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Règlement grand-ducal du 14 mai 2009 relatif à l’organisation scolaire communale : Article 2 : Adaptation de l’organisation scolaire locale à la nouve

Exposé des motifs I. Généralisation de « ALPHA – zesumme wuessen » Depuis plus de cinq décennies, de nombreuses études nationales et internationales – de l’étude MAGRIP, initiée en 1968, à l’enquête PISA, en passant par les épreuves standardisées (ÉpStan) de l’Université du Luxembourg – confirment que le système scolaire luxembourgeois, bien qu’il soit performant en moyenne, reproduit systématiquement les inégalités sociales, linguistiques et migratoires. L’entrée dans la lecture et l’écriture, condition essentielle de la réussite scolaire, constitue un moment décisif. Or, au Luxembourg, de nombreux enfants sont confrontés dès le début de leur scolarité à un apprentissage dans une langue d’alphabétisation éloignée de leur répertoire langagier, ce qui constitue un frein structurel à leur épanouissement scolaire. Face à ce constat, la réforme « ALPHA – zesumme wuessen » introduit une innovation pédagogique majeure : elle permet aux parents de choisir, en fin de cycle 1, la langue d’alphabétisation de leur enfant – soit l’allemand, soit le français – sur base d’une recommandation professionnelle. Cette différenciation pédagogique vise à instaurer un début de scolarité plus équitable, tout en respectant le multilinguisme – avec au centre le luxembourgeois comme langue d’intégration et de communication – ainsi que la cohésion sociale. Ce changement s’inscrit dans une dynamique institutionnelle plus large. En mars 2022, la Chambre des Députés a adopté une motion1 invitant le Gouvernement à s’inspirer du modèle des écoles européennes et internationales pour développer, dans l’enseignement fondamental, un concept permettant aux élèves du cycle 2 de choisir entre une alphabétisation en allemand ou en français, dans le cadre d’un projet pilote. Cette initiative visait à offrir une alternative publique et inclusive aux écoles internationales créées depuis 2016, tout en restant applicable à l’échelle nationale. Elle répondait également à des constats partagés par les directions de région et d’enseignants, d’autorités communales et les communautés scolaires, régulièrement confrontées à la demande de mieux prendre en compte la diversité linguistique et culturelle des élèves. En réponse à cette orientation, un projet de règlement grand-ducal a été présenté en juin 2022, modifiant le règlement du 11 août 2011 fixant le plan d’études pour les cycles de l’enseignement fondamental. Ce texte a permis le lancement du projet pilote « ALPHA – zesumme wuessen », dès la rentrée scolaire 2022/2023, dans quatre écoles fondamentales publiques situées à Differdange (direction de région 4), à Dudelange (direction de région 7), à Larochette (direction de région 12) et à Schifflange (direction de région 5). Le projet a été mis en œuvre dans les classes du cycle 1.2, avec un démarrage spécifique en cycle 2.1 à Schifflange, afin de recueillir dès la première année des retours d’expérience sur l’alphabétisation en langue française. 1 Motion n° 3822 du 31 mars 2022, intitulée « Mise en place d’un concept pour l’enseignement fondamental inspiré du modèle des écoles européennes et internationales », présentée par Mme Francine Closener. 1 Les adaptations législatives et réglementaires nécessaires sont ciblées et cohérentes, permettant l’intégration progressive de ce nouveau modèle dans l’enseignement fondamental : Modifications de la loi modifiée du 6 février 2009 portant organisation de l’enseignement fondamental : Article 7 : Introduction d’une nouvelle offre de langue d’alphabétisation dans la langue choisie par les parents (allemand ou français). Article 21bis : Définition de la procédure d’orientation vers la langue d’alphabétisation, incluant une recommandation prononcée par le titulaire de classe en tant que représentant de l'équipe pédagogique de l'élève, un entretien avec les parents, et une décision finale prise par ces derniers. Article 38 : Ajustements relatifs à l’organisation scolaire, tenant compte des principes de différenciation introduits par le dispositif ALPHA.

  1. b)Règlement grand-ducal du 14 mai 2009 relatif à l’organisation scolaire communale : Article 2 : Adaptation de l’organisation scolaire locale à la nouvelle structure par groupes linguistiques, en fonction du choix des parents en matière de langue d’alphabétisation.
  2. c)Règlement grand-ducal modifié du 11 août 2011 fixant le plan d’études pour les quatre cycles de l’enseignement fondamental : Article 4 : Adaptation de la langue d’enseignement dans les domaines d’apprentissage, selon la langue d’alphabétisation suivie par l’élève. Article 4bis : Création formelle des groupes alpha (FR/DE) pour les domaines de l’alphabétisation, des langues et des mathématiques aux cycles 2 et 3.
  3. d)Règlement grand-ducal du 6 juillet 2009 déterminant les modalités d’évaluation des élèves : Article 4 : Dans le cadre de l’entretien pédagogique du cinquième trimestre au cycle 1, le titulaire de classe en tant que représentant de l’équipe pédagogique prononce une recommandation en matière de langue de l’alphabétisation. Article 10 : Pour les élèves alphabétisés en français, les socles de compétences correspondant à cette langue sont pris en compte pour la promotion en fin de cycle 2. Pour les élèves alphabétisés en allemand, les socles de compétences correspondant à cette langue sont pris en compte pour la promotion en fin de cycle 2. Il s’agit de modifications législatives ponctuelles, mais structurantes, qui permettent un changement de paradigme fondamental au moment crucial du début du parcours scolaire. 2 II. La réforme « ALPHA – zesumme wuessen » – Pourquoi ? Le système scolaire luxembourgeois est confronté à une transformation démographique et linguistique majeure. En 2024/2025, 69 % des élèves de l’enseignement fondamental ne parlaient pas le luxembourgeois comme première langue à la maison, et seuls 28 % d’entre eux étaient de nationalité luxembourgeoise.2 Plus des deux tiers des élèves ne parlent ainsi ni le luxembourgeois ni l’allemand au sein de leur famille3. Dans ce contexte, le principe d’une alphabétisation uniforme en langue allemande ne répond plus aux réalités de la population scolaire. 100% 90% 80% 42.2 54.1 70% 63.5 69 36.5 31 2009/2010 2015/2016 2024/2025 Luxembourgeois Une autre langue 60% 50% 40% 30% 57.8 45.9 20% 10% 0% 2004/2005 Graphique 1 : La première langue parlée à la maison des élèves de l’enseignement fondamental Les recherches longitudinales (MAGRIP4), les évaluations standardisées (ÉpStan)5, les rapports nationaux sur l’éducation6 et les études internationales (PISA) convergent pour démontrer que ce régime linguistique contribue à creuser les écarts de réussite scolaire dès les premières années. Dans les épreuves standardisées, les élèves dont la langue d’alphabétisation est éloignée de la langue familiale – en particulier les élèves lusophones – présentent un retard moyen de plus de 100 points aux épreuves en lecture et en mathématiques dès le cycle 27. Ces inégalités précoces se traduisent ensuite par des parcours scolaires différenciés : seuls 14 % des élèves lusophones accèdent à 2 www.edustat.lu (25 juin 2025) 3 Université du Luxembourg (LUCET). Rapport sur l’éducation – Luxembourg 2024, p. 36. Brunner, M. & Martin, R. (Hrsg.)

(2011). Die MAGRIP-Studie (1968-2009). Wie beeinflussen sozio-kognitive Merkmale von Kindern im Grundschulalter und ihre Bildungswege ihr späteres Leben als Erwachsene in Luxemburg?. Luxemburg: Universität Luxemburg, Forschungseinheit EMACS. (https://www.uni.lu/wpcontent/uploads/sites/2/2024/08/unilu_MAGRIP__web.pdf ; 25 juin 2025). Les données de l’étude MAGRIP montrent que les compétences langagières précoces dans la langue première constituent des prédicteurs solides de la réussite ultérieure, notamment en lecture, écriture et mathématiques. 5 www.epstan.lu (25 juin 2025) 4 6 www.bildungsbericht.lu (25 juin 2025) 7 Université du Luxembourg (LUCET). Rapport sur l’éducation – Luxembourg 2024, pp. 59–62. Voir également : Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse. Rapport national sur l’éducation 2018, p. 73. 3 l’enseignement secondaire classique à la fin du cycle 4.2, contre 38 % des élèves parlant luxembourgeois à la maison8. Par ailleurs, environ 22 % des élèves connaissent un allongement de cycle au moins une fois durant leur scolarité – un phénomène particulièrement fréquent chez ceux qui ne maîtrisent pas la langue d’enseignement et qui tend à renforcer les inégalités initiales sans bénéfice avéré en termes de progression9⁵. Face à ces constats, la réforme « ALPHA – zesumme wuessen » vise à garantir à chaque enfant un départ scolaire mieux adapté à son profil linguistique, en introduisant la possibilité d’un apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques dans une langue plus proche de la langue familiale. Cette approche a pour ambition de : • réduire les inégalités structurelles en adaptant le début du parcours scolaire aux compétences langagières des élèves ; • favoriser la réussite scolaire et la motivation grâce à une alphabétisation dans une langue comprise par l’enfant et sa famille ; • renforcer l’implication parentale, en facilitant l’accompagnement des apprentissages ;10 • prévenir les retards scolaires liés à des obstacles linguistiques précoces non pris en compte dans l’organisation actuelle. Au-delà de ses visées pédagogiques, la réforme s’inscrit dans une ambition politique plus large : celle de renforcer la cohésion sociale à travers une école fondamentalement inclusive. Elle évite la constitution de filières linguistiques ou sociales cloisonnées, en misant sur des moments d’apprentissage partagés dans les autres domaines de développement et d’apprentissage. Dans ce contexte, le luxembourgeois conserve une place centrale : langue principale de scolarisation au cycle 1, il constitue aux cycles 2 et 3 une langue de cohésion utilisée dans les cours communs à tous les élèves. Il favorise les interactions, soutient la transition entre les langues d’apprentissage (français ou allemand) et joue un rôle clé dans la construction d’un vivre-ensemble plurilingue. Enfin, la réforme prolonge les objectifs des politiques d’éducation non formelle de la petite enfance, en reconnaissant le plurilinguisme comme une richesse et un levier pour l’apprentissage. 8 Université du Luxembourg (LUCET). Rapport sur l’éducation – Luxembourg 2024, pp. 102–103. 9 Université du Luxembourg (LUCET). Rapport sur l’éducation – Luxembourg 2024, pp. 83–84 et 135. 10 De nombreuses études nationales soulignent l’impact déterminant de l’environnement familial et de l’implication parentale sur la réussite scolaire des enfants. Université du Luxembourg (LUCET), Rapport sur l’éducation – Luxembourg 2024, p. 17 et p. 61 : « L’environnement familial joue un rôle clé dans les chances de réussite scolaire » et « l’implication des parents dans le suivi scolaire est un facteur déterminant pour la progression des élèves, en particulier pour ceux issus de milieux multilingues ou défavorisés » ; « les enfants dont les parents participent activement aux processus éducatifs (devoirs, lectures, contacts avec l’école) ont de meilleures performances dans les domaines langagiers et mathématiques, indépendamment de leur statut socioéconomique ». 4 III. La réforme « ALPHA – zesumme wuessen » – Comment ? La réforme « ALPHA – zesumme wuessen » repose sur une transformation ciblée et progressive de l’enseignement fondamental, qui articule liberté de choix, différenciation pédagogique et mixité scolaire. Elle s’appuie sur les expériences du projet pilote lancé en 2022, sur les recommandations des acteurs de terrain, de l’Université du Luxembourg et du Conseil scientifique, ainsi que sur les expériences menées depuis 2016 dans les écoles européennes publiques au Luxembourg, où l’alphabétisation en français constitue déjà une option établie.
  1. a)Les éléments clés de la réforme Le choix des parents Au cours du 5e trimestre du cycle 1, les parents choisissent la langue d’alphabétisation – français ou allemand – pour leur enfant, sur base d’un entretien structuré avec le titulaire de classe en tant que représentant de l’équipe pédagogique, qui formule une recommandation professionnelle. Ce choix est préparé tout au long du cycle 1, dans un dialogue régulier entre l’école et la famille. L’alphabétisation dans une langue proche de l’enfant L’enfant apprend à lire, à écrire et à compter dans la langue choisie par les parents, souvent plus proche de la langue familiale. Cette approche favorise la compréhension, la confiance en soi et la réussite scolaire. Les résultats du projet pilote montrent une progression significative des élèves, notamment dans les compétences orales et écrites de la langue d’alphabétisation. Des groupes de différenciation intégrés dans une classe commune L’enseignement de l’alphabétisation, des langues et des mathématiques est organisé en groupes alpha selon la langue choisie. Dans tous les autres domaines de développement et d’apprentissage – comme le luxembourgeois, les sciences, vie en société, les arts, les sports – les élèves apprennent ensemble dans la classe mixte. Cela garantit la cohésion et la richesse des échanges, tout en maintenant une différenciation linguistique là où elle est pédagogique. L’accent sur le plurilinguisme et la sécurité linguistique La réforme renforce le plurilinguisme en évitant les ruptures linguistiques précoces. Le français et l’allemand sont introduits de manière structurée et progressive, avec des méthodes qui valorisent le répertoire plurilingue des élèves. L’objectif est de créer une sécurité linguistique, où les élèves peuvent apprendre sans peur de l’erreur et mobiliser les langues qu’ils maîtrisent, dans un climat bienveillant. Le luxembourgeois comme langue de scolarisation et d’intégration Le luxembourgeois reste la langue principale du cycle 1 et joue un rôle pivot tout au long de la scolarité du cycle 2 jusqu’à la fin du cycle 4. Il est utilisé dans les domaines partagés pour favoriser l’intercompréhension et la cohésion du groupe-classe. Il constitue une langue de transition et de socialisation, commune à tous les élèves, et contribue à l’ancrage linguistique des enfants dans la société luxembourgeoise. 5 Des ressources adaptées et un accompagnement structuré La réforme s’appuie sur la production de nouveaux matériels didactiques bilingues (français/allemand) et contextualisés, développés en collaboration avec les enseignants des écoles pilotes. L’Institut de Formation de l’Éducation Nationale (IFEN) met en œuvre un dispositif de formation continue modulaire (parcours de formation) et différencié pour accompagner, à leur demande, tous les acteurs impliqués. 6 IV. L’évaluation du projet pilote Afin de garantir la faisabilité, la pertinence et l’impact de la réforme « ALPHA – zesumme wuessen », un projet pilote a été lancé à la rentrée scolaire 2022/23 dans quatre écoles fondamentales situées à Dudelange (école Deich), Larochette, Oberkorn et Schifflange (école Nelly Stein). Ce projet a permis une expérimentation en conditions réelles, accompagnée d’un dispositif d’évaluation scientifique rigoureux et pluraliste.
  2. a)Un projet pilote en quatre écoles Le projet pilote concerne 17 groupes-classes répartis sur trois cohortes d’élèves (250 élèves du cycle 2). Il a permis de mettre en œuvre et à l’épreuve l’ensemble des composantes de la réforme : procédures de choix linguistique, organisation des groupes alpha, développement de matériel didactique, formation des équipes pédagogiques, articulation entre les domaines d’apprentissage et suivi individualisé des élèves.
  3. b)Un dispositif d’évaluation scientifique triangulé L’évaluation du projet repose sur une approche scientifique robuste, fondée sur la triangulation des méthodes qualitatives et quantitatives (« constructive replication »11). Elle intègre : • des questionnaires standardisés (EpStan) sur le bien-être, la motivation, la perception du projet et la collaboration école-famille ; • une comparaison des performances des élèves aux épreuves standardisées (EpStan) avec des élèves aux profils similaires (jumeaux statistiques) ; • une analyse des taux et motifs d’allongement de cycle ; • des entretiens qualitatifs avec les enseignants, parents et élèves ; • un rapport des directions de région ; • un rapport du Conseil scientifique indépendant.
  4. c)La perspective des enfants Les retours des élèves, recueillis lors de groupes de discussion encadrés, mettent en avant une motivation accrue, un plaisir d’apprendre renforcé, et une meilleure compréhension des tâches scolaires. Les enfants se sentent davantage en confiance lorsqu’ils apprennent dans une langue qu’ils comprennent bien. Ils manifestent aussi de l’intérêt pour la langue de leurs condisciples et coopèrent activement dans les classes mixtes.
  5. d)La perspective des parents 11 La « constructive replication » désigne une approche méthodologique qui combine plusieurs méthodes complémentaires dans des contextes réels afin de renforcer la validité des résultats par triangulation. Elle a été formulée par David Lykken
(1968)comme alternative à la simple reproduction expérimentale. 7 L’étude menée par l’Université du Luxembourg montre que les parents perçoivent positivement la possibilité de choisir la langue d’alphabétisation. Ils y voient un levier d’équité, une reconnaissance de leur rôle éducatif et une opportunité d’accompagner plus efficacement leurs enfants dans leurs apprentissages. Les motivations exprimées sont variées, mais toutes convergent vers une volonté de soutenir la réussite de l’enfant dans un cadre scolaire plus adapté.
  1. e)La perspective des enseignants Les équipes pédagogiques impliquées rapportent une amélioration du climat scolaire, un engagement accru des élèves et un renforcement de la coopération entre enseignants. La différenciation linguistique permet une entrée plus fluide dans les apprentissages fondamentaux. Des besoins spécifiques restent à couvrir, notamment en matière de matériel didactique et de coordination pédagogique, mais l’adhésion des équipes au projet est forte.
  2. f)La perspective des directions de région Les directions des écoles pilotes soutiennent pleinement une généralisation progressive du dispositif « ALPHA – zesumme wuessen ». Elles constatent une dynamique positive et durable au sein des équipes pédagogiques : développement de véritables communautés de pratique, mutualisation des ressources, échanges intercycles et entre écoles. Ce changement de culture professionnelle s’accompagne d’un engagement renforcé dans le pilotage pédagogique local. Pour garantir la réussite d’une mise en œuvre à l’échelle nationale, elles recommandent de veiller à la stabilité des équipes, de planifier rigoureusement les ressources humaines, de développer du matériel structuré pour les deux voies d’alphabétisation, de renforcer les formations continues et de soutenir la coopération interécoles.
  3. g)La perspective du Conseil scientifique Depuis le lancement du projet pilote, un Conseil scientifique, composé d’experts internationaux et nationaux, a accompagné de manière continue sa mise en œuvre. Il a visité l’ensemble des écoles pilotes au cours des trois dernières années, et a fondé son analyse sur une revue approfondie des textes de référence, sur les observations de terrain, sur les présentations des autres instances d’évaluation, ainsi que sur des entretiens ciblés menés avec les directions, les enseignants impliqués et les élèves. Dans son rapport du 13 juin 2025, le Conseil scientifique exprime une évaluation positive et motivée. Il souligne que le projet reconnaît la diversité linguistique comme une richesse, favorise la bientraitance linguistique et améliore la participation active des élèves. Sur cette base, le Conseil estime qu’une généralisation du dispositif peut être envisagée. Il recommande de mettre à profit la période restante avant une éventuelle mise en œuvre nationale pour renforcer la formation initiale et continue des enseignants, tant sur le plan didactique que méthodologique, afin de garantir la cohérence et la qualité du déploiement.
  4. h)Les constats quantitatifs : performances et allongements Les premiers résultats des épreuves standardisées confirment des performances comparables, voire supérieures, pour les élèves alphabétisés en français, malgré leur exposition initiale plus tardive à l’allemand. 8 Le taux d’allongement au cycle 2 est passé de 21,1 % à 15,6 % dans les écoles pilotes. Cette diminution notable de 5,5 % s’observe lorsque l’on compare les résultats de l’année pilote 2024/2025 à la moyenne des huit années scolaires précédentes, ce qui souligne l’impact positif du projet sur la continuité des parcours scolaires dès les premières années de l’enseignement fondamental. Ecoles pilotes avant projet pilote projet pilote 16/17 - 23/24 24/25 Nbre d'allongements 289 20 Total des élèves 1368 128 Taux d'allongement 21,13 % 15,63 % Tableau 1 : Le taux des allongements dans les écoles pilotes avant le projet pilote et à l’issue de la première cohorte d’élève ayant terminé le cycle 2 Surtout, les motifs d’allongement ont changé : la langue d’enseignement n’est plus le facteur prédominant. Ces orientations sont également reflétées dans le programme gouvernemental 2023–2028, qui précise que « le projet pilote Zesumme wuessen ! Alphabetiséierung op Franséisch, qui a été mis en place en septembre 2022, sera poursuivi et évalué scientifiquement ». Sur base des résultats de l’évaluation, une généralisation nationale de « ALPHA – zesumme wuessen » pourrait débuter dès la rentrée scolaire 2026/2027. 9 V. L’implémentation progressive au niveau national Forte des constats positifs issus de l’évaluation du projet pilote, la réforme « ALPHA – zesumme wuessen » est appelée à s’étendre de manière progressive à l’ensemble des écoles fondamentales du pays à partir de la rentrée scolaire 2026/2027. Cette extension ne saurait se faire sans un accompagnement structuré, une planification rigoureuse et un investissement soutenu dans la formation et les ressources pédagogiques. Année scolaire 2026/27 C1.2 C2.1 C2.2 C3.1 C3.2 C4.1 C4.2 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 2027/28 2028/29 2029/30 2030/31 - 2031/32 2032/33 Tableau 2 : La progression de la généralisation au niveau national La généralisation repose sur une stratégie d’implémentation graduelle, coordonnée par les directions de région et appuyée par la direction générale de l’enseignement fondamental, le SCRIPT, l’IFEN et les équipes locales. Elle s’appuiera sur les piliers suivants : • Une formation ciblée et différenciée des enseignants : L’IFEN propose plusieurs parcours de formation continue spécifiques à l’alphabétisation, à l’orientation, à la gestion de classes multilingues et à l’enseignement dans des groupes alpha. L’offre de formation a déjà été substantiellement étoffée (plus de 60 formations planifiées pour les cycles 2 à 4, et plus de 40 pour le cycle 1). La formation initiale à l’Université du Luxembourg sera également adaptée à cette nouvelle réalité. • Une production renforcée de matériel didactique contextualisé : Les équipes du SCRIPT poursuivent, en étroite collaboration avec les enseignants, le développement de ressources adaptées à la diversité linguistique et aux besoins du terrain. Les manuels et supports développés dans le cadre du projet pilote seront révisés, enrichis et progressivement mis à disposition des écoles. • Un accompagnement régional structuré : Les directions de région joueront un rôle central dans l’accompagnement des équipes éducatives. Des dispositifs de réseautage et d’échanges 10 entre pairs sont prévus pour assurer la continuité et l’harmonisation du déploiement au niveau local. • Une communication renforcée avec les parents : L’orientation vers la langue d’alphabétisation implique un dialogue étroit et structuré avec les familles. Des outils d’information multilingues, des guides d’entretien et des formations spécifiques ont été développés pour accompagner ce processus. • Un dispositif de suivi longitudinal : Afin de garantir une implémentation de qualité, un suivi continu sera mis en place. Il intégrera des indicateurs qualitatifs et quantitatifs (résultats EpStan, allongements, bien-être des élèves, implication parentale) ainsi que des retours d’expérience réguliers des écoles. Ce suivi permettra d’ajuster les mesures en fonction des besoins du terrain. Le Conseil scientifique, dans son rapport de juin 2025, exprime un avis clairement favorable à la généralisation du projet ALPHA, tout en soulignant la nécessité d’un accompagnement soutenu et d’une consolidation de la formation continue. Cette recommandation converge avec les constats émanant des enseignants, des directions, des élèves et des familles : la réforme ne sera pleinement efficace que si elle s’appuie sur un cadre stable, des ressources adaptées et une appropriation professionnelle forte. 11

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