LE GOUVERNEMENT DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG Ministère d'État Le Ministre aux Relations avec le Parlement Monsieur le Président Conseil d'État Luxembourg Luxembourg, le 17 novembre 2016 Personne en charge du dossier: lean-Luc Schleich S' 247 - 82954 SCL : L 5285 — 1673 / ya V/réf. 51.959 Doc. parl. 7050 Objet : Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2017 et modifiant : 1) la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu 2) la loi modifiée du l er décembre 1936 sur l'impôt foncier 3) la loi modifiée du 27 novembre 1933 concernant le recouvrement des contributions directes, des droits 4) la loi modifiée du 12 février 1979 concernant la taxe sur la valeur ajoutée d'accise sur l'eau-de-vie et des cotisations d'assurance sociale 5) la loi modifiée du 17 décembre 2010 fixant les droits d'accise et les taxes assimilées sur les produits énergétiques, l'électricité, les produits de tabacs 6) la loi modifiée du 21 décembre 2001 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2002 7) le Code de la sécurité sociale 8) la loi du 18 décembre 2015 concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2016 9) la loi modifiée du 25 février 1979 concernant l'aide au logement 10) la loi modifiée du 18 février 2010 relative à un régime d'aides à la protection de l'environnement et à l'utilisation rationnelle des ressources naturelles 11) la loi modifiée du 5 juin 2009 relative à la promotion de la recherche, du développement et de l'innovation 12) la loi du 12 juillet 2014 relative à la coordination et à la gouvernance des finances publiques. Monsieur le Président, À la demande du Ministre des Finances, j'ai l'honneur de vous faire parvenir en annexe l'avis de la Chambre des métiers sur le projet de loi sous rubrique. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération. Pour le Ministre aux Relations avec le Parlement John Dann Directeur z1.3, boulevard F.-D. Roosevelt L-245o Luxembourg Tél. (+352) 247-82952 Fax (+352) 46 74 58 scl@scl.etat.lu www.legilux.lu www.gouvernementtu www.luxembourg.lu Avis de la Chambre des Métiers Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes CHAMBRE DES METIERS Luxembouro 11 novembre 2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 3 Résumé structuré En ce qui concerne le contexte dans lequel s'insère le projet de budget 2017, la Chambre des Métiers voudrait relever que les principaux paramètres montrent que la situation conjoncturelle en 2016 est très satisfaisante. Le PI8 augmente de 3,1%, l'emploi de 3% et le taux de chômage enregistre une baisse pour s'établir à 6,4%. Les perspectives mises en avant par le Gouvernement sont également encourageantes avec une hausse du PIEI de 4,6% en
- II est à noter que l'Artisanat suit l'évolution de l'économie en général et a atteint, comme il ressort des enquêtes de conjoncture de la Chambre des Métiers, un niveau d'activité élevé. L'analyse du projet de budget 2017 opérée par la Chambre des Métiers fait état à la fois d'un changement notable de polltlque, témoignant d'un déphasage du budget 2017 avec les objectlfs lnitlaux du Gouvernement, mais démontre également la nécessité à redéfInk le modèle économlque du Luxembourg.
- Finances publiques : d'une logique de consolidation vers une logique de redistribution La Chambre des Métiers relève en premier lieu une détérloratlon rapide et signiflcative du solde de l'administratlon centrale pour 2017, ce dernier passant de -408 à -983 millions d'euros, soit une dégradation de 576 millions d'euros ou de 141%. Elle atteste en outre des doutes quant au réalisme de la progresslon des dépenses de fonctlonnement prévues pour
- En effet, la hausse estimée semble peu élevée à ses yeux, compte tenu de l'échéance probable d'une tranche indiciaire à la fin de rannée 2016 qui augmentera mécaniquement les dépenses de personnel de 2,5% mais aussi eu égard aux intentions du Gouvernement d'embaucher plus de 1.000 agents supplémentaires en
- En ce qui a trait au budget soclal, et dans une perspective de long terme, la Chambre des Métiers note que le vieillissement de la population va entraîner un accroissement progressif des dépenses, notamment au titre de l'assurance penslon. De ce fait, elle estime qu'il est indispensable d'entamer des réformes structurelles dans ce domaine, la réforme des pensions de 2012 ne suffisant pas à garantir la pérennité du système. Elle ne peut par ailleurs qu'accueillir favorablement la politique du Gouvernement consistant à maintenlr un nlveau élevé d'investlssements publics, en ce que ces dépenses constituent un investissement dans l'avenir du pays. Or, face à des ressources budgétaires limitées, et dans la mesure où tous les types d'investissements n'ont pas des répercussions identiques ou similaires sur l'économie, une priorisation de ces dépenses s'impose. Toutes ces considérations ne font que confirmer la conviction de la Chambre des Métiers de la nécessité de transformer notre modèle économique pour passer à terme d'une crolssance extenslve vers une crolssance plus durable. Avec son premier projet de budget de l'Etat relatif à l'exercice 2014, l'actuel Gouvernement annonçait qu'il allait assainir les finances publiques en prévoyant une série des mesures destinées à endiguer le déficit de l'Administration centrale. CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.doex/11.11.2016 4 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes A travers le projet de budget pour 2015, il renforçait sa politique de consolidation en déclarant vouloir mettre en ceuvre le « Zukunfspak »(ZP), un paquet de 258 mesures de consolidation destiné à freiner l'évolution des dépenses, flanqué de deux mesures visant à augmenter les recettes publiques. A l'époque la Chambre des Métiers avait approuvé la politique de consolidation des finances publiques tout en critiquant, voire en s'opposant à certaines de ces mesures. Or, lors de son avis relatif au projet de budget pour l'année 2016, elle constatait déjà que le ZP n'avait été mis en ceuvre que partiellement. Dans le projet de budget concernant l'exercice 2017, la Chambre des Métiers relève un changement notable dans la politique gouvernementale qui passe définitivement d'une loglque de redressement des finances publiques vers une loglque de pure redistribution, neutralisant l'effet des mesures de consolidation décidées antérieurement. Ainsi, il existe des sIgnes manIfestes pour un relâchement de la cliscIplIne budgétalre. Tout d'abord, le défIcIt de l'Administration centrale monte de quelque 400 millions euros en 20/6 à près de 1 mfillard d'euros en 2017, ce qui représente une hausse de 141%. Partant, II dépasse même le nlveau des années de crlse 2009 et
- Parmi les principales causes de cette détérioration il y a lieu d'en relever trois. Tout d'abord, le « Zukunftspak » n'a été mls en ceuvre que partlellement et d'après les estimations de la Chambre des Métiers le taux de réalisation ne s'élève qu'à 61% en
- Par ailleurs, le Gouvernement a décidé une réforme flscale qui générera des déchets fiscaux conséquents de l'ordre de 373 millions d'euros, et ce dans un contexte où l'Administration centrale présente toujours un solde déficitaire. En d'autres termes, les allègements fiscaux sont financés à travers la dette publique. Si une telle démarche est admissible pour réduire la charge fiscale des entreprises afin de favoriser l'implantation d'entreprises qui contribuent à leur tour aux recettes fiscales, l'ampleur des mesures en faveur des personnes physiques semble généreux au regard de l'état actuel des finances publiques. En dernier lieu, la hausse Importante des dépenses en général explique en partie l'augmentation du déficit. Hors investissements, dont le niveau élevé doit être salué en vue du rattrapage des retards accumulés sur le plan des infrastructures, elles montent de 5,2% en 2017, alors que leur progression ne s'élevait qu'à 2,8% et 2% lors des exercices 2014 et
- Si l'on considère la dette publique en chiffres absolus, l'objectlf à renverser la tendance à la hausse de la dette n'est manIfestement pas attelnt. Au contraire, la dette s'est accrue depuis 2013 et continuera à augmenter, selon les données du Ministère du Finances, jusqu'à la fin de la législature. Elle devrait monter de 10,9 milliards en 2013 à 14,5 milliards en
- De surcroît, la hausse « modérée » de 2015 qui s'établit à 0,9%, cède la place à des progressions de 9,4% et 8,8% sur les exercices 2016 et
- Un des indices les plus manifestes témoignant du relâchement de la discipline budgétaire est la balsse de l'obJectlf budgétalre à moyen terme (OMT) de +0,5% à -0,5%, sur base de projections très optimistes en ce qui concerne la hausse de l'emploi et de la population, et implicitement de la croissance économique. CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 5 La Chambre des Métiers constate qu'en 2018 et 2019 les finances publiques ne respectent plus l'ancien OMT plus réaliste de +0,5%. Contrairement à la politique pro-cyclique menée par le Gouvernement, la Chambre des Métiers est d'avis qu'en période de forte croissance économique, les finances publiques devraient être assainies pour disposer pendant les périodes conjoncturelles difficiles d'une marge de sécurité suffisante afin de soutenir l'économie. Dans ce contexte, la Chambre des Métiers voudrait rappeler qu'en 2009 le Gouvernement de l'époque avait lancé un « plan de conjoncture » d'une incidence budgétaire estimée à 1,228 milliards d'euros afin d'atténuer les effets de la crise sur l'économie nationale. Le gonflement des déficits publics par des périodes de bonne conjoncture rendra à l'avenir difficile l'implémentation d'une telle politique « anticrise ».
- Vers un nouveau modèle êconomique pour le Luxembourg Depuis un certain nombre d'années, le Luxembourg est confronté à une série d'évolutions qui remettent en cause son modèle d'affaires traditionnel. Face à ces multiples défis, il est, aux yeux de la Chambre des Métiers, important de percevoir ceux-ci comme des opportunités et non comme des menaces. Dans ce contexte, il est essentie/ de s'y préparer de manière conséquente en redéfinissant le modèle économique du Luxembourg, et ce dans une approche intégrée qui prenne en compte les considérations économiques, sociales et environnementales et en menant un débat ouvert et transparent sur la vlslon d'avenlr que le Luxembourg pourralt adopter. Cette réflexion souligne que le Luxembourg et ses représentants politiques et socioéconomiques doivent plus que jamais réfléchir à ne pas hypothéquer l'avenir de la génération future. La Chambre des Métiers note toutefois que durant Ies dernières décennies, les gouvernements n'ont misé que sur un seul scénario : celui d'une croissance économique élevée et continue. Elle accuellle favorablement le lancement de plateformes de dlscusslon et d'échange afin de mieux cerner les défis à relever et les solutions à long terme à envisager en vue de définir un nouveau modèle économique plus durable. Par ailleurs, il est à relever qu'eu égard à son économie ouverte, le Luxembourg est susceptible de se voir exposé dans le futur à des chocs économiques et technologiques externes auxquels il devra faire face. Dès lors, au vu des défis qui se posent, le Gouvernement a tout intérêt à développer à moyen et à long terme une « stratégie politique et économique » sous la forme d'une « vision d'avenir » permettant de définir un modèle de croissance durable répondant aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. La Chambre des Métiers souligne en outre que même si une démarche politique nécessite toujours certains arbitrages, le défi majeur à relever sera de faire évoluer la société et l'économie luxembourgeoise par la mise en ceuvre d'une approche intégrée vers un modèle économique plus durable. Or, actuellement, la crolssance économlque au Luxembourg revêt avant tout un caractère extenslf. En d'autres termes, la croissance économique est avant tout poussée par la hausse de l'emplol plutôt que par des gains de productivité. Par conséquent, la Chambre des Métiers est convaincue qu'une vision qui se limiterait à reproduire à l'avenir le mo- CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 6 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes dèle de croissance extensive du passé serait absolument inconciliable avec le concept du développement durable. La Chambre des Métiers plaide en faveur de la transItIon graduelle d'un modèle de crolssance extensif vers un modèle économlque Intenslf ou « qualltatlf ». Une telle politique nécessitera un mix équilibré de mesures, aussi bien en faveur de secteurs prioritaires qu'en faveur des entreprises faisant partie de secteurs qui devront « révolutionner » leurs processus de productions et leurs modèles d'affaires en innovant considérablement. Partant, l'impact de la « Troisième Révolution Industrielle » (TIR) sur ces secteurs « traditionnels » sera important dans le cadre de l'implémentation d'une « vision d'avenir » plus durable du Luxembourg et de ce fait l'accompagnement et la guidance des entreprises concernées par le bials de mesures à soutenir par les autorités gouvernementales devraient représenter un axe politique clairement affiché. La Chambre des Métiers est d'avis que le processus de réflexion en cours rendra possible d'Identlfler les opportunItés et les sources de crolssance de demaln, sachant que les efforts de diversifications mises en ceuvre (développement des secteurs prioritaires comme les TIC, les éco-technologies et les technologies de la santé etc.) vont dans la bonne direction. Une gouvernance politique adaptée à la révolution technologique devrait définir un cadre susceptible de produire les retombées sociales et économiques positives, en termes de qualité de vie et de gains de productivité. Dans ce contexte, l'Etat devrait veiller à augmenter également son efficacité et à réorienter certaines de ses dépenses courantes au niveau administratif vers plus d'investissements susceptibles de préparer l'avenir. Les procédures administratives, dans le cadre de la TIR, devraient être simplifiées par le recours à des workflows électroniques intégrés, notamment en parallèle à l'initiative « Einfach Lëtzebuerg », susceptibles de réduire durablement tes charges des entreprises et des administrations. D'une manière générale, la Chambre des Métlers part du fait qu'à l'avenir, tous les domalnes de polltlques devralent être placés dans un contexte de crolssance durable/qualltatlf et devraient par ailleurs répondre au concept de « zero base budgeting » et de « budget par objectif », où tous les budgets devraient être justifiés par rapport à un objectif clairement affiché et vérifiable. II est regrettable que, dans la plupart des cas, aucun « fll rouge » ne caractérlse les commentalres du budget des dépenses donnés par les dIfférents mlnlstères. L'éducatIon et la formatIon, à la fois des jeunes et des adultes, relève d'une importance capitale dans un pays dont les seules ressources naturelles sont les compétences intellectuelles, techniques et manuelles de sa population. Dans ce contexte, il est d'une importance cruciale pour le pays d'investir dans son « capital humain ». Ainsi, l'équivalence (« GlelchwertIgkelt ») entre la formatIon dlte « générale » et la formatIon dlte « technlque et/ou manuelle » doit être établie, à la fois dans les esprits et dans la réalité. Cette équivalence est le préalable à la mise en place d'un système d'orlentatIon scolalre et professlonnelle performant dont le pays a cruellement besoin et sans lequel toutes les initiatives de promotion des métiers technico-manuels et de réforme de l'enseignement en général et de la formation professionnelle en particulier risquent de ne pas générer les résultats escomptés. A l'avenir, il s'agit donc de développer le paysage de la formation de manière à en faire un « créneau » à part entière de l'économie nationale capable de générer em- CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 7 ploi et plus-value. Concrètement, les domaines d'intervention suivants relèvent d'une priorité absolue pour la Chambre des Métiers, afin de marquer un a saut qualitatif » en matière de politique de formation et d'éducation : remplol des langues dans le système éducatif, l'orientation scolaire et professionnelle, la formatIon professlonnelle, le brevet de maîtrIse, la formatIon contInue, renseIgnement supérleur et la stratégie nationale du « lifelong learning ». Finalement, les dépenses dans un système d'éducation et de formation performant doivent être considérées comme dépenses d'InvestIssement et non pas comme dépenses de fonctionnement. En effet, tout euro investi dans la formation et dans la qualification de la future population active est un euro épargné dans la lutte contre le fléau du chômage (et notamment du chômage des jeunes) et contre la marginalisation sociale. La Chambre des Métiers note que le « bllan IntermédIalre de la mise en ceuvre du programme gouvernemental » affIché au commentalre du budget des dépenses ne falt malheureusement pas état nl d'une approche qualltatIve nl d'une vision plus globale et se limite par ailleurs à énumérer et à commenter certaines initiatives individuelles. Si toutes celles-ci ont, aux yeux de la Chambre des Métiers, le mérite d'exister, il serait, selon elle, opportun de les placer dans un contexte plus général de « politique d'investissement » (en termes d'éducation et de formation), susceptibles de soutenir le développement des compétences et talents des futures générations. Selon la Chambre des Métiers, le but de la polltlque de remplol devrait être de concilier les points de vue des employeurs et des salariés tout en veillant à ce que les entreprises puissent réaliser leurs objectifs, notamment en termes d'augmentation de la productivité. Parmi les pistes de réflexion futures figurent : le maintien des niveaux de cotIsatIons soclales peu élevés, le flnancement soutenable à moyen et à long terme du système de sécurlté soclale (assurance maladie et assurance pension), la pérennisation du modèle social par des mécanismes de redistribution efficaces, l'intensification des mesures au profit des demandeurs d'emploi ainsi que celles en faveur des immigrés/réfugiés politiques, la mise en ceuvre d'une réelle flexlbIllsatIon du temps de travall tenant compte des besoins de l'entreprise, radaptatIon du drolt du travail et du droit de la sécurité sociale ainsi que des autres dispositions légales et réglementaires concernées aux nouvelles évolutlons dans le domalne dIgItal, la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale et le développement d'une approche systématique de management de la sécurité et de la santé sur le lieu du travail par l'entreprise. La Chambre des Métiers approuve l'orientation donnée à la politique de l'emploi via des mesures, notamment de l'ADEM, visant à accroître l'employabilité des demandeurs d'emploi plus faiblement qualifiés en vue de leur intégration sur le premier marché de l'emploi. Elle relève toutefois la nécessité de la part du Ministère du Travail, de l'Emploi et de l'Economie sociale et solidaire de renforcer les efforts pour accroître reffIcacIté des InItiatIves soclales en faveur de remplol, relevés dans le commentaire du budget des dépenses, sachant que les initiatives en question ont comme objectif principal la prise en charge de personnes éloignées du marché du travail ainsi que l'amélioration de remployabilité par la formation et par la mise au travail. Des mesures de cadrage adaptées s'avéreraient utiles afin de soutenir les initiatives sociales dans leur approche future d'efficacité. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 8 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes En matière de politique d'aménagement du terrltolre, deux priorités seront nécessaires à l'avenir aux yeux de la Chambre des Métiers. Le Gouvernement devrait, de prime abord, développer prlorltalrement les vIlles et leur pérlphérle, ce qui aurait des avantages manifestes. D'autre part, la slmplIfIcatIon des procédures d'autorisation, qui, depuis des années, constitue un objectif politique permanent, devrait être résolument poursuivie, afin d'augmenter la réactivité de l'offre. En matière de logement, un modèle de développement plus durable devrait tenir compte de pistes susceptibles d'engendrer un agencement plus qualitatif de la politique ; ainsi, on peut citer la nécessité de favoriser l'accroissement de la population dans les villes et leur périphérie, d'augmenter la densité du bâti (a construire plus en hauteur »), de revalorlser les friches IndustrIelles, de privilégier le développement des localités de l'intérieur vers l'extérieur d'un point de vue aménagement du territoire, de réformer la politique des logements à coût modéré, de simplifier les procédures d'autorisation et de développer le recours aux énergies renouvelables. La Chambre des Métiers approuve explicitement les accents spécifiques mis en évidence en la matière dans le commentaire des dépenses. 11 s'agit, de prime abord, des mesures permettant de « promouvoir le logement durable », à savoir le « prêt climatique à taux réduit » et le « prêt climatique à taux zéro ». D'un autre côté, elle tient à mettre en exergue que l'accroissement des dépenses en matière de particIpatIon étatIque destInées aux promoteurs publIcs que sont les communes, le Fonds pour le développement du logement et de l'habitat et la Société Nationale des Habitations à Bon Marché lui semble InsuffIsant dans la mesure où il s'agit de dynamiser à l'avenir l'offre de logements locatifs sociaux et à coûts modérés. A noter que la Chambre des Métiers regrette que les crédits budgétaires à l'allocation des aides individuelles au logement connaissent une baisse importante (-34% par rapport à 2016). S'il convient d'évoquer le sujet des zones d'actIvItés économlques (ZAE), vu les besoins d'expansion hors des localités, avec lequel tous les secteurs économiques sont confrontés, il importe que le Gouvernement tienne compte des besoins d'implantation des entreprises, y compris celles des secteurs traditionnels, tout en veillant aux éléments suivants : déconcentratIon économlque, nécessité de favoriser l'implantation d'entreprises par la localisation de ZAE dans certaines régions et de réserver des ZAE prlorltalrement à l'Artlsanat Malheureusement, ni le commentaire du budget des dépenses du Ministère de l'Economie, ni celui du Ministère du Développement durable et des lnfrastructures ne mettent en évidence quelles sont les priorités en matière de politiques de zones d'activités économiques et quels accents le Gouvernement compte définir en matière de mesures de soutien aux ZAE, notamment en vue de l'implantation de PME ou d'entreprises artisanales. En matière de transport, la Chambre des Métiers recommande de remédier, du moins partiellement, aux problèmes de saturation des routes en continuant la politique de renforcement des capacltés du réseau ferrovIalre, en optImIsant les connexlons, en encourageant la mobilité électrique, en prenant des mesures spécifiques pour la « population résidente » et pour les frontaliers ». Ainsi, la Chambre des Métiers salue /es mesures engagées, notamment celles en rapport avec le réseau ferroviaire, le tram, le bus et la mobilité douce (objectif de « chaînes moblles CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de rEtat 2017 ou le renversement des paradigmes 9 effIcaces » au niveau des transports publics), ainsi que les initiatives lancées en vue de la mise en ceuvre de « schémas de mobIllté transfrontalière » (SMOT). De l'avis de la Chambre des Métiers, une politique intégrée d'aménagement du territoire devrait, tout en tenant compte des consIdératIons envIronnementales, veiller à ce que les activités économiques puissent se développer de façon harmonieuse dans les espaces qui leurs sont destinés. II importe de veiller à l'avenir aux points suivants, lorsqu'il s'agit de reconsidérer le modèle de développement du Luxembourg : évIter de dépasser, lors de la transposition de directives en droit national, les exIgences prévues par le drolt de ruE, éviter la multIplIcatIon des études d'Impact environnemental à différents stades, adopter une approche pragmatIque concernant la mise en ceuvre de la loi relative à la protection de l'environnement, introduire un moratoire de 6 ans concernant l'identification de nouveaux biotopes et optimiser le fonctionnement de la plateforme de concertation PAP. Ainsi, la Chambre des Métiers propose au Gouvernement de chiffrer davantage les dépenses prévisionnelles à long terme dans ce domaine, sachant qu'un règlement grand-ducal d'exécution devrait à l'avenir prévoir les modalités pratiques de mise en place du « système numérique d'évaluation et de compensation en éco-points » en vue de la détermination des mesures compensatolres à financer par les investisseurs. Pour ce qui a trait au changement climatIque, la Chambre des Métiers est convaincue que la transition vers une économie à faible intensité de carbone renforcera la croissance sur les marchés des biens et services de l'UE, notamment dans le domaine de l'efficacité énergétique. Elle estime que le Luxembourg a encore du chemin à faire pour atteindre les objectifs qui dolvent être mis en ceuvre jusqu'en
- Dès lors elle préconise, dans l'optique des futures décisions politiques en matière de modèle économique « qualitatif », de considérer la nécessité de mener à l'avenir une politique plus offensive en matière de changement climatique si l'on veut atteindre les objectifs fixés, d'accélérer les assalnIssements énergétlques des bâtiments, de développer davantage l'énergle éollenne et l'énergle solalre dans le secteur des énergies renouvelables, de promouvolr des modes alternatlfs cle transports et de l'électromobilité, de mettre en ceuvre des objectifs ambitieux et de renforcer la promotion et le financement des mesures et projets envIronnementaux sur le terrltolre national. Même si en général, la Chambre des Métiers salue les mesures spécifiques engagées dans ce domaine, elle est d'avis qu'une politique énergétique conséquente et orientée vers l'avenir devrait se faire avec des moyens budgétaires adéquats étalés sur le moyen et le long terme. Ainsi, elle regrette que dans le programme pluriannuel 2017-2020, l'article budgétaire 52.1.53.000 qui vise à couvrir ies dépenses engendrées par le régime d'aides soient réduits pour 2018-2019 (à un niveau situé en-dessous de celui de 2016) après une augmentation plus substantielle en
- Enfin, la Chambre des Métlers se félIcite de l'annonce de la Secrétaire d'Etat à l'Economie Francine Closener de mettre en ceuvre un « Pacte PRO ARTISANAT ». La Chambre des Métiers se propose de contribuer activement à la conception et à la mise en oeuvre de ce pacte.
- L'Artisanat en route vers demain Repenser la Chambre des Métlers d'aujourd'hul pour satisfaire l'Artisanat de demain. Tel a été le leitmotiv des élus et salariés de l'Institution représentative du CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.doc;/11.11.2016 10 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes secteur qui, avec environ 6900 entreprises, occupant 86.000 personnes constitue ainsi le premier employeur du Grand-Duché. Les réflexions menées par les élus et les salariés de l'institution représentative du secteur se traduit par l'adoption d': • une vision commune qui renforce la mission de la Chambre à être l'institution partenaire de référence, au service des entreprises de lArtisanat et de la société, moteur du développement durable et de l'innovation • une stratégie et d'un plan d'action ambitieux dont une des priorités est la jeunesse, plan en train d'être mis en ceuvre. Dans le cadre du « Zukunftspak », le subside accordé à la Chambre des Métiers pour l'accomplissement d'un certain nombre de services a été réduit 18% sur la période 2014-
- Il s'agit là d'une contribution de la Chambre des Métiers à rassainissement des finances publiques qu'elle assume. En revanche, elle regrette profondément de devoir constater que le projet de budget prévoit pour 2017 des moyens financiers inférieurs à ceux du budget pluriannuel voté en
- Ainsi, elle est confrontée à une réduction, dans le cadre du projet de budget 2017, de 283.000 euros, ce qui fait que le subside s'élèverait pour 2017 à 2,5 mio € au lieu de 2,783 mio € tel que prévu dans le budget pluriannuel voté en
- Compte tenu de son importance pour lArtisanat et de l'élan de modernisation en cours, elle demande à ce que le budget pluriannuel voté en 2015 soit respecté. Un projet-phare actuellement mené par la Chambre des Métiers, en accord avec le Ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, est la restructuration du Brevet de Maîtrise, diplôme national de référence pour l'Artisanat. Dans l'optique d'une démarche qualité, les objectifs de ce projet de réforme et de restructuration d'envergure du Brevet de Maîtrise se situent à plusieurs niveaux dont notamment : • renforcer la valeur et l'attractivité du Brevet de Maîtrise • adapter le Brevet de Maîtrise et son organisation à l'évolution de la demande du marché et des futurs chefs d'entreprise et donc • augmenter de façon considérable la qualité du Brevet de Maîtrise • pérenniser le Brevet de Maîtrise en tant qu'élément de promotion sociale • provoquer un nouvel attachement, une fierté réaffirmée de l'Artisanat envers son Brevet de Maîtrise et donc • renforcer sa renommée et son image de marque • garder son rôle et sa place pour l'Artisanat. La Chambre des Métiers note avec satisfaction que le Gouvernement souscrit pleinement à la restructuration du Brevet de Maîtrise et qu'il va allouer des moyens financiers pour l'année budgétaire 2017, confirmant ainsi sa volonté de vouloir investir dans la jeunesse. La Chambre des Métiers est optimiste à trouver un terrain d'entente sur le montant du budget approprié pour une telle réforme d'envergure. CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 11 Table des matières
- Analyse du projet de budget 2017 : le constat d'un changement de politlque nota ble 13 1.
- Administration centrale : dégradation Importante du solde flnancler 13 1.1.
- Les dépenses de fonctionnement : des doutes sur le réalisme de la progression prévue pour 2017 1.1.
- Le budget social la nécessité de réformes structurelles /./.
- Investissements une hausse des dépenses pour essayer de rattraper le retard 1.
- Sécurlté sociale ; un excédent important qul masque une bombe à retardement 1.
- Le Gouvernement est-II en phase avec ses principes en matIère de flnances publlques 16 /6 18 21 22 1.
- Analyse des accents polltiques du prolet de budget pour 2017 25 1.4.
- Réforme fiscale 1.4.
- Renforcement des structures économiques 1.4.
- lnnovation et recherche 1.4.
- Développement des infrastructures familiales et sociales et de santé 1.4.
- Transferts de l'Etat à la Sécurité sociale 1.4.
- Aide publique au développement 1.4.
- Dynamiser l'offre en logements subventionnés 1.4.
- Politique d'investissement ambitieuse /.4.
- Efforts en faveur des transports publics 1.
- Conclusion sur l'analyse des flnances publiques 1.5.
- Le Gouvernement accepte le gonflement du déficit 1.5.
- Le Gouvernement révise vers le bas son objectif budgétaire 1.5.
- Le Gouvernement n'entend pas assainir les finances publiques en période de forte croissance 25
- Vers un nouveau modèle économique pour le Luxembourg 2.
- Constats 2.
- Orlenter le pays vers un nouveau modèle économique 2.
- Pour une vision d'avenir intégrée 2.
- L'Importance d'une vision d'avenlr Intégrée pour le développement d'un modèle économique durable 2.
- Mix équillbré de mesures à engager dans les années à venir 28 29 30 30 31 31 32 32 32 33 34 35 35 35 37 38 39 39 2.
- Les enjeux de la digltalisatIon et de la révolutlon technologique sur le futur modèle économique du Luxembourg 41 2.
- InItiatives priorltalres dans le cadre d'un futur modèle économIque durable 42 2.7.
- Formation et éducation socle d'un futur modèle de développement durable 43 2.7.
- Emploi et politique sociale - changements de paradigmes futurs 45 2.7.
- Aménagement du territoire pièce angulaire d'une politique transversale 48 intégrée 2.7.
- Changement climatique nécessité de se donner les moyens pour atteindre des 54 objectifs ambitieux
- Perspectives : Artisanat et Chambre des Métlers 56 3.
- L'ArtIsanat en route vers demain 56 3.
- Réforme et restructuration du Brevet de maîtrise 57 CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 13
- Analyse du projet de budget 2017 : le constat d'un changement de politique notable 1.
- Administration centrale : dégradation importante du solde financier Chiffres-clés des finances publiques pour la période 2015-2020 2017 2018 2015 2018 2019 2020 en mlo en % du en mlo en % du en mio en % du en mlo en % du en mio en % du en mlo en % du C PIB C PI8 C P18 C PIB C PI8 C PIB 1) Solde nominal : Ad m inistration publique • Adrninistration centrale - Administrations locales - Sécurité sociale 796 -176 215 757 1,6% -0,3% 0,4% 1,5% 623 -408 181 849 2) Solde structurel Administration publique 3) Dette publique 11 314 22,1% 12 383 1,2% -0,8% 0,3% 1,6% 153 -983 253 883 0,3% -1,7% 0,4% 1,5% 172 -944 207 908 0,3% -1,5% 0,3% 1,5% 276 -806 172 909 0,4% -1,2% 0,3% 1,4% 475 -571 171 875 0,7% -0,8% 0,3% 1,3% 2,3% 0.8% 0,2% 0,2% 0,9% 23,2% 13 474 23,6% 14 476 23,8% 15 343 23,8% 15 998 23,7% Source Profet de budget de l'Elet 2017 Exercice 2016 La Chambre des Métiers se réjouit de constater que pour l'exercice 2016, le déficit de l'Administration centrale, initialement estimé à 633 millions euros en automne 2015, ne devrait s'établir qu'à 408 millions euros. Le solde s'est donc amélioré de 225 millions euros. Cette évolution favorable est la résultante de plusieurs de facteurs. Tout d'abord, l'économie nationale se porte bien, avec un taux de croissance qui devrait selon les dernières prévisions atteindre 3,1% en
- II est clair que la bonne tenue conjoncturelle influence le volume des recettes publiques qui bénéficie de l'augmentation de l'emploi et des bénéfices réalisés par les entreprises, et impacte en même temps favorablement l'évolution de certaines dépenses, notamment celles en rapport avec le niveau de chômage. Un autre facteur explicatif de l'amélioration des finances publiques en 2016 est la mise en œuvre du « Zukunftspak », même si elle ne fût que partielle. Sans ce dernier, dont l'impact sur l'ensemble de l'Administration publique est estimé par le Ministère des Finances à 630 millions d'euros, le besoin de financement de l'Administration centrale serait largement plus élevé. Exercice 2017 Contrairement à l'exercice 2016, celui de 2017 se caractérise par une détérioration rapide et significative du solde de l'Administration centrale, ce dernier passant de 408 à -983 millions d'euros, soit une dégradation de 576 millions d'euros ou de 141%. Plusieurs facteurs sont responsables de cette évolution négative. Premièrement, comme il a été précisé ci-avant, le « Zukunftspak » (« ZP ») n'a été implémenté que de façon partielle. En se basant sur les données du Ministère des Finances, la Chambre des Métiers estime le taux de réalisation à 61% en comparant l'impact du paquet sur le solde de l'Administration publique initialement prévu CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 14 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes pour 2017 aux chiffres actualisés. L'incidence financière s'élève selon le projet de budget pluriannuel à 597 millions d'euros, ce alors que le Gouvernement s'attendait au départ à un impact de 976 millions d'euros ; ce qui représente un écart de 379 millions d'euros. Impact estlmé du « Zukunftspak » sur le solde de l'Administration publique et taux de réalisation de celui-cl Uraté: nnn C 2015 2016 Ettet total 2015-2018 î e lv Impact estlmé en 2018 2017 .(3 ce 5 T! oct-14 août-16 192 183 369 290 561 473 369 227 499 403 868 630 452 265 525 332 976 597 to 510 369 t:t tt 552 1 061 1 522 1 944 3 466 335 704 1044 1 360 2 404 différence (mio £) taux de réalisation 9 95% -79 79% -88 84% -142 61% -96 81% -238 73% 187 59% -193 63% -379 61% 141 72% -217 61% . O m -357 66% -478 69% -584 -1 062 70% 69% Source: Projet de budget 2015, Budget plurtannuel 2017 2020: calculs Charnbre des Mébeas Deuxièmement, le Gouvernement projette de mettre en vigueur en 2017 une réforme fiscale qui peut être qualifiée de généreuse et dont l'incidence sur les finances publiques est évaluée à 373 millions d'euros pour cet exercice.11faut mentionner que parmi les mesures y prévues, l'une d'entre elles abolit l'impât d'équilibrage budgétaire temporaire introduit par le ZP, ce qui générera à terme une « perte » de 100 millions d'euros par an. A travers la réforme fiscale, les recettes vont donc enregistrer des moins-values importantes, et ce dans un contexte où les dépenses augmentent nettement plus vite qu'au début de la législature. C'est ainsi que la hausse des dépenses constitue un troisième élément expliquant l'amplification du déficit. AdmInistration centrale: variation annuelle des dépenses (dépenses corrigées pour 2017) 6% 5,1% 4% 3,5% 3,1.% 3% 2% 2,7% ia 0% 2013 2014 2015 2016 2017 Sourcer. STATEC, PAInistère des Flnances, calculs Chambre des Mitlers CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 15 Afin de réaliser une présentation objective, 11 faut relever que l'augmentation de 8,8% en 2017 est biaisée par un élément exceptionnel, en ce sens que ce taux de croissance est « gonflé » par le fait qu'une partie importante de l'impôt commercial communal transitera à partir de 2017 à travers l'Administration centrale. En faisant abstraction de cet effet exceptionnel, la croissance des dépenses se situerait à +5,1%.1 Or, même en corrigeant les données relatives à 2017 de ce biais, l'analyse des taux de progression des dépenses publiques sur le passé récent montre des signes manifestes de relâchement de la discipline budgétaire. Ainsi, les dépenses progressent dans une fourchette de 2,7% à 3,5% entre 2013 et 2015 pour atteindre des taux de respectivement 5,0% et 5,1% en 2016 et
- AdmInIstratIon centrale: varlation des dépenses hors InvestIssements (données conigées pour 2017) 6% 5,2% 5,1% 5% 4% 'eet„ 3% 2,0% I 2% 0% 2013 2014 2015 2016 2017 Sousce STATEC, MIntstère des Finances, calcule Chambre des De son côté, le Gouvernement met en exergue le niveau élevé des investissements publics pour justifier la forte augmentation des dépenses. Or, les analyses de la Chambre des Métiers montrent que, même en retranchant du total des dépenses de l'Administration centrale, la « formation de capital », qui correspond aux investissements directs de l'Etat, et les « transferts en capital à payer » - désignés « investissements indirects » par le projet de budget - la progression des dépenses hors investissements demeure en 2017, avec 5,2% beaucoup plus élevée que sur les exercices 2014 et 2015 (+2,8% et +2,0%). La Chambre des Métiers passera ci-après en revue les grands blocs de dépenses de l'Etat central. 1 Budget pluriannuel 2017-2020 ; p. 18 CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docW11.11.2016 Le budget de rEtat 2017 ou le renversement des paradigmes 16 1.1.
- Les dépenses de fonctionnement : des doutes sur le réalisme de la progression prévue pour 2017 Les dépenses de fonctionnement sont les frais que l'Etat encourt pour assurer son propre fonctionnement. Dans le budget de l'Etat, quatre catégories de dépenses peuvent être classées sous cette rubrique, à savoir : • • • • les « dépenses non ventilées », les « salaires et charges sociales », l'e achat de biens non durables et de services », la « réparation et entretien d'ouvrages de génie civil n'augmentant pas la valeur ». Loin de représenter un poste budgétaire anodin, les dépenses de fonctionnement devraient se monter à près de 3 milliards d'euros en
- Dépenses de fonctionnement de l'Etat central (optique nationale) Undé: mio dépenses non ventilées salaires et charges sociales achat de biens non durables et de services répar, et entrernen dbuvrages de génie civil n'augm. pas la valeur Total "dépenses de fenctIonnemenr 2010 42 1 893 376 24 2 335 2011 42 1 974 378 23 2 418 2012 49 2 075 433 23 2 580 2013 49 2 169 381 24 2 623 2014 52 2 251 371 20 2 694 2015 52 2 355 393 21 2 821 2016 52 2 464 411 23 2 950 2017 52 2 507 414 24 2 998 48 1,6% VartatIon annuelle (mlo C) 83 162 43 71 127 129 VarlatIon annuelle (en %) 3,5% 6,7% 1,7% 2,7% 4,7% 4,6% Source Projets de budget: calculs Cham bre des Mébers Comme le montre le tableau ci-avant, ces frais augmentaient de respectivement 1,7% et 2,7% sur les exercices 2013 et
- Par contre, les données relatives à 2015 et 2016 affichent des progressions très significatives de ces dépenses, les taux de croissance étant légèrement inférieurs à 5%. En revanche, en 2017, les dépenses de fonctionnement n'augmenteraient selon les prévisions, que de 1,6%. Cette hausse semble peu élevée aux yeux de la Chambre des Métiers, compte tenu de l'échéance probable d'une tranche indiciaire à la fin de l'année 2016 qui augmentera mécaniquement les dépenses de personnel de 2,5% mais aussi eu égard aux intentions du Gouvernement d'embaucher plus de 1.000 agents supplémentaires en 2017.2 La Chambre des Métiers estime que ces recrutements pourraient générer des frais additionnels de l'ordre de 70 millions euros.3 1.1.
- Le budget soclal : la nécessité de réformes structurelles POur estimer le « budget social », la Chambre des Métiers a agrégé les catégories de dépenses suivantes : • les « transferts de revenus aux ménages » qui comprennent principalement les dépenses opérées dans les domaines suivants : • famille : RMG, allocation de vie chère • logement : aides individuelles au logement 2 Discours du Ministre des Finances lors de la présentation du projet de budget le 12 octobre 2016 ; p. 24 3 1.000 emplois x salaire médian de 68.583 € dans l'Administration publique (Rapport travail et cohésion sociale ; Cahier économique N° 121 ; p. 76 ; STATEC) CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 17 • les « transferts de revenus aux Administrations de sécurité sociale » dont les dépenses essentielles sont les suivantes : • sécurité sociale participation de l'Etat aux régimes d'assurance pension, assurance maladie, assurance dépendance, etc. • famille : allocations familiales, boni pour enfant, etc. • les « transferts de capitaux aux ménages » comprennent notamment les dépenses suivantes : • logement : aides individuelles au logement • développement durable : aides pour promouvoir l'utilisation rationnelle de l'énergie, les énergies renouvelables, etc. Budget social de l'Etat central (optique nationale) Unité: rrbo 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 transferts de revenus aux ménages transferts de revenus aux admin. de sécurité sociale transferts de capitaux aux ménages 369 3 369 28 416 3 391 30 465 3 587 36 495 3 741 44 516 3 892 35 486 3 994 49 523 4 070 37 551 4 226 41 Total "budget social" 3 766 3 837 4 088 4 280 4 442 4 528 4 629 4 818 71 251 6,5% 192 4,7% 163 1,9% 3,8% 86 1,9% 101 2,2% 189 4,1% Vadation annuelle (ndo C) Vadatlon annuelle (en %) Source Pmjets de budget: calcuLs Chambre des Métiers Entre 2012 et 2014, le budget social augmente fortement, mais avec des variations annuelles qui perdent en intensité pour glisser de 6,5% à 3,8%. Les hausses sont essentiellement imputables à la progression prononcée des transferts aux Administrations de la sécurité sociale. Sur les deux années subséquentes, il enregistre par contre des augmentations plus modérées se situant autour des 2%. En revanche, en 2017, le budget social devrait croître de 4,1%. La part du lion du budget social est imputable aux transferts de l'Etat à la sécurité sociale du fait que celui-ci prend en charge une partie des cotisations sociales. De ce fait, l'évolution du poste est liée à l'évolution de l'emploi et des revenus. Dans une perspective de long terme, le vieillissement de la population va entraîner un accroissement progressif des dépenses, notamment au titre de l'assurance pension. Une pression croissante s'exercera sur le régime puisque le niveau de recettes de la sécurité sociale sera à terme insuffisant pour financer l'ensemble des promesses de retraite, ce d'autant plus que les réserves accumulées par le passé se rétréciront au fil du temps. De ce fait, la Chambre des Métiers estime qu'il est indispensable d'entamer des réformes structurelles dans ce domaine, la réforme des pensions de 2012 ne suffisant pas à garantir la pérennité du système. Cette thématique sera abordée plus en détail dans le chapitre 1.
- CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 18 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigrnes 1.1.
- Investissements une hausse des dépenses pour essayer de rattraper le retard Le projet de budget opère traditionnellement une distinction entre investissements directs et indirects. Investissements publics Unité: rnio eures Investissements directs I nvestissements indi rects Tota I 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 1 183 1 021 1 060 1 385 1 467 1 542 1 560 1 505 1 394 708 622 584 596 792 826 899 970 962 1 890 1 643 1 643 1 981 2 259 2 368 2 458 2 475 2 356 -13,1% 0,0% 20,5% 14,0% 4,9% 3,8% 0,7% 48% Variation annuelle Source: Projets de budgel 2016 et 2017, calculs Chambre des Métiers Les investissements directs sont ceux « qui sont directement exécutés par l'Administration centrale (budget proprement dit, fonds spéciaux, établissements publics) pour son propre compte. » Par contre, les investissements indirects sont définis comme « les multiples interventions qui sont appuyées par l'Etat par le biais du versement de subventions en capital en vue de favoriser la réalisation de projets d'investissements par d'autres collectivités publiques ou par le secteur privé. Dépenses des fonds d'investissements publics Unité: mio C monuments historiques investissements publics administratifs investissements publlcs scolaires investissements publics sanitaires et sociaux fonds des routes gestion de l'eau équipement sportif national investissements socio-familiaux investissements hospita liers protection de renvironnement rai I entret1en et rénovat1on infrastrct. des établ. d'enseign. privé et des infrastrct. socio-fam. dépendant du MEND total général variation en % 2012 2013 2014 2015 2016 17 172 64 8 175 59 23 74 34 20 307 57 12 82 49 3 186 74 12 72 37 19 299 57 7 71 92 3 172 69 19 22 28 26 8 64 70 2 184 80 25 16 31 18 8 71 350 60 23 27 1 009 2017 Vadadon 462 60 70 15 233 103 43 24 39 26 519 60 8 85 76 28 247 92 46 45 21 26 532 56 0 13 6 13 13 -11 2 21 -18 0 13 3 39 75 75 0 1 336 3,9% 50 925 947 1 061 1 286 -8,4% 2,4% 12,1% 21,2% Source: ProJets de budget des exercices 2015, 2016 et 2017 D'après les données à disposition de la Chambre des Métiers, le volume total des dépenses des fonds d'investissements publics devrait s'établir à 1,286 milliards d'euros en 2016, pour augmenter de 50 millions d'euros en 2017, ce qui porte leur niveau à un montant de 1,336 milliards. La Chambre des Métiers ne peut qu'accueillir favorablement la politique du Gouvernement consistant à maintenir un niveau élevé d'investissements publics, en ce que ces dépenses constituent un investissement dans l'avenir du pays. Or, face à CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 19 des ressources budgétaires limitées, et dans la mesure où tous les types d'investissements n'ont pas des répercussions identiques ou similaires sur l'économie, une priorisation de ces dépenses s'impose. II ressort du tableau reproduit ci-avant que l'accent est avant tout mis sur la mobilité. En effet les dépenses opérées par le « fonds des routes » et le « fonds du rail » représentent à eux seules 58% des investissements à réaliser par l'ensemble des fonds mentionnés. A relever aussi que les dépenses des deux fonds sont appelées à augmenter de 13 millions d'euros. La Chambre des Métiers accueille très favorablement ces investissements qui devraient éviter l'asphyxie à terme des infrastructures de transport saturées aux heures de pointe, alors que la forte croissance économique, si elle devait se matérialiser, augmentera davantage la pression sur ces mêmes infrastructures, de sorte que la mobilité constituera un des principaux défis du pays. Un autre type d'investissements suit une progression prononcée au fil des années et le volume de ses dépenses laisse faire figurer le « fonds de gestion de l'eau » en 3e position des dépenses les plus importantes. La Chambre des Métiers ne peut que saluer cette politique, alors que le Luxembourg a pris un retard excessif dans la mise en conformité par rapport aux exigences communautaires en matière de traitement des eaux usées, à tel point qu'il s'est exposé au paiement de pénalités. II faut préciser qu'une partie importante des dépenses sera consacrée aux stations d'épuration du pays. Se pose également la question de savoir si l'ensemble des investissements prévus sera effectivement réalisé. Néanmoins, il est en l'espèce permis d'être optimistes, dans la mesure où, en analysant les données pour l'exercice 2015, la Chambre des Métiers se rend compte que le taux de réalisation est, avec un taux de 94%, estimé très satisfaisant et entend féliciter le Gouvernement pour ce résultat. Or, pour la sous-catégorie des investissements dans le bâtiment ce taux n'atteint que 75%. En d'autres termes, un quart du volume prévu n'a en fin de compte pas été réalisé. CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 20 Le budget de ITtat 2017 ou le renversernent des paradigmes lnvestissements publics en 2015: comparaison entre les dépenses prévues et réalisées Unité: mio euros Depenses prévues
(1)Varlation Taux de réallsées prévu-réallsé réallsatIon Depenses
(2)
(3)=
(2)-
(1)
(4)=[
(2):
(1)]X100 InvestIssements - bâtIment 77% Fonds monuments historiques 10 8 2 Fonds gestion de Veau 92 80 -12 87% Fonds équipement sportif national 33 25 8 75% Fonds investissements socio-familiaux 48 16 -32 32% Fonds invest. publics sanitaires et sociaux 20 2 -18 10% Fonds investissements hospitaliers 59 31 -27 54% Fonds investissements publics administratifs 72 64 8 89% Fonds investissements publics scolaires 87 70 -16 81% Fonds entretien et rénovation 56 60 4 107% Construction de bâtiments Total des investIssements en bâtIment 7 5 2 70% 485 363 -123 75% InvestIssements - génle clvil Fonds des routes 209 184 -25 88% Fonds du rail 346 462 117 134% 51 14 -37 28% Total des InvestIssements en génle clvil 606 660 54 109% TOTAL GENERAL (bâtlment et génle clv11) 1 091 1 023 -69 94% Réalisation d'ouvrages de génie civil Source: Ministère des Finances, calculs Chambre des Métiers Le taux de réalisation est particulièrement élevé pour les projets du « fonds du rail », du « fonds d'entretien et de rénovation », de même que du « fonds des investissements publics administratifs » dont les dépenses effectives dépassent les prévisions. En général, la Chambre des Métiers doit reconnaître que la politique d'investissement menée par les gouvernements successifs au cours des dernières décennies était ambitieuse. Toutefois, cette continuité dans les dépenses en capital n'est pas le fruit du hasard ; elle n'est pas - contrairement à certaines idées reçues un « luxe » que le pays s'offre, mais au contraire une nécessité absolue. La hausse progressive des investissements publics découle de la forte croissance économique qui caractérise le pays depuis une longue période, qui a apporté au Luxembourg un niveau de vie élevé, mais dont la contrepartie s'articule en des besoins accrus en infrastructures, dus à l'augmentation de la population et de l'emploi. 11 s'agit notamment d'infrastructures de transport, de logements, d'établissements scolaires et d'établissements hospitaliers. C'est ici que se situe le revers d'une croissance économique extensive, ne reposant pas sur des innovations majeures ou des gains de productivité significatifs : les axes routiers principaux sont engorgés pendant les heures de pointe, une offre de logements qui peine à suivre la demande conduit à des prix qu'une tranche croissante des ménages ne peut plus se payer, l'offre d'infrastructures d'accueil pour enfants a des difficultés à satisfaire une demande croissante. En fait, le pays, et notamment ses infrastructures, « court » toujours derrière l'évolution économique. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de rEtat 2017 ou le renversement des paradigmes 21 De ce point de vue, il est pour la Chambre des Métiers incompréhensible que le Gouvernement prévoie une baisse des investissements directs de l'Etat4 entre 2018 et
- En effet, sur cette période, ces dépenses diminueront de 1.560 à 1.394 millions d'euros, soit un recul de 11%. A côté de ces investissements matériels, il ne faut pas oublier les autres coûts résultant d'une hausse forte et continue du PIB. A titre d'illustration, on peut relever que le besoin en enseignants à tous les niveaux d'éducation augmente dans la mesure où la population s'accroît. Toutes ces considérations ne font que confirmer la conviction de la Chambre des Métiers de la nécessité de transformer notre modèle économique pour passer à terme d'une croissance extensive vers une croissance plus durable. 1.
- Sécurité sociale : un excédent important qui masque une bombe à retardement Selon le projet de budget pluriannuel, le solde de la sécurité sociale s'accroîtra de 849 à 883 millions d'euros entre 2016 et
- A première vue, cette évolution paraît très satisfaisante. Or, il faut se méfier des apparences, alors que les plantureux excédents s'expliquent par une progression des recettes qui demeure à l'heure actuelle plus dynamique que celle des dépenses. A souligner que la hausse des recettes est liée à l'augmentation importante de l'ernploi qui génère un volume significatif de cotisations sociales supplémentaires. Toutefois, ceci augmente mécaniquement les transferts de l'Administration centrale à la sécurité sociale du fait que l'Etat prend en charge une part de ces cotisations. Parallèlement à la progression de l'emploi, le volume des promesses de pension s'accroît aussi. Si, à court et moyen terme, le système semble financièrement sain, il en va tout autrement lorsqu'on se place dans une perspective de long terme. A politique inchangée, le régime n'est viable que si l'économie génère une croissance importante, quasiment ad aeternam, pour qu'un nombre toujours plus élevé de travailleurs verse un niveau de cotisations sociales capable de couvrir les dépenses croissantes induites par des retraités dont le nombre croîtra inlassablement sous l'effet du vieillissement de la population. Or, la Chambre des Métiers doute tout d'abord que le maintien de fortes et constantes hausses du PIB à long terme soit réaliste. D'un autre côté, si la croissance demeurait très vigoureuse sur une longue période, ceci poserait d'autres défis, notamment en relation avec la disponibilité de la main-d'œuvre et les besoins en infrastructures. Au regard de ces scénarii aux répercussions défavorables à différents niveaux, la Chambre des Métiers est d'avis qu'un changement du modèle économique du pays devient incontournable. Ainsi, dans la dernière actualisation du programme de stabilité et de croissance du Grand-Duché de Luxembourg pour la période 2016-2020, les auteurs mettent clairement en exergue les différences entre les projections de 2015 par rapport à celles de 2012 : 4 11 s'agit de la « formation de capital m. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 22 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes « Pour le long terme, les projections 2015 telles que retenues par la Commission européenne se sont appuyées sur un scénario macroéconomique plus optimiste pour le Luxembourg, y incluse une augmentation significative de la croissance de l'emploi et donc de la croissance potentielle. De ce fait, les dépenses de pensions ont été revues à la baisse (effet dénominateur) de quelque 5 points de pourcents du PII3 à l'horizon 2060 (de 18,6 % pour les projections 2012 à 13,4% pour les projections 2015). »5 Or, les auteurs de ce document sont bien conscients du « pari » sur l'avenir que représentent ces projections, comme il transparait clairement à travers le passage suivant : « Vu l'incertitude qui caractérise une projection à long-terme et vu l'inertie des dépenses liées au vieillissement et leur impact important sur les dépenses publiques, la conception de la stratégie des finances publiques à long terme doit s'effectuer avec un certain recul par rapport à l'amélioration de la situation que traduisent les nouvelles projections. » En outre, et la Chambre des Métiers ne s'est lassée de le répéter au cours des dernières années, une réforme (supplémentaire) du régime de pension s'impose. Cette nécessité est également mise en exergue par des experts en la matière : « Souguer wa mer elo nach 10 Joer eng gutt Croissance d'Emploi hätten, da reportéiere mer de Problem awer nëmmen ëm 10 Joer, well dass mer éiweg eng héich Croissance dEmploi hunn, kann ech mer net virstellen. Deene ville Leit, déi hei op Lëtzebuerg kommen, versprieche mer dat Duebelt, vun deem wat mer anzéien... dat kann à la longue ni gutt ausgoen! »6 1.
- Le Gouvernement est-11 en phase avec ses principes en matière de finances publiques ? Dans le domaine des finances publiques, le Gouvernement s'est fixé une série d'objectifs, notamment dans le programme gouvernemental, qui a été présenté le 10 décembre 2013 à la Chambre des Députés. De ce point de vue, il est intéressant d'analyser s'il respecte les principes qu'il s'est fixés. Le principal objectif est celui de rétablir à moyen terme l'équilibre des comptes publics et de renverser la tendance à l'accroissement de la dette publique. Si ce but n'est pas autrement précisé, le rétablissement de l'équilibre ne peut guère concerner le solde de l'Administration publique, qui présente depuis 2011 un excédent. Ainsi, l'objectif ne peut viser que la situation financière de l'Administration centrale qui accusait en 2012 un déficit de quelque 900 millions euros. Grâce aux mesures de consolidation mises en ceuvre par le Gouvernement actuel et celui qui l'a précédé, de même qu'à une situation économique favorable, le besoin de financement a pu être réduit à 408 millions en 2016 Une politique à laquelle la Chambre des Métiers peut souscrire entièrement. 5 17e actualisation du programme de stabilité et de croissance du Grand-Duché de Luxembourg pour la période 2016-2020 ; p.30 6 Interview de RTL Radio avec Monsieur Robert Kieffer, Président de la Caisse Nationale d'Assurance Pension (17/5/2016) ; http://www.rt1.1u/letzebuerg/909805.html CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 23 Or, comme il a été précisé ci-avant, l'implémentation partielle du « Zukunftspak », la mise en ceuvre de la réforme fiscale et l'évolution générale des dépenses publiques feront que le Gouvernement s'éloignera de nouveau du rétablissement de l'équilibre au niveau de l'Administration centrale. Rappelons que le déficit devrait atteindre 983 millions d'euros en 2017, dépassant dès lors celui des années de crise 2009 et
- Qui plus est, le besoin de financement se monte à près d'un milliard d'euros, alors même que la croissance devrait, d'après le Gouvernement, s'établir à 4,6%; soit à un taux qui excède largement la moyenne de long terme de 3,7%
- En ce qui concerne le but consistant à renverser la tendance à la hausse de la dette publique, la question de savoir s'il est atteint ou non dépend du paramètre utilisé pour vérifier le respect de ce principe. Si l'on considère la dette publique en chiffres absolus, l'objectif susmentionné n'est manifestement pas atteint. Au contraire, la dette s'est accrue depuis 2013 et continuera à augmenter, selon les données du Ministère du Finances, jusqu'à la fin de la législature. Elle devrait monter de 10,9 milliards en 2013 à 14,5 milliards en
- De surcroît, la hausse « modérée » de 2015 qui s'établit à 0,9%, cède la place à des progressions de 9,4% et 8,8% sur les exercices 2016 et
- Dette publique (en mio C) 18 000 Relâchernen 16 000 ConsolldatIon 14 000 12 000 10 000 8 000 6 000 4 000 2 000 - o eq, re• *1r et. coe ê eq, cl* rk rk rIP r§/ rk9 fie° Source: STATEC, fillnistère des Flnances En prenant comme étalon de mesure le ratio de la dette publique par rapport au PIB, le résultat est plus nuancé en raison de la forte croissance économique qu'il prend en compte. Ainsi, entre 2013 et 2015 ce ratio baisse progressivement de 23,5% à 22,1%. A la fin de l'exercice 2016, la dette brute de l'Administration publique se chiffrera prévisiblement à 23,2% du PIB et à 23,6% en
- En d'autres termes, elle augmentera de nouveau, de sorte que la Chambre des Métiers doit constater que le Gouvernement ne parvient pas en 2017 à renverser la tendance à l'accroissement du ratio de la dette par rapport au PIB. 7 11s'agit de la croissance économique moyenne sur la période 1990-
- CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 24 La hausse de la dette est le corollaire de l'augmentation du déficit de l'Administration centrale qui ne peut être financé par les excédents générés par la sécurité sociale. Par contre, le Gouvernement respecte un autre objectif qu'il s'est fixé en relation avec la dette publique, qui est de maîtriser son évolution afin de pouvoir maintenir son niveau en dessous de la limite de 30% du PIB. Au regard des données disponibles ce but est atteint et le sera, au vu des prévisions, jusqu'à la fin de la présente législature. 1 Finalement, le Gouvernement s'est engagé pour assurer que d'ici la fin de la période législative, le solde structurel de l'Administration publique atteigne l'objectif budgétaire à moyen terme (0MT). En comparant l'évolution de ce solde au nouvel OMT de -0,5%, l'objectif assigné est effectivement atteint. Or, la Chambre des Métiers regrette que le respect de l'OMT sur les exercices 2017-2019 soit rendu possible par l'abaissement de celui-ci de +0,5% à -0,5%. En effet, si l'objectif budgétaire à moyen terme était resté inchangé à +0,5%, ne serait, d'après les données du Ministère des Finances, pas atteint en 2018 et en 2019, exercices pour lesquels le solde structurel s'établirait à +0,2%. En prenant en compte toutes ces analyses, la Chambre des Métiers se montre inquiète sur deux points. L'OMT de -0,5% repose sur un scénario qui part de l'hypothèse d'une croissance économique forte et continue, de même que d'une augmentation de l'emploi allant dans le même sens, et ce sur une période très longue. Projections de la population et de l'emploi Vadation 2015 Population Emploi (15-64 ans) 2060 chiffres abs. en % 574 151 216 996 101% 79% 569 558 1 143 709 273 682 490 678 Source: 2015 Ageing report, calculs Chambre des Métiers D'après les prévisions, la population doublerait entre 2015 et 2060 pour atteindre plus de 1,1 millions d'habitants, tandis que l'emploi progresserait de 79% pour se situer à 491.000 unités en fin de période. En inférant à partir des données relatives au PIB en volume atteint à certaines dates-clé, la croissance économique annuelle moyenne, la Chambre des Métiers constate que celle-ci devrait avoisiner les 3% sur la période 2020-
- Dans ce contexte, 11 faut tout d'abord remarquer que les projections économiques sous-jacentes paraissent très optimistes. Par ailleurs, le scénario envisagé semble se fonder sur une croissance extensive, la forte croissance du PIB nécessitant un nombre très important de travailleurs résidents et frontaliers, source d'énormes pressions (supplémentaires) sur les infrastructures. Pour la Chambre des Métiers il aurait été plus prudent de maintenir l'ancien OMT de +0,5%. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 1 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 25 Par ailleurs, le niveau de la dette publique rapporté au PIB semble peu élevé, surtout si l'on prend comme référence le seuil de 60%. A ce niveau deux observations s'imposent. Premièrement, un facteur important expliquant pourquoi le ratio mentionné ci-avant se tient à un niveau bas réside dans la forte croissance économique que connaît le pays. Or, un retournement de la situation conjoncturelle, voire une récession, risquerait d'augmenter la dette publique en chiffres absolus de manière significative, ce qui en combinaison avec une hausse peu élevée, ou une baisse du PIB, ferait monter le ratio dette / PIB très fortement. Deuxièmement, le seuil d'une dette de 60% ne devrait pas servir de valeur de référence au Luxembourg, qui aurait beaucoup plus de difficultés que les grands pays de la zone euro à renverser cette situation. En effet, le Grand-Duché, en tant que petite économie dépendant fortement de l'exportation de biens et de services, est beaucoup plus vulnérable aux chocs économiques externes, et ce d'autant plus que sa prospérité dépend dans une large mesure d'un secteur économique spécifique. Un niveau de dette publique élevé, même s'il est inférieur au seuil de 60%, ne serait guère de nature à inspirer confiance aux investisseurs étrangers pour s'implanter au Luxembourg. 1.
- Analyse des accents polltiques du projet de budget pour 20178 Dans ce chapitre la Chambre des Métiers commentera les accents retenus par le projet de budget de l'Etat pour l'exercice 2017, tels que relevés dans la partie introductive. Elle constate cependant d'emblée que, mise à la part la réforme fiscale, le projet sous avis ne renferme pas d'accent fondamentalement nouveau par rapport aux exercices précédents. Les priorités sont effet largement identiques, même si la plupart de celles-ci connaissent des progressions plus ou moins fortes de leurs crédits. 1.4.
- Réforme fiscale La réforme fiscale constitue, aux yeux de la Chambre des Métiers, le principal accent politique du projet de budget pour
- D'après celui-ci, l'impact progressif à partir de 2017 de la réforme serait le suivant: e 2017 e 2018 • 2019 • 2020 373 millions€ 503 mil lions € 524 mil lions € 524 millions €. Selon la Chambre des Métiers, la réforme fiscale projetée comporte des éléments favorables pour l'Artisanat, en ce qu'elle stimule le pouvoir d'achat de ses clients, allège la charge fiscale des PME artisanales et devrait faciliter la transmission des entreprises. Dans une perspective globale, cependant, les mesures sont insuffisantes pour attirer des investisseurs étrangers, alors que les finances publiques, la viabilité de notre modèle social et l'activité de l'Artisanat dépendent en grande partie du développement de la place financière. 8 II s'agit des accents présentés au projet de budget pour 2017 aux pages 29 et suivantes. La Chambre des Métiers a repris les libellés des accents y énumérés. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 26 Le budget de Œtat 2017 ou le renversernent des paradigmes L'un des principaux objectifs de la réforme est d'atténuer la charge fiscale afin d'augmenter le pouvoir d'achat des ménages à revenus modestes et moyens. C'est ainsi que le barème d'imposition est adapté en vue d'atténuer la progressivité de l'impôt. En principe, la Chambre des Métiers peut souscrire à cet objectif, alors que l'activité de l'Artisanat dépend, dans une large mesure, de la demande des particuliers. Si la réforme améliore leur pouvoir d'achat, ceci devrait donc stimuler la marche des affaires des entreprises artisanales. Néanmoins, la relation entre ces deux paramètres est loin d'être mécanique, puisque l'effet de la réduction de la charge fiscale des ménages sur l'activité économique dépend également de leur propension à épargner. 11 ne faut par ailleurs pas perdre de vue que la politique de stimulation du pouvoir d'achat a des limites dans un pays de la taille du Luxembourg, et ce, en raison des effets de « fuite ». Malgré ces limites cependant, la diminution de l'impôt à charge des ménages devrait avoir un impact global positif sur l'Artisanat, ce dont la Chambre des Métiers se félicite. Concernant le volet de la compétitivité, la Chambre des Métiers accueille favorablement la baisse de la charge fiscale des entreprises artisanales qui touche tant celles tombant sous le champ d'application de l'impôt sur le revenu des personnes physiques (p. ex. les entreprises individuelles) que celles imposables au titre de l'impôt sur le revenu des collectivités. Pour ce qui est de cette dernière catégorie, la réforme est avant tout favorable pour les PME réalisant des revenus « modestes ». La moindre imposition des bénéfices conférera aux entreprises plus de moyens propres qu'elles pourront utiliser afin de les investir pour maintenir, voire renforcer leur compétitivité. Dans ce même contexte, la Chambre des Métiers ne peut qu'approuver l'adaptation des taux de la bonification d'impôt pour investissements, en ce qu'elle devrait également inciter les chefs d'entreprises à investir. En ce qui concerne la transmission d'une entreprise individuelle, la Chambre des Métiers se réjouit de ce que la réforme fiscale tend à lever un obstacle à la reprise d'une entreprise, en ce sens que le repreneur potentiel se trouve très souvent dans l'impossibilité de lever des fonds suffisants pour acquérir également l'immeuble d'exploitation et que le cédant qui voudrait conserver la propriété de celui-ci est fiscalement « pénalisé ». Cette situation mène à des blocages que l'immunisation projetée des plus-values sur les immeubles permet d'éviter. Au niveau de l'accès au logement, la Chambre des Métiers approuve avant tout la moindre imposition temporaire des plus-values sur la cession d'immeubles qui devrait accroître l'offre de logements. Si elle peut également approuver les autres mesures, elle estime cependant plus efficace les instruments visant à augmenter l'offre de logements que ceux ayant pour objectif de « subventionner » la demande. Sur le plan de l'imposition des voitures de service, la Chambre des Métiers est en mesure d'approuver l'introduction de taux qui sont fonction de critères écologiques, et ce, en vue d'encourager l'acquisition de véhicules plus respectueux de l'environnement. Même s'il existe, aux yeux de la Chambre des Métiers, des instruments plus efficaces et plus « sociaux » que l'« abattement pour mobilité durable » à introduire - en CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 27 l'occurrence l'attribution d'une prime pour les particuliers se décidant pour l'acquisition d'une voiture peu polluante -, elle est en mesure de l'approuver. L'augmentation de la valeur maximale des chèques repas pouvant être accordés en exonération d'impôts devrait par ailleurs donner un coup de pouce au secteur de l'Horeca et des entreprises artisanales de l'a alimentation ». A relever que la réforme fiscale se distingue par une certaine sélectivité sociale en liant l'octroi et le montant des crédits d'impôt au revenu des contribuables. Cependant, les mesures fiscales prévues au niveau des personnes physiques risquent d'avoir un effet défavorable sur les finances publiques de par leur ampleur et à cause des phénomènes de fuite de pouvoir d'achat. Sur ce plan, la Chambre des Métiers s'était attendue à une réforme générant un moindre déchet fiscal, alors que dans une première phase, les responsables politiques annonçaient une réforme fiscale neutre du point de vue des finances publiques. Par ailleurs, le budget de l'Etat central présente d'ores et déjà, et malgré une conjoncture très favorable, un déficit, ce qui signifie implicitement que les mesures sont financées à travers la dette publique. D'un point de vue économique, la Chambre des Métiers regrette que le Gouvernement mène une politique pro-cyclique. En phase de croissance économique élevée, l'Etat diminue la charge fiscale. La réforme risque donc de lui enlever un levier d'action important pour soutenir l'économie lors d'un cycle économique bas. 11 faut garder à l'esprit que tôt ou tard la croissance économique faiblira, ce qui détériorera inéluctablement l'état des finances publiques. Par ailleurs, si les mesures fiscales annoncées au niveau des personnes morales sont favorables pour l'Artisanat, elles risquent d'être inefficaces pour garder le Luxembourg suffisamment attractif aux yeux des investisseurs étrangers, surtout dans la mesure où un certain nombre d'Etats européens ont annoncé une baisse du taux d'imposition nominal des entreprises, même si beaucoup envisagent parallèlement un élargissement de l'assiette imposable. Or, l'évolution des finances publiques et la pérennité d'un modèle social généreux, tout comme le développement de l'Artisanat, dépendent en grande partie de la prospérité du secteur financier. Selon la Chambre des Métiers, il est par conséquent primordial que, dans l'intérêt du pays, la place financière soit compétitive, non seulement sur le plan des compétences de ses dirigeants et de leur personnel, mais également au niveau fiscal. Finalement, la Chambre des Métiers ne saurait souscrire au principe d'après lequel les administrateurs et gérants puissent être poursuivis sans qu'une faute personnelle ne puisse leur être reprochée, simplement parce qu'ils n'auraient pas personnellement vérifié la conformité des déclarations fiscales, qu'ils ne se seraient pas personnellement occupés de la suffisance des liquidités ou qu'ils n'auraient pas veillé à ce que le paiement soit effectivement réalisé. La notion de responsabilité des dirigeants devrait toujours être liée à un comportement fautif, faute de quoi elle contribuerait à décourager sensiblement l'esprit d'entrepreneuriat au Luxembourg. 1 Dans le cadre des réflexions actueilement menées, la Chambre des Métiers invite également le Gouvernement à introduire d'autres mesures ponctuelles, absentes de la présente réforme, notamment l'instauration d'une réserve immunisée 1 1 CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docn/11.11.2016 28 Le budget de ITtat 2017 ou le renversement des paradigmes d'impôts pour investissements et d'un amortissement accéléré pour la rénovation énergétique. 1.4.
- Renforcement des structures économiques Un des objectifs du Gouvernement est la diversification économique. Ainsi, le projet de budget cite la mise en place du guichet unique pour le secteur de la logistique («Single Window for Logistics») qui doit permettre aux acteurs économiques d'accomplir l'ensemble des formalités à travers le même chemin dématérialisé d'échange d'informations (1,25 mio d'euros). Au niveau des classes moyennes, le « PAKT Pro Commerce » aura pour but de soutenir et de renforcer le commerce de détail luxembourgeois (750.000 euros). Le budget en faveur de la promotion touristique sera augmenté de 167.500 euros. Par ailleurs, le projet de budget cite la création d'un guichet unique ou « convention bureau» pour l'organisation de congrès (105.000 euros). La Chambre des Métiers ne peut que soutenir l'effort de diversification du Gouvernement du fait que l'économie est toujours axée sur le secteur financier qui, bien qu'il se soit diversifié, constitue toujours la principale locomotive économique. Or, il est clair que la survenance d'un choc négatif important dans ce secteur aurait des conséquences très préjudiciables pour le Grand-Duché. D'où la nécessité de diversifier davantage l'économie nationale. C'est avec un grand regret que la Chambre des Métiers doit constater que le commentaire du budget des dépenses du Ministère de l'Economie cite une ribambelle d'activités économiques en passant des « sciences et technologies spatiales » aux campings, mais omet de mentionner l'Artisanat ; un secteur qui représente tout de même quelque 6.900 entreprises et 86.000 personnes occupées et qui devra affronter une série de défis à l'avenir. La Chambre des Métiers voudrait également souligner que la conception de certains, selon laquelle l'économie nationale serait tirée par un ou plusieurs secteurs phares et que les autres, dont l'Artisanat, suivraient quasi automatiquement, de sorte que ces derniers n'auraient pas besoin d'un soutien étatique plus poussé est une vision qui ne correspond pas à la réalité. S'il est vrai que l'Artisanat bénéficie directement et indirectement de la forte croissance économique se déclinant notamment en un pouvoir d'achat élevé des ménages et un niveau d'investissements publics impressionnant, le secteur est loin d'être à l'abri des mutations profondes qui caractériseront les années à venir. En prenant l'exemple de la digitalisation, ces défis s'illustrent parfaitement. Cette révolution technologique qui bouleversera les processus de production et de commercialisation traditionnels, entrainant dans son sillage un énorme besoin de formation des chefs d'entreprises et des collaborateurs, impactera également l'Artisanat, même si les différentes activités qui le composent ne seront pas touchées au même degré. Dans ce contexte, la tâche du Gouvernement et d'institutions comme la Chambre des Métiers est d'œuvrer dans le sens que les entreprises en général, et celles de l'Artisanat en particulier, puissent s'y préparer en temps utile. En effet, à défaut d'anticiper ces bouleversements, les entreprises luxembourgeoises, vu l'exiguïté du territoire, risquent de perdre une part essentielle du mar- CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 i 1 Le budget de rEtat 2017 ou le renversement des paradigmes 29 ché national au profit d'entreprises non-résidentes. De surcroît, l'Artisanat luxembourgeois risquerait de ne plus être compétitif sur les marchés d'exportation, qui se sont très bien développés sur les dernières années. Face à l'annonce de la mise en place d'un « Pacte pro Artisanat » qui devra englober des éléments comme la poursuite et l'intensification de la promotion du secteur, surtout auprès des jeunes, la transmission d'entreprises, la promotion de la qualité de service et la digitalisation du secteur, la Chambre des Métiers ne peut qu'accueillir favorablement cette initiative à la mise en ceuvre de laquelle elle s'associe bien volontiers. Toutefois, elle doit constater que des crédits spécifiques n'y ont pas été réservés dans le cadre du projet de budget pour l'exercice
- Finalement, la Chambre des Métiers en tant qu'institution représentant les intérêts de l'Artisanat et soutenant activement les entreprises artisanales, se montre très déçue de la politique du Gouvernement consistant à la priver de plus en plus, et ce en dépit des mesures d'économies qu'elle a assumées en 2015 et 2016, du soutien financier dont elle a besoin pour pouvoir assurer pleinement les missions lui confiées par la loi dans l'intérêt de l'Artisanat, première entreprise du Luxembourg. 1.4.
- Innovation et recherche Le projet de budget renseigne que sur la période couvrant les années de 2014 à 2017, l'État investira 1,15 milliards d'euros dans la recherche et l'enseignement supérieur. Parmi les principaux postes de dépenses, il cite les suivants : • • • • 590 millions d'euros Université du Luxembourg : 324 millions d'euros Centres de recherche publics : 240 millions d'euros Fonds national de la recherche : Enseignement supérieur et recherche : 18 millions d'euros (moyens supplémentaires). Au titre de l'exercice 2017, les dépenses suivantes sont programmées : • Université du Luxembourg : • Centres de recherche publics : • Fonds national de la recherche : 160 millions d'euros 137 millions d'euros 65 millions d'euros. Le Luxembourg ne disposant pas de ressources naturelles et les niches de souveraineté disparaissant progressivement (abandon du secret bancaire pour les nonrésidents, perte progressive des recettes de TVA sur le commerce électronique, baisse du produit des accises sur la vente de produits pétroliers), il doit bien investir dans l'innovation et la recherche. Vu que les moyens financiers à consacrer à ces domaines sont nécessairement limités, il convient d'après la Chambre des Métiers de bien définir et de cibler les objectifs, et de les réajuster à intervalles réguliers. Dans le contexte des défis auxquels le pays sera confronté et compte tenu des réserves qu'elle vient de formuler, la Chambre des Métiers ne peut que soutenir l'approche adoptée par le Gouvernement de dédier des budgets conséquents à l'innovation et à la recherche. Les efforts pour sensibiliser et soutenir les PME en général, et celles de l'Artisanat en particulier dans le cadre de l'innovation doivent être poursuivis, voire renforcés. En se plaçant dans une dimension historique, il faut cependant relever que cette priorité de l'innovation et de la recherche n'est pas nouvelle, mais se situe dans la continuité des budgets des dernières années. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 30 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes Finalement, la Chambre des Métiers estime que le monitoring devrait être renforcé. Ainsi, il serait utile de savoir combien des étudiants ayant terminé avec succès leurs études à l'Université de Luxembourg intègrent le marché du travail luxembourgeois et apportent de ce fait une plus-value à l'économie nationale. 1.4.
- Développement des infrastructures familiales et sociales et de santé En ce qui concerne les maisons relais et les crèches, la participation de l'Etat par le biais du « chèque service accueil » atteindra en 2017 le total de 347 millions d'euros, ce qui correspond à une hausse de 11% par rapport à
- S'y ajoute une participation de 75 millions d'euros aux frais d'infrastructures à charge du fonds pour le financement des infrastructures des établissements d'enseignement privé et des infrastructures socio-familiales. A cet égard, il faut relever que le cercle des bénéficiaires du chèque-service accueil est étendu aux enfants des travailleurs frontaliers scolarisés au Grand-Duché de Luxembourg. Par ailleurs, le projet relatif à l'éducation plurilingue a pour objectif d'encourager le développement langagier, la familiarisation et l'apprentissage précoce des langues dans les structures de la petite enfance et de mettre en place un programme d'éducation et d'accueil qui s'adressera aux enfants de un à quatre ans n'ayant pas encore atteint l'âge de l'obligation scolaire. La Chambre des Métiers partage le constat qu'il faut augmenter l'offre en infrastructures familiales pour mieux concilier vie professionnelle et vie privée, et augmenter le taux d'emploi féminin. Or, les données disponibles montrent la progression très soutenue des dépenses y consacrées, de sorte que le choix d'une approche socialement plus sélective risque de se poser dans les années à venir. A relever aussi que l'accent qui est mis sur les infrastructures familiales n'est pas nouveau. Au contraire, le défi de répondre à ces besoins est un souci qui préoccupe les responsables politiques depuis des années. La principale raison que l'offre peine à satisfaire la demande semble résider dans l'augmentation constante et poussée de la population et partant dans la hausse du nombre de bénéficiaires potentiels. Par ailleurs, la Chambre des Métiers se pose des questions en relation avec l'éducation plurilingue, notamment en ce qui concerne son coût réel et son application pratique, en l'occurrence si l'on parvient à trouver le personnel qualifié nécessaire pour assurer ce service. Dans le domaine de la Santé, un accent particulier est mis sur la prévention, ce que la Chambre des Métiers approuve. 1.4.
- Transferts de rEtat à la Sécurité sociale Les contributions de l'Etat au profit des différents régimes de la Sécurité sociale assurances pension, maladie-maternité, dépendance, accidents, Mutualité des employeurs, à l'exclusion des prestations familiales - augmentent de 80 millions d'euros en 2017, ce qui équivaut à une progression de 2,7%. Le principal facteur de progression est l'évolution de la masse cotisable. Depuis des années, ce point est évoqué par chaque Gouvernement parmi ses accents en matière de politique budgétaire. Or, il faut constater que les contributions CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docr111.11_2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 31 de l'Etat à la Sécurité sociale constituent un automatisme, alors qu'en vertu des obligations légales, il prend en charge une partie des cotisations sociales. C'est ainsi qu'au niveau du régirne de retraites du secteur privé, l'Etat prend en charge un tiers des cotisations. La hausse de l'emploi fait donc mécaniquement augmenter le volume des transferts de l'Etat à la Sécurité sociale. Ce mécanisme du financement partiel de la Sécurité sociale par l'Etat permet au Luxembourg d'avoir des taux de cotisations peu élevés, ce qui représente un avantage compétitif de taille ; un avantage qui est apprécié par l'Artisanat, alors qu'il contribue à « modérer » le coût salarial par rapport à celui encouru par les entreprises non-résidentes. Toutefois, il ne s'agit guère pour la Chambre des Métiers d'un accent de la politique budgétaire, malgré le fait que ces transferts sont mis en exergue année après année. 1.4.
- Aide publique au développement Les dépenses au titre de l'Aide publique au développement (APD) ont été fixées à 365 millions d'euros en 2017, ce qui correspond à une augmentation de 22,5 millions ou de 6,6% par rapport à
- Le niveau élevé de l'APD du Luxembourg comparé à la plupart des autres pays développés est à raison régulièrement mis en avant par les responsables politiques, et ce depuis des années. Or, le volume de l'effort d'aide étant fixé à 1% du revenu national brut (RNB), il est clair que l'APD augmente dans la mesure que le RNB progresse. Si la Chambre des Métiers approuve cette politique, elle se doit cependant de souligner qu'il ne s'agit pas d'un accent nouveau qui caractériserait le projet de budget de l'exercice
- 1.4.
- Dynamiser l'offre en logements subventionnés Le projet de budget renseigne que les crédits du Ministère du Logement se montent à 210 millions d'euros pour 2017, soit une hausse de 4%. f t La majeure partie de cette hausse s'explique par le subventionnement d'un nombre important de projets de construction de logements locatifs sociaux et de logements à coût modéré destinés à la vente. Ce crédit affiche une progression de 13,4 millions par rapport à
- II s'agit de projets qui sont principalement réalisés par le Fonds pour le développement du logement et de l'habitat, la Société Nationale d'Habitation à Bon Marché et les communes. Au regard de la pénurie de logements sociaux et d'un parc de logements à coût modéré peu êlevé, la Charnbre des Métiers est d'avis que la hausse des crédits y consacrés est modeste. l En 2017, le Ministère du Logement introduira le paquet « Kiimabank an nohaltegt Wunnen » dont l'objectif consiste à promouvoir l'assainissement énergétique et écologique des logements, ainsi que l'équipement des logements en installations techniques valorisant les sources d'énergie renouvelables. Le dispositif prévoit notamment l'introduction du prêt climatique à taux réduit et du prêt climatique à taux zéro. Par ailleurs, le Ministère du Logement accordera une prime pour l'établissement d'un certificat de la durabilité d'un logement, à tout propriétaire d'un logement. CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 32 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes Selon la Chambre des Métiers, le logement constitue un des plus grands défis à relever par le Luxembourg. II est la résultante d'une forte croissance économique qui explique l'évolution démographique très dynamique des dernières décennies. Or, 11 est clair que cet important flux migratoire induit une demande soutenue de logements que l'offre peine à suivre. C'est dans cette optique qu'elle salue les initiatives envisagées par le Gouvernement afin de réagir à ce problème complexe auquel 11 n'existe pas de solution unique ou facile. Parmi les mesures réalisées ou en voie de réalisation, il convient de citer la hausse de la production annuelle des promoteurs publics, notamment la SNHBM (Société Nationale des Habitations à Bon Marché) et le Fonds du logement, et fa moindre imposition des plus-values prévues par la loi du 29 juin 2016 portant modification d'une disposition en matière d'impôts directs. Cette dernière devrait conduire à augmenter l'offre de terrains à bâtir, et par ricochet l'offre de logements. La Chambre des Métiers souscrit également aux projets du Ministère du Logement visant à réformer le Fonds du logement pour renforcer son efficacité, de même qu'à l'instauration d'un régime d'aides à des prêts climatiques (« Klimabank ») assurant le soutien financier des travaux de rénovation énergétique. Par contre, elle attend la mise en oeuvre des contrats qualifiés de « Baulandvertrâge » dont l'objectif consiste également à dynamiser l'offre de terrains à bâtir. 1.4.
- Politique d'investissement ambitieuse Cette thématique a été abordée en détail dans le chapitre 1.1.3., de sorte que la Chambre des Métiers se permet d'y renvoyer. 1.4.
- Efforts en faveur des transports publics Pour souligner les efforts du Gouvernement dans le domaine des transports publics, le projet de budget relève la construction de l'arrêt ferroviaire PfaffenthalKirchberg et du funiculaire, dont le coût s'élève à 36 millions d'euros pour l'exercice 2017, de même que la plateforme multimodale de Bettembourg qui devrait générer des dépenses de l'ordre de 42,8 millions d'euros. Au vu des défis qui se posent dans le domaine de la mobilité, la Chambre des Métiers ne peut qu'approuver les efforts réalisés pour développer les transports publics, alors que beaucoup d'axes routiers atteignent les limites de leurs capacités. Or, le développement des infrastructures routières ne pourra pourtant être négligé du fait que même si le modal split de 25% de transports publics est atteint, la majorité des déplacements se fera toujours en voiture et un nombre croissant de trajets sera de type mixte, utilisant à la fois des moyens de transports publics et privés. 1.
- Conclusion sur l'analyse des finances publIques Avec son premier projet de budget de l'Etat relatif à l'exercice 2014, l'actuel Gouvernement annonçait qu'il allait assainir les finances publiques en prévoyant dans le cadre de celui-ci une série des mesures destinées à endiguer le déficit de l'Administration centrale. A travers le projet de budget de l'exercice 2015, il renforçait sa politique de consolidation en déclarant vouloir mettre en ceuvre le « Zukunfspak », un paquet de 258 mesures de consolidation destiné à endiguer l'évolution des dépenses, flanqué de CdM/D0/an/Avis_16-170 _Budget 2017.docV11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 33 deux mesures visant à augmenter les recettes publiques : le relèvement de certains taux de TVA et l'introduction d'une « contribution pour l'avenir des enfants » qui allait être requalifiée en « impôt d'équilibrage budgétaire temporaire ». Rappelons dans ce contexte, que la Chambre des Métiers avait approuvé la politique de consolidation des finances publiques tout en critiquant, voire en s'opposant à certaines de ces mesures, notamment la hausse du taux de TVA de 3% à 17% dans le domaine du logernent ; mesure qu'elle jugeait contreproductive pour augmenter l'offre de logements. Lors de son avis relatif au projet de budget pour l'année 2016, elle constatait que le ZP n'avait été mis en ceuvre que partiellement. Or, dans le projet de budget concernant l'exercice 2017, la Chambre des Métiers relève un changement notable dans la politique gouvernementale qui passe définitivement d'une logique de redressement des finances publiques vers une logique de pure redistribution, neutralisant l'effet des mesures de consolidation décidées antérieurement. II s'agit là de signes manifestes pour un relâchement de la discipline budgétaire. 1.5.
- Le Gouvernement accepte le gonflement du déficit Tout d'abord, le déficit de l'Administration centrale monte de quelque 400 millions d'euros en 2016 à près de 1 rnilliard d'euros en 2017, ce qui représente une hausse de 141%. Partant, il se situera pratiquement au même niveau que lors des années de crise économique 2009 et
- AdmInIstratIon centrale: solde budgétaire (en ndo C) eao 400 200 -200 -400 -600 -800 -1000 , -1200 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 Source: STATEC, MInIstère des Fleances CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 34 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes Parmi les principales causes de cette détérioration il y a lieu d'en relever trois. Premièrement, le « Zukunftspak » n'a été mis en ceuvre que partiellement, le Gouvernement revenant même sur certaines mesures comme l'IEBT. Deuxièmement, le Gouvernement a décidé une réforme fiscale qui générera des déchets fiscaux conséquents, et ce dans un contexte où l'Administration centrale présente toujours un solde déficitaire. En d'autres termes, les allègements fiscaux sont financés à travers la dette publique. Si une telle démarche est admissible pour réduire la charge fiscale des entreprises afin d'augmenter la compétitivité du site du Luxembourg, de favoriser donc l'implantation d'entreprises qui contribuent à leur tour aux recettes fiscales, l'ampleur des mesures en faveur des personnes physiques semble généreuse au regard de l'état actuel des finances publiques. Par ailleurs, l'argumentation du Gouvernement n'est en soi pas très cohérente, en ce que le ZP était initialement adopté en vue de redresser les finances publiques, tandis qu'aujourd'hui il est présenté comme un moyen permettant de contrefinancer la réforme fiscale, alors que l'objectif initial n'a pas été atteint. En dernier lieu, la hausse importante des dépenses explique en partie l'augmentation du déficit. A titre d'exemple, on peut citer les crédits relatifs au congé parental qui passent de 65 à 108 millions d'euros de 2016 à 2017, soit une progression de 43 millions d'euros ou de 66%; ou les dépenses en faveur des services d'accueil pour enfants qui atteindront un volume de quelque 345 millions d'euros en 2017, ce qui équivaut à une hausse de 11%. 1.5.
- Le Gouvernement révise vers le bas son objectif budgétaire Un autre indice témoignant du relâchement de la discipline budgétaire est la baisse de l'objectif du solde structurel de +0,5% à -0,5%, sur base de projections très optimistes en ce qui concerne des paramètres comme la future croissance économique, celle de l'emploi et de la population. Concernant ces dernières, il est renvoyé à la partie 1.
- du présent avis. La Chambre des Métiers constate que pour 2018 et 2019, les finances publiques ne respectent plus l'ancien OMT plus réaliste de +0,5%. CdM/D0/an/Avis_16-170_13udget 2017.docV11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 35 Déficlts de l'admlnlstratIon centrale estimés par les budgets plurlannuels (BP) (en mlo C) 0 -89 -200 -400 j -408 111 -475 -477 -487 -600 -833 684 -800 -711 -749 86,5 -1 000 -983 -1 055 -1 200 2015 2016 BP 2015-18 2017 2018 BP 2016.19 2019 BP 2017-20 source MInkstère des Flnarices, calculs Chambre des Métlers Un autre indice de l'abandon de l'objectif du redressement des finances publiques est celui des budgets pluriannuels successifs présentés dans les années 2014 à 2016, 9 qui montrent que les déficits de l'Administration centrale anticipés pour les exercices 2015 et 2016 étaient moins élevés que prévus, alors que le contraire est vrai dans le chef de l'exercice
- Si, en 2014, le Gouvernement tablait sur un déficit de 475 millions d'euros, ce dernier fut corrigé à 711 millions avant qu'on ne prévoie un solde négatif de 983 millions d'euros. 1.5.
- Le Gouvernement n'entend pas assainir les finances publiques en période de forte croissance La politique de type pro-cyclique du Gouvernement est le contraire de celle qui devrait être mise en ceuvre : en période de forte croissance économique, les finances publiques devraient être assainies pour disposer pendant les périodes conjoncturelles difficiles d'une marge de sécurité suffisante afin de soutenir l'économie. Dans ce contexte, la Chambre des Métiers voudrait rappeler qu'en 2009, le Gouvernement de l'époque avait lancé un « plan de conjoncture » prévoyant des mesures dont l'incidence budgétaire globale était estimée à 1,228 milliards d'euros afin d'atténuer les effets de la crise sur l'économie nationale. Le gonflement des déficits publics par des périodes de bonne conjoncture rendra à l'avenir difficile l'implémentation d'une telle politique « anticrise ».
- Vers un nouveau modèle économique pour le Luxembourg 2.
- Constats Depuis un certain nombre d'années, le Luxembourg est confronté à une série d'évolutions qui remettent en cause son modèle d'affaires traditionnel. 9 II s'agit des budgets pluriannuels 2015-2018, 2016-2019 et 2017-
- CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 36 L'une des tendances les plus marquantes est la disparition progressives des niches de souveraineté qui généraient une croissance de l'emploi extraordinaire et / ou des recettes fiscales importantes. Les changements des règles du lieu d'imposition en matière de TVA font que sur une période transitoire qui s'achèvera en 2019, le pays gardera une part de moins en moins importante des recettes imputables aux ventes à des consommateurs non-résidents jusqu'à se réduire à zéro à cette date-clé. Si les revenus issus de la TVA provenant du commerce électronique atteignaient un maximum de plus d'un milliard d'euros en 2014, ils ne s'élèveront plus qu'à 86 millions en 2017 et à 17 millions d'euros en
- Recettes de TVA issues du commerce électronique Année 2003 2004 2005 2006 en mto € 45 178 180 220 2007 293 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 335 408 419 570 952 1 077 na 363 86 na 17 749 Une autre niche de souveraineté qui disparaît pour les non-résidents est celle du secret fiscal qui, combiné à d'autres avantages qu'offre le site d'implantation, explique une part non négligeable de l'essor de la place financière. Toutefois, le secteur financier est depuis des années en train de s'adapter à ce changement de son environnement. Le troisième créneau qui mérite d'être cité réside dans les recettes générées par la vente de produits pétroliers et du tabac qui, à travers une fiscalité plus avantageuse que celle des pays voisins, attire la demande de la part de clients nonrésidents. Or, des changements légaux dans d'autres pays, la baisse des prix des produits pétroliers, une consommation moindre des véhicules due au progrès technologique et surtout des considérations écologiques risquent de réduire les recettes liées à la vente des produits visés. Mis à part l'exploitation toujours plus difficile de niches de souveraineté, d'autres évolutions donneront lieu à des mutations économiques profondes. Les mesures dites « BEPS » (Base Erosion and Profit Shifting) de l'OCDE visent à adapter le droit international fiscal aux évènements économiques, notamment sur base de 15 actions. L'un des objectifs de ce plan d'action est d'assurer que le bénéfice des sociétés soit imposé dans le pays qui le génère, donc dans le pays où se trouve l'activité. Le concept phare « Transparence » ne concerne pas seulement l'échange d'informations sur demande, mais également l'échange automatique, tout particulièrement, lors des relations avec des pays tiers. Ces changements requièrent une adaptation des secteurs économiques concernés. Par ailleurs, la digitalisation induira de profonds changements, tant en ce qui concerne les processus de production et de commercialisation des entreprises que la vie des citoyens. Cette mutation présente des opportunités de même que des défis. La Chambre des Métiers estime urgent que le pays s'y prépare au plus vite. Finalement, notre modèle d'affaires doit être repensé, alors que la croissance économique extensive des dernières décennies a atteint ses limites. Un trafic de plus en plus dense risque d'étrangler le développement du pays, la demande très sou- , CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 i Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 37 tenue de logements se trouve confrontée à une offre qui peine à suivre, les infrastructures collectives (établissements scolaires, stations d'épuration, etc.) risquent de ne pas être à la hauteur d'une évolution démographique très dynamique. Face à ces multiples défis, il est, aux yeux de la Chambre des Métiers, important de percevoir ceux-ci comme des opportunités et non comme des menaces. Dans ce contexte, il est essentiel de s'y préparer de manière conséquente en redéfinissant le modèle économique du Luxembourg, et ce dans une approche intégrée qui prenne en compte les considêrations économiques, sociales et environnementales et en menant un débat ouvert et transparent sur la vision d'avenir que le Luxembourg pourrait adopter. Dans la suite du présent chapitre, la Chambre des Métiers mènera une série de réflexions qui pourraient faire partie d'une telle vision. 2.
- Orienter le pays vers un nouveau modèle économlque Dans son rapport concernant le projet de budget 2016, la Commission des Finances et du Budget de la Chambre des Députés remarque que « le grand dilemme du modèle luxembourgeois réside dans le fait que la générosité de notre Etat social et notre niveau de vie soient largement dépendants des apports massifs de capitaux étrangers, de niches fiscales sous pression, d'une croissance très élevée du P1B et de la main-d'œuvre étrangère »'°. Cette réflexion souligne que le Luxembourg et ses représentants politiques et socioéconomiques doivent plus que jamais réfléchir à ne pas hypothéquer l'avenir de la génération future. La Chambre des Métiers note toutefois que les gouvernements des dernières décennies n'ont misé que sur un seul scénario : celui d'une croissance économique élevée et continue. Cette approche a d'ailleurs été largement confirmée par les affirmations contenues dans la « Déclaration sur l'Etat de la Nation 2016 » de mai
- Ce n'est que récemment, sous la pression de l'opposition parlementaire, de la société civile et de l'opinion publique, surtout en rapport avec la perspective esquissée par le Gouvernement d'une population de 1,1 millions d'habitants à l'horizon 2060 et la révision, dans la foulée, de l'objectif budgétaire à moyen terme (passant d'un solde structurel positif de +0,5% à un solde négatif de -0,5% du PIB sur la période 2017-2020, objectif nouveau basé sur des projections très optimistes concernant l'évolution de fa population et de l'économie), que les responsables politiques ont annoncé plusieurs tables-rondes avec les forces vives sur l'avenir du modèle économique et sociétal du pays. La Chambre des Métiers accueille favorablement le lancement de ces plateformes de discussion et d'échange afin de mieux cerner les défis à relever et les solutions à long terme à envisager en vue de définir un nouveau modèle économique plus durable. Car si le Luxembourg devait toujours connaître une forte croissance pendant les années à venir, les défis au niveau des infrastructures (logement, transport, établissements scolaires,...), des besoins en main-d'œuvre (qualifiée), de l'intégration (notamment programmes scolaires) ainsi que de l'impact sur l'environnement, s'accentueront. lo Rapport de la Commission des finances et du Budget (09.12.2015) Document parlementaire n°69007/69017 CdM/DO/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 38 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes Elle partage l'idée sous-jacente d'évaluer les dommages collatéraux que produit le modèle actuel de croissance en termes de qualité de vie et d'orienter le pays vers un modèle susceptible de créer de la plus-value tout en consommant moins de ressources et en produisant moins de nuisances. 2.
- Pour une vision d'avenir intégrée Une approche intégrée devrait donc être de mise, approche qui toutefois, à l'état actuel, ne semble ni être considérée ni implémentée avec la rigueur qui s'impose. Eu égard à son économie ouverte, le Luxembourg est susceptible de se voir exposé dans le futur à des chocs économiques et technologiques externes auxquels il devra faire face. Dès lors une politique prudente, notamment au niveau budgétaire, s'impose en tenant compte des éléments suivants : • risques démographiques dus au vieillissement de la population (la forte croissance de l'emploi ne fait que repousser, et en même temps amplifier, les problèmes de financement des retraites) ; • risques économiques (perspectives d'une augmentation du prix des ressources, notamment du prix du pétrole, positionnement futur de la place financière après le BREXIT, impact des « fintech » sur le Luxembourg, etc.) ; • risques politiques (nationalismes et protectionnismes, vagues d'immigration, conflits armés, actes terroristes, etc.). Dès lors, au vu des défis qui se posent, le Gouvernement a tout intérêt à développer à moyen et à long terme une « stratégie politique et économique » sous la forme d'une « vision d'avenir » permettant de définir un modèle de croissance durable répondant aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Un tel modèle économique plus durable suppose que soient définis de prime abord les objectifs politiques à atteindre qui sous-tendent cette vision, comportant un volet économique, social et environnemental, ainsi que les initiatives et mesures prioritaires à engager tout en tenant compte des contraintes en matière de finances publiques. Dans un tel cadre, le renforcement de l'attractivité du Luxembourg en tant que terre d'accueil pour les entreprises et les investisseurs joue un rôle central. La fiscalité des entreprises, la disponibilité des terrains, la disponibilité d'une main-d'œuvre (qualifiée), l'efficacité de l'Administration etc., de même que les « soft factors » (qualité de vie, cohésion sociale) sont autant d'éléments influençant la compétitivité des entreprises et, partant, les décisions d'implantation ou d'extension futures. L'aspect « attractivité » impacte toutefois également au même titre les ressources humaines, sachant que les salariés étrangers ou frontaliers (souvent hautement qualifiés), qui représentent la grande majorité des salariés au Luxembourg, prennent leurs décisions de venir travailler (et, le cas échéant, vivre) au Luxembourg sur la base d'un large éventail de facteurs : le niveau et la qualité de vie, la fiscalité sur le revenu et les charges sociales, le coût de la vie en général, l'offre de logements à prix abordables, la qualité des infrastructures des transports, le système éducatif, l'esprit d'ouverture, la sécurité, etc. La capacité future des entreprises à évoluer et à se développer, notamment le recrutement de salariés dans un contexte de besoin de main-d'œuvre de plus en plus CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 39 qualifiée, est donc largement influencée par les décisions politiques discrétionnaires soutenant ce modèle de croissance dura ble futur. 2.
- L'importance d'une vision d'avenir intégrée pour le développement d'un modèle économique durable i Même si une démarche politique nécessite toujours certains arbitrages, le défi majeur à relever sera de faire évoluer la société et l'économie luxembourgeoise par la mise en ceuvre d'une « politique horizontale » de développement durable orientée de manière cohérente vers des objectifs communs : la diversification continue de l'économie tous secteurs confondus et le développement de la capacité d'innovation, notamment en matière de digitalisation ; la transition énergétique et écologique, visant à mettre en place de nouveaux circuits économiques correspondant à une économie plus circulaire et à une consommation plus durable ; le développement harmonieux des grands espaces (logement ; zones d'activité ; mobilité) ; le soutien de l'entrepreneuriat ; le développement de la formation et de l'éducation ; la préservation du bien-être tout comme la garantie de la soutenabilité des systèmes de sécurité sociale et des finances publiques. II importe d'insister par ailleurs sur le fait que la formation et l'éducation constituent dans ce contexte non seulement un vecteur social, puisqu'elles assurent la promotion sociale des citoyens, mais aussi un vecteur économique, dans la mesure où seule une main-d'œuvre bien qualifiée permettra de garantir la compétitivité et la productivité de l'économie de demain. Le Luxembourg sera donc plus outillé afin de relever les principaux défis socioéconomiques futurs (assurer une croissance qualitative, lutter contre le chômage notamment des jeunes, réformer le modèle social), si une vision politique cadre les décisions prises et si les entreprises sont mises en mesure de prospérer sur cette base. Cependant, actuellement, la croissance économique au Luxembourg revêt avant tout un caractère extensif. En d'autres termes, la croissance économique est avant tout poussée par la hausse de l'emploi plutôt que par des gains de productivité. A part poser des difficultés au niveau de la disponibilité de main-d'œuvre et d'une consommation de plus en plus importante d'énergie et de ressources, une telle évolution exerce évidemment de fortes pressions, notamment sur la demande de logements et sur les infrastructures de transport. A terme, elle amplifie par ailleurs les défis du financement des pensions à travers un effet « boule de neige ». Par conséquent, la Chambre des Métiers est convaincue qu'une vision qui se limiterait à reproduire à l'avenir le modèle de croissance extensive du passé seralt absolument inconciliable avec le concept du développement durable. Le défi consistera donc à parvenir à un « modèle de croissance intensif ou qualitatif », basé sur des gains de productivité liés notamment à l'innovation et à la digitalisation de l'économie au sens large. 1 2.
- Mlx équillbré de mesures à engager dans les années à venir II va sans dire que les PME, et plus particulièrement celles de l'Artisanat, en tant que garantes de l'emploi local et régional et stabilisatrices pour la société en général, méritent une attention particulière de la part des responsables politiques, vu leur potentiel important de développement et de création de richesses : services de proximité, acteurs de la formation initiale, acteurs du développement durable, en- CcIM/DO/an/Avis_16-1703udget 2017.docx/11.11.2016 ! 40 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes treprises familiales intégrant les valeurs de la responsabilité sociale entrepreneuriale, etc. Un défi principal pour les années à venir sera de « réorienter » voire « moderniser » les activités dites traditionnelles, activités qui se distinguent souvent par une forte intensité de main-d'œuvre. Sachant qu'une digitalisation ou automatisation très poussée ne pourra pas se faire dans toutes ces activités, il importera à l'avenir de mieux cerner les potentiels d'innovation soutenant un accroissement de la productivité et, par ricochet, de la valeur ajoutée dans les secteurs traditionnels. Au niveau de l'Artisanat, le secteur de la construction constitue un bon exemple qui illustre que le recours à la digitalisation, notamment en matière de communication entre les acteurs de la construction, offre des perspectives d'efficience importantes. Ce secteur fonctionnera toujours par le recours à une main-d'œuvre qualifiée. Des gains de productivité importants pourront également découler d'autres innovations systématiques, notamment au niveau des méthodes d'organisation et de gestion des équipes (par exemple par la mise en ceuvre du « lean management »). La perspective de développement technologique découlant de l'automatisation et de la robotique risque toutefois d'entraîner également des pertes d'emplois, surtout au niveau des postes moins qualifiés (« rnanceuvres »). Dans l'Artisanat en général, certains travaux pénibles, répétitifs et « simples » pourront à l'avenir être assurés par des systèmes automatisés voire des « robots ». A travers des formations continues et d'adaptation, certaines catégories de salariés touchés par l'évolution technologique pourraient être affectées, dans la mesure du possible, à des tâches plus complexes. Cette mutation pourrait également conduire à la compression du taux d'absentéisme et des maladies professionnelles, donc à un gain socio-économique durable. II faudrait partant prévoir plusieurs scénarii de croissance (en fonction de plusieurs hypothèses de croissance économique à moyen et à long terme plus ou moins élevée) et surtout réfléchir à des pistes permettant d'atteindre une croissance moins extensive. Dans cette optique, il importerait de tâcher de découpler la croissance économique de l'emploi (tout en essayant en tout cas d'éviter une croissance de l'emploi de la même ampleur que celle du PIB), d'une part, par le développement de secteurs à haute valeur ajoutée, et, d'autre part, par des gains de productivité à générer notamment par l'innovation technologique. La Chambre des Métiers plaide en faveur de la transition graduelle d'un modèle de croissance extensif vers un modèle de croissance intensif ou « qualitatif ». Une telle politique nécessitera un mix équilibré de mesures, aussi bien, en faveur de secteurs prioritaires, susceptibles de soutenir une dynamique en termes de croissance faiblement dépendante de l'emploi, qu'en faveur des entreprises faisant partie de secteurs qui devront « révolutionner » leurs processus de productions et leurs modèles d'affaires en innovant considérablement, notamment par l'intégration des TIC. Partant, l'impact de la « Troisième Révolution Industrielle » (TIR) sur ces secteurs « traditionnels » sera important dans le cadre de l'implémentation d'une « vision d'avenir » plus durable du Luxembourg et de ce fait l'accompagnement et la guidance des entreprises concernées par le biais de mesures à soutenir par les autorités gouvernementales devraient représenter un axe politique clairement affiché. Cdrvl/DO/an/Avis_16-1703udget 2017.docx/11.11.2016 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes 41 2.
- Les enjeux de la digitallsation et de la révolution technologique sur le futur modèle économique du Luxembourg Les débats menés actuellement autour de la « Troisième Révolution Industrielle » (TIR) de l'auteur américain J. Rifkin mettent en exergue l'utilité de lier dans les discussions deux aspects primordiaux pour l'avenir du Luxembourg. II s'agit, d'une part, de l'impact de la révolution technologique et, d'autre part, de l'insoutenabilité à terme du modèle de croissance extensif, qui n'est actuellement soutenu que par des gains de productivité très faibles. La thèse défendue dans le cadre de la « Troisième Révolution Industrielle » a le mérite de permettre aux acteurs économiques et aux représentants des forces vives de prendre conscience du potentiel de développement pouvant naître de la convergence des technologies de la communication, de l'énergie et des transports au sein d'un grand réseau intelligent (« Internet of Things »). La Chambre des Métiers est d'avis que le processus de réflexion en cours rendra possible d'identifier les opportunités et les sources de croissance de demain, sachant que les efforts de diversifications mises en ceuvre (développement des secteurs prioritaires comme les TIC, les éco-technologies et les technologies de la santé etc.) vont dans la bonne direction. Même si rapproche défendue par J. Rifkin doit être adaptée plus particulièrement au contexte du Luxembourg, elle a le mérite de donner une piste de réflexion stratégique qui pourrait rendre possible dans certains domaines des sauts de productivité et donc de croissance qualitative (par exemple dans le domaine de refficacité énergétique du fait d'une possible réduction du coût marginal de l'énergie suite à la production décentralisée et à la généralisation du concept des « réseaux intel)igents »). La montée en puissance du nouveau business model dénommé « économie de partage » deviendra de plus en plus une réalité dans de nombreux domaines au cours des années à venir, où le consommateur a tendance à évoluer vers un nouveau modèle de collaboration producteurs-consommateurs ou « prosumers ». Les analyses récentes s'accordent à dire que les impacts de cette révolution technologique et de l'Internet des Objets (« Internet of Things ») risquent d'être considérables, non seulement sur l'économie, mais également sur le modèle social, la relation de travail entre patron et salarié, le financement de la sécurité sociale et le secteur public, qui est censé encadrer la transformation numérique et surtout sociétale, qui en résulte. Si toutefois l'économie de partage demeure insuffisamment encadrée ou si elle crée des distorsions de concurrence avec réconomie traditionnelle, un risque sérieux de pertes de marchés et de bien-être existe. Comme la digitalisation pénétrera à vitesse exponentielle tous les domaines de la vie des entreprises et afin de permettre aux acteurs concernés de vraiment utiliser et profiter des multiples retombées positives, il importe, par une analyse et une adaptation des législations pertinentes (droit du travail, sécurité sociale, droit d'établissement, droit d'assurance), d'encadrer ces évolutions, ceci dans l'intérêt de tous les concernés (salariés, entreprises, clients, pouvoirs publics, etc.). A titre d'exemple, l'on pourra citer le cas d'« AirBnB » œuvrant actuellement en dehors de tout cadre législatif (pas d'obligation d'enregistrement des locaux et infrastructures, pas de paiement de taxes quelconques), cadre qui pourtant doit ètre respecté par les opérateurs traditionnels du secteur hôtelier. II s'ensuit une insécurité CdM/D0/an/Avis_16-170_Budget 2017.docx/11.11.2016 42 Le budget de l'Etat 2017 ou le renversement des paradigmes juridique pour les demandeurs, une distorsion de concurrence et une perte pour la collectivité (recettes fiscales etc.). Le « leitmotiv » lors de rimplémentation d'une stratégie globale découlant de la vision TIR devrait être l'efficacité et l'agilité. Une gouvernance politique adaptée de la révolution technologique en cours devrait définir, dans le respect de cette prémisse, le cadre susceptible de produire les retombées sociales et économiques positives, en termes de qualité de vie et de gains de productivité. L'Etat, à savoir l'Administration centrale, devrait dans ce contexte veiller à augmenter également son efficacité et à réorienter certaines de ses dépenses courantes au niveau administratif vers plus d'investissements susceptibles de préparer l'avenir, porteurs de croissance future. II en est surtout des procédures administratives qui, dans le cadre de la TIR, devraient être simplifiées par le recours à des workflows électroniques intégrés, notamment en parallèle à l'initiative « Einfach Lëtzebuerg », susceptibles de réduire durablement les charges des entreprises et des administrations. 2.
- Initiatives prioritaires dans le cadre d'un futur modèle économique dura ble La soutenabilité d'un modèle de croissance suppose que soient définis les objectifs que l'on veut atteindre et les réformes que l'on veut (ou que l'on doit) mettre en place tout en tenant compte des contraintes budgétaires. Dans les sous-chapitres suivants, la Chambre des Métiers met l'accent sur l'orientation stratégique que le Gouvernement devrait donner à chaque domaine de politique individuel, su