← Luxembourg

Projet de loi relatif au budget provisoire pour la période 1er janvier au 30 avril 2024 et portant modification : 1° de la loi modifiée du 4 décembre

Avis lll/86/2023 8 décembre 2023 Budget provisoire 2024 relatif au Projet de loi relatif au budget provisoire pour la période 1er janvier au 30 avril 2024 et portant modification : 1° de la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l’impôt sur le revenu ; 2° de la loi modifiée du 17 décembre 2010 fixant les droits d’accises et les taxes assimilées sur les produits énergétiques, l’électricité, les produits de tabacs manufacturés, l’alcool et les boissons alcooliques PARTIE

  1. Activité économique..................................................................................... 2 I. Le PIB en volume.................................................................................................. 3 II. Le PIB en valeur ................................................................................................ 4 III. Les projections de croissance............................................................................... 5 IV. L’analyse sectorielle ........................................................................................... 8 V. La situation du secteur bancaire à mettre dans son contexte ..................................... 9 i. ii. iii. iv. Valeur ajoutée brute des activités financières et d’assurance ...................................................... 9 Crédits octroyés aux agents économiques au Luxembourg .........................................................11 Crédits octroyés dans le monde entier.....................................................................................13 Des résultats en forte augmentation .......................................................................................14 VII. La rentabilité des entreprises (non financières) luxembourgeoises ............................. 16 i. ii. iii. L’EBE et le chiffre d’affaires – une relation complexe .................................................................16 La composition du chiffre d’affaires .........................................................................................17 La faible relation entre intensité du travail et taux d’EBE ...........................................................18 VI. VIII. Salaires et profits : les entreprises ont l’avantage .................................................. 15 Commentaires de la CSL................................................................................. 19 PARTIE
  2. Marché de l’emploi ..................................................................................... 21 I. II. L’évolution de l’emploi .......................................................................................... 21 i. ii. iii. Comparaison européenne ......................................................................................................22 Analyse sectorielle ................................................................................................................23 Projections économiques .......................................................................................................24 Le taux de chômage .......................................................................................... 24 III. Le halo du chômage .......................................................................................... 25 IV. Zoom sur les chômeurs ..................................................................................... 25 V. i. ii. iii. iv. Les demandeurs d’emploi selon leur métier .............................................................................26 Les demandeurs d’emploi résidents selon leur niveau d’éducation...............................................28 Les demandeurs d’emploi résidents selon leur durée d’inactivité .................................................28 Les demandeurs d’emploi résidents selon leur âge ....................................................................29 i. ii. Analyse sectorielle ................................................................................................................30 Zoom sur le secteur financier et le secteur de la construction .....................................................32 VI. Zoom sur les postes vacants............................................................................... 29 Commentaires de la CSL .................................................................................... 33 PARTIE
  3. Inégalités et pauvreté au Luxembourg ....................................................... 35 I. Les inégalités ...................................................................................................... 35 II. Le taux de risque de pauvreté............................................................................. 38 III. Pauvreté cachée ............................................................................................... 42 IV. Quelques pistes pour lutter contre les inégalités et la pauvreté ................................. 43 PARTIE
  4. Fiscalité..................................................................................................... 45 I. Les déductions fiscales.......................................................................................... 45 II. Crédits d’impôt : le niveau et le seuil ................................................................... 46 III. Barème d’imposition à ajuster à l’inflation ............................................................. 46 IV. Rééquilibrer la charge fiscale .............................................................................. 48 PARTIE
  5. Crise du logement ...................................................................................... 50 I. Les prix immobiliers ............................................................................................. 50 II. L’impact de la hausse récente et abrupte des taux d’intérêt ..................................... 53 III. L’évolution des loyers ........................................................................................ 54 IV. L’évolution du taux d’effort selon le mode d’occupation et le niveau de vie des ménages 55 V. Les réformes indispensables dans le contexte actuel ............................................... 58 Conclusion générale................................................................................................... 61 Annexe : Classifications des métiers selon la codification ROME ............................................. 63 Page 1 de 65 INTRODUCTION L'avis de la Chambre des salariés (CSL) sur le budget provisoire de l'État s'inscrit davantage dans une analyse économique que dans une évaluation formelle ou un avis par rapport au projet de loi sous rubrique. Ce budget, mécanique par nature, maintient une continuité politique par rapport à l'exercice précédent, ce qui limite les possibilités de commentaires ou d'avis significatifs de la part de la CSL. En effet, ce budget préliminaire est essentiellement une reproduction des données financières antérieures, adoptant une approche constante et prévisible conforme aux lignes directrices précédemment établies. Cependant, malgré cette similitude et cette continuité, la CSL considère essentiel de contribuer à alimenter le débat politique et économique, en apportant des éclairages supplémentaires et des recommandations en vue du budget définitif à venir. Ce dernier, attendu dans un proche avenir, offre une opportunité cruciale pour des ajustements et des orientations spécifiques, qui, selon la CSL, doivent refléter les défis actuels et les besoins de l'économie nationale. L'approche de la CSL se concentre sur la nécessité d'une politique budgétaire anticyclique, adaptée à la situation économique en évolution. À cet égard, la CSL souligne l'importance d'augmenter le pouvoir d'achat des ménages, un élément vital pour dynamiser la demande intérieure et soutenir la croissance économique. Cette augmentation du pouvoir d'achat, nécessaire pour stimuler la consommation et donc l'activité économique, pourrait être atteinte par le biais de la hausse de certaines prestations sociales, mais aussi par des mesures telles que l’adaptation du tarif de l’impôt à l’inflation, ainsi qu’un allègement plus structurel de l’impôt pour les faibles et moyens revenus et de manière générale l’une imposition plus conséquente des hauts revenus, des revenus du capital et du patrimoine. De plus, la CSL insiste sur l'impératif d'accroître les investissements publics, considérés comme des moteurs essentiels pour la relance économique et la préparation de l’avenir. Ces investissements doivent être dirigés vers des secteurs stratégiques tels que le logement abordable, l'éducation, la santé ainsi que la transition écologique et digitale, contribuant ainsi à renforcer la compétitivité économique à moyen et long terme du pays. Il est donc fondamental, selon la CSL, que le débat sur le budget définitif prenne en compte ces recommandations. Un budget qui s'appuie sur une politique budgétaire anticyclique, favorisant l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages et des investissements publics substantiels, peut jouer un rôle crucial dans la stimulation de l'économie nationale, la création d'emplois et l'amélioration des conditions de vie des citoyens. Page 2 de 65 PARTIE
  6. Activité économique I. Le PIB en volume L’activité économique a ralenti considérablement, au Luxembourg, comme en Europe et dans le monde depuis le début de l’année
  7. La guerre en Ukraine, combinée à une inflation d’un niveau que le continent n’a plus connue depuis les années 1970, a semé des incertitudes économiques et financières pour tous les acteurs et a ainsi constitué un important frein pour le développement économique. De plus, les politiques monétaires restrictives menées par les banques centrales internationales ont renchéri les crédits de manière à ralentir davantage la confiance des acteurs et par-là les dépenses d’investissements et de consommation. Ce ralentissement économique se fait remarquer par une décélération, voire une régression de la richesse créée dans les économies se traduisant ainsi dans une baisse (de la progression) du produit intérieur brut (PIB) et de la valeur ajoutée brute (VAB). En glissement annuel, le taux de croissance du PIB en volume luxembourgeois s’est rétrécit de telle manière que, depuis le dernier trimestre 2022 (2022Q4), le PIB en volume est en contraction. En effet, selon les dernières données trimestrielles provisoires disponibles, le PIB en volume a reculé de 2,3% en 2022Q4, de 1,6% en 2023Q1 et de 1,7% en 2023Q
  8. Avec ce recul du PIB pour le troisième trimestre d’affilé, le Luxembourg se démarque très clairement des pays limitrophes ainsi que de la moyenne de la zone euro et de la moyenne de l’Union européenne. Graphique 1 : Évolution en glissement annuel du PIB en volume 7,0% 6,0% 5,0% 4,0% 3,0% 2,0% 1,0% 0,0% -1,0% -2,0% -3,0% 2022-Q1 UE 2022-Q2 ZE 2022-Q3 Belgique 2022-Q4 Allemagne 2023-Q1 France 2023-Q2 Luxembourg Source : Eurostat D’un point de vue technique il est donc possible de constater que, parmi les pays illustrés dans le graphique, le Luxembourg est le seul pays en récession du fait qu’il a connu au moins deux trimestres de recul de son PIB d’affilée. Notre Chambre considère cependant important de rappeler que cette évolution constatée – et les mesures prises pour y réagir – sont basées sur les données trimestrielles provisoires qui sont révisées de trois en trois mois. Or, ces révisions et actualisations des chiffres ne sont pas du tout négligeables : elles conduisent souvent à des révisions ex post très importantes. Notons à titre d’exemple que lors de la dernière révision en septembre 2023 les taux de croissance du PIB pour 2023Q1 et pour 2022Q3 ont été ajustés de respectivement 1,3 et 1,7 point de pourcentage ! Une nouvelle révision pourrait donc très bien conduire à une amélioration considérable des données luxembourgeoises. Par conséquent, notre Chambre considère prématuré et même irresponsable de qualifier comme catastrophique la situation économique actuelle. Nonobstant, il est évident que la confiance des différents acteurs économiques est à un niveau très faible et que les incertitudes économiques pèsent sur l’activité du Luxembourg. Pour cette raison, la Page 3 de 65 CSL estime qu’il est important que l’État continue d’assurer un haut niveau d’investissements publics. Ce soutènement des investissements pourrait à la fois remplir le cahier des commandes des entreprises, mais aussi préparer le Luxembourg pour les défis liés à la transition écologique et digitale. En outre, en augmentant le pouvoir d’achat des ménages par une réforme fiscale (voir partie 4), l’État pourrait assurer une hausse de la demande intérieure de manière à stimuler l’économie nationale et de manière à augmenter la confiance économique des différents agents économiques. En effet, la demande des ménages correspond à environ 30% du PIB, accroître le pouvoir d’achat des ménages est donc un élément de le relance économique important ! D’une manière ou d’une autre, dans ces périodes d’incertitudes économiques la CSL considère comme primordial de mettre en place une véritable politique budgétaire contracyclique qui stimule la demande et les investissements afin de relancer l’économie. II. Le PIB en valeur Outre le caractère provisoire, il est important de noter que l’analyse en volume porte toujours certaines incertitudes. En effet, le PIB en volume ne peut être réellement mesuré, mais il s’agit d’une estimation sur base d’autres données réellement mesurées, à savoir le PIB en valeur et l’évolution des coûts des facteurs de production. Concrètement, le PIB en volume est obtenu en divisant le PIB en valeur (qui est mesurable et mesuré) par le déflateur de PIB qui est estimé à partir des coûts de production. Or, c’est expressément l’estimation de ce déflateur de PIB qui est loin d’être inattaquable et loin d’être évident. En effet, il est connu et reconnu par les instituts statistiques que le déflateur est difficilement mesurable pour certains secteurs, notamment pour le secteur des activités financières et d’assurance. Pourtant, ce secteur joue un rôle prépondérant dans l’économie et la valeur ajoutée luxembourgeoise où il pèse pour environ un quart du total. L’estimation du déflateur de PIB est donc davantage compliquée et douteuse pour le Luxembourg que pour les autres économies. Par ce fait, notre Chambre estime que l’analyse en volume doit impérativement être complétée (voire remplacée) par une analyse en valeur, car le résultat de cette analyse peut être bien différente. En analysant l’évolution du PIB en valeur en glissement annuel, il est possible d’observer que celleci, bien qu’elle ait ralenti, continue à être positive. Ainsi, pendant les deux premiers trimestres de l’année 2023 le PIB en valeur a progressé de l’ordre de 4% en glissement annuel – une hausse bien conséquente si on la compare à un résultat de progression négative du PIB en volume pendant cette même période. Graphique 2 : Évolution en glissement annuel du PIB en valeur 12,0% 10,0% 8,0% 6,0% 4,0% 2,0% 0,0% 2022-Q1 UE 2022-Q2 ZE 2022-Q3 Belgique 2022-Q4 Allemagne 2023-Q1 France 2023-Q2 Luxembourg Source : Eurostat Page 4 de 65 Si bien que la progression en valeur a été moins forte au Luxembourg que dans les pays voisins et que dans la moyenne de la zone euro, il faut noter que l’inflation au Luxembourg a aussi été moins importante pendant cette période. En fait, si l’on réduit le taux de croissance en valeur du taux d’inflation, il est à observer que le taux de croissance « ajustée »1 du Luxembourg reste positif en ce début de l’année 2023 ! Par ailleurs, pour les finances publiques, le PIB en valeur est celui qui est déterminant. L’État taxe la valeur des biens et services vendus et non pas leur volume. Selon les dernières prévisions, le PIB en valeur augmentera de 4% en 2023 et de 4,5% en
  9. Logiquement, cela aura un impact positif sur les recettes publiques, comme le confirme d'ailleurs la corrélation historique et remarquable entre le PIB en valeur et les recettes publiques (Graphique 3). Graphique 3 : Évolution historique de la croissance annuelle du PIB en valeur et des recettes des administrations publiques Données : Comptabilité nationale ; graphique : CSL. III. Les projections de croissance En analysant les projections de croissance économique, il est possible d’observer que celles-ci ont évolué considérablement pendant les derniers mois, mais à une ampleur bien plus importante pour le Luxembourg que pour d’autres pays. En ce qui concerne la projection de croissance en volume pour l’année 2023 par exemple, l’on observe que les dernières projections datant d’octobre-novembre tablent sur une régression du PIB entre 0,4% et 1%. À titre de comparaison, notons que lors des projections du début de l’année, voire de la fin de l’année précédente, le Statec et la Commission européenne ont estimé la croissance en 2023 à 1,6 – 2,4% ! L’Allemagne est le seul pays voisin pour lequel les instituts internationaux projettent une croissance négative : celle-ci devrait s’élever à -0,3% d’après les plus récentes données. D’une manière générale il faut observer que, même si les projections ont été révisées vers le bas pour bon nombre d’économies européennes, la correction a été particulièrement importante pour le Luxembourg. Entre avril et octobre le taux de croissance a été revue à la baisse pour une hauteur totale de 2,6 points de pourcentage, soit une correction presque trois fois plus forte que pour l’Allemagne qui a encore connue une correction de 0,7 point de pourcentage. 1 Ce taux serait comparable au taux de croissance réel, c’est-à-dire au taux de croissance du PIB en volume. Page 5 de 65 La CSL tient à noter qu’il doit donc être permis de se questionner sérieusement sur la fiabilité de ces données de projection qui sont corrigées au Luxembourg pour une ampleur comme nulle part ailleurs ! D’autant plus que les deux projections de croissance ayant été publiées en octobre, divergent d’un facteur de 2,5 : tandis que le FMI table sur une récession à hauteur de 0,4% pour le Luxembourg en 2023, le Statec mise sur une récession de 1%. De par cette variabilité de projections établies quasiment au même moment, la CSL estime qu’il faut rester réticent quant à l’interprétation de ces chiffres ! Graphique 4 : Évolution des projections de croissance volume pour l’année 2023 (en %) 2,5 2 1,5 1 0,5 0 -0,5 -1 Luxembourg Zone euro UE Belgique France Allemagne Budget PSC CE-Printemps CE-Été OCDE-Septembre FMI-Octobre Statec-Octobre CE-Automne Source : Statec, Commission européenne, Ministère des Finances, OCDE, FMI En ce qui concerne les projections de croissance pour l’année 2024, la variabilité et les corrections sont, certes, moins fortes, mais restent très importantes. Tant lors de l’élaboration du projet de budget de l’État pour l’année 2023 qu’au niveau des projections économiques de printemps de la Commission européenne, les économistes tablaient sur une croissance luxembourgeoise de 2,4% en
  10. Toutefois, ce taux de croissance est revu à la baisse avec les trois projections les plus récentes – selon ces projections la croissance devrait s’élever à 1,4 – 1,5% au Luxembourg. Même si elle est moins extrême que celle de la projection 2023, la baisse des projections pour 2024 est particulièrement plus importante au Luxembourg comparé aux autres pays. Des raisons pour cette correction plus que proportionnelle au Luxembourg ne sont par contre pas disponibles. Page 6 de 65 Graphique 5 : Évolution des projections de croissance volume pour l’année 2024 (en %) 4 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 Luxembourg Zone euro UE Belgique France Allemagne Budget PSC CE-Printemps CE-Été OCDE-Septembre FMI-Octobre Statec-Octobre CE-Automne Source : Statec, Commission européenne, Ministère des Finances, OCDE, FMI Outre ces incertitudes considérables quant aux projections d’évolution en volume, il est à noter que les projections d’évolution du PIB en valeur se sont dégradées d’une ampleur significativement moins forte. Pour l’année 2023, la projection de croissance est ainsi baissé de « seulement » 1 point de pourcentage de 5% à 4%. La croissance en valeur devrait donc se stabiliser au niveau des deux premiers trimestres de l’année. Pour 2024, la projection de croissance en valeur est même légèrement revue à la hausse par le Statec. Sachant que la projection d’inflation est restée constante, la projection de croissance « ajustée » de l’inflation aurait donc augmenté pour
  11. La CSL considère donc important de noter qu’à nouveau, les analyses en volume et en valeur ne convergent pas forcément et qu’il peut donc avoir des différences quant à l’interprétation de la conjoncture économique. Graphique 6 : Évolution des projections de croissance en valeur (en %) Source : Statec Page 7 de 65 IV. L’analyse sectorielle Indépendamment du fait qu’on analyse le PIB en volume ou en valeur, la CSL tient à répéter qu’il est indispensable de procéder par des différenciations sectorielles. En effet, il est d’une importance capitale pour notre Chambre de prendre en considération la diversité des secteurs économiques, car chacun d'eux évolue à son propre rythme. Tandis que certains secteurs font effectivement face à des défis importants, d’autres connaissent une croissance. Cette hétérogénéité nécessite une approche nuancée et différenciée. Plutôt que de généraliser ou de regrouper tous les secteurs sous une même catégorie en faisant l’analyse du PIB, il est impératif d'examiner chaque secteur individuellement par l’analyse de l’évolution de sa valeur ajoutée brute. Or, en menant l’analyse au niveau sectoriel de la valeur ajoutée en volume et en valeur, le seul secteur pour lequel un recul est observable de manière évidente est le secteur du transport et de l’entreposage. En effet, dans ce secteur la valeur ajoutée baisse tant en volume qu’en valeur – la baisse en volume étant toutefois considérablement plus importante. Ce recul important de la valeur ajoutée est expliqué par le Statec par la surperformance du fret aérien dans les années antérieures du fait de la crise sanitaire. Dans un bon nombre d’autres secteurs d’activité, l’image est considérablement plus nuancée avec des baisses au niveau de la valeur ajoutée en volume, mais une progression, voire une stabilisation au niveau de la valeur ajoutée en valeur. À titre d’illustration, notons que dans le secteur de la construction la valeur ajoutée en valeur a progressé de 6%, respectivement de 10,4%, aux deux premiers trimestres 2023, alors que pendant cette même période la valeur ajoutée en volume a baissé de respectivement 6,2% et 5,7% dans ce secteur. De même, le secteur des activités financières et d’assurance est en progression nominale, mais en régression réelle ; du fait de la particularité de ce secteur, ce phénomène nécessite pourtant une analyse à part. De par cette ambiguïté des résultats, la CSL tient à noter qu’il n’est pas véritablement possible de généraliser sur la situation des différents secteurs. Tableau 1 : Évolution de la valeur ajoutée brute en valeur et en volume par secteur Évolution en glissement annuel VAB en valeur VAB en volume 2023Q1 2023Q2 2023Q1 2023Q2 Agriculture 37.4% 10.4% -1.7% 0.2% Industrie 13.9% 5.8% 0.1% 7.8% Construction 6.0% 10.4% -6.2% -5.7% Commerce 9.4% -0.1% 1.8% -4.4% Transports et entreposage -22.5% -31.5% -7.1% -7.9% Hébergement et restauration 31.0% 13.7% 17.8% 2.4% Information et communication 8.7% 15.1% -3.8% 1.7% Activités financières et d'assurance 0.2% 1.6% -5.6% -6.7% Activités immobilières 3.2% 4.8% 0.9% 0.6% Activités spécialisées, scientifiques et techniques 11.3% 7.2% 3.9% -2.0% Activités de services administratifs et de soutien 8.5% 8.8% 1.9% 3.2% Administration publique, sécurité sociale, éducation, santé et action sociale 8.1% 11.8% 2.2% 3.5% Autres 4.9% 8.6% 1.7% 2.8% Données : Comptabilité nationale L’importance du secteur financier dans l’interprétation de la situation actuelle est très importante. Ce constat se confirme d’ailleurs aussi si l’on analyse l’autre économie de la zone euro qui dépend considérablement de son centre financier, à savoir l’Irlande. En effet, l’Irlande est le seul pays (en faisant abstraction de l’Estonie pour laquelle le ralentissement économique est directement lié à la Page 8 de 65 guerre en Ukraine) qui connaît une baisse du PIB en volume plus importante que celle du Luxembourg en
  12. Une telle situation où les deux économies financières sont celles avec la croissance réelle la plus faible au sein de la zone euro ne s’est, jusqu’à présent, jamais produite ! En somme, il est à noter que, hors secteur des activités financières et d’assurance où le recul de la valeur ajoutée en volume est à relativiser très clairement (voir section qui suit), l’économie luxembourgeoise est en progression, en valeur et en volume en ces premiers trimestres de 20232 ! La récession technique qui est donc observable avec les données trimestrielles provisoires est donc essentiellement due au secteur financier, un secteur qui se comporte tout de même plutôt bien comme on le montre dans la section qui suit ! V. La situation du secteur bancaire à mettre dans son contexte Il est important de relativiser la situation dans le secteur bancaire, voire de la mettre dans son contexte. Il est logique que, à la suite de la hausse des taux d’intérêts, moins de crédits sont accordés, et que par conséquent le volume de l’activité bancaire est en baisse. Vu le poids économique des banques, cette baisse du volume peut également se refléter dans le PIB réel du pays. Cependant, les banques affichent d’excellents résultats les derniers trimestres. Cette activité en valeur est donc en hausse. Pour le secteur bancaire, le fait que l’activité en volume est en baisse, n’est donc pas forcément un mauvais signe pour l’instant, comme l’activité en valeur est en hausse. Par ailleurs, l’État pourra donc davantage récolter d’impôts sur l’augmentation de l’activité en valeur (augmentation des résultats) des banques. Si on projette ce raisonnement sur l’évolution du PIB (en volume et en valeur) national, il est donc possible que la récession (mesurée en volume) serait déclenchée par le secteur bancaire, qui lui ne souffre pas pour l’instant, bien au contraire. i. Valeur ajoutée brute des activités financières et d’assurance Notons que le secteur des assurances est inclus dans cette section. Les mauvais résultats de ce secteur durant les derniers trimestres impactent négativement la performance du secteur des activités financières et d’assurance. Malheureusement, les données trimestrielles ne sont pas disponibles pour le secteur financier uniquement. 2 Le Statec confirme cette observation dans son Conjoncture Flash d’octobre. Page 9 de 65 Graphique 7 : Évolution de la VAB dans le secteur des activités financières et d’assurance Données : Comptabilité nationale ; graphique : CSL. Si les valeurs ajoutées brutes (VAB) en valeur et en volume ont évolué parallèlement jusqu’au début de l’année 2022, les deux indicateurs se sont écartés avec l’inflation et la hausse des taux d’intérêt. Ainsi, l’activité en volume a baissé durant les derniers trimestres, tandis que l’activité en valeur est restée stable. Rappelons que la mauvaise performance du secteur des assurances est sans doute à l’origine de l’évolution stable ces derniers trimestres, atténuant l’excellente performance en valeur du secteur bancaire (voir section iv. « Des résultats en forte augmentation »). Graphique 8 : Variation annuelle de la VAB dans le secteur des activités financières et d’assurance Données : Comptabilité nationale ; calculs et graphique : CSL. Concernant la variation annuelle en pourcentage, la VAB en volume du secteur est en baisse continue depuis le premier trimestre
  13. Cette baisse était particulièrement prononcée au dernier trimestre Page 10 de 65 2022 (-10,9%). La VAB en valeur, pour sa part, était seulement en baisse au dernier trimestre 2022 (-8,5%). ii. Crédits octroyés aux agents économiques au Luxembourg Cette partie fait l’analyse des crédits octroyés sur le territoire luxembourgeois par les établissements de crédit (EDC) situés au Luxembourg. Les assurances sont donc exclues dans cette partie. Les montants sont indiqués sur une base mensuelle et représentent les encours en fin de période, c.-àd. le montant des crédits qui doit encore être remboursé. Graphique 9 : Crédits octroyés par contrepartie en millions d’euros Données : BCL ; graphique : CSL. On peut remarquer que depuis le pic en mai 2022 (349 757 millions €), le montant des crédits octroyés au Luxembourg a considérablement baissé. En septembre 2023 il s’établit encore à 289 877 millions €. S’il est possible que le nombre de crédits accordés soit resté stable, et que les montants de ces crédits auraient simplement baissé, il est cependant probable que la baisse des crédits octroyés est un signe d’une baisse de l’activité en volume dans le secteur bancaire. Les données sur l’évolution du nombre de crédits immobiliers (cf. partie suivante) confirment ce constat. Les données sur le nombre du total des crédits octroyés ne sont pas disponibles. Page 11 de 65 Graphique 10 : Variation annuelle des crédits octroyés Données : BCL ; Calculs : CSL Concernant la variation annuelle en pourcentage, les crédits octroyés sont en baisse continue depuis octobre
  14. Graphique 11 : Crédits immobiliers consentis pour des immeubles situés au Luxembourg 8 000 7 000 7 388 7 265 7 166 6 384 6 500 6 345 6 000 3 859 4 000 2 724 2734 2603 2 000 1 000 3 281 3109 2 945 5 455 5 461 5 645 5 382 5 000 3 000 6 602 6 226 5 236 4 627 5 060 3 643 3 162 3 575 2 945 2 540 3 014 2 939 4 061 3 616 4 014 2 451 3 251 2 054 1 839 T1 T2 T3 2019 T4 T1 T2 T3 T4 T1 2020 en millions EUR T2 T3 T4 T1 2021 T2 T3 2022 T4 T1 1 816 1 784 T2 T3 2023 en unités Source : BCL Suite à la hausse des taux d’intérêt, le nombre ainsi que le montant des crédits immobiliers consentis 3 ont fortement baissés. Après le pic au dernier trimestre 2020, le nombre de prêts octroyés a baissé de 56% (7 388 prêts accordés au dernier trimestre 2020 contre 3 251 prêts accordés au troisième trimestre 2023). En millions d’euros ceci équivaut à une baisse de 54%. 3 Il s'agit uniquement des crédits nouvellement accordés au cours de la période de référence. Les chiffres indiquent le total des crédits immobiliers pour des immeubles situés au Luxembourg et consentis par un EDC situés au Luxembourg. Sont donc inclus : des crédits aux résidents et aux non-résidents ; le secteur résidentiel, non-résidentiel et communal ; les crédits aux nonpromoteurs et aux promoteurs ; les logements individuels, les autres immeubles résidentiels ou semi-résidentiels et l’amélioration d’immeubles existants. Page 12 de 65 Selon le directeur général de la CSSF, Claude Marx 4, 40% du stock des prêts immobiliers sont à taux variable et 60% à taux fixe. Le montant du stock des prêts immobiliers équivaut environ à 48 milliards d’euros. En juin 2023, 1,4% des crédits immobiliers étaient exposés au risque d’une incapacité de remboursement. Il y a un an, ce taux était à 1%. À la fin de l’année 2020, ce taux était à 1,3%. Pour l’instant, le risque d’une incapacité de remboursement n’est donc pas particulièrement élevé, selon la CSSF. Concernant uniquement les crédits relais, 4,5%, équivalant à un montant de 60 millions d’euros, sont exposés à un risque d’une incapacité de remboursement. iii. Crédits octroyés dans le monde entier Cette partie fait l’analyse sur les crédits octroyés dans le monde entier par les EDC situés au Luxembourg. Graphique 12 : Crédits octroyés par contrepartie dans le monde Données : BCL Similairement aux crédits octroyés au Luxembourg, on observe également une baisse pour les crédits octroyés dans le monde entier. Entre septembre 2022 et septembre 2023, ce montant a baissé de 7,2% en passant de 840 milliards d’euros à 780 milliards d’euros. 4 RTL : Invité vun der Redaktioun (
  15. September) – Claude Marx. Page 13 de 65 Graphique 13 : Variation annuelle des crédits octroyés dans le monde Données : BCL ; Calculs : CSL La variation annuelle en pourcentage indique également une baisse continue depuis décembre
  16. iv. Des résultats en forte augmentation Cette partie traite les données trimestrielles les plus récentes sur les comptes de profits et pertes des EDC, publiées par la Banque centrale du Luxembourg (BCL). Tableau 2 : Évolution trimestrielle et cumulée du compte de résultat du secteur bancaire 202003 202006 202009 202012 202109 202112 202206 202209 202212 Produits d'intérêts 3 432 6 252 8 739 11 055 2 324 4 815 7 278 10 030 2 807 6 138 10 390 16 506 8 338 18 105 Intérêts bonifiés Rubrique des débits et des crédits (en millions EUR) 1 977 3 469 4 709 5 821 1 131 2 414 3 600 4 912 1 385 3 104 5 469 9 464 5 944 12 992 Marge sur intérêts (1-2) 1 455 2 783 4 030 5 234 1 193 2 402 3 678 5 118 1 422 3 033 4 922 7 042 2 393 5 113 Revenus nets sur commissions 1 527 2 907 4 293 5 947 1 689 3 391 5 125 7 011 1 714 3 422 5 318 6 680 1 621 3 177 Revenus sur opérations de change 241 379 514 586 244 129 362 345 - 299 - 160 - 63 - 38 70 - 32 Dividendes reçus 76 450 455 541 57 649 662 871 104 726 827 1 003 76 Autres revenus nets - 154 - 55 - 40 327 241 562 574 606 562 598 485 346 243 342 Revenus hors intérêts (4+5+6+7) 1 690 3 682 5 222 7 402 2 231 4 731 6 722 8 832 2 082 4 586 6 567 7 991 2 010 3 981 Produit bancaire (3+8) 3 145 6 465 9 252 12 636 3 424 7 133 10 400 13 950 3 504 7 620 11 489 15 033 4 403 9 094 894 Frais de personnel 202103 202106 202203 202303 202306 494 1 786 2 681 3 754 939 1 905 2 874 3 992 926 1 899 2 867 3 818 988 1 991 895 1 632 2 367 3 394 959 1 959 2 876 3 932 1 064 2 192 3 199 4 131 1 158 2 192 Frais de personnel et d'exploitation (10+11) 1 788 3 418 5 047 7 148 1 899 3 863 5 750 7 924 1 989 4 090 6 066 7 949 2 146 Amortissements sur immobilisé non financier 163 341 519 718 181 371 558 756 186 373 557 737 189 375 1 194 2 705 3 685 4 770 1 344 2 899 4 092 5 270 1 328 3 156 4 865 6 347 2 068 4 536 Frais d'exploitation Résultats avant provisions, dépréciations et impôts (9-12-13) 4 183 Données : BCL Les données représentées dans le tableau ci-dessus sont des données trimestrielles cumulées à la fin de chaque trimestre. Il faut donc comparer les données par rapport au même trimestre de l’année précédente. Tableau 3 : Évolution cumulée des deux premiers trimestres uniquement du compte de résultat du secteur bancaire Données : BCL Page 14 de 65 La marge sur intérêts a continué à augmenter fortement au deuxième trimestre
  17. Le montant cumulé des deux premiers trimestres 2023 (5,1 milliards d’euros) a été de 68,6% plus élevé par rapport à la même période de l’année précédente (3 milliards d’euros). Par rapport aux deux premiers trimestres de l’année 2021 (2,4 milliards d’euros), la marge sur intérêts était même de 113% plus élevée, donc plus que le double. Comme le montre le premier tableau, la marge d’intérêts cumulé du deuxième trimestre 2023 est déjà plus élevée que celle du troisième trimestre 2022 (4,9 milliards d’euros) et elle correspond même au montant total réalisé par les banques durant toute l’année
  18. Le produit bancaire affiche également une belle progression de près de 20% au cours des deux premiers trimestres 2023 par rapport aux deux premiers trimestres
  19. Par rapport aux deux premiers trimestres 2020, l’augmentation était même de 40,7% durant les deux premiers trimestres
  20. Logiquement, le résultat avant provisions, dépréciations et impôts est également en augmentation. Cet indicateur a augmenté sur toute la période, avec une forte augmentation aux T1 et T2 2023 de 43,7% par rapport à la même période en
  21. Ainsi, on peut lire dans le premier tableau que cet indicateur est, après les deux premiers trimestres 2023, déjà presque au niveau de l’ensemble de l’année 2020 (4,77 milliards d’euros). VI. Salaires et profits : les entreprises ont l’avantage Selon des données de la Commission européenne, analysées par la Confédération européenne des syndicats (CES)5, le salaire réel des travailleurs européens continue de baisser en 2023 (-0,7% dans l’UE), tandis que les entreprises enregistrent des bénéfices supérieurs à l’inflation (+1,5% dans l’UE). Si, en partie grâce à l’indexation automatique des salaires, l’évolution des salaires est supérieure à l’inflation en 2023 au Luxembourg (+3,68% en termes réels), les profits réels des entreprises ont augmenté plus fortement (+4,71%). Notons que cette différence était encore plus prononcée en
  22. Selon la même base de données, les salaires réels ont baissé de 2,76%, tandis que les profits réels ont augmenté de 0,38% en
  23. Graphique 14 : Taux de croissance des profits réels et taux de croissance des salaires réels 10 8 6 4 2 Sweden Finland Slovakia Slovenia Portugal Romania Poland Austria Malta Netherlands Hungary Lithuania Latvia Cyprus Italy Croatia France Spain Greece Ireland Estonia Denmark Germany Czechia Belgium Luxembourg -6 Bulgaria -4 Euro area -2 European Union 0 -8 -10 Taux de croissance des profits réels 2023 Taux de croissance des salaires réels 2023 Données : Commission européenne ; graphique : CES. 5 « Salaires réels en baisse malgré une augmentation des bénéfices réels », communiqué de presse du 15 novembre
  24. Page 15 de 65 VII. La rentabilité des luxembourgeoises entreprises (non financières) Certains acteurs évoquent de manière récurrente une prétendue faible rentabilité des entreprises (non financières) luxembourgeoises en comparaison intra-communautaire. Dans ce contexte, ils se basent généralement sur la mauvaise performance de l’économie marchande luxembourgeoise en ce qui concerne le ratio entre excédent brut d’exploitation (EBE) et chiffre d’affaires (ci-après le « taux d’EBE »). En outre, ces acteurs critiquent généralement le coût du travail élevé au Luxembourg qui serait, selon eux, le responsable primaire pour ce faible taux d’EBE, signe d’une économie peu rentable et donc peu compétitive. Ainsi, ce sont les secteurs d’activités intensifs en main-d’œuvre – le commerce, l’Horeca, etc. – qui seraient touchés en première ligne par ces défis de rentabilité. Graphique 15 : Evolution du ratio entre excédent brut d'exploitation et chiffre d'affaires de l'économie marchande non financière (taux d'EBE) 12,00% 10,00% 8,00% 6,00% 4,00% 2,00% 0,00% 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Allemagne Belgique Luxembourg France Or, s’il est vrai que le Luxembourg affiche un taux d’EBE plutôt faible, mais stable en comparaison internationale, il faut faire attention à ne pas en tirer de fausses conclusions. En effet, l’analyse de la performance économique des entreprises en comparaison internationale s’avère particulièrement complexe et le taux d’EBE est un indicateur fortement inadapté pour mesurer la rentabilité des entreprises non financières luxembourgeoises. Le taux d’excédent brut d’exploitation : un indicateur particulièrement inadapté pour mesurer la rentabilité des entreprises non-financières luxembourgeoises i. L’EBE et le chiffre d’affaires – une relation complexe Tout d’abord, il est important de rappeler la définition de l’indicateur et les différentes composantes qui peuvent impacter son niveau. Le taux d’EBE représente le ratio entre

(1)l’EBE et
(2)le chiffre d’affaires des entreprises non financières. L’EBE prend la fonction du numérateur et désigne l’excédent généré par les activités d’exploitation des sociétés après rémunération de la main-d’œuvre, mais avant impôts, remboursement des créanciers et investissements. Le chiffre d’affaires prend la fonction du dénominateur. Logiquement, si le chiffre d’affaires augmente à un rythme plus dynamique que l’EBE, le taux d’EBE diminue. Page 16 de 65 Or, le chiffre d’affaires quant-à-lui est constitué de plusieurs composantes qui peuvent évoluer à des rythmes différents et ainsi avoir un impact individuel sur l’évolution du niveau du chiffre d’affaires et donc du taux d’EBE. Par conséquent, afin de pouvoir juger l’évolution du taux d’EBE et d’identifier les responsables et les raisons pour la mauvaise performance du Luxembourg en ce qui concerne cet indicateur, il faut tout d’abord analyser l’évolution du poids des différentes composantes du chiffre d’affaires ii. La composition du chiffre d’affaires Le chiffre d’affaires des entreprises non financières est constitué en grande partie du coût net des produits revendus en l’état. Cette part compte pour plus que la moitié (p.ex. 57% en 2015) et a ainsi un impact important sur la valeur totale du chiffre d’affaires. Par conséquent, tout hausse importante du prix respectivement du volume des produits revendus en l’état fait augmenter le chiffre d’affaires sans que l’EBE augmente nécessairement au même rythme, évolution qui aurait mécaniquement un effet baissier sur le taux d’EBE. En soustrayant le coût net des produits revendus en l’état du chiffre d’affaires total, on reçoit la valeur de la production, le montant de ce qui a été effectivement produit par les entreprises. En 2015, la production correspondait ainsi à 43% du chiffre d’affaires des entreprises non-financières. Une partie importante de cette production d’une entreprise est constituée de la consommation intermédiaire qui reflète la somme des coûts des biens et services consommés lors du processus de production interne à l’entreprise. En 2015, la consommation intermédiaire correspondait à 65% de la valeur de la production respectivement 28% du chiffre d’affaires. Après soustraction de la consommation intermédiaire de la valeur de la production, on reçoit la valeur ajoutée au coût des facteurs qui était, par exemple, de 15% du chiffre d’affaires en 2015. La valeur ajoutée au coût des facteurs est répartie entre le personnel (les dépenses de personnel respectivement la part salariale) et l’entreprise (l’EBE). En 2015, les dépenses de personnel correspondaient à +/- 8% du chiffre d’affaires et l’EBE à +/- 6%. Graphique 16 : Analyse du chiffre d’affaires L’analyse de l’évolution du poids des différentes composantes du chiffre d’affaires des entreprises non financières entre 2005 et 2015 permet de visualiser la relation complexe entre chiffre d’affaires et EBE. En effet, vu la composition du chiffre d’affaires, une baisse du taux d’EBE n’est pas nécessairement liée à une hausse des dépenses de personnel respectivement à une baisse de la valeur ajoutée. Tout au contraire, vu le poids beaucoup plus important que les autres composantes prennent dans le total du chiffre d’affaires, tout changement au niveau du coût des produits revendus en l’état respectivement de la consommation intermédiaire risque d’avoir un impact important sur la valeur du chiffre d’affaires (dénominateur) et donc sur le taux d’EBE, sans que l’EBE (en valeur) ait forcément changé. Page 17 de 65 En effet, au vu de l’évolution enregistrée entre 2005 et 2015 (graphique ci-dessus), force est de constater que la baisse du taux d’EBE de 8 à 6% n’était pas liée à une hausse des dépenses de personnel. En effet, la part des dépenses de personnel dans le total du chiffre d’affaires à baissé de manière encore plus importante sur la même période (de 12 à 8%). La baisse du taux d’EBE était principalement liée à l’explosion du coût net des produits revendus en l’état dont la part est passée de 53 à 57% du chiffre d’affaires. Or, cette hausse plus dynamique du chiffre d’affaires s’explique par la structure économique particulière du Luxembourg et de l’essor de certains phénomènes – le négoce international, la soustraitance, le travail à façon – qui font gonfler le chiffre d’affaires et qui baissent donc le taux de production respectivement le taux d’EBE, sans que les entreprises soient nécessairement moins rentables, voire moins compétitives. En outre, il faut souligner que l’analyse par branche risque de susciter une mauvaise interprétation de la réalité économique de nombreuses entreprises. En effet, vu la dimension limitée et la structure particulière du tissu économique luxembourgeois, le comportement d’une minorité de grands acteurs a un impact considérable sur le taux d’EBE moyen. D’ailleurs, notons qu’une baisse du taux d’EBE ne doit pas être confondue avec une baisse de l’EBE. Ainsi, entre 2005 et 2015, le taux d’EBE a baissé de presque 25%, tandis que l’EBE à presque doublé ! Cette évolution contraire entre le taux d’EBE et l’EBE (graphique ci-dessous) est due au simple fait que le chiffre d’affaires a augmenté plus vite que l’EBE. Or, le rythme de croissance du chiffre d’affaires a non seulement dépassé celui de l’EBE, mais également celui de la valeur ajoutée au coût des facteurs. En effet, nous constatons que l’EBE a augmenté de facto au même rythme, voire légèrement plus vite que la valeur ajoutée au coût des facteurs ce qui veut également dire que la part des dépenses de personnel (la part salariale) dans la valeur ajoutée est resté à peu près stable (voire qu’elle a même légèrement diminué). Ainsi, la baisse du taux d’EBE sur ladite période n’était pas liée à une hausse des salaires respectivement de la part salariale, mais elle était tout simplement le résultat de l’effet mécanique provoqué par le gonflement du chiffre d’affaires à travers la hausse importante du coût des produits revendus en l’état. Graphique 17 : Évolution du chiffre d’affaires et des différents indicateurs économiques iii. La faible relation entre intensité du travail et taux d’EBE Etant donné que les dépenses de personnel ne constituent qu’une part minimale du chiffre d’affaires, leur impact sur le taux d’EBE est plutôt limité. Par conséquent, vu le rôle secondaire de l’évolution des dépenses de personnel dans l’évolution du taux d’EBE, toute pression à la baisse sur l’évolution future des salaires n’auraient donc qu’un impact minimal sur l’évolution du taux d’EBE. D’ailleurs, le taux d’EBE pourrait même diminuer au cas où la baisse de la part salariale serait surcompensée par Page 18 de 65 une hausse plus dynamique du coût des produits revendus en l’état respectivement de la consommation intermédiaire. Ce paradoxe illustre les nombreux points faibles de cet indicateur qui est clairement inadapté pour juger la rentabilité des entreprises non financières. Dans une note de 20186, le STATEC souligne que « la relation entre la part salariale et le taux d’EBE est donc plus complexe qu’une simple relation inverse. » En effet, ce ne sont pas nécessairement les secteurs d’activité à forte intensité de main d’œuvre qui affichent un taux d’EBE moins élevé. Tout au contraire, ce sont notamment les secteurs d’activité dans lesquels le chiffre d’affaires est constitué en grande partie du coût net des produits revendus en l’Etat où le taux d’EBE a tendance d’être moins élevé. L’analyse des trois activités de commerce – le commerce de gros (G46), le commerce de détail (G47) et le commerce et réparation d’automobiles et de motocycles (G45) – permet de visualiser cette relation faible entre intensité de travail et taux d’EBE. En effet, parmi ces trois activités, le taux d’EBE est le plus faible dans le commerce de gros où la part des dépenses de personnel par rapport à la valeur ajoutée est la moins élevée. De plus, en dépit du taux d’EBE faible, le commerce de gros est un des secteurs qui génère le plus d’EBE en dehors du secteur financier au Luxembourg. En même temps, le taux d’EBE est plus élevé dans les deux autres activités en dépit de la plus forte intensité du travail. Le STATEC conclut : « L’observation d’une relation plus faible entre part salariale et taux d’EBE semble paradoxale dans la mesure où les dépenses de personnel sont égales à la différence entre valeur ajoutée et excédent brut d’exploitation. Toutefois, l’explication réside dans le fait que les taux de marge sont obtenus en divisant la marge par le chiffre d’affaires. Ainsi, il convient de tenir compte de l’importance des dépenses de personnel dans le chiffre d’affaires et non pas uniquement dans la valeur ajoutée. » VIII. Commentaires de la CSL Dans un contexte où les données économiques actuelles sont souvent temporaires et susceptibles d'évoluer, la CSL considère impératif d'adopter une approche de prudence lors de leur analyse. La nature provisoire des données de la comptabilité nationale souligne l'importance cruciale de baser nos conclusions sur une diversité de sources et d'indicateurs. Bien que la situation actuelle puisse paraître complexe et nuancée, il est primordial de résister à la tentation de tirer des conclusions hâtives. L'étude minutieuse et la confrontation de différentes données économiques permettent de mieux appréhender la réalité et d'éviter les jugements précipités. Dans ce contexte, la CSL regrette de constater que l'analyse actuelle, souvent axée uniquement sur le PIB réel (PIB en volume), néglige trop fréquemment l'importance du PIB nominal (PIB en valeur). Cette focalisation unilatérale conduit parfois à des interprétations biaisées de la situation économique. En réalité, ces deux mesures fournissent des perspectives différentes et complémentaires, offrant ainsi une image plus complète et nuancée de l'état économique actuel. Ainsi, tandis que le PIB réel est en recul, le contraire est vrai pour le PIB nominal qui continue à croître plus vite que l’inflation. La CSL estime qu’il est également crucial de compléter ces analyses de PIB en considérant d'autres sources telles que les bilans des entreprises, les données sectorielles ou d'autres indicateurs clés. Cette démarche enrichit l'analyse en offrant une perspective plus détaillée et plus fine, renforçant ainsi la compréhension globale de la dynamique économique. Cette approche nous a permis de relativiser fortement certaines évolutions actuelles, notamment dans le secteur bancaire. En effet, tandis que le PIB réel affiche une baisse en raison du secteur financier, et tandis que la valeur ajoutée en volume de ce secteur est interprétée comme un signe de présence de difficultés dans le secteur, d’autres données administratives soulignent que le secteur se porte très bien ! N’est-il pas ironique que le Luxembourg se trouve actuellement en récession technique à cause d’un secteur qui affiche des résultats (avant provisions) et une marge d’intérêts record ? Il s’ajoute qu’actuellement les bénéfices des entreprises connaissent une tendance à la hausse, dépassant les augmentations des salaires. En effet, en 2023, les profits des entreprises ont 6 STATEC, « Un faible taux d’EBE au Luxembourg, et donc? », Bulletin du STATEC (Luxembourg: STATEC, juillet 2018). Page 19 de 65 augmenté 4,71% en plus que l’inflation. Cette réalité économique soulève des interrogations quant à la perception véhiculée par certaines factions patronales. Alors que le discours de certaines instances du patronat met en avant une faible rentabilité et une difficulté à maintenir des marges bénéficiaires, les données révèlent souvent une croissance solide des profits des entreprises. Cette croissance notable des bénéfices, ainsi que l’inadaptation du taux d’EBE comme mesure de rentabilité des entreprises remet en question la justification de certaines revendications patronales. Par conséquent, certains résultats largement diffusés peuvent être relativisés et la difficulté économique actuelle apparaît sous un jour moins alarmante, soulignant l'importance de considérer une diversité de sources pour une évaluation plus juste et équilibrée de la conjoncture économique. Nonobstant, si bien que l’ampleur de certaines difficultés économiques peuvent être remises en question, la CSL reconnaît le ralentissement économique actuel qui est lié à un bon nombre d’incertitudes économiques provoquées par la politique monétaire restrictive. Or, dans ce contexte de ralentissement économique notre Chambre plaide pour une politique budgétaire contracyclique qui puisse relancer l’économie intérieure à travers d’une hausse du pouvoir d’achat et un niveau d’investissements publics important. En effet, dans un contexte économique dans lequel les ménages et les entreprises manquent de confiance pour effectuer des investissements et des consommations importants, il incombe à l’État de remplir ce trou afin d’éviter que des retards structurels d’investissement se creusent et afin de relancer l’économie d’une manière plus générale. La CSL tient à rappeler que la demande de consommation finale des ménages compte pour 30% du PIB et que la hausse du pouvoir d’achat des salariés peut donc avoir un effet substantiel sur la reprise économique. Si bien que les comptes annuels des finances publiques sont marqués par des déficits, notre Chambre souligne qu’il serait irresponsable de mettre en œuvre une politique budgétaire austéritaire. La situation économique actuelle et la situation structurelle générale du Luxembourg et de l’Europe nécessite une politique expansive, sans laquelle les incertitudes se creusent et sans laquelle les défis structurels liés à la transition digitale et écologique deviennent insurmontables. Dans le cas où les recettes actuelles seraient insuffisantes pour couvrir les dépenses, la CSL plaide pour une révision au niveau des recettes – par une hausse des impôts au niveau des hauts revenus, des entreprises, des revenus du capital et du patrimoine – plutôt que pour une politique d’austérité ! Page 20 de 65 PARTIE 2. Marché de l’emploi I. L’évolution de l’emploi Depuis certains mois, la progression de l’emploi qui a toujours été dynamique au Luxembourg est freiné par différentes difficultés économiques et financières actuelles, liées tant à l’inflation qu’à la politique monétaire restrictive. C’est ainsi qu’en juin 2023, dernier mois pour lequel des données administratives sont disponibles, la croissance de l’emploi total au Luxembourg se limitait à 2,1% en glissement annuel – une croissance considérablement inférieure à la moyenne historique du Luxembourg qui se situe à 2,85% depuis l’an 2007. Graphique 18 : Taux de croissance de l’emploi total au Luxembourg en glissement annuel 6,0% Moyenne 5,0% 4,0% 3,0% 2,0% 1,0% févr-23 févr-22 août-22 août-21 févr-21 févr-20 août-20 févr-19 août-19 févr-18 août-18 août-17 févr-17 févr-16 août-16 févr-15 août-15 févr-14 août-14 août-13 févr-13 févr-12 août-12 févr-11 août-11 févr-10 août-10 août-09 févr-09 févr-08 août-08 févr-07 août-07 0,0% Données : IGSS ; graphique : CSL. En analysant plus en profondeur cette évolution de l’emploi total, il est à noter que c’est principalement l’emploi intérimaire qui freine la progression. En effet, tout au long de l’année 2023, l’emploi intérimaire est en régression et affiche des taux de recul de l’ordre de 10%. Pour les seuls salariés privés, le frein de progression est toutefois également observable, même s’il y est moins accentué. En moyenne mensuelle et en glissement annuel la croissance du nombre de salariés privés s’affiche ainsi à 2,6% en 2023 avec une tendance baissière (2,9% en janvier contre 2,1% en juin), ce qui reste en-deçà de la moyenne historique. Tableau 4 : Taux de croissance de l’emploi au Luxembourg en glissement annuel Salariés hors intérimaires et agents locaux Salariés intérimaires Fonctionnaires Non salariés Emploi total Janvier 2.9% -13.3% 3.8% 2.9% 2.7% Février 2.9% -7.7% 3.7% 2.6% 2.8% Mars 2.7% -10.4% 3.8% 2.8% 2.6% Avril 2.6% -8.8% 3.9% 2.4% 2.5% Mai 2.3% -10.9% 4.0% 2.7% 2.2% Juin 2.1% -9.7% 4.0% 2.7% 2.1% Moyenne historique* 2.7% 1.9% 2.4% 2.3% 2.9% Note : Moyenne historique correspond au taux de croissance mensuel moyen depuis février 2007, sauf pour la catégorie Salariés hors intérimaires et agent locaux pour laquelle la moyenne ne s’étend que jusqu’en octobre 2009. Données : IGSS ; graphique : CSL. Page 21 de 65 i. Comparaison européenne La CSL estime tient pourtant à noter que cette évolution constatée pour le Luxembourg ne revête nullement d’une particularité luxembourgeoise, mais qu’elle est le résultat d’un ralentissement économique au niveau européen, voire mondial. Pour souligner ce macrophénomène du ralentissement, il est utile de comparer la croissance de l’emploi au Luxembourg avec celle des autres pays européens, ce qui est possible en se basant sur les données de la comptabilité nationale. Notons de suite que les données de la comptabilité nationale sont source de plusieurs problèmes du fait de leur caractère provisoire 7. Nonobstant, faute d’autres données, la comparaison européenne se fait sur base de ces données. Or, en comparaison européenne et d’après les données les plus récentes disponibles, le Luxembourg reste, de loin, parmi les pays avec la plus forte croissance de l’emploi total. En effet, avec une progression de 2,6% au deuxième trimestre 20238, la croissance de l’emploi reste considérablement plus élevée au Luxembourg qu’aux pays limitrophes et qu’en moyenne européenne, voire qu’en moyenne de la zone euro. Seuls quatre pays européens font meilleure figure que le Luxembourg. Graphique 19 : Taux de croissance de l’emploi total au deuxième trimestre et en glissement annuel 6,0% 5,0% 4,0% 3,0% 2,6% 2,0% 1,0% 1,5% 1,4% 1,1% 0,9% 0,8% 0,0% -1,0% -2,0% -3,0% Données : Eurostat ; graphique : CSL. La CSL tend à souligner que cette croissance de l’emploi considérablement plus importante au Luxembourg que dans les autres pays européens est d’autant plus remarquable du fait que le Luxembourg était parmi les seuls pays à ne pas avoir connu une baisse de l’emploi durant la crise sanitaire. De ce fait, l’on peut considérer qu’une partie de la croissance des autres pays européens revête toujours d’un caractère « rebond post-covid » alors que cet effet est beaucoup moindre, voire négligeable pour le Luxembourg. Depuis l’année précédant la crise sanitaire, l’emploi au Luxembourg a progressé de manière cumulée de plus de 11%, contre un taux de 7% en France, 5% en Belgique, 1,5% en Allemagne et 3,1% en moyenne de l’Union européenne. Dès lors, de manière agrégée et en comparaison européenne, le marché de l’emploi au Luxembourg se porte relativement bien, même si le ralentissement est certes important. 7 En effet, les données annuelles, mais plus encore les données trimestrielles sont révisées pendant quatre ans. De ce fait, les conclusions faites pour un moment à un instant donné peuvent ne plus être valides après un certain temps. 8 Au moment de la rédaction, le Luxembourg est parmi les seuls pays dans lequel les données du troisième trimestre sont disponibles. Pour ce trimestre la croissance annuelle tombe à 1,6% en glissement annuel. Page 22 de 65 ii. Analyse sectorielle Pour être en capacité d’analyser les tendances du marché de l’emploi plus en profondeur, notre Chambre considère qu’il importe de nuancer la situation selon le secteur d’activité afin de mieux pouvoir différencier entre les secteurs qui se portent bien et ceux qui ont de réelles difficultés. Cette analyse se base, tout comme la comparaison européenne, sur les données les plus récentes de la comptabilité nationale – faute de sources plus fiables. Dans une analyse sectorielle il est possible d’observer que le secteur de la construction est le seul secteur (à part encore du secteur de l’agriculture qui est peu important quant à son effectif) dans lequel l’emploi est effectivement en recul. En effet, au troisième trimestre 2023, le nombre de personnes employées dans le secteur de la construction est 0,1% plus faible qu’au même trimestre de l’année précédente. Ce recul est d’autant plus important quand on note que, en moyenne depuis 1996, le taux de croissance de l’emploi de ce secteur s’élevait à 2,7%. Dans les secteurs Information et Communication, Activités spécialisées-Services administratifs et Administration publique-Éducation-Santé l’emploi continue à croître, mais à un rythme plus faible. À titre d’exemple, notons qu’en moyenne mensuelle depuis 1996, l’emploi progressait de 6,0% en glissement annuel tandis qu’au deuxième trimestre 2023 n’était plus que de 2,7%. Enfin, il est important de noter que les secteurs Industrie, Commerce-Transport-Horeca, et Activités financières et d’assurance ont connu au deuxième trimestre 2023 des hausses de l’emploi bien supérieures à la moyenne historique. En effet, dans le secteur Commerce-Transport-Horeca (le deuxième secteur d’importance quant au nombre d’effectif après le secteur Administration publiqueÉducation-Santé) l’emploi a progressé de 2,9%, contre une moyenne historique de « seulement » 2,4%. Par cette analyse sectorielle il devient donc évident que même si pour une grande partie des secteurs la croissance de l’emploi a ralenti en comparaison à la progression historique, la situation reste loin d’être catastrophique dans l’ensemble de l’économie ; certains secteurs s’en sortent même assez bien. La CSL tient à ajouter que, l’importante progression de l’emploi dans le secteur financier constitue un nouvel élément soulignant que ce secteur n’a pas de difficultés, si bien qu’il affiche une progression de la valeur ajoutée en volume négative – et qu’il cause ainsi une récession technique. Tableau 5 : Taux de croissance de l’emploi au deuxième trimestre 2023 en glissement annuel Économie totale Industrie Luxembourg UE Zone euro Belgique Allemagne Taux de croissance T2 - 2023 2.5% 1.1% 1.3% 0.8% 0.9% France 1.5% Taux de croissance moyen 1996-2023 3.1% 0.7% 0.9% 1.0% 0.7% 0.9% Taux de croissance T2 - 2023 0.7% 0.1% 1.0% 0.3% 0.5% 1.4% Taux de croissance moyen 1996-2023 0.3% -0.5% -0.4% -0.8% -0.3% -0.8% Taux de croissance T2 - 2023 -0.1% 0.5% 0.5% 1.0% 0.8% 0.9% Taux de croissance moyen 1996-2023 2.7% 0.6% 0.3% 0.9% -0.8% 1.1% Commerce, transport, horeca Taux de croissance T2 - 2023 2.9% 1.6% 2.0% 0.5% 0.7% 1.6% Taux de croissance moyen 1996-2023 2.4% 1.0% 1.0% 0.4% 0.5% 1.1% Information et communication Taux de croissance T2 - 2023 2.0% 4.8% 3.7% 2.9% 2.9% 4.2% Taux de croissance moyen 1996-2023 5.3% 2.6% 2.4% 2.8% 1.8% 2.1% Activités financières et d'assurance Taux de croissance T2 - 2023 3.8% 1.7% 1.1% -0.5% 0.1% 1.9% Taux de croissance moyen 1996-2023 3.3% 0.3% 0.0% -0.9% -0.6% 0.7% Construction Activités immobilières Taux de croissance T2 - 2023 1.5% 1.4% 2.9% 0.6% 1.1% 1.7% Taux de croissance moyen 1996-2023 8.2% 1.5% 1.8% 2.2% 1.2% 0.9% Activités spécialisées ; Taux de croissance T2 - 2023 services administratifs Taux de croissance moyen 1996-2023 Administration Taux de croissance T2 - 2023 publique, éducation, Taux de croissance moyen 1996-2023 santé 2.7% 2.1% 2.1% 0.6% 0.9% 2.5% 6.0% 3.1% 3.1% 3.4% 3.1% 2.6% 3.7% 1.1% 1.1% 1.3% 0.9% 0.5% 4.2% 1.0% 1.2% 1.6% 1.2% 0.7% Données : Eurostat ; graphique : CSL. Page 23 de 65 iii. Projections économiques Selon les projections, la croissance de l'emploi continuera à montrer des signes de décélération notable. Après avoir enregistré une croissance de l'emploi d'environ 3,4 % en 2022, les projections du Statec indiquent une croissance qui devrait se réduire à 2,5 % en 2023, pour ensuite diminuer davantage à 1,5 % en 2024. Les perspectives de la Commission européenne suggèrent même une décélération encore plus marquée : la croissance de l'emploi ne devrait s'élever qu'à 1,7 % en 2023 et chuter à 1,2 % en 2024. Même pour l'année 2025, pour laquelle une légère reprise est anticipée, la croissance de l'emploi devrait se maintenir à un niveau modeste de 1,5 % selon les projections de la Commission. Graphique 20 : Projections de croissance de l’emploi (en %) 3 2,5 2,5 2 1,7 1,5 1,5 1,5 1,2 1 0,5 0 2023 2024 Statec 2025 CE Données : Commission européenne, Statec ; graphique : CSL. II. Le taux de chômage Graphique 21 : Évolution du taux de chômage au Luxembourg et dans les pays voisins (en %) 12,0 10,0 7,4 7,5 5,9 5,6 5,6 4,6 5,5 5,6 3,1 3,1 3,2 6,0 7,3 8,0 6,0 4,0 7,2 5,4 3,2 2,0 0,0 Belgique Allemagne France Luxembourg Données : Commission européenne ; graphique : CSL. (*) : Données prévisionnelles du Autumn 2023 Economic Forecast. Page 24 de 65 En date du 15 novembre 2023, la Commission européenne (CE) a publié son Autumn 2023 Economic Forecast. Concernant le taux de chômage, la CE estime une augmentation conséquente pour le Luxembourg. L’indicateur passe de 4,6% en 2022 à 5,5% en 2023, respectivement même à 6% en 2025. Le Luxembourg affiche ainsi la plus forte augmentation parmi ses pays voisins, qui eux affichent des évolutions plutôt stables, voire même négative (Belgique). III. Le halo du chômage Il est à noter que le taux de chômage établi sur base des données Eurostat correspond au pourcentage de personnes sans emploi, ayant été activement à la recherche d’un emploi au cours des quatre dernières semaines et étant disponibles pour commencer à travailler immédiatement ou dans les deux semaines suivantes. Or, il est connu qu’il existe une certaine zone grise entre activité et chômage ainsi qu’entre chômage et inactivité qui doit être prise en considération lorsque l’on analyse le chômage. En effet, il existe des personnes étant
  1. i)à la recherche d’un emploi, mais pas disponibles dans l’immédiat,
  2. ii)en sousemploi et/ou iii) disponibles pour travailler, mais pas à la recherche active d’un emploi. Tous ces profils intègrent ce que l’on appelle le « halo » du chômage et se situent ainsi dans la périphérie du chômage. En analysant ce « halo » du chômage, il est possible d’observer que celui-ci a fortement augmenté au cours des derniers trimestres. Ainsi, le taux des personnes actives en périphérie du chômage a progressé de 7,5% à 10,0% entre 2022Q4 et 2023Q2. Graphique 22 : Évolution du halo du chômage 11,0% 10,0% 10,0% 9,0% 8,0% 7,0% 6,0% 5,0% 4,0% Données : Eurostat, Statec ; graphique : CSL. En d’autres mots, en combinant chômage et « halo » du chômage, l’on constate que le taux de chômage élargi en 2023Q2 s’est élevé à 15,0% - en progression de 2,6 points de pourcentage depuis 2022Q4 et de 2,8 points de pourcentage depuis 2022Q2. IV. Zoom sur les chômeurs Pour une analyse approfondie du chômage, la CSL considère pertinent d'examiner le profil des demandeurs d'emploi. Cette étude peut s'appuyer sur les données des chômeurs inscrits auprès de l'ADEM, permettant ainsi d'explorer diverses caractéristiques socioprofessionnelles et sociodémographiques des demandeurs disponibles. Selon la disponibilité des données, ces analyses vont porter soit sur l’ensemble des demandeurs d’emploi disponibles, soit sur les seuls demandeurs d’emploi disponibles résidents. Page 25 de 65 En général, une augmentation de 14,7% du nombre de demandeurs d'emploi disponibles, incluant les résidents et les non-résidents, a été constatée entre septembre 2022 et septembre 2023, dernière date pour laquelle des données sont disponibles, atteignant ainsi 19 347 personnes. Il est intéressant de noter que parmi les demandeurs d'emploi résidents, qui représentent 85,8% du total, cette progression a été plus marquée, avec une hausse de 17,2%. i. Les demandeurs d’emploi selon leur métier Pour étudier les métiers et les secteurs les plus impactés par la progression du chômage, notre Chambre plaide pour une analyse des métiers des demandeurs d'emploi 9. En utilisant les données de l'ADEM, il est envisageable de regrouper les métiers en 15 grandes catégories, totalisant ainsi 110 sous-groupes d'emplois, selon les spécifications ROME10. En septembre 2023 les métiers de la catégorie Services à la personne et à la collectivité sont, de loin, ceux qui représentent le plus grand nombre de chômeurs. En effet, quelques 4 500 demandeurs d’emploi sont liés à un tel métier et ils représentent ainsi presque un quart (23,5%) de tous les chômeurs. Le deuxième groupe d’importance parmi les demandeurs d’emploi concernent les métiers de support à l’entreprise (21,4%), suivis des métiers du commerce (11,0%), de l’hôtellerierestauration (8,9%), du transport et de la logistique (8,5%), et de la construction (7,1%). Les neuf autres catégories de métiers représentent collectivement à peine 20% des chômeurs. Pour une analyse en profondeur il est crucial de ne pas se limiter à une seule analyse ponctuelle en septembre 2023, mais plutôt d'explorer l'évolution de cette situation au fil du temps. En général, à l'exception des deux groupes de métiers les moins représentés parmi la population au chômage (Art et façonnage d'ouvrages d'art et Spectacle), on constate une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi dans chaque catégorie de métiers entre septembre 2022 et septembre 2023. Dans l'ensemble, le nombre de chômeurs a progressé de 14,7% en un an. Sur une base annuelle, on peut observer, par exemple, une augmentation de 8,8% du nombre de chômeurs dans la catégorie de métiers la plus importante (Services à la personne et à la collectivité), une hausse qui est cependant moins marquée que celle du nombre total de chômeurs (+14,7%). Cette moindre progression dans cette catégorie se traduit par une diminution de sa part dans le chômage, enregistrant une baisse de 3,5% en glissement annuel. Les catégories de métier qui progressent le plus fortement au chômage en glissement annuel sont celles de la construction et celle de l’ensemble Banque, assurance, immobilier. En septembre 2023 il y a ainsi 34,4% de chômeurs provenant de la construction en plus qu’en septembre 2022. De ce fait, le poids relatif de ce groupe parmi les chômeurs a progressé de plus de 17% en un an. Dans le contexte du Code du Travail (article L.521-3 point 4), ce métier doit correspondre à un « emploi approprié » aux qualifications du demandeur d’emploi, qui correspond donc souvent au dernier métier dans lequel le demandeur d’emploi a œuvré. 10 Les différents sous-groupes d’emplois liés aux grandes catégories de métiers sont consultables en annexe. 9 Page 26 de 65 Tableau 8 : Les chômeurs selon leur métier Services à la personne et à la collectivité Support à l'entreprise Commerce, vente et grande distribution Hôtellerie- restauration tourisme loisirs et animation Transport et logistique Construction, bâtiment et travaux publics Agriculture et pêche, espaces naturels et espaces verts, soins aux animaux Non indiqué Banque, assurance, immobilier Industrie Installation et maintenance Communication, media et multimédia Sante Arts et façonnage d'ouvrages d'art Spectacle Grand total Nombre de chômeurs septévolution 23 annuelle Part des chômeurs septévolution 23 annuelle 4 548 8.8% 23.5% -5.2% 4 149 21.9% 21.4% 6.2% 2 134 5.8% 11.0% -7.8% 1 722 18.6% 8.9% 3.4% 1 647 3.3% 8.5% -9.9% 1 366 34.4% 7.1% 17.2% 675 8.3% 3.5% -5.5% 637 37.9% 3.3% 20.2% 613 28.0% 3.2% 11.6% 606 11.0% 3.1% -3.2% 509 17.6% 2.6% 2.5% 349 23.8% 1.8% 7.9% 251 17.3% 1.3% 2.3% 71 -10.1% 0.4% -21.6% 70 -16.7% 0.4% -27.3% 19 347 14.7% 100% 0.0% Données : ADEM ; graphique : CSL. En examinant de manière approfondie ces deux secteurs présentant une augmentation significative du nombre de chômeurs, deux observations se dégagent. D’abord, il est observable que la progression du nombre de chômeurs qui œuvraient auparavant dans des métiers de la construction est particulièrement importante (+42,7%, soit +70 personnes) pour les personnes avec des emplois de conception et d’études. Ensuite, en ce qui concerne les chômeurs venant des métiers Banque, assurance, immobilier il est à noter qu’une grande partie de la progression est due aux emplois liés à l’immobilier, même si le nombre de chômeurs parvenant de chacun des sous-groupes de métiers Banque, assurance, immobilier progresse plus vite que la moyenne nationale. Tableau 9 : Les chômeurs de l’ensemble de métiers Construction - Bâtiment - Travaux publics Nombre de chômeurs évolution sept-23 annuelle Part des chômeurs évolution sept-23 annuelle Conception et études 214 42.7% 15.7% 6.1% Conduite et encadrement de chantier - travaux 83 25.8% 6.1% -6.5% Engins de chantier 32 33.3% 2.3% -0.8% Montage de structures 21 5.0% 1.5% -21.9% Second oeuvre 579 35.0% 42.4% 0.4% Travaux et gros oeuvre 437 33.6% 32.0% -0.6% CONSTRUCTION, BÂTIMENT ET TRAVAUX PUBLICS 1 366 34.4% 100% 0.0% Données : ADEM ; graphique : CSL. Page 27 de 65 Tableau 10 : Les chômeurs de l’ensemble de métiers Banque – Assurance - immobilier Nombre de chômeurs sept-23 évolution annuelle Assurance 44 Banque 201 Finance Gestion administrative banque et assurances Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle 15.8% 7.2% -9.5% 18.2% 32.8% -7.6% 178 21.9% 29.0% -4.7% 26 8.3% 4.2% -15.3% Immobilier 164 62.4% 26.8% 26.9% BANQUE, ASSURANCE, IMMOBILIER 613 28.0% 100.0% 0.0% Données : ADEM ; graphique : CSL. ii. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur niveau d’éducation Outre l’étude par métier, il est possible d’analyser les chômeurs sur base de leur niveau d’éducation. Les données publiquement disponibles ne permettent de faire cette analyse que pour les demandeurs d’emploi résidents disponibles (85,6% des demandeurs d’emploi disponibles). Or, il s’avère que, en septembre 2023, 6 611 chômeurs résidents avaient un niveau d’éducation inférieur ce qui représente 40% des chômeurs résidents. Un chômeur résident sur trois avait encore un niveau d’éducation moyen, tandis qu’un chômeur sur quatre était en possession d’un diplôme de l’enseignement post-secondaire. En glissement annuel, où le nombre de chômeurs résidents a progressé en total de 17,2%, il est à noter que la progression du nombre de demandeurs d’emploi est particulièrement importante parmi les personnes avec un niveau d’éducation élevé. En effet, le nombre de chômeurs avec un niveau d’éducation supérieur a progressé de presque 30% en un an ; le nombre de ceux avec un niveau d’éducation moyen a augmenté encore de 15,5% tandis que la hausse du nombre de chômeurs résidents avec un niveau d’éducation faible s’est limitée à 11,1%. Cette progression divergente du nombre de chômeurs selon niveau d’éducation a conduit à ce que le poids des chômeurs avec un niveau d’éducation élevé a considérablement augmenté en un an (+10,5%) parmi les demandeurs d’emploi alors que le poids des chômeurs avec un niveau d’éducation plus faible a baissé. Tableau 11 : Les chômeurs selon leur niveau d’éducation Nombre de chômeurs Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle sept-23 évolution annuelle 16 565 17.2% 100.0% 0.0% Secondaire inférieur 6 611 11.1% 39.9% -5.2% Secondaire supérieur 5 326 15.5% 32.2% -1.5% Supérieur 4 628 29.6% 27.9% 10.5% Total Données : ADEM ; graphique : CSL. iii. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur durée d’inactivité Analyser les demandeurs d’emploi par leur durée d’inactivité peut compléter l’étude du chômage. Parmi les 16 595 demandeurs d’emploi en septembre 2023, presque 40% sont inactifs depuis moins de 4 mois, tandis que 27,3% sont inactifs depuis au moins un an. En évolution annuelle il est à noter que c’est principalement le nombre de chômeurs avec une courte durée d’inactivité qui est en progression. En effet, le nombre de demandeurs d’emploi résidents avec une durée d’inactivité entre 4 et 11 mois a progressé de bien plus que 30%. Le nombre de chômeurs avec une très courte durée d’inactivité Page 28 de 65 (moins de 4 mois) a encore progressé de 18,7%, soit légèrement plus que l’évolution annuelle totale du nombre de chômeurs. En revanche, le nombre de demandeurs inactifs depuis au moins 12 mois a stagné. Par conséquence de ces évolutions divergentes, la part des inactifs de longue durée parmi les demandeurs d’emploi a baissé considérablement (-14,7%) entre septembre 2022 et septembre 2023, aux dépens des autres groupes qui représentent maintenant une part plus importante des chômeurs. Cette évolution divergente indique que la hausse du chômage n’est pas (principalement) due à une inactivité plus longue des chômeurs, mais plutôt à une hausse de « nouveaux » chômeurs. Tableau 12 : Les chômeurs selon leur durée d’inactivité Nombre de chômeurs Total Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle sept-23 évolution annuelle 16 565 17.2% 100.0% 0.0% < 4 mois 6 595 18.7% 39.8% 1.2% 4 - 6 mois 2 696 32.4% 16.3% 12.9% 7 - 11 mois 2 759 36.4% 16.7% 16.4% 12 mois et plus 4 515 0.0% 27.3% -14.7% Données : ADEM ; graphique : CSL. iv. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur âge En analysant le nombre de demandeurs d’emploi selon leur âge, il peut aussi être observé que la progression est loin d’être homogène pour chaque groupe. En effet, entre septembre 2022 et septembre 2023 la progression du nombre de chômeurs était significativement plus importante parmi les plus jeunes que parmi les plus âgés. Ainsi, le nombre de demandeurs d’emploi âgés de moins de 30 ans a progressé de 25,5%, sensiblement plus que la progression moyenne de 17,2%. En revanche, le nombre de chômeurs âgés de plus de 45 ans a progressé de « seulement » 11,8%, plus que 6 points moins que la moyenne. Le poids des jeunes demandeurs d’emploi a ainsi augmenté dans la population au chômage passant à 20,8%, ce qui représente une hausse de 7,1% ! Tableau 13 : Les chômeurs selon leur âge Nombre de chômeurs Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle sept-23 évolution annuelle Total 16 565 17.2% 100.0% 0.0% < 30 ans 3 438 25.5% 20.8% 7.1% 30 - 44 ans 6 296 19.2% 38.0% 1.7% 45+ ans 6 831 11.8% 41.2% -4.6% Données : ADEM ; graphique : CSL. V. Zoom sur les postes vacants Les chiffres sur les postes déclarés et le stock de postes vacants confirment le manque de maind’œuvre qui s’était développé durant la relance post-Covid. Si le nombre des nouveaux postes déclarés mensuellement était resté relativement stable durant la relance, le stock de postes vacants avait augmenté. Cela indique qu'il a fallu plus de temps pour pourvoir les postes annoncés. Depuis la fin de l’année 2022, les impacts de la hausse des taux d’intérêt se font cependant ressentir dans le marché de l’emploi. Depuis lors, le stock des postes vacants est en baisse. Depuis son pic en juin 2022 (13 357), il a baissé de presque 35% (septembre 2023 : 8 716). En variation annuelle, Page 29 de 65 le nombre des nouveaux postes déclarés est également en baisse. La variation septembre 2022/septembre 2021 correspond à une baisse de 16,9% et la variation septembre 2023/septembre 2022 correspond à une baisse de 14,4%. Le stock de postes vacants est cependant encore plus élevé par rapport à son niveau avant Covid. En septembre 2023, il était de 22,7% plus élevé par rapport à septembre 2019. Graphique 23 : Évolution mensuelle de la somme des postes déclarés et du stock des postes vacants (Emploi + Interim) 16000 13140 14000 12000 10437 10000 8716 7102 8000 6621 6000 3107 4000 4046 2912 3364 2879 2000 Postes déclarés Jul Sep Mäe Mee Jan Nov Jul 2022 Sep Mäe Mee Jan Nov Jul 2021 Sep Mee Jan 2020 Mäe Sep Nov Jul Mee Jan 2019 Mäe Sep Nov Jul Mee Jan Mäe 0 2023 Stock de postes vacants Données : ADEM ; graphique : CSL. i. Analyse sectorielle Le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques a de loin le poids le plus important dans le stock de postes vacants (30,2%, soit 2 632), suivi par les activités de services administratifs et de soutien (10,8%, soit 939), les activités financières et d’assurance (9,1%, soit 796), l’hébergement et la restauration (6,5%, soit 568), la santé humaine et l’action sociale (5,7%, soit 499), la construction et l’information et la communication (tous les deux 5,5%, soit 480) et le commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles (5,4%, soit 467). Dans tous ces secteurs, à part la santé humaine et l’action sociale (+16%), le stock de postes vacants a reculé sur une année. Le recul est le plus important dans le secteur des activités de services administratifs et de soutien (-54,6%), suivi par l’information et la communication (-48,5%), les activités spécialisées, scientifiques et techniques (-38,7%), le commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles (-37,4%), les activité financières et d’assurance (-29,4%), l’hébergement et la restauration (-21,2%) et la construction (-19,7%). Page 30 de 65 Tableau 14 : Stock de postes vacants par secteur (Emploi + Interim) Stock des postes vacants Sep.23 Évolution annuelle 80,0% Part dans le total du stock de postes vacants Sep.23 Évolution annuelle 0,1% 171,4% A - AGRICULTURE, SYLVICULTURE ET PÊCHE B - INDUSTRIES EXTRACTIVES 9 C - INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE 338 -33,7% 3,9% -0,1% D - PRODUCTION ET DISTRIBUTION D'ÉLECTRICITÉ, DE GAZ, DE VAPEUR ET D'AIR CONDITIONNÉ E - PRODUCTION ET DISTRIBUTION D'EAU; ASSAINISSEMENT, GESTION DES DÉCHETS ET DÉPOLLUTION F - CONSTRUCTION 24 50,0% 0,3% 126,1% 20 122,2% 0,2% 235,0% 480 -19,7% 5,5% 21,0% G - COMMERCE; RÉPARATION D'AUTOMOBILES ET DE MOTOCYCLES H - TRANSPORTS ET ENTREPOSAGE 467 -37,4% 5,4% -5,6% 318 -29,6% 3,6% 6,1% I - HÉBERGEMENT ET RESTAURATION 568 -21,2% 6,5% 18,8% J - INFORMATION ET COMMUNICATION 480 -48,5% 5,5% -22,4% K - ACTIVITÉS FINANCIÈRES ET D'ASSURANCE L - ACTIVITÉS IMMOBILIÈRES 796 -29,4% 9,1% 6,4% 44 15,8% 0,5% 74,6% M - ACTIVITÉS SPÉCIALISÉES, SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES N - ACTIVITÉS DE SERVICES ADMINISTRATIFS ET DE SOUTIEN O - ADMINISTRATION PUBLIQUE 2632 -38,7% 30,2% -7,6% 939 -54,6% 10,8% -31,6% 44 -58,1% 0,5% -36,8% P - ENSEIGNEMENT 59 11,3% 0,7% 67,8% Q - SANTÉ HUMAINE ET ACTION SOCIALE 499 16,0% 5,7% 74,9% R - ARTS, SPECTACLES ET ACTIVITÉS RÉCRÉATIVES S - AUTRES ACTIVITÉS DE SERVICES 17 -51,4% 0,2% -26,8% 91 -10,8% 1,0% 34,5% T - ACTIVITÉS DES MÉNAGES EN TANT QU'EMPLOYEURS; ACTIVITÉS INDIFFÉRENCIÉES DES MÉNAGES EN TANT QUE PRODUCTEURS DE BIENS ET SERVICES POUR USAGE PROPRE U - ACTIVITÉS EXTRA TERRITORIALES 0 9 -40,0% 0,1% -9,5% Z - Inconnu 882 -0,2% 10,1% 50,4% Total général 8716 -33,7% 100,0% 0,0% 0 Données : ADEM ; calculs : CSL. Page 31 de 65 Tableau 15 : Évolution historique de la part sectorielle dans le stock des postes vacants (Emploi + Interim) C - INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE FCONSTRUCTION G - COMMERCE; RÉPARATION D'AUTOMOBILES ET DE MOTOCYCLES H - TRANSPORTS ET ENTREPOSAGE I - HÉBERGEMENT ET RESTAURATION J - INFORMATION ET COMMUNICATION K - ACTIVITÉS FINANCIÈRES ET D'ASSURANCE M - ACTIVITÉS SPÉCIALISÉES, SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 (*) 3,9% 4,3% 3,6% 3,3% 4,0% 4,0% 3,1% 4,4% 3,8% 3,8% 20142023 (*) 3,8% 4,6% 4,9% 4,9% 5,3% 5,7% 6,0% 6,5% 6,3% 5,2% 5,3% 5,6% 8,2% 6,6% 5,9% 6,7% 6,7% 6,4% 5,2% 5,2% 5,8% 5,4% 6,0% 2,8% 3,0% 3,0% 3,3% 3,5% 3,1% 2,4% 3,2% 3,5% 3,7% 3,2% 7,0% 5,7% 8,1% 7,9% 7,5% 6,5% 4,6% 5,3% 5,5% 5,5% 6,2% 10,5% 7,0% 7,6% 9,7% 9,0% 8,2% 6,5% 5,6% 6,8% 5,6% 7,4% 11,8% 10,0% 9,0% 9,1% 10,6% 8,7% 8,2% 9,1% 9,0% 10,0% 9,4% 16,6% 21,4% 25,6% 25,6% 24,1% 28,5% 27,9% 27,2% 29,3% 31,6% 26,8% Données : ADEM ; calculs : CSL. (*) : Données disponibles jusqu’en septembre 2023. ii. Zoom sur le secteur financier et le secteur de la construction Concernant plus particulièrement le secteur de la construction et le secteur des activités financières et d’assurance, tous les deux censés être à la source de la récession annoncée dans la note de travail du Comité économique et financier national (CEFN), force est de constater que leur part dans le stock des postes vacants a augmenté en 2023. Pour la construction, on observe une augmentation de cette part avant et durant la crise Covid, en ligne avec les réclamations du secteur concernant un manque de main-d’œuvre durant ces années. La baisse de 6,3% en 2021 à 5,2% en 2022 confirme le ralentissement dans le secteur. Cependant, ce taux est encore supérieur à celui avant l’année 2017. Graphique 24 : Évolution historique de la part du secteur de la construction dans le stock des postes vacants (Emploi + Interim) 7,0% 6,5% 6,5% 6,0% 6,0% 5,7% 5,3% 5,5% 5,0% 6,3% 4,9% 4,9% 2015 2016 5,2% 5,3% 4,6% 4,5% 4,0% 3,5% 3,0% 2014 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 (*) Données : ADEM ; calculs et graphique : CSL. (*) : Données disponibles jusqu’au mois de septembre. Page 32 de 65 Pour le secteur des activités financières et d’assurance, le poids dans le stock des postes vacants a plus fortement augmenté en 2023, en passant de 9% à 10%. En 2020, ce taux était encore à 8,2%. Graphique 25 : Évolution historique de la part du secteur des activités financières et d’assurance dans le stock des postes vacants (Emploi + Interim) 13,0% 12,0% 11,8% 11,0% 10,6% 10,0% 10,0% 10,0% 9,0% 9,0% 9,1% 9,1% 9,0% 2021 2022 8,7% 8,2% 8,0% 7,0% 6,0% 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2023 (*) Données : ADEM ; calculs et graphique : CSL. (*) Données disponibles jusqu’au mois de septembre. Dans les deux secteurs (construction et activités financières et d’assurance), l’activité, mesurée par l’évolution du stock de postes vacants, est en baisse. Cependant, en analysant l’évolution du poids des différents secteurs dans le stock de postes vacants, force est de constater que l’activité recule encore plus fortement dans d’autres secteurs. VI. Commentaires de la CSL En analysant attentivement l'évolution récente du marché de l'emploi, la CSL observe un ralentissement de la croissance de l'emploi, bien que celle-ci reste positive. Le ralentissement, comparativement aux normes historiques, suggère une tendance conjoncturelle moins dynamique qui se fait noter le plus directement sur les travailleurs intérimaires qui témoignent une certaine fragilité dans ce contexte spécifique. Pour notre Chambre, la différenciation selon les secteurs d'activité est d’une importance essentielle pour comprendre les nuances conjoncturelles. En effet, il s’avère que le secteur de la construction semble se démarquer comme étant le seul affichant un léger repli de l'emploi. Parallèlement, le secteur financier affiche une hausse de l’emploi qui est au-delà de ses moyennes historiques soulignant sa performance particulière – même s’il est responsable pour la récession technique actuelle, ce qui revête un nouvel élément pour remettre en question les chiffres de valeur ajoutée en volume du secteur. Dans un contexte de hausse conséquente du chômage, la CSL plaide d’ailleurs aussi pour une analyse plus détaillée des profils des chômeurs ainsi que des postes vacants. En effet, notamment dans un environnement de manque de main d’œuvre, l’augmentation du chômage parmi les jeunes, les universitaires, et les « nouveaux inactifs » doit faire l’objet d’une étude approfondie des skillsmismatch pour comprendre les frictions entre compétences requises des postes vacants et Page 33 de 65 compétences acquises des chômeurs. Pour réduire ces lacunes, l’accès à la formation professionnelle et à la formation continue doit être encouragée davantage. Page 34 de 65 PARTIE 3. Inégalités et pauvreté au Luxembourg I. Les inégalités Sur le long terme, force est de constater que les inégalités de revenus au Luxembourg sont à la hausse. Si l’on se réfère par exemple au rapport interquintile, comparant la part des revenus disponibles revenant aux 20% de la population les moins aisés (S20) à celle des 20% les plus riches (S80), celui-ci augmente depuis le début des années 2000 au Luxembourg. Le rapport entre les parts de revenus respectives de ces deux groupes sociaux était de 4 en 2003, alors que l’écart est monté à 5,34 en 2019 pour redescendre à 4.73 en 2022. Cet indicateur connait une croissance en dents de scie, si bien qu’on ne peut se réjouir trop vite de ce recul. En effet, sur le long terme, on peut observer qu’à chaque amélioration de ce rapport interquintile, s’en est suivi une détérioration plus importante les années suivantes. Graphique 26 : Évolution du ratio S80/S20 Source : Eurostat La montée des inégalités de revenus peut se constater aussi avec le déclin de la classe moyenne au Luxembourg. En effet, avec une hausse de la polarisation, la classe moyenne définie à partir du revenu équivalent11 s’est considérablement affaiblie depuis la moitié des années 1980. C’est ainsi que la part des ménages pouvant être définis comme appartenant à la classe moyenne s’est rétrécit de 70,9% à 61,4% entre 1985 et 2019, ce qui correspond à une baisse de 13,5%. Ce déclin de la classe moyenne est davantage important si l’on raisonne en poids économique plutôt qu’en poids dans la population : alors qu’en 1985 la classe moyenne concentrait encore 77,1% des revenus, elle n’en concentre plus que 64,1% en 2019 – soit une baisse de 16,9%. Appartiennent à la classe moyenne selon cette définition tous les ménages avec un revenu net équivalent entre 75% et 200% du revenu net équivalent médian. 11 Page 35 de 65 Graphique 27 : Déclin de la classe moyenne 80% 77,1% 75% 70% 70,9% 64,1% 65% 60% 61,4% 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 55% Part dans la population Part de la richesse Source : improof.lu – La classe moyenne c’est moi !, Luxembourg Income Study (LIS) L’indice de Gini, qui représente une autre mesure d’inégalité des fait apparaître des résultats similaires, c’est-à-dire une répartition de plus en plus inégalitaire des revenus au cours des vingt dernières années. Si la répartition des revenus est parfaitement égalitaire, l’indice de Gini devient nul ; il est égal à 100 en cas d’inégalité maximale (une seule personne disposerait de tous les revenus). Ainsi, plus l’indice de Gini se rapproche de 100, plus les inégalités des revenus sont fortes. Or, au Luxembourg, celui-ci est passé de 27,5 à 32,3 entre 2003 et 2019, et redescendre à 29,5 en 2022. Tout comme le rapport interquintile S80/S20, l’indice de Gini montre une croissance des inégalités sur le long terme. Graphique 28 : Évolution de l’indice de Gini Source : Eurostat En observant l’indice de Gini avant et après impôts et transferts sociaux, c’est le rôle de l’État dans la réduction des inégalités sociales qui est ainsi illustré. En effet, le coefficient de Gini se réduit de près de 34% en 2022, passant de 45 dans une répartition primaire des revenus bruts (revenus « de marché ») à 29,5 du fait de la redistribution des impôts et par le biais des prestations sociales, alors qu’en 2015 par exemple, la réduction était de 40%. Cet amoindrissement de l’impact des transferts sociaux reflète une tendance générale au Luxembourg : auparavant, la prise en compte des transferts et des impôts donnait l’image d’un outil efficace en matière de réduction des inégalités de revenu, aujourd’hui la donne a changé. En effet, depuis 2010 le rôle des transferts vers les ménages tend à se réduire considérablement dans la lutte contre les inégalités. Page 36 de 65 Graphique 29 : Indice de Gini avant et après transferts sociaux, 2022 Source : Eurostat Or, le rôle du système socio-redistributif est d’autant plus déplorable quand on le compare à celui des autres pays de l’OCDE quant à sa capacité de réduire l’ensemble des inégalités économiques – de revenu et de patrimoine. En effet, avec cette comparaison internationale il s’en sort que le Luxembourg est le deuxième pays avec le système socio-redistributif le plus faible si on mesure sa capacité à réduire les inégalités de patrimoine et de revenus. 12 Concrètement, le système redistributif luxembourgeois est capable de réduire les inégalités combinées de patrimoine et de revenus qu’à raison de 14%, alors que la moyenne océdéenne s’élève à 22% - seul l’Espagne fait moins bonne figure. Graphique 30 : Indice de Gini combiné revenus-patrimoine avant et après transferts sociaux, 2017 60 35% 50 30% 25% 40 20% 30 15% 20 10% 10 5% 0 0% Après transferts Écart Avant transferts Effet redistributif relatif (édd) Source: Redistribution from a joint income-wealth perspective. OECD Social, Employment and Migration Working Papers N°257. Kuypers et al.
(2021). Pour rendre compte de l’évolution des inégalités encore plus précisément, l’analyse complémentaire de ratios interquantiles est intéressante. En effet, le ratio S80/S20 vu précédemment ne dit rien des évolutions qui peuvent se produire par ailleurs entre d’autres fractions de la population, par exemple 12 Pour plus de détails et d’informations sur la méthodologie voir le papier Redistribution from a joint income-wealth perspective de l’OCDE ou l’article Le faible système redistributif luxembourgeois sur improof.lu. Page 37 de 65 entre le pourcent de la population le plus aisé et le reste des ménages. Le graphique suivant renseigne sur la répartition du revenu national (dit équivalent, parce que corrigé en fonction de la composition des ménages) entre différents quantiles (regroupements) de la population. Graphique 31 : Évolution des écarts interquantiles Source : Eurostat Ainsi, le rapport D10/D1 compare les parts du revenu total équivalent perçues par les 10% des ménages les plus aisés (D10) et les 10% les plus modestes (D1). Si, de 1995 jusqu’au milieu des années 2000, cet indicateur oscille aux alentours de 5 à 6 (signifiant que les 10% les plus riches perçoivent 5 à 6 fois plus de revenus que les 10% les plus pauvres), il a depuis pris une nette tendance à la hausse dépassant même la valeur de 9 en
  1. En 2021, ce rapport D10/D1 tendait à montrer une amélioration puisqu’il avait diminué, l’effet a été de courte durée puisqu’ en 2022 l’indicateur semble bien reparti à la hausse. II. Le taux de risque de pauvreté Selon la définition d’Eurostat, le taux de risque de pauvreté correspond au pourcentage de personnes disposant d’un revenu dit équivalent (considérant la composition du ménage) inférieur à 60% du revenu équivalent médian (la médiane représentant l’échelon de revenu pile à la moitié de l’échelle de rémunération de l’ensemble de la population). Pour le Luxembourg, en 2022, ce revenu équivalent médian s’élevait à 45 310 euros annuels dont découle alors un seuil de pauvreté de 27 186 euros annuels. Graphique 32 : Évolution du taux de risque de pauvreté Source : Eurostat Au Luxembourg, le taux de risque de pauvreté a connu une forte augmentation entre 2011 et 2014, passant d’un peu plus de 13,5% à 16,4% en
  2. En 2015, le risque de pauvreté connait une légère accalmie mais de courte durée puisque les années suivantes le pourcentage de personnes en risque de pauvreté va grimper pour atteindre son plus haut niveau en
  3. Page 38 de 65 En 2022, le taux de risque de pauvreté luxembourgeois est à 17,4%, ce qui est nettement au-dessus des taux connus avant le milieu des années
  4. Il apparaît aussi que le taux de risque de pauvreté du Grand-Duché est, depuis 2017, plus élevé que celui de ses pays limitrophes. Le taux de risque de pauvreté peut également être décliné sous différentes formes, par exemple selon le type de ménage, la catégorie d’âge ou l’activité. En ce qui concerne la répartition du risque de pauvreté selon le type de ménage, on se trouve face à des situations très hétérogènes. En effet, les ménages sans enfants sont moins exposés au risque de pauvreté, avec, en moyenne, un taux de 12% en 2022 tandis que le taux de risque de pauvreté est près de de 22% pour les ménages ayant des enfants à charge. Graphique 33 : Taux de risque de pauvreté selon le type de ménage Source : Eurostat Dans la catégorie des ménages avec enfants, les situations les plus difficiles sont celles des familles nombreuses et des ménages monoparentaux. En effet, pour ceux-ci, le taux de risque de pauvreté monte respectivement à 35,5% et 31,9%. Si l’on approche la question du risque de pauvreté par le statut d’activité, force est de constater que ce sont les demandeurs d’emploi qui y sont le plus exposés. En effet, leur taux de risque de pauvreté est près de 40%, atteignant ainsi un risque de pauvreté 2,5 fois plus important que celui auquel sont exposées l’ensemble des personnes de plus de 18 ans. Pour ces dernières, le taux de risque de pauvreté n’est en effet que de 15,9%. Graphique 34 : Taux de risque de pauvreté selon le statut vis-à-vis du marché du travail Source : Eurostat Page 39 de 65 On voit aussi que la pauvreté au travail est un phénomène bien présent : travailler n’en met pas à l’abri. Et cette situation dure depuis des années. En 2022, ce sont 16,8% des personnes ayant un emploi à temps partiel et 11% de celles travaillant à temps complet qui sont touchées par le risque de pauvreté. Ces chiffres placent le Luxembourg au premier rang de la zone euro pour le risque de pauvreté des travailleurs à temps complet et au septième rang pour ceux à temps partiel. Être occupé sur le marché de l’emploi ne protège donc pas systématiquement de vivre des situations de précarité ; le taux de risque de pauvreté laborieuse et son évolution en témoignent. : si en 2003 une personne occupée sur quatorze était concernée par le phénomène, près de vingt ans plus tard, une personne occupée sur sept subit les affres de la pauvreté. Graphique 35 : Taux de risque de pauvreté laborieuse Source : Eurostat Malgré les piètres résultats du Luxembourg en ce qui concerne l’exposition des demandeurs d’emploi au risque de pauvreté, les transferts sociaux ainsi que le système de pensions jouent un rôle capital dans la réduction de ce risque. Si on calcule le taux de risque de pauvreté avant transferts sociaux et pensions, celui-ci s’élève à 40,9% en
  5. Grâce aux pensions versées aux retraités qui sont sans emploi et sans revenu du travail, le taux de risque de pauvreté se réduit d’environ 36% pour passer à près de 26,2%. Enfin, les transferts sociaux à destination de tous les ménages, qui remplissent les conditions d’octroi, mènent à une diminution additionnelle d’un tiers, pour trouver les 17,4% de taux de risque de pauvreté. Finalement, les pensions ainsi que les transferts sociaux aboutissent donc à une réduction du taux de risque de pauvreté de 57,5%. Page 40 de 65 Graphique 36 : Taux de risque de pauvreté avant et après pension et transferts sociaux Source : Eurostat ; Calculs : CSL Graphique 37 : Evolution de l’impact des pension et transferts sociaux sur le taux de risque de pauvreté Source : Eurostat ; Calculs : CSL Si l’on retrace l’évolution au fil du temps des effets qu’ont les transferts sociaux et les pensions sur le taux de risque de pauvreté, on peut apprécier l’impact grandissant des transferts sociaux au cours des années 2005 à
  6. Avec la dégradation de la situation sociale dans le pays et le ralentissement conjoncturel, l’ampleur de l’impact des transferts sociaux a augmenté de 50%, amortissant ainsi en points de pourcentage la hausse du taux de risque de pauvreté avant tout transfert. Toutefois, depuis 2010 cet impact diminue avec, en parallèle une tendance à la hausse du taux de risque de pauvreté ; 2022 constitue même le point le plus bas d’atténuation du risque. Page 41 de 65 III. Pauvreté cachée Au-delà des informations présentées dans les sections précédentes, il existe au Luxembourg, comme dans d’autres pays, une pauvreté cachée, celle qui est peu ou pas du tout représentée dans les statistiques officielles et qui touche notamment les personnes sans domicile fixe mais aussi certaines franges de la population qui peuvent connaître des difficultés financières. Aussi, les 30 offices sociaux du Luxembourg jouent un rôle primordial dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Le montant des aides non remboursables versées par les offices sociaux à la population n’a cessé de croître de 2014 à 2019, puis a diminué quelque peu les deux années marquées par le COVID
  7. L’année 2022 est marquée par un rebond de l’aide accordée par les offices sociaux (+13% par rapport à 2021). Ces soutiens monétaires subviennent à des besoins divers: électricité, eau, alimentation, santé, besoins quotidiens… et témoignent de la précarité vécue par certains ménages. Hormis les aides financières diverses et les aides en besoins quotidiens, tous les postes ont augmenté entre 2021 et 2022, cette hausse est particulièrement marquée au niveau des aides pour l’électricité, gaz, eau (+30%), l’aide alimentaire (+22%) et la santé (+17%). Graphique 38 : Evolutions des secours financiers non remboursables dispensés par les offices sociaux Source : Ministère de la Famille et de l’Intégration Les aides les plus importantes sont accordées aux aides ménages dont plus particulièrement l’aide alimentaire (76% de l’aide ménage) et le logement. L’alimentation et le logement sont des besoins fondamentaux et élémentaires ; dans ce sens il semble logique que ces postes d’aide soient les plus élevés. Graphique 39 : Evolution de l’aide alimentaire accordée par les offices sociaux €1.500.000 €1.039.979 €1.026.831 €841.245 €1.000.000 €500.000 €0 €531.115 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 Aide alimentaire Source : Ministère de la Famille et de l’Intégration Les offices sociaux ne sont pas les seuls à aider les personnes en difficulté. Il existe en effet toute une série de structures qui s’adressent à des catégories de personnes particulières en leur offrant des services spécifiques. Page 42 de 65 Ainsi, les épiceries sociales proposent aux personnes touchées par la pauvreté des produits alimentaires et d’hygiène à des prix jusqu’à 70% moins chers que ceux de la grande distribution. Développées au Luxembourg depuis 2009, elles se voulaient être une aide limitée dans le temps. Mais, dix ans plus tard, elles sont toujours présentes, se multiplient, et témoignent par-là de besoins grandissants au sein de la population luxembourgeoise. Gérées par Caritas ou par la Croix-Rouge, elles recensent un nombre croissant de bénéficiaires, passant de 4 182 personnes à près de 11 000, quelques années après leur création. C’est dire que de plus en plus de personnes ne disposent pas de revenus suffisants pour satisfaire leurs besoins primaires ; notamment l’alimentation et l’hygiène. On notera une légère baisse de la fréquentation en 2019, avec 9 814 personnes qui ont eu recours aux épiceries sociales ; mais depuis, la fréquentation des épiceries a repassé allègrement la barre des 10 000 clients. Ceci n’est guère étonnant la crise sanitaire ayant fait place à la crise de l’énergie et fait vivre des situations difficiles aux citoyens les plus vulnérables. Graphique 40 : Evolution de la fréquentation des épiceries sociales Source : Ministère de la Famille et de l’Intégration IV. Quelques pistes pour lutter contre les inégalités et la pauvreté Notre chambre regrette que les inégalités sociales et la pauvreté ne soient pas parmi les priorités des gouvernements successifs En effet, bien que quelques mesures aient été mises en œuvre ces dernières années, elles restent curatives, aucune stratégie globale préventive n’est véritablement pensée. Pourtant, les inégalités et la pauvreté sont en constante progression et elles sont alimentées davantage par une inflation qui touche les pauvres d’une manière plus forte que les riches. De ce fait, la CSL répète ses revendications pour une action résolue contre la pauvreté et les inégalités. Tout d’abord, la CSL revendique une revalorisation complète des prestations familiales. En effet, tout en saluant la réindexation des allocations familiales depuis octobre 2021, notre Chambre réitère la nécessité d’indexer l’ensemble des prestations familiales comme l’a été prévue dans l’accord entre le Gouvernement et les syndicats en
  8. De même, l’adaptation des prestations familiales à l’évolution du revenu médian telle que l’a prévue ce même accord continue à être revendiquée par notre Chambre. Ensuite, la CSL propose une revalorisation plus importante de l’allocation de vie chère, ainsi qu’une adaptation du niveau en fonction de l’évolution de l’indice des prix. Un relèvement de cette allocation réservée aux ménages avec les plus faibles revenus est indispensable pour combattre la pauvreté et pour tenir compte de la réalité économique actuelle. Une troisième revendication de notre Chambre est l’adaptation du plafond d’accès au complément accueil gérontologique qui, liée à une hausse de la pension minimale, devrait réduire les contraintes financières des personnes voulant vivre dans une institution de vieillesse. En effet, en raison du plafond de cette aide et à cause des prix des établissements élevés, notre Chambre est d’avis qu’il faut réévaluer le barème de 2004 auquel est lié cette aide. Page 43 de 65 Outre ces aides, notre Chambre revendique un soutien renforcé aux familles monoparentales pour tenir compte de leur risque de pauvreté exceptionnellement élevé. Tout en saluant la hausse significative du crédit d’impôt monoparental, la CSL est d’avis que cette hausse ne suffit pas et que d’autres adaptations au niveau de la fiscalité doivent être considérées, principalement au niveau de la classe d’impôt. Finalement, pour tenir compte de la hausse continue de la pauvreté laborieuse, notre Chambre revendique une revalorisation conséquente du niveau du salaire minimum. À cet égard, la CSL salue la décision de revalorisation du salaire minimum de 3,3% à partir de janvier
  9. Pourtant, en vue de la pauvreté laborieuse qui continue à augmenter et qui se situe actuellement à 13%, la CSL est d’avis que la revalorisation n’est pas suffisante et qu’une revalorisation structurelle est nécessaire. Page 44 de 65 PARTIE
  10. Fiscalité L’imposition est un outil non négligeable pour réduire les inégalités au sein d’une société, faut-il encore que la taxation soit juste et efficace. Elle doit aussi tenir compte de l’évolution des prix et de l’inflation. Lorsque l’on parle de tarif fiscal qu’il convient d’adapter à l’inflation, comme ce fut longtemps la coutume au Luxembourg et c’est le cas en Belgique ou en France, il ne s’agit pas seulement d’ajuster le barème des revenus imposables ; toutes les mesures en place qui visent à tempérer l’imposition par la réduction de la base imposable doivent l’être tout autant, sans quoi l’effet de la revalorisation du barème ne peut ressortir tous ces effets. I. Les déductions fiscales Un élément souvent ignoré dans le débat de la neutralité fiscale de l’inflation concerne les forfaits, voire les plafonds fiscalement déductibles. En effet, ces niveaux fiscalement déductibles ont été fixés dans le passé et ne sont que rarement, voire jamais, adaptés à l’évolution des prix de manière à réduire sensiblement ces valeurs réelles. Si bien que la CSL a salué la hausse de 50% de la déductibilité des intérêts débiteurs en relation avec l’habitation personnelle conclue lors des négociations tripartites en 2023, elle estime qu’il est utile et nécessaire d’un point de vue économique de revaloriser tous les forfaits et plafonds fiscalement déductibles. Notons à titre d’exemple que les forfaits déductibles, par exemple pour frais d’obtention (540€) ou dépenses spéciales (480€), n’ont pas été adaptés depuis des décennies, si bien que leur valeur réelle s’est réduite comme une peau de chagrin. Afin de mettre en relation cette perte réelle des forfaits déductibles, on peut noter que, en 1991, la somme de ces forfaits déductibles dépassait le salaire minimum de 14,3%, alors qu’en 2023, la somme des forfaits ne correspond plus qu’à 41% du salaire minimum. Or, tout comme les forfaits déductibles cités ci-avant, le niveau des frais de déplacement n’a plus été revalorisé depuis 1991, alors que depuis cette date, l’inflation cumulée s’affiche à 100% ! Pour que ces abattements atteignent le niveau réel qu’ils avaient lors de leur dernière adaptation en 1991, ils devraient être multipliés par
  11. Une telle adaptation ne vaudrait donc aucunement une amélioration structurelle, mais qu’un retour à la situation cible du législateur en 1991 quand il a adapté ces montants pour la dernière fois. En somme, toute non-revalorisation de ces montants déductibles vaut une baisse réelle des déductions fiscales et par conséquent une hausse réelle de la charge de l’impôt. L’inaction réduit le pouvoir d’achat des ménages ! Enfin adapter ces montants serait une manière de relancer la demande intérieure et de stimuler ainsi l’économie nationale. Dans le contexte des déductions fiscales, la CSL tient d’ailleurs à rappeler que les crédits d’impôts (si leur niveau et leur seuil est adapté régulièrement, voir section qui suit) sont à privilégier à certaines déductions afin de permettre aux faibles revenus ne payant pas ou peu d’impôts d’en profiter aussi. À l’instar du remplacement de l’abattement compensatoire pour salariés par un crédit d’impôt pour salariés en 2009, la CSL propose ainsi de remplacer les frais de déplacement par un crédit d’impôt mobilité (CIMOB). En procédant comme lors du remplacement de l’abattement compensatoire pour salariés, le montant de 99 EUR par kilomètre serait à créditer au taux de 39%, qui est le taux marginal maximal « normal » intervenant au revenu imposable de 45.897 EUR. Le CIMOB s’élèverait alors à 39 euros (39% x 99) par unité kilométrique au-delà de 4 kilomètres. En procédant ainsi, pour les salariés imposés en classe 1 touchant plus de 49 500 euros et bénéficiant actuellement de la déduction maximale des frais de déplacement (2 574 euros), il n’y aurait guère de changement, alors que tous ceux qui touchent un salaire inférieur bénéficieront d’une augmentation de leur revenu disponible pouvant atteindre 1 014 euros. Page 45 de 65 II. Crédits d’impôt : le niveau et le seuil On peut estimer qu’en fin de l’année 2024, à structure de salaires constante, quelque 30% des salariés bénéficieront du tout nouveau crédit d’impôt plein dit CO2 (CICO2) du fait de leur salaire brut, autour de 40% se situeront dans la partie dégressive du CI et à peu près 30% n’en profiteront pas du tout. Ces proportions ne sont toutefois pas stables et évoluent au fil des tranches indiciaires compensant l’inflation. Outre la perte de la valeur d’un crédit d’impôt (CICO2 ou CIS, par exemple), la non-adaptation des seuils de revenu permettant de profiter des CI représente un autre problème majeur : si l’on n’adapte pas (automatiquement) les seuils d’éligibilité aux CI, l’on réduit de facto le nombre de potentiels bénéficiaires en raison de l’inflation. En effet, une personne qui dispose d’un salaire brut légèrement inférieur au seuil prescrit pour pouvoir prétendre au crédit d’impôt risque de le perdre (au moins en partie) lors d’un déclenchement d’une tranche indiciaire. Cette personne verrait ainsi son crédit d’impôt diminuer (alors qu’elle n’a nullement profité d’une augmentation réelle de son salaire) par le simple fait qu’une tranche indiciaire est venu combler une perte de pouvoir d’achat. On peut évaluer que, lorsque le crédit d’impôt salarié (CIS) a été reformé en 2017, environ 43% des salariés disposaient d’un revenu leur permettant de bénéficier du montant complet du crédit d’impôt (600€) et à peu près 37% des salariés percevaient un revenu ouvrant droit à un CI partiel. Toutefois, en raison de l’inflation continue et des tranches indiciaires qui ont été déclenchées, la part de la population ayant un salaire annuel inférieur à 40.000€, respectivement à 80.000€ a baissé d’une année à l’autre de sorte que de moins en moins de salariés en place profitent du CIS, sans que leur salaire n’ait réellement augmenté. Ainsi, par le simple fait de l’indexation des salaires, cette même population avec un même revenu brut réel ne profitera du CIS complet qu’à environ 32% des cas et d’un CIS partiel à quelque 39% des cas à partir de la fin de l’année prochaine. En d’autres mots, lorsque le CIS a été reformé, il a été conçu pour que plus ou moins 80% des salariés en bénéficient au moins partiellement et qu’environ 43% en bénéficient pleinement. Pourtant, sept ans après la réforme, sans aucun changement structurel des salaires, mais à cause de l’inflation qui a rendu nécessaire leur revalorisation nominale, ce ne sont plus que quelque 70% des salariés qui profitent du CIS, et moins d’un tiers qui en jouisse pleinement. Se pose donc, à travers le point spécifique du crédit d’impôt, la question de la neutralité fiscale face à l’inflation. Si l’on adapte le niveau du crédit d’impôt, sans adapter les seuils d’éligibilité à l’inflation, on peut certes maintenir un niveau réel constant de crédit d’impôt, mais le cercle des bénéficiaires en est réduit. En adaptant les seuils d’éligibilité des crédits d’impôts, sans pour autant revaloriser leur montant, l’on maintien constant le cercle de bénéficiaires comparativement au niveau réel du salaire, mais le niveau réel du crédit d’impôt baisse. À terme, ce phénomène se produira immanquablement aussi au niveau du CICO2 fixé à 168 euros à partir du 1er janvier 2024, comme c’est déjà le cas pour le CIS ou le CISSM, et il convient donc de pouvoir déjà se mettre en situation de le parer : seule une adaptation simultanée et automatique du niveau des crédits d’impôt ainsi que de leurs seuils d’accessibilité peut garantir la neutralité fiscale de la hausse administrée des taxes ou/et de l’inflation ; il s’impose qu’à niveau de salaire égal, l’avantage fiscal reste égal. C’est d’ailleurs une problématique qu’ont explicitement reconnue les pouvoirs publics lorsqu’ils ont adapté le seuil d’éligibilité au crédit d’impôt salaire minimum : les fourchettes de revenu ouvrant droit à ce CISSM ont été modifiées par la loi budgétaire pour l’exercice 2023 afin de s’assurer que les salariés qui perçoivent un revenu équivalent au salaire social minimum qualifié puissent continuer à recevoir leur fraction du CISSM, sans quoi ces derniers auraient tout simplement été exclus du bénéfice de ce CISSM partiel du fait de la hausse continue, ici, du salaire minimum. III. Barème d’imposition à ajuster à l’inflation Le pouvoir monétaire des salaires est amoindri par la hausse généralisée des prix à la consommation. C’est pourquoi le système d’indexation automatique des salaires a été généralisé en
  12. Page 46 de 65 De même, avant l’intervention de l’ancien ministre des Finances Frieden, la législation fiscale prévoyait d’ajuster automatiquement le tarif de l’impôt sur le revenu à la variation constatée de l’indice des prix à la consommation. L’article 125 LIR a été abrogé en 2013, et ce tarif a officiellement été adapté à l’inflation pour la dernière fois en 2009 Le fait que les salaires soient indexés mais non le tarif revient à prélever davantage d’impôt sans coup férir (« à froid »), cette dérive fiscale réduisant ainsi le pouvoir monétaire des salaires. Si le salaire brut est revalorisé à hauteur de 2,5%, pour compenser automatiquement l’inflation, le salaire après impôt progresse moins que ces 2,5%, et la réduction de la perte de pouvoir d’achat n’est donc pas intégrale. L’adaptation du barème à l’inflation permettrait de maintenir la clé de répartition entre les revenus des ménages et ceux de l’État. Chaque fois que le barème n’a pas été indexé, les seconds ont bénéficié d’un accroissement de leur part provenant du revenu national au détriment des premiers. Lorsque le barème est indexé en fonction du taux d’inflation sur une période donnée, la clé entre les premiers et les seconds est stabilisée. Le tarif sera, certes, indexé à concurrence de 4 tranches indiciaires (une peu plus de 10%) à partir du 1er janvier 2024, mais il convient aussi de noter que 8 tranches indiciaires (22%) ont été déclenchées depuis 2017 (dernière réforme du tarif). L’adaptation fiscale nécessaire aboutirait à un rattrapage bien plus important du revenu net des contribuables que la mesure prévue au 1er janvier
  13. Pour un contribuable de la classe d’imposition 1, rémunéré à hauteur de 5 000 euros bruts par mois (60 000/an), une adaptation du barème d’imposition de 8 tranches augmenterait le revenu net de près de 99 euros par mois (environ 1 193/an) supplémentaires par rapport à l’adaptation retenue dans le cadre de l’accord de coalition de seulement 4 tranches indiciaires. Adaptation du barème d’imposition de : Revenu net supplémentaire pour un brut de 5 000 euros par mois en classe d’imposition 1 par rapport au barème 2023 : Mensuel Annuel
(1)4 tranches 98 1 172
(2)8 tranches 197 2 365
(2)
(1)+99 +1 193 Note : le revenu net supplémentaire tient compte de l’impôt de solidarité C’est pourquoi le rétablissement d’un mécanisme automatique d’indexation est vivement recommandé afin d’éviter des dérives et des pertes de pouvoir d’achat telles qu’elles ont eu lieu ces dernières années. Dans les pays voisins, tant la France (presqu’annuellement depuis 1969), que l’Allemagne (depuis 2012 sur base d’un Steuerprogressionsbericht) ou encore la Belgique (art. 178 du Code des impôts sur les revenus) procèdent régulièrement à une adaptation de l’impôt sur le revenu aux développements du coût de la vie. Pour faire face à la progression à froid et afin de rendre le barème fiscal plus équitable, la CSL a proposé un nouveau barème d’imposition, axé sur la classe d’impôt 1, dans son avis III/83/2022 relatif au budget de l’État pour l’exercice
  1. Le barème proposé, qui devrait lui aussi être indexé au fur et à mesure que l’inflation progresse, répondrait à l’urgence de plus en plus accrue d’une réforme d’ampleur de la fiscalité, notamment par sa capacité de : - défiscaliser le salaire social minimum, - aplatir le « Mëttelstandsbockel » et de - imposer davantage les hauts revenus. Page 47 de 65 De par son réagencement, le barème proposé résulterait en une baisse d’impôts pour les faibles et moyens revenus ; une baisse qui serait contre-financée par la hausse des impôts pour les revenus imposables au-delà de 135 000 euros dans la classe 1 (soit le double dans la classe 2). tranche revenu imposable IV. Taux 0 24502,5 0% 24 502,5 26 811,97 16% 26 811,97 29 121,44 18% 29 121,44 31 430,92 20% 31 430,92 33 740,39 22% 33 740,39 36 049,86 24% 36 049,86 38 359,33 26% 38 359,33 40 668,8 28% 40 668,8 42 978,28 30% 42 978,28 45 287,75 32% 45 287,75 47 597,22 34% 47 597,22 49 906,69 36% 49 906,69 52 216,16 38% 52 216,16 54 525,64 40% 54 525,64 118 802,4 42% 118 802,4 150000 44% 150 000 250 000 46% 250 000 400 000 48% 400 000 ∞ 50% Rééquilibrer la charge fiscale Outre l’urgence d’adapter, enfin, le tarif de l’impôt à l’inflation, la CSL plaide pour rééquilibrer la charge fiscale, entre personnes physiques et entreprises, mais aussi entre revenus du travail et revenus du capital. En ce qui concerne le déséquilibre entre personnes physiques et personnes morales quant à la charge de l’impôt, il est à noter qu’entre les années 2000 et 2022 les recettes de l’État en matière d’impôts sur les personnes physiques (IRPP) se sont multipliées par plus de 5, tandis que les recettes provenant d’impôts sur les revenus et bénéfices des sociétés (IRBS) ne se sont multiplié par seulement 2,
  2. Autrement formulé, alors que la part des recettes fiscales provenant des impôts sur les ménages correspondait à celle des impôts provenant des sociétés en début de siècle, l’on se trouve aujourd’hui dans une situation où les ménages contribuent deux fois plus que les entreprises aux recettes fiscales. Dès lors, toute réduction d’impôt prochainement possible devrait se faire au bénéfice des personnes physiques et il serait injustifié de baisser – encore – les impôts pour les entreprises. Page 48 de 65 Graphique 41 : Évolution des recettes d’impôts sur les personnes physiques (IRPP) et les recettes d’impôts sur les revenus et les bénéfices des sociétés (IRBS) 9.000 IRPP IRBS en euros courants 8.000 7.000 6.000 5.000 4.000 3.000 2.000 1.000 0 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 IRPP 1.572 1.589 1.527 1.690 1.825 2.161 2.545 2.677 3.035 2.916 3.156 3.546 3.697 4.061 4.327 4.715 4.984 5.056 5.598 5.916 6.289 7.318 8.028 IRBS 1.533 1.650 1.926 1.892 1.571 1.752 1.680 1.976 2.003 2.075 2.310 2.148 2.257 2.212 2.139 2.295 2.458 2.901 3.792 3.761 3.079 3.277 3.410 Données : Statec ; Graphique : CSL À ce point il s’ajoute que même au sein des personnes physiques un rééquilibrage de l’impôt est nécessaire. En effet, il existe à ce jour de nombreux privilèges fiscaux qui sont accordés aux revenus du capital, mais qui sont refusés aux revenus du travail. Parmi ces avantages accordés aux revenus du capital l’on trouve notamment : - le demi-dividende qui induit que les revenus de dividendes ne sont imposés qu’à moitié de leur valeur ; - l’exonération d’une tranche de 1 500 euros de revenus de capitaux ; - l’amortissement pour usure accordé aux propriétaires-bailleurs ; - la déductibilité intégrale (sans plafond !) des intérêts débiteurs en lien avec l’immeuble mis en location, et - l’exonération complète des plus-values de cession. Ces privilèges fiscaux sont à réduire au minimum, voire à abolir complètement ! Page 49 de 65 PARTIE
  3. Crise du logement Les coûts liés au logement représentent de loin le poste de dépenses le plus

🔗 Vers la source officielle

Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.