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En bref

Ce texte est un avis de la Chambre de Commerce sur les projets de loi concernant le budget de l'État pour 2025 et la programmation financière pluriannuelle 2024-2028. Il analyse la situation économique et budgétaire du Luxembourg, soulignant des défis et proposant des réformes.

Ce qu'il réglemente

Qui il concerne

Points clés

📄 Texte de loi
Avis de la Chambre de Commerce Un présent stabilisé, un avenir à sécuriser Projet de loi n°8444 concernant le budget des recettes et des dépenses de l’Etat pour l’exercice 2025 (6728CCH/VAN) Projet de loi n°8445 relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2024-2028 (6729CCH/VAN) 26 novembre 2024 Projet de loi n°8444 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2025 (6728CCH/VAN) Projet de loi n°8445 relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2024-2028 (6729CCH/VAN) AVIS DE LA CHAMBRE DE COMMERCE SUR LE PROJET DE BUDGET DE L’ETAT 2025 Un présent stabilisé, un avenir à sécuriser CHAMBER LOF COMMERCE - LUXEMBOURG 26 novembre 2024 3 Un présent stabilisé, un avenir à sécuriser Résumé exécutif Environnement international et européen : des dynamiques hétérogènes La croissance mondiale atteindrait 3,2% en 2024, et serait légèrement en hausse, à 3,3% en 2025, grâce à l'assouplissement monétaire et à la vigueur des économies émergentes, mais elle reste inégalement répartie. L'inflation mondiale, après une décrue, devrait se situer à 3,6% en 2025, bien que les Etats-Unis et certains pays européens font encore face à une inflation élevée dans les services. Les banques centrales, dont la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Canada, sont dans une phase de baisse des taux d’intérêt, tandis que d’autres pays, comme la Chine, maintiennent des politiques monétaires expansionnistes. En Europe, la croissance prévue reste modeste, autour de 0,9% en 2024, avec des disparités marquées entre pays. L’Allemagne peine avec son industrie sous pression, tandis que l’Espagne et le Portugal performent. L'inflation dans les services demeure préoccupante en Europe centrale. Pour 2025, la croissance de 1,5% prévue repose sur une amélioration des revenus réels et des investissements soutenus par un assouplissement monétaire progressif, mais des risques géopolitiques persistent, pouvant notamment affecter les prix de l’énergie. Une reprise timide au Luxembourg Au Luxembourg, après la récession de 2023, des signes de reprise apparaissent en 2024, avec une légère croissance annuelle de 0,3% du PIB au deuxième trimestre. L’emploi progresse faiblement, tandis que le chômage atteint 5,8%, marqué par une hausse du nombre de diplômés sans emploi. Le secteur immobilier montre un timide redressement, mais le secteur de la construction reste en grande difficulté. Le secteur financier, lui, enregistre une forte croissance, porté par le dynamisme des fonds d’investissement et des assurances vie. L’inflation, elle, ralentit enfin, aidée par la baisse des prix de l'énergie. On peut toutefois s’attendre à un léger rebond en 2025 en raison de l’extinction progressive des mesures de stabilisation des prix de l’électricité. Une meilleure maîtrise des dépenses de l’Administration centrale En 2024, les dépenses de l’Administration centrale devraient atteindre 29,5 milliards d’euros, une hausse modérée de 0,6% par rapport aux prévisions du budget 2024, marquant toutefois une progression de 8% par rapport à 2023. Cette croissance est notamment imputée aux mesures pour contrer les hausses des prix énergétiques et l’inflation. En 2025, les dépenses poursuivent leur augmentation à un rythme plus maîtrisé (+4,5%), en raison notamment de la fin de certaines mesures exceptionnelles. La Chambre de Commerce salue cette gestion budgétaire plus équilibrée. Les dépenses salariales de la fonction publique augmentent de 6,7% en 2025, une progression elle aussi plus modérée qu’en 2024 (11,7%). Le Gouvernement prévoit en effet de réduire le numerus clausus pour les postes publics et 4 d’investir dans la digitalisation de l’Administration, répondant aux attentes de long terme des entreprises et des citoyens. Des orientations que la Chambre de Commerce salue. En 2025, les recettes de l’Administration centrale devraient augmenter de 5,2%, malgré l’impact du paquet fiscal « Entlaaschtungs-Pak ». Elles progresseraient ainsi plus rapidement que les dépenses, ce qui inverserait donc enfin l’effet ciseaux, dans une logique budgétaire plus vertueuse. La matérialisation de ces anticipations reste toutefois la grande inconnue actuellement, notamment au regard des évolutions méthodologiques dans la prévision des recettes. Par ailleurs, dans une perspective de gestion budgétaire de moyenlong terme, la Chambre de Commerce rappelle le caractère non-pérenne de certaines recettes, comme les taxes et accises sur les ventes de carburant. En conséquence, la Chambre de Commerce invite le Gouvernement à anticiper dès à présent ces évolutions importantes. Sous l’effet de cette inversion de l’effet ciseaux, la prévision de déficit pour 2025 s’améliore à 1,5% du PIB. Entre 2026 et 2028, le déficit continuerait de baisser pour passer sous le milliard dès 2027 et atteindre 667 millions d’euros en 2028. Administrations de sécurité sociale : il est urgent d’agir En 2025, les dépenses des Administrations de sécurité sociale continueraient d’augmenter à un rythme soutenu (+6,6% par rapport aux prévisions pour 2024). Une tendance qui va se poursuivre dans les années à venir avec une croissance annuelle moyenne de 6% sur la période 2026-2028, en raison principalement du vieillissement démographique, qui pèse sur les prestations sociales (qui représentent 85% des dépenses totales). Les recettes pour 2025 sont attendues à 17,2 milliards d’euros, soit une légère hausse de 1% par rapport aux prévisions antérieures. Ces recettes, principalement tirées des cotisations sociales et des contributions de l’Etat, dépendent largement de la conjoncture économique et de l’emploi. Pour la période 2026-2028, les recettes devraient progresser de 4,7% par an, un niveau qui reste insuffisant face à l’augmentation des dépenses. Malgré un excédent de 1,17 milliard d’euros en 2023, les Administrations de sécurité sociale seront donc en déficit d’ici 2028, à hauteur de 15 millions d’euros. Une analyse de sensibilité montre que même avec des variations de croissance de l’emploi, la tendance déficitaire est structurelle. Ces projections appellent à une révision des politiques pour contrer cette dégradation. Administrations locales : une situation budgétaire stable En 2023, les Administrations locales au Luxembourg ont enregistré un déficit de 0,3% du PIB, et une croissance des dépenses plus rapide que celle des recettes. Cette tendance s'inverse en 2024, où l'augmentation des recettes dépasse celle des dépenses, entraînant une amélioration continue du solde sur les prochaines années. Les révisions méthodologiques dans la planification budgétaire ont conduit à une hausse des prévisions de dépenses et de recettes, affectant le solde. Les soldes prévus pour 2024 et 2025 sont ajustés à la baisse, mais augmentent pour 2026 et 2027. 5 Vers la maîtrise de la dette publique En 2025, les dépenses de l’Administration publique poursuivent leur croissance de 5,8%, tandis qu'une modération est anticipée pour 2026-2028 avec une moyenne de 4,9%. Les recettes, elles, continueraient de croître annuellement de 5%, grâce à une révision positive des prévisions fiscales. En 2025, le déficit nominal augmente légèrement à 563 millions d’euros, mais il devrait s'améliorer ensuite. Les prévisions dans le projet de loi de programmation financière pluriannuelle (PLPFP) 2024-2028 montrent des déficits moindres pour 2024-2027 grâce aux recettes réévaluées. Le solde structurel est prévu conforme à l’objectif à moyen terme de +0,0% du PIB jusqu’en 2027, bien qu’un léger écart soit attendu en 2028. Conséquence : la dette publique du Luxembourg devrait se stabiliser autour de 27,5% du PIB en 2024-2025 avant de diminuer progressivement à 26% d'ici la fin de la période de planification, restant ainsi sous le seuil de 30% fixé par le Gouvernement. Toutefois, le coût de la dette augmentera significativement, avec les intérêts passant de 171 millions d’euros en 2024 à 442 millions en 2028, en raison du refinancement à des taux plus élevés que ceux des emprunts précédents. Si cette tendance est positive, elle repose sur un scénario économique favorable. Un contexte économique moins porteur pourrait compromettre cet équilibre. Attention aux aléas conjoncturels Le Luxembourg, en tant que petite économie ouverte, reste vulnérable aux chocs externes et aux fluctuations économiques globales. Pour anticiper ces risques, les documents budgétaires proposent une analyse de sensibilité avec quatre scénarii simulant diverses trajectoires économiques. Ces derniers explorent les impacts d’une variation de la croissance du PIB (+/0,5 point) et des taux d’intérêt (+/- 100 points de base). Un ralentissement de la croissance (-0,5 point) affecterait négativement l’emploi et les finances publiques, entraînant un déficit accru et une hausse de la dette publique, qui atteindrait 28,7% du PIB en 2028. En revanche, une croissance plus robuste (+0,5 point) améliorerait les finances publiques, avec un solde des Administrations publiques en excédent dès 2027 et une dette réduite à 23,3% du PIB d’ici 2028. Les variations de taux d’intérêt impacteraient aussi l’économie et les finances : une hausse de 100 points de base aggraverait légèrement le déficit et la dette, tandis qu’une baisse favoriserait la croissance et permettrait un excédent budgétaire à partir de 2027, réduisant ainsi la dette en-dessous des projections de base. De manière générale, l’avenir budgétaire du Luxembourg dépendra de la capacité du pays à réenclencher un cercle vertueux : une économie productive génère des recettes fiscales, qui permettent de financer le modèle social. Il est donc primordial que le pays, qui a perdu du terrain en matière de compétitivité ces dernières années, opère les réformes nécessaires pour retrouver son rang. Ceci alors que les défis se multiplient dans un monde est en pleine transformation. Dans son avis, la Chambre de Commerce analyse donc les 6 grandes transformations qui affectent dès à présent le Luxembourg, et les réponses de ce dernier. 1ère tendance : la baisse de la compétitivité et l’attractivité sous pression Compétitivité fiscale : un effort à poursuivre La concurrence fiscale mondiale s'intensifie, avec des réductions du taux d'imposition des sociétés dans de nombreux pays. Avec un taux global d'environ 25%, supérieur à la médiane européenne, le Luxembourg doit impérativement restaurer sa compétitivité fiscale. A ce titre, la Chambre de Commerce salue la baisse de l'impôt sur le revenu des collectivités (IRC) de 17% à 16% pour les grandes entreprises et de 15% à 14% pour les petites. Elle appelle le Gouvernement à poursuivre cet effort et rappelle qu’à l’échelle internationale, des négociations sont en cours pour instaurer une taxation minimale des entreprises multinationales. Elle estime qu’à l’échelle nationale, les effets de ces évolutions doivent être anticipés. Elle plaide donc pour l’élaboration d’une feuille de route fiscale pluriannuelle précise, laquelle offrirait aux entreprises la prévisibilité dont elles ont besoin pour leurs décisions d’investissement. Coûts de la main-d'œuvre : une réforme attendue Le coût du travail au Luxembourg reste élevé comparé aux pays voisins, atteignant 53,9 euros/heure contre 41,3 euros/heure en Allemagne, ce qui nuit aux activités fortement dépendantes de la main-d'œuvre. Les documents budgétaires ne prévoient toutefois pas de mesures. La Chambre de Commerce plaide pour une réforme de l’indexation des salaires, en limitant à une seule augmentation par an, avec un mécanisme dégressif pour les hauts salaires, et comme base un panier de consommation durable. Coûts de l’énergie : combler le désavantage compétitif La Chambre de Commerce rappelle que les entreprises européennes, en particulier les entreprises industrielles, souffrent d’un désavantage compétitif majeur en matière de coût énergétique, avec des prix nettement plus élevés qu’aux Etats-Unis. Pour soutenir les entreprises, des réductions sur les coûts de réseau sont nécessaires. La Chambre de Commerce appelle surtout le Gouvernement à renforcer les capacités de production d’énergies renouvelables, dans le cadre d’une politique énergétique de long terme. A ce titre, elle regrette le manque de volontarisme du budget en la matière. La ligne budgétaire « Projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique – volet national », après avoir progressé de 286% en 2024, va connaître une nouvelle croissance très modeste de 5% en 2025 puis rester quasiment stable jusqu’en 2028. Pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables, il est nécessaire de simplifier les procédures et de mieux soutenir les initiatives communales. Place financière : un signal positif La Chambre de Commerce rappelle qu’il est fondamental de renforcer la compétitivité de la Place financière du Luxembourg, qui génère près d'un quart de la valeur ajoutée nationale et emploie directement ou indirectement 30% de la main-d'œuvre. Le budget 2025 7 alloue ainsi 20 millions d’euros supplémentaires pour son développement, soit une augmentation de 235% par rapport à 2024. La Chambre de Commerce accueille favorablement l'exonération de la taxe d'abonnement pour les ETFs gérés activement, tout en demandant une révision de cette taxe pour améliorer encore l'attractivité de la Place financière. Des zones d’activités au service de la diversification économique La diversification économique constitue une priorité pour le Luxembourg. Depuis deux décennies, le pays investit dans des secteurs prometteurs comme la logistique, le spatial, la santé, le tourisme et l’économie des données. Toutefois, la Chambre de Commerce regrette le manque de clarté dans la présentation budgétaire des fonds alloués à ces secteurs. Pour accueillir ces nouvelles activités et stimuler la croissance des activités déjà existantes sur le sol luxembourgeois, l’expansion des zones d'activités économiques est cruciale. Le Luxembourg connaît une pression foncière significative. En réponse, le budget 2025 prévoit une augmentation de 120% des crédits pour l’acquisition de terrains, totalisant 52 millions d’euros. La Chambre de Commerce plaide pour une politique volontariste en matière de développement des zones d’activités et une révision des incitations pour les communes afin de faciliter le développement industriel et la reconversion des terrains libérés par l’industrie. 2ème tendance : l’accroissement démographique Formation initiale : des investissements à saluer Le Gouvernement investit massivement dans l'éducation pour répondre à la croissance démographique sans compromettre la qualité de l’enseignement. Les investissements annuels en éducation passeront de 192 millions d’euros en 2024 à 330 millions en 2028, représentant 7,09% des dépenses d’investissement totales de l’Etat. Les dépenses courantes en éducation augmentent de manière modérée, avec une gestion efficace visant à contenir la hausse de 4,81% du PIB en 2024 à 4,59% en 2028. La Chambre de Commerce encourage ces efforts. Activation de la main-d’œuvre disponible Pour réduire le chômage, le Luxembourg doit mobiliser davantage la main-d’œuvre existante. Le Fonds pour l’emploi verra ses dépenses augmenter légèrement, représentant 1,24% du PIB en 2028. Les actions de formation sont renforcées avec une augmentation de 10% du budget en 2025. La Chambre de Commerce recommande d’accroître le cofinancement des formations professionnelles, notamment dans les compétences digitales et environnementales, pour répondre aux besoins en compétences. Attraction des talents internationaux : des signaux inquiétants La pénurie de main-d’œuvre reste le défi le plus important pour les entreprises, selon la 2ème édition 2024 du Baromètre de l’Economie. La croissance de l’emploi frontalier ralentit, particulièrement concernant les travailleurs belges et allemands. La Chambre de 8 Commerce invite le Gouvernement à être particulièrement attentif à cette évolution. Le paquet fiscal « Entlaaschtungs-Pak » propose des mesures pour attirer des talents, avec des allègements fiscaux ciblés et des incitations pour les jeunes salariés et les frontaliers. Pour améliorer l'attractivité pour les frontaliers, la Chambre de Commerce appuie les investissements dans la mobilité transfrontalière, y compris des projets de routes et de lignes ferroviaires. Toutefois, elle invite le Gouvernement à veiller à l’avancement opérationnel de ces projets, encore souvent ralentis ou différés. Logement : concrétiser les ambitions Le Luxembourg a besoin de 6.000 à 7.500 nouveaux logements par an, mais n’en construit que la moitié. En 2024, les mesures de soutien ont encouragé une reprise des transactions. Le projet de budget 2025 introduit une réduction des droits d’enregistrement pour stimuler les ventes. Une mesure que la Chambre de Commerce salue, bien que l’impact financier de cette mesure reste flou. Les investissements publics dans le logement augmenteront à 386 millions d’euros en 2025, avec une priorité donnée aux logements abordables. La Chambre de Commerce note toutefois que les moyens budgétaires alloués au Fonds spécial pour le logement abordable dans le cadre de ce PLPFP sont très nettement inférieurs à ceux qui avaient été votés dans le cadre de la loi de programmation financière pluriannuelle (LPFP) précédente. Cela s’explique en partie par l’incapacité opérationnelle à faire aboutir les projets. La tension qui existe sur le marché du logement au Luxembourg devrait au contraire conduire le Gouvernement à renforcer les moyens opérationnels des acteurs du logement abordable afin que les projets puissent se concrétiser dans les calendriers initialement prévus. Construire la mobilité et l’aménagement du territoire de demain Face à l’augmentation du trafic, le Luxembourg investit dans les infrastructures de mobilité, avec un budget atteignant 640 millions d’euros en 2025. La mise en œuvre du Plan national de mobilité inclut le développement du réseau ferroviaire, l’extension des routes et la poursuite du projet de tramway, avec un financement total de 454,8 millions d’euros prévu entre 2024 et 2028. La Chambre de Commerce salue la prise en compte de la nécessite d’accompagner la croissance démographique d’une amélioration conséquente des infrastructures de mobilité. Elle insiste sur l’importance de la coopération avec les pays voisins en matière d’aménagement du territoire et de mobilité. Le Gouvernement souhaite accélérer la mise en place des zones fonctionnelles transfrontalières, renforçant ainsi l’intégration régionale et la vitalité économique du Luxembourg. 3ème tendance : le vieillissement démographique Un défi majeur de long terme aux effets déjà visibles Le Luxembourg fait face à un défi majeur avec le vieillissement de sa population. D'ici 2070, la part des actifs (15-64 ans) passera de 69,3% à 57,3%, tandis que le ratio d'inactifs/actifs passera de 21,4% à 51%, augmentant la pression sur les finances 9 publiques. Les dépenses liées au vieillissement (pensions, santé, dépendance) augmenteront de plus de 10 points de pourcentage du PIB d'ici 2070. Au niveau de l’assurance pension, les dépenses progressent plus vite que les recettes, créant un effet ciseaux. La prime de répartition pure, c’est-à-dire le rapport entre les dépenses annuelles et la masse cotisable, atteindrait prévisiblement 24,3% déjà en 2026, ce qui signifie que les cotisations ne permettront plus de couvrir les dépenses. Les surplus vont considérablement s’étioler et sans réforme, le régime général deviendrait déficitaire en 2033. Le système actuel, le plus généreux de l'OCDE, n'est pas soutenable à long terme sans réforme. La Chambre de Commerce recommande d'agir sur les dépenses (notamment par une augmentation de l'âge effectif de départ en retraite) et de maintenir les cotisations pour préserver la compétitivité du Luxembourg. Les dépenses de l'assurance dépendance croissent avec l’espérance de vie, et la contribution de l’Etat pour 2025 atteint 437,5 millions d’euros, en hausse de 9,1%. Le système reste stable à court terme, mais la Chambre de Commerce préconise de préparer dès maintenant des mesures pour garantir sa pérennité face à une demande croissante. Les dépenses d’assurance maladie-maternité quant à elles augmentent rapidement (+6,2% par an jusqu’en 2028), dépassant les recettes, qui devraient progresser de 5% annuellement. Un déficit de 46 millions d’euros est attendu dès 2024, et il pourrait atteindre 190 millions d’euros en 2028, menaçant les réserves d’ici 2027. La Chambre de Commerce recommande une réforme pour garantir un financement durable du système de santé. Ajoutant une pression supplémentaire sur l’assurance maladie-maternité, l'absentéisme a fortement augmenté, avec un coût direct de 1,178 milliard d’euros en 2023. Les entreprises demandent des mesures pour lutter contre l'absentéisme abusif, telles que des contrôles administratifs et des contre-examens médicaux. La Chambre de Commerce se réjouit que le Gouvernement ait prévu d’ouvrir des discussions pour trouver des solutions à ce problème. 4ème tendance : les transformations environnementales Politique environnementale : des engagements concrets Le financement des politiques climatiques et environnementales repose principalement sur trois fonds : - Le Fonds pour la gestion de l'eau : il permettra de débloquer 116,9 millions d’euros en 2025 pour l’assainissement des eaux et la gestion des risques d'inondation, soutenant l’adaptation climatique. - Le Fonds pour la protection de l’environnement : destiné à la gestion des déchets et à la protection de la nature, il augmentera de 77,7 millions d’euros en 2025 à 83,1 millions d’euros en 2028. La Chambre de Commerce salue la hausse des investissements pour des circuits d'économie circulaire. - Le Fonds climat et énergie : doté de 447,4 millions d’euros en 2025, il est financé par la taxe CO2 et soutient les projets de décarbonation. La Chambre de Commerce salue la poursuite de la politique de subventions à l’électrification des transports, mais alerte sur les effets possibles de la baisse rapide des aides pour 10 l’achat de véhicules électriques, même si elles n’ont pas vocation à être éternelles. Décarboner l’industrie sans affecter sa compétitivité La décarbonation représente un défi crucial pour le secteur industriel, notamment les industries non-SEQE, qui dépassent leurs quotas d'émissions. La Chambre de Commerce appelle à répartir équitablement les coûts de la transition énergétique, pour éviter de freiner les efforts de décarbonation par une hausse des coûts pour les entreprises. Elle recommande également la construction d’infrastructures dédiées et des aides ciblées pour la transition énergétique de l’industrie. 5ème tendance : le virage digital et de l’intelligence artificielle Réussir ce virage L'intelligence artificielle (IA) et la digitalisation sont des leviers essentiels pour stimuler la productivité au Luxembourg et renforcer son modèle économique. Un récent rapport, commandé par Google à Implement Consulting Group, estime que le Luxembourg pourrait espérer six à huit milliards d’euros de PIB en plus par rapport à 2022 (+9%), entre 2028 et 2034, si et seulement si la GenAI est totalement intégrée. Cependant, pour exploiter ce potentiel, la présence suffisante de talents sera une condition sine qua non. Le Luxembourg cherche donc à renforcer son écosystème IA en attirant des talents qualifiés et en lançant des formations comme le BTS « Applied artificial intelligence ». L’IA est identifiée comme une priorité par les entreprises selon le récent Baromètre de l’Economie. Son intégration reste toutefois un défi. Dès lors, la Chambre de Commerce salue le lancement du nouveau programme « Fit 4 Digital – AI » et des SME Packages dédiés. Le développement du financement privé et public doit toutefois être largement développé, afin d’éviter le départ des entreprises innovantes. Un véritable cercle vertueux pourrait voir le jour si, en plus d’aider les entreprises déjà présentes au Luxembourg, le développement de ces outils permettait d’attirer sur le sol luxembourgeois de nouvelles entreprises actives dans le secteur de l’IA, générant ainsi de nouvelles recettes fiscales, et complétant un écosystème en pleine expansion. Digitaliser l’administration : une priorité La digitalisation, bien que déjà amorcée, nécessite d’être renforcée. Les dépenses du Centre des technologies de l'information de l'Etat (CTIE) s’approcheront des 780 millions d’euros entre 2025 et 2028. La mise en œuvre du principe « Once only » pour simplifier les démarches administratives est très attendue, avec un accent sur l’interopérabilité et l’accessibilité pour tous. La stratégie numérique du Gouvernement inclut également des investissements dans des infrastructures critiques comme les réseaux à haut débit, le « cloud » souverain, et la cybersécurité, dépenses saluées car ces infrastructures sont incontournables pour le développement de l’IA. 11 6ème tendance : les risques géopolitiques L’effort de défense doit être accompagné d’une stratégie économique et industrielle Le Luxembourg réaffirme son engagement envers l'OTAN en visant une contribution de défense à hauteur de 2% de son revenu national brut (RNB) d'ici 2030. Cet engagement, soutenu par des investissements accrus, représente un effort notable dans le contexte des tensions géopolitiques. Le budget de défense pour 2025 atteindra 792 millions d’euros, avec une progression jusqu’à 1,461 milliard d’euros en 2030, alimenté principalement par des dépenses en capital. Les dépenses se concentreront sur les capacités terrestres, en particulier pour le bataillon de reconnaissance belgo-luxembourgeois, et les capacités aériennes. La Chambre de Commerce note une baisse des projets spatiaux après le lancement du satellite LUXEOSys et encourage de nouveaux projets pour maximiser les retombées économiques. Les investissements en cyberdéfense augmentent également, répondant aux besoins de sécurité numérique. La Chambre de Commerce salue la volonté du Gouvernement de créer des synergies entre les investissements de défense et d’autres secteurs économiques, en particulier via des projets à double usage, civil et militaire. Elle plaide pour une stratégie économique claire pour tirer parti de cet effort de défense, notamment en renforçant l’industrie spatiale, la cyberdéfense, et en mobilisant les capacités de la place financière luxembourgeoise. La Chambre de Commerce considère donc que l'augmentation de l'effort de défense luxembourgeois doit être perçu non seulement comme un devoir vis-à-vis de l'OTAN, mais aussi comme une opportunité de développement économique à long terme. 12 Table des matières PARTIE I Résilience économique dans un contexte d’incertitudes ......................................17 1 Perspectives mondiales : croissance et assouplissement monétaire hétérogènes sur fond de tensions géopolitiques .............................................................................................18 2 L’économie européenne en quête d’un nouveau souffle ................................................19 3 Au Luxembourg, les signes d’une lente reprise économique .........................................21 PARTIE II Des évolutions en demi-teinte pour les Administrations publiques ......................23 1 2 Administration centrale ..................................................................................................24 1.1 Du côté des dépenses............................................................................................24 1.2 Du côté des recettes ..............................................................................................27 1.3 Du côté de l’effet ciseaux .......................................................................................28 1.4 Du côté du solde ....................................................................................................29 Administrations de sécurité sociale ...............................................................................30 2.1 Du côté des dépenses............................................................................................30 2.2 Du côté des recettes ..............................................................................................32 2.3 Du côté du solde ....................................................................................................34 3 Administrations locales..................................................................................................36 4 Administration publique .................................................................................................37 4.1 Du côté des dépenses............................................................................................37 4.2 Du coté des recettes ..............................................................................................38 4.3 Du côté du solde nominal .......................................................................................39 4.4 Du côté du solde structurel .....................................................................................41 5 Dette publique ...............................................................................................................41 6 Analyse de sensibilité ....................................................................................................42 PARTIE III Le Luxembourg face aux grandes transformations ............................................45 1 2 3 La baisse de la compétitivité et l’attractivité sous pression ............................................46 1.1 Agir sur la compétitivité-coûts .................................................................................47 1.2 Renforcer la Place financière et diversifier l’économie ............................................55 1.3 Former et attirer des talents ...................................................................................58 L’accroissement démographique ...................................................................................63 2.1 Le défi du logement ................................................................................................64 2.2 Le défi de la mobilité ..............................................................................................68 2.3 Le défi de l’aménagement du territoire ...................................................................71 2.4 Le défi de la coopération transfrontalière ................................................................71 Le vieillissement démographique ..................................................................................72 3.1 Assurance pension .................................................................................................73 13 4 5 6 3.2 Assurance dépendance ..........................................................................................75 3.3 Assurance maladie-maternité .................................................................................76 Les transformations environnementales ........................................................................78 4.1 Le Fonds pour la gestion de l’eau...........................................................................79 4.2 Le Fonds pour la protection de l’environnement .....................................................80 4.3 Le Fonds climat et énergie .....................................................................................81 4.4 La décarbonation de l’industrie ...............................................................................83 Le virage digital et de l’intelligence artificielle ................................................................84 5.1 Au niveau de l’Etat .................................................................................................86 5.2 Au niveau des entreprises ......................................................................................87 Les risques géopolitiques ..............................................................................................88 6.1 L’engagement vis-à-vis de l’OTAN .........................................................................88 6.2 L’évolution de l’effort de défense ............................................................................90 6.3 La nécessité d’élaborer une stratégie économique .................................................93 PARTIE IV Commentaire d’articles ......................................................................................95 14 Sommaire des tableaux Tableau 1 : Prévisions macroéconomiques à la base des documents budgétaires...............21 Tableau 2 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration centrale.....................24 Tableau 3 : Part des dépenses de l’Administration centrale dans le PIB...............................25 Tableau 4 : Evolution pluriannuelle des dépenses de rémunération des salariés .................25 Tableau 5 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration centrale selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ......................................................................................26 Tableau 6 : Déchet fiscal en lien avec l’Entlaaschtungs-Pak ................................................26 Tableau 7 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration centrale .......................27 Tableau 8 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration centrale selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ......................................................................................28 Tableau 9 : Evolution pluriannuelle des dépenses des Administrations de sécurité sociale ..31 Tableau 10 : Evolution pluriannuelle des principaux postes de dépenses des Administrations de sécurité sociale................................................................................................................31 Tableau 11 : Evolution pluriannuelle des dépenses des Administrations de sécurité sociale selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ...............................................................32 Tableau 12 : Evolution pluriannuelle des recettes des Administrations de sécurité sociale ...32 Tableau 13 : Evolution pluriannuelle des principaux postes de recettes des Administrations de sécurité sociale.....................................................................................................................33 Tableau 14 : Evolution pluriannuelle des recettes des Administrations de sécurité sociale selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 .........................................................................33 Tableau 15 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale.........34 Tableau 16 : Evolution pluriannuelle des dépenses, des recettes et du solde des Administrations locales .........................................................................................................36 Tableau 17 : Evolution pluriannuelle des agrégats des Administrations locales selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ......................................................................................37 Tableau 18 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration publique ..................38 Tableau 19 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l’Administration publique selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ......................................................................................38 Tableau 20 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration publique.....................39 Tableau 21 : Evolution pluriannuelle des recettes de l’Administration publique selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ......................................................................................39 Tableau 22 : Evolution pluriannuelle du solde structurel et de l’OMT ....................................41 Tableau 23 : Evolution des recettes de la fiscalité des entreprises .......................................49 Tableau 24 : Evolution de la contribution de l’Etat au financement de la Mutualité des employeurs...........................................................................................................................50 Tableau 25 : Evolution des dépenses du Fonds climat et énergie – Projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique ..............................................................................54 Tableau 26 : Evolution des dépenses du Fonds climat et énergie – Mesures internationales .............................................................................................................................................55 Tableau 27 : Evolution des dépenses consacrées au développement de la Place financière .............................................................................................................................................56 Tableau 28 : Recettes de la taxe d’abonnement sur les titres de société ..............................56 Tableau 29 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans l’éducation .............................................................................................................................................59 Tableau 30 : Total des dépenses courantes du Ministère de l’Education nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse .................................................................................................................59 Tableau 31 : Evolution des dépenses du Fonds pour l’emploi ..............................................60 Tableau 32 : Evolution pluriannuelle des investissements de l’Administration centrale .........63 Tableau 33 : Evolution des recettes fiscales issues des droits d’enregistrement ..................65 Tableau 34 : Investissements directs et indirects de l’Administration centrale dans le logement .............................................................................................................................................66 15 Tableau 35 : Evolution des dépenses du Fonds spécial pour le logement abordable entre le budget voté pour 2024 et le projet de budget 2025...............................................................67 Tableau 36 : Evolution des dépenses ajustées du Fonds spécial pour le logement abordable entre le budget voté pour 2024 et le projet de budget 2025 ..................................................67 Tableau 37 : Différences entre les dépenses et les dépenses ajustées du Fonds spécial pour le logement abordable ..........................................................................................................68 Tableau 38 : Part des investissements dans les infrastructures dans les investissements totaux .............................................................................................................................................69 Tableau 39 : Evolution des dépenses du Fonds du rail et du Fonds des routes....................70 Tableau 40 : Evolution des crédits d’investissement consacrés à l’extension du réseau de tramway................................................................................................................................70 Tableau 41 : Hypothèses selon le rapport 2024 du « Ageing working group » ......................72 Tableau 42 : Projections des dépenses liées au vieillissement selon le rapport 2024 du « Ageing working group » .....................................................................................................72 Tableau 43 : Evolution des contributions de l’Etat à l’assurance pension .............................73 Tableau 44 : Evolution des contributions de l’Etat à l’assurance dépendance ......................76 Tableau 45 : Evolution des contributions de l’Etat à l’assurance maladie-maternité .............77 Tableau 46 : Evolution des dépenses d’investissement consacrées à l’environnement et au climat....................................................................................................................................79 Tableau 47 : Evolution des dépenses du PNEC ...................................................................79 Tableau 48 : Evolution des dépenses du Fonds de la gestion de l’eau entre le budget voté pour 2024 et le projet de budget 2025 ..................................................................................80 Tableau 49 : Evolution des dépenses du Fonds pour la protection de l’environnement entre le budget voté pour 2024 et le projet de budget 2025...............................................................81 Tableau 50 : Evolution des dépenses du Fonds climat et énergie entre le budget voté pour 2024 et le projet de budget 2025 ..........................................................................................82 Tableau 51 : Evolution des dépenses du Fonds énergie et climat consacrées à la promotion des véhicules routiers à zéro ou à faibles émission de CO2..................................................83 Tableau 52 : Evolution des dépenses de la direction de la Défense et de la Défense nationale .............................................................................................................................................92 Tableau 53 : Evolution des dépenses du Fonds d’équipement militaire par domaine de défense .............................................................................................................................................93 16 Sommaire des graphiques Graphique 1 : Variation annuelle des dépenses et des recettes de l’Administration centrale 29 Graphique 2 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration centrale selon les budgets 2024 et 2025 ........................................................................................................................30 Graphique 3 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration centrale .........................30 Graphique 4 : Variation annuelle des dépenses et des recettes des Administrations de sécurité sociale ..................................................................................................................................34 Graphique 5 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 .........................................................................35 Graphique 6 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale selon l’analyse de sensibilité ..........................................................................................................36 Graphique 7 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration publique et de ses entités .............................................................................................................................................40 Graphique 8 : Evolution pluriannuelle du solde de l’Administration publique selon la LPFP 2023-2027 et le PLPFP 2024-2028 ......................................................................................41 Graphique 9 : Evolution pluriannuelle de la dette publique ...................................................42 Graphique 10 : Evolution pluriannuelle des agrégats en cas de choc sur la croissance........43 Graphique 11 : Evolution pluriannuelle des agrégats en cas de choc sur les taux d’intérêt...43 Graphique 12 : L’évolution du classement du Luxembourg dans le World Competitiveness Ranking d’IMD ......................................................................................................................46 Graphique 13 : Evolution de la productivité du travail par heure travaillée au Luxembourg et dans l’Union européenne......................................................................................................47 Graphique 14 : Taux légal de l’impôt sur les bénéfices des sociétés en 2024.......................48 Graphique 15 : Evolution du coût horaire du travail moyen entre 2008 et 2023 ....................51 Graphique 16 : Evolution de l’écart entre le coût salarial moyen luxembourgeois et celui des pays voisins..........................................................................................................................51 Graphique 17 : Ecart de prix de l’énergie pour l’industrie......................................................52 Graphique 18 : Evolution du taux de chômage mensuel au Luxembourg .............................60 Graphique 19 : Evolution annuelle de l’emploi frontalier par nationalité ................................61 Graphique 20 : Evolution du solde et de la réserve du régime général d’assurance pension entre 2022 et 2070 ...............................................................................................................74 Graphique 21 : Evolution des dépenses du CTIE .................................................................85 Graphique 22 : Evolution des dépenses de défense des pays membres de l’OTAN en entre 2014 et 2024 ........................................................................................................................90 Graphique 23 : Projection de l’effort de défense luxembourgeois d’ici 2030 .........................91 17 PARTIE I Résilience économique dans un contexte d’incertitudes 18 1 Perspectives mondiales : croissance et assouplissement monétaire hétérogènes sur fond de tensions géopolitiques La croissance mondiale devrait atteindre 3,2% cette année selon le Fonds Monétaire International (FMI) et croître de 0,1% supplémentaire en 2025. Ces perspectives, plus favorables qu’au début de l’année, sont notamment dues à l’assouplissement des politiques monétaires ainsi qu’au dynamisme économique des pays émergents. La répartition de cette croissance demeure, quant à elle, hétérogène. Suite à la baisse de l’inflation dans la majorité des pays au cours de l’année, les principales banques centrales ont baissé leurs taux directeurs et devraient continuer sur cette trajectoire, mais à des rythmes différents. Les projections de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montrent que l'inflation mondiale dans les pays du G20 devrait passer de 5,9% en 2024 à 3,6%1 en 2025, avec des niveaux d'inflation plus faibles dans les économies avancées. La Zone euro, par exemple, devrait connaître une inflation de 2,3% en 2024, après avoir atteint un pic de 8,4%2 en 2022. Cependant, ces baisses masquent des disparités importantes entre les pays : si l'inflation des biens est revenue à un niveau plus normal, celle des services reste élevée, dépassant les 6% dans certaines économies d’Europe centrale. Aux Etats-Unis, l'inflation persiste, avec une hausse des prix des services qui freine le retour à un niveau conforme aux objectifs. En conséquence, la Réserve Fédérale (FED) a maintenu ses taux d’intérêt élevés plus longtemps que prévu et n’a entamé une baisse qu’à la fin de l’été. En revanche, d’autres économies comme la Zone euro, le Canada ou la Chine ont déjà entamé une normalisation de leurs politiques monétaires. La Banque centrale européenne (BCE) prévoit une stabilisation progressive de ses taux à mesure que les pressions inflationnistes sur les biens et services s’atténuent. La Banque du Canada a également réduit ses taux pour la première fois depuis leur hausse à 5% en juillet 2023. La Chine, elle, poursuit l’orientation expansionniste de sa politique monétaire, visant à soutenir la consommation, l’investissement et la stabilité du secteur immobilier. La Russie a récemment augmenté ses taux afin de contenir une inflation élevée et persistante. En termes de croissance économique, les Etats-Unis ont vu leur prévision révisée à la baisse à 2,6% en 2024 et continuent d'afficher les signes d’un ralentissement, en raison notamment de la baisse de la consommation des ménages et de la faiblesse des exportations nettes. L’année prochaine, le FMI estime que la croissance américaine passera sous la barre des 2% pour atteindre 1,9%3 dans le meilleur scénario. La Chine, traditionnellement considérée comme le moteur de la croissance mondiale, montre à son tour des signes de faiblesse, notamment dans son secteur immobilier, qui peine à se redresser. Elle devrait néanmoins conserver une croissance de 5% en 2024, stimulée par une reprise de la consommation intérieure et une hausse des exportations. Cependant, la prévision de croissance chinoise pour 2025 a été révisée à la baisse à 4,5%, reflétant des défis structurels, comme le vieillissement de la population et la baisse de la productivité. D’autres indicateurs inquiètent également les spécialistes, comme la faible rentabilité des entreprises chinoises, largement subventionnées par le Gouvernement. Les projections du FMI prévoient ainsi un ralentissement du PIB chinois qui tomberait à 3,3% d'ici 2029. L'Inde, avec une croissance OCDE, Perspectives économiques, volume 2024, page 12. OCDE, Perspectives économiques, volume 2024, page 14. 3 FMI, Mise à jour des perspectives de l’économie mondiale, juillet 2024, page 6. 1 2 19 attendue de 7%, demeure l'une des économies les plus dynamiques, profitant d'investissements publics massifs et d'une consommation privée en expansion, en particulier dans les zones rurales. Cette performance est également tirée par un secteur technologique en plein essor et des investissements massifs dans les infrastructures. En Europe, la reprise reste modeste, avec une prévision de croissance de 0,9% en 2024 dans la Zone euro, tirée principalement par le secteur des services, alors que l'industrie manufacturière continue de souffrir. La reprise dans la Zone euro est attribuée à une augmentation des salaires réels et à des conditions de financement plus favorables à la suite d’un assouplissement progressif de la politique monétaire de la BCE, qui pourrait contribuer à une croissance plus solide en 2025, à 1,5%. Le commerce mondial connaît une reprise fragile. Après une stagnation en 2023, avec un taux de croissance inférieur à 1%, les projections pour 2024 et 2025 prévoient une hausse annuelle d’environ 3,1% puis 3,4%. Ce redressement est en grande partie dû à une augmentation des exportations asiatiques, en particulier dans les technologies. Cette reprise est cependant freinée par une faible performance manufacturière mondiale, exacerbée par les perturbations des chaînes d'approvisionnement, les prix de l’énergie volatiles et l'incertitude géopolitique. L'OCDE met en garde contre un risque de décélération supplémentaire si la reprise en Chine s’avère plus faible que prévu. En effet, la demande intérieure chinoise reste essentielle pour le redressement du commerce international. Les pays émergents, en particulier ceux d’Asie, continuent de jouer un rôle crucial dans la reprise économique, avec des taux de croissance presque deux fois plus élevés que ceux des économies avancées. Alors qu’une reprise économique mondiale plus soutenue est espérée pour 2025, celle-ci reste tributaire de l’évolution des tensions géopolitiques. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ainsi que les tensions entre la Chine et Taïwan, pourraient impacter les prix de l’énergie à la hausse, et donc les projections en termes d’inflation, ainsi que la fluidité du commerce dans le golfe Persique ou en mer de Chine. De plus, les tensions commerciales entre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe, ajoutent une incertitude supplémentaire aux prévisions, pouvant freiner la croissance du commerce mondial à moyen terme. 2 L’économie européenne en quête d’un nouveau souffle La situation économique européenne en 2024 est caractérisée par une reprise de la croissance hétérogène entre pays. Le FMI table sur une projection de croissance à 0,9% dans la Zone euro, tandis que l’OCDE se montre moins optimiste et estime une croissance de 0,7%. Les documents budgétaires, eux, tablent sur une croissance de 0,8%, estimation issue de Oxford Economics. Un chiffre légèrement plus élevé que le taux de 0,5% de croissance de la Zone euro en 2023, grâce notamment à la baisse de l’inflation et au dynamisme du marché du travail européen, soutenant les revenus réels et la consommation des ménages4. Cette reprise économique reste plus timide dans certains pays comme l’Allemagne, en récession en 2023, et qui ne devrait pas dépasser 0,2% de croissance en 2024. Le pays est victime de la perte de compétitivité de son industrie, qui a vu son niveau de production décliner encore cette année, en raison de taux d’intérêt élevés, d’une chute de la demande 4 Direction générale du Trésor française, N°349, Septembre 2024, page 4. 20 internationale et du prix élevé de l’énergie. En France, la croissance devrait ralentir et s’établir entre 0,7% et 0,9% selon, respectivement, l’OCDE et le FMI, du fait notamment de conditions de financement restrictives ayant pesé sur l’investissement et la consommation, et d’une baisse des exportations. D’autres pays affichent cependant une dynamique plus positive : l’Espagne et le Portugal enregistrent une croissance plus soutenue, estimée à, respectivement, 2,9% et 1,6% en 2024 selon le FMI, tirée notamment par les secteurs des services et du tourisme. Si les prix de l’énergie se sont stabilisés, offrant un répit aux entreprises européennes en réduisant les coûts d’exploitation dans plusieurs secteurs, cette accalmie n’a pas suffi à endiguer complètement l’inflation, notamment dans les services, où les coûts salariaux représentent une part importante des charges. En 2025, la croissance des salaires devrait fléchir, à mesure que les goulets d’étranglement dans les services se réduisent, ce qui devrait porter l’inflation sous-jacente à 2% environ mi-2025 selon l’OCDE. Alors que les politiques monétaires s’assouplissent peu à peu, les politiques budgétaires tendent à devenir plus restrictives en 2024. De nombreux pays européens doivent reconstituer leurs marges de manœuvre budgétaires, après les dépenses importantes engagées en réponse à la pandémie et à la crise énergétique. De plus, les pays doivent engager des réformes structurelles visant à améliorer l’efficacité des dépenses publiques pour assurer leur viabilité, indispensables pour faire face aux dépenses liées au vieillissement de la population et à la transition climatique et digitale. L'économie européenne montre donc des signes de faiblesse, notamment en raison des divergences économiques et structurelles entre pays, de l'inflation persistante dans les services et d’une industrie souffrant de prix de l’énergie élevés et d’une guerre commerciale menée par la Chine et les Etats-Unis. Les disparités structurelles des pays européens et la perte de compétitivité de son industrie posent des défis importants pour la stabilité et la résilience à long terme de la Zone euro. En termes de perspectives, l’OCDE et le FMI s’accordent sur une reprise de la croissance l’année prochaine, avec un taux de 1,5% en 2025. A moyen terme, la consommation privée devrait se renforcer, stimulée par une progression des revenus réels dans un contexte de recul de l’inflation. Les investissements devraient augmenter grâce à des conditions de financement plus favorables, soutenues par un assouplissement progressif des politiques monétaires. La réduction des taux d’intérêt mi-2024 et l’amélioration des perspectives de demande permettront un redressement modéré de l’investissement privé. Cependant, les risques de dégradation par rapport aux projections subsistent. Une nouvelle escalade des tensions géopolitiques pourrait entraîner une nouvelle hausse des prix de l’énergie, relancer l’inflation en Europe et affaiblir la demande en provenance des principaux partenaires commerciaux de la Zone euro. 21 3 Au Luxembourg, les signes d’une lente reprise économique En 2024, l’économie luxembourgeoise a montré des signes de reprise, et ce après 6 trimestres consécutifs de baisse annuelle. A la fin du 1er semestre, l’acquis de croissance pour l’économie dans son ensemble s’établit à 0,7%. Afin d’arriver à la prévision de 1,5% à la base des documents budgétaires comme le montre le tableau 1, une poursuite de la reprise s’avère nécessaire. 2025 serait marquée par un rebond, mais moins prononcé qu’annoncé encore dans la note de conjoncture 1-24 du STATEC (+3,0%), puisqu’il serait de +2,7%. Selon l’exposé des motifs du projet de budget 2025, « [l]a révision n’est pas due à des facteurs spécifiques, mais liée à la dégradation générale des perspectives d’évolution à moyen terme ». En effet, en ce qui concerne l'emploi salarié, il a connu une croissance des plus modestes de 0,9% entre juillet 2023 et juillet 2024. Sur l’ensemble de l’année, la hausse devrait se situer autour de ce même montant de 0,9%. Pour 2025, l’estimation de croissance de l’emploi salarié a également été revue à la baisse par rapport au projet de budget pour 2024 : 1,5% contre 2,1%. Le taux de chômage devrait s’établir à 5,9% en 2024, avec une augmentation notable de 19,4% du nombre de demandeurs d'emploi titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur en un an. Il atteindrait 6% en 2025. Tableau 1 : Prévisions macroéconomiques à la base des documents budgétaires 1995-2023 2023 2024 2025 2026 2027 2028 Évolution en % (ou spécifié différemment) PIB (en vol.) 3,0 Emploi total intérieur Taux de chômage (% de la pop. active, déf. ADEM) 3,1 4,6 Indice des prix à la consommation (IPCN) 2,1 -1,1 2,2 1,5 2,7 2,0 3,2 0,9 1,6 2,2 2,5 5,2 5,9 1,5 6,0 6,1 5,8 5,6 3,7 2,3 2,6 1,7 1,5 1,8 3,0 Source : Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2025. En 2024, le secteur industriel enregistre une baisse de 1,5% de l'emploi sur base annuelle. Par ailleurs, l'indicateur de confiance qui avait atteint un niveau bas en juin 2023, montre des signes de légère amélioration. Il demeure toutefois instable, avec une forte baisse en juillet suivie d'une remontée en septembre. Les perspectives de production, particulièrement dans les secteurs de la métallurgie et des produits métalliques, restent fortement volatiles et reculent au troisième trimestre de l’année. Le secteur immobilier, qui avait fortement souffert de la hausse des taux d’intérêt et qui a encore vu les prix de vente des logements baisser de 0,7% au premier trimestre 2024, a connu un léger regain de 1% au deuxième trimestre, marquant une première hausse depuis fin 2022, principalement grâce aux ventes d'appartements. Les prix restent inférieurs de 8,3% par rapport à l'année dernière et de 15,5% par rapport au pic du troisième trimestre 2022. Le nombre de transactions immobilières a augmenté de 26% sur l’année, soutenu par la baisse des prix, et la vente de biens anciens selon le STATEC. Toutefois, le secteur de la construction est toujours à la peine, conséquence directe du ralentissement du marché immobilier. Au deuxième trimestre 2024, l'emploi dans la construction a baissé de 1,6%, soit 760 salariés, poursuivant une tendance de repli similaire aux deux trimestres précédents. 22 A l’inverse, le secteur financier luxembourgeois a connu un rebond notable en 2024, enregistrant une croissance de 3,1% en valeur et de 0,2% en volume au deuxième trimestre. Les sociétés financières ont profité de l'augmentation des actifs liés aux fonds d’investissement et des primes d’assurance vie, qui ont augmenté de 35% sur un an. Les résultats des banques ont connu une hausse de 25% sur un an, soutenus par l'augmentation des commissions, malgré une modeste progression des marges d'intérêt de 2% sur un an, contrastant avec une croissance à deux chiffres enregistrée pendant dix trimestres consécutifs, selon le STATEC. Enfin, les indicateurs de confiance des ménages au Luxembourg demeurent toujours négatifs depuis décembre 2021, mais stables, laissant présager des intentions d'épargne élevées. En septembre, l'inflation a reculé de 0,4 point et atteint 1,3%, principalement grâce à la baisse des prix de l'énergie, tandis que les services continuent d'être affectés par l'inflation. 23 PARTIE II Des évolutions en demi-teinte …

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