Luxembourg, le 8 août 2023 Objet : Projet de loi n°82341 portant : 1. introduction d’un programme de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences et 2. modification du Code du travail. (6376SBE/TAL) Saisine : Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Economie sociale et solidaire (17 mai 2023) Le projet de loi sous avis (ci-après le « Projet ») a pour objet d’introduire un programme de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences appelé « Skills-Plang », à destination des entreprises luxembourgeoises. Il modifie en conséquence le Code du travail, par l’insertion d’un nouveau chapitre IV, au titre premier du livre V, intitulé « Programme de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences » (articles L. 514-1 à L. 514-10 nouveaux). En bref ➢ La Chambre de Commerce soutient l’ambition du projet de loi sous avis qui, face aux changements structurels, apporte un support aux entreprises et leur permet d’en anticiper les impacts, par le biais de la formation professionnelle continue. ➢ Elle salue le dispositif d’aides financières à la formation dont le taux de co-financement est plus élevé que celui des aides existantes dans le cadre de l’accès collectif, du moins pour les micro, petites et moyennes entreprises. ➢ Pour le surplus, la Chambre de Commerce invite à une simplification des modalités de mise en œuvre afin de rendre la charge administrative moins contraignante pour les entreprises. ➢ Elle préconise la réalisation d’une première étude d’évaluation deux ans après l’entrée en vigueur du Projet. ➢ La Chambre de Commerce est en mesure d’approuver le projet de loi sous avis, sous réserve de la prise en compte de ses remarques. 1 Lien vers le projet de loi sur le site de la Chambre des Députés 2 Rappel du contexte, des études et des enjeux Le programme « Skills-Plang » a été prévu initialement dans le cadre du Skillsdësch, qui réunit le Gouvernement et les partenaires sociaux dans la détermination d’une stratégie en matière de compétences. Il institue un dispositif de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences qui s’appuie en premier lieu sur l’analyse des besoins concrets des entreprises en matière de formation et en second lieu sur la mise en place d’un plan de formation adapté à ces besoins. Il s’inscrit dans la lignée du projet pilote « Luxembourg Digital Skills Bridge » (LDSB) lancé en 2018, afin d’anticiper les répercussions des évolutions technologiques sur l’emploi et plus largement, dans l’initiative Future Skills de l’Agence pour le développement de l’emploi (ADEM), dont l’un des trois volets porte sur l’employabilité et s’adresse aux entreprises qui souhaitent préparer de manière préventive leurs salariés aux évolutions du marché de l’emploi et donc anticiper les transformations des professions et des compétences. Il a pour objectif de proposer aux « salariés impactés » 2, des parcours en vue d’une requalification interne (re-skilling), ou d’une évolution dans le métier concerné (up-skilling). Il vise donc les entreprises en bonne santé. Les auteurs rappellent, dans l’exposé des motifs, que les entreprises, tous secteurs confondus, voient depuis plusieurs années, leurs activités bouleversées par de nombreuses évolutions : technologiques, environnementales, règlementaires et plus généralement sociétales. Ce contexte, accentué par la pandémie, impacte directement les métiers, voire professions qui se transforment quand d’autres disparaissent, ou de nouvelles sont créées3. Aujourd’hui, le marché de l’emploi laisse apparaître une inadéquation entre les compétences demandées et celles qui sont disponibles. Cette pénurie de main d’œuvre touche la plupart des domaines d’activités et concerne tous les niveaux de qualification requise. Les auteurs mentionnent en outre, le caractère indispensable des aides à la formation professionnelle continue afin de garantir la sécurisation de l’employabilité des salariés et d’agir de manière préventive contre le chômage. Pour autant, ils avancent que « les aides (…) du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse qui existent actuellement ne suffisent pas à contribuer à inciter les entreprises à investir dans des actions de requalifications (re-skilling), ou de montée en compétences (up-skilling) de leurs personnel ». Selon l’exposé des motifs, qui fait apparaître les données de l’enquête sur « les entreprises en Europe (ECS, 2019) », seulement « 32% des employeurs au Luxembourg offrent une formation à la plupart de leur personnel, ce qui est inférieur à la moyenne de l’UE qui s’élève à 35% ». La part consacrée à la formation au sein des « micros, petites et moyennes entreprises » est encore plus faible. Il en ressort de plus, que « 43% des adultes au Luxembourg participent à une formation formelle ou non formelle au cours d’une année (Adult Education Survey, 2016) et 16% au cours d’un mois (Labor Force Survey, 2020), avec une part plus faible (6%) pour les adultes ayant déjà un niveau d’éducation bas et qui sont donc plus exposés au chômage ». Enfin, l’étude sur la « Skills strategy » au Luxembourg publiée en février 2023 par l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) met en avant la nécessité de déployer de nouvelles incitations financières capables de répondre de manière « plus proactive aux besoins critiques en matière de up-skilling et reskilling ». Partant de ces constats, le Projet propose de mettre en place, pour les entreprises, un nouveau dispositif d’aides financières à la formation dont le taux de financement est plus élevé que celui des aides existantes, en particulier le taux actuel de cofinancement de la formation en entreprise, dit accès collectif, ce que la Chambre de Commerce salue. La Chambre de Commerce Le Projet définit le « salarié impacté » comme « un salarié ayant une ancienneté d’au moins douze mois, dont le poste est impacté par des tendances structurelles du marché économique, et qui est par conséquent en besoin d’une requalification ou d’une montée en compétences d’au moins cent-vingt heures de formation, afin de sécuriser son employabilité au sein de l'entreprise et au-delà ». 3 L’OCDE estime que 14% des postes occupés ont une forte probabilité d’être automatisés, et 32% des emplois se verront transformés significativement par l’automatisation. 2 3 rappelle dans ce contexte qu’elle a défini dix recommandations4 pour donner de l’essor à la formation en entreprise via un accès collectif plus performant, qui restent valables indépendamment des améliorations potentielles apportées à travers le présent Projet. Le Skills-Plang cible exclusivement les salariés ayant un besoin spécifique, en favorisant d’une part les montées en compétences (up-skilling) et en facilitant d’autre part, les requalifications en interne à l’entreprise (re-skilling), afin de rester employables sur le marché de l’emploi. Seuls les up-skillings/re-skillings intensifs, qui nécessitent au moins 120 heures de formation, seront couverts par ce programme. Le Skills-Plang est donc un programme nouveau de « gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences », « à destination des entreprises luxembourgeoises et de leurs salariés impactés pour répondre aux nouvelles exigences et évolutions du marché du travail qui sont dues à des tendances technologiques, environnementales, réglementaires ou sociétales », dont l’objectif est de renforcer l’employabilité des salariés. Répondant, en ce sens, à des besoins spécifiques par rapport aux autres programmes de formation continue régulière cofinancés via l’accès collectif, il exclut tout cumul avec d’autres aides à la formation professionnelle continue. pour répondre aux nouvelles exigences et évolutions du marché du travail qui sont dues à des tendances technologiques, environnementales, réglementaires ou sociétales. Dès lors qu’une entreprise constate une « transformation de ses activités ou besoins en compétences suite à de nouvelles tendances structurelles5 du marché économique », elle peut introduire une demande auprès de l’ADEM afin de participer au programme de gestion prévisionnelle de sa main-d’œuvre et de l’établissement d’un plan de développement des compétences de ses salariés. Cela aboutira, pour les salariés concernés, à la détermination de formations adaptées et cofinancées par l’Etat, dans le cadre du Skills-Plang. Dans cette démarche, l’entreprise est accompagnée par des consultants externes agréés disposant soit du titre de « consultant agréé » soit du titre d’« entreprise de conseil agréée » après délivrance d’un agrément par le ministre du Travail sur avis de l’ADEM. L’agrément est valable pour trois ans et reconductible sur demande écrite. Le dispositif élaboré par le présent Projet comporte, dans sa mise en œuvre, plusieurs étapes qui se déclinent comme suit : 4 - dépôt auprès du directeur de l’ADEM par l’entreprise, après en avoir informé sa délégation du personnel, d’un dossier de candidature qui fait apparaître une vision stratégique claire quant à l’évolution de son activité et de ses futurs besoins en compétences, ainsi que les coordonnées et le devis du consultant qu’elle a sélectionné et qui l’accompagnera dans le cadre du Skills-Plang ; - instruction du dossier par l’ADEM et validation de la candidature de l’entreprise suivant plusieurs critères d’éligibilité6 ; - une fois, le dossier accepté, déploiement du Skills-Plang. ECO News Flash 2021/N°3 : « Quelles aides à la formation pour relever le défi en matière de skills et soutenir une économie compétitive, résiliente et durable? 5 dues à des tendances technologiques, environnementales, réglementaires ou sociétales 6 Suivant l’article L. 514-6 projeté, ces critères sont : - avoir son siège social au Grand-Duché de Luxembourg ; - avoir une activité réelle au Grand-Duché de Luxembourg depuis au moins 3 ans ; - ne pas être en difficulté économique au sens de l’article 2 point 18 du règlement 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité 4 Ce déploiement s’effectue ensuite en deux temps : - tout d’abord, avec l’aide du consultant choisi, partant de la situation actuelle de l’entreprise, une phase d’analyse prévisionnelle (notamment l’identification des postes en transformation profonde, et des salariés éligibles et la réalisation de bilans de compétences) et de préparation du plan de formation avec le calcul du budget estimatif pour le réaliser, soumis préalablement pour information et consultation aux délégués du personnel. Un rapport final7 devra être dressé par le consultant (ou l’entreprise de conseil) et transmis au directeur de l’ADEM pour validation ; - puis la réalisation du Skills-Plang par le passage à la phase concrète de mise en œuvre de la formation des salariés concernés, qui doit se faire endéans 24 mois8 (condition pour bénéficier du cofinancement étatique). L’entreprise devra inscrire les salariés concernés aux formations qu’elle aura choisies en respectant différents critères9. Sur demande motivée effectuée dans le rapport final, l’entreprise peut en outre se faire assister par son consultant agréé ou son entreprise de conseil agréée dans l’accompagnement individuel des salariés impactés, voire (dans le cas des micro, petites et moyennes entreprises) dans la sélection des formations et l’organisation des agendas du personnel autour des formations. Un Comité de suivi tripartite10 institué auprès du ministre du Travail est chargé d’examiner l’évolution de l’application du dispositif Skills-Plang.. Les membres du Comité et le président11 sont nommés par le ministre pour une durée de cinq ans renouvelables et son révocables à tout moment. Le Comité se réunira, sur convocation de son président ou à la demande d’au moins la moitié de ses membres, et au moins deux fois par année. Considérations générales Le Projet a pour objet d’introduire un nouveau dispositif ciblé d’aide à la formation professionnelle continue, qui se traduit par la participation financière du Fonds pour l’emploi pendant toute la durée du programme de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences. auquel sera joint l’avis de la délégation du personnel, sous peine d’irrecevabilité du dossier à partir de la date de validation du programme de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences par l’ADEM 9 L’entreprise choisit les formations définitives qui doivent respecter les critères suivants (article L. 514-6 projeté) : 1° être dispensées par un organisme de formation agréé au Grand-Duché de Luxembourg ou, si aucun de ces organismes n’offre les formations en question, par un organisme de formation étranger accepté par l’Agence pour le développement de l’emploi ; 2° augmenter l’employabilité générale du salarié impacté ; 3° correspondre au contenu défini dans le rapport final validé ; 4° le coût définitif de la formation doit correspondre au budget indiqué dans le rapport final validé, à défaut un dépassement de 20 pour cent au maximum peut être accepté par l’Agence pour le développement de l’emploi ; 5° être sanctionnées par un certificat de participation attestant un taux de présence d’au moins 80 pour cent ou par un certificat de réussite délivré sur base d’un examen ; 6° les détails sur les heures de formation et les connaissances acquises doivent être fournis ; 7° une facture doit être présentée. La Chambre de Commerce : recommande de revoir le texte des points 4°, 6° et 7° ci-dessus afin de mieux les accorder avec le début du paragraphe ; s'interroge sur les critères permettant à l’Adem d’accepter un organisme de formation étranger, à défaut de précision sous le point 1°. 10 Il se composera de :
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.