’impôts prévue pour « doper » le marché et pour réduire la facture des droits d’enregistrement vont freiner la reprise de ces recettes. La hausse des taux d’intérêts, même si elle engendre des coûts supplémentaires pour de nombreux ménages, contribue aussi à la hausse des intérêts perçus par les ménages épargnants. Cette évolution peut être observée par une hausse conséquente des revenus générés par la retenue libératoire sur les intérêts qui ont progressé de 16,9 millions d’euros en 2022 à 56,9 millions d’euros en 2023 (+236,6%). Cette tendance haussière devrait se confirmer durant l’année 2024, année pour laquelle le projet de budget prévoit une nouvelle hausse de 128,5% afin que les recettes générées par cette retenue à la source s’élèvent à 130 millions d’euros. Si l’on raisonne d’un autre point de vue, il est remarquable qu’entre 2023 et 2024 la hausse de 73,1 millions d’euros des recettes liées à la retenue libératoire sur les intérêts surcompense considérablement la hausse de la charge de la dette qui se limite à 52 millions d’euros. Page 39 de 115 Tableau 1 : Évolution des recettes budgétaires suivant la loi de 1999, en millions d’euros Impôts directs dont : Impôt général sur le revenu Impôt fixé par voie d'assiette Impôt sur le revenu des collectivités Impôt retenu sur les traitements et salaires Impôt retenu sur les revenus de capitaux Impôt concernant les contribuables non-résidents Impôt retenu sur les contributions versées à un régime complémentaire de pension agréé pour indépendants Impôt sur la fortune Impôts de solidarité sur le revenu des collectivités Impôts de solidarité sur le revenu des personnes physiques Impôt sur le revenu retenu sur les tantièmes Retenue libératoire nationale sur les intérêts Impôt d’équilibrage budgétaire temporaire Droits de timbre Autres impôts directs 11 063.5 2023 2024 Budget Compte Projet de Variation voté prévisionnel budget en % 12 556.7 13 540.2 +7.8% 11 565.5 9 418.5 1 164.3 2 156.8 5 341.7 748.7 1.0 9 908.0 1 100.0 2 050.0 6 100.0 650.0 1.5 10 549.8 1 296.5 2 465.2 5 982.7 799.2 0.0 11 347.0 1 425.0 2 650.0 6 445.0 820.0 0.0 7.6% 9.9% 7.5% 7.7% 2.6% 0.0% 6.0 6.5 6.1 7.0 14.1% 875.8 162.3 504.8 63.5 16.9 0.1 17.4 4.2 840.0 154.3 558.6 61.0 18.5 0.0 20.9 4.2 1 098.0 185.6 564.8 74.1 56.9 0.0 18.2 9.4 1 150.0 199.5 610.6 75.0 130.0 0.0 18.9 9.3 4.7% 7.5% 8.1% 1.3% 128.5% -99.7% 3.9% -1.8% Impôts indirects dont : Taxe sur les véhicules automoteurs Part dans les recettes communes de l’UEBL Accises autonomes huiles minérales Accises autonomes cigarettes Droits d'enregistrement Droits d'hypothèques Taxe sur la valeur ajoutée Taxe sur les assurances Taxe d'abonnement sur les titres de sociétés Produit de la taxe de consommation sur l'alcool Produit de la contribution sociale prélevée sur les carburants Produit de la contribution spéciale à l’assurance dépendance résultant de la majoration de la redevance à charge du secteur de l’énergie électrique Produit de la contribution taxe CO2 Taxe de prélèvement d'eau et de rejet des eaux usées Produit provenant de la vente de droits d'émissions destiné au Fonds climat et énergie Autres impôts indirects 8 957.1 9 294.5 8 802.3 9 414.4 +7.0% 68.5 1 052.9 113.6 239.9 485.4 85.3 5 098.3 70.0 1 280.9 52.6 108.8 68.0 1 016.7 173.8 263.6 517.4 78.8 5 377.6 69.2 1 225.7 57.9 112.1 68.7 1 120.7 158.4 329.0 232.5 45.1 5 102.0 83.5 1 199.2 53.9 114.8 68.0 1 089.1 154.0 389.0 220.7 43.2 5 623.7 87.8 1 231.0 57.6 114.6 -1.0% -2.8% -2.8% 18.2% -5.1% -4.2% 10.2% 5.2% 2.7% 6.9% -0.2% 1.9 2.0 1.8 2.0 9.0% 215.2 9.8 279.2 9.0 236.9 9.0 282.1 8.7 19.1% -3.5% 30.7 12.0 12.0 1.0 -91.7% 43.4 31.6 34.9 41.9 20.2% Autres recettes dont : Intérêts créditeurs sur avoirs en compte et dépôts à terme Dividendes provenant des participations de l'Etat dans le capital de sociétés de droit privé et de droit public Droits de succession Autres recettes 854.0 732.7 965.9 1 035.8 +7.2% 5.3 1.0 102.8 96.0 -6.6% 197.9 231.8 268.4 337.9 25.9% 147.2 503.6 100.0 399.9 139.8 454.9 140.0 461.9 0.2% 1.5% 2022 Compte Source : Projet de budget Page 40 de 115 D’une manière plus générale, les recettes de l’administration centrale peuvent être décrites comme dans le graphique ci-dessous. Que marginalement plus que la moitié recettes de l’État central proviennent des impôts directs tandis qu’encore plus d’un tiers des recettes sont le résultat des impôts indirects. Ensemble, les revenus de la propriété et les recettes des établissements publics représentent 5% des recettes, soit l’équivalent des cotisations au profit de l’administration centrale. Graphique 20 : Répartition des recettes de l’administration centrale Revenus de la Loyers et Divers 4% propriété et redevances 1% dividendes 2% Recettes des établissements publics 3% Cotisations sociales 5% Impôts indirects 34% Impôts directs 51% Source : Projet de budget Au cours des dernières années, voire des décennies, les recettes fiscales ont connu des évolutions très disparates selon leur origine, avec un déséquilibre croissant en défaveur des ménages. En effet, les recettes générées par les impôts sur le revenu des personnes physiques (IRPP) se sont multipliées par 5,1 depuis l’an 2000, tandis que les impôts sur le revenu ou le bénéfice des sociétés (IRBS) n’ont été multipliés que par 2,2 pendant cette même période. De cette manière, les ménages contribuent désormais deux fois plus que les entreprises aux recettes fiscales tandis qu’en début du siècle il y avait un équilibre à ce niveau fiscal. En comparant l’évolution des recettes de TVA à celle des recettes liées à l’IRBS, l’on constate un déséquilibre moins prononcé, mais toujours très considérable. En se quadruplant depuis l’an 2000, les recettes de la TVA représentent aujourd’hui le double des recettes de l’IRBS alors qu’en début de siècle les premières n’étaient que 13% supérieures aux deuxièmes. Page 41 de 115 Graphique 21 : Évolution de certaines recettes d’impôts depuis l’an 2000 (base 100 = année 2000) 510,39 550 500 450 400 350 300 250 200 150 100 396,03 224,91 Impôts sur le revenu des persones physiques ou des ménages Impôts sur le revenu ou les bénéfices des sociétés Taxes du type TVA Source : Comptes nationaux Si l’on analyse l’évolution des recettes des administrations publiques en % du PIB au cours des dernières années, on observe que celle-ci est à la baisse au Luxembourg. En effet, après une chute de presque deux points de PIB des recettes en l’an 2020 en raison de la crise sanitaire, les recettes se sont stabilisées comparativement au PIB à 43,6%. De par ce fait, le Luxembourg se démarque des pays limitrophes, mais aussi de la moyenne de l’Union européenne où les recettes en % du PIB sont restées plutôt stables ; en France ce ratio a même progressé de 1,2 point de PIB. Graphique 22 : Évolution des recettes des administrations publiques en % du PIB 56,0 54,0 53,5 52,0 52,3 52,4 52,6 50,0 49,9 49,9 49,5 49,6 46,5 46,0 45,3 46,1 47,3 46,6 47,0 46,3 43,5 43,4 43,6 2020 2021 2022 48,0 46,0 44,0 42,0 40,0 2019 Luxembourg UE Belgique Allemagne France Source : Eurostat Page 42 de 115 2.3.
  78. Les dépenses budgétaires Les dépenses budgétaires ayant des sources beaucoup plus diverses, ne font ici pas objet d’une énumération aussi détaillée que les recettes. Nonobstant, si l’on résume les dépenses, il devient apparent que presque la moitié des dépenses de l’administration centrale concerne des transferts, soit sous forme de prestations sociales, soit sous forme de subsides, soit sous forme de subventions ou de transferts à la sécurité sociale. Près d’un quart du budget de l’administration centrale est encore lié aux rémunérations, tandis que 8% des dépenses concernent d’autres frais de fonctionnement et d’entretien de l’État. En revanche, 13% des dépenses de l’administration centrale concernent des investissements (directs et indirects) et 7% sont des transferts aux communes. Graphique 23 : Répartition des dépenses de l’administration centrale Transferts de revenus Intérêts de la dette 1% aux commmunes 7% Frais de fonctionnement et d'entretien 8% Investissements directs et indirects 13% Rémunérations 24% Prestations sociales, subsides, subventions, transferts à la sécurité sociale, autre transferts de revenus 47% Source : Projet de budget Lorsque l’on examine de plus près et en comparaison européenne les dépenses relatives aux prestations sociales, force est de constater que le Luxembourg est loin de figurer parmi les meilleurs élèves en Union européenne. En effet, avec des prestations sociales (incluant les prestations en nature) représentant 18,8% du PIB en 2022, le Luxembourg se situe bien en deçà de ses pays limitrophes, qui affichent tous des taux supérieurs à 25% du PIB. Même si on compare la situation luxembourgeoise à la moyenne de la zone euro ou à la moyenne de l’Union européenne il appert que le Luxembourg dépense significativement (respectivement 4 et 2,8 points de PIB) moins pour les prestations sociales. Page 43 de 115 Graphique 24 : Prestations sociales en % du PIB, 2022 30,0 25,8 25,0 20,0 15,0 10,0 5,0 0,0 25,3 25,1 22,8 Illlll 21,6 18,8 France Belgique Allemagne Zone euro UE Luxembourg Source : Eurostat Malgré une forte hausse des taux d’intérêt, les dépenses d’intérêts par rapport au PIB restent remarquablement basses au Luxembourg. Les projections de la Commission européenne indiquent que ces dépenses devraient se maintenir à un modeste 0,3% du PIB en 2024 et 0,4% en 2025, des chiffres inférieurs à ceux enregistrés au cours des années 2010-
  79. Cette charge d'intérêt minime contraste nettement avec la moyenne de la zone euro et de l'Union européenne, qui se situe autour de 2% du PIB. De plus, le Luxembourg se distingue de ses voisins, où les dépenses d’intérêts représentent entre 0,9% (Allemagne) et 2,3% (France) du PIB. Cette situation démontre la solidité des finances publiques luxembourgeoises, mettant en évidence une dette publique extrêmement faible, qui semble pouvoir être augmentée sans compromettre la stabilité financière. Graphique 25 : Dépenses d’intérêt des administrations publiques en % du PIB 4,5 4 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 ■iM LU ZE UE 2005-09 2010-14 BE 2015-19 FR 2024 DE 2025 Source : Commission européenne – projections d’automne Page 44 de 115 Concernant les dépenses publiques totales en pourcentage du PIB, elles ont progressé dans presque tous les pays au cours des dernières années. L’année 2020 a été marquée par une forte progression des dépenses dans tous les pays, en réponse à la crise sanitaire du Covid-
  80. Avec une hausse de 3,7 points, c’est au Luxembourg que les dépenses ont le moins progressé entre 2019 et
  81. Toutefois, le fait notable est que c’est également au Luxembourg que les dépenses ont le plus diminué en 2021, pour revenir à un niveau inférieur à
  82. Sur l’ensemble de la période 2019 – 2022, les dépenses en % du PIB ont progressé de simplement 0,2 point au Luxembourg, contre une moyenne de 3 points de PIB dans l’ensemble de l’UE. Dans les pays limitrophes c’est principalement l’Allemagne qui se démarque avec une hausse de ses dépenses relativement au PIB de 4,7 points, tandis qu’en France et en Belgique la hausse se limite à respectivement 3 et 1,3 points de PIB. Graphique 26 : Évolution des dépenses des administrations publiques en % du PIB 65,0 61,3 60,0 55,0 50,0 45,0 40,0 59,1 58,8 55,4 58,3 54,8 52,8 51,9 50,5 46,6 45,0 43,1 47,0 2019 2020 53,2 51,3 50,9 49,6 49,5 43,9 42,9 Luxembourg UE 2021 Belgique Allemagne 2022 France Source : Eurostat 2.
  83. L’objectif à moyen terme L'objectif à moyen terme (OMT) dans le cadre de la gouvernance économique vise à établir une trajectoire budgétaire soutenable pour les administrations publiques sur un horizon pluriannuel. Contrairement aux critères de Maastricht, qui fixent des seuils stricts pour le déficit (3%) et la dette publique (60%), l'objectif à moyen terme se concentre sur le solde structurel, c'est-à-dire le solde budgétaire ajusté pour tenir compte des fluctuations économiques conjoncturelles et des mesures ponctuelles et temporaires. 2.4.
  84. Le solde structurel : un indicateur non fiable Le concept du solde structurel présente par contre un certain nombre de lacunes et d’incertitudes. Ainsi il se base sur la croissance potentielle, qui est elle-même basée sur la croissance des années précédentes et sur des hypothèses de sensibilité moyenne. En effet, les calculs pour déterminer le solde structurel non seulement se basent sur des projections économiques du PIB et du solde nominal, mais aussi sur l’écart de production mesuré à partir du PIB qui aurait potentiellement être pu atteint sous l’hypothèse d’une allocation efficiente des facteurs de production. Comme les données antérieures font l’objet de révisions périodiques, révisions qui peuvent être assez conséquentes et conduire à modifier sensiblement l’appréciation de la situation des finances publiques, il semble totalement inconcevable de Page 45 de 115 baser une politique budgétaire sur des résultats à attendre au niveau du solde structurel des années à venir. L’usage du solde structurel est par ailleurs soumis à de nombreuses controverses méthodologiques et, plus encore, les projections sont le plus souvent contredites par les faits. Le graphique suivant illustre la volatilité du solde structurel. Il a été réalisé par la Commission européenne jusqu’au printemps 2015 et prolongé ensuite par la CSL. On y voit un solde structurel, pour l’année 2013, qui fluctue entre -1,4% et +3,0% du PIB. Ramenée en euros courants, l’erreur de mesure est dans un intervalle compris entre un solde négatif de -651 millions d’euros et un solde positif de 1 394 millions d’euros, soit plus de 2 milliards d’euros d’écart (à comparer, à titre indicatif, aux 11 milliards d’euros environ de dette publique en 2013). Trois phénomènes jouent dans ces fluctuations : - les premières estimations sont des projections dont on sait qu’elles sont souvent contredites par les faits ; - les révisions des comptes nationaux mènent à des révisions du solde nominal et, par voie de conséquence, à des révisions du solde nominal ; - enfin, ces dernières révisions amènent à revoir l’estimation des cycles et donc du solde structurel, même une fois les comptes clôturés. Le graphique permet de constater que la situation du solde 2013 s’améliore au fil du temps, montrant ainsi une sous-estimation récurrente des données sous-jacentes, et il montre aussi qu’il faut au moins quatre ans pour avoir le « vrai » solde structurel ! Graphique 27 : Estimations du solde structurel de l’année 2013 réalisées successivement par la Commission européenne en % du PIB 3,5% 3,0% 2,0% 2,1% 2,5% 2,0% 1,5% 0,7% 1,0% 0,5% 0,0% 0,1% -0,2% 2,1% 2,3% 2,4% 3,0% 1,4% 0,2% -0,9% -0,5% -1,0% 1,0% 2,5% 2,6% 2,6% -1,4% -1,5% -2,0% Source : European Economic Forecast Or c’est à un moment où ces données sont complètement incertaines qu’un projet de budget doit être voté, ceci donc, le cas échéant, sur base de données au niveau du solde structurel qui peuvent se révéler totalement erronées ! Le nombre de paramètres à estimer est tout simplement trop important pour s’attendre une projection fiable du solde structurel ; le Statec rappelle même que : « Compte tenu de la volatilité de la croissance économique dans un petit pays comme le Luxembourg, t

Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.