Exposé des motifs
- Contexte et constats L’accord de coalition 2023–2028 « Lëtzebuerg fir d’Zukunft stäerken » affirme la volonté politique de faire de l’activité physique et des sports un pilier transversal du développement national, en tant que vecteur de cohésion sociale, de santé publique, de bien-être mental, de performance économique et de rayonnement du pays. Leur contribution à l’intégration, à l'inclusion, à l’épanouissement personnel, à la vitalité du tissu associatif et comme mesure préventive pour réduire les coûts de la sécurité sociale s’inscrit pleinement dans une approche durable et solidaire au service de l’intérêt général. Dans cette optique, il est essentiel que l’État poursuive et renforce son engagement à travers des mesures ambitieuses, ciblées et adaptées aux réalités actuelles. Le présent projet de loi constitue un jalon essentiel dans l’évolution du cadre légal et institutionnel du sport au Luxembourg. Il reflète une volonté politique forte : garantir à chaque citoyen l’accès à une pratique de qualité, inclusive et durable, tout en favorisant le développement sportif dans un environnement cohérent et responsable. L’objectif est l’accroissement de la quantité et de la qualité de l’offre sportive à travers le développement des capacités organisationnelles, aussi bien au niveau des ressources humaines des clubs et fédérations sportives que de tout acteur actif dans le domaine de l’activité physique et des sports. Si les bienfaits de l’activité physique et des sports sont largement reconnus, la disponibilité d’une offre accessible, structurée et durable reste confrontée à de nombreux défis. Le secteur, en particulier le mouvement sportif, repose en grande partie sur une diversité et multitude de petites structures, souvent bénévoles, dont le manque de ressources humaines freine le développement. Le mouvement sportif regroupe aujourd’hui 67 fédérations, 1.287 clubs et plus de 140.000 licenciés. Malgré cette envergure, il subit une érosion progressive : entre 2004 et 2024, le nombre de clubs a diminué de 172, alors même que la population pendant cette période a augmenté de 217.000 personnes. Cette tendance s’explique notamment par une diminution constante du bénévolat, pilier historique du sport, et révèle les limites d’un modèle de plus en plus sous pression. Malgré l’engagement remarquable de près de 17.200 bénévoles, qui consacrent chaque année plus de 1,2 million d’heures au service du sport au Luxembourg, la surcharge, résultant entre autres de l’augmentation des exigences sur tous les plans (encadrement sportif, administratif, légal, financier, etc.) finit souvent par provoquer un découragement aboutissant à un recul du bénévolat. 1 L’évolution rapide des cadres réglementaires, la complexification des missions et les attentes accrues de la société exercent une pression croissante sur les clubs et fédérations. Dans ce contexte, les modèles traditionnels de fonctionnement atteignent leurs limites. Il devient indispensable d’offrir « aux fédérations et aux clubs un service pour les accompagner dans leur transition vers des structures plus professionnelles, tout en préservant leur autonomie de fonctionnement. A cette fin, le Gouvernement soutiendra le renforcement des capacités organisationnelles.»1 Le développement des capacités organisationnelles, définies comme l’aptitude à mobiliser et structurer efficacement ressources humaines, compétences et processus (Eisinger, 2002) 2, constitue désormais un levier stratégique pour garantir une offre sportive accessible, de qualité et en phase avec les objectifs de santé publique, de cohésion sociale, d'inclusion et du vivre-ensemble. Le recul de l’engagement bénévole classique, bien perçu au niveau national et européen, révèle les limites d’un modèle associatif confronté à des évolutions sociétales majeures. Il fragilise la continuité des activités, l’innovation et le développement des clubs, comme le soulignent Elmose-Østerlund et al. en
- Face à ce constat, il devient impératif de créer des conditions favorables permettant à la fois de soulager, de valoriser et d’accompagner les bénévoles. L'accord de coalition précise que «le Gouvernement mettra l'accent sur les différentes formes de bénévolat plus flexibles, étant donné qu'une grande partie des anciens bénévoles ont cessé leur engagement en raison d'un manque de temps.» Cela implique notamment une professionnalisation ciblée de certaines fonctions clés, jugées critiques pour le bon fonctionnement du système, tout en veillant à préserver l’ancrage associatif et communautaire, pilier fondamental de la richesse et de la spécificité du modèle sportif luxembourgeois. Parallèlement, les métiers du sport restent caractérisés par une précarité persistante, une reconnaissance insuffisante et une attractivité limitée. Cette réalité entrave le développement du secteur, freine la création d’emplois stables et qualifiés, et compromet la pérennité du modèle sportif. Ces défis, loin d’être propres au Luxembourg, s’observent à l’échelle européenne. C’est dans ce contexte que le « European Observatoire of Sport and Employment » (EOSE) fait état de constater : « À mesure que le sport européen évolue, il a de plus en plus besoin de main-d’œuvre hautement qualifiée, inclusive et professionnelle. Cependant, recruter et fidéliser des personnes possédant les bonnes compétences reste un défi de taille. Les pénuries de compétences, en particulier après COVID, sont fréquentes, et le 1 Accord de coalition 2023-2028 Eisinger, P.
(2002). Organizational capacity and organizational effectiveness among street-level food assistance programs. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 31
(1), 115–130.5 3 Elmose-Østerlund, K., Cuskelly, G., Høyer-Kruse, J., & Voldby, C. R.
(2019). Building and sustaining organisational capacity in voluntary sports clubs: Findings from a longitudinal study. International Journal of Sport Policy and Politics, 11
(1), 23–
- 2 2 sport compte un très grand nombre de travailleurs à temps partiel et indépendants ; les jeunes ont tendance à quitter le secteur très tôt, et de nombreux pays ont une importante main-d’œuvre non déclarée. Des facteurs tels que le travail saisonnier, les contrats à court terme proposés par différents employeurs et les horaires non conventionnels font qu’il est difficile pour les personnes de construire une carrière sportive enrichissante tout au long de leur vie. Les recherches montrent que les pratiques d’emploi traditionnelles basées sur la relation individuelle employeur-employé présentent des limites.»4 Dans cette dynamique, il devient nécessaire de doter le secteur du sport d’un cadre structurant et d’outils adaptés pour soutenir son développement, renforcer l’emploi qualifié et accompagner l’évolution des modèles d’organisation.
- Objectifs et solutions proposées Le présent projet de loi vise à créer l’Initiative pour la promotion de l’emploi dans le secteur du sport (IPESS), un établissement public dont la mission est de fournir, à titre onéreux, des prestations aux acteurs du sport et de l’activité physique, tout en contribuant activement au développement qualitatif, à la professionnalisation et à la promotion de l’emploi dans l’ensemble du secteur. Ce projet de loi vise également à redresser deux modifications apportées par la loi du 21 juillet 2023 ayant compliqué l'octroi du congé sportif et à favoriser ainsi l'engagement bénévole. Puis, il contribue à renforcer l'intégrité dans le sport par l'engagement de création et de soutien d'un organe neutre, indépendant et représentatif sur le plan national ayant pour vocation la promotion de l'intégrité dans le sport à travers une modification de la loi du 3 août 2005 concernant le sport. Enfin, il compte apporter certains ajustements à la loi du 29 juillet 2023 portant création de l’Institut national de l’activité physique et des sports (INAPS) visant à optimiser la coopération avec les fédérations sportives et à développer la maturité organisationnelle dudit institut. 2.
- La création de l'IPESS L’IPESS constitue un levier opérationnel de soutien et d’accompagnement pour le secteur de l’activité physique et des sports. Elle vise la professionnalisation progressive des organisations sportives tout en préservant leur autonomie de fonctionnement et offre, à titre onéreux, un accès à des prestations compétentes et spécialisées à destination des clubs, fédérations, établissements publics, administrations communales et étatiques, ainsi que de toute autre entité active dans le domaine. En étroite coopération avec l’INAPS, l’IPESS met en œuvre des stratégies et des actions visant à renforcer les compétences de ses employés, non seulement 4 https://www.informs-sport.eu/wp-content/uploads/2024/05/IN-FORMS_Leaflet_A4_2024_FR.pdf 3 dans le but d'améliorer la qualité de ses propres prestations, mais également pour accroître l’employabilité de ces derniers dans l’ensemble du secteur. L'IPESS contribue à l’émergence de débouchés professionnels dans un secteur encore en quête de reconnaissance, en facilitant l’accès à l’emploi, notamment par la mutualisation des besoins en recrutement d’organisations de petite taille ou aux besoins ciblés relevant des métiers du sport. Elle contribue à la professionnalisation du secteur, à la valorisation de ses métiers, à la création de nouvelles perspectives d’emploi et permet une meilleure cohérence entre les besoins du terrain et les ressources humaines disponibles. Le regroupement des efforts sous l’égide de l’IPESS permet également d’offrir des conditions de travail plus stables, équitables et attractives. La dénomination retenue – Initiative pour la promotion de l’emploi dans le secteur du sport – reflète pleinement ces ambitions. Ce modèle, déjà éprouvé à l’étranger, notamment en Flandre avec la structure Sportwerk Vlaanderen employant près de 250 personnes, a démontré la pertinence d’un dispositif centralisé répondant à une demande croissante en ressources humaines qualifiées. Au Luxembourg, deux fédérations sportives, la Fédération Luxembourgeoise de Badminton (FELUBA) et de la Fédération Luxembourgeoise de Judo (FLJudo) proposent déjà un tel dispositif à leurs clubs affiliés. Constituant un pilier central de la politique de développement de la FELUBA, le modèle a été mis en place le 1er septembre
- À ce jour, 18 des 22 clubs affiliés bénéficient activement des prestations proposées. Le nombre de licenciés est passé de 1.086 en 2019 à 2.044 en 2024, illustrant l'impact structurant du dispositif. Pour la saison 2024–2025, 8,5 équivalents temps plein (ETP) sont mobilisés afin de soutenir durablement cette dynamique. La FLJudo a introduit un dispositif similaire le 15 septembre
- Actuellement, 9 des 15 clubs affiliés en bénéficient régulièrement. Le nombre de licenciés est passé de 1.104 en 2019 à 1.722 en 2024, avec 4,05 ETP engagés dans la mise en œuvre. Audelà des indicateurs quantitatifs, tels que l’augmentation du nombre de licenciés, l’une des retombées les plus significatives du projet réside dans l’amélioration qualitative de la formation des jeunes sportifs. L’instauration d’un encadrement de base plus structuré et mieux adapté se traduit par une progression accélérée et une préparation renforcée aux exigences des niveaux supérieurs. Ces deux exemples illustrent la pertinence d’un modèle dont les effets structurants sont avérés et les retombées concrètes largement reconnues sur le terrain. Fort de ce constat, la création d’une structure centralisée a fait l’objet de discussions approfondies avec le secteur en 2022 et 2023 dans le cadre du Conseil supérieur des sports. Un nombre croissant de fédérations, soutenues par leurs clubs, ont exprimé leur volonté de bénéficier d’un tel dispositif dont la création est envisagée dans l’accord de coalition 2023–
- Un avantage non négligeable d’une structure unique serait la mutualisation des ressources et le regroupement des compétences, par exemple à travers le développement d’une 4 architecture numérique et d’une logistique commune. Ce modèle évite ainsi des duplications coûteuses et inefficaces au sein de chaque fédération sportive agréée et garantit une mise en œuvre harmonisée à l’échelle nationale. A noter, qu'en raison du succès rencontré, la FELUBA et la FLJudo, désormais à la limite de leurs capacités organisationnelles, souhaitent transférer la mise en œuvre du dispositif à une structure centrale et spécialisée en la matière, afin de pouvoir se recentrer sur leur cœur de métier et leurs compétences clés en tant que fédérations sportives agréées. Les deux fédérations sont prêtes à accompagner activement cette transition en partageant le savoirfaire et l’expérience acquis ces dernières années. Conformément aux orientations définies dans le chapitre « Sports » de l’accord de coalition 2023–2028, la vocation prioritaire de l’IPESS est de « fournir, à titre onéreux, des ressources humaines qualifiées aux fédérations agréées et aux clubs affiliés, favorisant le développement du secteur sportif ainsi que les métiers du secteur du sport », tout en précisant qu' « une extension vers d'autres acteurs (p. ex. maisons de retraite, « Gesondheets- a Beweegungszentrum », communes, Service d'éducation et d'accueil pour enfants) avec des besoins de profils très spécialisés et pendant des créneaux horaires limités sera envisagée. » Il convient néanmoins de souligner que l’IPESS ne sera pas en mesure, dès le lancement de ses activités, de répondre de manière exhaustive à l’ensemble des besoins exprimés par les différentes parties prenantes. Une montée en charge progressive, fondée sur des priorités politiques claires et un dialogue constant avec les acteurs du terrain est indispensable pour assurer la pertinence et la pérennité du dispositif. La forme juridique retenue, celle d’un établissement public, se justifie par la nature de service public de ses missions, par une gouvernance partagée avec l’État, par un financement majoritairement public et par la flexibilité de gestion requise pour une intervention efficace sur le terrain. La création de l’IPESS constitue une première pierre angulaire dans la mise en œuvre du chapitre « Sports » de l’accord de coalition 2023–
- En tant que catalyseur du changement, cet établissement public marque le point de départ d’une dynamique appelée à s’amplifier par des réformes législatives plus ambitieuses. Celles-ci viseront à structurer durablement le développement des clubs sportifs afin d’en faire des entités plus professionnelles, dotées des capacités nécessaires pour recruter, encadrer et gérer leur propre personnel salarié, et ainsi mobiliser pleinement leur potentiel au service de la société. 2.
- Faciliter l'accès au congé sportif La loi du 21 juillet 2023, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2024, a profondément réformé le régime du congé sportif. Dès son adoption, une évaluation après trois ans d’application a 5 été prévue. Cependant, après une première année d'application, deux ajustements se révèlent nécessaires avant cette évaluation globale : Premièrement, la suppression du remboursement des jours de congé sportif accordés aux établissements publics et aux communes a engendré des contraintes financières pour ces acteurs. Afin de faciliter l’accès au congé sportif pour leurs agents et de garantir l’égalité de traitement avec les employeurs privés, il est proposé de rétablir cette possibilité de remboursement. Deuxièmement, le délai actuellement imposé pour l’introduction des demandes de remboursement de l’indemnité compensatoire s’avère trop court, rendant les démarches administratives fastidieuses pour les employeurs. Il est proposé de l’assouplir afin de faciliter l’accès à ces aides. Ces modifications visent à améliorer la mise en œuvre du congé sportif dès à présent, tout en maintenant l’engagement d'une évaluation approfondie des dispositions en
- 2.
- L'intégrité dans le sport L’intégrité dans le sport constitue une priorité. Elle ne se limite pas à la lutte contre le dopage, mais s’étend à la prévention de toutes les formes de discrimination et de violences, qu’elles soient psychologiques, physiques, sexuelles ou liées au harcèlement, ainsi qu’à la lutte contre la manipulation des compétitions. Dans le prolongement des dispositions actuellement en vigueur en matière de lutte antidopage, il est proposé d’introduire à la loi du 3 août 2005 concernant le sport un article supplémentaire au chapitre relatif à l’éthique sportive. Cette évolution législative vise à poser les bases nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie nationale de safeguarding dans le sport. Elle traduit l’engagement du Gouvernement, inscrit dans l’accord de coalition5, à promouvoir l’intégrité dans le sport par l’intermédiaire d’un organe national représentatif : l’Agence luxembourgeoise pour l’intégrité dans le sport (ALIS), qui exercera ses missions en étroite collaboration avec le mouvement sportif. 2.
- Maturité organisationnelle de l'INAPS Le projet de loi procède à une mise à jour ciblée de la loi du 29 juillet 2023 portant création de l’INAPS. Bien que récemment adoptée, cette loi nécessite certains ajustements afin d’accompagner l’évolution rapide d’un secteur jeune, en pleine structuration et en constante adaptation. 5 « Pour garantir l’intégrité dans le sport, le Gouvernement s’engage à réformer l'Agence luxembourgeoise antidopage (ALAD) et à élaborer une stratégie nationale de safeguarding dans le sport en coopération avec l'ALIS. » 6 L'INAPS élabore, organise, développe et reconnaît, à la demande et avec le concours de fédérations sportives les formations des entraîneurs des différentes disciplines sportives. Afin de garantir une meilleure traçabilité des qualifications et afin de faciliter la coordination en matière de besoins en formation y afférents, le projet prévoit le renforcement de la collaboration entre l’INAPS et les fédérations sportives, à travers la création d’une base de données commune recensant les brevets d’État et les licences des entraîneurs. Pour répondre aux besoins accrus en matière de gouvernance dans une administration en plein essor, et afin de tenir compte de la jeunesse de la structure, le texte introduit la création du poste de directeur adjoint et abaisse, de cinq à trois ans, le seuil d’ancienneté requis dans la fonction publique pour accéder aux fonctions de direction. Face à la hausse significative des coûts de formation à l’international, et en raison de l’impossibilité, faute de masse critique, d’organiser certaines formations spécialisées au Luxembourg, le projet revoit à la hausse le plafond de prise en charge financière de ces formations, assurant ainsi un accès plus équitable aux différents parcours de perfectionnement.
- Conclusion Les 4 mesures prévues dans le présent projet de loi, à savoir la création de l’établissement public IPESS, l’amélioration de l’accès au congé sportif, l’introduction d'une base légale en matière d’intégrité dans le sport, ainsi que le renforcement de la maturité organisationnelle de l'INAPS, concourent toutes à la mise en place d’un cadre cohérent, stable et innovant en faveur du développement d’une offre d’activité physique et sportive de qualité, accessible à l’ensemble de la population, quel que soit le niveau de pratique. 7