📄 Texte de loi
AVIS
DE LA CHAMBRE DE COMMERCE
SUR LE
PROJET DE BUDGET
DE L’ETAT 2024
À la recherche des
marges de manœuvre perdues
Projet de loi n°8383 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour
l'exercice 2024 et modifiant :
1. la loi modifiée du 17 décembre 2010 fixant les droits d'accise et les taxes
assimilées sur les produits énergétiques, l'électricité, les produits de tabacs
manufacturés, l'alcool et les boissons alcooliques;
2. la loi modifiée du 16 décembre 2016 portant création d'un Fonds de dotation
globale des communes;
3. la loi modifiée du 21 décembre 1998 concernant le budget des recettes et
des dépenses de l'État pour l'exercice 1999;
4. la loi modifiée du 25 mars 2020 portant création du Fonds spécial de soutien
au développement du logement (6602VAN)
Projet de loi n°8384 relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période
2023-2027 (6603VAN)
Avril 2024
1
En Bref
▪
Le budget 2024 a été bâti selon une hypothèse de croissance du PIB de 2% pour 2024,
suivie d'une accélération en 2025 et 2026. La Chambre de Commerce alerte sur le fait
qu’il s’agit là d’une prévision de croissance relativement optimiste.
▪
En 2024, les dépenses de l’Administration centrale devraient progresser de 7,6%, quand
la progression des recettes est estimée à 7,1%. En conséquence de quoi le solde de
l’Administration centrale plonge à -1,9 milliard d’euros. La Chambre de Commerce
estime que la progression rapide des dépenses est essentiellement liée à un
manque de maîtrise des dépenses courantes, en particulier des dépenses de
personnel.
▪
Les conséquences du vieillissement de la population sont déjà lisibles dans la projection
du solde budgétaire des Administrations de Sécurité sociale. Plus que jamais, la
Chambre de Commerce estime qu’une réforme du système de pensions, mais aussi
une modernisation de l’Assurance maladie, sont nécessaires et urgentes pour
garantir la pérennité du modèle social luxembourgeois.
▪
A l’issue de l’exercice budgétaire 2024, la dette publique devrait s’élever à 22,249 milliards
d’euros, soit 26,50% du PIB. Le seuil des 30% du PIB pourrait être dépassé en 2027 dans
le cas d’une croissance moins soutenue qu’envisagée (-0,5 point de % chaque année). A
terme, la dégradation de la dette publique au-delà du plafond des 30% du PIB
pourrait remettre en cause la confiance que portent les investisseurs.
▪
A la lecture de la programmation financière pluriannuelle, la Chambre de Commerce
note avec satisfaction que le Gouvernement affiche sa volonté de corriger la
trajectoire budgétaire du pays pour inverser l’effet-ciseaux dès 2025 et maîtriser
l’endettement.
▪
La restauration de la compétitivité du pays, laquelle décline dangereusement depuis
plusieurs années, doit être le chantier prioritaire du nouveau Gouvernement. Une
croissance plus soutenue suite à une compétitivité accrue concourra par ailleurs à rétablir
de nouvelles marges de manœuvre futures par la genèse de nouvelles bases imposables.
La Chambre de Commerce observe que ce Budget contient sur ce sujet un certain
nombre de signaux positifs, en matière de fiscalité notamment.
▪
Elle rappelle que cet effort budgétaire passera nécessairement par une meilleure
maîtrise des dépenses courantes, et donc par la promotion d’une administration
plus digitale et plus efficiente.
▪
Il est plus urgent que jamais de retrouver des marges de manœuvre budgétaires, car la
double transition environnementale et digitale nécessite des investissements massifs qu’il
faut financer. Il s’agit là d’un enjeu économique majeur, qui conditionne la
compétitivité du Luxembourg sur le long terme.
2
3
Table des matières
Résumé exécutif ........................................................................................................................... 7
L’économie mondiale au ralenti, l’économie luxembourgeoise en récession ............................ 7
Un budget de transition dans une relative incertitude ................................................................ 8
Une ambition : inverser structurellement l’effet-ciseaux ............................................................. 8
Un risque : une dette qui grimpe et qui érode la confiance ........................................................ 9
La perte de compétitivité et d’attractivité du pays ...................................................................... 9
Les défis liés au logement et à l’aménagement du territoire .....................................................11
La pérennité du modèle économique luxembourgeois .............................................................11
La pérennité du modèle social luxembourgeois ....................................................................... 12
La relance économique ............................................................................................................. 12
La modernisation de l’Etat pour mieux servir les administrés .................................................. 13
Le soutien à l’entrepreneuriat ................................................................................................... 14
La réussite de la transition digitale ........................................................................................... 14
La réussite de la transition environnementale .......................................................................... 15
Liste des tableaux ....................................................................................................................... 17
Liste des graphiques .................................................................................................................. 18
1. Le budget 2023-2027… ........................................................................................................... 19
1.1.
Un climat international, européen et national incertain ................................................. 20
Des performances de l’économie mondiale en demi-teinte ................................................. 20
Le Luxembourg en récession ................................................................................................ 21
1.2.
Un calendrier : un budget de transition dans une relative incertitude ........................... 23
Le calendrier politique ........................................................................................................... 23
L’hypothèse de base .......................................................................................................... 23
Les trois scenarii budgétaires alternatifs ........................................................................... 24
1.3.
Une ambition : inverser l’effet ciseaux ........................................................................... 25
Les finances de l’Administration centrale.............................................................................. 25
Les dépenses ..................................................................................................................... 25
Dépenses militaires : vers 1 milliard d’euros ............................................................... 27
Les recettes........................................................................................................................ 28
Le solde .............................................................................................................................. 30
Les finances consolidées des Administrations publiques ..................................................... 33
Dépenses et recettes ......................................................................................................... 33
4
Solde nominal .................................................................................................................... 34
Solde structurel .................................................................................................................. 36
1.4.
Un constat : une dette qui grimpe .................................................................................. 37
2.…répond-il
aux
inquiétudes
des
entreprises ?
....................................................................................................................................................... 40
2.1.
La perte de compétitivité et d’attractivité du pays ......................................................... 41
Formation et attraction des talents ........................................................................................ 41
Compétitivité fiscale ............................................................................................................... 45
Compétitivité-coût .................................................................................................................. 47
Coût de la main-d’œuvre ................................................................................................... 47
Coût de l’énergie ................................................................................................................ 49
2.2.
Les défis liés au logement et à l’aménagement du territoire ......................................... 51
Le défi du logement ............................................................................................................... 51
Le défi de la mobilité.............................................................................................................. 55
Le défi de l’aménagement du territoire et de la coopération transfrontalière ....................... 58
2.3.
La pérennité du modèle économique luxembourgeois ................................................. 59
Le renforcement de la Place financière ................................................................................ 59
La préservation du tissu industriel ......................................................................................... 60
La diversification économique ............................................................................................... 61
2.4.
La pérennité du modèle social luxembourgeois ............................................................ 63
Assurance pensions .............................................................................................................. 64
Assurance dépendance ......................................................................................................... 66
Assurance maladie ................................................................................................................ 66
3.…répond-il
aux
attentes
des
entreprises ?
....................................................................................................................................................... 68
3.1.
La relance économique .................................................................................................. 69
A travers le soutien de la demande ....................................................................................... 69
A travers l’investissement public ........................................................................................... 71
3.2.
La modernisation de l’Etat ............................................................................................. 76
A travers la digitalisation ........................................................................................................ 77
A travers la simplification administrative ............................................................................... 78
3.3.
Le soutien à l’entrepreneuriat ........................................................................................ 80
3.4.
La réussite de la transition digitale ................................................................................ 83
3.5.
La réussite de la transition environnementale ............................................................... 86
5
6
À la recherche des
marges de manœuvre perdues
Résumé exécutif
L’économie mondiale au ralenti, l’économie luxembourgeoise en récession
C’est dans un contexte toujours plein d’incertitudes que les députés doivent examiner
ce budget 2024. A l’échelle mondiale, l'économie démontre une certaine résilience face aux
polycrises, portée notamment par la croissance aux États-Unis et dans des pays émergents. C’est
principalement la consommation qui soutient l’activité économique, et particulièrement au
Luxembourg, pays le plus ouvert au monde, où la consommation des ménages et la balance
commerciale contribuent à la même proportion du PIB. Car l'offre est toujours impactée par les
tensions sur les chaînes d'approvisionnement et les pénuries de main-d’œuvre. L'inflation baisse
toutefois plus vite qu'attendu.
Cependant, la situation reste volatile avec des risques de turbulences dus aux taux
d'intérêt élevés, au retrait des aides financières, à l'endettement public croissant, et à une
productivité stagnante. Les politiques protectionnistes engagées aux Etats-Unis notamment, et
des difficultés dans le secteur immobilier chinois pourraient ralentir la croissance. Les tensions
géopolitiques, particulièrement en Ukraine et au Moyen-Orient, menacent toujours la stabilité des
prix et la livraison des marchandises, exacerbant les risques inflationnistes.
La croissance mondiale n'est toutefois pas uniformément répartie. La Zone euro,
en particulier l'Allemagne, connaît un ralentissement significatif avec des taux de
croissance très bas. L’économie européenne est toujours pénalisée par une confiance des
consommateurs en berne, des prix de l'énergie élevés et un niveau d’investissement trop faible
en raison de l'augmentation des taux d'intérêt.
Dans ce contexte, le Luxembourg subit de plein fouet la panne croissance
européenne. L'année 2023 a été caractérisée par une contraction de son PIB de 1% et une
confiance des entreprises à un niveau historiquement bas, encore inférieure à celle observée
pendant la pandémie. La construction est particulièrement touchée, avec une augmentation
importante du nombre de faillites et une chute des transactions immobilières qui se traduit par
une baisse de la valeur ajoutée brute de près de 6% sur un an au 1 er semestre 2023. Le secteur
financier, maillon de l’économie luxembourgeoise est également impacté puisque sa valeur
ajoutée brute a baissé de 8,8% en un an. Les mesures étatiques et la hausse des taux d’intérêt
ont temporairement contenu l'inflation, mais la fin prévue de ces mesures en 2025 pourrait
entraîner une augmentation des prix de l'énergie. Le STATEC anticipe une inflation de 2,2% en
2024 et de 3,3% en 2025.
L'emploi au Luxembourg ralentit également, avec une baisse notable des créations
d'entreprises (-20% en 2023) et un ralentissement de la croissance de l'emploi salarié. Le secteur
de la construction est encore une fois le plus impacté. Le nombre de demandeurs d'emploi est
en hausse de 16,1% en février 2024, touchant particulièrement les jeunes et les diplômés de
l'enseignement supérieur, signe d'un ralentissement dans le secteur des services et d'un
7
décalage entre les compétences disponibles et les besoins de l'économie, affectée par la
récession de 2023. Le nombre de postes vacants a également diminué, indiquant un
ralentissement économique sans signe d'amélioration prochaine.
Un budget de transition dans une relative incertitude
Après les élections législatives du 8 octobre 2023, le Luxembourg a formé une nouvelle
coalition gouvernementale, le nouvel accord de coalition pour 2023-2028 ayant été signé le 16
novembre 2023. Le budget 2024 est décrit comme un « budget de transition », reflétant une
forme de continuité car largement préparé par le gouvernement sortant, tout en introduisant les
priorités du nouveau gouvernement.
Le STATEC, plus optimiste que la Commission européenne ou que le FMI, prévoit
une croissance du PIB de 2% pour 2024, plus faible que les performances passées du
Luxembourg, suivie d'une reprise à 3% en 2025, et se stabilisant à 2,8% pour 2026 et 2027. Pour
2024, ces prévisions montrent un ralentissement par rapport aux attentes précédentes, mais une
croissance plus dynamique est anticipée en 2025 et 2026.
Trois scénarii budgétaires alternatifs ont été proposés dans le contexte
d'incertitude économique. Les deux premiers examinent les impacts d’une croissance
inférieure ou supérieure de 0,5 point de %. Le troisième est construit sur l’hypothèse d’une baisse
des taux d'intérêt plus rapide qu’attendu, laquelle favoriserait une croissance économique plus
forte en 2024. Ces scénarios sont cruciaux pour comprendre les possibles évolutions
économiques et leurs implications pour les finances publiques.
Une ambition : inverser structurellement l’effet-ciseaux
La documentation budgétaire traduit l’ambition du Gouvernement de contrer l'effetciseaux, une situation où les dépenses augmentent plus vite que les recettes, menaçant
la viabilité financière du pays sur le long terme. En 2024, les dépenses de l'Administration
centrale devraient augmenter de 7,6%, atteignant 29,36 milliards d'euros, et même monter à 33
milliards d'euros d'ici 2027. Les dépenses rigides, en particulier les salaires, qui franchiront les 7
milliards d'euros en 2024, évoluent de façon préoccupante. Pour la Chambre de Commerce, la
restauration de la situation financière de l’Etat ne pourra passer que par une meilleure
maîtrise de ces dépenses, notamment des dépenses de personnel, à travers notamment
la digitalisation et une optimisation de l’efficacité administrative.
Les recettes augmenteront de 7,1% en 2024 pour atteindre 27,45 milliards d'euros,
soutenues en partie par les indexations qui ont gonflé les impôts sur les salaires. Toutefois, le
budget prévoit également un accroissement des recettes provenant de l'impôt sur les sociétés et
de la TVA. La Chambre de Commerce invite le Gouvernement à porter une attention
particulière aux recettes non durables liées aux ventes de carburants et de tabac, qui sont
susceptibles de diminuer à mesure que le pays avance vers l'électrification des véhicules.
Celles-ci représenteront en 2024, 7,39% du total des recettes de l’Administration centrale.
Le solde de l'Administration centrale en 2024 est projeté à -1,9 milliard d'euros, reflétant
une augmentation plus rapide des dépenses par rapport aux recettes. Néanmoins, une
amélioration progressive du solde est attendue, avec un déficit réduit à -1,29 milliard d'euros en
8
2027. Cette amélioration repose sur l'hypothèse d'une extinction progressive des mesures
anti-inflationnistes, qui pèsent actuellement lourdement sur les finances. Elle suppose
aussi que le Gouvernement concrétise sa volonté de mieux maitriser les dépenses de
personnel.
Les Administrations publiques dans leur ensemble montrent une dynamique similaire,
avec des dépenses qui augmentent plus vite que les recettes, conduisant à une détérioration du
solde nominal à -987 millions d'euros en 2024. Toutefois, une légère amélioration est prévue pour
les années suivantes.
Bien que le solde structurel soit conforme à l'Objectif à Moyen Terme (OMT) de 0,0%
du PIB en 2024, une détérioration est attendue les années suivantes, ce qui est
préoccupant. Cependant, une réforme de la gouvernance économique de l'UE est engagée.
Selon cette réforme, l'OMT serait supprimé sur le plan européen au profit d'un nouvel indicateur
unique axé sur la soutenabilité de la dette publique. Lors de son discours sur le Projet de budget
2024, le Ministre des Finances a exprimé son intention de maintenir le concept d’objectif à moyen
terme au niveau national, ce que la Chambre de Commerce salue. Elle est d’ailleurs prête à
apporter sa contribution aux travaux d’élaboration de ce nouveau cadre national. Elle rappelle
que la soutenabilité des finances publiques constitue un enjeu majeur pour le Luxembourg
en termes de compétitivité et soutiendra donc toute initiative visant à renforcer le niveau
d’exigence que s’impose le pays en la matière.
Un risque : une dette qui grimpe et qui érode la confiance
La dette publique du Luxembourg devrait s'élever à 22,249 milliards d'euros en
2024, représentant 26,50% du PIB, et atteindre 26,579 milliards d'euros, soit 27,30% du PIB, en
2027. Cette hausse de la dette, de 7,404 milliards d'euros et 2,6 points de pourcentage de PIB
en cinq ans, est attribuée aux mesures prises en réponse aux crises récentes.
Malgré une projection moins alarmante que celle de l'année précédente, la tendance
croissante de l'endettement soulève des inquiétudes, notamment en raison de
l'augmentation de la charge de la dette dans le budget de l'État, qui pourrait doubler à 0,5%
du PIB d'ici 2027. Mais aussi parce qu’une croissance économique moins soutenue
pourrait faire dépasser le seuil symbolique de 30% du PIB dès 2027, mettant en péril le
triple A et le climat d’investissement et de confiance, atouts compétitifs majeurs pour le
pays.
La Chambre de Commerce souligne l'importance de rétablir une trajectoire
budgétaire responsable pour retrouver les marges de manœuvre qui existaient par le
passé et ainsi préserver la capacité du Luxembourg à faire face à de futurs chocs
économiques et à investir pour réussir sa double transition numérique et
environnementale.
La perte de compétitivité et d’attractivité du pays
Le Grand-Duché a vu sa compétitivité se dégrader au cours des dernières années.
Les raisons de ce recul sont multiples et appellent des réponses politiques fortes. Le premier
vecteur de compétitivité à améliorer est l’attraction de talents. Dans un cadre de manque de
9
main d’œuvre au sein du Luxembourg, voire au sein de la Grande-Région, les entreprises
éprouvent des difficultés à trouver les talents nécessaires à leur croissance. En vue de répondre
à ce défi, la Chambre de Commerce salue les efforts du gouvernement dans l’éducation et
dans la formation, mais elle estime que des actions supplémentaires doivent être
engagées. La mobilisation de la main d’œuvre présente au Luxembourg devrait être une priorité
absolue dans un contexte d’augmentation du taux de chômage et des dépenses du Fonds de
l’Emploi, qui exercent une pression supplémentaire sur les finances publiques. De plus, il est
crucial de continuer à fournir des efforts pour attirer des talents au-delà de la Grande-Région en
facilitant leur immigration.
Concernant le volet de la fiscalité, le Luxembourg est également confronté à une
concurrence accrue au niveau international. Le taux nominal d’imposition des sociétés en vigueur
place le Grand-Duché au-dessus de la moyenne et de la médiane européenne, et surtout bien
loin de ses concurrents directs comme l’Irlande. Le Luxembourg a également des retards
importants concernant les incitations fiscales dans le domaine de la recherche et développement,
ce qui constitue un désavantage compétitif considérable. Pour cette raison, la Chambre de
Commerce plaide pour une réforme fiscale globale et ambitieuse, tout en tenant compte
des marges de manœuvre budgétaires limitées.
La compétitivité-coût, impactée notamment par le coût de la main d’œuvre et les prix de
l’énergie, est un autre sujet de préoccupation pour les entreprises. Les coûts salariaux, les plus
élevés d’Europe, constituent un véritable désavantage compétitif et l’absence notamment
de gains de productivité, lequel s’alourdit à chaque indexation. Afin de contenir cette
hausse, la Chambre de Commerce invite à revoir ce modèle. Elle regrette que ce point ne
figure pas à l’agenda du gouvernement. Elle rappelle que l’indexation des salaires fait face à
de nombreuses critiques, notamment de la part de l’OCDE, qui a averti sur le possible
déclenchement d’une boucle prix-salaires. En dernier lieu, la Chambre de Commerce souhaite
saluer la prise en charge temporaire de la troisième tranche indiciaire de 2023 par l’Etat.
Cependant, depuis février 2024, les entreprises sont contraintes d’assumer seules la
hausse des salaires, contribuant davantage à une hausse de leurs coûts et à une baisse
de leur compétitivité. Et les perspectives 2025 ne sont guère reluisantes à ce sujet, encore
moins si le Gouvernement ne prévoit pas un phasing-out graduel des mesures de
stabilisation des prix du gaz et de l’électricité.
La crise énergétique a fait surgir une série de considérations liées à l’approvisionnement
ainsi qu’aux objectifs climatiques posés par le Luxembourg. Tout d’abord, il faut garantir et
renforcer la capacité de production énergétique dans le but de réduire la dépendance du pays
envers l’étranger. Il est probablement tout aussi crucial de produire de l’énergie verte à un prix
compétitif, une condition à tout avenir industriel. La Chambre de Commerce se réjouit de la
volonté du Gouvernement de soutenir la production d’énergies renouvelables et
l’efficacité énergétique à travers des enveloppes financières revalorisées. Toutefois, elle
rappelle que la lourdeur administrative demeure un des freins les plus importants au déploiement
des projets. Elle invite donc le Gouvernement à simplifier les procédures afin que les sommes
budgétées puissent être effectivement engagées.
10
Les défis liés au logement et à l’aménagement du territoire
L’augmentation des taux d’intérêt par la Banque Centrale Européenne, en vue de
contenir l’inflation, a produit un effet domino sur l’activité immobilière. Le nombre de crédits
immobiliers octroyés, les prix et les permis de bâtir ont tous chuté significativement ces derniers
mois, provoquant une hausse considérable du nombre de faillites des entreprises de construction.
Cette crise du logement n’a fait qu’aggraver un contexte préexistant déjà défavorable, dans la
mesure où l’offre n’a jamais pu satisfaire la demande. Ce budget contient les mesures fortes
annoncées par le Gouvernement pour relancer le secteur. La Chambre de Commerce salue
l’importance de l’effort qui est fourni. Elle formule des propositions complémentaires.
Afin de répondre aux défis liés à la croissance démographique, il est également essentiel
de financer des politiques de mobilité et d’aménagement du territoire. Le Luxembourg est
pénalisé par des problèmes de congestion engendrant des effets négatifs croissants sur
l’attractivité du pays. L’emploi est principalement concentré autour de la capitale, contribuant à
une nette séparation entre les lieux de travail et de résidence. Le nombre de déplacements est
en forte augmentation et il faudra garantir la mobilité de 2,8 millions de personnes en 2035, contre
seulement 2 millions en 2017. Les engagements de l’Etat sont très importants pour l’année
2024, ce que la Chambre de Commerce salue. La programmation pluriannuelle prévoit une
augmentation des financements garantis dans le Fonds du rail et le Fonds des routes. C’est
surtout ce dernier qui connait une progression importante afin de pouvoir achever des grands
projets routiers d’envergure, comme l’extension à 3 voies de l’autoroute A3.
La concentration des emplois autour de la Ville de Luxembourg ainsi que la croissance
démographique dans les communes rurales engendrent un déséquilibre spatial sur le territoire
du Grand-Duché. Des stratégies de « déconcentration concentrée » ont été élaborées afin d’avoir
une meilleure répartition plus équilibrée des emplois et des logements, comme le développement
de la Nordstad, pour laquelle des crédits importants sont prévus entre 2024 et 2027, ce que la
Chambre de Commerce salue. En matière d’aménagement du territoire, elle invite aussi le
Gouvernement à renforcer la coopération transfrontalière, tant l’évolution des territoires
voisins conditionnera la capacité du pays à attirer la main d’œuvre dont il a besoin pour
poursuivre sa croissance.
La pérennité du modèle économique luxembourgeois
Le secteur financier est le moteur principal de l’économie luxembourgeoise. Il joue
un rôle crucial dans l’attractivité du pays représentant près du quart de la valeur ajoutée créée au
Luxembourg. Si l’ambition du Gouvernement pour soutenir ce secteur est à saluer, celle-ci
manque en concrétisation réelle dans la documentation budgétaire. Les dépenses prévues pour
le développement de la place financière sont en diminution de 14 millions d’euros (62,30%). La Chambre de Commerce s’interroge sur les raisons de cette coupe budgétaire.
Bien que l’économie luxembourgeoise soit largement tertiarisée, les tensions
géopolitiques et la crise sanitaire ont provoqué une prise de conscience, à la fois au niveau
européen et national, sur la nécessité de se réindustrialiser afin de réduire la dépendance
envers les grandes puissances économiques extra-européennes. L’industrie est toujours l’un
des piliers de l’économie luxembourgeoise et le Gouvernement affirme de se donner les moyens
11
pour la renforcer. Cependant, la Chambre de Commerce est surprise de constater que les
dépenses allouées à cet effet dans le cadre du Fonds de l’innovation soient revues à la
baisse pour l’année 2024, même si d’importants efforts sont prévus pour les années
suivantes.
L’Etat luxembourgeois a également mis en place, depuis des décennies, des stratégies
de diversification, en développant de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée : la logistique, le
spatial, la santé, le tourisme, l’économie circulaire et l’économie des données. Il s’agit d’une
stratégie essentielle pour garantir une croissance soutenue, indispensable au maintien du modèle
social. La Chambre de Commerce se réjouit des efforts alloués en matière de
diversification, mais constate néanmoins que certains secteurs bénéficieront de moindres
financements par rapport à l’année 2023. C’est notamment le cas de l’industrie spatiale et du
tourisme, qui voient leurs crédits alloués diminuer pour cette année avant de remonter dans les
années suivantes.
La pérennité du modèle social luxembourgeois
Les dépenses sociales du Luxembourg continuent d’augmenter entraînant une
détérioration du solde de la Sécurité sociale, pouvant potentiellement être négatif en 2027,
surtout si le ralentissement de l’activité économique devait persister. Avec des dépenses
liées aux retraites destinées à doubler pour atteindre 18% du PIB en 2070, la Chambre de
Commerce salue le fait que le Gouvernement ait prévu, selon l’accord de coalition, d’engager une
réflexion sur la viabilité du système des retraites. La Chambre de Commerce rappelle
l’importance de ne pas faire de l’augmentation des cotisations sociales un levier, dans la
mesure où il s’agit là d’un avantage en termes de compétitivité-coût pour les entreprises
luxembourgeoises.
L’assurance dépendance et l’assurance maladie continuent également leur progression
vers la hausse en termes de dépenses. Le système assurance maladie est structurellement
en déficit pour les prochaines années. Alors qu’il dispose d’une réserve de 881 millions
d’euros, le déficit devrait s’aggraver dans les prochaines années atteignant les 215
millions en 2027. Par conséquent, la Chambre de Commerce estime que la modernisation
du système de santé est désormais inévitable. La préservation de la qualité du système de
santé ne peut qu’être garantie si son financement est assuré sur le long terme.
La relance économique
Dans un premier temps, il y a lieu d’agir en faveur de la relance économique. En effet,
après une crise de l’offre, l’économie doit faire face à une crise de la demande. Le
Gouvernement a affirmé sa volonté d’agir sur le pouvoir d’achat et la consommation. Pour
cela il souhaite réorganiser le temps de travail, sans pour autant le réduire encore davantage.
L’allégement fiscal de la classe d’impôt 1a est une bonne chose en ce sens, mais la
Chambre de Commerce rappelle que cela ne sera pas suffisant, alors qu’une réforme
fiscale profonde est indispensable. La loi relative aux aides individuelles au logement va
également dans le bon sens. Les objectifs principaux sont de les adapter davantage aux
besoins des ménages-cible et de permettre une simplification administrative accrue,
correspondant au mieux aux évolutions du marché du logement observées ces derniers mois. La
12
Chambre de Commerce estime donc que les mesures en faveur de la relance de la
demande vont dans le bon sens, sans toutefois être suffisantes face à l’enjeu que
représente celle-ci pour le futur de l’économie. Elle invite aussi le Gouvernement à veiller à
ce que l’offre évolue dans la même dynamique que la demande, afin de ne pas relancer une
spirale inflationniste.
La réelle évolution à la hausse programmée pour les investissements publics est
apparente en se servant de l’indicateur du ratio des investissements publics par rapport
au PIB. D’après les documents budgétaires, les dépenses d’investissements des Administrations
publiques représenteraient quelques 4,6% du PIB en 2023. Elles oscilleraient autour de 4% du
PIB pendant la période 2024-2026, à savoir un niveau proche de la moyenne historique. Ceuxci sont notamment indispensables à la double transition environnementale et digitale.
Néanmoins, les investissements publics annoncés se situent à un niveau plus élevé mais
n’atteignent pas des niveaux exceptionnels (moyenne de 4,2% de 2000 à 2019), et ce dans un
pays où un effort particulièrement soutenu s’impose, en raison d’une croissance potentielle plus
élevée que dans les pays environnants et d’une forte progression démographique. La Chambre
invite le Gouvernement à s’assurer que les communes disposent des ressources et des
capacités suffisantes en vue de participer de façon efficace à l’effort d’investissement
national, et de prévoir d’éventuelles mesures correctives si cela n'est pas le cas. Plus
largement, elle propose des investissements publics plus ciblés en faveur du logement,
de la santé, du numérique, des infrastructures publiques, de l’environnement et du climat.
Par ailleurs, si la hausse prévue des investissements publics dans de nombreux domaines
prioritaires pour l’attractivité et la compétitivité du Luxembourg est à saluer, il faudra en évaluer
la concrétisation dans les années à venir. A titre d’exemple, l’évolution minimale des dépenses
d’investissement dans l’environnement et le climat (y compris la mobilité) de +0,05 point de PIB
entre 2023 et 2027, pose question. La Chambre de Commerce rappelle la nécessité des
investissements en faveur de la diversification économique du pays, pourtant diminués selon le
Projet de Budget. Ainsi, la constitution d’une réserve d’investissement et la mise en place d’une
commission nationale des infrastructures indépendante manquent toujours afin d’assurer une
pérenne compétitivité et attractivité.
La modernisation de l’Etat pour mieux servir les administrés
Ici est entendu une modernisation de l’Etat via deux biais majeurs : La modernisation de
l’Etat par la simplification administrative, et la digitalisation de l’Etat.
La Chambre de Commerce estime la modernisation de l’Etat via la digitalisation
essentielle, notamment pour contrer le rythme de progression élevé des dépenses de
personnel. Ces dépenses sont d’autant plus problématiques que les recrutements dans le
secteur public ne cessent de croître, et sont plus dynamiques que la croissance démographique
et l’évolution de l’emploi dans le secteur marchand. Dans le contexte budgétaire actuel, les
bénéfices économiques d’une digitalisation accrue du secteur public seraient loin d’être
anecdotiques, que ce soit en termes d’efficience, de productivité, et donc d’allocation des
ressources humaines. Pourtant, le potentiel d’automatisation des activités est élevé.
Davantage, les investissements dans la digitalisation du secteur public peuvent générer des gains
de productivité et économiques significatifs à moyen et long termes. Et ce, dans un contexte où
13
les recettes ne suivant pas le même rythme à la hausse que les dépenses, cet effet-ciseaux induit
une accumulation des déficits, avec à la clé une envolée de la dette publique.
Ainsi, une réelle digitalisation des procédures administratives, revendiquée par la
Chambre de Commerce depuis de nombreuses années, apparaît plus urgente que jamais.
D’autant plus qu’elle répondrait également à la soif de simplification administrative
exprimée par les entreprises. Dans ce contexte, elle rappelle qu’il convient toujours de
privilégier le principe du « once only » : une fois qu’un renseignement ou un document est fourni,
celui-ci doit être partagé au sein des différentes administrations qui en ont besoin. La Chambre
soutient donc l’extension de MyGuichet.lu comme point d’entrée unique pour accéder aux
plateformes publiques, ainsi que la stratégie de numérisation globale pour tous les
ministères, administrations et communes. Le mot d’ordre est de faire en sorte que
l’Administration publique mette en place au plus vite une véritable architecture des données pour
le secteur public à l’échelle intergouvernementale, avec comme ligne directrice une meilleure
utilisation des données, une interopérabilité de ces dernières, une amélioration du design des
services administratifs en ligne et un usage facilité pour les citoyens et les entreprises.
Le soutien à l’entrepreneuriat
Les petites et moyennes entreprises (PME) constituent l’épine dorsale de
l’économie luxembourgeoise. Les PME représentent en effet 99% des entreprises au
Luxembourg et environ 2/3 du nombre de personnes occupées et de la valeur ajoutée brute
créée. La Chambre de Commerce salue donc la conduite des programmes « SME Packages »
pour accompagner les PME, et la nouvelle loi qui prolonge jusqu’en 2030 le régime d’aide dans
le contexte du système d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre en faveur des
secteurs économiques spécifiquement touchés par la hausse des prix de l’électricité. La
Chambre de Commerce regrette que l’entrepreneuriat soit pour autant absent du Projet, et
que le faible nombre de mesures mentionnées pour favoriser l’esprit d’entreprise soient
des actions déjà établies depuis plusieurs années. Le renforcement de l’attractivité et de
la compétitivité du modèle économique luxembourgeois permettra de garantir la
prospérité à long terme. Le dynamisme entrepreneurial, qui bénéficierait d’une revalorisation
du statut de l’indépendant et d’un écosystème plus efficient de transmission d’entreprises,
constitue le socle du tissu productif de demain. Il nécessite un cadre “pro-business” dont font
partie intégrante la simplification administrative, le coût du travail et la fiscalité. La compétitivité
de la place financière devra être renforcée dans les années futures, avec l’ambition de devenir
leader européen sur la finance durable. Pour assurer un environnement économique et
entrepreneurial favorable, l’attraction et la fidélisation des talents sont primordiales. La Chambre
de Commerce propose pour cela un certain nombre de mesures.
La réussite de la transition digitale
Comme le rappelle la Chambre de Commerce, la transition vers le numérique, y
compris l'adoption d'une économie axée sur les données, représente un défi crucial et
omniprésent pour l'avenir économique du Luxembourg. De la digitalisation et de sa réussite
dépend également celle de l’économie luxembourgeoise. Ces faits énoncés, le Projet de Budget
ne semble pas assez ambitieux en matière d’investissements en faveur de la transition
numérique. Néanmoins le Projet de Budget répond aux attentes des entreprises en la matière,
14
via le développement de services publics numériques et la promotion du télétravail, l’e-facturation,
la mise en place d’infrastructures de communication et d’un cadre réglementaire adapté. Afin que
les entreprises puissent évoluer plus rapidement en matière de digitalisation, la Chambre de
Commerce rappelle sa proposition de super-déduction fiscale pour les dépenses des entreprises
en matière de transition digitale/environnementale/écologique ou de recherche & développement.
La Chambre du Commerce recommande au Gouvernement d’aller plus loin dans la
transformation numérique des entreprises. Elle rappelle que l’ambition de la décennie
numérique de l’Europe vise trois objectifs digitaux dont celui, primordial, de la transformation
numérique des entreprises via l’adoption de nouvelles technologies (cloud, intelligence artificielle,
big data). Or, le Luxembourg est à la traîne puisque l’adoption de ces technologies se fait à un
rythme plus lent que dans le reste de l‘Union européenne. Soutenir le développement et le
déploiement de ces technologies avancées, par le biais d'incitations à l’investissement et du
renforcement des capacités et des connaissances, stimulerait les efforts de numérisation des
entreprises. De ce fait, la Chambre de Commerce salue également les investissements dans
la recherche et le déploiement de l’Intelligence artificielle mentionnés dans le budget 2024.
De plus, accompagner les jeunes entreprises, startups et spinoffs sous la forme de prêts et de
concours d’innovation dans les secteurs où le Luxembourg souhaite développer des niches de
croissance (deeptech, healthtech, et spacetech) irait également dans ce sens. Le soutien du
secteur privé et financier est ici indispensable et la création d’avantages fiscaux pour les Business
Angels et fonds d’investissements également.
La réussite de la transition environnementale
Enfin, les entreprises attendent un réel soutien gouvernemental en faveur de la
transition environnementale. Le soutien est nécessaire en matière d’énergie, de climat, de
biodiversité, de déchets, d’eau, de mobilité, et de bâtiment. Si un certain nombre de mesures sont
rappelées, étendues ou mises en place par le Projet, la Chambre regrette que le Projet manque
d’une vision globale en la matière du fait que les dépenses du PNEC (Plan National en matière
d’énergie et de climat) ne soient pas définies, ni que les dépenses par dimension ne soient
présentées comme ce fut le cas par le passé. La Chambre de Commerce salue l’évolution des
dépenses d’investissements publics dans l’environnement et le climat y compris la
mobilité pour la période 2023-2027, et observe une augmentation moyenne de 49.51% par
rapport au projet de loi de programmation financière pluriannuelle de 2023. Elle nuance
néanmoins en démontrant que cette hausse des investissements environnementaux est
augmentée par les dépenses de mobilité, nouvellement inclues dans cette catégorie. Elle
regrette que les détails budgétaires ne fournissent toujours pas de ventilation
suffisamment détaillée de certains investissements environnementaux et climatiques. Il
est encore difficile de faire le lien avec certaines initiatives politiques dans ce domaine. Elle salue
l’accent mis sur la décarbonation à la fois des secteurs de la construction et de l’industrie. Dans
ce domaine, elle motive le Gouvernement à prévoir des plans d’actions sectoriels pour
accompagner la feuille de route décarbonation.
De même, pour que les entreprises et les ménages ne retardent pas les investissements
nécessaires à la transition environnementale du fait d’une situation économique actuelle tendue,
il est crucial d’accroître les incitations. La Chambre de Commerce préconise de renforcer le
prêt climatique pour la rénovation énergétique des entreprises, d’élargir le champ
d’application du mécanisme de compensation à des entreprises moins énergivores,
15
d’adapter l’accord volontaire afin d’y inclure les efforts de décarbonation, de créer des
aides en lien avec l’économie circulaire et de rendre la taxe CO 2 progressive afin de
renforcer son caractère incitatif.
16
Liste des tableaux
Tableau 1 : Prévisions d'évolution du PIB en volume selon les institutions internationales ........ 21
Tableau 2 : Comparaison des croissances du PIB luxembourgeois selon les projets de budget
déposés en octobre 2022 et mars 2024 ....................................................................................... 23
Tableau 3 : Prévisions macroéconomiques ayant servi de base à l’élaboration du budget 2023
....................................................................................................................................................... 24
Tableau 4 : Projections macroéconomiques selon les scénarii SC1 et SC2 ............................... 24
Tableau 5 : Projections macroéconomiques selon le scénario SC3 ............................................ 25
Tableau 6 : Evolution des dépenses de l’Administration centrale................................................ 25
Tableau 7 : Evolution des dépenses de l’Administration centrale................................................ 26
Tableau 8 : Evolution du poste « Rémunération des salariés » ................................................... 27
Tableau 9 : Evolution des recettes de l’Administration centrale selon les Projets de budgets
présentés en octobre 2022 et mars 2024 .................................................................................... 28
Tableau 10 : Evolution des principaux postes de recettes de l’Administration centrale .............. 29
Tableau 11 : Evolution des recettes liées aux ventes de carburant et de tabac .......................... 30
Tableau 12 : Evolution du solde nominal de l’Administration centrale ......................................... 31
Tableau 13 : Impact budgétaire des mesures adoptées pour lutter contre l’inflation .................. 32
Tableau 14 : Evolution des dépenses et des recettes des Administrations publiques ................ 34
Tableau 15 : Evolution du solde nominal des Administrations publiques .................................... 34
Tableau 16 : Solde structurel de l’Administration centrale et Objectif à moyen terme (OMT) .... 37
Tableau 17 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans l’éducation 42
Tableau 18 : Total des dépenses du Ministère de l’Education nationale, de l’enfance et de la
jeunesse ........................................................................................................................................ 42
Tableau 19 : Evolution des dépenses du Fonds pour l’emploi..................................................... 43
Tableau 20 : Evolution du produits des impôts sur les sociétés .................................................. 46
Tableau 21 : Evolution de la contribution de l’Etat au financement de la Mutualité des employeurs
....................................................................................................................................................... 48
Tableau 22 : Comparaison des dépenses en faveur des projets d’énergies renouvelables et
d’efficacité énergétique du Fonds climat et énergie entre les projets de budget déposés en octobre
2023 et mars 2024 ........................................................................................................................ 50
Tableau 23 : Evolution des dépenses en faveur des projets communaux d’énergies renouvelables
et d’efficacité énergétique du Fonds climat et énergie ................................................................. 51
Tableau 24 : Impact budgétaire des mesures du Paquet logement ............................................ 52
Tableau 25 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans le logement53
Tableau 26 : Evolution des dépenses du Fonds spécial de soutien au développement du logement
- Volet aides à la pierre et acquisitions d'Etat entre les projets de budget déposés en octobre 2023
et mars 2024 ................................................................................................................................. 54
Tableau 27 : Evolution des dépenses du Fonds spécial de soutien au développement du logement
- Volet Pacte Logement 2.0 entre les projets de budget déposés en octobre 2023 et mars 2024
....................................................................................................................................................... 55
Tableau 28 : Evolution des dépenses du Fonds du rail et du Fonds des routes entre les projets
de budget déposés en octobre 2023 et mars 2024 ..................................................................... 57
Tableau 29 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans les
infrastructures publiques ............................................................................................................... 58
Tableau 30 : Evolution des dépenses engagées en soutien à la Place financière...................... 60
17
Tableau 31 : Evolution des dépenses du Fonds de l’innovation entre les projets de budget
déposés en octobre 2023 et mars 2024 ....................................................................................... 61
Tableau 32 : Evolution des dépenses en lien avec les différents secteurs de diversification
économique................................................................................................................................... 62
Tableau 33 : Formation brute de capital (FBC) des Administrations publiques et des 3 soussecteurs ......................................................................................................................................... 74
Tableau 34 : Ventilation des investissements publics par domaine thématique réalisés au niveau
de l’Admiration centrale ................................................................................................................ 75
Tableau 35 : Evolution des dépenses courantes de l’Etat ainsi que du Ministère de la Digitalisation
....................................................................................................................................................... 86
Tableau 36 : Evolution des dépenses consacrées à l’environnement et au climat dans le projet de
programmation financière pluriannuelle 2023 et dans le projet de programmation financière
pluriannuelle 2024......................................................................................................................... 88
Liste des graphiques
Graphique 1 : Variation annuelle des dépenses et des recettes de l’Administration centrale .... 31
Graphique 2 : Evolution du solde nominal de l’Administration centrale selon les projets de Budget
présentés en octobre 2022 et mars 2024 .................................................................................... 32
Graphique 3 : Evolution du solde des Administrations publiques par composante..................... 35
Graphique 4 : Evolution du solde nominal des Administrations publiques selon les différents
scénarii .......................................................................................................................................... 35
Graphique 5 : Evolution de la dette publique du Luxembourg ..................................................... 38
Graphique 6 : Évolution de la dette publique en % du PIB selon les différents scénarii ............. 39
Graphique 7 : L’évolution du classement général du Luxembourg au WCY en un clin d’œil ..... 41
Graphique 8 : Taux nominaux globaux et standards d'imposition des sociétés dans l'UE en 2022
....................................................................................................................................................... 45
Graphique 9 : Évolution du coût horaire du travail moyen de 2008 à 2022 ................................ 47
Graphique 10 : Evolution du solde des Administrations de sécurité sociale ............................... 64
18
1. Le budget 2023-2027…
19
1.1. Un climat international, européen et national incertain
Des performances de l’économie mondiale en demi-teinte
L’économie mondiale, de manière générale, fait preuve d’une certaine résilience, hissée
par la croissance dynamique aux Etats-Unis et dans plusieurs pays émergents et en
développement, ainsi que la forte progression des exportations de produits industriels chinois.
L’augmentation des dépenses publiques et privées, la progression du revenu disponible réel dans
un contexte de pénurie de main-d’œuvre et l’utilisation de l’épargne accumulée depuis la
pandémie ont soutenu la consommation.
S’agissant de l’offre, la baisse des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la
réduction des délais de livraison expliquent également cette bonne performance. Par ailleurs, la
baisse plus rapide que prévue de l’inflation par rapport au pic de 2022 dans la plupart des régions
du monde est une tendance positive qui pourrait faciliter l’accès au crédit et aux investissements.
Si le FMI a maintenu sa prévision d’octobre pour une inflation globale à 5,8% en 2024, il
a revu à la baisse celle pour 2025 (de 4,6 à 4,4%). Dans ce contexte, le FMI prévoit une
croissance mondiale de 3,1% en 2024, en hausse de 0,2 point de pourcentage par rapport à sa
prévision d’octobre et une croissance légèrement supérieure en 2025, de 3,2%.
Toutefois, la situation conjoncturelle demeure très volatile et des turbulences ne sont pas
à exclure. Côté croissance, les prévisions pour 2024-2025 sont inférieures à la moyenne
historique de 3,8% (période 2000-2019) en raison notamment des taux directeurs élevés mis en
place par les banques centrales pour lutter contre l’inflation, du retrait progressif des dispositifs
d’aide dans un contexte d’endettement public grandissant, d’un climat de confiance perturbé et
d’une productivité stagnante.
En outre, la tentation protectionniste de certains pays comme la Chine ou les Etats-Unis
constituent des menaces sérieuses à la croissance mondiale. La réduction des dépenses et des
hausses d’impôts en vue d’un rééquilibrage des finances publiques dans certains pays fortement
endettés, tout comme l’aggravation des difficultés du secteur immobilier chinois pourraient
fortement ralentir la croissance.
Concernant l’inflation, il est trop tôt pour affirmer avec certitude que les tensions sur les
prix sont pleinement maîtrisées. La gravité des tensions géopolitiques, notamment la poursuite
de la guerre en Ukraine, la possible escalade du conflit au Moyen-Orient et les attaques contre
le transport maritime en mer Rouge (par laquelle transite 11% du commerce mondial), fait peser
des risques certains. L’allongement des délais de livraison, qui entraîne une envolée des coûts
de transport maritime (+128% entre juin 2023 et janvier 2024, selon l’OCDE) fait craindre la
reprise d’une poussée inflationniste. Du reste, la restriction des échanges transfrontaliers de
produits de base dans les régions en guerre menace la stabilité des prix, sans oublier les
catastrophes climatiques, inondations et sécheresses, qui risquent de provoquer des flambées
des prix des produits alimentaires et d’aggraver l’insécurité alimentaire mondiale.
Outre son caractère incertain sur le moyen et long terme, la dynamique de croissance
n’est pas répartie uniformément. Depuis le rebond post-Covid de 2021 (+5,9%), le taux de
croissance de la Zone euro n’a cessé de chuter pour passer sous la barre des 1% en 2024. La
confiance en berne des consommateurs, les effets des prix élevés de l’énergie et le recul des
20
investissements des entreprises et des investissements immobiliers des ménages – du fait de la
flambée des taux d’intérêt – expliquent en partie ce revirement conjoncturel.
L’Allemagne, qui traverse une crise industrielle, est entrée en récession en 2023. Ses
perspectives de croissance pour 2024 sont limitées, au point d’une quasi-stagnation (de 0,3%
selon la Commission européenne et l’OCDE). Le FMI a revu ses projections à la baisse pour 2024
et 2025, prévoyant un taux de croissance de 0,5% en 2024 et de 1,6% en 2025.
Si l’industrie française a mieux résisté en 2023, la situation du pays s’intègre dans cette
tendance de croissance en berne. Le FMI, tout comme la Commission européenne et l’OCDE
anticipent des taux de croissance inférieurs à 2% à moyen terme.
Si l’économie belge affiche une croissance plus soutenue en 2023, elle reste néanmoins
modeste, estimée à 1,5% en 2023 par la Commission européenne. Les projections pour 2024 et
2025, respectivement de 1,4 et 1,5%, stagnent.
À l’inverse de ce que l’on observe en Europe, le dynamisme économique est notoire dans
les pays émergents et pays en développement asiatiques (+5,2%), en Afrique subsaharienne
(+3,8%) et au Moyen-Orient et Asie centrale (+2,9%. Les Etats-Unis (+2,1%), et dans une moindre
mesure l’Amérique latine (+1,9%), font également mieux que la Zone euro.
Tableau 1 : Prévisions d'évolution du PIB en volume selon les institutions internationales
(en %)
DATE DE
PUBLICATION
FMI
COMMISSION
EUROPÉENNE
OCDE
01/2024
02/2024
02/2024
2024
2025
2024
2025
2024
2025
MONDE
3,1
3,2
-
-
2,9
3,0
ÉTATS-UNIS
2,1
1,7
-
-
2,1
1,7
CHINE
4,6
4,1
-
-
4,7
4,2
JAPON
0,9
0,8
-
-
1,0
1,0
ROYAUME-UNI
0,6
1,6
-
-
0,7
1,2
ZONE EURO
0,9
1,7
0,8
1,5
0,6
1,3
ALLEMAGNE
0,5
1,6
0,3
1,2
0,3
1,1
BELGIQUE
0,9*
-
1,4
1,5
-
-
FRANCE
1,0
1,7
0,9
1,3
0,6
1,2
LUXEMBOURG
1,5*
-
1,3
2,1
-
-
Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2023 & janvier 2024 ; Commission européenne,
Prévisions économiques, février 2024 ; OCDE, Perspectives économiques, Rapport intermédiaire, février 2024
Le Luxembourg en récession
L’année 2023 aura été une année morose pour l’économie luxembourgeoise, marquée
par une baisse notoire de son activité (-1%) et une nette dégradation de la confiance des
entreprises. L’édition du deuxième semestre 2023 du Baromètre de l’Economie de la Chambre
21
de Commerce1 pointe une confiance des entreprises dans les perspectives de l’économie
luxembourgeoises historiquement basse pour les 2 à 3 prochaines années (et nettement
inférieure à son niveau pendant la pandémie).
Le moral des entrepreneurs dans la construction en particulier est au plus bas, avec
un repli au niveau des carnets de commandes et un nombre de faillites en hausse de 37,3% en
2023 par rapport à 2022. De fait, le Luxembourg affiche la plus forte baisse des transactions de
logements sur un an (-40% au 3e trimestre 2023) parmi les 12 pays dont les données sont
publiées par Eurostat.
Quant à l’inflation, elle est principalement entretenue suite à l’augmentation des prix à
l’importation et à l’indexation automatique des salaires. Sous l’effet de la hausse des taux
d’intérêts, son repli a été plus rapide qu’anticipé au cours des dernier mois. Si les mesures
étatiques sur les prix de l’énergie, instaurées en 2022 et 2023, ont permis de la limiter à un niveau
plus faible que dans la Zone euro, la levée du bouclier tarifaire prévue au 1 er janvier 2025 risque
de favoriser une nouvelle hausse. Ainsi, le STATEC prévoit un taux d’inflation de 2,2% en 2024
et de 3,3% en 2025, du fait de l’augmentation très substantielle des prix du gaz et de l’électricité
en cas de fin abrupte des mécanismes de soutien des prix par l’Etat 2.
Signe indicateur du ralentissement économique, l’emploi ralentit au Luxembourg, tant
pour les résidents que les frontaliers, sur fond de recul des créations d’entreprises (baisse de
20% en 2023 comparé à 2022). La croissance annuelle de l’emploi salarié est ainsi passée de
1,7% au mois d’octobre 2023 à 0,98% en février 2024. La situation est particulièrement
préoccupante dans le secteur de la construction, qui affiche 63% de pertes d’emplois en
2023 par rapport à 2022.
En outre, le nombre de demandeurs d’emploi résidents inscrits à l’ADEM en février 2024
est en hausse de 16,1% par rapport au mois de février 2024. Cette hausse touche toutes les
durées d’inoccupation. Les jeunes de moins de 30 ans, mais aussi les personnes diplômées de
l’enseignement supérieur enregistrent les plus fortes hausses. Les effets retardés de la récession
de 2023 commencent à se faire ressentir, signe d’un ralentissement de l’activité économique dans
le secteur des services et de décalages persistants entre besoins de l’économie et disponibilités
des compétences.
Fait additionnel qui illustre le ralentissement économique du pays, le nombre de postes
vacants déclarés à l’ADEM par les employeurs a reculé de 7,1% en février 2024 par rapport à
février 2023.3 Il est encore trop tôt pour entrevoir une amélioration au cours des prochains mois
et la prudence reste de mise.
Chambre de Commerce, Baromètre de l’Economie S2 2023
STATEC, Statnews n°5, Prévision d’inflation : 2,2% pour 2024 et 3,3% pour 2025, 8 février 2024.
3 ADEM, Chiffres-clés, février 2024.
1
2
22
1.2. Un calendrier : un budget de transition dans une relative incertitude
Le calendrier politique
A l’is …
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.