M CHAMBE; i I OF COMMERCE I- LUXEMBOURG CHAMBRE DES METIERS LUXEMBOURG POWERING BUSINESS Luxembourg, le 3 mars 2023 Objet : Projet de loi n°80091 portant modification : 1° de la loi modifiée du 29 avril 1983 relative à l’exercice de la profession de médecin, de médecin-dentiste et de médecin-vétérinaire ; 2° de la loi modifiée du 8 mars 2018 relative aux établissements hospitaliers et à la planification hospitalière ; 3° du Code de la sécurité sociale. (6162NJE) Auto-saisine Avis commun de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Métiers Le projet de loi sous avis (ci-après le « Projet ») a pour objet de modifier la loi modifiée du 29 avril 1983 relative à l’exercice de la profession de médecin, de médecin-dentiste et de médecin-vétérinaire, la loi modifiée du 8 mars 2018 relative aux établissements hospitaliers et à la planification hospitalière ainsi que le Code de la sécurité sociale, afin de favoriser davantage la prise en charge ambulatoire des soins de santé via la création de sites hospitaliers supplémentaires dédiés. Dans la lettre annexée au projet, il est stipulé que les avis du Collège médical, de la Chambre des salariés, du Conseil supérieur des professions de santé et de la Commission permanente du secteur hospitalier ont été demandés pour avis. Ce n’est pas le cas s’agissant de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Métiers. Au regard de l’importance de ce Projet pour l’avenir du système des soins de santé et de ses répercussions sur les finances publiques et l’équilibre financier des organismes de sécurité sociale, la Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers ont estimé utile et nécessaire de s’autosaisir et de prendre position à travers le présent avis commun. Considérations générales Le contexte du Projet et le « virage ambulatoire » Les soins ambulatoires sont des soins donnant lieu à une prise en charge médicale ou dans un service de santé d'un patient sans hospitalisation ou pour une durée de quelques heures. Le « virage ambulatoire » correspond au transfert d’activités intrahospitalières conventionnelles vers le secteur ambulatoire hospitalier (hôpitaux de jour, consultations) et vers des antennes extrahospitalières. 1 Lien vers le projet de loi sur le site de la Chambre des Députés 2 Avis commun de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Métiers Il est prévu dans l’accord de coalition 2018-2023 que « [d]es mesures favorisant et accompagnant le « virage ambulatoire » seront mises en place. Il s’agira d’assurer la promotion des alternatives à l’hospitalisation classique lorsque cela est possible sans perte de qualité, en accord et dans l’intérêt du patient. Des incitants financiers seront introduits en faveur des prestataires et des patients tant dans la nomenclature des actes et des services médicaux, que dans les financements des hôpitaux et au niveau des modalités de remboursement. La création de structures de soins d’aval sera soutenue, permettant de réduire les délais de séjour en milieu hospitalier. Les offres d’hospitalisation à domicile ou dans d’autres structures de soins intermédiaires et moins coûteuses seront soutenues en développant un plan d’action « out of hospital ». » Le Projet, qui devrait se situer dans la continuité de réformes précédentes en matière de soins de santé, vise à répondre à cette ambition en introduisant des sites hospitaliers supplémentaires dédiés aux soins de santé ambulatoires, en élargissant notamment la couverture des besoins en infrastructures d’imagerie médicale et en recourant à des modalités de collaboration et de financement plus flexibles à l’activité ciblée sur les soins ambulatoires. Ainsi, la mesure principale du Projet est l’introduction de la possibilité d’ouverture de sites hospitaliers supplémentaires (antennes) dédiés aux soins de santé ambulatoires suivants : • Dialyse • Imagerie médicale • Hospitalisation de jour non chirurgicale • Traitement oncologique ambulatoire Ces sites devront être exploités par un établissement hospitalier seul ou, à l’avenir, en collaboration avec un groupe de médecins. Ces sites supplémentaires entreront dans le cadre légal global de planification tenant compte des besoins sanitaires. Le financement des coûts d’exploitation se fera, le cas échéant, sur base d’un financement des activités par forfait à définir, hors de l’enveloppe budgétaire globale. Les coûts à charge de l’assurance maladie-maternité (AMM) sont difficiles à estimer à ce stade. S’y ajoutent, en outre, les actes médicaux couverts par la nomenclature des actes et des services médicaux. La base légale pour cette approche forfaitaire repose sur l’article 65 du Code de la sécurité sociale, qui prévoit que lorsque l’acte ou le service professionnel implique l’utilisation d’un appareil, la nomenclature peut fixer un forfait couvrant les frais directs et indirects résultant de l’utilisation de l’appareil. Malgré la précision donnée par le Projet que ces forfaits sont établis pour des groupes d’actes présentant des caractéristiques communes du point de vue de la discipline médicale, du diagnostic, de la thérapie et des ressources utilisées, la logique de plafonnement des coûts ne semble pas être prise en compte, comme c’est actuellement le cas pour l’enveloppe budgétaire globale du secteur hospitalier. Pour les Chambres, il importe d’avoir un concept global de planification extrahospitalière ainsi qu’un plan de financement à respecter avec des attributions clairement définies afin de préserver un système de santé de qualité, efficient et soutenable à terme. L’implication des médecins dans la gestion de ces antennes sera à régler au niveau des contrats de collaboration pour lesquels des clauses devraient être revues, rendues transparentes et uniformisées en vue de se conformer à l’idée d’une approche holistique et intégrée. Les modalités de financement pourront prendre la forme, en sus de l’investissement propre, de la location et du leasing. Le nombre de ces sites n’est pas limité dans l’absolu. 3 Avis commun de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Métiers L’objectif est, toutefois, de limiter « les antennes de services au maximum de deux en vue d’assurer et de maintenir une gestion et une coordination des unités de soins par le gestionnaire. » De plus, la législation hospitalière s’appliquera aux structures extrahospitalières dans la limite des antennes qui sont créées. Il s’ensuit qu’au niveau des conditions de travail, la convention collective des hôpitaux s’appliquera, de même que les obligations auxquelles sont soumises les prestataires de soins, telles que les gardes et les astreintes. Par ailleurs, l’urgence du Projet s’explique par l’ouverture d’un centre médical d’imagerie au Potaschberg, qui ne disposerait pas de base légale pour fonctionner, selon le ministère de la Santé, situation qui montre clairement la nécessité de légiférer dans ce domaine dans l’intérêt de la planification sanitaire et financière et de la sécurité du patient. Si des solutions pourraient exister pour ce cas particulier, car certains hôpitaux luxembourgeois peuvent encore légalement ouvrir une antenne supplémentaire, cette solution ponctuelle ne saurait pouvoir être multipliée pour de nouveaux centres à venir. Au Luxembourg, les centres hospitaliers disposent actuellement de 11 machines d’IRM et ce nombre passerait à 12 dès que la situation du centre médical d’imagerie Potaschberg sera régularisée. La Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers soutiennent un « virage ambulatoire » du système de santé, mais, dans la mesure du possible, planifié et visant à assurer la complémentarité entre les soins hospitaliers et extrahospitaliers. Les deux Chambres rappellent, par ailleurs, que les activités de dialyse et de chimiothérapie, toutes deux incluses dans le Projet, sont déjà actuellement ambulatoires. Dans un contexte de digitalisation et de progès médical, il importe également d’assurer l’avancement et l’utilisation d’outils digitaux tels que la documentation hospitalière qui constitue la base d’un fonctionnement optimal et permet d’évaluer et encadrer les besoins sanitaires. Le dossier de soins partagé est un autre exemple en la matière. Idéalement, un système IT unique au niveau hospitalier et extrahospitalier permettrait d’assurer un suivi cohérent du parcours du patient et de dégager des données médicales nécessaires à la planification sanitaire et au progrès médical. Dans un esprit de sécurité à la fois juridique, financière et systémique, le Projet doit s’intégrer davantage dans une vision continue prenant en compte les intentions développées dans le passé avec, entre autres, les lois sur les soins de santé, les droits et obligations du patient, la réforme du Contrôle médical de la Sécurité sociale (CMSS) et la planification hospitalière. Les remarques formulées par les Chambres lors de la rédaction d’avis antérieurs restent applicables. Il est important de prévoir une coordination cohérente des différents projets envisagés ainsi que des gardes fous afin d’éviter un redressement ex post des législations. Dans ce contexte, il importe de : • revoir les mécanismes de gouvernance pour améliorer la collaboration entre décideurs et parties prenantes, • assurer une continuation dans la planification sanitaire du pays, • soutenir davantage les acteurs responsables du pilotage de l’écosystème de santé, • sanctionner les abus plutôt que de démultiplier les incitatifs financiers, • fusionner les centres de décision, • clarifier les bases légales des dossiers de santé, • finaliser les principes de financement applicables pour l’acquisition d’équipements médicaux en milieu hospitalier et extrahospitalier, • revoir et peaufiner l’approche forfaitaire en introduisant des gardes fous dans le sens d’une meilleure prévisibilité des dépenses dans le domaine extrahospitalier et 4 Avis commun de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Métiers • introduire des règles anti-cumul et de cadrage pour tout remboursement de prestations ou rémunération (par exemple : gardes, équipements, location d’appareil), généraliser l’accessibilité du dossier patient et assurer que la documentation hospitalière et le dossier patient soient tenus à jour et accessibles. Pour une vision globale du système de santé o Meilleurs coordination et pilotage du système La Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers estiment que le Projet est une étape importante dans l’évolution du système de santé depuis qu’a été promulguée la loi du 8 mars 2018 relative aux établissements hospitaliers et à la planification hospitalière. Ainsi, les propositions du Projet doivent s’inscrire dans le contexte d’une analyse et vision globale du système de soins de santé, qui s’oriente notamment vers une meilleure coordination et un meilleur pilotage de ce système. De fait, il s’agit de définir une stratégie cohérente et commune pour un système de santé de qualité et efficient qui soit accessible à tout le monde. Il est nécessaire de protéger et constamment améliorer un système de santé qui est sujet aux règles de gouvernance et de redistribution propres aux systèmes de sécurité sociale et de santé luxembourgeois. Actuellement, le plan national de santé auquel l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) a fait part de sa contribution est en voie de finalisation. A voir quelles seront les actions concrètes envisagées visant à mettre en place les mesures retenues dans ce plan de santé et si elles seront susceptibles d’améliorer le système de santé national. o Soutenabilité du système de santé Pour la Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers, le système de santé luxembourgeois fait aujourd’hui face à plusieurs défis, confirmés par la crise sanitaire, qui incitent à l’adapter aux nouvelles réalités et ceci rapidement. Le premier de ces défis est le nécessaire redressement à court terme de la situation financière de l’AMM pour préserver la soutenabilité du système de santé, dans le contexte d’un premier pilier particulièrement généreux et qui n’intègre que très peu les atouts que peuvent apporter le pilier complémentaire. Dans ce cadre, les instruments de pilotage du système prévus par la loi tels que l’enveloppe budgétaire globale (EBG), y compris les contrôles, doivent être appliqués et renforcés. La réforme des soins de santé de 2010 a introduit l’EBG, un instrument de cadrage prometteur qui vise le plafonnement des dépenses hospitalières. Toutefois, les adaptations opérées en 2018 ont remis en cause l’efficience de cet instrument. L’EBG nécessite ainsi une nouvelle refonte qui la rapproche à nouveau de ses principes initiaux. Le rapport de l’IGSS sur l’enveloppe budégtaire globale, avec son avis complémentaire sur l’EBG de 2021 et 2022, qui inclut pour la première fois une analyse sur les réserves des établissements hospitaliers, donne à refléchir à maints égards. Le CMSS devrait être davantage reconnu et renforcé dans ses missions dans le sens des intentions développées initialement par le projet sur la réforme du Contrôle médical
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.