En bref
Ce texte réaffirme l'importance de l'expression orale dans l'enseignement au collège, en lui accordant une place équivalente à l'écriture et à la lecture, et vise à développer l'aptitude des élèves à utiliser l'oral de manière réfléchie et raisonnée.
Ce qu'il réglemente
- L'enseignement de l'oral dans le cycle central des collèges.
- Les objectifs généraux de l'apprentissage de l'oral, notamment la maîtrise des discours.
- Les situations d'oral à privilégier : l'échange à deux interlocuteurs (dialogue), l'échange à plusieurs (tours de parole), et l'expression orale devant un auditoire.
- Le travail sur l'écoute, l'expression orale et les stratégies interlocutives.
Qui il concerne
- Les enseignants du cycle central des collèges.
- Les élèves du cycle central des collèges (classes de 5e et 4e).
Points clés
- L'oral doit avoir une place équivalente à l'écriture et à la lecture dans le programme.
- L'apprentissage de l'oral est fondé sur trois situations : le dialogue, l'échange à plusieurs et l'expression devant un auditoire.
- L'écoute est essentielle et implique de prendre en compte la parole d'autrui et de savoir reformuler.
- Le travail sur l'expression orale inclut la diction, l'adaptation du message au destinataire et la conscience des niveaux de langage.
Texte de loi
IV - Oral A. Objectifs généraux du cycle Le programme du cycle central, à la suite du programme de 6e, réaffirme l'importance de l'oral en lui accordant une place équivalente à celle de l'écriture et de la lecture. Or les difficultés que présente son enseignement sont nombreuses et connues : difficulté à faire reconnaître comme objet de travail aux élèves ce qui participe aussi intimement à leur vie quotidienne, complexité des règles qui commandent la diversité des formes d'expression orales, obstacles que présentent les normes de l'oral scolaire aux variations des niveaux de langage, contraintes psychologiques et socio-culturelles, difficulté à gérer des activités nécessairement individuelles dans un enseignement collectif, problèmes posés par l'évaluation. Pris dans la double contrainte de faire taire et de faire parler, les enseignants considèrent parfois avec scepticisme les possibilités d'une pédagogie de l'oral. Mais l'objectif de la maîtrise des discours trouve dans l'oral un champ naturel et privilégié d'exercice. La visée particulière d'un apprentissage dans ce domaine peut consister, en partant des réalités de l'oral spontané, à développer progressivement l'aptitude des élèves à envisager l'oral de manière réfléchie et raisonnée. Dans le cycle central, l'organisation de cet apprentissage est fondée sur trois situations d'oral : l'échange à deux interlocuteurs (le dialogue), l'échange à plusieurs (le respect des tours de parole), l'expression orale devant un auditoire (exposé, récitation, théâtre). B. Dialogue et expression orale Le travail sur l'oral s'effectue en liaison étroite avec l'étude du dialogue qui est introduite au cours du cycle central.
- L'écoute En soulignant l'importance de l'écoute, le programme met en avant le partage de la parole qui est, pour reprendre la formule connue de Montaigne, "moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute". Cette mise en communauté du sens que vise le dialogue est envisagée du côté des élèves et du côté de l'enseignant. L'écoute et les formes d'attention que l'on demande aux élèves varient selon deux situations et objectifs : écouter pour apprendre, donc pour écrire, prendre des notes, et écouter pour participer à un dialogue. Le dialogue suppose la prise en compte de la parole d'autrui dans sa propre parole. On y reconnaît le point de vue qui y est exprimé, on demande des reformulations, on reprend cette parole pour présenter soi-même une reformulation puis, le cas échéant, une objection, etc. La référence faite à cette parole, pour exprimer accord ou désaccord, traduit la réalité de l'écoute. Elle sollicite le métalangage de la communication ordinaire, sur lequel on met notamment l'accent en 4e (cf. "Lexique", dans la partie Outils de la langue). L'écoute est aussi celle du professeur dans son dialogue avec les élèves, lors de la réponse à une question, par exemple. Conscient de la mise en jeu de soi et de la prise de risque que peut comporter la parole pour les élèves, il accepte de prendre le parti de toute parole énoncée par ceux-ci, accompagne le sens qui cherche à se dire, aide l'élève à expliciter, reformule avec lui.
- L'expression L'intelligibilité du message oral repose en partie sur le travail de la voix : timbre, articulation, intonation sont associés avec la construction syntaxique des énoncés pour assurer la communication efficace du sens. Les exercices de diction qui permettent de travailler la prononciation, l'articulation des syllabes, les groupes de souffle, les silences, trouvent particulièrement leur place lors du travail poétique ou théâtral, mais participent également au travail du dialogue. Le dialogue suppose naturellement l'identification réciproque des partenaires de l'échange. Par des exercices de formulation ou de reformulation en fonction d'un destinataire précis, on habitue les élèves à saisir la nécessité de prendre en compte l'effet visé et d'adapter l'expression à la situation. On s'efforce de les faire dialoguer dans des situations de communication diverses : dialogue avec un égal, dialogue avec un supérieur, dialogue avec un familier ou un étranger. Cet apprentissage du dialogue dans des situations variées contribue à l'éducation du futur citoyen. Elle implique, avec la prise en considération de l'autre, une sensibilisation aux différents "bons usages" de la langue, c'est-à-dire aux niveaux de langage. Le but en ce domaine est de faire prendre conscience qu'il ne s'agit pas de conventions vaines, mais de se faire mieux comprendre. Les élèves comprennent alors que la langue orale ne se confond nullement avec la langue familière. Le registre normalement utilisé en classe est le registre courant. Les registres familier ou soutenu peuvent être utilisés dans les situations spécifiques présentées explicitement comme telles (situations de simulation, par exemple). On signale aux élèves ce qui dans leur vocabulaire, dans leurs tournures de phrases, dans leurs intonations relève d'un niveau de langage inadapté à leur situation actuelle d'énonciation, afin de les aider à en prendre conscience.
- Les stratégies interlocutives La perspective générale du discours donne une importance particulière à la dimension pragmatique du dialogue : la visée des interlocuteurs dans l'échange, le travail sur ses conditions de réussite ou d'échec, aussi bien en observation et analyse qu'en production. En observation et en analyse, on sensibilise les élèves aux stratégies interlocutives. Ils apprennent à reconnaître, à partir de dialogues réels ou fictifs, enregistrés en vidéo ou en audio, les éléments qui fondent le succès ou l'échec d'un interlocuteur lors d'un échange (on compare, par exemple, sur des cas concrets, les moyens d'obtenir un service par la plainte ou par la séduction). On peut faire écouter un dialogue en langue étrangère et demander aux élèves de formuler des hypothèses sur ce qui se passe entre les interlocuteurs. Les textes littéraires, théâtraux et romanesques, sont de grands viviers de dialogues : la réussite, dans ce domaine, correspond souvent à un échec de la coopération interlocutive et met ainsi à nu les mécanismes fonctionnels du dialogue. Dans Mateo Falcone, par exemple, en réponse à la demande d'information du gendarme: "As-tu vu passer un homme ?", le petit Fortunato développe un jeu de techniques dilatoires variées pour ne pas répondre; dans le célèbre dialogue entre le jeune homme et le chevalier au début de Perceval, deux demandes de renseignements se croisent en s'ignorant. Les quiproquos, les malentendus et les "dialogues de sourds" font partie intégrante du dialogue, ils en expriment à la fois la dimension polémique (le désaccord, par exemple), dramatique ou comique. En production, on poursuit et on développe les propositions faites en ce domaine dans le document Accompagnement des programmes de 6e: un jeu théâtral simple ou des jeux de rôles permettent de "travailler la mise en voix (timbre, tempo), en espace (situation des personnages les uns par rapport aux autres, cadre spatial) et en gestes (regards, mobilité corporelle)". Il s'agit, par ce moyen, de faire "percevoir concrètement la situation d'énonciation pour que les élèves comprennent mieux comment elle implique, et éventuellement modifie, la signification"
- Un bricoleur de génie vient d'inventer un appareil révolutionnaire qui permet de corriger instantanément les erreurs d'orthographe. Il rédige la présentation de cet appareil, destinée à un colloque scientifique, en explique le fonctionnement et l'utilisation et joint à son texte un schéma de l'appareil.
- Le même bricoleur de génie décide de faire tester son appareil par son petit-fils, Yann, élève de 4e. Il rédige pour lui une seconde notice dans laquelle il explique le fonctionnement et l'utilisation de cet appareil.
- La lecture à haute voix et la récitation Comme en 6e, la lecture à haute voix est pratiquée régulièrement, sur des textes littéraires ou documentaires. Cette lecture est associée à une ou plusieurs lectures silencieuses qui la précèdent. Elle porte sur des textes préparés : un texte bien lu est nécessairement un texte qui a été bien compris. Le professeur peut alors travailler avec les élèves, sur de courts extraits, différentes interprétations résultant de variations dans les lectures à haute voix (diction, intonation, rythme, silences, etc.). Ces lectures sont variées : pour bien vérifier l'intelligibilité des lectures, on peut faire lire à haute voix des textes que le lecteur est seul à avoir sous les yeux (poèmes, textes narratifs, textes humoristiques, articles de journaux, etc.) ; ces lectures sont le plus souvent individuelles, mais elles peuvent aussi faire intervenir plusieurs élèves (pour identifier les différents intervenants dans un dialogue, par exemple). La lecture à plusieurs voix rencontre des difficultés techniques que les élèves ne savent pas toujours résoudre spontanément (on change d'interlocuteurs, mais à quel rythme ?) : elle exige une préparation particulière. Ces lectures, enfin, peuvent précéder un travail de mémorisation pour une restitution orale ultérieure. La diction d'un texte appris par cœur continue à être pratiquée au cycle central. La récitation, portant sur des textes plus longs et plus variés qu'en 6e (prose, poésie, théâtre), et de préférence préalablement étudiés, est poursuivie dans le même esprit. Elle permet aux élèves d'enrichir le corpus des textes qu'ils ont mémorisés depuis l'école, elle entraîne à la fois la mémoire, l'attention et le jugement, elle affine le sens et le plaisir du signifiant, elle apprend à respecter et à aimer la parole d'autrui. Le travail de récitation doit cependant, lui aussi, être envisagé dans la perspective du discours. Les différents langages de l'espace et du corps (mime, mimiques, attitudes corporelles, installation dans l'espace de la classe, etc.) sont travaillés parallèlement à la mémoire et à la voix; les élèves comprennent ainsi le rôle de ces éléments signifiants dans toute situation de communication. Afin de bien leur montrer que la diction d'un texte est aussi une interprétation de son sens, on compare plusieurs versions d'un même texte dit par des comédiens différents (par exemple, les Fables de La Fontaine dites par Gérard Philipe ou Fabrice Lucchini).
- La théâtralisation Prolongeant les activités orales, et au-delà des jeux de rôles, des simulations ponctuelles et des exercices de diction, la préparation d'un ensemble de scènes ou la réalisation d'une pièce de théâtre peut constituer un grand projet pour un groupe d'élèves animés par des enseignants formés à cette activité. Ce travail théâtral est envisagé dans les propositions de parcours diversifiés (voir VI. Actions particulières, p. 129). Suggestion de séquence: "Simulations globales" On a déjà proposé en 6e la possibilité d'organiser une séquence autour d'une simulation globale. Cette technique peut aussi être mise en œuvre en 5e. Elle consiste, rappelons-le, à mettre en place un scénario-cadre qui permet aux élèves de la classe de créer un univers de référence (un village, un immeuble, une île, par exemple, ou une Utopie en relation avec le programme des œuvres de la Renaissance), de construire cet espace et d'en nommer les parties (rues, quartiers, par exemple), d'y installer des personnages en interaction en s'attribuant des identités fictives et d'y simuler toutes les activités de discours (lecture, écriture, oral) que cet univers est susceptible de générer : recherche de documents, débat, journal intime, lettres, articles de presse, rumeurs, lecture de textes littéraires, etc. La rencontre des différents personnages en interaction suscite des événements prévisibles ou inattendus pouvant donner lieu à une trame romanesque. La simulation globale peut s'orienter vers la maîtrise d'un univers fonctionnel à partir de la construction imaginaire, ou inversement, partir d'un univers fonctionnel (identités sociales, familiales, professionnelles des élèves...) pour s'orienter vers la création d'un univers fictif (... en 2023). D. Évaluation Il est nécessaire que l'oral donne lieu à évaluation : l'évaluation en français ne doit pas porter exclusivement sur des compétences qui se manifestent à l'écrit. Cette évaluation de l'oral pose néanmoins des problèmes spécifiques qu'il convient de prendre en compte. - Il est plus difficile d'obtenir une évaluation de tous les élèves à l'oral qu'à l'écrit. - Les exercices sont hétérogènes : l'évaluation d'une récitation n'a que peu de rapport avec celle de la participation à un dialogue, l'évaluation d'un travail de diction n'a que peu de rapport avec celle d'une aptitude à débattre, etc. Toute évaluation de l'oral doit tenir compte de ces différences. - Une suite d'évaluations négatives à l'oral peut entraîner pour un élève la crainte, voire l'impossibilité, d'intervenir à nouveau (alors qu'une suite d'évaluations négatives à l'écrit entraîne très rarement le phénomène de la page blanche). Il convient donc d'utiliser les procédures d'évaluation de l'oral avec prudence, et de manière essentiellement positive. - L'évaluation à l'oral doit être surtout incitative; elle doit souligner les réussites et ne pas forcément sanctionner les échecs ou les défaillances. - Elle doit se fonder sur des critères objectifs qu'on a isolés, reconnus et sur lesquels on a réfléchi préalablement: par exemple, pose de voix, articulation, débit, intonation, rythme, relation entre l'expression sonore et le sens, intelligibilité. Cette évaluation doit tenir compte du fait que la langue orale a un fonctionnement spécifique, différent de l'écrit. - L'évaluation de l'oral prend également en considération l'aptitude à écouter; une évaluation de l'oral bien conduite devrait logiquement valoriser les attitudes de compréhension et de tolérance mutuelles (voir ci-dessus le cas du questionnement). - L'oral peut enfin faire l'objet d'une coévaluation, qui prend en compte le point de vue des élèves aussi bien que celui du professeur, notamment dans le cas de la diction d'un texte lu ou récité. Au cours de l'année, les diverses pratiques de l'oral doivent être mises en œuvre : chaque élève doit avoir plusieurs occasions de prise de parole et recevoir une évaluation de sa prestation orale globale. Compétences et applications COMPÉTENCES EXEMPLES D'APPLICATIONS Écouter, parler Écouter en exerçant son attention, en vue de mémoriser Écouter pour prendre la parole en respectant les interventions d'autrui Assurer l'audibilité d'un texte Exercices de diction (prononciation, articulation, prise en compte des silences), lecture orale, diction de textes mémorisés Tenir compte de la situation d'énonciation Exercice de formulation ou de reformulation en fonction d'un destinataire ; prise en compte de l'effet visé et du niveau de langage COMPARER UNE SITUATION D'ÉNONCIATION ORALE ET ÉCRITE NIVEAU DE LANGAGE Présentation d'un avis ou d'une opinion en tenant compte de la situation d'énonciation ÉNONCÉ, ÉNONCIATION, DESTINATAIRE Utiliser différentes formes de discours Narration : - Compte rendu oral d'une écoute de document, d'une observation d'image, d'une lecture, d'une expérience, en utilisant le vocabulaire approprié ÉNONCÉ ANCRÉ DANS LA SITUATION D'ÉNONCIATION EMPLOI DES TEMPS REPRISES PRONOMINALES - Poursuite des activités de compte rendu en combinant narration et description Explication : - présentation d'une information en réponse à une question TYPES ET FORMES DE PHRASES Argumentation : - présentation justifiant d'une opinion, d'une assertion CONNECTEURS LOGIQUES - Échange oral d'arguments V - Langue et discours: des outils pour la lecture, l'écriture et l'oral A. Les activités grammaticales Les programmes du cycle central proposent, pour les activités grammaticales, trois niveaux d'analyse (le discours, le texte, la phrase) qui se combinent le plus souvent entre eux. On commentera donc rapidement les notions retenues pour chacun de ces niveaux (le lecteur se reportera à la lecture des programmes eux-mêmes). On précisera ensuite les principales conséquences, didactiques puis pédagogiques, des choix opérés.
- Les notions retenues a. Le discours Étudier le discours conçu comme une mise en pratique de la langue revient à s'interroger sur la façon dont un énonciateur précis s'adresse à un destinataire particulier dans une situation déterminée par le lieu et le moment de l'énonciation. En outre, un discours a une fonction (une visée) précise et l'énonciateur choisit de raconter, de décrire, d'expliquer ou d'argumenter selon l'effet qu'il veut produire sur l'énonciataire, dans une interaction énonciateur/ énonciataire
- Structuration et relations lexicales Les mots ont leurs principes de construction : la structuration lexicale (préfixes, suffixes, radical, modes de dérivation, néologismes, emprunts). Ils forment également des familles et entretiennent entre eux des relations sémantiques (antonymie, synonymie et quasi-synonymie, hyperonymie). Ils ont enfin une histoire, avec une origine, souvent latine ou grecque mais pas seulement, et des transformations complexes (doublets, variations de sens). On montre l'évolution des mots et de leur sens en donnant des indications sur leur histoire à l'occasion de l'étude des textes du Moyen Âge ou de la Renaissance, en 5e, de ceux des XVIIe et XVIIIe siècles, en 4e. Pour sensibiliser les élèves de 4e à l'héritage grec et les préparer à l'étude éventuelle de cette langue (en 3e), on étudie l'étymologie de mots qui en sont issus dans les domaines de spécialité (artistique, scientifique et politique, par exemple). Il est important, dans une approche organisée du lexique, de s'arrêter sur ces différents aspects, pour les signaler d'abord, pour montrer ensuite ce qu'ils peuvent apporter à l'expression. La connaissance des principaux affixes aide à comprendre le sens des mots et à les orthographier; l'identification des principales familles est déterminante pour l'orthographe; la synonymie, l'antonymie et l'hyperonymie ouvrent de multiples possibilités dans le domaine de l'expression, pour soutenir la cohérence d'un texte (l'hyperonymie fournit, par exemple, des mots de reprise), préciser et nuancer une description ; l'histoire des mots permet de saisir plus finement leur sens et peut aider, dans certains cas à les orthographier; la connaissance de certaines règles de formation donne des clefs pour la créativité lexicale. De la sorte une véritable étude du lexique se met en place et trouve sa légitimité dans une démarche qui permet les transferts d'une séquence à l'autre.
- Le lexique et le texte : champs lexical et sémantique L'approche thématique du lexique, traditionnellement pratiquée, reste envisageable: elle consiste à regrouper les mots d'un champ lexical autour d'un thème (la montagne, la ville, l'amitié, la colère) et parfois à les classer selon des formes d'organisation diverses (les variations d'intensité de la colère, par exemple, de la simple irritation à l'exaspération, de celle-ci à la fureur ou à la rage; de même pour la peur, ou pour la lexicalisation des autres passions). Ce travail toutefois, pour être bénéfique, doit être mené en relation avec la lecture et l'observation des textes, lorsque l'on y explore un champ sémantique: il passe alors par une activité de recherche qui amène à effectuer des relevés, à établir des réseaux (isotopies) et à les analyser; il conduit ensuite à des formes de réemploi immédiates ou différées (suivant en cela une démarche inductive), c'est-à-dire à des productions écrites ou orales s'intégrant à la séquence. Cette approche thématique du lexique paraît, en revanche, très contestable lorsque, coupée de toute réalisation textuelle et rapportée aux seuls univers d'expérience, elle entraîne l'élaboration de simples listes de mots à mémoriser en dehors de tout contexte. La signification lexicale est une signification contextuelle: seule l'extension du contexte permet de lever bien souvent les ambiguïtés et de réduire la polysémie, aussi bien en situation de réception (lecture ou écoute) que de production écrite. L'analyse lexicale ne peut donc rester centrée sur le mot isolé. L'apprentissage thématique du lexique pose dans tous les cas le problème du choix (Quels thèmes faire étudier prioritairement ?) et de la cohérence (Comment passer d'un thème à l'autre ? Quels transferts possibles chez l'élève ?). Il est donc impossible d'en rester à l'étude d'ensembles thématiques successifs. On doit envisager les autres approches, susceptibles de structurer davantage les apprentissages lexicaux.
- Le lexique et le discours Les niveaux et les registres de langage ne sont pas les mêmes selon la situation d'énonciation. Bien qu'il ne faille pas les limiter au lexique, leur étude prend tout son sens dans une utilisation des mots et des locutions appropriée à cette situation, selon les codifications de l'usage social. En relation avec l'apprentissage du dialogue en 5e, et particulièrement pour l'insertion du dialogue dans le récit, on apprend à maîtriser le jeu des verbes introducteurs de la parole citée : il permettent au narrateur de préciser la mise en situation de cette parole et d'exprimer de manière nuancée un point de vue sur les personnages dont il cite les propos. D'une façon plus générale, le choix lexical témoigne des attitudes du narrateur, de ses émotions et de ses jugements (lexique de la subjectivité). On développe en outre, dans la même perspective, l'apprentissage du lexique qui nomme, met en scène, commente et évalue le langage et le discours (métalangage de la communication ordinaire permettant, par exemple, d'affiner des demandes de reformulation, ou de prendre une distance critique par rapport à la parole d'autrui ou à sa propre parole). Le travail sur le lexique concerne enfin les figures de rhétorique : au terme du cycle central, les élèves savent reconnaître les figures essentielles (comparaison, métaphore, métonymie, antithèse, symbole, périphrase) ; ils distinguent les figures figées par l'usage et les figures créatrices de significations nouvelles. Les rapprochements inattendus qu'elles créent sont toujours envisagés dans le contexte d'une signification globale (en poésie ou en prose). À travers l'exploration des figures, ce sont les capacités d'expression des élèves qui sont développées, notamment à l'écrit: jeux de langage, créativité verbale, fonctionnement associatif, recherche des effets sur le lecteur ou l'auditoire. On aura soin de toujours resituer l'utilisation des figures dans le discours : la comparaison peut être un moyen d'expliquer, la métaphore ou l'antithèse un moyen de surprendre et de plaire. C. Les activités orthographiques Tout comme la grammaire et le lexique, l'orthographe peut être envisagée selon trois niveaux d'analyse: le discours, le texte et la phrase. L'approche discursive s'attache essentiellement à envisager la relation entre l'énonciation et les marques orthographiques de l'énoncé ("Je suis venue", "vous êtes arrivés", ou "arrivées", ou "arrivé" selon la situation d'énonciation) ; l'approche textuelle se préoccupe des chaînes d'accord, considérées comme éléments de la cohérence du texte; l'approche phrastique envisage d'autres chaînes d'accord (par exemple, celles qui se développent à l'intérieur du groupe nominal) et se préoccupe d'orthographe lexicale. Ce point étant précisé, de nombreux problèmes restent posés. Ils seront abordés à partir d'un constat, envisagés en fonction de principes et traités à travers une série d'activités orthographiques.
- Constats a. Un enseignement difficile L'enseignement de l'orthographe est souvent perçu comme un enseignement difficile, appelant des activités nécessairement répétitives, extrêmement coûteuses en temps et généralement assez peu rentables. Les notions sont souvent abordées en fonction des besoins identifiés chez les élèves et en s'efforçant de parer au plus pressé. De ce fait, une certaine atomisation des contenus est fréquente, et l'on s'efforce de faire mémoriser des règles, puis des exceptions pour obtenir des mises en application que l'on souhaiterait pertinentes et qui déçoivent le plus souvent. b. Un enseignement nécessaire Dans le même temps, l'enseignement de l'orthographe est perçu comme absolument nécessaire, dans la mesure où, sans orthographe correcte, il n'est pas de communication écrite possible et parce que savoir orthographier correctement un texte est considéré, socialement toujours et professionnellement souvent, comme une compétence indispensable, fortement discriminante et parfois discriminatoire. Des pressions très fortes s'exercent donc sur les enseignants... et elles tendent fréquemment à figer les pratiques pédagogiques, cherchant, par exemple, à imposer la dictée comme seul exercice orthographique culturellement reconnu.
- Principes Face à cette situation, quatre principes peuvent être affirmés, qui tentent de fonder un enseignement véritable de l'orthographe. Premier principe Il est important de ne pas présenter le système orthographique du français comme une réalité intangible ou un absolu intemporel. Il convient bien plutôt de faire acquérir aux élèves quelques rudiments d'histoire de la langue afin de montrer des évolutions, des doutes, des hésitations ou des hasards... et d'expliquer du même coup certaines graphies ou certains choix orthographiques (par exemple, les pluriels en x, le H à l'initiale, les doubles consonnes, les accords des participes, l'origine de l'accent circonflexe). Deuxième principe Il est essentiel, pour organiser les apprentissages, de définir nettement quelques axes didactiques précis, autour desquels on pourra organiser ensuite les enseignements. On proposera donc trois directions de réflexion : - privilégier dans les apprentissages tous les exercices montrant que l'orthographe est un élément constitutif du sens des énoncés, et inventer des situations où les marques orthographiques font nettement sens (opposer, par exemple, "Les pilotes ferment la porte" à "les pilotes fermes la portent") ; - s'appuyer sur les tables de fréquence pour établir un ordre dans les apprentissages (faire étudier prioritairement la conjugaison des dix verbes les plus usités de la langue française...) ; - enseigner l'orthographe comme système, c'est-à-dire privilégier l'étude des phénomènes relativement stables et réguliers sur celle des exceptions diverses et successives. Troisième principe Plutôt que d'énoncer des règles - dites d'orthographe - pour ensuite donner des exemples, il paraît préférable, afin de proposer aux élèves une réflexion véritable dans le domaine orthographique, d'avoir recours à une démarche résolument inductive, partant de l'observation d'un corpus judicieusement constitué, appelant une phase d'analyse, et aboutissant à la formulation d'une ou plusieurs règles. De la sorte, les élèves sont amenés à observer, à étudier, à comparer, à mettre en relation, à décomposer certaines formes, à opérer diverses substitutions. Ils construisent donc progressivement leurs savoirs et se les approprient plus aisément. Quatrième principe Il est déterminant, pour l'enseignement de l'orthographe, de repenser son évaluation. En effet : - L'orthographe est la seule discipline sanctionnée par la négative (on enlève des points quand des "fautes" apparaissent). Or, ce processus tend à bloquer les élèves et peut les amener à multiplier les erreurs. Il paraît donc essentiel de développer, pour l'orthographe, les formes d'évaluations positives (on retient un phénomène orthographique précis et on évalue le degré de réussite de l'élève par rapport à ce phénomène, par exemple en mettant autant de points que de chaînes d'accord réussies dans un texte). - L'orthographe appelle des évaluations formatives, par l'intermédiaire d'exercices divers. Des formes d'évaluations sommatives (dictées) sont également nécessaires mais elles doivent s'inscrire dans une logique de contrôle de connaissances préalablement acquises et, de ce fait, n'intervenir que deux ou trois fois au cours du trimestre. - Le traitement de l'erreur est déterminant dans l'enseignement de l'orthographe. Il est donc important que les diverses formes d'évaluation débouchent toujours sur un temps d'analyse, par l'élève, de ses erreurs : quelles stratégies a-t-il voulu mettre en œuvre pour tenter de résoudre les difficultés rencontrées ? Pourquoi s'est-il trompé ? Comment aurait-il pu l'éviter ?
- Activités Sans prétendre établir ici une liste exhaustive des activités orthographiques possibles, on proposera deux orientations essentielles, permettant des approches variées de l'orthographe. a. Savoir réécrire le texte d'autrui On réécrit le texte d'autrui quand on fait une dictée. Elle peut être de contrôle. Elle est plus fréquemment préparée (le professeur aborde préalablement les principales difficultés du texte à venir) ou dialoguée (les problèmes orthographiques sont traités au fil de la dictée, dans une discussion professeur/élèves). On s'appuie également sur le texte d'autrui pour divers exercices qui tous tendent à la reconstitution du texte initial (textes dits "à trous" ou "à choix multiples"). b. Savoir écrire son propre texte S'il est relativement rare, dans la vie quotidienne, de réécrire le texte d'autrui, il est extrêmement fréquent, en revanche, d'écrire son propre texte. Or, ce ne sont pas exactement les mêmes compétences qui sont mises en œuvre dans l'un et l'autre cas (écrire son propre texte permet de choisir les termes et d'éviter éventuellement certaines difficultés) et c'est un domaine assez différent qui s'ouvre ainsi dans l'enseignement de l'orthographe. Le professeur de français est donc constamment attentif à l'orthographe de ses élèves, qu'il évalue dans les rédactions et compositions françaises d'une part, dans les notes prises dans les classeurs ou les cahiers de texte d'autre part, dans les textes éventuellement recopiés. Il s'efforce en outre d'associer les professeurs des autres disciplines pour que s'exerce constamment une indispensable vigilance orthographique, chez les professeurs qui corrigent autant que chez les élèves qui écrivent. Il met enfin en diverses formes d'exercices, grâce auxquels les élèves peuvent développer leurs compétences orthographiques en tant que producteurs de textes. On citera trois types d'exercices principaux : La recontextualisation On propose à l'élève une série de formes isolées et décontextualisées (par exemple, "fatigués", "surpris", "avançâmes", "étaient venues", etc.) et l'on demande leur recontextualisation, c'est-à-dire leur insertion dans un texte en tenant compte des indices donnés par les marques orthographiques. Les jeux d'écriture On peut demander aux élèves d'écrire le plus long texte possible sans indices permettant de savoir si le narrateur est masculin ou féminin. On peut les amener à jouer avec les paronymes, les homonymes ou les sonorités (assonances et allitérations). On peut, de la même façon, suggérer l'écriture d'un texte où telle ou telle voyelle n'apparaîtrait pas. Tous ces jeux amènent en fait les élèves à se préoccuper d'orthographe, mais d'une façon quelque peu détournée. Les pratiques sociales de l'écrit Si l'orthographe est un moyen de mieux communiquer avec autrui en se faisant comprendre de lui, il est déterminant que les élèves soient amenés à produire des discours s'adressant à de véritables interlocuteurs sur lesquels on cherche à exercer une action (obtenir un renseignement ou une autorisation, par exemple) et vis-à-vis desquels il convient de produire un texte correct, sans erreurs orthographiques ou syntaxiques. L'écrit socialisé redonne donc toute son importance à l'orthographe qui acquiert alors une dimension pragmatique essentielle. Si les élèves écrivent un texte pour le diffuser, ils seront attentifs à l'orthographe et découvriront avec intérêt le traitement de texte et le correcteur orthographique. S'ils réalisent des panneaux d'exposition, ils éviteront les erreurs orthographiques. Dans tous les cas, ils auront besoin de l'aide du professeur et devront savoir utiliser des outils. L'utilisation des outils orthographiques Quel que soit le type d'exercice demandé (en dehors de la dictée de contrôle), il est nécessaire pendant le cycle central de ménager les étapes d'un apprentissage méthodologique essentiel : comment traiter une difficulté dans le domaine orthographique ? Quelles vérifications mener systématiquement et avec quels outils le faire ? En fait, les réponses aux interrogations des élèves sont contenues dans les dictionnaires, guides de conjugaison et manuels de grammaire. Encore faut-il les amener à se poser ces questions d'abord, à utiliser ensuite de façon pertinente les outils qui sont à leur disposition. VI - Actions particulières A. Pédagogie de soutien Les élèves en difficulté peuvent bénéficier, pendant le cycle central et selon des modalités variables
- La question des groupes L'enseignement du français est décloisonné. Il est mené à l'intérieur de séquences didactiques. Les formes de soutien mises en place à l'intérieur des groupes ne doivent pas réintroduire une part de cloisonnement, par exemple en choisissant de dispenser la totalité d'un enseignement (lecture, orthographe, ou plus fréquemment grammaire) uniquement à l'intérieur des groupes sans aucun lien avec la séquence retenue. Il convient plutôt d'utiliser les groupes pour revenir avec les élèves en difficulté sur les problèmes rencontrés en classe entière et les aider à atteindre, au bout du compte, les mêmes objectifs que l'ensemble de la classe. Ainsi, il n'y aura pas deux enseignements parallèles, dispensés l'un en classe, l'autre en groupes, mais un enseignement unique à l'intérieur duquel un soutien particulier est apporté à certains... pour que tous puissent s'inscrire dans une même dynamique de séquence, de classe et de projet.
- Une pédagogie de soutien Que ce soit en classe entière ou dans les groupes tels que nous venons de les définir, aider un élève en difficulté ne signifie pas refaire avec lui, dans une structure ou une autre, ce qui a déjà été fait en classe entière. Recommencer les mêmes exercices, reprendre à l'identique des pratiques déjà existantes, les rendre parfois plus contraignantes en cherchant à développer des automatismes ou en voulant faire mémoriser systématiquement des règles diverses... tous ces choix pédagogiques sont d'une efficacité très limitée auprès d'élèves auxquels il est nécessaire de proposer des démarches, des approches, des activités différentes, rendues possibles par les effectifs allégés. La pédagogie de soutien passe par l'analyse des difficultés rencontrées par l'élève, de manière à remonter à leurs origines. Un élève en échec devant des cas très simples d'accord du participe passé est peut-être incapable de faire la différence entre l'auxiliaire "avoir" et l'auxiliaire "être" sous ses formes composées ("il a été"). Il peut aussi ne pas savoir identifier le sujet et le c.o.d. Il peut enfin ne pas maîtriser la notion d'accord en genre et en nombre. Il importe donc de trouver d'abord l'origine des erreurs pour ensuite les traiter en s'attaquant à leurs causes. Ce travail se fait le plus individuellement possible, en associant l'élève à l'analyse des difficultés qu'il rencontre. L'analyse préalable étant menée, la mise en œuvre du soutien appelle une pédagogie de contrat, énonçant clairement les objectifs retenus, associant l'élève aux étapes d'apprentissage et précisant les formes d'évaluation (ou d'auto-évaluation) envisagées. Un élève en difficulté manque souvent de repères. Le contrat, clairement explicité, les lui fournit.
- Des choix essentiels Pour aider un élève en difficulté en français, il faut lui faire acquérir (ou réacquérir) un certain nombre de savoirs et de savoir-faire fondamentaux. Sans prétendre en dresser ici une liste exhaustive, on insistera sur quatre points particuliers. - Les activités orales sont essentielles avec des élèves dont c'est souvent la seule forme d'expression spontanée. Elles se développent plus aisément en raison du nombre limité d'élèves, que ce soit dans des exercices de réception (écoute de l'autre) ou de production (passage d'une parole spontanée à une parole réfléchie, prise en compte de l'interlocuteur, jeux sur les niveaux de langue, reformulations diverses). - Dans une perspective méthodologique, les effectifs allégés permettent la découverte progressive et l'utilisation raisonnée d'un certain nombre d'outils indispensables (dictionnaires divers, encyclopédies, manuels de grammaire, guides de conjugaison). - La lecture cursive, par la liberté qu'elle autorise, permet une très grande individualisation des choix. La lecture de l'œuvre intégrale peut, quant à elle, profiter des effectifs allégés, l'enseignant proposant des formes d'accompagnement variées, en fonction du texte et des difficultés rencontrées par les élèves. - Les effectifs allégés permettent également des approches individualisées dans le domaine de l'écriture. À cet égard, on soulignera l'importance toute particulière à accorder, dans les domaines orthographique et grammatical, au traitement de l'erreur. Signalée par le professeur, elle est analysée et corrigée par l'élève.
- Des perspectives interdisciplinaires Dans toutes les disciplines, on demande aux élèves de lire, d'écrire et de s'exprimer oralement. Ces demandes, en apparence identiques, renvoient cependant à des attentes souvent très différentes chez les enseignants. On n'attend pas la même lecture d'une nouvelle en français, d'une consigne en mathématiques, d'un texte documentaire en histoire; on ne décrit pas de la même façon en sciences de la vie et de la terre, en géographie et en français; l'explication dans un texte fonctionnel sera différente de l'explication dans un texte fictionnel. Toutes ces variations restent cependant très implicites et il appartient aux élèves de s'adapter... ce que l'élève en difficulté est incapable de faire seul. Il importe donc de l'aider dans ce domaine aussi, et ce travail ne peut être mené que dans le cadre d'une réflexion interdisciplinaire, permettant aux enseignants d'analyser précisément leurs attentes pour ensuite en informer leurs élèves.
- Des parcours diversifiés dans la discipline Envisagés sous un angle purement disciplinaire, les parcours diversifiés permettent de mettre en œuvre, en français, une pédagogie de projet orientée vers des réalisations concrètes, par exemple, la mise en scène et la représentation d'une scène théâtrale ou l'écriture et la diffusion d'un conte, d'une nouvelle ou d'un recueil poétique. Des "détours" peuvent ainsi être aménagés, qui permettent de faire acquérir une compétence fondamentale (par exemple, orthographier correctement un texte dont on est l'auteur) en empruntant des itinéraires différents (passer de la dictée et d'exercices d'orthographe décontextualisés aux diverses formes d'écrits socialisés, c'est-à-dire destinés à être lus et compris par autrui).
- Des parcours diversifiés pluridisciplinaires Envisagés sous un angle pluridisciplinaire, les parcours diversifiés permettent de développer une pédagogie de projet plus élaborée, dans la mesure où les différentes disciplines collaborent alors entre elles pour que se développe et s'enrichisse le projet. Les détours possibles sont également plus nombreux puisqu'il est possible d'articuler entre elles les disciplines pour imaginer divers itinéraires aboutissant à l'acquisition des compétences fondamentales. La spécificité des parcours diversifiés s'affirme alors : il s'agit de faire acquérir telle ou telle compétence fondamentale, en empruntant des itinéraires d'autant plus riches et variés qu'ils sont pluridisciplinaires. Trois axes essentiels peuvent être retenus, selon lesquels le français peut s'inscrire dans diverses perspectives pluridisciplinaires.
- D'une façon générale, les parcours diversifiés sont l'occasion de développer des compétences pluridisciplinaires dans le domaine méthodologique. Dans la plupart des disciplines, les élèves doivent en effet être capables de rechercher et d'utiliser diverses informations. Un parcours diversifié centré sur la visite d'un site touristique, archéologique, historique ou technologique, en France et à proximité du collège le plus souvent, à l'étranger plus exceptionnellement, demande ainsi tout à la fois : - une phase de recherche, menée, d'une part au CDI ou dans diverses bibliothèques et appelant des formes de lecture cursive, d'autre part auprès de divers organismes (offices de tourisme, sociétés savantes) français ou éventuellement étrangers (ce qui demande la participation du professeur de langue vivante), et appelant la rédaction de lettres; - diverses formes de correspondance (en français ou dans la langue vivante du pays retenu) permettant l'organisation de la visite par les élèves eux-mêmes et la prise en charge, toujours par les élèves, des problèmes matériels ; - la préparation (généralement par un groupe plus réduit) de la visite (Comment guider la visite ? Quelles informations apporter ? À quels moments ?) ; - la prise de notes pendant la visite et la collecte de divers documents (brochures ou affiches, photographies ou films vidéo réalisés par les élèves) ; - l'exploitation après la visite des notes et des documents, par exemple pour réaliser des panneaux d'exposition présentés à l'intérieur du collège.
- Le français se fixe comme objectif central au collège la maîtrise des discours. Cette maîtrise peut être travaillée de façon pluridisciplinaire si l'on se fixe comme objet d'étude les pratiques discursives des différentes disciplines. Comment dénombre-t-on en mathématiques et en physique, comment explique-t-on en français, en histoire et en sciences de la vie et de la terre, qu'attend-on lorsqu'une réponse doit être justifiée ? Elle peut également être étendue aux discours de l'image et du son, afin qu'apparaissent d'intéressantes perspectives de travail avec les arts plastiques, l'éducation musicale et éventuellement la technologie. On peut ainsi faire étudier les discours de la bande dessinée, ou confronter trois formes d'écriture différentes (l'écriture d'une nouvelle comportant des dialogues, son adaptation par les élèves sous forme d'un dialogue théâtral incluant des didascalies, la transformation de ce dialogue en un court scénario filmique) pour ensuite diffuser la nouvelle, mettre en scène et interpréter le dialogue théâtral, et réaliser un montage vidéo à partir du scénario.
- En liaison avec la maîtrise des discours, les parcours diversifiés peuvent permettre de valoriser les élèves en développant, de façon pluridisciplinaire, différentes formes de créativité. L'exemple de l'écriture longue a déjà été cité dans le cadre de la classe de français. Ce type de projet devient cependant fédérateur - et prend de ce fait un intérêt particulier - quand il se développe en liaison avec d'autres disciplines : l'histoire et la géographie, pour constituer le cadre spatio-temporel de la fiction et envisager les mentalités d'une époque; les langues vivantes ou anciennes, pour aborder des questions de civilisation ; les arts plastiques, pour envisager la première et la quatrième de couverture et d'éventuelles illustrations. De la même façon, l'univers du théâtre, celui du cinéma ou de la télévision appellent des formes d'exploration pluridisciplinaires que les parcours diversifiés rendent possibles. On peut ainsi organiser d'abord la visite d'un théâtre pour faire découvrir les coulisses, les machineries, les éclairages, les formes de bruitage. On réalise ensuite un travail de mise en scène - si possible après avoir rencontré des comédiens - et l'on se préoccupe d'expression corporelle en liaison avec l'EPS, de musique et de décors avec les disciplines concernées (éducation musicale, arts plastiques, technologie). Ainsi conçus, les parcours diversifiés permettent d'apporter des réponses appropriées à la diversité des élèves, à leurs besoins et à leurs intérêts, tout en restant centrés sur les objectifs d'apprentissage majeurs définis par les programmes. Ce point est essentiel et l'on précisera donc que le français n'a pas vocation à s'intégrer à tel ou tel parcours diversifié s'il s'agit uniquement d'élargir artificiellement le champ pluridisciplinaire, par exemple en assurant une sorte de secrétariat informel, sans objectifs d'apprentissage convaincants. On peut ainsi souligner l'intérêt qu'il y a pour des élèves de 5e à construire et faire fonctionner une station météorologique. On s'interrogera en revanche sur l'utilité de faire rédiger tout au long de l'année des bulletins météorologiques, et l'on estimera qu'il n'y a pas là, en français, une forme d'apprentissage fondamentale. En revanche, on peut parfaitement imaginer la rédaction d'une notice expliquant aux élèves d'un autre collège la voie à suivre pour réaliser et faire fonctionner ce type d'équipement. En bref, on conseillera aux enseignants de français de se poser une double question avant de s'engager dans un parcours diversifié pluridisciplinaire : - En quoi ma discipline peut-elle aider à atteindre les objectifs que vise ce parcours diversifié ? - Quels sont les apprentissages, réalisés dans le cadre de ce parcours diversifié, qui aident à atteindre les objectifs généraux de ma discipline ? Ils pourront ainsi gagner, avec leurs élèves, le pari pédagogique sur lequel reposent les parcours diversifiés : si l'on place l'élève dans une situation qui l'intéresse, le motive et le valorise, si on lui propose des activités et des supports différents, l'enseignement ainsi organisé lui permettra d'apprendre mieux en apprenant à apprendre... et d'atteindre de ce fait les objectifs fixés par les programmes.
- Oral Comme en 6e, l'accent est mis en priorité sur l'oral, à travers des activités communicatives puisées dans les instruments pédagogiques du français langue étrangère (exercices de créativité, jeux de rôles et simulations). En relation avec le programme, on travaille plus spécifiquement sur des enregistrements de poèmes et des récits de voyage étudiés en 5e. On demande à cette occasion aux élèves de restituer les textes écoutés, à différents degrés de fidélité. Le compte rendu de lectures ou de visites les entraîne à une prise de parole assez longue; il doit répondre à une réelle demande d'informations impliquée par les objectifs de la séquence. Par ailleurs, on fait écouter des documents sonores de provenances diverses (émissions de radios, enregistrements d'oral authentique, paroles de professeurs dans leurs cours, etc.). On y associe des activités de reformulation et de repérage des idées, en les intégrant à des activités de la séquence qui favorisent le passage de l'oral à l'écrit. Le travail sur le dialogue et la conversation est développé à partir de dialogues ordinaires enregistrés en vidéo et d'extraits de scènes théâtrales simples. On sensibilise alors les élèves aux différents aspects de l'oral en français : dimension gestuelle dans la communication, prosodie et intonation, syntaxe de l'oral, variété des niveaux de langage. On développe peu à peu au sein des activités communicatives la maîtrise des interactions entre les locuteurs (expression du désaccord, par exemple).
- Lecture Des extraits de Textes à lire, tels qu'ils sont signalés dans les programmes et dans leur version originale, sont systématiquement choisis, plus ou moins courts selon le degré de maîtrise de la langue française de chaque élève. Ils donnent quelques références nécessaires à la construction progressive d'un savoir historique et culturel concernant la France. Des versions traduites ou bilingues peuvent être proposées afin de faciliter l'entrée dans la lecture de ces textes. On fait lire des livres de littérature pour la jeunesse, français, francophones ou traduits de langues étrangères : on privilégie ceux qui présentent aux élèves un univers culturel qui leur est familier, en stimulant ainsi par la reconnaissance de ce qui est connu, le désir de lire et de découvrir l'inconnu. On choisit de préférence les éditions illustrées, l'image facilitant l'accès au sens. Les textes sont lus en classe ; toutefois, des lectures cursives sont aussi suggérées aux élèves afin que se forme peu à peu leur autonomie de lecteurs. On entraîne les élèves à l'utilisation d'ouvrages documentaires (notamment la manipulation de dictionnaires monolingues et encyclopédiques). On étudie des pages de manuels de textes conçus pour les cours de français langue maternelle en 5e et 4e : l'objectif est alors de développer les compétences et savoirs nécessaires à la compréhension des diverses informations données par les appareils pédagogiques qui entourent les textes ainsi qu'à l'appropriation du sens des questions et des consignes.
- Écriture Une place primordiale est donnée aux productions personnelles qui sont écrites, quelle que soit la longueur du texte, en plusieurs phases - brouillons, copies, repérages des erreurs, autocorrection, réécriture et parfois mémorisation du texte final. Les sujets proposés à l'écriture, narrations, descriptions ou explications, sont toujours inscrits dans un contexte pragmatique : identification de l'énonciateur et du destinataire, objectif défini du projet d'écriture. Ils sont choisis de telle sorte que les élèves puissent utiliser et enrichir le vocabulaire et les éléments de grammaire appris pendant la séquence pédagogique en cours.
- Outils de la langue Abordés inductivement, par imprégnation des structures de la langue, ils font l'objet d'un apprentissage progressif. Les outils fondamentaux de la morpho-syntaxe et de l'orthographe, avec le métalangage qui leur est propre, sont appris et mémorisés au cours du cycle central. La formation d'une distance réflexive par rapport à la langue française est étroitement associée à l'expression orale, à la lecture et à l'écriture lors des pratiques communicatives organisées au sein de la séquence. Entre les séquences, des temps de synthèse sont aménagés pour le travail sur les outils de la langue. Suggestion de séquence: "Décrire pour situer" L'objectif de cette séquence est l'apprentissage des compétences nécessaires à la compréhension et à la production de descriptions. On construit un paysage urbain avec les élèves, au gré d'activités de compréhension et de production orales et écrites, individuelles et collectives, en utilisant les techniques des simulations globales (préparation d'un site, élaboration d'un plan, invention de noms de quartiers et de rues, etc.). Le paysage décrit sert de décor à des personnages imaginés et à la création d'identités fictives que s'approprient les élèves, permettant ainsi un apprentissage inductif de la notion de point de vue. Les compétences acquises permettent de décrire un environnement urbain dans la langue première, avec les personnages qui y résident. Les prérequis dépendent de l'étude du portrait en français. Les élèves échangent oralement des descriptions de lieux où ils ont vécu. On en extrait le lexique descriptif dont on fait une typologie par catégories de mots. On donne à écrire un court paragraphe de description d'un paysage urbain commun aux élèves, utilisant le lexique acquis. Quelques textes corrigés font l'objet d'une lecture lors de la séance suivante ; on introduit la notion de point de vue. On donne ensuite à regarder les quatre dessins de Sempé figurant des rues de Paris et de New York, pour le roman Catherine Certitude qui est lu intégralement en parallèle. On travaille la comparaison entre le point de vue donné par le dessinateur et celui choisi pour le texte par Modiano (regard d'un personnage, regard du narrateur). Le lexique de la description est accru par des relevés faisant l'objet de classements. On demande à quelques élèves de préparer pour la séance suivante une intervention orale de quelques minutes présentant les deux ou trois grandes différences entre la rue où ils habitaient et celle où ils habitent en France. On observe des photographies de rues de différentes villes (Doisneau, Ronis, Klein, etc.). On distribue de courts extraits du texte de G. Perec, Espèces d'Espaces, à lire pour les séances suivantes. En classe est menée, oralement, une lecture suivie que l'on prolonge par un questionnaire écrit auquel les élèves doivent répondre chez eux. Les réponses aux questions permettent de relever les éléments nécessaires à la construction d'une rue imaginaire (façades d'immeubles, boutiques, mobilier urbain, circulation de voitures et de piétons, panneaux de signalisation, affiches publicitaires, etc.). Des séances de simulation globale mettent en commun, à l'intérieur d'une trame narrative, les éléments créés par chaque groupe. La rédaction, individuelle, en classe, de la rue imaginée par tous, permet l'évaluation sommative.