Avis lll/86/2023 8 décembre 2023 Budget provisoire 2024 relatif au Projet de loi relatif au budget provisoire pour la période 1er janvier au 30 avril 2024 et portant modification : 1° de la loi modifiée du 4 décembre 1967 concernant l’impôt sur le revenu ; 2° de la loi modifiée du 17 décembre 2010 fixant les droits d’accises et les taxes assimilées sur les produits énergétiques, l’électricité, les produits de tabacs manufacturés, l’alcool et les boissons alcooliques PARTIE
(2)le chiffre d’affaires des entreprises non financières. L’EBE prend la fonction du numérateur et désigne l’excédent généré par les activités d’exploitation des sociétés après rémunération de la main-d’œuvre, mais avant impôts, remboursement des créanciers et investissements. Le chiffre d’affaires prend la fonction du dénominateur. Logiquement, si le chiffre d’affaires augmente à un rythme plus dynamique que l’EBE, le taux d’EBE diminue. Page 16 de 65 Or, le chiffre d’affaires quant-à-lui est constitué de plusieurs composantes qui peuvent évoluer à des rythmes différents et ainsi avoir un impact individuel sur l’évolution du niveau du chiffre d’affaires et donc du taux d’EBE. Par conséquent, afin de pouvoir juger l’évolution du taux d’EBE et d’identifier les responsables et les raisons pour la mauvaise performance du Luxembourg en ce qui concerne cet indicateur, il faut tout d’abord analyser l’évolution du poids des différentes composantes du chiffre d’affaires ii. La composition du chiffre d’affaires Le chiffre d’affaires des entreprises non financières est constitué en grande partie du coût net des produits revendus en l’état. Cette part compte pour plus que la moitié (p.ex. 57% en 2015) et a ainsi un impact important sur la valeur totale du chiffre d’affaires. Par conséquent, tout hausse importante du prix respectivement du volume des produits revendus en l’état fait augmenter le chiffre d’affaires sans que l’EBE augmente nécessairement au même rythme, évolution qui aurait mécaniquement un effet baissier sur le taux d’EBE. En soustrayant le coût net des produits revendus en l’état du chiffre d’affaires total, on reçoit la valeur de la production, le montant de ce qui a été effectivement produit par les entreprises. En 2015, la production correspondait ainsi à 43% du chiffre d’affaires des entreprises non-financières. Une partie importante de cette production d’une entreprise est constituée de la consommation intermédiaire qui reflète la somme des coûts des biens et services consommés lors du processus de production interne à l’entreprise. En 2015, la consommation intermédiaire correspondait à 65% de la valeur de la production respectivement 28% du chiffre d’affaires. Après soustraction de la consommation intermédiaire de la valeur de la production, on reçoit la valeur ajoutée au coût des facteurs qui était, par exemple, de 15% du chiffre d’affaires en 2015. La valeur ajoutée au coût des facteurs est répartie entre le personnel (les dépenses de personnel respectivement la part salariale) et l’entreprise (l’EBE). En 2015, les dépenses de personnel correspondaient à +/- 8% du chiffre d’affaires et l’EBE à +/- 6%. Graphique 16 : Analyse du chiffre d’affaires L’analyse de l’évolution du poids des différentes composantes du chiffre d’affaires des entreprises non financières entre 2005 et 2015 permet de visualiser la relation complexe entre chiffre d’affaires et EBE. En effet, vu la composition du chiffre d’affaires, une baisse du taux d’EBE n’est pas nécessairement liée à une hausse des dépenses de personnel respectivement à une baisse de la valeur ajoutée. Tout au contraire, vu le poids beaucoup plus important que les autres composantes prennent dans le total du chiffre d’affaires, tout changement au niveau du coût des produits revendus en l’état respectivement de la consommation intermédiaire risque d’avoir un impact important sur la valeur du chiffre d’affaires (dénominateur) et donc sur le taux d’EBE, sans que l’EBE (en valeur) ait forcément changé. Page 17 de 65 En effet, au vu de l’évolution enregistrée entre 2005 et 2015 (graphique ci-dessus), force est de constater que la baisse du taux d’EBE de 8 à 6% n’était pas liée à une hausse des dépenses de personnel. En effet, la part des dépenses de personnel dans le total du chiffre d’affaires à baissé de manière encore plus importante sur la même période (de 12 à 8%). La baisse du taux d’EBE était principalement liée à l’explosion du coût net des produits revendus en l’état dont la part est passée de 53 à 57% du chiffre d’affaires. Or, cette hausse plus dynamique du chiffre d’affaires s’explique par la structure économique particulière du Luxembourg et de l’essor de certains phénomènes – le négoce international, la soustraitance, le travail à façon – qui font gonfler le chiffre d’affaires et qui baissent donc le taux de production respectivement le taux d’EBE, sans que les entreprises soient nécessairement moins rentables, voire moins compétitives. En outre, il faut souligner que l’analyse par branche risque de susciter une mauvaise interprétation de la réalité économique de nombreuses entreprises. En effet, vu la dimension limitée et la structure particulière du tissu économique luxembourgeois, le comportement d’une minorité de grands acteurs a un impact considérable sur le taux d’EBE moyen. D’ailleurs, notons qu’une baisse du taux d’EBE ne doit pas être confondue avec une baisse de l’EBE. Ainsi, entre 2005 et 2015, le taux d’EBE a baissé de presque 25%, tandis que l’EBE à presque doublé ! Cette évolution contraire entre le taux d’EBE et l’EBE (graphique ci-dessous) est due au simple fait que le chiffre d’affaires a augmenté plus vite que l’EBE. Or, le rythme de croissance du chiffre d’affaires a non seulement dépassé celui de l’EBE, mais également celui de la valeur ajoutée au coût des facteurs. En effet, nous constatons que l’EBE a augmenté de facto au même rythme, voire légèrement plus vite que la valeur ajoutée au coût des facteurs ce qui veut également dire que la part des dépenses de personnel (la part salariale) dans la valeur ajoutée est resté à peu près stable (voire qu’elle a même légèrement diminué). Ainsi, la baisse du taux d’EBE sur ladite période n’était pas liée à une hausse des salaires respectivement de la part salariale, mais elle était tout simplement le résultat de l’effet mécanique provoqué par le gonflement du chiffre d’affaires à travers la hausse importante du coût des produits revendus en l’état. Graphique 17 : Évolution du chiffre d’affaires et des différents indicateurs économiques iii. La faible relation entre intensité du travail et taux d’EBE Etant donné que les dépenses de personnel ne constituent qu’une part minimale du chiffre d’affaires, leur impact sur le taux d’EBE est plutôt limité. Par conséquent, vu le rôle secondaire de l’évolution des dépenses de personnel dans l’évolution du taux d’EBE, toute pression à la baisse sur l’évolution future des salaires n’auraient donc qu’un impact minimal sur l’évolution du taux d’EBE. D’ailleurs, le taux d’EBE pourrait même diminuer au cas où la baisse de la part salariale serait surcompensée par Page 18 de 65 une hausse plus dynamique du coût des produits revendus en l’état respectivement de la consommation intermédiaire. Ce paradoxe illustre les nombreux points faibles de cet indicateur qui est clairement inadapté pour juger la rentabilité des entreprises non financières. Dans une note de 20186, le STATEC souligne que « la relation entre la part salariale et le taux d’EBE est donc plus complexe qu’une simple relation inverse. » En effet, ce ne sont pas nécessairement les secteurs d’activité à forte intensité de main d’œuvre qui affichent un taux d’EBE moins élevé. Tout au contraire, ce sont notamment les secteurs d’activité dans lesquels le chiffre d’affaires est constitué en grande partie du coût net des produits revendus en l’Etat où le taux d’EBE a tendance d’être moins élevé. L’analyse des trois activités de commerce – le commerce de gros (G46), le commerce de détail (G47) et le commerce et réparation d’automobiles et de motocycles (G45) – permet de visualiser cette relation faible entre intensité de travail et taux d’EBE. En effet, parmi ces trois activités, le taux d’EBE est le plus faible dans le commerce de gros où la part des dépenses de personnel par rapport à la valeur ajoutée est la moins élevée. De plus, en dépit du taux d’EBE faible, le commerce de gros est un des secteurs qui génère le plus d’EBE en dehors du secteur financier au Luxembourg. En même temps, le taux d’EBE est plus élevé dans les deux autres activités en dépit de la plus forte intensité du travail. Le STATEC conclut : « L’observation d’une relation plus faible entre part salariale et taux d’EBE semble paradoxale dans la mesure où les dépenses de personnel sont égales à la différence entre valeur ajoutée et excédent brut d’exploitation. Toutefois, l’explication réside dans le fait que les taux de marge sont obtenus en divisant la marge par le chiffre d’affaires. Ainsi, il convient de tenir compte de l’importance des dépenses de personnel dans le chiffre d’affaires et non pas uniquement dans la valeur ajoutée. » VIII. Commentaires de la CSL Dans un contexte où les données économiques actuelles sont souvent temporaires et susceptibles d'évoluer, la CSL considère impératif d'adopter une approche de prudence lors de leur analyse. La nature provisoire des données de la comptabilité nationale souligne l'importance cruciale de baser nos conclusions sur une diversité de sources et d'indicateurs. Bien que la situation actuelle puisse paraître complexe et nuancée, il est primordial de résister à la tentation de tirer des conclusions hâtives. L'étude minutieuse et la confrontation de différentes données économiques permettent de mieux appréhender la réalité et d'éviter les jugements précipités. Dans ce contexte, la CSL regrette de constater que l'analyse actuelle, souvent axée uniquement sur le PIB réel (PIB en volume), néglige trop fréquemment l'importance du PIB nominal (PIB en valeur). Cette focalisation unilatérale conduit parfois à des interprétations biaisées de la situation économique. En réalité, ces deux mesures fournissent des perspectives différentes et complémentaires, offrant ainsi une image plus complète et nuancée de l'état économique actuel. Ainsi, tandis que le PIB réel est en recul, le contraire est vrai pour le PIB nominal qui continue à croître plus vite que l’inflation. La CSL estime qu’il est également crucial de compléter ces analyses de PIB en considérant d'autres sources telles que les bilans des entreprises, les données sectorielles ou d'autres indicateurs clés. Cette démarche enrichit l'analyse en offrant une perspective plus détaillée et plus fine, renforçant ainsi la compréhension globale de la dynamique économique. Cette approche nous a permis de relativiser fortement certaines évolutions actuelles, notamment dans le secteur bancaire. En effet, tandis que le PIB réel affiche une baisse en raison du secteur financier, et tandis que la valeur ajoutée en volume de ce secteur est interprétée comme un signe de présence de difficultés dans le secteur, d’autres données administratives soulignent que le secteur se porte très bien ! N’est-il pas ironique que le Luxembourg se trouve actuellement en récession technique à cause d’un secteur qui affiche des résultats (avant provisions) et une marge d’intérêts record ? Il s’ajoute qu’actuellement les bénéfices des entreprises connaissent une tendance à la hausse, dépassant les augmentations des salaires. En effet, en 2023, les profits des entreprises ont 6 STATEC, « Un faible taux d’EBE au Luxembourg, et donc? », Bulletin du STATEC (Luxembourg: STATEC, juillet 2018). Page 19 de 65 augmenté 4,71% en plus que l’inflation. Cette réalité économique soulève des interrogations quant à la perception véhiculée par certaines factions patronales. Alors que le discours de certaines instances du patronat met en avant une faible rentabilité et une difficulté à maintenir des marges bénéficiaires, les données révèlent souvent une croissance solide des profits des entreprises. Cette croissance notable des bénéfices, ainsi que l’inadaptation du taux d’EBE comme mesure de rentabilité des entreprises remet en question la justification de certaines revendications patronales. Par conséquent, certains résultats largement diffusés peuvent être relativisés et la difficulté économique actuelle apparaît sous un jour moins alarmante, soulignant l'importance de considérer une diversité de sources pour une évaluation plus juste et équilibrée de la conjoncture économique. Nonobstant, si bien que l’ampleur de certaines difficultés économiques peuvent être remises en question, la CSL reconnaît le ralentissement économique actuel qui est lié à un bon nombre d’incertitudes économiques provoquées par la politique monétaire restrictive. Or, dans ce contexte de ralentissement économique notre Chambre plaide pour une politique budgétaire contracyclique qui puisse relancer l’économie intérieure à travers d’une hausse du pouvoir d’achat et un niveau d’investissements publics important. En effet, dans un contexte économique dans lequel les ménages et les entreprises manquent de confiance pour effectuer des investissements et des consommations importants, il incombe à l’État de remplir ce trou afin d’éviter que des retards structurels d’investissement se creusent et afin de relancer l’économie d’une manière plus générale. La CSL tient à rappeler que la demande de consommation finale des ménages compte pour 30% du PIB et que la hausse du pouvoir d’achat des salariés peut donc avoir un effet substantiel sur la reprise économique. Si bien que les comptes annuels des finances publiques sont marqués par des déficits, notre Chambre souligne qu’il serait irresponsable de mettre en œuvre une politique budgétaire austéritaire. La situation économique actuelle et la situation structurelle générale du Luxembourg et de l’Europe nécessite une politique expansive, sans laquelle les incertitudes se creusent et sans laquelle les défis structurels liés à la transition digitale et écologique deviennent insurmontables. Dans le cas où les recettes actuelles seraient insuffisantes pour couvrir les dépenses, la CSL plaide pour une révision au niveau des recettes – par une hausse des impôts au niveau des hauts revenus, des entreprises, des revenus du capital et du patrimoine – plutôt que pour une politique d’austérité ! Page 20 de 65 PARTIE 2. Marché de l’emploi I. L’évolution de l’emploi Depuis certains mois, la progression de l’emploi qui a toujours été dynamique au Luxembourg est freiné par différentes difficultés économiques et financières actuelles, liées tant à l’inflation qu’à la politique monétaire restrictive. C’est ainsi qu’en juin 2023, dernier mois pour lequel des données administratives sont disponibles, la croissance de l’emploi total au Luxembourg se limitait à 2,1% en glissement annuel – une croissance considérablement inférieure à la moyenne historique du Luxembourg qui se situe à 2,85% depuis l’an 2007. Graphique 18 : Taux de croissance de l’emploi total au Luxembourg en glissement annuel 6,0% Moyenne 5,0% 4,0% 3,0% 2,0% 1,0% févr-23 févr-22 août-22 août-21 févr-21 févr-20 août-20 févr-19 août-19 févr-18 août-18 août-17 févr-17 févr-16 août-16 févr-15 août-15 févr-14 août-14 août-13 févr-13 févr-12 août-12 févr-11 août-11 févr-10 août-10 août-09 févr-09 févr-08 août-08 févr-07 août-07 0,0% Données : IGSS ; graphique : CSL. En analysant plus en profondeur cette évolution de l’emploi total, il est à noter que c’est principalement l’emploi intérimaire qui freine la progression. En effet, tout au long de l’année 2023, l’emploi intérimaire est en régression et affiche des taux de recul de l’ordre de 10%. Pour les seuls salariés privés, le frein de progression est toutefois également observable, même s’il y est moins accentué. En moyenne mensuelle et en glissement annuel la croissance du nombre de salariés privés s’affiche ainsi à 2,6% en 2023 avec une tendance baissière (2,9% en janvier contre 2,1% en juin), ce qui reste en-deçà de la moyenne historique. Tableau 4 : Taux de croissance de l’emploi au Luxembourg en glissement annuel Salariés hors intérimaires et agents locaux Salariés intérimaires Fonctionnaires Non salariés Emploi total Janvier 2.9% -13.3% 3.8% 2.9% 2.7% Février 2.9% -7.7% 3.7% 2.6% 2.8% Mars 2.7% -10.4% 3.8% 2.8% 2.6% Avril 2.6% -8.8% 3.9% 2.4% 2.5% Mai 2.3% -10.9% 4.0% 2.7% 2.2% Juin 2.1% -9.7% 4.0% 2.7% 2.1% Moyenne historique* 2.7% 1.9% 2.4% 2.3% 2.9% Note : Moyenne historique correspond au taux de croissance mensuel moyen depuis février 2007, sauf pour la catégorie Salariés hors intérimaires et agent locaux pour laquelle la moyenne ne s’étend que jusqu’en octobre 2009. Données : IGSS ; graphique : CSL. Page 21 de 65 i. Comparaison européenne La CSL estime tient pourtant à noter que cette évolution constatée pour le Luxembourg ne revête nullement d’une particularité luxembourgeoise, mais qu’elle est le résultat d’un ralentissement économique au niveau européen, voire mondial. Pour souligner ce macrophénomène du ralentissement, il est utile de comparer la croissance de l’emploi au Luxembourg avec celle des autres pays européens, ce qui est possible en se basant sur les données de la comptabilité nationale. Notons de suite que les données de la comptabilité nationale sont source de plusieurs problèmes du fait de leur caractère provisoire 7. Nonobstant, faute d’autres données, la comparaison européenne se fait sur base de ces données. Or, en comparaison européenne et d’après les données les plus récentes disponibles, le Luxembourg reste, de loin, parmi les pays avec la plus forte croissance de l’emploi total. En effet, avec une progression de 2,6% au deuxième trimestre 20238, la croissance de l’emploi reste considérablement plus élevée au Luxembourg qu’aux pays limitrophes et qu’en moyenne européenne, voire qu’en moyenne de la zone euro. Seuls quatre pays européens font meilleure figure que le Luxembourg. Graphique 19 : Taux de croissance de l’emploi total au deuxième trimestre et en glissement annuel 6,0% 5,0% 4,0% 3,0% 2,6% 2,0% 1,0% 1,5% 1,4% 1,1% 0,9% 0,8% 0,0% -1,0% -2,0% -3,0% Données : Eurostat ; graphique : CSL. La CSL tend à souligner que cette croissance de l’emploi considérablement plus importante au Luxembourg que dans les autres pays européens est d’autant plus remarquable du fait que le Luxembourg était parmi les seuls pays à ne pas avoir connu une baisse de l’emploi durant la crise sanitaire. De ce fait, l’on peut considérer qu’une partie de la croissance des autres pays européens revête toujours d’un caractère « rebond post-covid » alors que cet effet est beaucoup moindre, voire négligeable pour le Luxembourg. Depuis l’année précédant la crise sanitaire, l’emploi au Luxembourg a progressé de manière cumulée de plus de 11%, contre un taux de 7% en France, 5% en Belgique, 1,5% en Allemagne et 3,1% en moyenne de l’Union européenne. Dès lors, de manière agrégée et en comparaison européenne, le marché de l’emploi au Luxembourg se porte relativement bien, même si le ralentissement est certes important. 7 En effet, les données annuelles, mais plus encore les données trimestrielles sont révisées pendant quatre ans. De ce fait, les conclusions faites pour un moment à un instant donné peuvent ne plus être valides après un certain temps. 8 Au moment de la rédaction, le Luxembourg est parmi les seuls pays dans lequel les données du troisième trimestre sont disponibles. Pour ce trimestre la croissance annuelle tombe à 1,6% en glissement annuel. Page 22 de 65 ii. Analyse sectorielle Pour être en capacité d’analyser les tendances du marché de l’emploi plus en profondeur, notre Chambre considère qu’il importe de nuancer la situation selon le secteur d’activité afin de mieux pouvoir différencier entre les secteurs qui se portent bien et ceux qui ont de réelles difficultés. Cette analyse se base, tout comme la comparaison européenne, sur les données les plus récentes de la comptabilité nationale – faute de sources plus fiables. Dans une analyse sectorielle il est possible d’observer que le secteur de la construction est le seul secteur (à part encore du secteur de l’agriculture qui est peu important quant à son effectif) dans lequel l’emploi est effectivement en recul. En effet, au troisième trimestre 2023, le nombre de personnes employées dans le secteur de la construction est 0,1% plus faible qu’au même trimestre de l’année précédente. Ce recul est d’autant plus important quand on note que, en moyenne depuis 1996, le taux de croissance de l’emploi de ce secteur s’élevait à 2,7%. Dans les secteurs Information et Communication, Activités spécialisées-Services administratifs et Administration publique-Éducation-Santé l’emploi continue à croître, mais à un rythme plus faible. À titre d’exemple, notons qu’en moyenne mensuelle depuis 1996, l’emploi progressait de 6,0% en glissement annuel tandis qu’au deuxième trimestre 2023 n’était plus que de 2,7%. Enfin, il est important de noter que les secteurs Industrie, Commerce-Transport-Horeca, et Activités financières et d’assurance ont connu au deuxième trimestre 2023 des hausses de l’emploi bien supérieures à la moyenne historique. En effet, dans le secteur Commerce-Transport-Horeca (le deuxième secteur d’importance quant au nombre d’effectif après le secteur Administration publiqueÉducation-Santé) l’emploi a progressé de 2,9%, contre une moyenne historique de « seulement » 2,4%. Par cette analyse sectorielle il devient donc évident que même si pour une grande partie des secteurs la croissance de l’emploi a ralenti en comparaison à la progression historique, la situation reste loin d’être catastrophique dans l’ensemble de l’économie ; certains secteurs s’en sortent même assez bien. La CSL tient à ajouter que, l’importante progression de l’emploi dans le secteur financier constitue un nouvel élément soulignant que ce secteur n’a pas de difficultés, si bien qu’il affiche une progression de la valeur ajoutée en volume négative – et qu’il cause ainsi une récession technique. Tableau 5 : Taux de croissance de l’emploi au deuxième trimestre 2023 en glissement annuel Économie totale Industrie Luxembourg UE Zone euro Belgique Allemagne Taux de croissance T2 - 2023 2.5% 1.1% 1.3% 0.8% 0.9% France 1.5% Taux de croissance moyen 1996-2023 3.1% 0.7% 0.9% 1.0% 0.7% 0.9% Taux de croissance T2 - 2023 0.7% 0.1% 1.0% 0.3% 0.5% 1.4% Taux de croissance moyen 1996-2023 0.3% -0.5% -0.4% -0.8% -0.3% -0.8% Taux de croissance T2 - 2023 -0.1% 0.5% 0.5% 1.0% 0.8% 0.9% Taux de croissance moyen 1996-2023 2.7% 0.6% 0.3% 0.9% -0.8% 1.1% Commerce, transport, horeca Taux de croissance T2 - 2023 2.9% 1.6% 2.0% 0.5% 0.7% 1.6% Taux de croissance moyen 1996-2023 2.4% 1.0% 1.0% 0.4% 0.5% 1.1% Information et communication Taux de croissance T2 - 2023 2.0% 4.8% 3.7% 2.9% 2.9% 4.2% Taux de croissance moyen 1996-2023 5.3% 2.6% 2.4% 2.8% 1.8% 2.1% Activités financières et d'assurance Taux de croissance T2 - 2023 3.8% 1.7% 1.1% -0.5% 0.1% 1.9% Taux de croissance moyen 1996-2023 3.3% 0.3% 0.0% -0.9% -0.6% 0.7% Construction Activités immobilières Taux de croissance T2 - 2023 1.5% 1.4% 2.9% 0.6% 1.1% 1.7% Taux de croissance moyen 1996-2023 8.2% 1.5% 1.8% 2.2% 1.2% 0.9% Activités spécialisées ; Taux de croissance T2 - 2023 services administratifs Taux de croissance moyen 1996-2023 Administration Taux de croissance T2 - 2023 publique, éducation, Taux de croissance moyen 1996-2023 santé 2.7% 2.1% 2.1% 0.6% 0.9% 2.5% 6.0% 3.1% 3.1% 3.4% 3.1% 2.6% 3.7% 1.1% 1.1% 1.3% 0.9% 0.5% 4.2% 1.0% 1.2% 1.6% 1.2% 0.7% Données : Eurostat ; graphique : CSL. Page 23 de 65 iii. Projections économiques Selon les projections, la croissance de l'emploi continuera à montrer des signes de décélération notable. Après avoir enregistré une croissance de l'emploi d'environ 3,4 % en 2022, les projections du Statec indiquent une croissance qui devrait se réduire à 2,5 % en 2023, pour ensuite diminuer davantage à 1,5 % en 2024. Les perspectives de la Commission européenne suggèrent même une décélération encore plus marquée : la croissance de l'emploi ne devrait s'élever qu'à 1,7 % en 2023 et chuter à 1,2 % en 2024. Même pour l'année 2025, pour laquelle une légère reprise est anticipée, la croissance de l'emploi devrait se maintenir à un niveau modeste de 1,5 % selon les projections de la Commission. Graphique 20 : Projections de croissance de l’emploi (en %) 3 2,5 2,5 2 1,7 1,5 1,5 1,5 1,2 1 0,5 0 2023 2024 Statec 2025 CE Données : Commission européenne, Statec ; graphique : CSL. II. Le taux de chômage Graphique 21 : Évolution du taux de chômage au Luxembourg et dans les pays voisins (en %) 12,0 10,0 7,4 7,5 5,9 5,6 5,6 4,6 5,5 5,6 3,1 3,1 3,2 6,0 7,3 8,0 6,0 4,0 7,2 5,4 3,2 2,0 0,0 Belgique Allemagne France Luxembourg Données : Commission européenne ; graphique : CSL. (*) : Données prévisionnelles du Autumn 2023 Economic Forecast. Page 24 de 65 En date du 15 novembre 2023, la Commission européenne (CE) a publié son Autumn 2023 Economic Forecast. Concernant le taux de chômage, la CE estime une augmentation conséquente pour le Luxembourg. L’indicateur passe de 4,6% en 2022 à 5,5% en 2023, respectivement même à 6% en 2025. Le Luxembourg affiche ainsi la plus forte augmentation parmi ses pays voisins, qui eux affichent des évolutions plutôt stables, voire même négative (Belgique). III. Le halo du chômage Il est à noter que le taux de chômage établi sur base des données Eurostat correspond au pourcentage de personnes sans emploi, ayant été activement à la recherche d’un emploi au cours des quatre dernières semaines et étant disponibles pour commencer à travailler immédiatement ou dans les deux semaines suivantes. Or, il est connu qu’il existe une certaine zone grise entre activité et chômage ainsi qu’entre chômage et inactivité qui doit être prise en considération lorsque l’on analyse le chômage. En effet, il existe des personnes étant
- i)à la recherche d’un emploi, mais pas disponibles dans l’immédiat,
- ii)en sousemploi et/ou iii) disponibles pour travailler, mais pas à la recherche active d’un emploi. Tous ces profils intègrent ce que l’on appelle le « halo » du chômage et se situent ainsi dans la périphérie du chômage. En analysant ce « halo » du chômage, il est possible d’observer que celui-ci a fortement augmenté au cours des derniers trimestres. Ainsi, le taux des personnes actives en périphérie du chômage a progressé de 7,5% à 10,0% entre 2022Q4 et 2023Q2. Graphique 22 : Évolution du halo du chômage 11,0% 10,0% 10,0% 9,0% 8,0% 7,0% 6,0% 5,0% 4,0% Données : Eurostat, Statec ; graphique : CSL. En d’autres mots, en combinant chômage et « halo » du chômage, l’on constate que le taux de chômage élargi en 2023Q2 s’est élevé à 15,0% - en progression de 2,6 points de pourcentage depuis 2022Q4 et de 2,8 points de pourcentage depuis 2022Q2. IV. Zoom sur les chômeurs Pour une analyse approfondie du chômage, la CSL considère pertinent d'examiner le profil des demandeurs d'emploi. Cette étude peut s'appuyer sur les données des chômeurs inscrits auprès de l'ADEM, permettant ainsi d'explorer diverses caractéristiques socioprofessionnelles et sociodémographiques des demandeurs disponibles. Selon la disponibilité des données, ces analyses vont porter soit sur l’ensemble des demandeurs d’emploi disponibles, soit sur les seuls demandeurs d’emploi disponibles résidents. Page 25 de 65 En général, une augmentation de 14,7% du nombre de demandeurs d'emploi disponibles, incluant les résidents et les non-résidents, a été constatée entre septembre 2022 et septembre 2023, dernière date pour laquelle des données sont disponibles, atteignant ainsi 19 347 personnes. Il est intéressant de noter que parmi les demandeurs d'emploi résidents, qui représentent 85,8% du total, cette progression a été plus marquée, avec une hausse de 17,2%. i. Les demandeurs d’emploi selon leur métier Pour étudier les métiers et les secteurs les plus impactés par la progression du chômage, notre Chambre plaide pour une analyse des métiers des demandeurs d'emploi 9. En utilisant les données de l'ADEM, il est envisageable de regrouper les métiers en 15 grandes catégories, totalisant ainsi 110 sous-groupes d'emplois, selon les spécifications ROME10. En septembre 2023 les métiers de la catégorie Services à la personne et à la collectivité sont, de loin, ceux qui représentent le plus grand nombre de chômeurs. En effet, quelques 4 500 demandeurs d’emploi sont liés à un tel métier et ils représentent ainsi presque un quart (23,5%) de tous les chômeurs. Le deuxième groupe d’importance parmi les demandeurs d’emploi concernent les métiers de support à l’entreprise (21,4%), suivis des métiers du commerce (11,0%), de l’hôtellerierestauration (8,9%), du transport et de la logistique (8,5%), et de la construction (7,1%). Les neuf autres catégories de métiers représentent collectivement à peine 20% des chômeurs. Pour une analyse en profondeur il est crucial de ne pas se limiter à une seule analyse ponctuelle en septembre 2023, mais plutôt d'explorer l'évolution de cette situation au fil du temps. En général, à l'exception des deux groupes de métiers les moins représentés parmi la population au chômage (Art et façonnage d'ouvrages d'art et Spectacle), on constate une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi dans chaque catégorie de métiers entre septembre 2022 et septembre 2023. Dans l'ensemble, le nombre de chômeurs a progressé de 14,7% en un an. Sur une base annuelle, on peut observer, par exemple, une augmentation de 8,8% du nombre de chômeurs dans la catégorie de métiers la plus importante (Services à la personne et à la collectivité), une hausse qui est cependant moins marquée que celle du nombre total de chômeurs (+14,7%). Cette moindre progression dans cette catégorie se traduit par une diminution de sa part dans le chômage, enregistrant une baisse de 3,5% en glissement annuel. Les catégories de métier qui progressent le plus fortement au chômage en glissement annuel sont celles de la construction et celle de l’ensemble Banque, assurance, immobilier. En septembre 2023 il y a ainsi 34,4% de chômeurs provenant de la construction en plus qu’en septembre 2022. De ce fait, le poids relatif de ce groupe parmi les chômeurs a progressé de plus de 17% en un an. Dans le contexte du Code du Travail (article L.521-3 point 4), ce métier doit correspondre à un « emploi approprié » aux qualifications du demandeur d’emploi, qui correspond donc souvent au dernier métier dans lequel le demandeur d’emploi a œuvré. 10 Les différents sous-groupes d’emplois liés aux grandes catégories de métiers sont consultables en annexe. 9 Page 26 de 65 Tableau 8 : Les chômeurs selon leur métier Services à la personne et à la collectivité Support à l'entreprise Commerce, vente et grande distribution Hôtellerie- restauration tourisme loisirs et animation Transport et logistique Construction, bâtiment et travaux publics Agriculture et pêche, espaces naturels et espaces verts, soins aux animaux Non indiqué Banque, assurance, immobilier Industrie Installation et maintenance Communication, media et multimédia Sante Arts et façonnage d'ouvrages d'art Spectacle Grand total Nombre de chômeurs septévolution 23 annuelle Part des chômeurs septévolution 23 annuelle 4 548 8.8% 23.5% -5.2% 4 149 21.9% 21.4% 6.2% 2 134 5.8% 11.0% -7.8% 1 722 18.6% 8.9% 3.4% 1 647 3.3% 8.5% -9.9% 1 366 34.4% 7.1% 17.2% 675 8.3% 3.5% -5.5% 637 37.9% 3.3% 20.2% 613 28.0% 3.2% 11.6% 606 11.0% 3.1% -3.2% 509 17.6% 2.6% 2.5% 349 23.8% 1.8% 7.9% 251 17.3% 1.3% 2.3% 71 -10.1% 0.4% -21.6% 70 -16.7% 0.4% -27.3% 19 347 14.7% 100% 0.0% Données : ADEM ; graphique : CSL. En examinant de manière approfondie ces deux secteurs présentant une augmentation significative du nombre de chômeurs, deux observations se dégagent. D’abord, il est observable que la progression du nombre de chômeurs qui œuvraient auparavant dans des métiers de la construction est particulièrement importante (+42,7%, soit +70 personnes) pour les personnes avec des emplois de conception et d’études. Ensuite, en ce qui concerne les chômeurs venant des métiers Banque, assurance, immobilier il est à noter qu’une grande partie de la progression est due aux emplois liés à l’immobilier, même si le nombre de chômeurs parvenant de chacun des sous-groupes de métiers Banque, assurance, immobilier progresse plus vite que la moyenne nationale. Tableau 9 : Les chômeurs de l’ensemble de métiers Construction - Bâtiment - Travaux publics Nombre de chômeurs évolution sept-23 annuelle Part des chômeurs évolution sept-23 annuelle Conception et études 214 42.7% 15.7% 6.1% Conduite et encadrement de chantier - travaux 83 25.8% 6.1% -6.5% Engins de chantier 32 33.3% 2.3% -0.8% Montage de structures 21 5.0% 1.5% -21.9% Second oeuvre 579 35.0% 42.4% 0.4% Travaux et gros oeuvre 437 33.6% 32.0% -0.6% CONSTRUCTION, BÂTIMENT ET TRAVAUX PUBLICS 1 366 34.4% 100% 0.0% Données : ADEM ; graphique : CSL. Page 27 de 65 Tableau 10 : Les chômeurs de l’ensemble de métiers Banque – Assurance - immobilier Nombre de chômeurs sept-23 évolution annuelle Assurance 44 Banque 201 Finance Gestion administrative banque et assurances Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle 15.8% 7.2% -9.5% 18.2% 32.8% -7.6% 178 21.9% 29.0% -4.7% 26 8.3% 4.2% -15.3% Immobilier 164 62.4% 26.8% 26.9% BANQUE, ASSURANCE, IMMOBILIER 613 28.0% 100.0% 0.0% Données : ADEM ; graphique : CSL. ii. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur niveau d’éducation Outre l’étude par métier, il est possible d’analyser les chômeurs sur base de leur niveau d’éducation. Les données publiquement disponibles ne permettent de faire cette analyse que pour les demandeurs d’emploi résidents disponibles (85,6% des demandeurs d’emploi disponibles). Or, il s’avère que, en septembre 2023, 6 611 chômeurs résidents avaient un niveau d’éducation inférieur ce qui représente 40% des chômeurs résidents. Un chômeur résident sur trois avait encore un niveau d’éducation moyen, tandis qu’un chômeur sur quatre était en possession d’un diplôme de l’enseignement post-secondaire. En glissement annuel, où le nombre de chômeurs résidents a progressé en total de 17,2%, il est à noter que la progression du nombre de demandeurs d’emploi est particulièrement importante parmi les personnes avec un niveau d’éducation élevé. En effet, le nombre de chômeurs avec un niveau d’éducation supérieur a progressé de presque 30% en un an ; le nombre de ceux avec un niveau d’éducation moyen a augmenté encore de 15,5% tandis que la hausse du nombre de chômeurs résidents avec un niveau d’éducation faible s’est limitée à 11,1%. Cette progression divergente du nombre de chômeurs selon niveau d’éducation a conduit à ce que le poids des chômeurs avec un niveau d’éducation élevé a considérablement augmenté en un an (+10,5%) parmi les demandeurs d’emploi alors que le poids des chômeurs avec un niveau d’éducation plus faible a baissé. Tableau 11 : Les chômeurs selon leur niveau d’éducation Nombre de chômeurs Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle sept-23 évolution annuelle 16 565 17.2% 100.0% 0.0% Secondaire inférieur 6 611 11.1% 39.9% -5.2% Secondaire supérieur 5 326 15.5% 32.2% -1.5% Supérieur 4 628 29.6% 27.9% 10.5% Total Données : ADEM ; graphique : CSL. iii. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur durée d’inactivité Analyser les demandeurs d’emploi par leur durée d’inactivité peut compléter l’étude du chômage. Parmi les 16 595 demandeurs d’emploi en septembre 2023, presque 40% sont inactifs depuis moins de 4 mois, tandis que 27,3% sont inactifs depuis au moins un an. En évolution annuelle il est à noter que c’est principalement le nombre de chômeurs avec une courte durée d’inactivité qui est en progression. En effet, le nombre de demandeurs d’emploi résidents avec une durée d’inactivité entre 4 et 11 mois a progressé de bien plus que 30%. Le nombre de chômeurs avec une très courte durée d’inactivité Page 28 de 65 (moins de 4 mois) a encore progressé de 18,7%, soit légèrement plus que l’évolution annuelle totale du nombre de chômeurs. En revanche, le nombre de demandeurs inactifs depuis au moins 12 mois a stagné. Par conséquence de ces évolutions divergentes, la part des inactifs de longue durée parmi les demandeurs d’emploi a baissé considérablement (-14,7%) entre septembre 2022 et septembre 2023, aux dépens des autres groupes qui représentent maintenant une part plus importante des chômeurs. Cette évolution divergente indique que la hausse du chômage n’est pas (principalement) due à une inactivité plus longue des chômeurs, mais plutôt à une hausse de « nouveaux » chômeurs. Tableau 12 : Les chômeurs selon leur durée d’inactivité Nombre de chômeurs Total Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle sept-23 évolution annuelle 16 565 17.2% 100.0% 0.0% < 4 mois 6 595 18.7% 39.8% 1.2% 4 - 6 mois 2 696 32.4% 16.3% 12.9% 7 - 11 mois 2 759 36.4% 16.7% 16.4% 12 mois et plus 4 515 0.0% 27.3% -14.7% Données : ADEM ; graphique : CSL. iv. Les demandeurs d’emploi résidents selon leur âge En analysant le nombre de demandeurs d’emploi selon leur âge, il peut aussi être observé que la progression est loin d’être homogène pour chaque groupe. En effet, entre septembre 2022 et septembre 2023 la progression du nombre de chômeurs était significativement plus importante parmi les plus jeunes que parmi les plus âgés. Ainsi, le nombre de demandeurs d’emploi âgés de moins de 30 ans a progressé de 25,5%, sensiblement plus que la progression moyenne de 17,2%. En revanche, le nombre de chômeurs âgés de plus de 45 ans a progressé de « seulement » 11,8%, plus que 6 points moins que la moyenne. Le poids des jeunes demandeurs d’emploi a ainsi augmenté dans la population au chômage passant à 20,8%, ce qui représente une hausse de 7,1% ! Tableau 13 : Les chômeurs selon leur âge Nombre de chômeurs Part des chômeurs sept-23 évolution annuelle sept-23 évolution annuelle Total 16 565 17.2% 100.0% 0.0% < 30 ans 3 438 25.5% 20.8% 7.1% 30 - 44 ans 6 296 19.2% 38.0% 1.7% 45+ ans 6 831 11.8% 41.2% -4.6% Données : ADEM ; graphique : CSL. V. Zoom sur les postes vacants Les chiffres sur les postes déclarés et le stock de postes vacants confirment le manque de maind’œuvre qui s’était développé durant la relance post-Covid. Si le nombre des nouveaux postes déclarés mensuellement était resté relativement stable durant la relance, le stock de postes vacants avait augmenté. Cela indique qu'il a fallu plus de temps pour pourvoir les postes annoncés. Depuis la fin de l’année 2022, les impacts de la hausse des taux d’intérêt se font cependant ressentir dans le marché de l’emploi. Depuis lors, le stock des postes vacants est en baisse. Depuis son pic en juin 2022 (13 357), il a baissé de presque 35% (septembre 2023 : 8 716). En variation annuelle, Page 29 de 65 le nombre des nouveaux postes déclarés est également en baisse. La variation septembre 2022/septembre 2021 correspond à une baisse de 16,9% et la variation septembre 2023/septembre 2022 correspond à une baisse de 14,4%. Le stock de postes vacants est cependant encore plus élevé par rapport à son niveau avant Covid. En septembre 2023, il était de 22,7% plus élevé par rapport à septembre 2019. Graphique 23 : Évolution mensuelle de la somme des postes déclarés et du stock des postes vacants (Emploi + Interim) 16000 13140 14000 12000 10437 10000 8716 7102 8000 6621 6000 3107 4000 4046 2912 3364 2879 2000 Postes déclarés Jul Sep Mäe Mee Jan Nov Jul 2022 Sep Mäe Mee Jan Nov Jul 2021 Sep Mee Jan 2020 Mäe Sep Nov Jul Mee Jan 2019 Mäe Sep Nov Jul Mee Jan Mäe 0 2023 Stock de postes vacants Données : ADEM ; graphique : CSL. i. Analyse sectorielle Le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques a de loin le poids le plus important dans le stock de postes vacants (30,2%, soit 2 632), suivi par les activités de services administratifs et de soutien (10,8%, soit 939), les activités financières et d’assurance (9,1%, soit 796), l’hébergement et la restauration (6,5%, soit 568), la santé humaine et l’action sociale (5,7%, soit 499), la construction et l’information et la communication (tous les deux 5,5%, soit 480) et le commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles (5,4%, soit 467). Dans tous ces secteurs, à part la santé humaine et l’action sociale (+16%), le stock de postes vacants a reculé sur une année. Le recul est le plus important dans le secteur des activités de services administratifs et de soutien (-54,6%), suivi par l’information et la communication (-48,5%), les activités spécialisées, scientifiques et techniques (-38,7%), le commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles (-37,4%), les activité financières et d’assurance (-29,4%), l’hébergement et la restauration (-21,2%) et la construction (-19,7%). Page 30 de 65 Tableau 14 : Stock de postes vacants par secteur (Emploi + Interim) Stock des postes vacants Sep.23 Évolution annuelle 80,0% Part dans le total du stock de postes vacants Sep.23 Évolution annuelle 0,1% 171,4% A - AGRICULTURE, SYLVICULTURE ET PÊCHE B - INDUSTRIES EXTRACTIVES 9 C - INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE 338 -33,7% 3,9% -0,1% D - PRODUCTION ET DISTRIBUTION D'ÉLECTRICITÉ, DE GAZ, DE VAPEUR ET D'AIR CONDITIONNÉ E - PRODUCTION ET DISTRIBUTION D'EAU; ASSAINISSEMENT, GESTION DES DÉCHETS ET DÉPOLLUTION F - CONSTRUCTION 24 50,0% 0,3% 126,1% 20 122,2% 0,2% 235,0% 480 -19,7% 5,5% 21,0% G - COMMERCE; RÉPARATION D'AUTOMOBILES ET DE MOTOCYCLES H - TRANSPORTS ET ENTREPOSAGE 467 -37,4% 5,4% -5,6% 318 -29,6% 3,6% 6,1% I - HÉBERGEMENT ET RESTAURATION 568 -21,2% 6,5% 18,8% J - INFORMATION ET COMMUNICATION 480 -48,5% 5,5% -22,4% K - ACTIVITÉS FINANCIÈRES ET D'ASSURANCE L - ACTIVITÉS IMMOBILIÈRES 796 -29,4% 9,1% 6,4% 44 15,8% 0,5% 74,6% M - ACTIVITÉS SPÉCIALISÉES, SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES N - ACTIVITÉS DE SERVICES ADMINISTRATIFS ET DE SOUTIEN O - ADMINISTRATION PUBLIQUE 2632 -38,7% 30,2% -7,6% 939 -54,6% 10,8% -31,6% 44 -58,1% 0,5% -36,8% P - ENSEIGNEMENT 59 11,3% 0,7% 67,8% Q - SANTÉ HUMAINE ET ACTION SOCIALE 499 16,0% 5,7% 74,9% R - ARTS, SPECTACLES ET ACTIVITÉS RÉCRÉATIVES S - AUTRES ACTIVITÉS DE SERVICES 17 -51,4% 0,2% -26,8% 91 -10,8% 1,0% 34,5% T - ACTIVITÉS DES MÉNAGES EN TANT QU'EMPLOYEURS; ACTIVITÉS INDIFFÉRENCIÉES DES MÉNAGES EN TANT QUE PRODUCTEURS DE BIENS ET SERVICES POUR USAGE PROPRE U - ACTIVITÉS EXTRA TERRITORIALES 0 9 -40,0% 0,1% -9,5% Z - Inconnu 882 -0,2% 10,1% 50,4% Total général 8716 -33,7% 100,0% 0,0% 0 Données : ADEM ; calculs : CSL. Page 31 de 65 Tableau 15 : Évolution historique de la part sectorielle dans le stock des postes vacants (Emploi + Interim) C - INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE FCONSTRUCTION G - COMMERCE; RÉPARATION D'AUTOMOBILES ET DE MOTOCYCLES H - TRANSPORTS ET ENTREPOSAGE I - HÉBERGEMENT ET RESTAURATION J - INFORMATION ET COMMUNICATION K - ACTIVITÉS FINANCIÈRES ET D'ASSURANCE M - ACTIVITÉS SPÉCIALISÉES, SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 (*) 3,9% 4,3% 3,6% 3,3% 4,0% 4,0% 3,1% 4,4% 3,8% 3,8% 20142023 (*) 3,8% 4,6% 4,9% 4,9% 5,3% 5,7% 6,0% 6,5% 6,3% 5,2% 5,3% 5,6% 8,2% 6,6% 5,9% 6,7% 6,7% 6,4% 5,2% 5,2% 5,8% 5,4% 6,0% 2,8% 3,0% 3,0% 3,3% 3,5% 3,1% 2,4% 3,2% 3,5% 3,7% 3,2% 7,0% 5,7% 8,1% 7,9% 7,5% 6,5% 4,6% 5,3% 5,5% 5,5% 6,2% 10,5% 7,0% 7,6% 9,7% 9,0% 8,2% 6,5% 5,6% 6,8% 5,6% 7,4% 11,8% 10,0% 9,0% 9,1% 10,6% 8,7% 8,2% 9,1% 9,0% 10,0% 9,4% 16,6% 21,4% 25,6% 25,6% 24,1% 28,5% 27,9% 27,2% 29,3% 31,6% 26,8% Données : ADEM ; calculs : CSL. (*) : Données disponibles jusqu’en septembre 2023. ii. Zoom sur le secteur financier et le secteur de la construction Concernant plus particulièrement le secteur de la construction et le secteur des activités financières et d’assurance, tous les deux censés être à la source de la récession annoncée dans la note de travail du Comité économique et financier national (CEFN), force est de constater que leur part dans le stock des postes vacants a augmenté en 2023. Pour la construction, on observe une augmentation de cette part avant et durant la crise Covid, en ligne avec les réclamations du secteur concernant un manque de main-d’œuvre durant ces années. La baisse de 6,3% en 2021 à 5,2% en 2022 confirme le ralentissement dans le secteur. Cependant, ce taux est encore supérieur à celui avant l’année 2017. Graphique 24 : Évolution historique de la part du secteur de la construction dans le stock des postes vacants (Emploi + Interim) 7,0% 6,5% 6,5% 6,0% 6,0% 5,7% 5,3% 5,5% 5,0% 6,3% 4,9% 4,9% 2015 2016 5,2% 5,3% 4,6% 4,5% 4,0% 3,5% 3,0% 2014 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 (*) Données : ADEM ; calculs et graphique : CSL. (*) : Données disponibles jusqu’au mois de septembre. Page 32 de 65 Pour le secteur des activités financières et d’assurance, le poids dans le stock des postes vacants a plus fortement augmenté en 2023, en passant de 9% à 10%. En 2020, ce taux était encore à 8,2%. Graphique 25 : Évolution historique de la part du secteur des activités financières et d’assurance dans le stock des postes vacants (Emploi + Interim) 13,0% 12,0% 11,8% 11,0% 10,6% 10,0% 10,0% 10,0% 9,0% 9,0% 9,1% 9,1% 9,0% 2021 2022 8,7% 8,2% 8,0% 7,0% 6,0% 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2023 (*) Données : ADEM ; calculs et graphique : CSL. (*) Données disponibles jusqu’au mois de septembre. Dans les deux secteurs (construction et activités financières et d’assurance), l’activité, mesurée par l’évolution du stock de postes vacants, est en baisse. Cependant, en analysant l’évolution du poids des différents secteurs dans le stock de postes vacants, force est de constater que l’activité recule encore plus fortement dans d’autres secteurs. VI. Commentaires de la CSL En analysant attentivement l'évolution récente du marché de l'emploi, la CSL observe un ralentissement de la croissance de l'emploi, bien que celle-ci reste positive. Le ralentissement, comparativement aux normes historiques, suggère une tendance conjoncturelle moins dynamique qui se fait noter le plus directement sur les travailleurs intérimaires qui témoignent une certaine fragilité dans ce contexte spécifique. Pour notre Chambre, la différenciation selon les secteurs d'activité est d’une importance essentielle pour comprendre les nuances conjoncturelles. En effet, il s’avère que le secteur de la construction semble se démarquer comme étant le seul affichant un léger repli de l'emploi. Parallèlement, le secteur financier affiche une hausse de l’emploi qui est au-delà de ses moyennes historiques soulignant sa performance particulière – même s’il est responsable pour la récession technique actuelle, ce qui revête un nouvel élément pour remettre en question les chiffres de valeur ajoutée en volume du secteur. Dans un contexte de hausse conséquente du chômage, la CSL plaide d’ailleurs aussi pour une analyse plus détaillée des profils des chômeurs ainsi que des postes vacants. En effet, notamment dans un environnement de manque de main d’œuvre, l’augmentation du chômage parmi les jeunes, les universitaires, et les « nouveaux inactifs » doit faire l’objet d’une étude approfondie des skillsmismatch pour comprendre les frictions entre compétences requises des postes vacants et Page 33 de 65 compétences acquises des chômeurs. Pour réduire ces lacunes, l’accès à la formation professionnelle et à la formation continue doit être encouragée davantage. Page 34 de 65 PARTIE 3. Inégalités et pauvreté au Luxembourg I. Les inégalités Sur le long terme, force est de constater que les inégalités de revenus au Luxembourg sont à la hausse. Si l’on se réfère par exemple au rapport interquintile, comparant la part des revenus disponibles revenant aux 20% de la population les moins aisés (S20) à celle des 20% les plus riches (S80), celui-ci augmente depuis le début des années 2000 au Luxembourg. Le rapport entre les parts de revenus respectives de ces deux groupes sociaux était de 4 en 2003, alors que l’écart est monté à 5,34 en 2019 pour redescendre à 4.73 en 2022. Cet indicateur connait une croissance en dents de scie, si bien qu’on ne peut se réjouir trop vite de ce recul. En effet, sur le long terme, on peut observer qu’à chaque amélioration de ce rapport interquintile, s’en est suivi une détérioration plus importante les années suivantes. Graphique 26 : Évolution du ratio S80/S20 Source : Eurostat La montée des inégalités de revenus peut se constater aussi avec le déclin de la classe moyenne au Luxembourg. En effet, avec une hausse de la polarisation, la classe moyenne définie à partir du revenu équivalent11 s’est considérablement affaiblie depuis la moitié des années 1980. C’est ainsi que la part des ménages pouvant être définis comme appartenant à la classe moyenne s’est rétrécit de 70,9% à 61,4% entre 1985 et 2019, ce qui correspond à une baisse de 13,5%. Ce déclin de la classe moyenne est davantage important si l’on raisonne en poids économique plutôt qu’en poids dans la population : alors qu’en 1985 la classe moyenne concentrait encore 77,1% des revenus, elle n’en concentre plus que 64,1% en 2019 – soit une baisse de 16,9%. Appartiennent à la classe moyenne selon cette définition tous les ménages avec un revenu net équivalent entre 75% et 200% du revenu net équivalent médian. 11 Page 35 de 65 Graphique 27 : Déclin de la classe moyenne 80% 77,1% 75% 70% 70,9% 64,1% 65% 60% 61,4% 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 55% Part dans la population Part de la richesse Source : improof.lu – La classe moyenne c’est moi !, Luxembourg Income Study (LIS) L’indice de Gini, qui représente une autre mesure d’inégalité des fait apparaître des résultats similaires, c’est-à-dire une répartition de plus en plus inégalitaire des revenus au cours des vingt dernières années. Si la répartition des revenus est parfaitement égalitaire, l’indice de Gini devient nul ; il est égal à 100 en cas d’inégalité maximale (une seule personne disposerait de tous les revenus). Ainsi, plus l’indice de Gini se rapproche de 100, plus les inégalités des revenus sont fortes. Or, au Luxembourg, celui-ci est passé de 27,5 à 32,3 entre 2003 et 2019, et redescendre à 29,5 en 2022. Tout comme le rapport interquintile S80/S20, l’indice de Gini montre une croissance des inégalités sur le long terme. Graphique 28 : Évolution de l’indice de Gini Source : Eurostat En observant l’indice de Gini avant et après impôts et transferts sociaux, c’est le rôle de l’État dans la réduction des inégalités sociales qui est ainsi illustré. En effet, le coefficient de Gini se réduit de près de 34% en 2022, passant de 45 dans une répartition primaire des revenus bruts (revenus « de marché ») à 29,5 du fait de la redistribution des impôts et par le biais des prestations sociales, alors qu’en 2015 par exemple, la réduction était de 40%. Cet amoindrissement de l’impact des transferts sociaux reflète une tendance générale au Luxembourg : auparavant, la prise en compte des transferts et des impôts donnait l’image d’un outil efficace en matière de réduction des inégalités de revenu, aujourd’hui la donne a changé. En effet, depuis 2010 le rôle des transferts vers les ménages tend à se réduire considérablement dans la lutte contre les inégalités. Page 36 de 65 Graphique 29 : Indice de Gini avant et après transferts sociaux, 2022 Source : Eurostat Or, le rôle du système socio-redistributif est d’autant plus déplorable quand on le compare à celui des autres pays de l’OCDE quant à sa capacité de réduire l’ensemble des inégalités économiques – de revenu et de patrimoine. En effet, avec cette comparaison internationale il s’en sort que le Luxembourg est le deuxième pays avec le système socio-redistributif le plus faible si on mesure sa capacité à réduire les inégalités de patrimoine et de revenus. 12 Concrètement, le système redistributif luxembourgeois est capable de réduire les inégalités combinées de patrimoine et de revenus qu’à raison de 14%, alors que la moyenne océdéenne s’élève à 22% - seul l’Espagne fait moins bonne figure. Graphique 30 : Indice de Gini combiné revenus-patrimoine avant et après transferts sociaux, 2017 60 35% 50 30% 25% 40 20% 30 15% 20 10% 10 5% 0 0% Après transferts Écart Avant transferts Effet redistributif relatif (édd) Source: Redistribution from a joint income-wealth perspective. OECD Social, Employment and Migration Working Papers N°257. Kuypers et al.