Avis sur le projet de budget de l'Etat concernant l'exercice 2021 Plaidoyer pour un budget de relance présentant des perspectives claires à moyen et à long terme CHAMBRE DES METIERS 17 novembre 2020 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 3 Résumé structuré Les finances publiques sous tension à court et moyen terme L'année 2020 a été marquée par la crise sanitaire qui a frappé les finances publiques de plein fouet. Le projet de budget de l'État est de ce fait évidemment très marqué par les effets de la pandémie planétaire. L'analyse des chiffres Il faut noter que le déficit de l'administration publique est surtout influencé par l'administration centrale. Après deux années exceptionnelles pour cette dernière, pendant lesquelles le solde a été positif, celui-ci s'écroule en 2020 pour passer à un déficit de plus de 5 milliards d'euros. Au niveau des dépenses, l'administration centrale a enregistrée une hausse de 9% par rapport au budget de 2020 et une augmentation de 19% par rapport à 2019, essentiellement dues aux mesures de stabilisation et de relance de l'économie et aux investissements exceptionnels en relation avec la crise sanitaire. Dans ce contexte, il faut féliciter le Gouvernement pour la rapidité de la mise en œuvre des aides étatiques destinées aux entreprises, surtout en ce qui concerne le chômage partiel. En ce qui a trait aux recettes de l'administration centrale, le Ministère des Finances estime une détérioration de 8% par rapport à 2019, ce qui équivaut à une baisse de 12% par rapport au budget de
- Elle devrait clôturer l'année 2021 avec un nouveau déficit de plus de 2,5 milliards d'euros. Malgré une amélioration de 2,6 milliards d'euros, le déficit estimé de 2021 serait le deuxième plus élevé derrière celui de
- Qui plus est, le solde de l'administration centrale ne semble pas pouvoir se rétablir rapidement, ce qui aura inévitablement des conséquences sur l'endettement de l'État. Les investissements La Chambre des Métiers regrette que le projet de budget de l'Etat ne prévoie pas de tableau synoptique avec une catégorisation des investissements à réaliser dans différents domaines, ce qui permettrait de mieux identifier ceux qui sont primordiaux pour le développement économique du pays. Ainsi, le niveau des investissements de l'exercice 2020 est gonflé par la comptabilisation de l'avion militaire. D'une manière générale, la Chambre des Métiers ne peut qu'approuver la politique d'investissement ambitieuse du Gouvernement : il est en effet prévu que les dépenses restent au-dessus de la moyenne 2005-2019, laquelle se situe à 4% du PIB. Par ailleurs, la Chambre des Métiers constate avec satisfaction que les dépenses du Fonds du rail, du Fonds des routes et celles en relation avec l'infrastructure du tram se situent à 718 millions d'euros en
- Elle salue l'effort du Gouvernement pour augmenter les dépenses en matière d'infrastructures de transport pour les années 2021 et
- En revanche, la Chambre des Métiers constate la progression importante des coûts de personnel qui font partie des frais de fonctionnement de l'Etat. Cette évolution devrait être attribuable tant à un effet « volume » (hausse du nombre d'agents de l'Etat fixée à un maximum de 1.026 unités en 2020) qu'à un effet « prix » (augmentation du coût salarial par personne). Elle déplore surtout le fait que malgré la crise économique, ce poste augmente plus vite entre 2019 et 2021 que pendant la période 1995-
- Par ailleurs, pour CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 4 l'économie en général, le STATEC prévoit une stagnation du coût salarial nominal moyen et une augmentation de l'emploi national de seulement 1,9% en moyenne sur la période 2019-
- Au niveau de la sécurité sociale, il convient de noter que la forte hausse des dépenses (+5% p. r. à la LPFP 2019-2023) est due à l'introduction de certaines mesures implémentées par la Caisse nationale de santé dans le contexte de la COVID-19, telles que le congé pour raisons familiales ou la prise en charge par l'assurance maladie dès le ler jour des indemnités pécuniaires de maladie. De l'autre côté, les recettes enregistrent une augmentation (+3% p. r. à la LPFP 20192023) liée à la prise en charge des mesures précitées par l'administration centrale par le biais d'une dotation exceptionnelle en faveur de l'assurance maladie-maternité pour un total de 386 millions d'euros. Abstraction faite de ce financement des mesures d'urgence, le niveau des recettes en 2020 devrait être identique à celui prévu par le budget 2020, s'expliquant d'un côté par une certaine prudence budgétaire et de l'autre côté par les mesures de soutien du marché de l'emploi (surtout le chômage partiel), ce qui semble avoir évité une diminution importante des recettes de la sécurité sociale. En termes de PIB, sur la période 2019-2024, le solde de la sécurité sociale devrait baisser de 1,9% à 0,9%. La Chambre des Métiers constate dans ce contexte et avec regret que le sujet de la soutenabilité des finances publiques à plus long terme n'est pas abordé. Or, comme elle l'a déjà thématisé à d'itératives reprises dans ses avis concernant le budget de l'État, le vieillissement progressif de la population conduira inévitablement à des déséquilibres au niveau du financement des pensions en particulier, alors que les dépenses en matière de maladie et de soins augmenteront en parallèle. Pour l'année 2020, les administrations locales voient leurs recettes diminuer de 11% par rapport au budget 2020, une baisse en ligne avec celle de l'administration centrale (-12%). Il faut rappeler que les recettes communales sont largement marquées par l'évolution de la conjoncture économique parce que le Fonds de dotation globale des communes est alimenté par le produit de 3 impôts de l'État, à savoir : 18% du produit de l'impôt prélevé sur le revenu des personnes physiques, 10% de la TVA et 20% de la taxe sur les véhicules automoteurs. Par ailleurs, les recettes perçues de l'impôt commercial communal évoluent en fonction de l'activité économique. Les dépenses communales pour l'année 2020, quant à elles,. devront connaitre une augmentation par rapport au LPFP 2019-2023, due « au maintien d'un niveau d'investissement important en
- » La Chambre des Métiers ne commente pas les finances prévisionnelles des administrations locales puisque les plans pluriannuels de financement (PPF) 2020 actualisés des entités du secteur communal relatifs aux années 2021, 2022 et 2023 n'ont pas encore été rendus disponibles au moment de l'établissement du projet de budget sous avis. Le Ministère des Finances estime que sur la période 2021-2024, les recettes et dépenses des communes sont en équilibre. La dette publique Pour l'année 2021, le Gouvernement estime que le solde de l'administration publique s'améliore de 2,6 milliards pour atteindre un niveau de -1,8 milliard. Malgré cette amélioration du solde, le niveau du déficit reste tout de même préoccupant et montre que le Ministère des Finances considère que la situation des finances publiques reste tendue. La consolidation des finances publiques qui s'impose à CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 5 moyen terme (dès la sortie de la crise) serait plus facile si le Gouvernement avait réalisé davantage de réserves ou diminué la dette de manière progressive pendant les années à forte croissance économique, comme la Chambre des Métiers l'a proposé dans ses derniers avis sur le budget de l'Etat Sur la période 2019-2024, la dette publique passe de près de 14 milliards d'euros à plus de 24 milliards. L'État doit avoir recours à l'emprunt afin de financer les déficits consécutifs des années 2020 à 2024, s'élevant à 9,2 milliards d'euros au total. Exprimé en pourcentage du PIB, la dette devrait augmenter de 22% en 2019 à 33% en 2024 à politique inchangée. Pour la Chambre des Métiers, le recours à la dette en période de crise est parfaitement justifié, alors qu'il s'agit actuellement de gérer la pandémie sur le plan sanitaire et de relancer en parallèle l'économie. Ces deux facteurs conduisent évidemment à une hausse exceptionnelle des dépenses tandis qu'en même temps, les recettes publiques reculent sous l'effet de la crise économique. Dans ce contexte, il est important que l'État réalise son ambitieux programme d'investissement, d'un côté pour soutenir la demande, de l'autre pour préparer l'économie plus durable de demain. La mise en œuvre d'une politique d'austérité recherchant un rétablissement rapide de l'équilibre des finances publiques serait contre-indiquée, car elle étoufferait la relance et, pire, risquerait de créer un cercle vicieux. Cependant, la Chambre des Métiers est bien consciente qu'à moyen terme, il est nécessaire de consolider les finances publiques. Elle s'attend par exemple à des mesures adaptées pour freiner la hausse des frais de fonctionnement de l'État et un meilleur ciblage des transferts sociaux. Les mesures fiscales Après analyse, la Chambre des Métiers constate que les principaux accents du projet de budget sous avis sont les mesures fiscales prévues et qui touchent le logement, la protection de l'environnement et la justice fiscale. Les mesures sont divisées en six parties et comprennent au total 17 dispositions. Elles ont comme but principal de renforcer la justice fiscale, de favoriser une politique du logement durable et de promouvoir la soutenabilité. D'autres touchent aux domaines de la simplification administrative et de la digitalisation. Dans le présent avis, la Chambre des Métiers se concentre sur les sept mesures qui touchent le plus l'Artisanat à savoir : le taux d'amortissement accéléré, la rénovation énergétique durable, la TVA sur rénovation, la prime participative, l'abattement pour réduction de loyer, le prélèvement immobilier et la taxe CO
- Elle constate que certaines des mesures fiscales vont définitivement dans la bonne direction, comme celles ayant trait à la rénovation énergétique, en ce qu'elles contribuent à assurer la transition vers une économie plus durable. En effet, globalement, elle peut approuver l'introduction d'une taxe CO2, à condition qu'il existe pour les entreprises des solutions alternatives et que ces dernières offrent une qualité équivalente et soient accessibles à un prix abordable. Dans le cas contraire, il faudrait prévoir des mesures de compensation. Par contre, la Chambre des Métiers se pose des questions quant à l'efficacité d'autres mesures, en l'occurrence celles concernant le logement, en ce qu'elles ne permettront pas de diminuer les tensions actuelles sur le marché immobilier résidentiel. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 6 Relancer l'économie et préparer l'ère post-COVID En 2021, le défi du Gouvernement sera de trouver le juste équilibre entre la stabilisation de l'économie et une maîtrise des dépenses, avec l'objectif de limiter l'impact de la crise sur la dette publique. Il est donc impératif de relancer l'économie et d'éviter ainsi une vague massive de faillites au sein du pays. Les défis à court terme La Chambre des Métiers accueille favorablement l'annonce faite par le Gouvernement le 13 novembre 2020 de prolonger les régimes d'aides qui existent déjà aujourd'hui, telles que le chômage partiel et le fonds de relance et de solidarité, mais aussi qu'il mette en place de nouvelles aides, dont une qui couvrirait une vaste partie des coûts fixes des entreprises fortement impactées par la crise aux fins de maintenir leur solvabilité et pallier des difficultés de liquidités. Au-delà de l'extension de l'actuel chômage partiel structurel simplifié pour les secteurs vulnérables dans le temps, il faudrait en élargir le champ d'application à d'autres secteurs, qui eux aussi sont devenus vulnérables, notamment ceux intimement liés au secteur événementiel entendu en son sens le plus large. Ainsi, il faudrait implémenter un nouveau chômage partiel structurel « urgence » pour les secteurs qui auraient besoin d'un chômage partiel « ponctuel » dans le cas où un nouveau confinement de certaines activités serait décidé par le Gouvernement et que ces secteurs ne seraient plus à même d'occuper l'ensemble de leurs salariés. Ce chômage partiel pourrait donc être appliqué à tous les secteurs, peu importe leur vulnérabilité globale pendant la crise, mais ceci uniquement dans le cas d'une situation urgente pour l'entreprise et selon certains critères. Dans son discours de présentation du projet de budget de l'Etat 2021, Monsieur le Ministre des Finances a annoncé que le fonds de relance et de solidarité serait prolongé au-delà de 2020, une intention que la Chambre des Métiers salue tout en soulignant que la pandémie perdurera et que la situation difficile de ces secteurs ne s'améliora certainement pas avant juin
- C'est la raison pour laquelle la Chambre des Métiers ne demande pas uniquement une prolongation du fonds jusqu'en été 2021, mais également une extension des secteurs et des activités éligibles. C'est ainsi que la Chambre des Métiers juge important d'inclure par exemple les fleuristes ou les métiers d'art dans le cercle des bénéficiaires. Si la Chambre des Métiers réitère depuis de nombreuses années que les investissements publics doivent être maintenus à un niveau élevé, il va de soi qu'ils ne revêtent pas tous le même degré de priorité. Elle est d'avis que la priorité devrait être accordée à ceux qui présentent une importance capitale du point de vue du développement durable du pays. Il convient de se concentrer sur la mobilité et de développer davantage l'offre des transports publics, surtout en ce qui concerne le train et le tram. Lors de la mise en œuvre de ce concept, il est également important de favoriser des nœuds intermodaux en réalisant des parkings P&R près des gares ferroviaires. Pour favoriser davantage l'électromobilité, qui certes ne résout pas le problème des embouteillages mais contribue à réduire la pollution atmosphérique, des aides efficaces sont nécessaires pour l'investissement dans des bornes de charge. Afin de réduire les tensions sur le marché du logement et de résoudre ainsi partiellement le défi de la mobilité, la Chambre des Métiers rappelle qu'il faut adopter des mesures destinées à augmenter l'offre de logements d'un point de vue général CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 7 et à accroître l'offre de logements abordables en partenariat avec le secteur privé en particulier. Il est en outre incontournable d'augmenter rapidement l'offre de terrains dans les zones d'activités économiques (ZAE), notamment régionales. Il ne s'agit pas uniquement de procéder à l'acquisition des terrains, mais également de parcourir les procédures d'autorisation et de réaliser les travaux de viabilisation nécessaires. En se basant sur les expériences passées, il devient évident que ces démarches prendront des années, de sorte que les terrains acquis ne seront pas opérationnels à court terme, et probablement même pas dans une optique de moyen terme. Par ailleurs, ne disposant pas de ressources naturelles, le Luxembourg ne pourra créer et maintenir un avantage compétitif au niveau international qu'en commercialisant des produits et services de haute qualité. Pour y parvenir, l'investissement dans l'éducation et la formation du personnel sont indispensables afin d'assurer et de pérenniser les compétences requises. Les défis structurels S'il est clair qu'en temps de crise sanitaire et économique, il faut d'abord parer au plus urgent, la Chambre des Métiers est d'avis qu'il faut également s'attaquer aux défis structurels. Parmi ceux auxquels le pays est confronté, elle voudrait mettre l'accent sur deux sujets-clés : la pénurie de logements abordables et la nécessité d'organiser la transition énergétique de manière cohérente et raisonnable, notamment en ce qui concerne son coût pour l'économie et la société en général. Le logement D'un point de vue global, la politique du logement telle que prévue par le programme gouvernemental s'adonne à l'illusion que les pouvoirs publics pourraient à eux seuls maîtriser le défi de la création de logements abordables de qualité et en quantité. Au courant des années 2019 et 2020, la Chambre des Métiers s'est penchée sur la question de savoir comment des synergies entre le secteur public et le secteur privé pourraient être mises à profit pour élaborer un concept dont l'objectif consisterait à augmenter de manière significative l'offre de logements locatifs à loyer modéré. Présenté à certains professionnels de la construction, de la finance et de responsables politiques, le modèle a reçu un écho favorable, les interlocuteurs étant par ailleurs convaincus de sa faisabilité. Le modèle de la Chambre des Métiers a pour objectif de réunir les efforts du secteur public et privé afin d'avoir un impact accru sur le marché du logement, et plus particulièrement sur l'offre de logements locatifs abordables. Il repose sur 3 piliers qui correspondent en même temps à ses sources de financement. L'effort conjoint du secteur public et privé permettra de mener une politique du logement réalisant un nombre significativement plus élevé de logements à loyer modéré dû à la mobilisation de fonds privés. Sur le plan des finances publiques, ce modèle engendrerait un coût moindre pour l'Etat que s'il avait exclusivement recours aux promoteurs publics. De manière simplifiée, l'économie équivaut au montant apporté par les investisseurs privés duquel il faudrait soustraire le déchet fiscal induit par la mise en place d'un incitatif fiscal. Les locataires, de leur côté, bénéficieraient d'un logement dont le loyer se situe en-dessous du loyer du marché grâce à la logique de financement inhérente au modèle. Les investisseurs privés jouiront d'un rendement sur les fonds investis tout en investissant dans un projet « socialement responsable ». CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 8 La transition énergétique Bien que la pandémie du Coronavirus tienne en échec le monde entier depuis le début de l'année, l'urgence climatique reste une priorité de premier ordre sur l'agenda politique. Le Gouvernement poursuit son ambition de réduire dans les meilleurs délais l'empreinte carbone du pays. La pandémie, les restrictions mises en place et surtout l'incertitude quant à la fin de la crise ont provoqué un changement de comportement auprès de nombreux consommateurs qui effectuent leurs achats et investissements de manière beaucoup plus prudente. Sur cette toile de fond, la Chambre des Métiers est d'avis que des instruments d'aides audacieux, tant pour les citoyens que pour les entreprises, et des investissements publics à haut niveau, sont une condition sine qua non, afin de faciliter une transition énergétique rapide au profit de l'intégralité de la société luxembourgeoise. C'est dans cette optique que la Chambre des Métiers a examiné le projet de budget de l'Etat, en analysant les instruments d'accompagnement disponibles et leur évolution pluriannuelle : instruments d'aides spécifiques pour les entreprises, pour les citoyens, instruments d'aides promouvant la mobilité électrique, la production d'électricité basée sur les sources d'énergies renouvelables, le fonds "climat et énergie" et les investissements publics. Il apparaît que le projet du budget 2021 reflète seulement en partie les ambitions affichées du Gouvernement. Tandis que certains domaines sont fortement promus, comme la mobilité électrique ou le déploiement des énergies renouvelables, le soutien aux entreprises reste faible et les dépenses budgétaires sont même réduites de presque moitié. Sans la mise à disposition de moyens adéquats à l'ensemble de la société luxembourgeoise, la Chambre des Métiers émet de forts doutes quant à la possibilité d'atteindre les objectifs que le Gouvernement s'est assignés. Le Luxembourg à la croisée des chemins La Chambre des Métiers estime que le projet de budget se focalise essentiellement sur le court terme. Si ceci est compréhensible, il n'en demeure pas moins que le pays se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins, et qu'il convient de réfléchir à l'orientation de son modèle économique. Ceci pourrait commencer par tirer les leçons issues du dossier Fage. D'après la Chambre des Métiers, il faudrait arriver à un consensus national quant à l'orientation fondamentale de l'économie de demain. En tout état de cause, le Luxembourg devrait se donner des critères d'évaluation pour analyser une demande d'implantation d'envergure, critères qui se fonderaient sur les trois piliers du développement durable. Sur le plan économique, il s'agirait d'analyser par exemple la plus-value de l'entreprise ou du secteur pour le tissu économique. Concernant les aspects environnementaux, la demande d'implantation devrait évaluer la consommation en énergie et en eau, de même que l'impact sur la faune et la flore. Au niveau des critères sociaux, la création d'emplois pourrait être analysée, en gardant en tête que même si beaucoup de postes seront en fin de compte occupés par des travailleurs frontaliers, ces derniers contribuent à assurer la pérennité de notre système de sécurité sociale, et in fine de l'Etat providence. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 9 Il est en outre important de simplifier les procédures administratives, de renforcer la collaboration entre les autorités impliquées et de mieux accompagner et encadrer (surtout) les PME dans leurs démarches administratives. Aux yeux de la Chambre des Métiers, plusieurs pistes sont envisageables pour satisfaire à l'objectif d'atteindre une croissance (plus) durable : augmenter la productivité pour décupler croissance et emploi, focaliser la prospection économique sur des activités économiques « durables », améliorer l'efficacité énergétique et la durabilité des sources d'énergie, assurer la mobilité et réduire la consommation de terrains. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 10 Table des matières Résumé structuré 3
- Les finances publiques sous tension à court et moyen terme 11 1.
- Grave récession en 2020 et Incertitudes persistantes en 2021 dues à la crise COVID-19 11 1.
- Chiffres-clés du projet de budget de l'État pour l'exercice 2021 16 1.
- Situation préoccupante des finances publiques en 2020, quld de 2021 9 17 1.
- L'évolution sur la période 2021-2024 : quelles priorités pour la relance de l'économie 23 nationale ? 1.
- 1.
- 23 1.4.
- Administration publique 24 1.4.
- Administration centrale 26 1.4.2.
- Évolution des recettes 31 1.4.2.
- Évolution des dépenses 35 1.4.
- Sécurité sociale 36 1.4.
- Administrations locales 36 1.4.
- Dette publique Appréciation générale de la politique budgétaire : un budget de « crise » destiné à 38 atténuer les effets de la pandémie 38 Appréciation des mesures fiscales : un bilan mitigé 1.6./. 1.6.
- 1.6.
- 1.6.
- /.6.
- 1.6.
- 1.6.
- Taux d'amortissement accéléré Rénovation énergétique durable TVA rénovation Prime participative Abattement pour réduction de loyer Prélèvement immobilier Taxe CO2 42
- Relancer l'économie et préparer l'ère post-COVID 39 39 40 40 41 42 46 2.
- Défis à court terme 46 2.
- 2.1.
- Adapter les dispositifs d'aides aux entreprises à la réalité économique 2.1.
- Promouvoir les investissements durables Les défis structurels 46 50 53 2.2.
- 2.2.
- 53 Une politique du logement plus offensive Faciliter une transition énergétique au profit des citoyens et promouvant 56 l'économie régionale 57 2.2.2.
- Les instruments d'aides spécifiques pour les entreprises 2.2.2.
- Les instruments d'aides spécifiques pour les citoyens 59 61 2.2.2.
- Les instruments d'aide promouvant la mobilité électrique 2.2.2.
- L'instrument d'aide promouvant la production d'électricité basée sur les 62 sources d'énergies renouvelables 63 2.2.2.
- Le fonds « climat et énergie » et les investissements publics 65 2.2.2.
- Conclusions
- Le Luxembourg à la croisée des chemins : « let's make it happen » ou « don't let it happen » ? 66 3.
- Tirer les leçons du dossier « Fage » 66 3.
- Les ingrédients d'une croissance plus durable 67 CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021
- 11 Les finances publiques sous tension à court et moyen terme 1.
- Grave récession en 2020 et incertitudes persistantes en 2021 dues à la crise COVID-19 Le projet de budget de l'État est évidemment très marqué par la crise sanitaire COVID-
- La pandémie qui est apparue de manière si abrupte et inattendue impacte toujours les finances publiques. Aussi, l'ampleur définitive de ses répercussions n'est à ce stade pas encore connue. Il faut donc noter que le projet de budget a été établi dans une période d'incertitude majeure pendant laquelle les prévisions établies présentent nécessairement une marge d'erreur significative. Elles sont difficiles à réaliser en ce qu'elles dépendent notamment de la date de la commercialisation d'un vaccin contre la COVID-19, de l'ampleur de la deuxième vague voire de l'émergence d'une troisième vague. Ces éléments se répercutent sur les finances publiques dans un sens ou dans l'autre. La crise sanitaire a donné lieu à une crise économique sévère, dont les répercussions sur le tissu économique resteront certainement visibles pendant plusieurs années. Comme l'indique le STATEC dans ses projections à moyen terme 2020-2024 reprises dans le tableau ci-dessous, le PIB réel (en volume) devrait diminuer de 6% en 2020 avant de s'accroître de 7% en
- Ce scénario central prévoit une augmentation de 4,1%, 3,5% et 2,7% du PIB pour les années 2022 à
- Cependant, le STATEC a déterminé par ailleurs les répercussions d'un scénario plus défavorable, partant de l'hypothèse « qu'une deuxième vague d'infections [à la fin de 2020 et au début de 2021] déclenche de nouveaux confinements et une nouvelle faiblesse des marchés financiers. »1 Dans ce scénario défavorable, le PIB réel diminuerait de 6,8% en 2020 et stagnerait encore en 2021 à ce niveau très bas (baisse de -0,4% p. a.). Même pendant les années subséquentes, le scénario défavorable tablerait sur une progression moins prononcée que prévue dans le scénario de référence. Si l'évolution du PIB et de l'activité sont encore incertaines, l'affaissement conjoncturel se traduira évidemment par une nette dégradation des finances publiques en
- Selon le projet de budget de l'État, le solde de l'administration publique se détériore de plus de 5 milliards entre 2019 et
- Le déficit de 4,4 milliards d'euros est inédit - à partir de 1995, le solde n'a été négatif que sur quatre années, à savoir 2004, 2005, 2009 et
- Par ailleurs, le déficit n'a jamais dépassé 1,5% du PIB. En 2020 par contre, le déficit devrait franchir la barre des 7% du PIB. Projet de budget 2021, p. 19* CdM/Avis 12 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Projections à moyen terme 2020-2024 Environnement international P1B zone euro (vol.) Indice boursier européen EuroStoxx Prix P1B zone euro Prix pétroliers (USD/bard) Taux de change (USD/EUR) Taux d'intérêt court terme EUR Taux d'intérêt long terme EUR Principaux agrégats macroéconomiques PIB valeur (rnia EUR) Idem, évolution en % RNB (mia EUR) Idem, évolution en % P1B potentiel (vol.)' Ecart de production (en % du PIB pot.) PIB (en vol.) Emploi total intérieur' Taux de chômage (% de la pop. active, déf. ADEM) Indice cles prix à la consommation (IPCN)3 Echelle mobile des salaires (1.1.1948=100) Idem, évolution en % Coût salarial nominal moyen, évolution en % 2022 2023 2024 1995-2018 2019 2020 2021 1.6 3.9 1.5 54.8 1.21 2.4 4.0 1.2 1.4 11 64.4 1.12 -0.4 0.4 -7.9 -6.6 1.5 41.2 1.11 -0.4 0.2 Évolution en % (ou spécifié différemment) 1.4 1.9 6.1 3.2 2.5 1.9 3.0 2.6 1.0 1.5 1.7 1.8 49.9 51.9 55.2 58.6 1.22 1,14 1.17 1.14 -0.4 -0.2 -OE4 -0.4 1.4 1.1 0.2 0.6 . 6.0 . 4.3 3.4 -0.6 3,5 3.2 4.4 1.9 63.52 58 40.74 6.5 2.6 0.6 2.3 3.6 5.4 1.7 814.4 1.4 1.9 59.05 -7.0 38.76 -4.9 2.7 -7.9 -6.0 1.9 6.5 0.9 834.8 2.5 -5.8 Évolution en % (ou spécifié différemment) 67.67 70.81 73.83 64.38 4.3 9.0 5.1 4.6 4521 46.46 40.21 43.23 3.8 7.5 4,6 2.8 2.6 2.7 2.6 2.6 -1.9 -1.8 -4.1 -2.7 7.0 4.1 3.5 2.7 2.5 2.3 1.9 1.9 6.9 6.9 7.3 7.1 1.8 1.3 1.3 1.6 877.0 8469 857,4 834.8 1.5 12 2.3 0.0 2.5 6.1 4.2 2.0 2.
- Source: STATEC (1995-2019: données observées ou estimées; 2020-2024: prévisions du STATEC et d'Oxford Économies) PIS potentiel base sur la synthése des cinq méthodes de calcul, ct Note de conjoncture 1-2014, pp115-116 du Statec 2 Concept comptes nationaux 3 Évolution moyenne de 2000-2018 La situation exceptionnelle causée par la pandémie de la COVID-19 et ses répercussions sur l'économie ont obligé les gouvernements à agir au plus vite et de prendre les mesures nécessaires pour éviter d'un côté une propagation incontrôlée du virus et pour veiller, d'un autre côté, à soutenir les entreprises qui ont dû s'adapter aux mesures sanitaires et à la baisse de la demande. Le STATEC décrit la situation des finances publiques dans sa dernière note de conjoncture (1-2020) comme suit : « Côté recettes, un ralentissement était déjà prévu avant l'émergence de la crise COVID-19 ; désormais, le STATEC s'attend à un repli marqué de plus de 5% cette année, suivi d'un rebond de taille similaire l'année prochaine. La révision à la baisse pour 2020 reflète essentiellement l'effondrement des bases fiscales et découle dans une moindre mesure des initiatives gouvernementales. Selon le STATEC, les mesures prises pour contrer le choc économique pèseraient lourd du côté des dépenses (avec environ 1,5 Mia EUR, soit 2,5 points de PO). Combinées au coût des mesures sanitaires, elles devraient entraîner une hausse des dépenses publiques de 12% cette année. » Le Ministère des Finances prévoit même, dans le projet de budget 2020, une progression de 16% des dépenses pour l'année 2020 par rapport à
- En raison de la crise de la COVID-19, les Ministres des Finances de l'Union européenne ont décidé au printemps 2020 d'activer la clause pour récession économique sévère, prévue au Pacte de stabilité et de croissance. Cette clause permet aux États-Membres de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à la crise sans que les déviations par rapport aux valeurs de référence qui en résulteraient ne soient considérées comme des infractions au Pacte. La Commission a d'ailleurs proposé de prolonger cette activation jusqu'en
- Par conséquent, le Gouvernement n'est pas tenu de respecter l'objectif budgétaire à moyen terme ni en 2020 ni en
- La Chambre des Métiers salue cette décision parce qu'elle donne plus de flexibilité aux différents Gouvernements afin de contrer les effets de la crise avec des stimuli fiscaux et budgétaires adaptés à l'intensité avec laquelle la crise a touché les différents pays. En ces temps de crise, et pour simplifier, le Gouvernement peut opter soit pour une politique d'austérité afin de maîtriser les dépenses publiques et de CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 13 limiter le déficit, soit pour une politique budgétaire expansionniste (hausse des dépenses) pour soutenir l'activité économique et accélérer la relance. Le Luxembourg, comme beaucoup d'autres pays, a opté pour la deuxième solution, et il existe une panoplie d'arguments qui soutiennent ce choix. Il faut cependant noter que cette politique a un inconvénient majeur : l'augmentation du déficit ; et, en l'absence de réserves suffisantes, un accroissement de la dette publique (cf. chapitre 1.4.5.). Pour montrer les effets de la crise sur le budget de l'État de 2020, la Chambre des Métiers analyse ci-dessous les différences entre le budget de l'année 2020, établi en 2019 (LPFP 2019-2023), et les comptes provisoires de la même année comme indiqués dans le présent projet de budget (PLPFP 2020-2024). Elles soulignent la gravité de la crise. Comparaison entre le budget et les prévisions pour 2020 2020 (budget) 2020 (prévisions) Unité : millions euros Variation Variation (en euros) (en %) Administration centrale -640 -5.079 -4.439 20.935 22.925 1.990 10% 20.295 17.847 -2.448 -12% 1.056 895 -161 11.635 12.188 552 5% 12.691 13.082 391 3% 341 -213 -554 3.128 3.309 181 6% 3.469 3.096 -373 -11% - Solde - Dépenses - Recettes Sécurité sociale - Solde - Dépenses - Recettes Administrations locales - Solde - Dépenses - Recettes Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers Administration centrale En comparant les prévisions faites dans le cadre de la LPFP 2019-2023 pour l'exercice 2020 aux prévisions du PLPFP 2020-2024, les implications de la crise du coronavirus laissent apparaître un « effet ciseaux », avec des dépenses en nette augmentation et des recettes en recul. Au niveau des dépenses, l'administration centrale a enregistré une hausse de 10% par rapport au budget de 2020 et une augmentation de 19% par rapport à 2019, essentiellement dues aux mesures de stabilisation et de relance de l'économie et aux investissements exceptionnels en relation avec la crise sanitaire. CdM/Avis 14 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Dans ce contexte, il faut féliciter le Gouvernement pour la rapidité au niveau de la mise en œuvre des aides étatiques destinées aux entreprises, surtout en ce qui concerne le chômage partiel. Dans le chapitre 2.1.1., la Chambre des Métiers commente différents régimes d'aides et propose par ailleurs quelques pistes de réflexions. En termes absolus, la croissance la plus importante se trouve au niveau des prestations sociales, qui augmentent de +1,9 milliards d'euros (+1,1 milliards au niveau du chômage partiel). De même, les dépenses d'investissements directs et indirects augmentent de 924 millions d'euros (hors avion militaire). Parmi ces dépenses se trouvent 524 millions de dépenses dans le cadre de la lutte contre la crise sanitaire, que ce soit au niveau d'aides ou bien de mises en place de structures. Dans ce cadre, il convient de relever que l'ensemble des aides remboursables, dû précisément à leur nature remboursable, doivent être considérées comme des opérations financières suivant le SEC, sans impact sur le solde des Administrations publiques. »2 En ce qui concerne les recettes de l'administration centrale, le Ministère des Finances a estimé pour l'exercice 2020 une détérioration de 8% par rapport à 2019, ce qui équivaut à une baisse de 12% par rapport au budget de
- Il faut noter que ces prévisions se basent sur les données économiques et financières connues au moment de l'établissement du projet de budget 2021 et ne peuvent pas encore tenir compte des effets de l'évolution préoccupante du niveau de nouvelles infections au mois d'octobre et de novembre. Finances publiques RECETTES FISCALES [HORS COTISATIONS SOCIALES] 4.8 4.6 4.4 cc 4.2 3.8 3.6 3.4 3.2 cn cn I— 1— I— I-- I— I— I— Ln in co co h h CO co Cn rl Cn F— E— I— I-CLI Sources: Administrations fiscales, STATEC (données désaisannalisées) Selon le dernier « conjoncture flash » du STATEC3, les recettes fiscales se sont effondrées au 2e trimestre d'à peu près d'un quart sous « le double choc de la dégradation des bases fiscales et de l'allongement des délais de paiement d'impôt ». Cependant, les encaissements ont nettement rebondi au 3e trimestre, comme on 2 Projet de loi de planification budgétaire pluriannuelle 2020-2024, p. 42* 3 https://statistiques.public.lu/catalogue-publications/conjoncture-flash/2020/PDF-Flash-102020.pdf Cd M/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 15 peut le voir sur le graphique ci-dessus. Les recettes fiscales sont en repli de 7,2% à l'issue des 3 premiers trimestres de l'année 2020, comparé à la même période de l'année
- Une année qui a été marquée par des encaissements exceptionnels au niveau des impôts sur les sociétés. Le STATEC note en outre que ce sont les impôts sur les sociétés qui ont été touchés le plus sévèrement par la crise (-50% le 2e et -7% le 3e trimestre comparé à 2019). Le Ministère des Finances estime que sur toute l'année 2020, ces recettes vont diminuer de 29%. Les accises ont, elles aussi, été impactées lourdement par les effets de la crise sanitaire (-37% au 2e et -3% au 3e trimestre). Les estimations tablent sur une baisse de +/-28% par rapport à
- Les recettes de la TVA se sont nettement redressées au 3e trimestre (+12%). Comparé à la même période de 2019, elles ont reculé de 7% sur les 3 premiers trimestres de
- Toujours selon le STATEC, les impôts perçus sur les ménages ont été relativement moins affectés et ont progressé de presque 4% sur un an. Cette catégorie de recettes a donc été sous-estimée par le projet de budget 2020 puisqu'il prévoit une baisse de 3% par rapport à
- Sécurité sociale Concernant la sécurité sociale, il faut noter que la forte hausse des dépenses (+5% p. r. à la LPFP 2019-2023) est due à l'introduction de certaines mesures implémentées par la Caisse nationale de santé (CNS) dans le contexte de la COVID-19, par exemple le congé pour raisons familiales, la prise en charge par l'assurance maladie dès le ler jour des indemnités pécuniaires de maladie, etc. De l'autre côté, les recettes enregistrent une augmentation (+3% p. r. à la LPFP 20192023). Celle-ci est due à la prise en charge des mesures précitées par l'administration centrale par le biais d'une dotation exceptionnelle en faveur de l'assurance maladie-maternité pour un total de 386 millions d'euros. Abstraction faite de ce financement des mesures d'urgence, le niveau des recettes en 2020 devrait être identique à celui prévu par le budget 2020, s'expliquant d'un côté par une certaine prudence budgétaire et de l'autre côté par les mesures de soutien du marché de l'emploi (surtout le chômage partiel) qui semble avoir évité une diminution importante des recettes de la sécurité sociale. Administrations locales Pour l'année 2020, les administrations locales voient leurs recettes diminuer de 11% par rapport au budget 2020, une baisse en ligne avec celle de l'administration centrale (-12%). Il faut rappeler que les recettes communales sont largement marquées par l'évolution de la conjoncture économique parce que le Fonds de dotation globale des communes est alimenté par le produit de 3 impôts de l'État, à savoir : 18% du produit de l'impôt prélevé sur le revenu des personnes physiques, 10% de la TVA et 20% de la taxe sur les véhicules automoteurs. Par ailleurs, les recettes perçues de l'impôt commercial communal évoluent en fonction de l'activité économique. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 16 Les dépenses communales pour l'année 2020, quant à elles, devront connaitre une augmentation par rapport au LPFP 2019-2023, due « au maintien d'un niveau d'investissement important en
- »4 Si la Chambre des Métiers approuve cette stabilisation, elle espère que ces investissements sont effectivement réalisés, de par leur effet sur la demande adressée à l'Artisanat. 1.
- Chiffres-clés du projet de budget de l'État pour l'exercice 2021 De ce qui précède, il est évident qu'en 2020, la crise sanitaire a frappé les finances publiques de plein fouet. Partant des hypothèses du Ministère des Finances, les répercussions de la crise ne cessent d'impacter ces dernières. Ainsi, pour l'année 2021, le Gouvernement estime que le solde de l'administration publique s'améliore de 2,6 milliards pour atteindre un niveau de -1,8 milliard. Malgré cette amélioration du solde, le niveau du déficit reste tout de même préoccupant et montre que le Ministère des Finances considère que la situation des finances publiques reste tendue. L'administration publique est composée de l'administration centrale, des administrations locales et de la sécurité sociale. Quant à la sécurité sociale, elle était la seule des trois secteurs à ne pas avoir généré un déficit en
- Cependant, ceci ne signifie pas que la crise sanitaire n'a pas laissé de traces durables sur cette administration. En effet, le solde s'est détérioré de 301 millions d'euros en 2020, et le projet de budget prévoit une nouvelle diminution de l'excédent de 139 millions en
- Avec un solde de 895 millions d'euros en 2020 et 755 millions d'euros en 2021, la sécurité sociale semble avoir réussi à « limiter les dégâts », mais même en l'absence d'une pandémie, la Chambre des Métiers est d'avis que le système n'est pas soutenable à plus long terme, notamment en raison du vieillissement de la population. Les administrations locales, comprenant les 102 communes ainsi que 55 syndicats communaux et 36 établissements publics placés sous la surveillance des communes, ont, elles aussi, vu leur situation financière se dégrader en 2020 avec la crise de la COVID-
- Le déficit de 213 millions d'euros, cette année-ci, constitue seulement le 5e exercice présentant un solde négatif depuis 1995 et en même temps, il s'agit du déficit le plus élevé. Les prévisions du Ministère des Finances indiquent que le budget des administrations locales retrouvera l'équilibre en 2021, avec un excédent de 2 millions d'euros. Dans ce contexte, la Chambre des Métiers craint que certaines communes diminuent leurs investissements au cours des années à venir afin de redresser leur situation financière. Le budget de l'État prévoit pour l'année 2021 une diminution des dépenses de 53 millions d'euros par rapport à l'année 2020 - diminution touchant surtout les postes « Formation de capital » (30 millions) et « Transfert en capital à payer » (-7 millions), et donc des postes qui comprennent les investissements directs et indirects des administrations locales. 4 Budget pluriannuel 2020-2024, p. 56* CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 17 Soldes de l'administration publique et des sous-entités (+ : excédent ; - : déficit) Administration publique - Administration centrale - Administration locale - Sécurité sociale Unité : millions euros Variation Variation 19-20 20-21 2019 2020 2021 1.543 -4.398 -1.754 -5.941 +2.644 60 -5.079 -2.511 -5.139 +2.568 286 -213 2 -499 +215 1.196 895 755 -301 -139 Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers Néanmoins, il faut noter que le déficit de l'administration publique est surtout influencé par l'administration centrale. Après deux années exceptionnelles pour cette dernière, pendant lesquelles le solde a été positif, celui-ci s'écroule en 2020 pour passer à un déficit de plus de 5 milliards d'euros. Elle devrait clôturer l'année 2021 avec un nouveau déficit de plus de 2,5 milliards d'euros. Malgré une amélioration de 2,6 milliards d'euros, le déficit estimé de 2021 serait le deuxième plus élevé derrière celui de
- Qui plus est, le solde de l'administration centrale ne semble pas se rétablir rapidement, ce qui aura inévitablement des conséquences sur l'endettement de l'État. Malheureusement, le Gouvernement n'a pas réalisé suffisamment de réserves ou diminué la dette de manière progressive pendant les années à forte croissance économique, comme la Chambre des Métiers l'a proposé dans ses derniers avis concernant les différents projets de budget de l'État. 1.
- Situation préoccupante des finances publiques en 2020, quid de 2021 ? Même si les prévisions du scénario central du STATEC tablent sur un prompt rétablissement du PIB en 2021, le Ministère des Finances semble moins optimiste en ce qui concerne les finances publiques, surtout au niveau de l'administration centrale. En 2021, le défi ultime du Gouvernement sera de trouver le bon équilibre entre d'un côté, la stabilisation de l'économie, afin que les recettes budgétaires retrouvent leur niveau d'avant-crise aussi vite que possible et, de l'autre côté, une maîtrise des dépenses avec l'objectif de limiter l'impact de la crise sanitaire et économique sur la dette publique. Cet exercice est assimilable à celui d'un funambule se déplaçant sur un fil tendu à une certaine hauteur du sol. Selon la Chambre des Métiers, il s'avère important au cours de l'année prochaine de relancer l'économie. La priorité numéro un devrait toujours consister en la stabilisation (de certains secteurs) du tissu économique. Il faut à tout prix éviter une vague massive de faillites. Dans ce contexte, la Chambre des Métiers salue la prolongation du fonds de relance et du chômage partiel au-delà de 2020, même si elle n'a pas encore été entièrement comptabilisée dans le présent projet de budget. CdM/Avis 18 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Évolution des recettes et dépenses de l'administration centrale 2019 Unité : millions euros (si pas spécifié autrernent) Variation Variation 2020 2021 19-20 20-21 (estimations) Recettes 19.381 17.847 19.282 -1.534 +1.435 Dépenses 19.321 22.925 21.793 +3.604 -1.132 60 -5.079 -2.511 -5.139 +2.568 Solde Source : STATEC, Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers Le graphique ci-dessous montre l'« effet ciseaux » en 2020 avec des dépenses qui « explosent » et les recettes qui évoluent dans le sens opposé. Lors des années subséquentes, cet effet devrait se réduire peu à peu. D'un côté, les dépenses liées à la crise sanitaire (stratégie de dépistage à large échelle, congé pour raisons familiales extraordinaire, etc.) vont se réduire ou disparaitre en fonction de l'évolution de la pandémie. De l'autre côté, les recettes de l'Administration centrale devraient augmenter mécaniquement compte tenu du fait que l'activité économique reprend, comme indiqué par le STATEC. En effet, le projet de budget de l'État prévoit une augmentation des recettes de 1,4 milliard d'euros et une diminution des dépenses pour l'année 2021 de 1,1 milliard. Par conséquent, le déficit devrait être divisé par deux, représentant une amélioration d'environ 2,6 milliards d'euros. en millards d 'euros Évolution des recettes et dépenses de l'administration centrale 24 23 22 21 20 19 18 17 16 15 14 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 Dépenses -Recettes Cependant, malgré cette amélioration, le solde négatif de l'administration centrale devrait toujours se monter à plus de 2,5 milliards d'euros. En comparant ce solde à celui qui a été prévu pour l'année 2021 lors de l'établissement du budget de 2020, à savoir un déficit de 401 millions d'euros, il s'agit d'une nette dégradation de 2,1 milliards d'euros. Il faut noter qu'une simple comparaison des recettes et dépenses de l'année 2021 avec celles de l'exercice 2020 ne ferait pas beaucoup de sens, en considérant la situation exceptionnelle de l'année de référence
- La Chambre des Métiers analyse donc les différences des recettes et dépenses entre la loi de programmation financière pluriannuelle (LPFP) 2019-2023 et le projet de loi de programmation Cd M/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 19 financière pluriannuelle (PLPFP) 2020-2024 afin de montrer l'impact de la crise sur les finances publiques. En ce qui concerne les dépenses, il est assez remarquable de constater que malgré la crise économique et la hausse importante de ces postes en 2020, l'écart entre la prévision du budget de 2020 et du présent projet de budget est marginal. En effet, les deux prévisions ne diffèrent que de 11 millions d'euros, mais les différentes composantes formant les dépenses fluctuent de manière dynamique et dans des directions opposées. Le tableau ci-dessous montre les principaux postes de dépenses et leur variation entre la loi de planification budgétaire 19-23 et le projet de budget pour l'exercice
- Prévision des dépenses de l'administration centrale en 2021 LPFP 20192023 Unité : millions euros PLPFP 2020Varation i 2024 Consommation intermédiaire 1.726 1.765 +39 Formation de capital 1.766 1.742 -24 Rémunération des salaries 5.151 5.154 +3 Prestations sociales en espèce 1.896 2.205 +309 75 271 +196 Autres transferts courants 9.197 8.666 -531 Transfert en capital à payer 1.066 1.013 -53 Dépenses totales 21.804 21.793 -11 Prestations sociales en nature etc. Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers Les prestations sociales en espèces et en nature Les deux postes « prestations sociales en espèce » et « prestation sociales en nature etc. » s'élèvent à 2.476 millions d'euros et représentent donc 11% des dépenses totales. En comparant ces deux catégories de dépenses avec les prévisions de 2020 (LPFP 2019-2023), on remarquera une augmentation importante de plus de 25%. Dans la première catégorie de dépenses se retrouvent par exemple les dépenses de chômage (partiel). Le régime du chômage partiel était et restera certainement une des mesures les plus adaptées pour lutter contre les conséquences que la crise sanitaire a eu au niveau des entreprises et de leurs salariés - des conséquences qui persistent toujours pour un grand nombre de secteurs économiques. Le projet de budget 2021 indique qu'« il est évident que les crédits en matière de prestations sociales devront être maintenus à un niveau élevé au courant de l'année 2021, voire être augmentés pour les années à venir en raison des effets de la crise sanitaire à court et moyen terme. »5 La hausse de ce poste est donc fortement liée à la crise sanitaire et économique. Si la Chambre des Métiers soutient des dépenses comme celles en relation avec le régime du chômage partiel, pour d'autres dépenses par contre (réforme du congé parental, système de chèque-service accueil, etc.) elle plaide en faveur d'un 5 Projet de budget 2021, p. 79* CdM/Avis 20 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 « screening » pour évaluer la sélectivité sociale des différents transferts une fois la crise dépassée. Rémunération des salariés et consommation intermédiaire La rémunération des salariés représente la deuxième catégorie la plus importante des dépenses de l'administration centrale avec une part de près de 24% des dépenses totales. Il est clair que rien que la dynamique démographique poussera les besoins en personnel du secteur public, mais la Chambre des Métiers constate dans ce contexte que le besoin en personnel de l'État reste assez élevé, malgré des initiatives ayant pour but de digitaliser la fonction publique afin de la rendre plus efficace. Or, la simplification administrative ne serait pas seulement bénéfique pour les entreprises et les personnes privées, mais également sur le plan des besoins en ressources humaines de la fonction publique. La consommation intermédiaire représente 8% des dépenses totales. Comparé à la LPFP 2019-2023, la rémunération des salariés reste assez stable et la consommation intermédiaire augmente légèrement. Formation de capital et transfert en capital à payer Les dépenses de formation de capital et les transferts en capital, qui regroupent en fait l'ensemble de l'effort d'investissement de l'administration centrale, que ce soit de manière directe ou bien indirecte, représentent 13% des dépenses totales en
- Le graphique ci-dessous montre que ces dépenses augmentent de manière conséquente en
- Ceci s'explique d'un côté par les investissements en relation avec la crise sanitaire et de l'autre côté, ils sont dopés par la comptabilisation de l'avion militaire en
- À cause de ces facteurs non-récurrents, les deux postes diminuent de 21% en 2021 par rapport à l'année
- Cependant, avec un niveau d'investissement prévu de 2.755 millions d'euros, l'administration centrale a augmenté le volume des dépenses de 20% par rapport au niveau réalisé en
- en millards d'euros Évolution des investissements de l'administration centrale 2,5 2,0 1,5 1,0 0,5 0,0 2015 2016 2017 2018 2019 Dépenses -Transferts en capital à payer CdM/Avis 2020 2021 21 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Se pose également la question de savoir si l'ensemble des investissements prévus sera effectivement réalisé. Néanmoins, il est en l'espèce permis d'être plutôt optimistes, dans la mesure où, en analysant les données pour l'exercice 2019, la Chambre des Métiers se rend compte que le taux de réalisation atteint avec 89% un résultat très satisfaisant. En particulier, elle entend féliciter le Gouvernement pour avoir atteint un taux de réalisation de 97% en ce qui concerne les investissements dans le rail, la route et le tram. Écart entre les investissements prévus et réalisés en 2019 Unité : millions euros (si pas spécifié autrement) Investissements Investissements réalisés prévus Variation en euros Taux de réalisation Investissements directs 1.596 1.485 111 93% Investissements indirects 962 803 159 83% 2.558 2.288 270 89% 627 606 21 97% Total Dont : Investissements dans le rail, la route et le tram6 Source : Projets de budget pour les exercices 2019 et 2021 ; calculs Chambre des Métiers La Chambre des Métiers salue dans ce contexte l'objectif du Gouvernement de mettre « un accent particulier sur l'assainissement énergétique des immeubles de l'État. »7 Ceci aura des répercussions positives sur le bilan des émissions de CO2 du pays, sur l'emploi et le secteur de la construction. Autres transferts courants Avec une part de 40%, les « autres transferts courants » représentent la catégorie la plus importante des dépenses totales en
- Cette catégorie de dépenses est constituée entre autres par la participation de l'État au financement de l'assurance-pension, de l'assurance-maladie et de l'assurancedépendance. Ce type de dépenses varie en fonction de certains facteurs « mécaniques », même sans l'intervention directe du Gouvernement. En effet, elles sont fonction de l'évolution de l'emploi et de celle des revenus moyens. Si l'économie se trouve dans un cycle conjoncturel défavorable, la baisse de l'emploi qui en découle et les stagnations des salaires se répercutent directement sur ces transferts, et ce en raison du fait que les contributions aux différents régimes, par exemple celui de la sécurité sociale, sont calculées en fonction de la masse cotisable. Dès que l'emploi se rétablira après la crise et que les salaires commenceront à montrer une évolution plus dynamique, ce poste augmentera mécaniquement. 6 La Chambre des Métiers se réfère aux investissements indiqués dans le tableau repris sous le chapitre 1.4.2.
- 7 Projet de budget de l'État 2021 p. 99* CdM/Avis 22 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Au niveau du régime des retraites, la Chambre des Métiers est d'avis qu'il faille mettre en œuvre des réformes structurelles, des mesures qui sont par ailleurs également recommandées par des autorités supranationales comme la Commission européenne et l'OCDE. Une autre partie importante des dépenses est représentée par les versements de la participation des communes au produit des principaux impôts de l'État au Fonds communal de dotation financière. Pour rappel, cette partie fluctue selon la situation conjoncturelle. Ainsi, les communes doivent s'attendre à une diminution de cette contribution d'environ 160 millions d'euros pour l'année
- Au total, les recettes du fonds de dotation globale des communes se rétrécissent de 300 millions d'euros, ce qui inquiète la Chambre des Métiers puisque cette réduction risque de pousser certaines communes à reporter, voire à annuler des projets d'investissements, alors que ces dépenses sont nécessaires pour aborder les défis structurels du pays (mobilité, logement, zones d'activités économiques). Après l'analyse des dépenses, la Chambre des Métiers se permet de passer en revue l'évolution des principales catégories des recettes de l'administration centrale. Prévision des recettes de l'administration centrale en 2021 LPFP 20192023 Impôts sur la production et les importations Impôts courants sur le revenu, le patrimoine, etc. Recettes totales Unité : millions euros PLPFP 2020Variation 2024 7.977 7.368 -609 10.332 8.998 -1.334 21.403 19.282 -2.121 Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers Afin de situer l'importance des différentes catégories de recettes publiques, il faut constater d'emblée que les « impôts sur la production et les importations » et les « impôts courants sur le revenu, le patrimoine, etc. » représentent près de 85% des recettes totales de l'administration centrale, de sorte que les autres recettes jouent un rôle plutôt marginal. Impôts sur la production et les importations Les impôts sur la production et les importations comprennent globalement les impôts indirects, c'est-à-dire, la TVA, les droits d'accises, les droits d'enregistrement, la taxe sur les assurances et la taxe d'abonnement. Il ressort du tableau ci-dessus que les recettes provenant des impôts sur la production connaissent une détérioration par rapport au niveau initialement prévu pour l'année 2021, et ce suite à la crise économique. En effet, comparé au niveau attendu dans la LPFP 2019-2023, ce poste devrait diminuer de 609 millions d'euros, ce qui représente une baisse de 8%. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 23 Impôts courants sur le revenu. le patrimoine, etc. Les impôts courants sur le revenu, le patrimoine, etc., comprennent tous les versements obligatoires, prélevés notamment sur le revenu et le patrimoine. Le budget de 2021 prévoit une baisse de ce type de recettes de 1,3 milliard d'euros comparé au montant prévu dans la LPFP 2019-2023, soit une diminution de 13%. Les différentes composantes des recettes de l'administration centrale et leurs évolutions respectives sont analysées plus en détail dans le chapitre 1.4.2.
- du présent avis. 1.
- L'évolution sur la période 2021-2024 : quelles priorités pour la relance de l'économie nationale ? La Chambre des Métiers est bien consciente que la réalisation de prévisions à moyen terme est difficile compte tenu notamment des incertitudes relatives à l'envergure finale de la crise sanitaire et économique. Par conséquent, elle se contente d'analyser les grandes tendances des finances publiques. 1.4.
- Administration publique D'après les prévisions de la programmation financière pluriannuelle, le solde de l'Administration publique affiche pour chacune des années de la période 2020-2024 un solde négatif. Il est estimé que le solde annuel s'améliore chaque année, passant d'un niveau de -4,4 milliards d'euros en 2020 à -655 millions d'euros en 2024, soit -0,9% du PIB. en m illards € Administrations publiques: solde budgétaire 3 2 1 0 -1 -2 -3 -4 -5 -6 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Administration centrale Administrations de sécurité sociale Administrations locales Administrations publiques En revanche, la Chambre des Métiers regrette que l'État ne fasse pas plus d'efforts pour revenir à un solde positif au regard des prévisions favorables concernant l'évolution du PIB en volume de 3,4% en moyenne sur la période 2022-
- Pour réaliser ceci, la Chambre des Métiers propose plusieurs pistes. Ainsi, le Gouvernement pourrait
(1)veiller à une évolution modeste des coûts de fonctionnement de l'État (consommation intermédiaire, rémunérations des salariés,
(2)cibler de manière plus efficace les prestations sociales et
(3)prioriser les investissements afin de créer un climat propice à l'entreprenariat et à la croissance durable. CdM/Avis 24 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Par ailleurs, la Chambre des Métiers veut rappeler que l'excédent de la sécurité sociale ne sert pas à compenser le déficit enregistré par l'administration centrale, même si une interprétation superficielle du seul solde de l'administration publique pourrait renvoyer une telle image. En effet, l'excédent de la sécurité sociale affichant des montants entre 755 et 640 millions d'euros pour les années 2021-2024 peut masquer à première vue les déficits de l'administration centrale (passant de 2,5 milliards d'euros en 2021 à 1,3 milliards en 2024). Or, la capacité de financement de la sécurité sociale sert essentiellement à alimenter le fonds de réserves du régime de retraites et contribue de ce fait au financement des futures pensions. L'excédent de la sécurité sociale n'est que fictif, imputable en grande partie au déphasage entre les cotisations payées et les pensions versées, sauf si on part de l'hypothèse que le nombre de salariés augmente continuellement et de façon exponentielle. 1.4.2. Administration centrale Quant au solde négatif de l'administration centrale, il est prévu qu'il s'améliore d'un niveau de 5 milliards d'euros en 2020 à un montant de 1,3 milliards en 2024. Pendant ces 5 ans, l'administration centrale cumule un déficit de 12,8 milliards d'euros. Il faut noter dans ce contexte que les données historiques des finances publiques montrent que même en période de forte croissance économique, l'administration centrale se caractérise par des déficits récurrents. Sur le passé récent, l'exercice 2018 et 2019 constituent les seules exceptions, alors que ceci est imputable à des facteurs exceptionnels, notamment l'imposition automatique au niveau de l'IRC. Administration centrale : solde budgétaire 1 o
- a), (I) v F_ ro a Îlow E -1 -2 -3 -4 -5 -6 2009 2010 2011 201.2 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Source : Ministère des Finances, STATEC ; calculs : Chambre des Métiers Malgré toutes les incertitudes qui se présentent au moment de l'élaboration du projet de budget sous avis, la Chambre des Métiers estime que la consolidation des finances de l'administration centrale devrait être accélérée, et ce dès la reprise de l'activité économique. Le graphique ci-dessous montre qu'à moyen terme, l'administration publique ne réussit pas à inverser l'« effet ciseaux » que la crise sanitaire a provoqué. Ainsi, les dépenses restent supérieures aux recettes sur toute la période analysée. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 25 Dépenses et Recettes de l'Administration centrale u, 26 o (
- e)24 E 22 20 18 16 14 I II 1 12 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 Dépenses Recettes Linéaire (Dépenses) 2022 2023 2024 Linéaire (Recettes) En comparant les taux de croissance annuels moyens des recettes et dépenses de l'administration centrale et du PIB (à prix courants), ceux-ci devraient en théorie suivre une trajectoire similaire sur le long terme (1995-2018). Le graphique cidessous montre cependant que les dépenses ainsi que les recettes évoluent un peu plus vite que le PIB. Un facteur qui peut expliquer ce phénomène au moins en partie est l'orientation stratégique des Gouvernements successifs vers une extension de l'État-providence. Lors de la période 2019-2021, l'o effet ciseaux » est bien visible avec des dépenses qui s'accroissent au même niveau que sur la période 1995-2018 et des recettes qui diminuent légèrement. A moyen terme, le Gouvernement cherche à inverser cet effet causé par la crise sanitaire. Ainsi, sur la période 2022-2024, les prévisions indiquent qu'avec un taux de croissance annuel moyen de 5,5%, les recettes de l'administration centrale s'accroissent plus vite que le PIB (à prix courants), augmentant lui, de seulement 4,5% par an. En même temps, les dépenses devraient progresser de 3% en moyenne. Évolutions des dépenses, recettes et du PIB - Admin. centrale 7% 1995-2018 2019-2021 2022-2024 -1% 84 CdM/Avis Dépenses • Recettes Produit intérieur brut (prix courants) 26 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Concernant le recul des recettes, entre 2019 et 2020, il faut noter qu'il existe un effet de base, s'expliquant par une « inflation » des impôts sur les sociétés lors des années 2018 et 2019. En effet, comme la Chambre des Métiers l'a relevé dans ses avis concernant les projets de budget de 2019 et 2020, la bonne tenue des finances publiques en 2018 et 2019 repose en partie sur des facteurs non récurrents comme l'encaissement massif d'arriérés et le dépôt électronique des déclarations qui, en combinaison avec l'imposition automatique, pourrait réduire le volume des arriérés, et, partant, la marge de manœuvre du Gouvernement pour lisser à l'avenir les recettes fiscales. Les plus-values dégagées en 2018 et 2019 n'ont pas présenté un caractère durable. ÉVOLUTION DES RECETTES FISCALES Variation annuelle en Mio EUR 1 000 800 600 400 200 -200 C ro st r-- r-- (\I 1— 1—• !—• cO co co co ▪ Impôts sur les ménages TVA CS) <V 01 I- I63 Cr) il Impôts sur les sociétés Accises • Autres Sources: Administrations fiscales, STATEC (base caisse) Néanmoins, il est légitime de se poser la question de savoir comment le Gouvernement va essayer d'augmenter les recettes et modérer l'évolution des dépenses à moyen terme. 1.4.2.1. Évolution des recettes En ce qui concerne les recettes, le tableau reproduit ci-après montre que l'écrasante majorité des recettes est imputable à deux catégories : les « impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... » et les « impôts sur la production et les importations ». Ensemble, elles représentent près de 85% du total des recettes en 2021 - un pourcentage qui augmente légèrement jusqu'en 2024. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 27 Recettes de l'administration centrale 2019 2020 2021 Unité : millions euros 2022 2023 2024 Production marchande 127 138 120 105 116 121 Production pour usage final propre 279 345 330 350 370 390 Production non marchande 727 756 750 717 688 701 Impôts sur la production et les 7.159 6.628 7.368 7.824 8.243 8.645 importations Revenus de la propriété 145 255 256 257 258 308 Impôts cour. s/le revenu, le 9.394 8.490 8.998 9.684 10.418 11.036 patrimoine, ... Cotisations sociales 968 990 1.030 1.068 1.094 1.131 243 252 257 Autres transferts courants 185 249 277 Transferts en capital à recevoir 208 195 180 180 250 206 Recettes totales 19.381 17.847 19.282 20.469 21.698 22.784 PIB en valeur 63.516 59.050 64.380 67.670 70.810 73.830 Source : Ministère des Finances Or, selon les données du Ministère des Finances, leur évolution sur la période 2019 - 2024 est assez divergente. D'abord, il faut noter que les ‹, impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... » se dégradent plus que les ,< impôts sur la production et les importations » lors des années 2020 et 2021. Si la première catégorie ne retrouve le niveau de 2019 qu'en 2022, la deuxième y aboutit déjà en 2021. Comparé à l'évolution du PIB, les deux catégories principales de recettes augmentent plus que proportionnellement. Les « impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... » montent jusqu'en 2024 de 17% par rapport à 2019, représentant une année exceptionnelle. Les « impôts sur la production et les importations » progressent même de 21% par rapport au niveau de 2019, affichant un écart de 5 points de pourcentage par rapport à l'évolution du PIB. Recettes de l'administration centrale (2019=100) Production marchande Production pour usage final propre Production non marchande Impôts sur la production et les importations Revenus de la propriété Impôts cour. s/ le revenu, le patrimoine, ... Cotisations sociales Autres transferts courants Transferts en capital à recevoir Recettes totales Recettes - taux de croissance PIB en valeur PIB - taux de croissance 2019 2020 2021 96 118 98 103 2022 101 126 101 109 2023 2024 106 115 133 140 105 105 115 121 100 100 100 100 87 124 96 93 100 100 47 90 83 96 83 103 83 111 84 117 100 100 100 100 3% 100 6% 102 134 82 92 -8% 93 -7% 106 150 83 99 8% 101 9% 110 131 78 106 6% 107 5% 113 136 72 112 6% 111 4% 117 139 72 118 5% 116 4% Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers La Chambre des Métiers se permet d'analyser par la suite l'évolution des souscatégories des recettes fiscales les plus importantes : la TVA, les droits d'accises, les droits d'enregistrement, la taxe d'abonnement, (formant en grande partie les « impôts CdM/Avis 28 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 sur la production et les importations ») ainsi que l'impôt sur le revenu des personnes physiques et des collectivités. Impôts sur le revenu des personnes physiques Unité : millions euros 2019 IRPP fixé par voie d'assiette Impôt retenu s. les traitements et salaires Produit de l'impôt de solidarité prélevé moy. une maj. de l'IPP Impôt retenu sur les revenus de capitaux Total Indice 2019=100 769,4 4.110,1 378,6 515,5 5.773,6 100,0 2020 (prévision) 2021 2022 2023 2024 760,0 795,0 860,0 930,0 975,0 4.200,0 4.545,0 4.960,0 5.350,0 5.770,0 384,8 414,3 451,6 487,2 523,3 590,0 560,0 350,0 475,0 320,0 5.664,8 6.104,3 6.746,6 7.327,2 7.858,3 136,1 116,9 126,9 98,1 105,7 Les différents postes des impôts sur le revenu des personnes physiques, représentés dans le tableau ci-dessus, expliquent à eux seuls plus d'un 1/3 des recettes de l'administration centrale et environ 3/4 du poste « Impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... ». Il est estimé que ce poste est assez résilient en temps de crise puisque ce poste ne diminue que de 2% en 2020. Par ailleurs, le Ministère des Finances prévoit que cette catégorie de recettes augmente beaucoup plus vite que le PIB. En 2022, l'évolution des impôts sur les salaires et traitements a déjà accumulé un écart de 10 points de % par rapport au PIB - cette différence s'élève à 20 points de % en 2024. Même si on tient compte des trois facteurs influençant en majeure partie les impôts perçus sur le revenu des personnes physiques, à savoir, le coût salarial nominal moyen, l'emploi total intérieur et la progressivité de l'impôt sur le revenu, cette évolution est difficile à comprendre. Impôt sur le revenu des collectivités (IRC) L'IRC et la majoration pour l'impôt de solidarité représentent 11% des recettes de l'administration centrale et environ un quart du poste « Impôts courants sur le revenu, le patrimoine, ... ». Comme la Chambre des Métiers l'a déjà relevé dans ses avis concernant les projets de budget de 2019 et 2020, l'encaissement massif d'arriérés de l'IRC et le dépôt électronique des déclarations en combinaison avec l'imposition automatique des entreprises ont contribué à cette montée des recettes, en large partie responsable de la bonne tenue des finances publiques en 2018 et 2019. Elle a également observé que cette hausse reposait en grande partie sur des facteurs non récurrents comme la réduction du volume des arriérés. Or, en introduisant l'imposition automatique, l'État s'est cependant privé, d'après la Chambre des Métiers, d'un instrument qui par le passé a permis de lisser en quelque sorte ses recettes fiscales. Comme on peut voir sur le graphique ci-dessous, la plus-value dégagée en 2018 et 2019 ne présente manifestement pas un caractère durable. En raison de l'absence d'arriérés, les aléas conjoncturels, comme la crise actuelle, entraînent une volatilité encore plus importante du produit de cet impôt. CdM/Avis 29 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 en milliards Ce Evolution de l'IRC 2010-2024 3 2,5 2 1,5 1 0,5 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Ainsi, l'année 2019 n'a pas été une année typique en ce qui concerne les recettes de l'IRC. De ce fait, il n'est pas recommandé de comparer l'évolution future du produit de l'IRC avec cette année. En effet, la baisse prévue de 29% sur l'exercice 2020 n'est que partiellement due à la crise sanitaire. En prenant comme référence l'année 2016, l'IRC a augmenté de 14% en 4 ans (augmentation de 3,4% par an sur la période 2016-2020) malgré la crise économique. A moyen terme, il est prévu que l'IRC augmente à un rythme annuel moyen de 2,9%. Unité : millions euros 64.0.37.000 - Impôt général sur le revenu : IRC 64.0.37.001 Produit de l'impôt de solidarité prélevé moy. une maj. de l'IRC Total Indice 2019=100 CdM/Avis 2020 2022 2023 2024 2019 (prévision) 2021 2.590,5 1.850,0 1.950,0 1.950,0 2.025,0 2.075,0 195,0 2.785,5 100,0 139,2 146,8 146,8 152,4 156,1 1.989,2 2.096,8 2.096,8 2.177,4 2.231,2 71,4 75,3 75,3 78,2 80,1 30 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Accises Part du G-D dans les recettes communes de l'UEBL en matière de douane et accise Droit d'accise autonomes luxembourgeois sur certaines huiles minérales Droit d'accise autonomes luxembourgeois sur les cigarettes Produit de la contribution sociale prélevée sur les carburants Produit de la contribution changement climatique prélevée sur les carburants Produits de la contribution taxe CO2 Total Indice 2019=100 2020 2019 (prévision) 1.037,4 735,0 2021 904,7 2022 912,3 2023 2024 917,1 922,1 221,4 161,0 166,6 165,1 163,0 160,3 161,0 121,2 178.8 181,9 184,7 188,5 135,3 93,4 103,9 105,8 106,2 105,3 79,7 62,4 0 0 0 0 0 0 159,4 181,8 203,0 222,6 1.634,8 100,0 1.173,0 1.513,3 1.546,9 1.574,0 1.599,0 97,8 94,6 96,3 71,8 92,6 En 2021, les accises sont responsables pour près de 8% des recettes de l'administration centrale. Le présent projet de budget prévoit l'introduction d'un droit d'accise autonome additionnel dénommé « Taxe CO2 » sur les produits énergétiques. Cette nouvelle mesure sera analysée plus en détail dans le chapitre 1.6. Malgré le surplus que cette nouvelle taxe CO2 rapporte à l'État, les recettes totales des accises n'arrivent pas à dépasser le niveau atteint en 2019 sur la période de 2020-2024. Au-delà de l'année 2020, les recettes liées aux accises n'augmentent que lentement, ce qui s'explique peut-être par deux effets qui s'annulent réciproquement : une (légère) diminution des ventes de produits pétroliers d'un côté, et une augmentation des accises y relatives de l'autre côté. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 31 TVA TVA Indice 2019=100 2020 2019 (prévision) 2021 2022 2023 2024 3.948,0 3.696,7 4.012,9 4.320,1 4.591,3 4.858,3 100,0 109,4 116,3 123,1 93,6 101,6 Les recettes de la TVA, quant à elles, représentent 21% des recettes totales de l'administration centrale et 60% de la catégorie « Impôts sur la production et les importations ». lmpactée par la crise sanitaire, la TVA retrouve le niveau d'avant la crise déjà en 2021, pour augmenter au-delà à un taux de croissance supérieur à celui du PIB. Selon la Chambre des Métiers, cette progression peut être qualifiée d'optimiste. Taxe d'abonnement Total Indice 2019=100 2020 2019 (prévision) 2021 2022 2023 2024 1.036,5 1.054,6 1.094,0 1.152,3 1.218,4 1.279,6 100,0 101,7 105,5 111,2 117,6 123,5 Le dernier type de recette analysé dans le présent avis est la taxe d'abonnement. Celle-ci semblerait être moins impactée par la crise de la COVID-19 que d'autres recettes de l'Etat. Il est prévu qu'elle augmentera même en 2020 de 2% par rapport à l'année précédente. Représentant 6% des recettes de l'administration centrale, les recettes de la taxe d'abonnement s'accroissent à peu près au même rythme que le PIB. 1.4.2.2. Évolution des dépenses Du côté des dépenses publiques, les « autres transferts courants » représentant une part de 40%, sont la catégorie la plus importante des dépenses totales en 2021, suivis de la « rémunération des salariés », responsable de 24% des dépenses. Les dépenses du type « autres transferts courants » se composent majoritairement de la participation de l'Etat au financement de l'assurance-pension, de l'assurancemaladie et de l'assurance-dépendance, ainsi que des versements de l'Etat au Fonds communal de dotation financière. Par ailleurs, cette catégorie contient entre autres les transferts à l'Union européenne, les transferts aux ménages ou encore plusieurs dépenses de coopération internationale. Suivent les « prestations sociales en espèce », la « formation de capital » et la « consommation intermédiaire » avec des crédits situés dans une fourchette allant de 1.742 à 2.205 millions d'euros pour l'année 2021, représentant chacune entre 7,9% et 10,1% de l'ensemble des dépenses publiques. CdM/Avis 32 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Dépenses de l'administration centrale Unité : millions euros (si pas spécifié autrement) 2019 2020 2021 2022 2023 2024 1.572 1.951 1.765 1.821 1.867 1.910 1.485 2.223 1.742 2.080 2.030 2.105 4.514 4.882 5.154 5.392 5.608 5.883 801 825 825 835 699 804 63 98 118 118 186 137 1.799 2.743 2.205 2.079 2.108 2.143 288 295 283 258 271 258 7.991 8.662 8.666 9.003 9.296 9.650 803 1.247 1.013 1.113 1.237 1.219 22 3 3 25 13 18 Consommation intermédiaire Formation de capital Rémunération des salariés Subventions à payer Revenus de la propriété Prestations sociales en espèce Prestations sociales en nature Autres transferts courants Transferts en capital à payer Acquisitions moins cessions d'actifs 19.321 22.925 21.793 22.718 23.359 24.090 Dépenses totales 63.516 59.050 64.380 67.670 70.810 73.830 PIB en valeur Source : Ministère des Finances Le tableau ci-dessous montre que l'ensemble des dépenses (+25%) devrait augmenter en moyenne plus rapidement que le PIB en valeur (+16%) entre 2019 et 2024. En analysant les différentes catégories de dépenses, la Chambre des Métiers constate toutefois que certaines affichent une hausse beaucoup plus dynamique que le PIB ou le total des dépenses, plus particulièrement : les « transferts en capital à payer » (+52%), la « formation de capital » (+42%) et la « rémunération des salariés » (+30%). Dépenses de l'administration centrale (2019=100) 2019 100 100 100 100 100 le 100 2020 124 150 108 115 74 42 2021 112 117 114 119 64 0 2022 116 140 119 118 64 0 2023 2024 119 121 137 142 124 130 118 115 53 34 0 0 100 100 100 100 100 152 100 108 155 142 123 105 108 126 197 116 110 113 139 24 117 112 116 154 24 100 6% 100 6% 119 19% 93 -7% 113 -5% 101 9% 118 4% 107 5% 121 125 3% 3% 111 116 4% 4% Consommation intermédiaire Formation de capital Rémunération des salariés Subventions à payer Revenus de la propriété rev., cour. s/le Impôts patrimoine, ... Prestations sociales en espèce Prestations sociales en nature Autres transferts courants Transferts en capital à payer moins cessions Acquisitions d'actifs Dépenses totales Dépenses - taux de croissance PIB en valeur PIB - taux de croissance 119 115 121 152 173 Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers Comme déjà évoqué plus haut, l'évolution des dépenses n'est pas homogène sur la période 2019 à 2024. En effet, à cause de la crise sanitaire, elles progressent en moyenne annuelle beaucoup plus vite pendant les années 2019 à 2021 qu'au cours des 3 années suivantes. Cd M/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 33 Le tableau suivant montre que les dépenses de l'administration centrale augmentent à un taux annuel moyen de 6,2% entre 2019 et 2021, tandis que le PIB en valeur n'augmente que de 0,7%. Ce premier taux se situe par ailleurs au même niveau que la moyenne historique (1995-2018), malgré les dépenses extraordinaires en relation avec la COVID-19. Cependant, la progression est causée par d'autres postes de dépenses, notamment par l'évolution des catégories suivantes : transferts en capital à payer, prestations sociales en espèce, formation de capital et rémunération des salariés. En effet, les catégories citées représentent une part significative dans les dépenses totales tout en connaissant des taux de croissance élevés. Taux de croissance moyens annuels des dépenses - administrations centrale Consommation intermédiaire Formation de capital Rémunération des salariés Subventions Prestations sociales en espèces Prestations sociales en nature etc. Autres transferts courants Transferts en capital à payer Dépenses totales PIB en valeur 19952018 6,5% 6,9% 5,7% 6,2% 5,8% 11,6% 6,7% 5,5% 6,3% 6,0% 20192021 6,0% 8,3% 6,8% 9,3% 10,7% 2,6% 4,1% 12,3% 6,2% 0,7% 20222024 2,4% 0,6% 4,5% -1,5% 1,5% 2,1% 3,5% 4,7% 3,0% 4,5% Source : Ministère des Finances, STATEC ; calculs : Chambre des Métiers Même si la hausse importante des deux catégories « transferts en capital à payer » et « formation de capital » est en principe à saluer, sachant qu'il s'agit d'investissements publics, il importe d'analyser de quels types d'investissements il s'agit et quel sera le taux des investissements prévus qui seront effectivement réalisés. La question de savoir s'ils soutiendront ou non le développement économique est dans ce contexte centrale. La Chambre des Métiers regrette que le projet de budget de l'Etat ne prévoie pas de tableau synoptique avec une catégorisation des investissements à réaliser dans différents domaines, ce qui permettrait par exemple de mieux identifier ceux qui sont primordiaux pour le développement économique du pays. Ainsi, le taux de croissance de l'exercice 2020 est gonflé par la comptabilisation de l'avion militaire. En revanche, la Chambre des Métiers constate la progression importante des coûts de personnel qui font partie des frais de fonctionnement de l'Etat. Cette évolution devrait être attribuable tant à un effet « volume » (hausse du nombre d'agents de l'Etat fixée à un maximum de 1.026 unités en 2020) qu'à un effet « prix » (augmentation du coût salarial par personne). Elle déplore surtout le fait que malgré la crise économique, ce poste augmente plus vite entre 2019 et 2021 que pendant la période 1995-2018. Par ailleurs, le STATEC prévoit une stagnation du coût salarial nominal moyen et une augmentation de l'emploi national de 1,9% en moyenne sur la période 2019-2021. Les taux de croissance pour les années 2021 à 2023 reflètent en revanche un revirement de tendance des dépenses totales de l'administration centrale comme il est prévu que celles-ci n'augmenteront « que » de 3% par an. Ce taux s'établit ainsi en-dessous de la progression du PIB, une tendance qui, d'après la Chambre des Métiers, va dans la bonne direction. Comme le montre le tableau ci-avant, il est prévu CdM/Avis 34 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 que l'ensemble des catégories de dépenses augmente moins vite sur la période 2022-2024 que pendant les trois années précédentes et même que pendant les années 1995-2018. Or, il faut distinguer entre les catégories de dépenses pour lesquelles une telle évolution est à saluer (p. ex. dépenses de fonctionnement) et les types de dépenses qui sont indispensables pour relever les défis auxquels le pays sera confronté comme par exemple les investissements dans l'infrastructure. La rémunération des salariés, par exemple, s'accroît toujours plus vite que les dépenses en général sur la période 2022-2024. Cependant, le Gouvernement prévoit un ralentissement des autres coûts de fonctionnement, alors que le poste de la consommation intermédiaire ne progresse que de 2,4% sur la période précitée. Dans le contexte des défis à relever à plus long terme, la Chambre des Métiers s'intéresse plus particulièrement à la politique d'investissement de l'Etat. D'après les données du projet de budget sous avis, les investissements publics devraient dépasser la barre des 3,4 milliards d'euros en 2020, ce qui représenterait une hausse exceptionnelle de 51% par rapport au niveau de 2019. Il faut toutefois noter que cette augmentation importante est causée par des investissements liés à la crise sanitaire et par la comptabilisation de l'avion militaire en 2020. Faisant abstraction de ces éléments, la progression s'élèverait à 7,5%. En 2021, il est prévu que les investissements directs et indirects diminuent de 21% pour se stabiliser à un niveau bien au-dessus du niveau de 2019 (+468 millions d'euros / +21%). En 2022, le Ministère des Finances prévoit une augmentation de 16%, notamment en raison de la comptabilisation du satellite militaire. A moyen terme, les investissements publics ne s'accroissent que de 2% selon le projet de budget pluriannuel. Rapportés au PIB, ils devraient baisser de 5,9% en 2020 à 4,3% en 2021 pour augmenter de nouveau à 4,7% en 2022 et diminuer lentement à un niveau de 4,5% en 2024. La Chambre des Métiers ne peut qu'approuver la politique d'investissement ambitieuse du Gouvernement. Comme il ressort du graphique ci-dessous, il est prévu que ces dépenses restent au-dessus de la moyenne 2005-2019, laquelle se situe à 4% du PIB. Or il faut noter les investissements ne revêtent pas tous un caractère indispensable pour relever les défis auxquels le pays sera confronté. en millards € Investissement direct & indirect de l'Administration centrale 4,0 3,5 3,0 2,5 2,0 1,5 1,0 0,5 0,0 0 0 0 0 Y Y 000000000 ttttt0 t0 t P• 'Y ri, 1* 1 , 00000000 Z I, el, el, rk (1, Invest. public (direct & indirect) Invest. public (en % du PI13) (échelle de droite) -Moyenne 2005-2019 (échelle de droite) Cd M/Avis 35 Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 Par ailleurs, la Chambre des Métiers constate avec satisfaction que les dépenses du Fonds du rail, du Fonds des routes et celles en relation avec l'infrastructure du tram se situent à 718 millions d'euros en 2021. En effet, une mobilité performante et durable est essentielle pour l'économie luxembourgeoise afin d'éviter une situation de « non-mobilité ». Pour rester compétitif, il est indispensable d'investir dans une infrastructure efficace. Investissements dans le rail, la route et le tram Unité : millions euros Type de dépenses 2020 2021 2022 2023 2024 Fonds du rail 413,8 440,7 480,1 517,8 512,0 Fonds des routes 162,9 229,5 308,4 315,1 330,4 Participation aux frais d'investissement liés 21,8 à la ligne du tramway à Luxembourg entre la Gare Centrale et le Circuit de la Foire Internationale au Kirchberg. 20,0 7,9 0,0 0,0 Participation aux frais d'investissement liés 26,5 à l'extension du tramway de la Gare Centrale vers la Cloche d'Or. 16,4 31,7 22,8 17,6 Participation aux frais d'investissement liés à l'extension du tramway du Circuit de la Foire Internationale au Kirchberg vers l'aéroport du Findel. 5,8 11,8 23,3 24,7 39,9 Participation aux frais d'investissement liés aux extensions futures du tramway. 0,0 0,0 0,0 5,0 20,0 Total Variation 630,8 718,3 851,4 885,4 919,9 4% 14% 19% 4% 4% Source : Ministère des Finances ; calculs : Chambre des Métiers La Chambre des Métiers salue en tout cas l'effort du Gouvernement pour augmenter les dépenses en matière d'infrastructures de transport pour les années 2021 et 2022. Cependant, il faut relever que le taux de croissance de 2021 est biaisé par le fait qu'on compare les dépenses projetées relatives à l'exercice 2021 aux dépenses provisoires de l'exercice 2020, sachant que les dépenses réelles seront en fin de compte toujours inférieures aux dépenses budgétisées. Par ailleurs, selon la Chambre des Métiers, il est louable que les dépenses prévues augmentent au-delà de l'année 2021 (cf. tableau ci-avant). En effet, avec 920 millions d'euros, les dépenses prévues par le projet de budget sous avis concernant les investissements dans le rail, la route et le tram pour l'exercice 2024 dépassent de 46% le niveau de 2020. 1.4.3. Sécurité sociale La sécurité sociale était le seul des trois secteurs de l'administration publique à ne pas avoir généré de déficit en 2020. Cependant, le solde a tout de même baissé de 302 millions d'euros en 2020 et le projet de budget prévoit une nouvelle diminution de l'excédent de 140 millions en 2021. Avec un solde de 895 millions d'euros en 2020 et 755 millions d'euros en 2021, la sécurité sociale a réussi à « limiter les dégâts ». En 2022, le solde devrait s'accroître légèrement pour diminuer à près de 64 millions en 2023 et de 80 millions en 2024. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 36 En termes de PIB, le graphique suivant montre malgré tout que sur la période 20192024, le solde de la sécurité sociale devrait baisser de 1,9% à 0,9%. La Chambre des Métiers constate dans ce contexte avec regret que le sujet de la soutenabilité des finances publiques à plus long terme n'est pas abordé. Or, comme elle l'a déjà thématisé à d'itératives reprises dans ses avis concernant le budget de l'État, le vieillissement progressif de la population conduira inévitablement à des déséquilibres au niveau du financement des pensions en particulier, alors que les dépenses en matière de maladie et de soins augmenteront en parallèle. Comme le groupe de travail « pension » de l'Inspection Générale de la Sécurité Sociale l'a précisé dans son rapport, « le régime général de pension est confronté à des risques potentiels à long terme » et « toute mise en oeuvre de mesures de modernisation du régime de pensions devrait considérer le maintien dans l'emploi des salariés âgés [...] ». Surplus de la sécurité sociale (en % du PIB) oeeceoecie, de de de doe) de d›.ek de. ei 04) de de de(1df de d. 11. el" el• ( 1, 1, el. , ek ‘1, 11, 1.4.4. Administrations locales La Chambre des Métiers ne commente pas les finances prévisionnelles des administrations locales puisque les plans pluriannuels de financement (PPF) 2020 actualisés des entités du secteur communal relatifs aux années 2021, 2022 et 2023 n'ont pas encore été rendus disponibles au moment de l'établissement du projet de budget sous avis. Le Ministère des Finances estime que sur la période 2021-2024, les recettes et dépenses des communes sont en équilibre. 1.4.5. Dette publique Sur la période 2019-2024, la dette publique passe de près de 14 milliards d'euros à plus de 24 milliards. L'État doit avoir recours à l'emprunt afin de financer les déficits consécutifs des années 2020 à 2024, s'élevant à 9,2 milliards d'euros au total. Exprimé en pourcentage du PIB, la dette devrait augmenter de 22% en 2019 à 33% en 2024 à politique inchangée. Selon la Chambre des Métiers, le ratio « dette / PIB » constitue cependant un indicateur qu'il convient d'interpréter avec prudence, alors qu'il revêt un caractère procyclique. Pendant une période de crise, il a tendance à s'accroître plus que proportionnellement, vu que le PIB baisse et parallèlement la dette augmente. L'inverse étant vrai en période de haute conjoncture. Par ailleurs, les révisions CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 37 régulières ont clairement montré que le PIB luxembourgeois peut varier dans de larges proportions par exemple en raison d'opérations exceptionnelles de quelques groupes multinationaux implantés au Grand-Duché'. Évolution de la dette publique 25 20 GJ 15 10 5 0 iiiií liil 0° ‘1, 'Y 3 De h 6 11 eb et, el, et, el, h 'Y t4 6 '‘ h eeeeeeeee eeeeeeee re ek et, ek et, el, fr 0S1' Source : Ministère des Finances, STATEC ; calculs : Chambre des Métiers Pour la Chambre des Métiers, le recours à la dette en période de crise est parfaitement justifié, alors qu'il s'agit actuellement de gérer la pandémie sur le plan sanitaire et de relancer en parallèle l'économie. Ces deux facteurs conduisent évidemment à une hausse exceptionnelle des dépenses tandis qu'en même temps les recettes publiques reculent sous l'effet de la crise économique. Dans ce contexte, il est important que l'État réalise son ambitieux programme d'investissement, d'un côté pour soutenir la demande, d'un autre côté pour préparer l'économie plus durable de demain. En revanche, la mise en œuvre d'une politique d'austérité recherchant un rétablissement rapide de l'équilibre des finances publiques est contre-indiquée, car elle étoufferait la relance et, pire, risquerait de créer un cercle vicieux. Cependant, la Chambre des Métiers est bien consciente qu'à moyen terme, il est nécessaire de consolider les finances publiques. Elle s'attend par exemple à des mesures adaptées pour freiner la hausse des frais de fonctionnement de l'État (consommation intermédiaire et la rémunération des salariés du secteur public) et un meilleur ciblage des transferts sociaux. Grâce à une meilleure position budgétaire du Luxembourg, offrant une certaine marge de manœuvre pour soutenir l'économie, le pays garde un avantage vis-à-vis d'autres pays de l'Union européenne pour surmonter la crise. En revanche, la Chambre des Métiers regrette que le Gouvernement n'ait pas créé plus de réserves lors du rétablissement conjoncturel après la crise financière et économique de 2008. En tant que petite économie très ouverte sur l'extérieur, le Luxembourg ne peut pas se permettre d'accumuler le même niveau de dette que d'autres pays européens comme l'Allemagne ou la France. 8 https://ces.public.1u/dam-assets/fr/avis/avis-annuels/2019-avis-annuel-partie-Lpdf CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 38 1.5. Appréciation générale de la politique budgétaire : un budget de « crise » destiné à atténuer les effets de la pandémie La Chambre des Métiers regrette tout d'abord que sur les dernières années, surtout en 2018 et 2019, une période de haute conjoncture, l'Etat n'ait pas constitué plus de réserves afin de se prémunir contre la prochaine crise économique. Il est un fait que l'actuelle pandémie avec ses effets néfastes sur l'activité économique n'était pas à prévoir. Le Gouvernement a rapidement réagi pour mettre en place des dispositifs d'aides aux entreprises. Parmi ces derniers il faut citer en particulier le chômage partiel. Or, il s'avère que pour certains secteurs et entreprises, notamment celles de l'événementiel à entendre en son sens le plus large, ces mesures risquent d'être insuffisantes pour assurer leur survie. C'est la raison pour laquelle la Chambre des Métiers propose des pistes de réflexion dans la seconde partie du présent avis. La gestion de la pandémie sur le plan sanitaire et la relance de l'économie ont conduit à une hausse exceptionnelle des dépenses tandis qu'en même temps les recettes publiques ont reculé sous l'effet de la crise économique. Dans un tel contexte, la Chambre des Métiers estime que le recours à la dette est parfaitement justifié. Elle approuve également la politique du Gouvernement consistant à maintenir l'investissement public à un niveau élevé, ce qui soutiendra la demande et pourra préparer une économie plus durable. L'abstention de la part des responsables politiques de procéder à une hausse généralisée des impôts est accueillie favorablement, puisqu'une politique d'austérité recherchant un rétablissement rapide de l'équilibre des finances publiques est contre-indiquée. Elle ne ferait qu'étouffer la relance. Par contre, pour la Chambre des Métiers une consolidation des finances publiques mettant l'accent sur la maîtrise des dépenses s'impose cependant à moyen terme. 1.6. Appréciation des mesures fiscales : un bilan mitigé Après analyse, la Chambre des Métiers constate que les principaux accents du projet de budget sous avis sont les mesures fiscales prévues et qui touchent le logement, la protection de l'environnement et la justice fiscale. Les mesures sont divisées en six parties et comprennent au total 17 dispositions. Elles ont comme but principal de renforcer la justice fiscale, de favoriser une politique du logement durable et de promouvoir la soutenabilité. D'autres touchent aux domaines de la simplification administrative et de la digitalisation. Dans le présent avis, la Chambre des Métiers se concentre sur les sept mesures qui touchent le plus l'Artisanat à savoir : • • • • • • • le taux d'amortissement accéléré ; la rénovation énergétique durable ; la TVA sur rénovation ; la prime participative ; l'abattement pour réduction de loyer ; le prélèvement immobilier ; la taxe CO2. Les autres mesures fiscales prévues, comme par exemple la réforme du régime d'impatriés, l'abolition des « stock options » ou encore les modifications à apporter CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 39 au régime de l'intégration fiscale ne touchent pas directement l'Artisanat ou alors de façon marginale. 1.6.1. Taux d'amortissement accéléré Dans son article 3, le projet de loi budgétaire9 modifie l'actuel article 32ter de la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l'impôt sur le revenu (« L.I.R. »). Ce dernier prévoit le taux d'amortissement accéléré qui est admis à l'endroit d'immeubles ou parties d'immeubles bâtis qui sont affectés au logement locatif. Il est notamment proposé de baisser le taux de 6% à 4% et l'âge maximal de l'immeuble de 6 à 5 ans. Cette mesure est toutefois atténuée par l'introduction d'un « abattement immobilier spécial » de 1% dans le cas où la somme des bases amortissables des immeubles ne dépasse pas un million d'euros et de 10.000 euros pour une somme des bases amortissables des immeubles dépassant un million d'euros. La Chambre des Métiers se permet d'émettre des doutes quant à l'efficacité de cette mesure sur le plan de la réduction des tensions sur le marché du logement. Selon le Ministre des Finances ce mécanisme aurait incité les investisseurs à acquérir des logements au détriment des primo-acquéreurs pour bénéficier de la faveur fiscale. De cette façon, elle aurait contribué à alimenter la demande et partant la hausse des prix. Selon la Chambre des Métiers, les investisseurs sont surtout attirés par des conditions de financement très avantageuses, en l'occurrence des taux d'intérêt très bas, le faible risque de l'investissement immobilier comparé à d'autres types d'investissements et l'expectative de plus-values élevées. Dans ce contexte, l'amortissement accéléré ne joue certainement pas un rôle décisif dans la décision d'investissement. 1.6.2. Rénovation énergétique durable L'alinéa 3 du nouvel article 32ter L.I.R. introduit le concept de la rénovation énergétique durable. Cette notion concerne les travaux de rénovation d'un logement locatif pour lesquels une aide financière pour l'assainissement énergétique durable d'un bâtiment ou d'une partie d'un bâtiment est accordée par l'Administration de l'environnement. Ces aides financières sont également connues sous le nom de « PRIMe House » et ont été introduites par l'article 4 de la loi modifiée du 23 octobre 201610. Pour inciter les propriétaires d'un logement locatif à procéder à une rénovation énergétique durable, cette disposition prévoit un taux d'amortissement de 6%, applicable pendant une durée de 10 ans après l'achèvement des travaux de rénovation. La Chambre des Métiers salue cette mesure et la juge efficace en ce qu'elle devrait avoir un effet incitatif pour les bailleurs. Ce taux plus avantageux que le taux d'amortissement accéléré « normal » conduira certainement à une stimulation de ce 9 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2021 10 Loi modifiée du 23 octobre 2016 introduisant un régime d'aides pour la promotion de la durabilité, de l'utilisation rationnelle de l'énergie et des énergies renouvelables dans le domaine du logement CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 40 type d'investissement et augmentera par conséquent la disponibilité de logements locatifs durables sur le marché luxembourgeois. D'après la Chambre des Métiers, la présente mesure créera une situation « win-win » sur trois niveaux. Le locataire bénéficiera de l'avantage d'une baisse des frais énergétiques, alors que le bailleur profitera de l'augmentation de la valeur de son bien immobilier grâce à l'investissement dans une rénovation énergétique durable. Du côté de l'Artisanat, les entreprises de construction offrant ce genre de rénovations devraient bénéficier d'une demande accrue suite à l'introduction de la faveur fiscale. Pour renforcer davantage le logement durable, la Chambre des Métiers propose, comme mesure complémentaire à celle prévue par le présent projet, l'introduction d'un abattement pour les propriétaires habitant leur propre logement et qui ont l'intention procéder à une rénovation énergétique. Comme le taux d'amortissement accéléré pour la rénovation énergétique touche « seulement » 20% des logements, alors qu'il vise les logements locatifs, l'abattement proposé concerne potentiellement 80% des ménages. 1.6.3. TVA rénovation Un projet de règlement grand-ducal à part propose la modificatioe du règlement grand-ducal du 30 juillet 2002 concernant l'application de la taxe sur la valeur ajoutée à l'affectation d'un logement à des fins d'habitation principale. Il s'agit d'abaisser la condition de l'âge de l'immeuble de 20 à 10 ans pour pouvoir bénéficier du taux de TVA super-réduit de 3% dans le cas où un propriétaire décide de rénover son logement, La Chambre des Métiers se réjouit que cette mesure fasse partie des dispositions fiscales proposées du fait qu'il s'agit d'une revendication de longue date de sa part. En effet, cette mesure s'impose vu le progrès technologique rapide dans le secteur de la construction, surtout au niveau de la performance énergétique. Ensuite, il faut constater que pour l'attribution d'une prime « PRIMe House » la condition d'âge de l'immeuble est fixé à 10 ans, de sorte que la mesure fiscale prévue permet d'aligner celle-ci sur la prédite prime. Par ailleurs, la Chambre des Métiers propose d'implémenter dans ce contexte une mesure supplémentaire. D'après elle, il faudrait, en parallèle, relever le plafond pour pouvoir bénéficier du taux de TVA super-réduit de 50.000 euros à 100.000 euros afin d'inciter les propriétaires à investir davantage dans la rénovation. Rappelons également que le volume des investissements susceptibles de bénéficier du taux de 3% s'est réduit suite au relèvement du taux normal de TVA de 15% à 17% pour des raisons inhérentes au mécanisme de calcul de la faveur fiscale. 1.6.4. Prime participative Le projet de loi sous avis se propose de rajouter à l'article 115 L.I.R. un point 13a qui introduit dans les différentes exemptions auxquelles les contribuables peuvent prétendre, la notion d'une « prime participative ». 11 Projet de règlement grand-ducal modifiant le règlement grand-ducal modifié du 30 juillet 2002 concernant l'application de la taxe sur la valeur ajoutée ä l'affectation d'un logement ä des fins d'habitation principale et aux travaux de création et de rénovation effectués dans l'intérêt de logements affectés ä des fins d'habitation principale et fixant les conditions et modalités d'exécution y relatives CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 41 En effet, les employeurs auront la possibilité d'octroyer à leurs salariés méritants une prime participative afin de les récompenser pour le travail fourni pendant l'année d'imposition. Pour être éligible, il faut que l'entreprise réalise un bénéfice commercial, agricole ou provenant d'une profession libérale et tienne une comptabilité régulière. Afin de pouvoir bénéficier d'une telle prime participative, les salariés doivent, quant à eux, être affiliés à un régime de sécurité sociale. Deux plafonds s'appliquent à la prime que l'entreprise offre à ses salariés méritants. Elle ne peut pas dépasser 5% du résultat positif et en même temps elle ne pourra pas dépasser 25% de la rémunération annuelle ordinaire du salarié. La prime participative bénéficiera d'une exemption fiscale à hauteur de 50%. La Chambre des Métiers accueille favorablement cette mesure en ce qu'elle vise à récompenser les salariés méritants. Ainsi, la prime participative pourra également trouver application dans l'Artisanat. Son caractère simple et la flexibilité de sa mise en œuvre devraient faire de cette mesure un outil intéressant et utile pour les employeurs et les salariés. Cependant, le paiement d'une prime participative n'est possible que si l'entreprise réalise un bénéfice. Or, dans certains cas, ce critère pourrait se révéler discriminatoire. Par exemple envers des entreprises qui ont reporté des pertes réalisées sur des exercices antérieurs et surtout envers des entreprises qui viennent d'être créées et qui au début de leur activité affichent souvent un résultat négatif. Un autre cas, très actuel, est celui des entreprises qui réaliseront des pertes en 2020 suite aux effets de la crise de la COVID. Ces entreprises seraient donc pénalisées et ne pourraient pas distribuer de primes participatives à leurs salariés méritants. Pour pallier à ces déficiences, la Chambre des Métiers propose deux alternatives. D'un côté, les entreprises nouvellement créées devraient être exemptées de la condition de devoir réaliser un bénéfice commercial, et ce au cours de la première année de leur existence. De l'autre côté, les entreprises subissant sur l'exercice 2020 des pertes liées à la COVID, devraient quand-même pouvoir allouer des primes à condition que la moyenne des résultats sur les trois années antérieures soit positive. 1.6.5. Abattement pour réduction de loyer L'article 5 du projet de loi sous avis introduit la possibilité de bénéficier d'un abattement fiscal en relation avec les réductions de loyer accordées. Ainsi, les bailleurs qui ont réduit, dans le contexte de la crise sanitaire liée à la COVID-19, les loyers des entreprises, auront droit à cet abattement fiscal. Ils peuvent être les propriétaires d'un immeuble ou d'une partie d'un immeuble, les associés d'un organisme qui, lui, est propriétaire d'un immeuble ou d'une partie d'un immeuble, ou bien le copropriétaire d'un immeuble. L'abattement est accordé lorsque le propriétaire renonce jusqu'au 31 décembre 2020 à une partie ou bien à la totalité des loyers dus, dans le cadre de baux commerciaux, pour l'année civile 2020. Il est possible d'avoir un abattement par immeuble ou partie d'un immeuble ou par contrat de bail commercial. L'abattement correspond au double du montant du loyer auquel il est renoncé par le propriétaire, sans prendre en compte les charges locatives. Toute augmentation de loyer après la date de la déclaration de l'état de crise (18 mars 2020) n'est pas éligible à cet abattement. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 42 Le plafond de l'abattement s'élève à 15.000 euros et représente donc l'équivalent de 7.500 euros de loyer. La Chambre des Métiers ne peut qu'approuver cette mesure, alors qu'il s'agit d'un dispositif fiscal efficace pour réduire les coûts fixes des entreprises. Ce d'autant plus que les aides directes mises en œuvre pendant la crise sanitaire du COVID-19 n'ont pas permis de couvrir une large part des prédits frais. Pourtant, la Chambre des Métiers regrette vivement que l'introduction de l'abattement intervienne si tardivement. En effet, l'année civile sur laquelle il porte touche à sa fin, de sorte que la mesure n'aura finalement qu'un effet incitatif très limité pour les bailleurs ; comme ceux-ci ne pouvaient pas être sûrs que la mesure annoncée il y a des mois allait définitivement aboutir sous forme d'une disposition spécifique à intégrer dans la législation fiscale et ne pouvaient savoir quelles en seraient les modalités. Ensuite, la Chambre des Métiers dénonce le niveau très bas du plafond de l'abattement. La mesure, telle que projetée, offre uniquement une réduction de loyer de 7.500 euros pour l'ensemble de l'année aux entreprises, ce qui, pour simplifier, équivaut à une réduction mensuelle de 625 euros. Considérant que dans beaucoup de cas, les entreprises artisanales paient des loyers largement supérieurs à ce montant, la mesure représente certes un soutien pour celles-ci, mais fort limité. C'est ainsi que la Chambre des Métiers propose de relever, non seulement, le plafond de manière substantielle, mais également d'étendre la mesure sur l'année 2021. La pandémie persistera et avec elle ses répercussions violentes sur le plan économique. 1.6.6. Prélèvement immobilier L'article 4 du projet de loi sous avis propose d'introduire, à partir du lerjanvier 2021, un prélèvement immobilier sur les revenus provenant d'un bien immobilier sis au Luxembourg auquel à charge de divers véhicules d'investissement. L'objectif de cette mesure serait de « contrecarrer les abus issus de l'utilisation du régime fiscal applicable aux SICAV-FIS dans le secteur immobilier au Luxembourg »12. Le prélèvement immobilier vise en même temps les revenus provenant de la location d'un bien immobilier, les plus-values résultant de l'aliénation d'un bien immobilier et le revenu résultant de l'aliénation de parts. Le taux de prélèvement immobilier est fixé à 20% du montant des revenus. La Chambre des Métiers est en mesure d'approuver le prélèvement immobilier. Cependant, elle estime que la qualification par les auteurs du projet de loi d'« abus » pour désigner les pratiques du régime fiscal visé est quelque peu forte, alors que ces dernières sont tout à fait légales. 1.6.7. Taxe CO2 L'article 8 du projet de loi sous avis introduit un droit d'accise autonome additionnel, dénommé « taxe CO2 », qui remplace le droit d'accise actuel portant la dénomination de « contribution changement climatique ». Pour ce faire, il modifie la loi modifiée du 17 décembre 2010 fixant les droits d'accise et les taxes assimilées sur les produits 12 Projet de budget de l'Etat ; p. 37 CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 43 énergétiques, l'électricité, les produits de tabacs manufacturés, l'alcool et les boissons alcooliques. En comparant le projet' de règlement grand-ducal déposé dans la foulée du projet de loi sur le budget de l'Etat au règlement grand-duca114 actuellement en place, on peut constater des augmentations qui diffèrent selon le type de produit énergétique. Ainsi, pour les carburants, les hausses sont les suivantes : • 4,4 cents/litre d'essence sans plomb, 4,9 cents/litre de gasoil pour véhicules ; • 4,7 cents/litre de gasoil pour une utilisation industrielle/commerciale ; actuellement le règlement grand-ducal ne prévoit qu'une contribution additionnelle de 0,24 cents/I ; • 59,99 euros/tonne de gaz de pétrole liquéfiés et méthane pour une utilisation privée ou industrielle/commerciale ; • 4 euros/MWh de gaz naturel, un droit d'accise qui n'existe pas dans le règlement grand-ducal actuel. Concernant les combustibles, on peut observer les augmentations suivantes : • 5,4 cents/litre pour gasoil comme combustible ; • 3,9 cents/litre de pétrole lampant ; • 59,92 euros/tonne pour fioul lourd, 49,99 euros/tonne de gaz (pétrole liquéfié ainsi que méthane) ; • 4 euros/MWh de gaz naturel, un droit d'accise qui n'existe pas dans le règlement grand-ducal actuel. Pour les ménages à faibles revenus, l'article 8 du projet de loi sous avis prévoit une hausse des crédits d'impôts jusqu'à un maximum de 696 euros par an et ceci aussi bien pour les salariés que pour les pensionnés et les indépendants. Il est également prévu d'augmenter de 10% de l'allocation de vie chère. D'un point de vue général, la Chambre des Métiers peut approuver l'introduction d'une taxe CO2, à condition qu'il existe pour les entreprises des solutions alternatives et que ces dernières offrent une qualité équivalente et soient accessibles à un prix abordable. Dans le cas contraire, il faudrait prévoir des mesures de compensation. Dans le même ordre d'idées, il importe que les recettes soient utilisées en partie pour financer notamment les changements de technologies au sein des entreprises. À travers la taxe CO2, le Luxembourg essayera d'atteindre les objectifs du Plan national intégré en matière d'énergie (PNEC) en matière de réduction des émissions de CO2. Cette mesure a pour la Chambre des Métiers un effet direct sur les ménages, qui est néanmoins atténué grâce à une augmentation des crédits d'impôts et en parallèle une hausse de l'allocation de vie chère. En-dehors de la neutralisation de la taxe CO2 au niveau de l'échelle mobile des salaires, il est essentiel de prévoir le retrait du panier à la base de ce mécanisme, de tous les produits à énergie fossile. Ceci permettrait en effet de provoquer un 13 Projet de règlement grand-ducal modifiant le règlement grand-ducal modifié du 17 décembre 2010 fixant les taux applicables en matière de droits d'accise autonomes sur les produits énergétiques 14 Règlement grand-ducal modifié du 17 décembre 2010 fixant les taux applicables en matière de droits d'accise autonomes sur les produits énergétiques CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 44 changement de comportement dans le chef du consommateur indispensable pour atteindre la décarbonisation du pays. Tout en tenant compte de ces points positifs, la Chambre des Métiers s'interroge néanmoins sur les effets défavorables que pourrait avoir cette taxe sur l'économie en général, et l'Artisanat en particulier. Du côté des finances publiques, l'effet de la taxe n'est pas évident, alors que la hausse du prix des carburants aura certainement un impact négatif sur la demande. Les répercussions sont également fonction de la politique menée par les pays voisins en la matière. Actuellement, la Belgique offre un remboursement d'une partie de cette taxe aux entreprises et ceci même aux entreprises luxembourgeoises qui s'y approvisionnent. Si, à l'avenir, les entreprises luxembourgeoises s'approvisionnaient dans un / des pays voisins, ceci embellirait le bilan climatique du Luxembourg tout en réduisant ses recettes publiques ; et sans que l'opération n'ait en fin de compte un effet positif sur le climat, alors qu'il s'agit d'un déplacement « comptable » des émissions visées. Aussi une approche concertée en matière de taxe CO2 avec les pays limitrophes s'impose. En ce qui concerne l'Artisanat, l'effet d'une taxe CO2 est synonyme d'une hausse des coûts, et ce à plusieurs niveaux. Tout d'abord, les frais de transport augmenteront pour certaines activités artisanales. A titre d'illustration, dans le secteur de la construction, il s'agit de transporter des matériaux, les engins de chantier et enfin des déchets inertes ; or justement pour ces derniers, les trajets vers les décharges deviennent de plus en plus longs à défaut d'un réseau de décharges régional digne de ce nom, ce qui donne lieu à un volume d'émissions de CO2 parfaitement inutile. Autre exemple : dans l'alimentation, le transport des marchandises se fait des ateliers de production vers les points de vente. Ensuite, le coût de l'énergie utilisée directement dans le processus de production augmentera. Ceci est par exemple le cas pour l'utilisation du four d'un boulanger alimenté au gaz. Jusqu'à présent, le gaz n'était pas soumis à la « contribution changement climatique », mais il est visé par la taxe CO2. Or, un four électrique ne constitue pas une solution alternative valable, alors qu'il ne permet pas d'atteindre les mêmes standards de qualité des produits. Enfin, il ne faut pas oublier que cette taxe augmentera aussi les frais de chauffage auxquels devront faire face les entreprises artisanales. Pour conclure, la Chambre des Métiers constate que certaines des mesures fiscales commentées ci-avant vont définitivement dans la bonne direction, comme celles ayant trait à la rénovation énergétique, en ce qu'elles contribuent à assurer la transition vers une économie plus durable. Globalement, elle peut approuver l'introduction d'une taxe CO2, à condition qu'il existe pour les entreprises des solutions alternatives et que ces dernières offrent une qualité équivalente et soient accessibles à un prix abordable. Dans le cas contraire, il faudrait prévoir des mesures de compensation. Par contre, elle se pose des questions quant à l'efficacité d'autres mesures, en l'occurrence celles concernant le logement, en ce qu'elles ne permettront pas de diminuer les tensions actuelles sur le marché immobilier résidentiel. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 45 En 2020, la crise sanitaire a frappé de plein fouet les finances publiques. La gestion de la pandémie a conduit à une hausse exceptionnelle des dépenses, tandis que, dans le même temps, les recettes publiques ont reculé sous l'effet de la crise économique. La Chambre des Métiers regrette qu'au cours de ces dernières années, alors que la conjoncture était favorable, l'Etat n'ait pas constitué davantage de réserves, par mesure de précaution. Néanmoins, au vu du contexte actuel, elle estime que le recours à la dette est parfaitement justifié. Elle approuve en ce sens la politique envisagée, consistant à maintenir l'investissement public à un niveau élevé. En 2021, le défi du Gouvernement sera de trouver le juste équilibre entre la stabilisation de l'économie et une maîtrise des dépenses, avec l'objectif de limiter l'impact de la crise sur la dette publique. Il est donc à son sens impératif de relancer l'économie et d'éviter ainsi une vague massive de faillites au sein du pays. CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 2. 46 Relancer l'économie et préparer l'ère post-COVID A côté de l'objectif suprême d'assurer la santé publique face à la pandémie, il s'agit de relancer l'économie qui a accusé un gros coup avec le confinement et l'arrêt obligatoire des activités jugées « non-essentielles ». Pendant cette période, les secteurs à l'arrêt étaient confrontés à la disparition de leur chiffre d'affaires, alors qu'en même temps, ils devraient continuer à supporter leurs coûts fixes. Grâce à l'intervention du Gouvernement, différents dispositifs d'aides ont été mis en place pour soutenir les entreprises qui ont avant tout bénéficié du régime spécial de chômage partiel. Or, même après le confinement, certains secteurs n'ont toujours pas repris leur activité, comme celui de l'événementiel à entendre en son sens le plus large, et ce en raison des mesures et restrictions sanitaires imposées et de l'annulation ou du report de festivités. Si d'autres branches ont repris leur activité, celle-ci n'atteint pas les niveaux d'avant la crise. Les facteurs explicatifs sont nombreux : peur des clients de s'infecter, baisse des dépenses de consommation en raison de l'incertitude créée par la pandémie, perte de rendements dus au respect des mesures sanitaires, taux d'absentéisme accru dû au nombre de salariés testés positifs au COVID-19 ou placés en mesures d'isolement ou en quarantaine. Face à ces difficultés, il s'agit d'après la Chambre des Métiers de relever tout d'abord les défis du court terme. Premièrement, il convient d'ajuster les dispositifs d'aides en tenant compte de l'évolution de la pandémie et de ses répercussions sur l'économie. Ensuite, s'il semble y avoir un consensus national pour maintenir l'investissement public à un niveau élevé en temps de crise économique, il convient de se focaliser prioritairement sur des investissements durables, permettant de réorienter l'économie vers une économie performante et innovatrice, tout en consommant moins de ressources. Enfin, il s'agit de préparer dès à présent l'ère post-COVID-19, en assurant notamment la transition énergétique. 2.1. Défis à court terme 2.1.1. Adapter les dispositifs d'aides aux entreprises à la réalité économique Comme il l'a été évoqué ci-avant, 2020 fût une année mouvementée pour les entreprises, au point que beaucoup d'entre elles ont lutté pour leur survie. Le confinement décrété à la mi-mars, en réponse à la pandémie de COVID-19, a exigé du Gouvernement la mise en place des outils d'aides en toute rapidité afin d'éviter à court terme des problèmes de liquidité, en raison des pertes faramineuses du chiffre d'affaires et des coûts fixes à supporter dans cette situation. Presque tous les secteurs de l'économie luxembourgeoise ont été touchés par les fermetures temporaires. C'est alors que le Gouvernement a décidé de mettre en place des aides directes, surtout aux petites entreprises, qui ont pu être demandées sans trop de démarches administratives. D'autres aides, comme le chômage partiel et le congé pour raisons familiales « extraordinaire », soutenaient principalement les salariés et permettaient d'éviter un CdM/Avis Avis sur le Budget de l'Etat - Exercice 2021 47 grand nombre de licenciements. Elles permettaient aussi aux parents de rester avec leurs enfants surtout après les fermetures des crèches, établissements scolaires et autres services de gardiennage d'enfants. La Chambre des Métiers tient à saluer à cet endroit la réactivité des différents Ministères dans l'implémentation de ces instruments d'aides aux entreprises. Au moment de la rédaction de cet avis, le pays se retrouve en plein milieu d'une deuxième vague d'infections avec un nouveau freinage des activités professionnelles et le risque de nouvelles fermetures dues au renforcement des restrictions. Comme c'était le cas au printemps, il faut réagir rapidement via des mesures de soutien aux entreprises. Celles-ci ressentent toujours, bien qu'à des degrés divers, les effets de la crise économique et risquent de devoir utiliser des dispositifs d'aides jusqu'à la fin de 2021. C'est dans ce contexte que le Gouvernement a annoncé, lors d'une conférence de presse le 13 novembre 2020, d'un côté, la prolongation des aides qui existent déjà aujourd'hui, comme par exemple le chômage partiel, l'avance remboursable et les aides pour stimuler les investissements dans l'ère du COVID-19, et de l'autre côté, l'élargissement des aides du fonds de relance et de solidarité pour toucher un public plus large ; et ce à travers l'introduction d'une « aide de relance » et d'une aide dénommée « contribution temporaire aux coûts non couverts ». Ces extensions dans le temps et la mise en œuvre de nouveaux instruments ont été rendues possibles grâce à la communication' du 13 octobre 2020 sur le « Temporary framework for state aid measures to support the economy in the current COVID-19 outbreak » de la Commission eur