📄 Texte de loi
CHAMBRE DE
COMMERCE
LUXEMBOURG
Le quantitatif l'emporte toujours sur le qualitatif
Avis de la Chambre de Commerce
Projet de loi n°7500 concernant
le budget des recettes et des dépenses
de l'Etat pour l'exercice 2020
(5363CCH/BMU)
Projet de loi n°7501 relatif à
la programmation financière
pluriannuelle pour la période 2019-2023
(5364BMU/CCH)
%
Projet de loi n°7500 concernant le budget des recettes et des
dépenses de l'Etat pour l'exercice 2020 (5363CCH/BMU)
Projet de loi n°7501 relatif à la programmation financière
pluriannuelle pour la période 2019-2023 (5364BMU/CCH)
AVIS DE LA
CHAMBRE DE COMMERCE
Le quantitatif l'emporte toujours sur le
qualitatif
21 novembre 2019
3
Résumé exécutif
Le 14 octobre dernier, le Gouvernement a déposé non seulement le projet de budget
proprement dit pour 2020, mais également un projet pluriannuel portant sur les années 2019
à 2023. La Chambre de Commerce salue une fois encore la présence d'un tel volet allant audelà du court terme. Elle souhaiterait cependant qu'au-delà des discours, les budgets
successifs soient davantage l'occasion d'embrasser à bras le corps la problématique de
l'évolution à long terme de l'économie et de la société luxembourgeoises.
La dimension du long terme devrait tout d'abord davantage irriguer le projet de budget
proprement dit, avec une véritable analyse de soutenabilité des finances publiques
luxembourgeoises. Le projet de budget pluriannuel, en particulier, devrait constituer une
« rampe de lancement » vers le long terme (avec notamment des réflexions sur le fonds
souverain, les coûts du vieillissement, la planification à 10 ou 20 ans des investissements
publics, etc.) plutôt qu'un simple prolongement du projet de budget de l'année à venir, reposant
sur une liste assez disparate d'articles budgétaires ne répondant encore qu'imparfaitement
aux exigences de la prometteuse « refonte budgétaire ».
Qui dit vision à long terme dit également prise en compte dès maintenant, dans les politiques
dont le budget ne constitue que l'un des supports, des exigences d'une croissance plus
qualitative. Le Luxembourg a, ne serait-ce que pour assurer le financement de ses régimes
sociaux, besoin d'une croissance soutenue. Cette dernière ne pourra cependant
s'accompagner ad vitam aeternam d'une progression exponentielle de la main-d'œuvre, en
raison notamment des tendances à la diminution future des personnes en âge de travailler au
sein de la Grande Région. La croissance doit par ailleurs être économe en ressources
naturelles et s'accompagner de capacités accrues de transport et de logement.
La Chambre de Commerce se félicite du surplus enregistré par l'Administration centrale en
2018, à concurrence de 263 millions EUR — les entreprises ont largement contribué à ce
résultat grâce à un impôt sur le revenu des collectivités particulièrement dynamique depuis
2016. Elle constate cependant que cet excédent est des plus vulnérables, du fait notamment
de la fragilité des recettes. Les autorités prévoient d'ailleurs un retour aux déficits dès 2019 et
surtout en 2020, avec quelque 640 millions EUR de déficit — soit un déficit qui, en dépit d'une
croissance économique relativement soutenue, serait pratiquement aussi élevé que les
impasses budgétaires enregistrées au cours de la période 2009-2012 (soit en plein cœur de
la crise économique et financière et de celle des dettes souveraines).
A la faveur d'une plus grande rigueur dans l'évolution des dépenses sur la période 2021 à
2023, l'Administration centrale renouerait cependant avec les surplus en 2023 (+158 millions
EUR).
Ce redressement dépend cependant de manière cruciale de la réalisation des perspectives de
croissance. Dans un contexte de freinage des perspectives économiques mondiale, la
Chambre de Commerce a calculé qu'en cas de diminution du taux de croissance du PIB de
1% par an de 2020 à 2023, le solde budgétaire de l'ensemble des Administrations publiques
se réduirait à concurrence de 1.400 millions EUR en 2023, principalement au détriment de
l'Administration centrale. En effet, le contexte économique mondial et européen se caractérise
avant tout par la multiplication des risques et incertitudes.
4
La trajectoire gouvernementale vers l'équilibre dépend aussi de manière cruciale de
l'encadrement accru des dépenses escompté sur la période 2020-2023, avec une progression
annuelle ramenée à 4%. Or de 2000 à 2018, les dépenses courantes tant de l'Administration
centrale que des Administrations publiques ont progressé de 6% par an en moyenne (et elles
augmenteraient même de 6,8% l'an sur la période 2018-2020, à la faveur notamment de
recettes d'IRC fort dynamiques depuis 2016). Par rapport aux pays limitrophes, le Luxembourg
affiche de surcroît des dépenses per capita deux fois plus élevées et progressant deux fois
plus rapidement. En l'absence d'une approche résolument nouvelle, basée notamment sur un
examen « au cas par cas » des dépenses consistant à les évaluer au regard d'objectifs
« qualitatifs » concrets pour nos citoyens et nos entreprises, un ralentissement durable de la
hausse des dépenses pourrait rester lettre morte. D'autant que les dépenses « rigides » ou
difficilement réversibles de l'Administration centrale représentent selon nos calculs les trois
quarts de l'ensemble des dépenses de cette entité.
La maîtrise des dépenses est pourtant la précondition absolue au renforcement de cet
indispensable atout que constitue la stabilité et la prévisibilité fiscale au Luxembourg. Au-delà
et dans un contexte de compétition fiscale exacerbée sur le plan international, le Luxembourg
doit adopter une posture moins « défensive », notamment en favorisant la création et le
développement de « jeunes pousses », en améliorant sa capacité à attirer des professionnels
hautement qualifiés et en veillant à une convergence graduelle de son taux d'affiche de l'impôt
des collectivités (près de 25% actuellement) vers le taux médian de l'Union européenne (qui
est de l'ordre de 21%).
L'avis de la Chambre de Commerce de cette année est abordé de manière plus détaillée cidessous, à travers 10 « grands messages ».
L'avis de la Chambre de Commerce en 10 messages
1. Croissance économique : beaucoup de risques dans un environnement mondial
incertain
Le projet de budget table sur une augmentation du PIE de l'ordre de 2,8% par an sur la période
2019 à 2023. Selon la Chambre de Commerce, un décrochage de ce taux de croissance à
raison de 1 point de pourcentage à partir de 2020 changerait cependant du tout au tout la
situation budgétaire des Administrations publiques à l'horizon 2023. Or les risques ne font
assurément pas défaut, avec la résurgence de tensions commerciales et géopolitiques, le
ralentissement économique au sein de la zone euro, la volatilité intrinsèque des marchés
financiers (un risque très présent pour les recettes fiscales luxembourgeoises), diverses
initiatives fiscales internationales et les risques économiques liés au rehaussement de la
fiscalité luxembourgeoise en cas de détérioration du solde budgétaire (particulièrement dans
une économie très ouverte). Ces facteurs viennent se greffer sur divers risques dits « à moyen
terme », qui commencent cependant à se matérialiser. Il s'agit en particulier du vieillissement
tendanciel de la population — le Luxembourg serait le pays de l'Union européenne le plus
exposé aux coûts associés selon les autorités européennes — ou encore de la bonne gestion
des transports et du logement.
5
2. La révolution de l'architecture budgétaire : on en a beaucoup parlé, on l'a aussitôt
un peu oubliée
Une nouvelle gouvernance budgétaire a été annoncée et même amorcée à l'occasion du projet
de budget 2014. Au moins 5 années plus tard, la Chambre de Commerce constate que des
pas dans la bonne direction ont été effectués, par exemple la réduction de l'écart entre la
comptabilisation suivant les règles de la comptabilité européenne standardisée, d'une part, et
la loi luxembourgeoise sur la comptabilité de l'Etat d'autre part, ou encore une présentation
plus complète des comptes des Administrations publiques et des pouvoirs locaux. Est à saluer
également la présentation de projets de budget pluriannuels.
La Chambre de Commerce regrette cependant l'absence de véritables plafonds pluriannuels
de dépenses ou de normes de progression soutenable, elle constate que la surveillance de la
soutenabilité à terme des finances publiques est largement perfectible et note l'absence à ce
jour d'une budgétisation par objectifs (sur la base notamment d'indicateurs concrets de
performance). Elle plaide ainsi pour l'adoption d'une véritable norrne d'encadrement des
dépenses de l'Administration centrale, qui devrait dès que possible faire l'objet d'une
discussion générale.
3. Recettes des Administrations publiques dynamiques, mais est-ce durable ?
Les recettes des Administrations publiques ont augmenté de quelque 15% de 2017 à 2019.
Le Gouvernement peut remercier les entreprises, l'impôt sur le revenu des collectivités (IRC)
ayant bondi de 60% de 2016 à 2019. Il s'y ajoute une vive progression de l'impôt commercial
communal, de l'impôt sur la fortune et de la taxe d'abonnement. Mais cette flambée est-elle
durable ? Elle reflète en partie un phénomène spécifique, à savoir la montée en puissance des
soldes d'IRC liés aux années fiscales antérieures résultant de l'introduction en 2017 de la
déclaration électronique obligatoire. Ce facteur crucial ne peut malheureusement être étayé
par des chiffres précis, la répartition de l'IRC entre avances et soldes antérieurs étant diffusée
avec plusieurs années de retard. Un autre élément ayant pu étoffer la base d'imposition est la
mise en œuvre des recommandations BEPS (« Base erosion and profit shifting »). Dans ce
contexte incertain, la Chambre de Commerce considère que le Luxembourg doit dès que
possible mieux appréhender l'évolution future des impôts directs sur les sociétés et ses
déterminants — toute l'expertise disponible ne sera pas de trop pour ce faire. Elle met par
ailleurs en garde contre le financement de dépenses souvent incompressibles au moyen de
recettes fragiles, qui devraient plutôt être canalisées vers le fonds souverain
intergénérationnel, actuellement sous-financé. Il conviendrait dès lors de prévoir une montée
en puissance graduelle de la dotation au fonds souverain, qui irait de pair avec un
ralentissement de la progression des dépenses.
4. Niveau et croissance des dépenses des Administrations publiques : « deux fois
deux » au Luxembourg
Le Luxembourg dispose d'une marge de manœuvre évidente pour financer la canalisation vers
le fonds souverain de recettes additionnelles, à savoir un meilleur encadrement des dépenses.
Le Projet de loi relatif à la programmation financière pluriannuelle (PLPFP) annonce une
décélération marquée de la progression des dépenses de l'Administration centrale sur la
période 2021 à 2023, avec une croissance de 4% l'an contre 6% de 2000 à 2018. La Chambre
6
de Commerce salue cette intention, mais elle rappelle que l'annonce de telles décélérations
relève désormais d'un véritable rituel : tous les PLPFP successifs ont jusqu'à présent laissé
miroiter un ralentissement de la hausse des dépenses au fil des horizons temporels successifs
couverts par ces lois, sans succès jusqu'à présent. Le Luxembourg continue à se distinguer
de ses voisins, tant en termes de niveau absolus des dépenses publiques par tête (le double
approximativement, quel que soit le domaine d'activité concerné) qu'en ce qui concerne le
taux de progression des dépenses depuis 2000 (le double également en termes de dépenses
nominales, avec +6% l'an contre +3% environ dans les trois pays limitrophes). Le fait que les
dépenses publiques revêtent un caractère de plus en plus rigide ne contribue assurément pas
à améliorer la situation.
5. Dépenses courantes rigides, une fatalité ?
La Chambre de Commerce a examiné de près les dépenses dites rigides de l'Administration
centrale, à savoir la rémunération des employés publics, les dépenses à caractère social et
divers transferts courants (orientés essentiellement vers les communes et la sécurité sociale).
La rémunération des salariés de l'Administration centrale est un poste particulièrement
dynamique, avec une augmentation de quelque 73% entre 2010 et 2020 sur laquelle viendrait
se greffer un nouvel accroissement de 16% entre 2020 et 2023. Bon an mal an, la
rémunération des employés s'établirait à 24% de l'ensemble des dépenses de l'Administration
centrale. Ces évolutions ne surprennent guère, compte tenu notamment des engagements
supplémentaires prévus dans les documents budgétaires. A ces engagements, qui détournent
du secteur privé une main-d'œuvre très qualifiée, s'ajoutent des rémunérations publiques
élevées en comparaison internationale.
Autres dépenses « rigides », les dépenses sociales de l'Administration centrale
progresseraient quant à elles de 10% entre 2020 et 2023, pour atteindre 8,5% des dépenses
totales de cette entité. Enfin, les « Autres transferts courants » augmenteraient de 15% entre
2020 et 2023, pour se monter à 42% des dépenses de l'Administration centrale. Au total, les
trois dépenses « rigides » précitées représenteraient 75% des dépenses de l'Administration
centrale en 2023.
6. Investissements publics : pas si mal, mais peut toujours mieux faire
Les investissements publics totaux passeraient de 2.593 millions EUR en 2019 à 3.214 millions
en 2023 (comptabilité harmonisée « SEC 2010 »), une hausse remarquable en apparence
mais assez contenue en pourcentage du PIB (soit l'indicateur reflétant le mieux les besoins en
investissements). A cette aune, les investissements publics s'établiraient à 4,25% du PIB en
2023, soit à peine plus que le niveau moyen de 4,13% enregistré de 2000 à 2018 (avec des
pointes à 5%). Un tel niveau de 4% paraît certes élevé par rapport à des pays voisins comme
l'Allemagne et la Belgique, mais ces deux pays sont tous sauf des modèles en la matière, leurs
investissements annuels permettant à peine de maintenir à flot leurs « stocks de capital »
publics. La France et les Pays-Bas investissent pour leur part autant que le Grand-Duché par
rapport au PIB, alors que ce dernier présente un taux de croissance tendanciel nettement plus
élevé, qui justifierait par rapport à ces deux pays des investissements publics additionnels.
Compte tenu du risque accru de « goulets d'étranglement » en matière de transport ou de
logement (notamment) dans une économie à forte croissance, la Chambre de Commerce
7
recommande la mise en place d'une commission nationale des investissements publics.
Composée d'experts et d'autres parties prenantes, elle permettrait d'identifier les besoins
d'investissement de manière cohérente sur un horizon d'au moins 10 années.
7. La situation des « fonds » : un patrimoine public important, mais géré de façon trop
atomisée
La situation financière des Administrations publiques luxembourgeoises est objectivement
bonne, avec des actifs financiers totaux de 78% du PIB faisant face à des engagements
financiers de l'ordre de 30% du PIB — les avoirs financiers nets se montant dès lors à quelque
48% du PIB à la fin 2018. Cependant, ces avoirs nets ont stagné, voire même légèrement
diminué depuis 2000, malgré la montée en puissance de cette importante composante que
constitue le Fonds de compensation du régime général de pension (32% du PIB à la fin 2018).
Or selon l'IGSS (bilan technique de 2016), les actifs du Fonds de compensation vont en
pourcentage du PIB atteindre leur point culminant en 2020 et commencer à décliner de
manière substantielle par la suite. Le Luxembourg est donc parvenu à un point de
basculement, qui l'oblige à gérer au mieux ses comptes sociaux mais également ses actifs
financiers. Or le projet de budget met en relief une « atomisation » des véhicules
d'investissement, a priori peu propice à une gestion « en bon père de famille » (fonds de
compensation, fonds de rééquilibrage, fonds souverain intergénérationnel, etc.).
8. Fiscalité : qui a parlé d'un « paradis fiscal » ?
Le Luxembourg est loin de répondre à l'image d'Epinal d'un « paradis fiscal », comme le
résument deux chiffres : un taux global standard d'imposition des entreprises de près de 25%
en 2019 (contre une médiane de 21% au sein de l'Union européenne) et un taux marginal
maximal d'imposition des ménages de 45,8% (contre 42,6% en zone euro selon Eurostat). Le
Luxembourg devrait au plus vite et selon un calendrier annoncé à l'avance (« roadmap »)
effacer ces handicaps, et atténuer (sinon supprimer) ces « onéreuses singularités » que
constituent l'impôt sur la fortune et la taxe d'abonnement. Devrait s'ajouter une stratégie
coordonnée de développement de la recherche et développement (auprès des PME
notamment) et des « jeunes pousses » (qui figurent parmi les « chevilles ouvrières » de la
croissance qualitative) et visant à attirer au Luxembourg des professionnels hautement
qualifiés.
9. Un contraste saisissant entre une situation « instantanée » favorable et des
perspectives « plombées »
Il est difficile de sensibiliser le grand public et même les décideurs aux problèmes à moyen et
long termes du Luxembourg, étant donné le « grand écart » entre la situation économique
actuelle et la situation prévisible sur un horizon de moyen terme. Ainsi et à titre d'exemple, le
Luxembourg présentait en 2018 le solde des Administrations publiques le plus favorable au
sein de l'UE, mais par ailleurs selon le Groupe de travail européen sur le vieillissement
démographique, le Grand-Duché est le pays de l'UE qui devra faire face à la « facture du
vieillissement » la plus lourde au sein du l'Union. Le biais de perception favorisé par une telle
situation est néfaste, tant une gestion d'ensemble cohérente s'impose dans un pays comme
le Luxembourg.
8
Le Grand-Duché est en effet en bute à un dilemme : il a besoin d'une croissance soutenue,
mais d'autre part cette dernière est déjà confrontée à divers obstacles, chaque jour plus
redoutables — le logement, la voirie, le transport, etc. D'où la question (centrale) de la
« croissance qualitative », traitée dans notre ultime message.
10. Plaidoyer pour une croissance soutenue et qualitative
Le Luxembourg a impérativement besoin d'une croissance soutenue, ne serait-ce que pour
assurer le financement de ses régimes sociaux. Une telle croissance doit aller de pair avec
une plus grande efficacité, se traduisant par une moindre consommation de ressources
(naturelles notamment) et avec une franche accélération de la progression de la productivité,
le tout en veillant à ce que les trois piliers qui composent la croissance — l'économique,
l'environnemental et le social, sous-tendent chaque mesure mise en œuvre, avec une
évaluation ex ante des coûts et des bénéfices. La stratégie économique du Luxembourg doit
conjuguer attractivité économique, cohésion sociale et transition environnementale afin de
tendre vers un modèle agile et qualificatif.
Un délicat équilibre, que menacent certaines tendances lourdes actuelles. La Chambre de
Commerce attire en particulier l'attention sur le logement et sur la mobilité. Selon le second
volet du récent « Politmonitor », le logement est d'ailleurs en tête des préoccupations des
Luxembourgeois. Seule une offensive tous azimut, assise sur une large panoplie de mesures
et cessant de subsidier massivement la demande, permettra d'étoffer l'offre et ainsi de freiner
la hausse des prix immobiliers. La mobilité est la seconde préoccupation des Luxembourgeois
selon le Politmonitor. Les phénomènes de congestion actuellement observés sont nocifs pour
l'environnement, le bien-être social et le développement des activités économiques. L'Etat doit
dans ce contexte veiller à une adéquation spatiale accrue entre l'habitat et les lieux du travail
et à une meilleure cartographie des activités.
* * * * *
La Chambre de Commerce appelle le Luxembourg à opter pour une véritable « stratégie
d'avenir », consistant dans la foulée du processus « Troisième révolution industrielle » à
identifier clairement les différents défis à long terme auxquels il devra faire face et à les aborder
comme un ensemble pleinement intégré. Qui dit croissance purement extensive dit pressions
sur la voirie, les transports, le coût du logement, etc. En l'absence d'une réaction politique
décisive, ces facteurs ne peuvent qu'entamer l'attractivité du Grand-Duché pour les différents
« stakeholders » (citoyens, travailleurs non-résidents et entreprises, notamment). Avec à
terme autant d'hypothèques pour notre économie, la cohésion sociale, l'environnement ou nos
régimes sociaux.
9
TABLE DES MATIERES
Partie l : L'environnement conjoncturel
13
1
2
3
4
14
15
16
17
Un ralentissement généralisé
Des politiques commerciales et nationales qui pèsent sur tous
Pays voisins : des évolutions contrastées
Luxembourg : les premières alertes d'un ralentissement
Partie II : La situation des Administrations publiques en quelques grands chiffres
21
1
Administration centrale
1.1
Les dépenses de l'Administration centrale
22
22
1.2
Les recettes de l'Administration centrale
24
1.3
Le solde de l'Administration centrale
26
2
3
4
5
Administrations de sécurité sociale
2.1
Les dépenses des Administrations de sécurité sociale
27
27
2.2
Les recettes des Administrations de sécurité sociale
28
2.3
Le solde des Administrations de sécurité sociale
29
Administrations locales
Administration publique
Dette publique
Partie Ill : L'avis de la Chambre de Commerce en 10 grands messages
30
33
35
37
1
Croissance économique : beaucoup de risques dans un environnement mondial incertain
38
2 Révolution de l'architecture budgétaire : on en a beaucoup parlé, on l'a aussitôt un peu
oubliée
42
3
Recettes des Administrations publiques dynamiques, mais est-ce durable ?
46
4 Niveau et croissance des dépenses des Administrations publiques : « deux fois deux » au
Luxembourg
53
5 Dépenses courantes rigides, une fatalité ?
57
6
Investissements publics : pas si mal, mais peut toujours mieux faire
62
7
Situation des « fonds » : un patrimoine public important, mais géré de façon trop
« atomisée »
67
Fiscalité : qui a parlé d'un « paradis fiscal » ?
8
70
9 Contraste saisissant entre une situation « instantanée » favorable et des perspectives
« plombées »
74
10 Plaidoyer pour une croissance soutenue et qualitative
77
Annexe
81
Position relative à certaines dispositions fiscales
82
10
SOMMAIRE DES TABLEAUX
22
Tableau 1 : Dépenses 2019 et 2020 de l'Administration centrale
24
Tableau 2 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l'Administration centrale
Tableau 3 : Recettes 2019 et 2020 de l'Administration centrale
25
Tableau 4 : Evolution pluriannuelle des recettes de l'Administration centrale
25
27
Tableau 5 : Evolution pluriannuelle du solde de l'Administration centrale
Tableau 6 : Dépenses 2019 et 2020 des Administrations de sécurité sociale
27
Tableau 7 : Evolution pluriannuelle des dépenses des Administrations de sécurité sociale 28
28
Tableau 8 : Recettes 2019 et 2020 des Administrations de sécurité sociale
Tableau 9 : Evolution pluriannuelle des recettes des Administrations de sécurité sociale 29
30
Tableau 10 : Evolution pluriannuelle du solde des Administrations de sécurité sociale
32
Tableau 11 : Evolution pluriannuelle des dépenses des Administrations locales
32
Tableau 12 : Evolution pluriannuelle des recettes des Administrations locales
33
Tableau 13 : Evolution pluriannuelle des soldes des Administrations locales
Tableau 14 : Evolution pluriannuelle des recettes, des dépenses et des soldes des
33
Administrations publiques
Tableau 15 : Evolution pluriannuelle des soldes des Administrations publique, centrale, locales
34
et de sécurité sociale
Tableau 16 : Impact d'une croissance moindre du PIB de 1% sur le solde des Administrations
39
publiques
Tableau 17 : Exemples de recettes « vulnérables » susceptibles de constituer des sources
50
d'alimentation du fonds souverain intergénérationnel
Tableau 18 : Evolution pluriannuelle des dépenses de rémunération des salariés de
57
l'Administration centrale
Tableau 19 : Evolution pluriannuelle des dépenses de rémunération des salariés des
58
Administrations publiques
Tableau 20 : Evolution pluriannuelle des dépenses « sociales » de l'Administration centrale
60
Tableau 21 : Evolution pluriannuelle des dépenses « rigides » de l'Administration centrale 61
75
Tableau 22 : « Grand écart » luxembourgeois
SOMMAIRE DES GRAPHIQUES
Graphique 1 : Evolution pluriannuelle des soldes des Administrations publique, centrale,
34
locales et de sécurité sociale
36
Graphique 2 : Evolution de la dette publique
Graphique 3 : Impôts sur le revenu des personnes morales : un vif accroissement de 2016 à
46
2019
48
Graphique 4 : Produit de l'IRC — avances et arriérés
Graphique 5 : Evolution des actifs totaux du FSIL en fonction du montant de la dotation
52
annuelle
Graphique 6 : Trajectoires d'évolution des dépenses totales de l'Administration centrale dans
54
les PLPFP successifs
Graphique 7 : Dépenses courantes hors charges d'intérêt des Administrations publiques 55
Graphique 8 : Dépenses totales des Administrations publiques par habitant
56
Graphique 9 : Ratio entre la population résidente et le nombre de fonctionnaires et employés
59
publics
Graphique 10 : Ratio entre les dépenses de rémunération des salariés et la population
59
résidente
Graphique 11 : Ratios d'investissement au Luxembourg et dans les quatre pays
63
« avoisinants »
Graphique 12 : Evolution des avoirs et engagements financiers des Administrations publiques
67
luxembourgeoises
11
Graphique 13 : Actifs financiers totaux dans les pays de l'Union européenne et en Norvège
68
Graphique 14 : Taux nominaux globaux d'affiche d'imposition des sociétés dans l'UE en 2018
71
76
Graphique 15 : Effet ciseau des recettes et des dépenses de l'Administration centrale
SOMMAIRE DES ENCADRES
51
Encadré 1 : Pour un fonds souverain disposant de réelles marges de manœuvre
Encadré 2 : Organismes chargés de planifier à long terme les infrastructures au Royaume65
Uni, en Australie, en Ontario, en Nouvelle-Zélande et à Singapour
12
13
PARTIE I
L'environnement conjoncturel
14
1 Un ralentissement généralisé
Depuis la fin de l'année 2018, les signes de décélération de la croissance mondiale deviennent
tangibles. Le taux de croissance de l'année 2019 a été une nouvelle fois révisé à la baisse,
par le Fonds Monétaire International (FMI) dans ses perspectives pour l'économie mondiale
en octobre 2019, et n'est plus attendu au-delà des 3%. Si cette prévision se matérialise, il
s'agirait du plus faible taux de croissance observé sur les trois dernières années. Il était, en
effet, encore de 3,8% en 2017. Les nombreuses alertes de ces derniers mois rendent toutefois
ces prévisions du FMI peu surprenantes. En effet, de nombreux pays connaissent des
tensions géopolitiques et industrielles et de nombreux freins au commerce ont été mis en
place, autant d'événements qui impactent la dynamique mondiale. Les taux de croissance
anticipés pour les années 2018 et 2019 étaient encore de plus de 3,7% en octobre 2018. Alors
que la croissance devrait se situer autour des 3% pour l'année 2019, il semble qu'une
diminution plus franche de celle-ci ne soit pas à l'ordre du jour puisque les prévisions pour
2020 remontent aux alentours de 3,4%. Ces prévisions ont toutefois été revues à la baisse,
puisque pour l'année 2020, elles avoisinaient encore les 3,6% lors des anticipations d'avril
2019. Elles semblent en outre moins homogènes (1,7% pour 2019 et 1,7% en 2020 en ce qui
concerne les économies avancées ; 3,9% en 2019 et 4,6% de taux de croissance anticipé pour
2020 pour les pays émergents).
Le fléchissement de la croissance de 2019 est largement dû à l'atonie de l'industrie
manufacturière et du commerce mondial. Les indicateurs de la production industrielle et du
commerce mondial sont en chute libre depuis la deuxième moitié de l'année 2018 et la
production industrielle diminue pour les Etats-Unis, la Chine et l'Allemagne au premier
semestre 2019. La croissance de 1% du volume des échanges commerciaux sur la première
moitié de l'année 2019 est qualifiée de « plus faible niveau enregistré depuis 2012 » par le
FMI. La hausse des droits de douane introduite par les Etats-Unis et la Chine, mais aussi
l'incertitude relative aux politiques commerciales mondiales, ont eu un impact à la fois sur les
investissements et sur la demande de biens. Les préoccupations internationales en termes de
lutte contre les changements climatiques ont aussi eu un impact sur le secteur industriel, et
notamment sur le secteur de l'automobile.
En parallèle, la pénurie de main-d'œuvre continue de se manifester dans les pays avancés du
fait du secteur des services qui, contrairement, au commerce mondial ou au secteur
manufacturier n'accuse pas (encore) de ralentissement.
Un dernier point vient corroborer un ralentissement synchronisé inquiétant : si le commerce
mondial ralentit en même temps que l'industrie, les politiques monétaires peuvent déjà, de
façon généralisée, être qualifiées de très accommodantes. Les banques centrales ont réagi à
la baisse de la croissance et à la faible inflation (1,5% dans les économies avancées) et le FMI
estime que « sans cette relance monétaire, la croissance mondiale serait inférieure de 0,5
point de pourcentage en 2019 et en 2020 ».
'World Economic Outlook, Octobre 2019
15
2 Des politiques commerciales et nationales qui pèsent sur tous
La croissance des économies avancées devrait se maintenir à un niveau relativement réduit
(1,7%, soit le même taux qu'en 2011) en 2019 et en 2020 et celle des économies émergentes
ralentir en 2019 pour se relancer en 2020 (3,9% en 2019 contre 4,5% en 2018 et 4,6% prévu
en 2020).
Aux Etats-Unis, les incertitudes sont nombreuses, en commençant par une instabilité des
politiques commerciales qui commence à peser sur l'investissement. Le taux de croissance
devrait diminuer pour atteindre 2,4% en 2019, et 2,1% en 2020. Un repli des exportations est
également observé. En parallèle, la consommation des ménages et l'emploi restent
dynamiques. Dans le classement de compétitivité mondial 2019 de l'institut IMD (International
lnstitute for Management Development), les Etats-Unis restent dans le top 3 des pays les plus
compétitifs sur 63 autres pays étudiés, mais perdent leur première place au profit de Singapour
(1er) et de Hong Kong (2ème). Singapour n'avait pas été premier de ce classement depuis 2010.
En comparaison, dans le classement global de compétitivité du World Economic Forum
(WEF), Singapour figure également à la première place, suivi des Etats-Unis et de Hong Kong
qui clôture ce top 3.
En parallèle, parmi les ralentissements de croissance les plus marqués, Hong Kong, la Corée
du Sud et Singapour accusent respectivement une décélération de 3, 0,7 et 2,6 points de
pourcentage de PIB en 2019, pour frôler la croissance nulle en ce qui concerne Hong-Kong et
Singapour. Ces territoires ont en commun d'être dépendants de la croissance de la Chine, qui
devrait elle-même tourner autour des 6% en 2019 et 5,8% en 2020, des taux jamais envisagés
ces dernières décennies pour l'Empire du Milieu. La guerre des droits de douane tout comme
la baisse de la demande intérieure, mais aussi les tensions régionales ne devraient que
renforcer ces anticipations pour la fin de l'année. La croissance du Japon ne semble pas, quant
à elle, prête à redécoller puisque les prévisions pour 2019 (0,9%) ne sont pas plus
réjouissantes que celles de 2018 (0,8%), tandis que 2020 s'annonce tout aussi maussade
avec 0,5% anticipé.
D'autres grandes économies émergentes n'échappent pas à cette faible croissance. Ainsi
l'Afrique du Sud, le Brésil, l'Inde, le Mexique ou encore la Russie subissent une baisse de
croissance plus ou moins prononcée, mais qui devrait toujours être suivie d'une reprise en
2020. A l'inverse, d'autres pays en voie de développement resteront dynamiques, à l'instar du
Vietnam et du Bangladesh, ou continueront à croître progressivement comme le Nigeria.
Malgré une nouvelle année placée sous le signe de la croissance pour l'Union européenne,
un affaiblissement est notable du fait d'exportations en décélération et d'incertitudes de nature
notamment commerciale en raison du Brexit : cet événement s'avère chronophage et source
d'incertitudes continues pour les entreprises, celles-ci concentrant leurs efforts sur la
préparation aux conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, plutôt que
sur la croissance de leur activité économique. Le niveau de croissance du Royaume-Uni, qui
s'est pourtant longtemps maintenu, a lui aussi commencé à en pâtir. Encore proche de 2% en
2017, le taux de croissance devrait diminuer à 1,3% en 2019, pour se stabiliser à 1,4% en
2020. D'après la Commission européenne2, le marché du travail européen devrait pourtant
2 European Commission — Automn 2019 Economic Forecast
16
résister et le chômage continuerait à décroître en 2019 et en 2020. Le secteur manufacturier
est le secteur le plus affecté par l'environnement extérieur et par les incertitudes. Quant à
l'inflation, celle-ci devrait demeurer faible et se stabiliser à +1,5% en 2019 et en 2020.
Globalement, les combats d'intérêts nationaux, le ralentissement du commerce international
et les risques plus ciblés tels que ceux liés au Brexit, rendent les anticipations difficiles et
fluctuantes. De simples alertes risquent dès lors de se concrétiser rapidement et d'envenimer
la situation constatée jusqu'à présent. La confiance mondiale n'est pas en péril, mais face à
des situations telle que celle vécue par les Européens face au Brexit, elle pourrait être
rapidement ébranlée et pénaliser tant les investissements que la demande intérieure.
3 Pays voisins : des évolutions contrastées
La conjoncture économique des trois pays limitrophes, et en premier lieu de l'Allemagne, est
affectée par le ralentissement mondial et la détérioration anticipée des perspectives de
croissance. Le World Economic Outlook d'octobre 2019 du FMI prévoit ainsi une faible
croissance du PIB pour cette année en France (1,2%) et en Belgique (1,2%), mais surtout en
Allemagne (0,5%). La croissance allemande devrait, en 2020, atteindre 1,2% et se rapprocher
du rythme français et belge de 1,3%. Ces projections restent néanmoins en-deçà des taux de
croissance vécus ces dernières années et notamment en 2017. Sur le plan de la compétitivité
telle qu'elle est appréhendée par le WEF (voir ci-dessus), l'Allemagne décroche la 7ème place,
la France la 15ème, et Belgique la 22ème : la France monte de deux places pour se rapprocher
de l'Allemagne, qui quitte quant à elle le top 5 mondial tout en étant confrontée à un
dynamisme économique moindre.
L'Allemagne serait ainsi l'un des pays les plus affectés par les tensions commerciales
internationales. En effet, l'économie allemande est fortement dépendante de la bonne santé
de son industrie exportatrice, et plus particulièrement de l'industrie automobile. Cette
importante exposition va, du moins provisoirement, être un handicap pour la conjoncture
allemande. Le secteur automobile représentant près d'un quart de l'industrie allemande en
termes de revenu, la faiblesse de la demande automobile mondiale est une des causes
principales des incertitudes économiques allemandes. Son positionnement industriel était
auparavant l'un des grands atouts de l'Allemagne pour afficher de bonnes performances
économiques. Le pays a ainsi été durant des années l'un des moteurs de l'économie
européenne, avec une croissance significativement supérieure à celle de la zone euro sur la
dernière décennie (2,0% contre 1,4%). Le FMI estime que ce ne sera plus le cas cette année
(0,5% contre 1,2%), l'an prochain (1,2% contre 1,4%) ni à l'horizon 2024 (1,2% contre 1,3%).
Cette moindre performance est essentiellement due à l'industrie, dont la valeur ajoutée a
reculé de 3,8% sur un an, moindre performance qui pourrait se propager aux autres secteurs
par le biais de l'emploi. Ces perspectives moins porteuses à court terme sont illustrées dans
l'enquête IFO3 du climat des affaires. L'Institut privé d'études économiques français Rexecode
a par ailleurs mesuré les degrés de dépendance économique de différents pays au
« débouché Allemagne » à partir des consommations intermédiaires et finales et de
l'investissement en provenance d'Allemagne en proportion de la valeur de production totale
du pays. Il en ressort qu'en 2014, l'économie luxembourgeoise était dépendante de
l'Allemagne pour 5,4% de sa production totale, ce qui était notablement inférieur à la Hongrie
3 indice calculé mensuellement par l'institut de recherche économique allemand institut Für Wirtschaftsforschung.
17
(10,5%) ou aux Pays-Bas (8,8%), du même ordre de grandeur qu'en Belgique (5,6%) et bien
supérieur à la France (1,9%). Ainsi, une baisse de 5% des importations en provenance de
l'Allemagne pourrait exercer un effet négatif direct d'environ 0,25 point sur le PIB
luxembourgeois. Quand l'Allemagne tousse, un rhume guette le Luxembourg.
L'économie française devrait légèrement ralentir elle aussi, passant d'un taux de croissance
du PIB de 2,3% en 2017 et 1,7% en 2018, à 1,2% et 1,3% estimés respectivement pour 2019
et 2020. Les performances prévues pour l'année en cours et celles à venir sont toutefois
supérieures à celles qu'a connu l'Hexagone de 2012 à 2016. L'économie française pourraitelle, de fait, reprendre en partie à l'Allemagne son rôle de moteur économique européen ? Si
une telle affirmation peut être considérée comme impudente, il est à noter que la France ne
subirait que modérément le ralentissement allemand et devrait dès lors pouvoir continuer à
participer à la dynamique économique européenne, soutenue en 2019 par les investissements
des entreprises et relayée en 2020 par la consommation des ménages. Sur le plan des
finances publiques, la France n'ayant pas entrepris d'efforts particuliers, le déficit devrait
égaler les 2,5% en 2020, selon Rexecode, et la dette publique demeurer autour de 100%.
L'heure n'est pas encore venue, du côté des pouvoirs publics français, de résorber une dette
qui amputera nécessairement son économie, et notamment son potentiel de croissance, à
moyen terme.
Le taux de croissance de l'économie belge pour 2019 (1,2%) et 2020 (1,3%) devrait être en
adéquation avec celui de 2018 (1,4%). Ces chiffres du FMI sont en accord avec ceux de la
Banque Nationale de Belgique (BNB). Celle-ci anticipe une augmentation sensible du pouvoir
d'achat - de l'ordre de 3,5% par habitant d'ici à 2021 - et, en conséquence, de la consommation
des ménages au cours des trois prochaines années. De fait, et malgré un taux d'ouverture
élevé, les échanges de biens et de services représentant près de 80% du PIB, la Belgique
devrait être l'un des pays les plus robustes face au ralentissement. Un déficit des
Administrations publiques estimé par la BNB à 2,1% du PIB pour 2021 ne laisse pas espérer
une diminution significative d'une dette publique atteignant 102% du PIB en 2018.
4 Luxembourq : les premières alertes d'un ralentissement
Le Luxembourg fait figure de cas à part, puisque comme l'énonçait le dernier Baromètre de
l'Economie de la Chambre de Commerce à l'automne 2019,
4 selon les entrepreneurs, l'activité
reste dynamique, mais un climat d'incertitude les amène à un certain immobilisme en matière
de d'activité, d'emploi ou encore d'investissements pour l'année à venir. Dans le même temps,
les entreprises font toujours face à des défis majeurs tels que le manque de main-d'œuvre
qualifiée ou le coût du travail, et donc des coûts de production élevés. Des indices quant à une
croissance instable se font donc sentir, bien qu'un ralentissement franc de l'économie
luxembourgeoise ne soit pas anticipé à ce stade. De plus, en termes de compétitivité, le pays
se classe à une honorable 12ème position, mais recule d'un rang par rapport à 2018 d'après le
classement IMD. Dans le classement WEF, il se situe en leme position, soit un rang gagné
par rapport à 2018, mais encore à trois enjambées de la France (15ème ) et à 11 places de
l'Allemagne Fème). Si l'on se réfère à ces classements, le Grand-Duché est ainsi loin d'être un
leader européen de la compétitivité.
4
https://www.cc.1u/actualites/detail/un-attentisme-qui-annonce-larrivee-dune-rneteo-plus-perturbee/
18
D'après la Commission européenne et ses dernières anticipations, si la croissance de 2018
s'est stabilisée autour des 3%, elle devrait tourner autour de 2,6% en 2019 et en 2020. Le taux
de chômage à 5,5% en fin d'année 2018, devrait continuer sur sa tendance baissière et se
stabiliser autour des 5,3% en 2019 et en 2020. En 2019, la croissance de l'emploi devrait
poursuivre la tendance de 2018 et diminuer très légèrement pour atteindre les 3,4% en 2020.
La croissance de l'emploi serait supérieure à la croissance économique dans le pays
concernant les trois années à venir. La croissance de la productivité apparente du travail
continue dès lors à se faire attendre. Dans le même temps, l'inflation devrait rester sous la
barre des 2%, comme pour l'ensemble de l'Union européenne.
La croissance du PIB luxembourgeois sur l'année 2018 et le début de l'année 2019 (3,7% sur
un an au 2ème trimestre 2019) s'explique notamment par les résultats du secteur des services
et en particulier ceux des services aux entreprises, de l'information et de la communication et
du commerce. Le secteur financier apporte également sa pierre à l'édifice au deuxième
trimestre 2019, contrairement aux deux trimestres précédents. Mais si ces chiffres sont
rassurants, il est à noter que 2,6% de croissance pour le PIB luxembourgeois, comme
anticipés pour 2019 et 2020 par la Commission européenne, reste assez faible relativement à
la croissance de la population, de l'ordre de 2% par an. Le P1B par habitant n'augmente dès
lors pas plus vite que dans les pays limitrophes.
De plus, les données du PIB du pays ont été récemment révisées5 concernant les années
antérieures et les chiffres sont plus optimistes que précédemment annoncés. Ces révisions du
PIB sont davantage en accord avec les autres indicateurs macroéconomiques tels que
l'emploi, les recettes fiscales ou même les enquêtes de conjoncture de l'époque. Pourtant des
signaux de méfiance sont observables à la mi-2019, notamment pour le secteur industriel, ce
que corrobore le Baromètre de l'Economie de la Chambre de Commerce du second semestre.
Au début du 3ème trimestre de l'année 2019, un ralentissement de l'inflation s'est fait sentir au
Luxembourg, tout comme au sein de la zone euro. Cette tendance au recul s'explique par la
baisse des prix de l'énergie qui contribuait jusqu'alors positivement au phénomène
inflationniste, et cette inclination devrait se confirmer sur les prochains mois. Mais là où le pays
se différencie de la zone euro, c'est que l'inflation sous-jacente (excluant les prix plus volatiles
comme ceux du pétrole) ralentirait au Luxembourg contrairement à une tendance passive pour
le reste de la zone à la mi-2019. Ces observations s'expliqueraient davantage par la tendance
haussière de l'année précédente que par un réel recul, puisqu'une nouvelle indexation devrait
avoir lieu en fin d'année.
Enfin, le pays dispose encore de marges de manœuvre pour agir en faveur des grands défis
actuels que sont pour l'ensemble des économies, les tensions commerciales et géopolitiques
et les effets d'un Brexit qui se fait attendre, mais aussi le changement climatique, la fiscalité
intemationale et la digitalisation. Cependant, les premières alertes de la faiblesse du secteur
manufacturier et du commerce se font sentir sur le deuxième semestre de l'année en cours et
témoignent d'une instabilité et d'un ralentissement général de l'économie mondiale qui pourra
dans les mois à venir avoir un impact plus ou moins important sur l'économie
luxembourgeoise. Le Baromètre de l'Economie du 2ème semestre 2019 met déjà en garde sur
5 Procédure annuelle effectuée par le STATEC.
19
le climat d'incertitude poussant les entrepreneurs à une certaine retenue concernant les
perspectives d'avenir et les indices d'un ralentissement économique.
20
21
PARTIE 11
La situation des Administrations
publiques en quelques grands
chiffres
i
22
1
Administration centrale
1.1 Les dépenses de l'Administration centrale
D'après le projet de budget 2020, les dépenses totales de l'Administration centrale (soit 20.935
millions EUR) augmenteraient, en 2020, de :
- 6,8% par rapport au budget voté au titre de l'année 2019 (2e colonne dans le tableau
1) ,
- 6,5% par rapport aux dernières prévisions, pour 2019, établies par le projet de budget
2020 sous avis (3e colonne dans le tableau 1).
Les dépenses de l'Administration centrale devraient donc dépasser, pour la première fois, la
barre des 20 milliards EUR en 2020, soit un doublement depuis 2010 (avec un PIB nominal
qui n'a progressé que de 50%, donc deux fois moins vite que les dépenses) et plus qu'un
triplement depuis 2000. Quant au rythme de croissance des dépenses entre 2019 et 2020, il
est proche des évolutions historiques, à savoir 6,2% sur la période 2000-2018.
Tableau 1 : Dépenses 2019 et 2020 de l'Administration centrale
En millions EUR et taux de progression en pourcentage
2019
selon budget
2020
2019
selon projet de
selon prévisions
budget
en millions EUR
en millions EUR
Dépenses totales
19 611
en millions EUR
Variation projet budget 2020 ! Variation projet de budget 20201
budget 2019
prévisions 2019
en millions EUR
en %
en millions EUR
en %
19 651
20 935
1 284
6,5%
1 324
6,8%
1 641
1 735
sa
5,7%
156
9,9%
Consommation intermédiaire
1 579
Formation de capital
1 596
1 563
1 801
238
15,2%
205
12,8%
Rémunération des salariés
4 584
4 537
4 886
349
7,7%
302
6,6%
Subventions
701
715
733
18
2,5%
32
4,6%
Intérêts de la dette publique
161
165
151
-14
-8,5%
-10
-6,2%
Prestations sociales en espèces
1 738
1 750
1 829
79
4,5%
91
5,2%
Autres transferts courants
8 201
8 211
8 701
490
6,0%
500
6,1%
962
957
1 015
58
6,1%
53
5,5%
Transferts en capital
Sources : Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2019 ; Projet de
loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2020.
Remarque : Les postes « Variation sur actifs non financiers non produits » (en raison de sa forte volatilité) ainsi que
« Prestations sociales en nature » (en raison de sa moindre importance en termes de montants) n'ont pas été repris
dans le tableau.
23
En particulier, dans le budget de l'Etat centraI6, les postes de dépenses qui, selon les
prévisions, connaîtront de fortes progressions entre 2019 et 2020 sont :
Rémunération des agents de l'Etat
+203,9 millions
Participation dans le financement de l'assurance pension
+133,7 millions
Alimentation du fonds de dotation globale des communes (dotation complémentaire)
+87,9 millions
Participation dans le financement de l'assurance maladie
+86,7 millions
Versement au fonds pour l'emploi des produits des impôts de solidarité
+56,6 millions
Services publics d'autobus et ferroviaire assurés par les CFL
+43,1 millions
Services publics d'autobus assurés par des entreprises privées
+26,2 millions
Participation aux frais d'investissements liés à la ligne du tramway à Luxembourg entre
+25,1 millions
la Gare centrale et la Cloche d'Or
Alimentation du fonds de dotation globale des communes : participation dans le produit
+20,7 millions
de la taxe sur la valeur ajoutée
Contribution à l'Union européenne, assise sur le produit national brut provenant de la
taxe sur la valeur ajoutée
+20,6 millions
Participation dans le cadre du chèque-service accueil
+16,0 millions
Participation de l'État aux frais concemant le fonctionnement de services d'éducation et
+15,4 millions
d'accueil pour enfants
Aides aux entreprises industrielles et de prestation de services ayant une influence
motrice sur le développement et la diversification économiques
+14,0 millions
Aide de l'État concernant les bourses pour études supérieures
+11,0 millions
Participation aux frais d'investissements liés à la ligne du tramway à Luxembourg entre
+9,5 millions
la Gare centrale et le Circuit de la foire
Dotation dans l'intérêt du fonctionnement du CT1E
+7,5 millions
Aide à la construction d'ensembles : participation étatique aux frais, versée aux
communes et organismes agre'és
+7,2 millions
TOTAL
+785,1 millions
Source : Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2020.
Sur l'horizon couvert par le projet de loi de programmation financière pluriannuelle (PLPFP),
c'est-à-dire la période 2020-2023, la progression des dépenses totales de l'Administration
centrale, définies en conformité avec le système comptable européen SEC 2010, devrait
atteindre une moyenne annuelle de 4,1%, comme le montre le tableau 2, alors qu'elle était
encore de 6,8% entre 2018 et 2020. Cette décélération supposée, certes bienvenue, sera
toutefois difficile à matérialiser alors que ni la réforme fiscale, ni le paquet « Climat » n'ont été
budgétisés. L'atteinte de ce niveau de progression moindre requerra une exécution rigoureuse
des documents budgétaires, ce qui n'a pas toujours été le cas dans le passé.
6 Outre les recettes et les dépenses des Ministères, Administrations et services de l'Etat renseignés dans le budget
de l'Etat central tel qu'établi conformément à la législation sur la comptabilité de l'Etat, l'Administration centrale
comprend également les recettes et les dépenses réelles des fonds spéciaux de l'Etat (au-delà des simples
dotations budgétaires de l'Etat à ces fonds), des établissements publics qui font partie de son périmètre, des
fondations et de certains GIE, des institutions de l'Etat ainsi que des services de l'Etat à gestion séparée. La liste
n'est pas exhaustive.
24
Tableau 2 : Evolution pluriannuelle des dépenses de l'Administration centrale
En millions EUR et taux de progression en pourcentage
Consommation Intermédiaire
Formation de capital
(Invest. direct)
Rémunération des salariés
Subventions à payer
Revenus de la propriété
(dont Intérêts de la dette)
Prestations sociales en espèces
Prestations sociales en nature
Autres transferts courants
Transferts en capital à payer
(Invest Indirect)
Dépenses totales
2020
2021
2022
2023
Projet de budget
Prévisions
Prévisions
Prévisions
1 735
1 726
1 786
1 821
5.7%
-05%
3.5%
2,0%
1 944
1 801
1 766
1 867
15.2%
4.904
5.2%
4.1%
4 886
5 151
5 408
5 681
7,7%
5,4%
5,0%
5,0%
733
757
768
779
2. 5%
3.3%
/.5%
1,4%
151
120
128
127
-8,5%
-20,5%
6, r4
-0.8%
1 829
1 896
1 955
2 004
4,5%
3,7%
3,1%
2.5%
74
75
75
75
-26%
1.4%
0.0%
0,0%
8 701
9 197
9 579
10 001
6,0%
5.7%
4,2%
4,4%
1 015
1 066
1 080
1 114
6.1%
5.1".r4
20 935,0
21 804,0
4,2%
1.3%
22 701,0
4.1%
3.1%
23 597,0
3.9%
6.5%
Taux de croissance
annuel moyen
entre 2020 et 2023
Taux de croissance
total
entre 2020 et 2023
Taux de croissance
annuel moyen
entre 2008 et 2018
1,6%
5,0%
5 5%
2.6%
7,9%
4,6%
5.2%
16,3%
5,7%
2 1%
6,3%
5,0%
-4,9%
-15,9%
4.3%
3,1%
9,6%
5.7%
0,5%
1,4%
5,1%
4,8%
14,9%
4,8%
3,2%
9,8%
3,2%
4,1%
12.7%
5,1%
Source : Projet de loi de programmation financière pluriannuelle 2019-2023 ; Calculs de la Chambre de Commerce.
Remarque : Les postes « Variation sur actifs non financiers non produits » (en raison de sa forte volatilité) ainsi que
« Prestations sociales en nature » (en raison de sa moindre importance en termes de montants) n'ont pas été repris
dans le tableau.
1.2
Les recettes de l'Administration centrale
D'après le projet de budget 2020, les recettes de l'Administration centrale (soit 20.295 millions
EUR) augmenteront, en 2020, de :
- 7,0% par rapport au budget voté au titre de l'année 2019 (2e colonne dans le tableau
3) ,
3,7% par rapport aux plus récentes prévisions, pour 2019, établies par le projet de
budget 2020 sous avis (30 colonne dans le tableau 3).
La Chambre de Commerce reviendra par la suite sur le caractère exceptionnel, et sans doute
non récurrent, de certaines des recettes, dans son message n°3.
25
Tableau 3 : Recettes 2019 et 2020 de l'Administration centrale
En millions EUR et taux de progression en pourcentage
2019
selon budget
2019
selon prévisions
2020
..
selon projet s'e
budget
Variation projet budget 2020 / Variation projet de budget 2020 l
prévisions 2019
budget 2019
en milhons EUR
en millions EUR
en millions EUR
en millions EUR
Recettes totales
en %
en millions EUR
en %
18 962
19 568
20 295
727
3,7%
1 333
7,0%
Production marchande
131
118
132
14
11,9%
1
0,8%
Production pour usage final propre
300
292
320
28
9,6%
20
6,7%
Paiements au titre de rautre production
non marchande
670
654
696
42
6,4%
26
3,9%
7 172
7 198
7 572
374
5,2%
400
5,6%
311
307
295
-12
-3,9%
-16
-5,1%
8 974
159
1,7%
812
9,0%
Impôts sur la production et les
importations
Revenus de la propriété
Impôts courants sur le revenu, le
patrimoine, etc.
9 627
9 786
Cotisations sociales
984
952
1 030
78
8,2%
46
4,7%
Autres transferts courants
215
193
222
29
15,0%
7
3,3%
Transferts en capital a recevoir
206
227
242
15
6,6%
36
17,5%
Sources : Projet de loi concemant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2019 ; Projet de
loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'Etat pour l'exercice 2020.
S'agissant de leur évolution escomptée au cours de la période 2020-2023, les recettes totales
de l'Administration centrale progresseraient, en moyenne, de 5,4% l'an, soit légèrement plus
que la croissance annuelle moyenne entre 2008 et 2018, qui s'élève à 5,2%. Une hausse de
près de 17% se matérialiserait entre 2020 et 2023.
Tableau 4 : Evolution pluriannuelle des recettes de l'Administration centrale
En millions EUR et taux de progression en pourcentage
Production marchande
Production pour irae final propre
Paiements pour autre production non
marchande
Impôts sur la production et les importations
Revenus de la propriété
Impôts courants sur le revenu. le patrimoine,
etc.
Cotisations sociales
Autres transferts courants
Transferts en capital à recevoir
Recettes totales
2020
2021
2022
2023
Projet de budget
Prévisions
Prévisions
Prévisions
132
11.9%
320
9.6%
698
6,4%
7572
132
132
138
ace%
348
6.3%
770
10,6%
7977
0,0%
360
5,9%
747
_3,09
8415
3.0%
380
5,6%
744
-0.4%
8840
5,2%
5.3%
55%
el%
295
-39%
9788
1,7%
1030
8,2%
222
301
2,0%
10312
56%
1077
4.69
234
5,4%
201
-0,4%
302
0 3%
11035
303
6.8%
15.0%
242
6,6%
20 295
21 403
1128
4, ni.
241
3,0%
233
-33%
22 593
3.79
5.59
Sie
03%
11717
6.3%
1160
2.6%
248
2.1%
230
-1,3%
23 755
Taux de croissance
annuel moyen
entre 2320 et 2023
T
d
i
t l Taux de croissance annuel
aux a cro ssance to a
moyen
entre MO et 2023
entre 2008 et 2018
1.6%
3.39.
2.2%
5.916
18.6%
8.6%
5,5%
2,4%
6,9%
5,3%
16,7%
4,29
0.916
2,716
-0,8%
6,2%
19,7%
6,6%
4,09
12,69
5,4%
3,516
10,6%
-1,2%
-1.7%
-5,0%
10,7%
5,4'.
17,0%
5,29
Source : Projet de loi de programmation financiere pluriannuelle 2019-2023 ; Calculs de la Chambre de Commerce.
La Chambre de Commerce rappelle que des incertitudes planent sur les rendements des
recettes, en général, et des recettes fiscales en particulier, surtout dans le contexte actuel, en
raison du rendement extrêmement élevé de l'IRC et de l'ICC. En effet, en 2017 et 2018, le
produit de l'impôt sur le revenu des collectivités (IRC) a augmenté de respectivement 20% et
19% selon les comptes nationaux. Les estimations pour 2019 figurant au projet de budget font
26
état d'une nouvelle flambée du montant de cet impôt, de quelque 13% par rapport au compte
2018. Soit une hausse cumulée de 60% en trois ans, qui équivaut à 1 milliard EUR environ.
Ces derniers sont toutefois influencés directement par les accélérations ou décélérations
successives de l'encaissement des soldes d'impôt relatifs aux années antérieures, ainsi que
par la conjoncture, qui par nature reste volatile en particulier dans une économie comme le
Luxembourg, comme le précise d'ailleurs l'exposé des motifs du projet de budget 2020. Un
décrochage du PIB ou un « dégonflement » brutal de certaines recettes pourrait affecter de
manière substantielle le solde budgétaire. Pour ces raisons, le volet « recettes » du budget se
doit d'être élaboré avec d'autant plus de prudence et le volet « dépenses » doit être adapté en
conséquence.
1.3 Le solde de l'Administration centrale
Fait assez rare que pour être relevé, le solde nominal de l'Administration centrale était en
excédent en 2018, à hauteur de 263 millions EUR (0,4% du PIB), grâce notamment à des
recettes exceptionnelles et probablement en partie non récurrentes'.
Mais cette situation favorable ne dure pas et dès 2019, l'Administration centrale vit à nouveau
au-dessus de ses moyens. En 2020, le solde plonge puisque les dépenses de l'Administration
centrale (20.935 millions EUR) surpassent ses recettes (20.295 millions EUR). Une
dégradation substantielle du solde, de 557 millions EUR, en un an seulement porte le déficit à
640 millions EUR en 2020, soit 1,0% du PIB.
Selon le PLPFP, entre 2021 et 2023, la situation financière de l'Administration centrale devrait
aller en s'améliorant, le solde déficitaire se réduisant chaque année et repassant même en
positif en 2023, avec un excédent de 158 millions EUR ou 0,2% du PIB. La Chambre de
Commerce ne pourrait que se réjouir de la matérialisation de cette prévision. Toutefois, elle
appelle à une certaine prudence car, comme le précise très justement l'exposé des motifs,
« Nes risques concernant la prévision actuelle proviennent principalement d'un environnement
international devenant de plus en plus hostile ». Le retour à un excédent dépend par ailleurs
d'un effort de maîtrise des dépenses, dont la mise en oeuvre pourrait s'avérer difficile. La
Chambre de Commerce reviendra par la suite sur ces risques bien présents et leurs
conséquences non négligeables.
7 La Chambre de Commerce renvoie à son avis relatif au projet de loi concernant le budget des recettes et des
dépenses de l'Etat pour l'exercice 2019 et au projet de loi de programmation financière pluriannuelle 2019-2022,
pour davantage de détails.
27
Tableau 5 : Evolution pluriannuelle du solde de l'Administration centrale
En millions EUR et en pourcentage du PIB
2019
2020
2021
2022
2023
Dépenses
19 651
20 935
21 804
22 701
23 597
Recettes
29 568
20 295
21 403
22 593
23 755
-83
-640
-401
-108
158
-0,1%
-1,0%
-0,6%
-0,1%
0,2%
Solde en millions EUR
Solde en % du PIB
Source : Projet de loi de programmation financière pluriannuelle 2019-2023 ; Calculs de la Chambre de Commerce.
2 Administrations de sécurité sociale
2.1 Les dépenses des Administrations de sécurité sociale
D'après le projet de budget, les dépenses des Administrations de sécurité sociale s'élèveront
à 11.635 millions EUR en 2020, ce qui représente une progression de 5,8% par rapport aux
prévisions budgétaires les plus récentes pour 2019.
Si en raison des réserves existantes et des excédents actuels, l'accroissement des dépenses
n'est pas actuellement considéré comme le problème le plus important, il pourrait vite le
devenir dans le contexte du vieillissement démographique, qui plus est si le marché du travail
ne conserve pas son dynamisme, avec à la clef dans ce cas une hausse des dépenses sans
accroissements concomitants des recettes. En effet, la caractéristique marquante sur le
versant des dépenses de la sécurité sociale est la domination sans partage des prestations
sociales qui représentent 96% des dépenses totales. Il s'agit d'une part de prestations en
nature — des dépenses de santé ou d'assurance dépendance pour l'essentiel — et d'autre part
de prestations en espèces, avec un poids déterminant des pensions du régime général et des
prestations familiales.
Tableau 6 : Dépenses 2019 et 2020 des Administrations de sécurité sociale
En millions EUR et taux de progression en pourcentage
2019
selon prévisions
2020
selon projet de budget
en millions EUR
en millions EUR
Variation projet budget 2020 /
prévisions 2019
en millions EUR
en %
Dépenses totales
10 999
11 635
636,0
5,8%
Prestations sociales en espèces
7 724
8 186
462,0
6,0%
Prestations sociales en nature
2 832
2 983
151,0
5,3%
443
466
23
5,2%
Autres dépenses
Source : Projet de loi de programmation financière pluriannuelle 2019-2023
Les dépenses totales d …
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.