IR CHAMBRE DES SALARIES LUXEMBOURG 19 septembre 2019 AVIS 11/14/2019 relatif au projet de loi portant modification de la loi modifiée du 24 juillet 2014 concernant l'aide financière de l'État pour études supérieures et projet de règlement grand-ducal portant modification du règlement grand-ducal modifié du 27 août 2014 concernant l'aide financière de l'État pour études supérieures 18 rue Auguste Lumière L-1950 Luxembourg B.P. 1263 L-1012 Luxembourg T. +352 27 494 200 F. +352 27 494 250 cel@csHu www.csliu 1/17 Par lettre du 29 juillet 2019 (Dossier parlementaire n°7469), Monsieur Claude Meisch, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a saisi pour avis notre Chambre au sujet des projets de loi et de règlement grand-ducal sous rubrique. 1.Ce projet de loi a pour objet de redresser, une nouvelle fois, la loi modifiée du 22 juin 2000 concernant l'aide financière de l'État pour études supérieures, suite à un énième arrêt1 de la Cour de Justice de l'Union européenne (ci-après « CJUE ») en cette matière. Dans cet arrêt, la CJUE a examiné la question de savoir si la condition de soumettre l'octroi d'une bourse aux étudiants ne résidant pas sur le territoire luxembourgeois à la condition que, à la date de la demande d'aide financière, l'un des parents de l'étudiant ait été employé ou ait exercé une activité au Luxembourg pendant une durée d'au moins cinq ans sur une période de référence de sept ans calculée rétroactivement à partir de la date de ladite demande d'aide financière, est compatible ou non avec le droit de l'Union européenne. La CJUE a considéré ce critère d'éligibilité comme étant trop restrictif pour appréhender le lien de rattachement effectif avec le Luxembourg ainsi que la probabilité d'un retour de l'étudiant diplômé sur le marché du travail luxembourgeois
(2018)sont considérés puisqu'ils reflètent la réalité ressentie actuellement par les parents. On remarque que pour les familles aux revenus de 40 000 euros et 60.000 euros, la différence annuelle est positive et de l'ordre de 1.263 euros pour la première et de 749 euros pour la seconde. On notera la faiblesse de ces montants par rapport au fait d'un étudiant supplémentaire au sein du ménage. Pour la famille aux revenus les plus élevés, on ne peut que constater un fait absurde dans le cadre des aides aux études supérieures : si le troisième enfant se décide à entreprendre des études supérieures aux Luxembourg, la famille aura moins d'argent disponible, elle y laissera 1.453 euros ! Cette différence est uniquement due à l'arrêt des allocations familiales dans le chef du plus jeune enfant. En effet, l'étudiant recevra annuellement 2.562 euros dans le cadre des aides aux études supérieures mais perdra le droit aux 1 14/17 4.015 euros d'allocations familiales ! Clairement, peu importe le niveau de revenu des familles, le système d'octroi d'aides de l'État pour les études supérieures actuellement en place décourage le troisième enfant à entamer des études ! Dans certains cas, peut-être que certains parents seront amenés à dissuader leur dernier enfant à poursuivre des études supérieures ; ce qui contraire à l'esprit même des systèmes des aides financières destinées aux étudiants. 2ième simulation : les étudiants étudient à Liège en Belgique, voici les montants à disposition des deux familles pour financer, sans prêt, la scolarité des 3 enfants. Kot Liège Bourse et allocations familiales Diff. à prix Différence constant 2009 2018 observée Base 100 sept Revenus 2018 i 40.000 euros 23.238,961 18.925,001 -4.313,96 -18,56 -7.985,00 Famille 1 60.000 euros 18.433,421 18.563,001 129,58 0,70 -2.782,00 120.000 euros 17.117,121 14.159,001 -2.958,12 -17,28 -5.662,00 40.000 euros 26.633,391 22.698,001 -3.935,39_ -14,78 -8.143,00 Famille 2 -6-0:600 -7u r o ; - —- - ----1-.74-25,081 21.822,06.1 - 2.396,92 12,34 -672,
- 120.000 euros 17.450,631 15.216,001 -2.234,63T------ -1-271 -4.991,001 -29,67 -13,03 -28,57 -26,40 -2,99 -24,70 La situation n'est pas tout à fait identique quand les étudiants choisissent d'étudier à l'étranger. On voit même que pour le ménage aux revenus de 60.000 euros la situation est identique, voire meilleure pour le cas de la famille 2 lors de la dernière rentrée que pour la rentrée. Par contre la situation s'est dégradée pour les autres configurations familiales, que ce soit par rapport aux revenus ou par rapport au nombre d'étudiants au sein du foyer. On observe que c'est lorsqu'on dispose du plus petit revenu que l'on est le plus pénalisé, moins 18,56% dans le premier cas et moins 14,78% dans le second. Ces observations sont valables pour la différence observée, si la différence à prix constant est prise en compte, on voit que tous les ménages sont pénalisés par rapport à
- Quand l'argument est de donner une chance à tous les jeunes d'étudier indépendamment de leur parent, les résultats de la simulation ont de quoi laisser perplexes ; même si l'écart est moins alarmant que pour les étudiants qui restent au Luxembourg. Il y a donc clairement une incitation à traverser la frontière pour étudier ; et ce au travers de la bourse de mobilité. aèrne simulation : comparaison du montant alloué sans prêt pour la rentrée académique 2018-2019 selon le lieu d'étude. Graphique 1 : Répartition des bourses et allocations familiales en fonction du lieu des études 25 000,00 20.000,00 15000,00 10.000,00 5 000,00 0,00 40.000 euros 11 11 11 11 11 somoo e taos 120.000 euros 40000 euros Famille 1 60.000 euros 120.003 eu ros Famille 2 a Kot Lux st,Kot Liè ge Comme constaté à l'analyse des deux tableaux précédents, on observe sur ce graphique qu'il est nettement plus avantageux pour les deux familles d'envoyer leurs enfants étudier à l'étranger. La différence est encore plus marquée dans le cas où il y 3 étudiants ; la bourse mobilité s'ajoutant à chacun des enfants partis étudié dans un autre pays. Si on peut comprendre une telle politique favorisant les expériences de vie à l'étranger, il faut tout de même attirer l'attention sur le fait que dans 15/17 nos exemples, la famille résidant à Troisvierges aura plus d'argent pour ses enfants étudiant à Liège alors que cette ville est plus proche que le campus universitaire de Belval. Si on admet qu'il est nécessaire d'avoir un kot à Liège pour y étudier, il s'avère aussi nécessaire d'avoir un logement à Belval qui se trouve plus éloigné. C'est la logique de la frontière qui est appliquée au lieu de celle de la distance ; un non-sens qu'il paraît nécessaire de régler ! ANALYSE IDES CAS THÉORIQUES PAR RAPPURF AU PRET A TAUX PRÉFÉRENTIEI Un autre élément des aides financières de l'État pour les études supérieures est le prêt. Ce système permet à l'étudiant d'emprunter un montant à taux très avantageux qu'il devra rembourser après la fin de ses études. Quelle part tient ce type d'aide dans ce qui est proposé à l'étudiant ? Cet avantage est-il encouragé par l'État ? Tout en sachant que chaque étudiant est libre d'accepter ou non la part de l'aide accordée sous forme de prêt. Afin d'alléger la lecture, il ne sera pris en compte que de la famille où trois étudiants sont concernés (fami11e2). Le graphique suivant représente les montants proposés sous forme de prêt aux étudiants. On distingue les rentrées académiques 2009 et 2018, les revenus des ménages, ainsi que le lieu d'étude. Graphique 2 : Montants des prêts à taux préférentiels selon les revenus et le lieu des études 30.000,00 25.000,00 20.000,00 15.000,00 10.000,00 5.000,00 0,00 d d1 1 I 1 Kot Lux Kot Liège Kot Lux 2009 • 40.000 euros Kot Liège 2018 60 000 euros 120.000 euros Globalement on voit que le montant des prêts ne varie pas selon le lieu des études ; il n'y a pas de frontière pour l'endettement des jeunes étudiants, c'était déjà le cas en 2009 et cela se confirme en
- Par contre, on voit une différence des montants entre les catégories de revenus, les prêts proposés aux familles les moins aisées étaient proportionnellement moins importants en 2009 qu'en
- Aujourd'hui c'est toujours le cas, mais la différence entre revenus est moins marquée. Puisqu'il n'y a pas de différence de traitement quant au lieu des études concernant le prêt, seront considérés les étudiants poursuivant leurs études à Luxembourg. 16/17 Graphique 3 : répartition des aides financières pour les rentrées académiques de 2009 et 2018 90 80% 70% 60% • Prêt 50% • Boursersalloc 40% 30% 20% 10% 0% 2009 2018 2009 400jo euros 2018 2009 60coo euros 2018 120.003 euros On se rend compte du poids du prêt dans l'aide proposée par l'État ; particulièrement pour la rentrée académique 2018-
- ll y a près de dix ans, un ménage disposant d'un revenu faible et dont les trois enfants menaient des études supérieures se voyait accorder une aide financière avec une clé de répartition suivante : 60% en bourse et allocations familiales et 40% en prêt à taux préférentiel. En 2018 la répartition est inversée : 60% pour le prêt et 40% pour la bourse. La tendance est la même pour les autres classes de revenus avec une amplitude de répartition moins forte. Le gouvernement a clairement fait le choix de favoriser le prêt au détriment de l'aide boursière ! Evidemment nul n'est forcé à accepter le prêt ; mais pour avoir le choix de refuser, il est nécessaire que l'aide sous forme de bourse soit suffisante. Etant donné, la dégradation constatée entre 2009 et 2018, certains étudiants vont demander à profiter du prêt proposé par l'État ; avec les conséquences de l'endettement lorsque démarre la vie active, avec en parallèle la vie personnelle à consolider (achat voiture, crédit logement, vie familiale...). Le graphique suivant illustre les montants cumulés des prêts proposés à l'étudiant durant ses études 13 et selon les revenus du ménage dans lequel il vit. Le niveau d'endettement peut atteindre des sommes non négligeables qu'il faudra très vite rembourser et qui pèseront dès le début de carrière du jeune travailleur. Graphique 4 : Prêt cumulé par étudiant sur la durée totale de ses études (BAC+5) 00 472 41.182 6 40.960 f :390 29.168 11 40.000euros 60 000 euros • Prêt cumule 2009 enfant 120.000 euros 11 Prét cumulé 2018 /enfant Pour rester dans le cadre de nos exemples et tenter de voir si les montants proposés via les bourses pourraient suffire pour vivre une année académique, nous allons confronter ses montants au coût de la vie des étudiants à Liège et à Luxembourg. 13 Pour l'illustration, un BAC+5 a été choisi comme référence ; les montants cumulés des prêts varient en fonction du nombre d'années d'étude. 17/17 Selon des estimations réalisées par l'Université de Liège et celle du Luxembourg concernant les coûts de la vie estudiantine, il faudrait miser sur un budget annuel minimal par étudiant de 10 285 euros pour Liège14 et de 13 451 euros pour Luxembourg
- Le tableau suivant confronte le montant en bourse alloué en 2018 aux familles 1 et 2 selon le lieu d'étude avec le budget annuel estimé. 40.000 euros Famille .1 60.000 euros -120-.000 euros 40.000 euros Famille 2 60.000 euros 120.000 euros , Besoin Bourses et Besoin Bourses et Besoin 1 Bei• son évalué alloc si kot 1 évalué pour Différence alloc si kot Liège/étu Différence Lux/étudiant pour Lux(*) I famille Liège(*) diant(*) famille i 14.205,001 13.451,281 26.902,56 -12.697,561 19.661,
- 10.285,00420.570,00; -909,00 + + 19.299,001 10.285,00120.570,00i -1.271,00 13.843,001 13.451,281 26.902,56 -13.059,561 _ * --+--1-9.439,001 1 15.818,001 13.451,
- 13.451,281 26.902,56 -17.463,56; i 40.353,84 -24.535,841 14.942,001 13.451,281 40.353,84 -25.411,84 14.895,001 10.285,00120.570,00 l 1 23.802,001 10.285,00 30.855,00 r 22.926,00: 10.285,00 30.855,00 -5.675,00 -7.053,00 8.336,001 13.451,281 40.353,84 -32.017,84; 16.320,001 10.285,00 30.855,00 -14.535,00 -7.929,00 (*):y inclus frais d'inscription Une fois de plus, on constate que les étudiants des familles 1 et 2, et peu importe le revenu des parents, n'ont aucun avantage à étudier au Luxembourg ; sauf à décider de prendre le prêt proposé par l'État. Dans le cas de la famille 1, la différence entre le manque à gagner des familles dont les revenus sont les plus faibles (12.698 euros) avec la perte calculée des familles les plus aisées (17.463 euros) n'est proportionnellement parlant pas énorme (4.765 euros) compte tenu de la différence de revenu. Le poids pour les familles les moins aisées est d'autant plus fort. Pourtant, le réflexe d'un ménage aux revenus modestes et dont les enfants entament des études supérieures serait de leur proposer de rester dans leur pays de résidence ; mauvaise idée pour le budget du ménage ! Sauf à sacrifier le logement sur place des étudiants, et à faire des navettes incessantes entre Belval et Troisvierges, pour rester dans le cadre de nos exemples théoriques. Des conclusions similaires peuvent s'appliquer à la famille 2 dont les 3 enfants étudieraient à l'Université du Luxembourg, campus de Belval. Dans le cas où les étudiants se dirigent vers Liège pour leurs études, la situation est nettement meilleure, mais pas encore idéale, surtout dans le cas où le ménage compte 3 étudiants (famille 2). Peu importe le revenu du ménage, les étudiants de la famille 2 seront amenés à accepter le prêt si les parents n'ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins pour faire face aux coûts des études (ce qui sera plus probable pour les foyers aux revenus limités). Pour les étudiants de la famille 1, les sommes allouées sont presque suffisantes pour les ménages aux revenus faibles, il manque cependant environ 500 euros par étudiant pour atteindre le seuil minimum du budget à prévoir pour une année à Liège. Pour les étudiants dont les parents ont un revenu de 60.000 euros, il y a environ un manque à gagner de 600 euros pour chacun ; cela reste possible de se passer du prêt. Pour les plus aisés, la dépense supplémentaire pour les deux étudiants est plus conséquente mais au vu des revenus du ménage, il se peut qu'ils ne doivent pas emprunter. Ceci reste vrai si les étudiants sont effectivement soutenus par leurs parents, sinon même ces étudiants supposés être plus riches devront emprunter la somme manquante. Luxembourg, le 19 septembre 2019 Pour la Chambre des salariés, Sylvain HOFFMANN Directeur Nora BACK Présidente L'avis a été adopté à l'unanimité. 14 https://www.enseignement.uliege.belcms/c 9059359/fr/c0u1-des-etudes 15 https://wwwfruni.lu/etudiants/les etudiants et I argent/budget a prevoir