📄 Texte de loi
Avis de la Chambre de
Commerce
sur le projet de
budget de l’Etat 2026
LA FIN DU MODÈLE
LUXEMBOURGEOIS ?
Le budget 2026
en 26 questions
25 novembre 2025
Projet de loi n°8600 concernant le budget des recettes et des
dépenses de l'Etat pour l'exercice 2026 (6965CCH/VAN)
Projet de loi n°8601 relative à la programmation financière
pluriannuelle pour la période 2025-2029 (6966CCH/VAN)
AVIS DE LA
CHAMBRE DE COMMERCE SUR
LE PROJET DE BUDGET DE L’ETAT 2026
La fin du modèle
luxembourgeois ?
25 novembre 2025
3
Résumé exécutif
Une économie ralentie, un État qui continue de croître
Le Luxembourg aborde l’exercice budgétaire 2026 dans un environnement mondial
profondément incertain. À l’échelle planétaire, la croissance plafonne autour de 3%, freinée
par les tensions géopolitiques, la montée du protectionnisme et la fragmentation des chaînes
de valeur. En Europe, la reprise reste timide, avec une croissance estimée à 1,3% en 2025 et
des divergences persistantes entre pays. L’Allemagne, en stagnation prolongée, continue de
peser sur la moyenne continentale, tandis que les économies d’Europe centrale et du Nord se
montrent plus résilientes.
Dans ce contexte, le Luxembourg, économie petite et très ouverte, demeure particulièrement
exposé aux fluctuations externes. Après une quasi-stagnation en 2024, la croissance ne
dépasserait pas 1% en 2025 et 2% en 2026. Le marché du travail montre des signes de
tension, avec un chômage en hausse à 6,1% à l’automne 2025, tandis que la compétitivité du
pays s’érode sous l’effet conjugué de la hausse des coûts salariaux, du ralentissement de la
productivité et de l’alourdissement des charges administratives.
Pourtant, malgré cette atonie conjoncturelle, les dépenses publiques poursuivent une
progression rapide. En 2026, les dépenses totales de l’Administration publique atteindraient
45,5 milliards d’euros, soit une hausse de 5,6% par rapport à 2025. Cette dynamique reste
très supérieure à la croissance économique et traduit une politique budgétaire toujours
expansionniste. En proportion du PIB, les dépenses publiques dépassent désormais 48% du
PIB, un niveau sans précédent, supérieur même à celui observé pendant la crise sanitaire.
Une divergence persistante entre dépenses et recettes
L’analyse détaillée des sous-secteurs budgétaires met en évidence une divergence durable
entre la progression des dépenses et celle des recettes. L’Administration centrale concentre
l’essentiel des tensions. Ses dépenses atteindraient 32,6 milliards d’euros en 2026, en hausse
de 5,7% sur un an, tandis que ses recettes, portées par la hausse de la TVA et des impôts sur
les salaires, progresseraient de 5,2%. Ce différentiel se traduit par un déficit aggravé de 1,489
milliard d’euros, soit 1,6% du PIB.
L’augmentation de la masse salariale publique, qui représente à elle seule une hausse de 347
millions d’euros en 2026, illustre la rigidité structurelle des dépenses. Le nombre d’employés
publics continue de croître, la hausse prévue atteignant près de 1.600 équivalents temps plein.
Ces tendances s’inscrivent dans une trajectoire durablement haussière, que les
programmations pluriannuelles n’ont jusqu’ici jamais réussi à infléchir.
Les Administrations de sécurité sociale enregistreraient en 2026 une amélioration temporaire
de leur solde grâce à la hausse du taux de cotisation à l’assurance pension décidée dans le
cadre de la « Sozialronn ». Mais cette embellie restera éphémère. Dès 2027, les dépenses
sociales – portées par le vieillissement démographique, la hausse des retraités et le coût
croissant de la santé – progresseront plus vite que les recettes, entraînant une érosion
graduelle de l’excédent jusqu’à un retour au déficit à la fin de la décennie.
4
En somme, la trajectoire budgétaire du Luxembourg se caractérise par des dépenses
publiques qui augmentent structurellement plus vite que la richesse nationale, et par des
recettes tributaires d’assiettes fiscales volatiles. Cette dynamique alimente un déficit durable
et une dette publique en légère mais non moins continue progression. Celle-ci atteindrait 27%
du PIB en 2026, contre 26,3% en 2024, pour un encours total avoisinant 24,5 milliards d’euros.
Plus préoccupant encore, le coût de la dette s’alourdit fortement, passant de 265 millions
d’euros en 2024 à plus de 730 millions en 2029, soit une multiplication par près de trois en
cinq ans.
Un cadre budgétaire à refonder
Ces déséquilibres successifs mettent en lumière les limites du cadre budgétaire actuel. Malgré
les intentions affichées de discipline, la logique d’accumulation de nouvelles politiques
publiques prévaut sur la hiérarchisation et la maîtrise des dépenses. La structure du budget
luxembourgeois demeure marquée par une forte inertie : indexation automatique des salaires,
dépenses de transfert croissantes, multiplication des programmes sectoriels, et absence de
plafonds contraignants.
Dans ses recommandations, la Chambre de Commerce rejoint l’analyse de l’OCDE : il est
urgent de renforcer la gouvernance des finances publiques, d’instaurer de véritables plafonds
de dépenses pluriannuels et de fiabiliser les prévisions économiques et fiscales. Le
Luxembourg gagnerait également à introduire une budgétisation par objectif avec des
indicateurs de performance, permettant d’évaluer l’efficacité réelle des politiques publiques et
de mieux relier les dépenses à leurs résultats. Une telle réforme, en renforçant la prévisibilité
et la transparence, contribuerait à restaurer la crédibilité de la politique budgétaire et à
préserver la notation AAA du pays.
Un budget à la recherche d’un nouvel équilibre entre compétitivité et solidarité
Le budget 2026 traduit une inflexion politique : la compétitivité demeure un objectif central,
mais s’accompagne désormais d’une volonté affirmée de préserver la cohésion sociale.
L’exercice budgétaire s’efforce donc de concilier des priorités parfois contradictoires : baisse
sélective de la fiscalité des entreprises, soutien massif au pouvoir d’achat, et maintien
d’investissements publics à un niveau record.
La réduction d’un point de l’impôt sur le revenu des collectivités, décidée en 2024, ramenant
le taux global à 23,87%, constitue un signal pro-business positif, mais est encore insuffisant
pour replacer le Luxembourg dans la moyenne européenne. Les entreprises continuent de
faire face à un environnement fiscal complexe et à des coûts salariaux bien supérieurs à ceux
de leurs concurrents. Ce désavantage compétitif va s’aggraver avec le relèvement des
cotisations sociales.
En parallèle, les dépenses en faveur de la recherche, de l’innovation et de la digitalisation
connaissent une hausse spectaculaire. Le Fonds de l’innovation voit notamment ses dépenses
progresser de 52% en 2026 Ces investissements, que la Chambre de Commerce salue,
traduisent une volonté de positionner le Luxembourg sur les technologies d’avenir, mais ils
exigent désormais un suivi rigoureux de leur impact sur la productivité et la croissance
potentielle.
5
La Place financière, pilier du modèle luxembourgeois, bénéficie d’un environnement stabilisé,
soutenu par des ajustements fiscaux ciblés et des programmes d’investissement dans la
finance numérique et durable. Cependant, la dépendance des recettes publiques à ce secteur
demeure élevée, rendant le budget vulnérable aux fluctuations internationales des marchés.
Un modèle social sous pression
Sur le plan social, le budget 2026 confirme le poids croissant des transferts publics. Les
dépenses de prestations sociales représentent désormais plus de 41% des dépenses totales
et continueraient d’augmenter d’ici 2029. Leur croissance dépasse celle du PIB, soulevant la
question de la soutenabilité à long terme du modèle social luxembourgeois.
La réforme des pensions adoptée à la suite de la « Sozialronn » offre un répit provisoire : la
hausse du taux de cotisation et l’ajustement des conditions de départ retardent l’épuisement
de la réserve de compensation. Mais la tendance reste défavorable. À politique inchangée, la
part des dépenses liées au vieillissement augmentera de plus de dix points de PIB d’ici 2070,
la hausse la plus marquée au sein de l’Union européenne. Les branches maladie et
dépendance suivent la même trajectoire ascendante, avec des déficits prévisibles dès 2026
pour la première, et une contribution croissante de l’État pour la seconde.
Des investissements soutenus, mais un pilotage à renforcer
Sur le plan de l’investissement public, le projet de budget 2026 affiche des ambitions
considérables : renforcement des infrastructures de mobilité, soutien à la transition
énergétique, accélération du logement abordable et digitalisation des services publics. L’effort
d’investissement dépasse 15 % du total des dépenses, positionnant le Luxembourg parmi les
États européens les plus dynamiques.
Néanmoins, la récurrence d’écarts entre crédits votés et dépenses exécutées, notamment
dans le logement et les projets d’infrastructure, interroge la capacité d’exécution du secteur
public. La Chambre de Commerce souligne la nécessité de renforcer la planification, de
simplifier les procédures et de mieux associer le secteur privé afin d’améliorer le rendement
des investissements.
Vieillissement, productivité et discipline : les clés de la soutenabilité
À moyen et long termes, la soutenabilité budgétaire du Luxembourg dépendra de sa capacité
à relever trois défis structurels : le vieillissement démographique, la stagnation de la
productivité et le retour à une discipline budgétaire crédible. Les projections de la Commission
européenne classent déjà le pays parmi ceux à risque élevé de non-soutenabilité.
Face à ce choc démographique, seule une croissance potentielle renforcée — fondée sur
l’innovation, la formation et l’attractivité des talents — permettra de maintenir l’équilibre entre
solidarité et soutenabilité. C’est dans cette optique que le Luxembourg doit articuler sa
politique budgétaire : investir dans l’avenir tout en maîtrisant la dépense courante.
La trajectoire budgétaire du Luxembourg s’inscrit aujourd’hui dans une tension croissante
entre ambition publique et contrainte économique. Si le pays conserve des marges de
manœuvre enviables, celles-ci se réduisent rapidement sous l’effet d’une dépense rigide, d’un
6
ralentissement de la croissance et d’une démographie défavorable. La dette reste soutenable,
mais sa dynamique est préoccupante ; le solde structurel reste conforme à sa cible en 2026,
mais la dépasserait dès 2028. La Chambre de Commerce s’étonne d’ailleurs que la projection
financière pluriannuelle présentée dans le projet de budget fasse abstraction de deux
engagements politiques qui seront particulièrement coûteux et non financés à ce stade :
l’individualisation de l’impôt (dont le coût est estimé entre 800 et 900 millions d’euros par an)
et la progression de l’effort de Défense pour atteindre 3,5% du RNB en 2035.
Le temps est venu d’un recentrage stratégique : les dépenses publiques doivent retrouver le
rythme de l’économie réelle. Le Luxembourg ne peut durablement compter sur sa seule
prospérité passée pour financer son modèle social. Il lui faut renouer avec une culture de
l’efficience, moderniser son cadre budgétaire et replacer la compétitivité au cœur de sa
politique économique. C’est à ce prix qu’il préservera à la fois son bien-être, sa stabilité
financière et sa crédibilité internationale.
7
Table des matières
Résumé exécutif.....................................................................................................................3
Sommaire des tableaux ........................................................................................................10
Sommaire des graphiques....................................................................................................12
PARTIE I Des tensions et des incertitudes comme climat économique ..............................13
Question 1 : Sommes-nous prêts à affronter un contexte économique mondial instable ?....14
1.
Tendances macroéconomiques mondiales ...............................................................14
2.
Evolution et perspectives du commerce mondial ......................................................16
3.
Marchés financiers et monétaires .............................................................................17
Question 2 : L’Europe redémarre-t-elle et avec quelle intensité ? .........................................18
Question 3 : Où en est l’économie luxembourgeoise ? .........................................................19
PARTIE II Des Administrations publiques fragilisées par la divergence entre dépenses et
croissance ............................................................................................................................22
Question 4 : Un changement de cap confirmé pour l’Administration centrale ?.....................23
1.
Du côté des dépenses ..............................................................................................23
2.
Du côté des recettes .................................................................................................25
3.
Du côté de l’effet ciseaux ..........................................................................................28
4.
Du côté du solde .......................................................................................................29
Question 5 : Les Administrations de sécurité sociale s’éloignent-elles des déficits annoncés ?
30
1.
Du côté des dépenses ..............................................................................................30
2.
Du côté des recettes .................................................................................................31
3.
Du côté du solde .......................................................................................................33
Question 6 : Les Administrations locales à l’équilibre ? ........................................................36
Question 7 : Une trajectoire vertueuse pour l’Administration publique ? ...............................37
1.
Du côté des dépenses ..............................................................................................37
2.
Du coté des recettes .................................................................................................39
3.
Du côté du solde nominal..........................................................................................40
4.
Du côté du solde structurel .......................................................................................41
Question 8 : Une dette publique contenue ? .........................................................................42
Question 9 : Quelle est la sensibilité des prévisions aux aléas économiques ? ....................43
Question 10 : Les finances publiques luxembourgeoises sont-elles soutenables sur le long
terme ? .................................................................................................................................45
Question 11 : Une modernisation du cadre budgétaire (enfin) en marche ? .........................46
8
PARTIE III Le budget pour le Luxembourg d’aujourd’hui ......................................................49
Question 12 : Le budget soutient-il la compétitivité du Luxembourg ? ..................................50
1.
Compétitivité-coûts ...................................................................................................51
2.
Compétitivité fiscale ..................................................................................................53
Question 13 : Le budget soutient-il la capacité du pays à attirer des talents ? ......................55
Question 14 : L’innovation et l’intelligence artificielle sont-elles au cœur du budget ?...........58
Question 15 : Le budget renforce-t-il la Place financière ?....................................................61
1.
En matière fiscale .....................................................................................................61
2.
En modernisant la Place ...........................................................................................62
Question 16 : Le budget mise-t-il sur la diversification économique ? ...................................63
1.
Les secteurs de diversification ..................................................................................63
2.
Les zones d’activité économiques.............................................................................64
Question 17 : Le budget protège-t-il le pouvoir d’achat ? ......................................................64
1.
Transferts sociaux.....................................................................................................64
2.
Allègements fiscaux ..................................................................................................65
3.
Prix de l’énergie ........................................................................................................67
Question 18 : Le budget apporte-t-il des solutions à la crise du logement ? .........................69
1.
Soutien de la demande .............................................................................................71
2.
Soutien de l’offre .......................................................................................................71
3.
Soutien au logement abordable ................................................................................72
Question 19 : Le budget permet-il de moderniser l’Etat ? .....................................................75
Question 20 : Que dit le PIBien-être ? ..................................................................................78
1.
Le concept de « PIBien-être » ...................................................................................78
2.
La prise en compte du « PIBien-être » dans le budget ..............................................79
Partie IV : Le budget pour le Luxembourg de demain ..........................................................84
Question 21 : Se déplacera-t-on plus facilement au Luxembourg ? ......................................85
1.
Routes ......................................................................................................................85
2.
Transports collectifs ..................................................................................................87
Question 22 : Sommes-nous prêts à relever le défi du vieillissement ?.................................89
1.
Assurance pension ...................................................................................................91
2.
Assurance dépendance ............................................................................................93
3.
Assurance maladie-maternité ...................................................................................94
Question 23 : Le budget soutient-il l’éducation et la formation ? ...........................................97
Question 24 : Quelle politique énergétique ? ........................................................................99
1.
Production et importation d’énergie...........................................................................99
2.
Electrification des usages .......................................................................................102
Question 25 : Le budget est-il à la hauteur de l’urgence climatique ? .................................103
1.
Le Fonds pour la gestion de l’eau ...........................................................................105
9
2.
Le Fonds pour la protection de l’environnement......................................................105
3.
Le Fonds climat et énergie ......................................................................................106
Question 26 : Comment le Luxembourg respecte-t-il ses engagements vis-à-vis de l’OTAN ?
....................................................................................................................................107
1.
L’évolution financière ..............................................................................................108
2.
Les choix stratégiques ............................................................................................110
3.
Une trajectoire 2035 encore illisible ........................................................................112
10
Sommaire des tableaux
Tableau 1 : Croissance du PIB réel et projections ................................................................15
Tableau 2 : Evolution du PIB en volume ...............................................................................20
Tableau 3 : Evolution du taux d’emploi .................................................................................21
Tableau 4 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration centrale.....................23
Tableau 5 : Part des dépenses de l’Administration centrale dans le PIB...............................24
Tableau 6 : Evolution pluriannuelle des dépenses de rémunération des salariés .................24
Tableau 7 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration centrale selon la LPFP
2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ......................................................................................25
Tableau 8 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration centrale .......................26
Tableau 9 : Rendement de certains impôts en 2024 .............................................................26
Tableau 10 : Evolution pluriannuelle du rendement de certains impôts.................................27
Tableau 11 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration centrale selon la LPFP
2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ......................................................................................27
Tableau 12 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration centrale selon la LPFP 20242028 et le PLPFP 2025-2029 ...............................................................................................29
Tableau 13 : Evolution pluriannuelle des dépenses des Administrations de sécurité sociale 30
Tableau 14 : Evolution pluriannuelle des principaux postes de dépenses des Administrations
de sécurité sociale................................................................................................................31
Tableau 15 : Evolution pluriannuelle des dépenses des Administrations de sécurité sociale
selon la LPFP 2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ...............................................................31
Tableau 16 : Evolution pluriannuelle des recettes des Administrations de sécurité sociale ...32
Tableau 17 : Evolution pluriannuelle des principaux postes de recettes des Administrations de
sécurité sociale.....................................................................................................................33
Tableau 18 : Evolution pluriannuelle des recettes des Administrations de sécurité sociale selon
la LPFP 2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 .........................................................................33
Tableau 19 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale.........34
Tableau 20 : Evolution pluriannuelle des dépenses, des recettes et du solde des
Administrations locales .........................................................................................................36
Tableau 21 : Evolution pluriannuelle des agrégats des Administrations locales selon la LPFP
2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ......................................................................................36
Tableau 22 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration publique ..................37
Tableau 23 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration publique selon la LPFP
2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ......................................................................................38
Tableau 24 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration publique par rapport au
PIB .......................................................................................................................................38
Tableau 25 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration publique.....................39
Tableau 26 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration publique selon la LPFP
2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ......................................................................................40
Tableau 27 : Evolution pluriannuelle du solde structurel et de l’OMT ....................................42
Tableau 28 : Indicateurs S1 et S2 du Debt Sustainability Monitor 2024 pour le Luxembourg45
Tableau 29 : Risques pour les indicateurs S1 et S2 du Debt Sustainability Monitor 2024 pour
le Luxembourg......................................................................................................................46
Tableau 30 : Evolution des recettes de la fiscalité des entreprises .......................................54
Tableau 31 : Evolution des dépenses du Fonds de l’innovation entre le budget 2025 et le
budget 2026 .........................................................................................................................58
Tableau 32 : Recettes de la taxe d’abonnement sur les titres de société ..............................62
Tableau 33 : Evolution des dépenses consacrées au développement de la Place financière
.............................................................................................................................................63
Tableau 34 : Evolution des prestations sociales des Administrations publiques ...................65
Tableau 35 : Dépense fiscale correspondant aux différents dispositifs d’abattements, de
déductibilité, d’exemption, de crédit d’impôt et de TVA réduite .............................................66
11
Tableau 36 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans le logement
.............................................................................................................................................71
Tableau 37 : Recettes des droits d’enregistrement ...............................................................71
Tableau 38 : Evolution des dépenses du Fonds spécial pour le logement abordable entre le
budget 2025 et le budget 2026 .............................................................................................73
Tableau 39 : Evolution des dépenses ajustées du Fonds spécial pour le logement abordable
entre le budget 2025 et le budget 2026 ................................................................................73
Tableau 40 : Différence entre les dépenses et les dépenses ajustées du Fonds spécial pour le
logement abordable ..............................................................................................................74
Tableau 41 : Budget du Ministère de la Digitalisation ...........................................................76
Tableau 42 : Résultat du « tagging bien-être » des dépenses du projet de budget 2026 ......80
Tableau 43 : Part des investissements dans les infrastructures dans les investissements totaux
.............................................................................................................................................86
Tableau 44 : Evolution des dépenses du Fonds des routes..................................................87
Tableau 45 : Part des investissements dans l’environnement et le climat (y compris mobilité)
dans les investissements totaux ...........................................................................................87
Tableau 46 : Evolution des dépenses du Fonds du rail.........................................................88
Tableau 47 : Projections du « 2024 Ageing Report » ............................................................90
Tableau 48 : Dépenses liées au vieillissement selon le « 2024 Ageing Report » ..................91
Tableau 49 : Trajectoire de l’assurance pension...................................................................92
Tableau 50 : Evolution des contributions de l’Etat à l’assurance pension .............................93
Tableau 51 : Evolution des contributions de l’Etat à l’assurance dépendance ......................94
Tableau 52 : Evolution du solde et de la réserve de l’assurance maladie-maternité .............95
Tableau 53 : Evolution des contributions de l’Etat à l’assurance maladie-maternité .............96
Tableau 54 : Total des dépenses courantes du Ministère de l’Education nationale, de l’Enfance
et de la Jeunesse .................................................................................................................97
Tableau 55 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans l’éducation
.............................................................................................................................................97
Tableau 56 : Evolution des dépenses du Fonds de l’éducation entre le budget 2025 et le
budget 2026 .........................................................................................................................98
Tableau 57 : Evolution des dépenses du Fonds climat et énergie consacrées aux projets
d’énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique .........................................................100
Tableau 58 : Evolution des dépenses du Fond climat et énergie consacrées aux projets
d’énergies renouvelables et à l’efficacité énergétiques entre le budget 2025 et le budget 2026
...........................................................................................................................................101
Tableau 59 : Dépenses pour la promotion des véhicules routiers à zéro ou à faibles émissions
de CO2 ...............................................................................................................................103
Tableau 60 : Evolution des dépenses d’investissement consacrées à l’environnement et au
climat..................................................................................................................................104
Tableau 61 : Evolution des dépenses du PNEC .................................................................104
Tableau 62 : Evolution des dépenses du Fonds pour la gestion de l’eau entre le budget 2025
et le budget 2026................................................................................................................105
Tableau 63 : Evolution des dépenses du Fonds pour la protection de l’environnement entre le
budget 2025 et le budget 2026 ...........................................................................................106
Tableau 64 : Evolution des dépenses du Fonds climat et énergie entre le budget 2025 et le
budget 2026 .......................................................................................................................107
Tableau 65 : Evolution des dépenses de la Direction de la Défense et de la défense nationale
...........................................................................................................................................109
Tableau 66 : Evolution des dépenses du Fonds d’équipement militaire par composante ....111
Tableau 67 : Evolution de l’effort de défense du Luxembourg sur la période 2025-2029 ....112
Tableau 68 : Simulation d’une progression linéaire de l’effort de défense du Luxembourg vers
3,5% du RNB en 2025, sur base d’une progression annuelle du RNB de 4% en volume ...113
12
Sommaire des graphiques
Graphique 1 : Variation annuelle des dépenses et des recettes de l’Administration centrale 28
Graphique 2 : Variation annuelle des dépenses et des recettes des Administrations de sécurité
sociale ..................................................................................................................................34
Graphique 3 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale selon
la LPFP 2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 .........................................................................35
Graphique 4 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale selon
l’analyse de sensibilité ..........................................................................................................35
Graphique 5 : Evolution du ratio entre les dépenses de l’Administration publique et le PIB au
Luxembourg et dans la Zone euro ........................................................................................39
Graphique 6 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration publique et de ses entités
.............................................................................................................................................40
Graphique 7 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration publique selon la LPFP
2024-2028 et le PLPFP 2025-2029 ......................................................................................41
Graphique 8 : Evolution pluriannuelle de la dette publique ...................................................43
Graphique 9 : Evolution pluriannuelle des agrégats en cas de choc sur la croissance..........44
Graphique 10 : Evolution pluriannuelle des agrégats en cas de choc sur les taux d’intérêt...44
Graphique 11 : Evolution du classement du Luxembourg dans le World Competitiveness
Ranking d’IMD ......................................................................................................................50
Graphique 12 : Evolution de la productivité du travail par heure travaillée au Luxembourg et
dans l’Union européenne......................................................................................................51
Graphique 13 : Evolution du coût horaire moyen de la main-d’œuvre entre 2008 et 2024 ....52
Graphique 14 : Evolution de l’écart entre le coût salarial moyen luxembourgeois et celui des
pays voisins..........................................................................................................................53
Graphique 15 : Taux légal de l’impôt sur les bénéfices des sociétés en 2024.......................54
Graphique 16 : Evolution annuelle du nombre de salariés frontaliers ...................................56
Graphique 17 : Evolution annuelle du nombre de salariés résidents étrangers.....................57
Graphique 18 : Evolution des dépenses du Fonds de l’innovation par catégorie ..................59
Graphique 19 : Condition préalable et orientations stratégiques du rapport LuxAIHub .........60
Graphique 20 : Taux d’inflation annuel et contributions ........................................................68
Graphique 21 : Indicateurs des prix du logement annoncés en euros constants...................69
Graphique 22 : Nombre de crédits immobiliers consentis pour des immeubles situés au
Luxembourg par trimestre ....................................................................................................70
Graphique 23 : Evolution des dépenses consolidées de digitalisation entre le budget 2025 et
le budget 2026......................................................................................................................77
Graphique 24 : Evolution de l’emploi dans l’Administration publique par rapport à l’emploi total
au Luxembourg ....................................................................................................................78
Graphique 25 : Exemple irlandais .........................................................................................82
Graphique 26 : Part des salariés frontaliers parmi l’ensemble des salariés en 2025 .............85
Graphique 27 : Investissement public par habitant dans l’infrastructure ferroviaire ...............88
Graphique 28 : Evolution des crédits d’investissement consacrés à l’extension du réseau de
tramway................................................................................................................................89
Graphique 29 : Pyramide des âges luxembourgeoise en 2022 et en 2070 ...........................90
Graphique 30 : Dépenses liées au vieillissement des pays européens selon le « 2024 Ageing
Report » ...............................................................................................................................91
Graphique 31 : Evolution de l’effort de Défense du Luxembourg sur la période 2025-2029 110
Graphique 32 : Evolution et répartition des dépenses du Fonds d’équipement militaire par
composante........................................................................................................................112
13
PARTIE I
Des tensions et des incertitudes
comme climat économique
14
Question 1 : Sommes-nous prêts à affronter un contexte
économique mondial instable ?
1. Tendances macroéconomiques mondiales
Malgré la résilience dont l’économie mondiale a su faire preuve face à la hausse des taux
d’intérêt, aux tensions commerciales et aux incertitudes politiques, les perspectives de
croissance demeurent orientées à la baisse. Selon les Perspectives de l’économie
mondiale du Fonds monétaire international (FMI) publiées en octobre 2025, la croissance
mondiale devrait ralentir, passant de 3,3% en 2024 à 3,2% en 2025, puis à 3,1% en 2026. Si
cette évolution représente une légère amélioration par rapport à l’édition de juillet 2025 1 - qui
anticipait respectivement 3,0% en 2025 et 3,1% en 2026 - elle reste néanmoins inférieure à la
moyenne historique de 3,7% enregistrée au cours des deux dernières décennies. De son côté,
l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), dans ses
Perspectives économiques de septembre 2025 2, anticipe également un fléchissement de
l’activité mondiale, avec une croissance attendue de 3,3% en 2024, 3,2% en 2025 et 2,9% en
2026. Ce ralentissement général s’explique principalement par la montée du protectionnisme
et le renforcement des barrières commerciales. Il se manifeste par la dégradation de la
confiance des entreprises et des ménages et la montée de l’incertitude économique et
politique. Dans ce contexte, les institutions internationales peinent à établir des projections
fiables, tant la volatilité des décisions politiques et les conflits mondiaux pèsent sur la visibilité
à moyen terme.
La croissance des économies avancées devrait s’établir autour de 1,5% en 2025 selon les
organisations internationales. D’après les projections de l’OCDE, la croissance des Etats-Unis
ralentirait nettement, passant de 2,8% en 2024 à 1,8% en 2025, puis 1,5% en 2026. Si la forte
croissance dans les secteurs technologiques de pointe tire l’activité vers le haut, elle ne suffirait
pas à compenser les effets négatifs de l’augmentation des droits de douane, du recul de
l’immigration nette et de la réduction drastique du nombre de fonctionnaires.
La reprise resterait modérée dans la Zone euro. La croissance, estimée à 0,8% pour 2024,
atteindrait 1,2% en 2025, avant de retomber à 1,0% en 2026, témoignant d’une activité
toujours fragile. En comparaison, les économies asiatiques affichent des perspectives
nettement plus favorables, avec une croissance attendue de 5,2% en 2025 et de 4,7% en
2026, selon le FMI. Bien qu’en recul par rapport aux années précédentes, ces pays demeurent
les principaux moteurs de l’économie mondiale, portés notamment par l’Inde et le Vietnam,
dont la croissance devrait dépasser les 6% en 2025. A l’inverse, le ralentissement de
l’économie chinoise, visible depuis 2024, devrait se confirmer : le FMI prévoit une croissance
de 5,0% en 2024, 4,8% en 2025, 4,2% en 2026. Plus de quatre ans après l’éclatement de la
bulle immobilière, le secteur n’a pas retrouvé de base solide, les investissements dans
l’immobilier poursuivant leur recul. Plus préoccupant selon le FMI, la forte contribution des
exportations de produits manufacturés à la croissance du pays est difficilement tenable. Les
signes indiquant que les subventions massives accordées à l’industrie manufacturière ont
atteint leurs limites se multiplient.
1
FMI, Perspectives de l’économie mondiale Mise à jour. Economie mondiale : une résilience précaire dans un
environnement toujours incertain, juillet 2025.
2
OCDE, Perspectives économiques, Rapport intermédiaire, septembre 2025.
15
Tableau 1 : Croissance du PIB réel et projections
Taux de progression en pourcentage
FMI
OCDE
2024
2025p
2026p
2024
2025p
2026p
Monde
3,3
3,0
3,1
3,3
3,2
2,9
Pays avancés
1,8
1,5
1,6
-
-
-
Pays émergents
4,3
4,1
4,0
-
-
-
Zone euro
0,9
1,0
1,2
0,8
1,2
1,0
Allemagne
-0,2
0,1
0,9
-0,5
0,3
1,1
Espagne
3,2
2,5
1,8
3,2
2,6
2,0
France
1,1
0,6
1,0
1,1
0,6
0,9
Australie
1,0
1,8
2,2
1,1
1,8
2,2
Brésil
3,4
2,3
2,1
3,4
2,3
1,7
Chine
5,0
4,8
4,2
5,0
4,9
4,4
Etats-Unis
2,8
1,9
2,0
2,8
1,8
1,5
Inde
6,5
6,4
6,4
6,5
6,7
6,2
Indonésie
5,0
4,8
4,8
5,0
4,9
4,9
Japon
0,2
0,7
0,5
0,1
1,1
0,5
p = projections
Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale Mise à jour. Economie mondiale : une résilience précaire dans
un environnement toujours incertain, juillet 2025 ; OCDE, Perspectives économiques, Rapport intermédiaire,
septembre 2025.
S’agissant de l’inflation, les institutions internationales anticipent un repli dans la plupart des
pays du G20, celle-ci devant passer de 3,4% en 2025 à 2,9% en 2026, selon les chiffres de
l’OCDE. Cette baisse de l’inflation s’expliquerait par le recul de la croissance économique et
par la baisse des tensions sur le marché du travail. L’inflation sous-jacente (hors alimentation
et énergie) devrait, quant à elle, rester stable, à 2,6% en 2025 puis 2,5% en 2026, traduisant
une normalisation graduelle des pressions sur les prix. Toutefois, les économies ne sont pas
à l’abri d’un regain inflationniste. Les risques demeurent liés à une éventuelle résurgence des
tensions sur le marché de l’emploi, à la volatilité des prix de l’énergie et à la hausse continue
des prix des services.
Les évolutions diffèrent sensiblement selon les pays. Aux Etats-Unis, le taux d’inflation devrait
passer de 2,5% en 2024 à 2,7% en 2025, pour atteindre 2% en 2026. Cette hausse temporaire
résulte d’un choc d’offre lié à la hausse des droits de douane, qui alimente les coûts de
production et les prix à la consommation. Au Japon, la hausse de l’inflation est nourrie
principalement par l’explosion des prix des produits alimentaires et notamment du riz (2,7%
en 2024, prévisions de 3,1% en 2025). A l’inverse, la Zone euro, l’Australie et l’Inde
enregistrent une désinflation progressive, soutenue par la baisse des prix de l’énergie et une
politique monétaire encore restrictive. Les dynamiques sont également différentes entre pays
émergents. L’inflation, longtemps faible en Indonésie, s’est récemment accélérée, tandis
qu’elle poursuit son recul en Argentine et en Turquie.
16
Le niveau élevé de dette publique constitue une préoccupation majeure pour de nombreux
pays avancés et émergents. Comme le souligne l’OCDE dans son Rapport sur la dette
mondiale 3, après avoir momentanément reculé sous l’effet de l’inflation, les ratios dette/PIB
(calculés à partir des titres de dette négociables des administrations centrales) repartent à la
hausse dans plusieurs pays de l’OCDE. Dans l’ensemble de la Zone euro, ces ratios sont
passés de 82% du PIB (49.908 milliards EUR) en 2023 à 84% (50.836 milliards EUR) en 2024.
La tendance devrait se poursuivre pour atteindre 85% du PIB (52.675 milliards EUR) en 2025,
soit plus de 10 points de plus qu’en 2019, et près du double du niveau observé en 2007. Cette
trajectoire s’explique en partie par la montée en puissance des dépenses publiques
structurelles : le renforcement des budgets de défense dans un contexte géopolitique tendu,
les investissements massifs requis pour mener la transition technologique et
environnementale, et l’augmentation des dépenses liées au vieillissement de la population.
Parallèlement, la hausse des taux d’intérêt renchérit le service de la dette, accentuant la
pression sur les finances publiques.
Tout comme l’OCDE, le FMI alerte également sur la trajectoire mondiale générale
d’augmentation de la dette, notamment dans les économies émergentes et en développement.
Les fragilités financières y demeurent importantes, en particulier dans les pays à faible
revenu qui peinent à accéder aux marchés internationaux de capitaux ou qui subissent la
réduction de l’aide internationale. Dans un contexte de croissance modérée et de taux d’intérêt
encore élevés, la soutenabilité budgétaire devient un enjeu central pour de nombreux
gouvernements, nécessitant une gestion rigoureuse des dépenses publiques et une stratégie
de consolidation à moyen terme.
2. Evolution et perspectives du commerce mondial
Comme indiqué dans le Global Trade Outlook and Statistics publié en octobre 2025 par
l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les prévisions de croissance du commerce des
marchandises pour 2025 ont été revues à la hausse, avec une projection qui atteindrait 2,4%
(contre 0,9% en août). Le volume du commerce mondial de marchandises a progressé de
4,9% sur un an au premier semestre 2025, soit un rythme supérieur aux anticipations initiales.
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération du commerce mondial : la hausse des
importations américaines avant l’augmentation des tarifs douaniers, des conditions
macroéconomiques favorables portées par la baisse de l’inflation et la vigueur des marchés
émergents et une demande soutenue de biens liés à l’intelligence artificielle, particulièrement
en Asie et en Amérique du Nord. L’OMC souligne toutefois qu’il est difficile de déterminer la
part des facteurs conjoncturels dans cette reprise. Déjà dans son édition d’avril, l’organisation
anticipait une amélioration du commerce mondial pour 2025, indépendamment de la hausse
des droits de douane et du climat d’incertitude entourant les politiques commerciales.
En revanche, les perspectives de l’OMC pour 2026 apparaissent nettement moins favorables.
Les projections ont été révisées à la baisse, passant de 1,8% en août à 0,5% en octobre. Cette
révision s’explique par la hausse généralisée des tarifs douaniers, la volatilité accrue des
politiques commerciales et la montée des tensions géopolitiques qui freinent les échanges. De
OCDE, Rapport sur la dette mondiale 2025. Financer la croissance dans un environnement de marché de la dette
difficile, mars 2025.
3
17
fait, des signes de faiblesse du commerce et de la production manufacturière apparaissent
déjà dans les économies avancées, s’accompagnant d’une baisse de confiance des
entreprises et des consommateurs, pesant sur les investissements et la consommation.
Les prévisions de l’OMC pour le commerce mondial des services ont également été révisées
à la baisse à la lumière des développements récents. Bien que les services ne soient pas
directement impactés par les droits de douane, ils subissent des effets indirects liés à la baisse
du commerce de biens et à la faiblesse de la production. Ainsi, la croissance des exportations
de services devrait ralentir, passant de 6,8% en 2024 à 4,6% en 2025, puis à 4,4% en 2026.
3. Marchés financiers et monétaires
Les conditions financières se sont assouplies au cours des derniers mois, tant dans les
économies avancées que dans les économies émergentes, sous l’effet des réductions des
taux directeurs opérées par plusieurs grandes banques centrales. En septembre 2025, les
Etats-Unis et le Canada ont ainsi abaissé leurs taux, reflétant l’apaisement des tensions
inflationnistes et la volonté de soutenir la demande intérieure. En revanche, les taux sont
restés inchangés au Japon depuis janvier 2025 et dans la Zone euro depuis juin 2025, la
prudence restant de mise face à l’incertitude économique et géopolitique. Dans plusieurs
économies émergentes, les autorités monétaires ont abaissé les taux directeurs compte tenu
des tensions inflationnistes modérées, de la dépréciation du dollar américain (réduisant ainsi
le poids des dettes libellées en dollars) et du ralentissement de la demande lié à la hausse
des coûts du commerce avec les Etats-Unis. En revanche, certaines économies comme le
Brésil ont relevé leurs taux pour contenir des risques d’inflation persistants.
Selon l’OCDE, la Réserve fédérale américaine devrait poursuivre la baisse graduelle de ses
taux dans les prochains mois, sous réserve que l’augmentation actuelle des prix des biens
échangeables liée à la hausse des droits de douane, ne ravive pas une poussée inflationniste.
Une trajectoire similaire est anticipée en Australie, au Canada et au Royaume-Uni.
Dans la Zone euro, la BCE maintient pour l’heure ses taux directeurs inchangés, dans
l’attente d’une meilleure visibilité sur les effets des mesures protectionnistes du
Gouvernement américain sur l’économie européenne. Si l’accord conclu fin juillet 2025 entre
l’Union européenne et les Etats-Unis – qui taxe à 15% la plupart des produits européens
importés aux Etats-Unis – a permis d’éviter une escalade tarifaire, les risques restent élevés.
La stabilité financière est mise à l’épreuve, dans un contexte de valorisations élevées sur les
marchés financiers. Cette situation résulte notamment de la croissance rapide de la
capitalisation boursière des cryptoactifs et du rapprochement entre les institutions bancaires
et les acteurs non bancaires. Face à ces risques, l’OCDE appelle à un suivi des risques, à
une surveillance renforcée et une règlementation solide, notamment pour les
cryptoactifs, afin de préserver la stabilité du système financier international.
18
Question 2 : L’Europe redémarre-t-elle et avec quelle intensité ?
Avec un taux de croissance annuelle du PIB de 0,8% en 2024 selon l’OCDE, la Zone euro se
situe bien en-deçà de la moyenne mondiale et de celle du G20 (respectivement de 3,3% et
3,4%). Depuis des résultats exceptionnels enregistrés dans la période post-Covid, à savoir
6,4% en 2021 et 3,6% en 2022, elle peine désormais à dépasser la barre de 1% de
croissance.4 Les prévisions de l’OCDE pour 2025 et 2026, respectivement de 1,2% et 1%,
confirment cette trajectoire de croissance modérée et fragile. Si la Commission européenne
anticipe une croissance de la Zone euro légèrement plus soutenue – 1,3% en 2025 et 1,2%
en 2026 5 – et affiche un certain optimisme, l’ordre de grandeur reste similaire. Son affirmation
selon laquelle « la croissance soutenue au troisième trimestre témoigne de la résilience de
l’économie européenne et de sa capacité à faire face à des chocs sans précédent » reste à
confirmer sur la durée.
Cette moyenne masque de fortes disparités entre pays. En 2024, les pays les plus dynamiques
de la Zone euro étaient le Danemark (3,5%), la Croatie (3,8%) et Chypre (3,9%). A l’inverse,
l’Allemagne (-0,5%) et l’Autriche (-0,7%) étaient en territoire négatif pour la deuxième année
consécutive. Entre ces deux extrêmes, des pays comme la France (1,2%), la Belgique et les
Pays-Bas (1,1%) tournent autour de 1%. Le Luxembourg, pour sa part, avance timidement
(0,4% pour 2024).
Sur le volet de l’inflation, la politique monétaire restrictive menée par la BCE semble avoir
porté ses fruits, bien que les perspectives demeurent incertaines. Selon l’estimation d’Eurostat
de septembre 2025, le taux d’inflation annuel dans la Zone euro s’établit à 2,2%6 (contre 2,0%
en août), alors qu’il était de 1,7% en septembre 2024. Cette remontée s’explique
principalement par la hausse des prix des services, suivie de ceux de l’alimentation, de l’alcool
et du tabac. Les écarts entre pays de la Zone euro sont significatifs. En 2025, la Finlande
(1,8%), l’Italie (1,7%), l’Irlande (1,5%), Chypre (1,4%) et la France (1,2%) enregistrent les taux
annuels les plus faibles. En revanche, la Slovaquie (4,1%), la Croatie (4,4%), la Hongrie (4,5%)
et l’Estonie (4,7%) affichent les taux les plus élevés.
Le Luxembourg est confronté à des défis sur le plan externe, liés au commerce international,
et sur le plan interne, avec la hausse des coûts et productivité stagnante. Une demande
extérieure réduite, dans un contexte marqué par le retour du protectionnisme, peut peser
particulièrement lourd sur un pays comme le Luxembourg, dont le taux d’ouverture 7 est le plus
élevé au monde : 186% en 2024. Selon le STATEC, le ralentissement des échanges
extérieurs entraînerait pour le Luxembourg une baisse des exportations nettes de 2,8%
en 2025 et de 1,2% en 2026 8, traduisant un manque à gagner conséquent. Dans ce contexte,
la 48e position du pays dans l’IMD World Competitiveness Yearbook 2025 (sur 69 économies)
en matière de progression du PIB et la 56e place en matière de croissance du PIB par habitant
interpellent. Si le Grand-Duché reste le pays affichant le PIB par habitant le plus élevé, il est,
Chiffres Eurostat, Taux de croissance du PIB réel – en volume
Commission européenne, Perspectives économiques d’automne, novembre 2025.
6
Chiffres Eurostat, IPCH – Indice global
7
Le taux d’ouverture d’un pays mesure le poids du reste du monde dans l’économie nationale. Il se calcule en
divisant la moyenne des importations et des exportations de biens et de services par le PIB.
8
STATEC, Note de conjoncture N°1-2025, p.27.
4
5
19
pour la première fois depuis 2015, devancé par Singapour en termes de parité de pouvoir
d’achat.
En 2024, les exportations du Luxembourg vers l’UE ont atteint 11.861 millions d’euros, soit
81% des exportations totales du pays. Parmi ses partenaires, l’Allemagne représentait à elle
seule un quart des exportations totales, suivie de la France (16% des exportations totales) et
de la Belgique (13% des exportations totales). La stagnation actuelle de l’économie
allemande, particulièrement dans les secteurs de l’automobile et de l’industrie
manufacturière est une mauvaise nouvelle pour le Luxembourg. A titre d’exemple, parmi
les industriels de la Zone euro interrogés sur l’évolution de la compétitivité et la position de
l’Europe vis-à-vis de la concurrence extra-européenne, l’Allemagne, l’Autriche et le
Luxembourg comptent parmi les pays signalant la plus forte baisse de compétitivité dans ce
secteur.9
Par ailleurs, la croissance molle de la Zone euro réduit les marges des entreprises, y
compris luxembourgeoises. Dans un contexte d’augmentation des coûts (main-d’œuvre 10,
matières premières dont l’énergie) et de stagnation de la productivité du travail depuis plus
d’une décennie 11, comme la Chambre de Commerce le présente dans sa partie 3, la
compétitivité-coût par unité produite se dégrade, limitant les gains de compétitivité des
entreprises et la capacité à générer une croissance durable (et cela, malgré un PIB par
habitant élevé). Cette situation contraint les entreprises à repenser leurs stratégies,
notamment en matière d’investissement et d’innovation, afin de maintenir leur position sur les
marchés internationaux. Les tensions sur les coûts peuvent également freiner l’attractivité du
Luxembourg pour les investisseurs étrangers et peser sur l’emploi, en particulier dans les
secteurs les plus exposés à la concurrence internationale.
Question 3 : Où en est l’économie luxembourgeoise ?
Comme rappelé dans les documents budgétaires, le contexte macroéconomique dans lequel
s’inscrit la programmation financière pluriannuelle 2025-2029 est moins favorable que celui
anticipé par la programmation 2024-2028. De fait, la croissance luxembourgeoise est peu
dynamique. Alors que le projet de budget 2025 prévoyait une croissance annuelle moyenne
du PIB de l’ordre de +2,7% sur la période 2025-2028, cette prévision est revue à la baisse
dans le projet de budget 2026 à +2,0% pour la période 2025-2029.
STATEC Conjoncture Flash, L’industrie face à une concurrence internationale accrue, janvier 2025.
Le Luxembourg affiche le coût horaire de la main-d’œuvre la plus élevés de l’UE (55,20 euros en 2024, comparés
aux 37,30 euros en moyenne dans la Zone euro). Voir Eurostat, Coûts horaires de la main-d’œuvre, mars 2025.
11
Selon le Rapport annuel 2023-2024 du Conseil national de la productivité, la productivité du travail par heure
travaillée a enregistré une croissance annuelle moyenne négative de -0,2% entre 2010 et 2022.
9
10
20
Tableau 2 : Evolution du PIB en volume
2025
2026
2027
2028
2029
Croissance du PIB selon projet de
budget 2025 déposé en octobre 2024
2,7%
2,0%
3,2%
3,0%
/
Croissance du PIB selon projet de
budget 2026 déposé en octobre 2025
1,0%
2,0%
2,3%
2,3%
2,4%
Différence (en points de pourcentage)
-1,7 pp
0 pp
-0,9 pp
-0,7pp
Croissance du PIB selon prévisions
d'automne de la Commission
européenne
0,9%
1,9%
2,2%
Sources : Loi de programmation financière pluriannuelle 2024-2028 ; Projet de loi de programmation financière
pluriannuelle 2025-2029 ; Perspectives économiques d’automne, novembre 2025.
Les comptes nationaux, publiés en septembre 2025, confirment la fragilité de l’activité
économique du Luxembourg depuis 2022. Suite à une récession en 2022 (-1,1%) et à une
croissance quasi nulle en 2023 (+0,1%), le PIB n’a progressé que de 0,4% en 2024 (contre
1,5% prévu en septembre 2024). Pour 2025, l’évolution du PIB a été revue à la baisse (de
2,7% à 1%).12 Ces résultats sont très éloignés de la moyenne de +2,9% des vingt dernières
années. La reprise pour 2026, estimée à 2% n’est pas acquise et reste soumise à de fortes
incertitudes, et cela pour deux raisons principales. D’une part, l’intensification des tensions
commerciales, les revirements imprévisibles de l’administration américaine et la multiplication
des conflits armés à l’échelle mondiale peuvent fragiliser l’économie mondiale à tout moment.
D’autre part, les indicateurs nationaux n’ont pas renoué avec leurs niveaux d’avant la
pandémie de Covid-19. Si le Baromètre de l’Economie de la Chambre de Commerce du
second semestre 2025 pointe une reprise de la confiance des dirigeants d’entreprises à
moyen terme dans l’activité de leur entreprise et dans l’avenir de l’économie luxembourgeoise,
l’évolution en dent de scie sur cet indicateur au cours des deux dernières années laisse à
penser que cette amélioration reste fragile.13
Ce manque de dynamisme depuis 2022 s’est traduit notamment par un ralentissement
marqué de la création d’emplois. La croissance de l’emploi, qui pointait à 3,3% en 2022,
n’est plus que de 1,9% en 2023 et 1,0% en 2024. Le projet de budget 2026 table sur une
hausse modérée de 1,0% pour 2025 (encore 1,5% selon le projet de budget 2025). La
croissance de l’emploi devrait s’établir à 1,8% en 2028 (comparés aux 2,5% prévus
initialement pour cette même année).
Il en est de même pour la Commission européenne, dont les projections de croissance du PIB luxembourgeois
pour 2025 ont reculé de 1,7% (Perspectives économiques, mai 2025) à 0,9% (Perspectives économiques,
novembre 2025).
13
Chambre de Commerce du Luxembourg, Baromètre de l’Economie, 2ème semestre 2025.
12
21
Tableau 3 : Evolution du taux d’emploi
Croissance de l'emploi selon
projet de budget 2025 déposé en
octobre 2024
Croissance de l'emploi selon
projet de budget 2026 déposé en
octobre 2025
Différence (en points de
pourcentage)
2025
2026
2027
2028
2029
1,5%
1,6%
2,2%
2,5%
/
1,0%
1,5%
1,7%
1,8%
1,9%
-0,5 pp
-0,1 pp
-0,5 pp
-0,7 pp
Sources : Loi de programmation financière pluriannuelle 2024-2028 ; Projet de loi de programmation financière
pluriannuelle 2025-2029.
Sur le volet du chômage, le nombre de demandeurs d’emploi résidents inscrits à l’Agence
pour le développement de l’emploi (ADEM) a augmenté de 6,7% entre septembre 2024 et
septembre 2025. Faits inhabituels, la hausse est particulièrement sensible pour les
demandeurs d’emploi les plus qualifiés (+14,1% sur un an) et pour les personnes de 30-44
ans (+7,2% sur la même période), ce qui pourrait peser sur la compétitivité à moyen terme. Le
taux de chômage, corrigé des variations saisonnières, atteint désormais 6,1%, selon le
STATEC, signalant un marché du travail sous tension et un ralentissement de l’économie
luxembourgeoise. Par ailleurs, le pays se caractérise par un marché du travail étroit et un tissu
industriel de petite taille, très dépendant du secteur financier et du commerce international.
Cette spécialisation rend l’économie luxembourgeoise particul …
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.