Commission consultative des Droits de l'Homme du Grand-Duché de Luxembourg Avis Sur le projet de loi n°7875 portant modification 1° de la loi modifiée du 17 juillet 2020 sur les mesures de lutte contre la pandémie Covid-19 ; 2° de la loi modifiée du 6 janvier 1995 relative à la distribution en gros de médicaments ; 3° de la loi modifiée du 22 janvier 2021 portant : 1° modification des articles L. 234-51, L. 234-52 et L. 234-53 du Code du travail ; 2° dérogation temporaire aux dispositions des articles L. 234-51, L. 23452 et L. 234-53 du Code du travail Avis 14/2021 Conformément à l'article 2
(2021), 12 août 2021, disponible sur www.nature.com/articles/d41586-021-02187-1 ; Jeremy Ledger, You've Had a COVID 'Breakthrough Infection' — Can you really spread it to others?, Yale Medicine, 11 août 2021, disponible sur www.yalemedicine.orq/news/covid-breakthrouqh-infection-transmission; voir aussi US Centre for Disease Control and Prevention, Outbreak of SARS-CoV-2 Infections, including COVID-19 Vaccine breakthrough infections, associated with large public gatherings, 6 août 2021, disponible sur www.cdc.qov/mmwr/volumes/70/wr/mm7031e2.htm?s cid=mm7031e2 w. 15 Projet de loi n°7875, Exposé des motifs p. 3 16 CCDH, Avis 13/2021 du 14 juillet 2021, disponible sur haps://ccdh.publiciu/damassets/dossiers th%C3%A9matiques/pand%C3%A9mie/avis/2021/Avis-CCDH-PL-7857.pdf 4 nécessaires afin d'éviter des situations discriminatoires, surtout si les tests PCR ou antigéniques ne sont pas facilement accessibles et abordables pour tout un chacun. Au vu de tout ce qui précède, la CCDH plaide en faveur d'une approche inclusive et pédagogique. La CCDH rappelle qu'un programme de vaccination largement accessible, un taux de vaccination élevé et une éducation à la santé sont indispensables pour éradiquer des maladies contagieuses et pour garantir le droit à la santé de tout un chacun. Il faudra donc s'intéresser plutôt à la grande diversité des motifs, craintes et doutes des personnes non-vaccinées. Ensuite, des stratégies et actions spécifiques pourront être élaborées afin d'améliorer l'adhésion à la vaccination. La CCDH invite dans ce contexte le gouvernement à continuer à multiplier les actions d'information, de sensibilisation et à investir davantage encore dans une information scientifique régulièrement actualisée et à la une de l'évolution de la situation. La CCDH salue ainsi que lors de la conférence de presse du 1 er septembre 2021, la Ministre de la Santé a aussi insisté sur cette stratégie et annoncé que des études seront faites dans ce sens. Il. Le régime Covid check et son application aux patients des hôpitaux Dans un premier temps, la CCDH note que le projet de loi sous avis entend élargir l'obligation de réaliser des tests autodiagnostiques sur place aux personnes se rendant dans les hôpitaux dans le cadre de soins, de traitements ou d'examens médicaux. Jusqu'alors, cette obligation était limitée au personnel médical, aux prestataires de services externes et aux visiteurs, pour lesquelles les structures concernées doivent mettre à disposition les locaux, le matériel et les instructions pour la réalisation des tests. Le nouvel alinéa dans le projet de loi sous avis, relatif aux patients et à leurs accompagnateurs, se limite toutefois à évoquer l'obligation de réaliser le test, sans évoquer l'obligation des hôpitaux de la mise à disposition du nécessaire à la réalisation de ces tests. Bien qu'il semblerait que cette mise à disposition soit également applicable aux patients, la CCDH demande au gouvernement, par souci de clarté, de préciser cela. Il va de soi que cette mise à disposition sera et devra rester gratuite durant toute la durée de l'obligation de présentation d'un test pour les personnes non vaccinées ou rétablies. Dans un deuxième temps, la CCDH souhaiterait revenir sur les déclarations du Premier Ministre et de la Ministre de la Santé durant la conférence de presse du 1er septembre
- D'une part, la fin de la gratuité des tests PCR à partir du 15 septembre 2021 pourrait avoir un impact disproportionné sur certaines personnes se trouvant dans une situation de précarité financière et voulant se rendre à l'hôpital. D'autre part, le Premier Ministre a indiqué que les tests autodiagnostiques pourraient ne plus être valables dans un futur proche, en cas de détérioration de la situation sanitaire. Si jamais ces tests ne seront plus acceptés ou rendus payants, la CCDH voudrait, au préalable, attirer l'attention du gouvernement sur les conséquences qui risquent de s'ensuivre de cette décision, couplée à la non-gratuité du test PCR. 5 En ce qui concerne les patients, la CCDH attire l'attention du gouvernement sur le risque de renoncement au soins" de la part de certaines personnes, en cas de difficultés matérielles ou financières rendant l'accès aux soins difficile. Cette situation touche de manière disproportionnée les personnes étant déjà dans une situation de précarité, qui sera alors accentuée. Ces considérations sont également valables pour les visiteurs des hôpitaux et autres établissements cités par la loi, dans le cas où l'accès aux établissements serait uniquement possible par un test payant. La CCDH exhorte le gouvernement à veiller, avant toute décision, à ne pas fragiliser les liens privés, notamment familiaux, des personnes se trouvant dans les établissements concernés et de leur entourage. En guise de conclusion, et au vu de tout ce qui précède, la CCDH insiste sur le fait que l'accès aux établissements médicaux pour les patients et les visiteurs ne saurait être conditionné à une démarche payante, quelle que soit la situation vaccinale des personnes concernées. En effet, il convient, lorsqu'il s'agit de domaines importants tels que l'accès aux soins et le maintien des liens sociaux, de mettre en balance les considérations sociales et pécuniaires, et de faire peser la balance en faveur des premières. La CCDH exhorte donc le gouvernement à maintenir tout au moins un accès facile et gratuit à un test PCR ou antigénique à toute personne dans le cadre de l'accès aux établissements médicaux concernés. Ill. Le concept sanitaire dans les écoles Le projet de loi sous avis n'apporte que de légères modifications aux dispositions actuellement en vigueur dans les écoles. La CCDH salue dans ce contexte le maintien de l'ouverture des écoles avec des restrictions allégées : enseignement en présentiel, non port du masque à l'extérieur ou à l'intérieur lorsque les élèves sont assis, etc. La seule nouvelle restriction introduit par le projet de loi prévoit que dès qu'un cas positif est détecté, le port du masque sera à nouveau obligatoire à l'intérieur de la classe. Dans la conférence de presse du 2 septembre 2021, le Ministre de l'Education nationale a précisé davantage ce dispositif.18 Différents scénarios ont été prévus selon le nombre de cas positifs détectés dans une classe. Le scénario d'un à deux cas positifs ne soulève pas de questionnement particulier. Dans ce cas, les élèves vaccinés et rétablis pourront continuer à fréquenter l'école. Les autres seront placés en quarantaine, mais pourront sortir pour fréquenter l'école, à condition de réaliser un test toutes les 48 heures. Toutefois, la CCDH souhaiterait attirer l'attention du gouvernement sur le risque de stigmatisation et d'éducation à deux vitesses dans le scénario de trois à cinq cas positifs 17 Caroline Desprès, Significations du renoncement aux soins : une analyse anthropologique, dans Sciences sociales et santé, 2013/2 (Vol. 31), pp. 71 à 96, disponible sur www.cairn.info/revue-sciencessociales-et-sante-2013-2-paqe-71.htm 18 Site du Ministère de l'Education nationale, de l'Enfance et de la Jeunesse, disponible sur https://men.public.lu/content/dam/men/fr/coronavirus/210902-PK-Dispositif-sanitaire.pdf 6 dans une classe. Dans un tel cas, les élèves vaccinés ou rétablis continueront à aller à l'école, alors que les autres seront soumis à une quarantaine, sans autorisation de sortie pour fréquenter l'école. Bien qu'elle soit consciente qu'un apprentissage à distance est organisé si la majorité des élèves est concernée par la mise en quarantaine,19 la CCDH se pose des questions sur l'organisation de l'enseignement dans les autres cas. Dans ce contexte, la CCDH invite le gouvernement à veiller à éviter toute discrimination sur base de l'état de santé des enfants et adolescents dans le cadre du droit à l'éducation. Par ailleurs, la CCDH relève que dans le concept sanitaire dans les écoles et les maisons relais le rôle du personnel enseignant et éducateur est primordial et invite le gouvernement à augmenter les mesures de sensibilisation auprès du personnel non vacciné. Enfin, à l'instar de ses avis précédents,2° la CCDH, dans un souci de sécurité juridique et de prévisibilité de la loi, regrette encore une fois le manque de précisions au sujet du concept sanitaire dans les écoles dans le projet de loi sous avis. La CCDH rappelle que toutes les mesures limitant des droits humains doivent être prévues par une loi, nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi. Adopté par vote électronique le 8 septembre
- 19 Ministère de l'Education nationale de l'Enfance et de la Jeunesse, Instructions au personnel enseignant et éducatif de l'enseignement fondamental en vue de la rentrée scolaire 2021/2022, disponible sur https://men.public.Iu/dam-assets/fr/coronavirus/instructions-EF.pdf. 20 CCDH, Avis 01/2021 du 7 janvier 2021, disponible sur https://ccdh.publiciu/damassets/dossiers th%C3%A9matiques/pand%C3%A9mie/avis/2021/Avis-PL-7743-final.pdf; voir aussi CCDH, Avis 03/2021 du 17 février 2021, disponible sur https://ccdh.public.Iu/damassets/dossiers th%C3%A9matiques/pand%C3%A9mie/avis/2021/CCDH-avis-PL-7768.pdf 7