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En bref

Ce document est un avis sur le projet de loi concernant le budget de l'État pour l'année 2024, la programmation financière pluriannuelle pour 2023-2027, et les règlements grand-ducaux d'exécution associés. Il analyse la situation économique et sociale, les finances publiques, et les orientations budgétaires.

Ce qu'il réglemente

  • Le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2024.
  • La programmation financière pluriannuelle pour la période 2023-2027.
  • Les règlements grand-ducaux d'exécution liés à ces projets de loi.
  • Les orientations de la politique budgétaire pour 2024 et au-delà.

Qui il concerne

  • Le Ministre des Finances, qui a demandé l'avis.
  • La Chambre des fonctionnaires et employés publics, qui a émis l'avis.

Points clés

  • L'économie mondiale est en phase de ralentissement, avec une croissance mondiale prévue de 3,0% en 2023 et 2,9% en 2024.
  • L'inflation mondiale devrait diminuer de 8,7% en 2022 à 6,9% en 2023 et 5,8% en 2024.
  • La dette publique mondiale a atteint un niveau record de 307 billions de dollars en 2023.
  • Les mesures prioritaires du projet de budget concernent le logement, la mobilité, l'environnement, la fiscalité, l'éducation, l'enfance, la jeunesse, et la politique familiale et sociale.
Texte de loi
Texte de loi

A-4052/24-4 Doc. parl. nos 8383 et 8384 AVIS du 28 mars 2024 sur - le projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024; le projet de loi relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2023-2027; les projets de règlements grand-ducaux d’exécution y relatifs SOMMAIRE I. La situation économique et sociale .................................................................... 1 1. Les projections internationales et européennes ................................................. 1 2. L’environnement économique et social au niveau national .............................. 9 II. Les finances publiques nationales ................................................................... 22 1. La situation financière ..................................................................................... 22 2. La durabilité des finances publiques ............................................................... 27 3. La dette publique ............................................................................................. 31 4. La programmation budgétaire pluriannuelle: la réforme du Pacte européen de stabilité et de croissance ............................................................................. 36 III. Le projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 ........................................ 42 1. Les orientations de la politique budgétaire pour 2024 et au-delà ................... 42 2. Les mesures prioritaires du projet de budget .................................................. 43

  1. a)Logement ..................................................................................................... 44
  2. b)Mobilité ....................................................................................................... 44
  3. c)Environnement ............................................................................................. 46
  4. d)Fiscalité ....................................................................................................... 46
  5. e)Éducation, enfance et jeunesse .................................................................... 47
  6. f)Politique en matière familiale et sociale ...................................................... 48 3. Le budget des dépenses pour la fonction publique ......................................... 48 IV. Réflexions sur le programme gouvernemental ............................................... 51 1. Fonction publique ............................................................................................ 52 2. Éducation, enfance et jeunesse ........................................................................ 59
  7. a)Enfance ........................................................................................................ 59
  8. b)Enseignement fondamental ......................................................................... 61
  9. c)Enseignement secondaire ............................................................................ 63 3. Fiscalité ........................................................................................................... 66
  10. a)Considérations générales sur l’imposition des personnes physiques .......... 66
  11. b)Proposition de réforme de l’imposition des personnes physiques .............. 70 4. Logement ......................................................................................................... 92 5. Environnement ................................................................................................ 99 6. Famille, solidarité, santé et sécurité .............................................................. 101 7. Indexation des traitements et salaires ............................................................ 102 8. Sécurité sociale: réforme des pensions ......................................................... 103 V. Synthèse ............................................................................................................ 108 Par quatre dépêches du 8 mars 2024, Monsieur le Ministre des Finances a demandé l’avis de la Chambre des fonctionnaires et employés publics sur les projets de lois et de règlements grand-ducaux spécifiés à l’intitulé. Ces textes appellent les remarques suivantes de la part de la Chambre. I. La situation économique et sociale 1. Les projections internationales et européennes Tout comme cela a déjà été le cas pour les projets de budgets pour les trois années passées, le projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 doit encore être adopté dans un contexte économique difficile. Selon les prévisions du mois d’octobre 2023 publiées par le Fonds monétaire international (FMI) 1, l’économie mondiale – qui a fait preuve d’une résilience remarquable face aux évènements internationaux troublants récents – est en train de se rétablir, mais lentement. La croissance mondiale devrait cependant ralentir, en passant de 3,5% en 2022 à 3,0% en 2023 et à 2,9% en 2024 (la moyenne historique pour les années 2000 à 2019 étant de 3,8%). D’après le FMI, le ralentissement attendu devrait être plus poussé dans les pays avancés, où la croissance devrait passer de 2,6% en 2022 à 1,5% en 2023, et ensuite à 1,4% seulement en 2024. Dans ces pays, « les effets du durcissement de la politique monétaire commencent à se faire sentir ». Concernant les pays émergents et les pays en développement, la croissance économique devrait reculer plus légèrement, à savoir de 4,1% pour 2022 à 4,0% pour les années 2023 et 2024. Le FMI estime par ailleurs que l’inflation mondiale devrait diminuer de 8,7% en 2022 à 6,9% en 2023 et à 5,8% en 2024, ceci « en raison du resserrement de la politique monétaire facilité par une baisse des cours internationaux des produits de base ». Au niveau global, l’inflation ne devrait pas atteindre la valeur cible avant l’année 2025 dans la majorité des pays. Selon le FMI, plusieurs facteurs contribuent au freinage de la reprise de l’économie mondiale: d’une part, les effets de la pandémie Covid-19, qui a toujours des répercussions, ainsi que différents évènements géopolitiques (comme la guerre en Ukraine) et FMI, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2023, https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2023/10/10/world-economic-outlook-october-2023 1 -2les fragmentations géoéconomiques conséquentes, mais aussi, d’autre part, des facteurs conjoncturels, telles les conséquences du durcissement de la politique monétaire qui serait nécessaire pour diminuer l’inflation. Pour relancer la reprise économique, le FMI estime notamment que « les responsables des finances publiques devraient reconstituer une marge de manœuvre budgétaire et renoncer aux mesures non ciblées, tout en protégeant les plus vulnérables ». De plus, les banques centrales sont appelées à rétablir la stabilité des prix tout en allégeant les tensions financières. Il faudrait en outre éviter le surendettement et réduire la dette. En janvier 2024, le FMI a procédé à une révision de sa publication d’octobre 2023 2, en estimant que les facteurs et risques pesant sur la croissance mondiale sont désormais plus équilibrés. La résilience de nombreuses économies a été plus forte. D’une part, la désinflation a été plus rapide que prévue initialement et pourrait mener prochainement à un assouplissement des conditions financières, ce qui est positif. D’autre part, entre autres une nouvelle flambée des prix des produits dues aux évènements géopolitiques actuels pourrait cependant prolonger les restrictions de la politique monétaire. FMI, Perspectives de l’économie mondiale, janvier 2024, https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2024/01/30/world-economic-outlook-update-january-2024 2 -3- Tout comme le FMI, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) 3 note également que l’économie mondiale s’est avérée résiliente, mais que « des signes de ralentissement se manifestent ». En effet, si la croissance du PIB a été plus forte que celle initialement projetée pour l’année 2023, l’économie mondiale reste soumise au problème de l’inflation et à des perspectives de croissance plus faible pour les années prochaines. Selon l’OCDE, la croissance est actuellement en baisse, notamment en raison des conditions financières plus dures et de la diminution de la confiance des entreprises et des consommateurs. Cette baisse pourrait s’aggraver du fait d’un resserrement complémentaire de la politique monétaire ou encore de l’impact des tensions géopolitiques au niveau international (évolution du conflit israélo-palestinien à Gaza par exemple). L’OCDE estime que la croissance mondiale, qui reste fortement dépendante des économies des pays asiatiques, devrait diminuer de 2,9% en 2023 à 2,7% en 2024. Pour rétablir la croissance et pour contrarier l’inflation, l’OCDE recommande aux pouvoirs publics, entre autres, de maintenir une orientation restrictive en matière de politique monétaire et de « mettre en place des cadres budgétaires à moyen terme crédibles, assortis de plans clairs en matière de dépenses et de fiscalité, pour assurer la viabilité des finances publiques tout en offrant la souplesse nécessaire pour réagir à de futurs chocs ». Ces plans devraient permettre de réagir aux futures tensions budgétaires, tout en maintenant simultanément les moyens d’investissement indispensables pour soutenir la croissance économique à long terme ainsi que la transition écologique. L’OCDE met par ailleurs en garde contre les « problèmes urgents liés au vieillissement OCDE, Perspectives économiques, novembre 2023 et février 2024, https://www.oecd.org/perspectives-economiques/novembre-2023/ https://www.oecd.org/perspectives-economiques/fevrier-2024/ 3 -4démographique, à la transition climatique et à la transformation numérique ». Pour faire face à ces problèmes, elle incite les pouvoirs publics à mettre en œuvre des « réformes structurelles ambitieuses ». D’après le projet de loi budgétaire sous avis, la croissance mondiale, ayant atteint environ 3%, est entrée dans une phase de ralentissement en 2023, le freinage de l’activité économique ayant affecté plus spécialement les pays européens en raison des conséquences de la crise énergétique. Globalement, la situation reste donc tendue en raison des conséquences incertaines sur l’économie mondiale des évènements internationaux actuels. Les taux d’intérêt élevés contribuent aussi à la stagnation de l’activité. S’y ajoutent les déficits des finances publiques des grandes économies et une dette publique mondiale qui a atteint un niveau record de 307 billions de dollars en 2023. Cette situation inquiétante emporte le risque d’une nouvelle crise financière, notamment pour les pays industrialisés 4. ____________________ Concernant les perspectives économiques au niveau européen, le FMI 5 relève que l’Europe, « après avoir réussi à surmonter les défis posés par la pandémie et le choc des prix des produits énergétiques déclenché par la guerre que la Russie mène en Ukraine », doit désormais faire face aux difficultés de rétablir la stabilité des prix en garantissant une croissance forte et durable à long terme. Les conflits ayant actuellement lieu dans le monde et les efforts à réaliser en matière de changement climatique entraînent de nouveaux enjeux économiques (et sociaux) qui viennent compléter les problèmes de croissance. Le FMI note un ralentissement progressif de l’inflation, ce qui devrait apporter un léger soulagement pour les entreprises et les ménages. La croissance économique au sein de l’Europe devrait atteindre 2,5% en 2025 (contre 2,7% en 2023 et 2,8% en 2024). Les pays européens avancés où l’économie est tournée vers les services devraient se remettre plus vite par rapport aux pays dans lesquels l’industrie (manufacturière surtout) occupe une place primordiale, puisque ces derniers pays sont plus fortement dépendants de l’extérieur et ils sont davantage confrontés aux prix élevés de l’énergie. Pour la zone euro, le FMI prédit une progression de la croissance économique de 0,9% pour 2024 (contre 0,5% pour 2023). Institute of international finance, Global debt monitor: Politics and climate finance in a high-debt world, November 16, 2023, https://www.iif.com/Key-Topics/Debt 5 FMI, Perspectives de l’économie mondiale, janvier 2024, https://www.imf.org/en/Publications/WEO/Issues/2024/01/30/world-economic-outlook-update-january-2024 4 -5- L’OCDE 6 table également sur une croissance du PIB de 0,9% pour 2024 pour la zone euro, contre 0,6% pour l’année 2023. Comme le FMI, l’organisation projette aussi un recul progressif de l’inflation. L’augmentation des coûts de financement, en raison des taux d’intérêt élevés notamment, et l’incertitude quant aux évènements géopolitiques vont affecter les investissements. Au vu de cette situation, l’OCDE estime que « des politiques macroéconomiques coordonnées » sont nécessaires, en adoptant une politique européenne budgétaire prudente pour assurer la viabilité de la dette et les dépenses pluriannuelles. Concernant la politique monétaire, elle devrait rester restrictive pour stimuler la désinflation. OCDE, Perspectives économiques, novembre 2023, https://www.oecd-ilibrary.org/sites/b07667cd-fr/1/3/2/49/index.html?itemId=/content/publication/b07667cdfr&_csp_=5ba8ff24fc4816d9e10d6db14841cd5c&itemIGO=oecd&itemContentType=book#section-d1e22630e9545825 6 -6Les prévisions de la Commission européenne 7 se rapprochent de celles du FMI et de l’OCDE. Ainsi, la Commission estime que, pour l’année 2024, la progression du PIB devrait être de 1,3% pour l’Union européenne et de 1,2% pour la zone euro (alors qu’elle était estimée à 0,6% pour l’année 2023, tant pour l’Union européenne que pour la zone euro). La Commission relève que « l’économie européenne a perdu de son dynamisme » en 2023 en raison du coût élevé de la vie, de la faible demande de la part des pays tiers et des politiques monétaires restrictives. Suivant les estimations, l’activité économique devrait cependant parvenir à se remettre progressivement, malgré les difficultés conjoncturelles qui persisteront, et la consommation devrait être relancée, notamment au vu de la baisse projetée de l’inflation. Concernant cette dernière, elle avait atteint en octobre 2023 le niveau le plus bas, à savoir 2,9%, depuis deux années dans la zone euro, alors que le pic y était 10,7% en octobre 2022. Source: Commission européenne7 La politique monétaire restrictive atteignant l’ensemble de l’économie, la réduction de l’inflation devrait se poursuivre, mais plus lentement, de sorte que l’inflation globale devrait passer de 6,5% en 2023 à 3,5% en 2024 dans l’Union européenne et de 5,6% en 2023 à 3,2% en 2024 dans la zone euro. L’affaiblissement de l’inflation devrait par ailleurs continuer en 2025. Commission européenne, Prévisions économiques de l’automne 2023, https://economy-finance.ec.europa.eu/economic-forecast-and-surveys/economic-forecasts/autumn-2023-economic-forecast-modest-recovery-ahead-after-challenging-year_en, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_23_5743 7 -7Tout comme le FMI, la Commission a légèrement revu ses prévisions en février 2024 8, en estimant alors que le taux de croissance du PIB serait pour 2023 de 0,5% pour l’Union européenne et pour la zone euro (contre 0,6% selon les prévisions d’automne 2023), et pour 2024 de 0,9% pour l’Union européenne et de 0,8% pour la zone euro (contre 1,3% et 1,2% respectivement auparavant). Pour l’année 2025, les projections de croissance de l’activité économique sont fixées à 1,7% pour l’Union européenne et à 1,5% pour la zone euro. Selon la Commission, l’inflation devrait ralentir plus rapidement qu’envisagé dans les prévisions d’automne 2023. Ainsi, l’inflation, qui, pour l’ensemble de l’Union européenne, était encore de 6,3% en 2023, devrait s’établir à 3,0% en 2024 et à 2,5% en 2025. Dans la zone euro, elle devrait aussi décélérer pour tomber de 5,4% en 2023 à 2,7% en 2024, et à 2,2% en 2025. Comme le FMI et l’OCDE, la Commission européenne met également en garde contre les risques et incertitudes sur des perspectives économiques plutôt favorables face aux évènements géopolitiques actuels (guerre en Ukraine et conflit israélo-palestinien au Moyen-Orient) et aux effets imprévisibles potentiels liés au climat. Le conflit au Moyen-Orient pourrait éventuellement avoir un impact négatif supplémentaire sur les prix de l’énergie, ce qui n’a pas encore été le cas jusqu’à présent. De plus, la progression économique au sein de l’Union européenne dépend de l’évolution des relations commerciales avec les pays tiers et notamment avec la Chine. S’y ajoute que la politique monétaire restrictive nécessaire pour endiguer l’inflation peut encore avoir des conséquences à plus long terme pour le commerce et la consommation, mais aussi pour les finances publiques des États membres de l’Union européenne. Si le taux d’inflation avait atteint un niveau historiquement élevé en octobre 2022 (10,7%), il est en déclin depuis un certain temps, mais le taux annuel a néanmoins quelque peu augmenté en décembre 2023 (à 2,9% pour la zone euro, contre 2,4% en novembre 2023) 9. Commission européenne, Prévisions économiques de l’hiver 2023, 15 février 2024, https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_24_730 9 Eurostat, Euro-indicateur 1/2024, 5 janvier 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/web/main/news/euro-indicators 8 -8Selon la Banque centrale européenne (BCE) 10, « l’économie de la zone euro s’est affaiblie au second semestre 2023, freinée par le durcissement des conditions de financement, la faiblesse de la confiance et les pertes de compétitivité ». L’économie devrait ainsi se remettre plus lentement. Mais la croissance devrait augmenter au début de l’année 2024. De nombreux facteurs incertains peuvent cependant influer sur la reprise projetée de la croissance. À court terme, « le resserrement de la politique monétaire de la BCE et les conditions défavorables de l’offre de crédit continuent d’avoir une incidence sur l’économie, ce qui affecte les perspectives de croissance ». Concernant l’inflation, la BCE estime aussi que, en principe, le processus désinflationniste devrait se poursuivre. Source: Banque centrale européenne La BCE signale cependant que les perspectives économiques pour les pays de la zone euro restent globalement très incertaines. Elle relève dans ce cadre notamment le conflit au Moyen-Orient. Pour déterminer l’impact éventuel d’une escalade dudit conflit sur l’économie européenne, la BCE a établi différents scénarios en partant d’un scénario de référence, dans lequel le conflit serait contenu géographiquement et il n’aurait pas de répercussions significatives supplémentaires sur l’économie de la zone euro. Dans le scénario d’intensification du conflit, les prix du pétrole et du gaz pourraient augmenter considérablement, causant de nouvelles perturbations de l’activité économique dans la zone euro (et dans le monde entier) et pesant sur la croissance. La BCE met par ailleurs en garde contre les conséquences sur les orientations budgétaires de l’échéance, en 2024, des mesures de compensation et de soutien accordées aux États membres par l’Union européenne pour faire face à la hausse des prix de l’énergie et de l’inflation. D’après le STATEC 11, la croissance économique a dénoté un ralentissement important en 2023 en Europe, « où les effets de la crise énergétique ont été plus largement ressentis par les acteurs économiques ». Il avait même averti d’une situation de récession Banque centrale européenne, Projections macroéconomiques, décembre 2023, https://www.ecb.europa.eu/pub/projections/html/ecb.projections202312_eurosystemstaff~9a39ab5088.fr.html#toc5 11 STATEC, Note de conjoncture n° 2-2023, décembre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/note-conjoncture/2023/note-conjoncture-02-2023.html 10 -9pour la zone euro qui risquerait de survenir sur la base des indicateurs conjoncturels dégradés au quatrième trimestre 2023. 2. L’environnement économique et social au niveau national Au niveau national, le STATEC note une situation conjoncturelle particulièrement dégradée 12, l’activité économique ayant tendance à stagner depuis le début de l’année 2023. Le secteur de la construction et le secteur financier ont été particulièrement touchés. Contrairement à la majorité des autres pays de la zone euro, pour laquelle se dénote une très légère hausse de la croissance dans son ensemble pour l’année 2023 (+0,5%), le Luxembourg a connu une faible récession technique de l’activité économique (-1%). Vers la fin du troisième trimestre 2023, la croissance s’élevait à -1,1% (contre 1,4% en 2022) 13. Le Luxembourg a en effet pleinement subi les conséquences des évènements internationaux récents, ayant conduit à une hausse quasi inédite de l’inflation, avec une politique de resserrement monétaire, impactant fortement, de façon négative, le pouvoir d’achat des consommateurs et l’activité des entreprises. Le FMI avait d’ailleurs anticipé une régression de -0,4% de l’économie luxembourgeoise pour 2023 14, l’OCDE de -1,1% 15 et la Commission européenne de -0,8% 16. Pour les deux années subséquentes, une relance de l’activité devrait toutefois avoir lieu (FMI: 3,3% pour 2024 et 2,2% pour 2025; OCDE: 1,4% pour 2024 et 3,1% pour 2025; Commission européenne: 1,3% pour 2024 et 2,1% pour 2025). Le STATEC estime que, « avec un maigre +2% prévu sur le PIB en volume en 2024, et considérant aussi le manque d’entrain conjoncturel déjà observé en 2022 (+1,4%), les trois années 2022-2024 seraient à considérer comme un épisode de contre-performance économique du Luxembourg ». L’effet de résorption de l’inflation devrait aussi encore plus affecter le Luxembourg (même si le taux annuel d’inflation pour 2023 dénote une légère hausse, de 3% en novembre 2023 à 3,5% en décembre 2023 17). Ainsi, tout comme la Commission STATEC, Ibid. Voir aussi: STATEC, Conjoncture Flash, 25 mars 2024, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/conjoncture-flash/2024/03-24-conjflash.html 13 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, pages 10 et 17 14 FMI, Regional economic outlook - Europe, novembre 2023, https://www.imf.org/en/Publications/REO/EU/Issues/2023/10/13/regional-economic-outlook-for-europe-october-2023 15 OCDE, Perspectives économiques pour le Luxembourg, novembre 2023, https://www.oecd.org/fr/economie/Luxembourg-en-un-coup-d-oeil/ 16 Commission européenne, Prévisions économiques pour le Luxembourg, 15 février 2024, https://economy-finance.ec.europa.eu/economic-surveillance-eu-economies/luxembourg/economic-forecastluxembourg_en 17 STATEC, Statnews n° 1, 8 janvier 2024, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2024/stn01-ipc.html 12 - 10 européenne, le STATEC a prédit en janvier 2024 un niveau d’inflation de 2,6% pour 2024, niveau qui est proche de la cible d’inflation de 2% déterminée par la BCE. En 2024, une seule tranche indiciaire devrait alors être déclenchée au troisième trimestre. Le STATEC 18 relève que, en octobre 2023, le taux annuel d’inflation avait atteint le niveau le plus bas depuis deux années (3,2%) au Luxembourg. Tandis que, depuis le mois de février 2023, les produits pétroliers contribuent à la diminution du taux d’inflation général, les prix desdits produits sont en train d’augmenter depuis l’été 2023. Selon le STATEC, « les produits pétroliers devraient ainsi de nouveau contribuer à la hausse de l’inflation annuelle sur la première moitié de 2024 ». Deux scénarios ont été établis pour 2024 par le STATEC, en tenant compte de l’impact de l’évolution des prix de l’énergie (pétrole, gaz et électricité): un scénario bas et un scénario haut. En ce qui concerne le scénario bas, le prix de l’électricité resterait constant, alors que les prix du pétrole et du gaz diminueraient de façon conséquente (-23% et -30% respectivement). Dans ce scénario, aucune tranche indiciaire ne serait déclenchée en 2024. Le scénario haut part de l’hypothèse que, en 2024, le prix de l’électricité resterait toujours constant, tandis que le prix du pétrole augmenterait de 26% et celui du gaz de 2% seulement (du fait de la hausse de la TVA de 7% à 8% et de l’augmentation de la taxe CO2 au 1er janvier 2024). Dans ce dernier scénario, une indexation des salaires serait déjà due au deuxième trimestre 2024. Hors produits énergétiques, et surtout pétroliers, l’inflation diminue depuis plusieurs mois. Toutefois, les prix des services continuent à augmenter (évolution soutenue par les trois tranches indiciaires intervenues en février, avril et septembre 2023) et à stimuler ainsi pour partie l’inflation. STATEC, Statnews n° 50, Prévision d’inflation, 7 novembre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2023/stn50-previsions-inflation.html 18 - 11 En février 2024 19, le STATEC a revu ses projections, en estimant que l’inflation a ralenti plus fortement qu’attendu à la fin de l’année 2023 et qu’elle devrait encore ralentir pour atteindre 2,2% en 2024. Une prochaine tranche indiciaire serait alors seulement déclenchée au quatrième trimestre 2024. Les prix des produits alimentaires (hors alcool et tabac) continuent à augmenter (hausse de 6,4% sur un an en janvier 2024) et à contribuer pour un quart à l’inflation 20. Le STATEC a par ailleurs évalué l’impact de la levée au 1er janvier 2025 des mesures gouvernementales actuellement applicables pour endiguer les hausses des prix énergétiques. Dans ce cas, et à défaut de nouvelles mesures, l’inflation devrait atteindre 3,3% en 2025 et une indexation des salaires devrait intervenir au troisième trimestre 2025. Le STATEC a déterminé deux scénarios alternatifs: un premier scénario bas dans lequel la hausse des prix de l’énergie serait faible et qui entraînerait une indexation au quatrième trimestre 2024 et aucune nouvelle indexation en 2025, et un deuxième scénario haut dans lequel la hausse des prix énergétiques serait poussée et qui entraînerait alors une indexation au troisième trimestre 2024 déjà et deux indexations en 2025 (aux deuxième et troisième trimestres). À noter encore dans ce contexte que, au cours de l’année passée, l’inflation au Luxembourg a en général été au-dessous de la moyenne des pays de la zone euro (le mois de décembre 2023 mis à part) 21. STATEC, Statnews n° 5, 8 février 2024, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2024/stn05-previsions-inflation.html 20 STATEC, Conjoncture Flash, 26 février 2024, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/conjoncture-flash/2024/02-24-conjflash.html 21 Eurostat, IPCH - données mensuelles (taux de change annuel), 5 janvier 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/PRC_HICP_MANR__custom_118059/bookmark/table?lang=fr&bookmarkId=45a0a8c6-966f-43c6-9d30-9edb61e4af3b 19 - 12 - Projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, page 9 Au début du mois de mars 2024 22, le STATEC a noté une baisse de 3,4% à 3,2% du taux annuel d’inflation. L’indice des prix à la consommation national a cependant augmenté de 0,5% par rapport au mois précédent, ce qui est notamment dû, selon le STATEC, au renchérissement des produits pétroliers. La situation économique des pays qui sont les partenaires commerciaux les plus importants du Luxembourg peut avoir un impact direct et conséquent sur l’économie et les finances publiques de ce dernier. Pour ce qui est par exemple de l’Allemagne, différents instituts économiques et le gouvernement fédéral lui-même ont revu de manière importante à la baisse (à savoir de 1,3% à 0,2%, voire seulement 0,1%) la croissance projetée pour l’année 2024 23. Le resserrement de l’activité économique au Luxembourg a évidemment aussi un effet sur le marché national de l’emploi, puisqu’il va de pair avec un ralentissement de la croissance de l’emploi. Au 30 novembre 2023 24, le nombre de demandeurs d’emploi résidents disponibles inscrits à l’ADEM s’est élevé à 17.439, ce qui est une augmentation de 19,3% (2.817 personnes) par rapport au même mois de l’année précédente. Le nombre de demandeurs d’emploi non-résidents disponibles a progressé de 3,6% sur un an. Le taux de chômage national est de 5,7% et le nombre de résidents bénéficiant d’une indemnité de chômage complet a augmenté de 29,2% en une année. Pendant la même période, le nombre de nouveaux postes vacants déclarés par les employeurs à l’ADEM a baissé de 22% et le nombre total de postes disponibles déclarés a diminué de 40%. 22 STATEC, Statnews n° 7, 6 mars 2024, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2024/stn07-24-ipc.html 23 Prognosen zur Entwicklung des realen Bruttoinlandsprodukts in Deutschland für die Jahre 2024 und 2025, 27. März 2024, https://de.statista.com/statistik/daten/studie/73769/umfrage/prognosen-zur-entwicklung-des-deutschen-bip/ 24 ADEM, Chiffres clés sur le marché de l’emploi, novembre 2023 - 13 - Source: ADEM Le STATEC estime que, « malgré une légère remontée de l’activité en 2024, l’emploi devrait encore ralentir (+1,3% en 2024, après +2,1% prévus pour 2023) et le chômage continuer à s’accroître vers 5,9% de la population active (renouant avec sa moyenne des 15 dernières années) » 25. Au début de l’année 2024, le nombre de demandeurs d’emploi a encore augmenté, atteignant 18.317 personnes, le taux de chômage étant de 5,5% 26. Au 29 février 2024, ce taux a atteint 5,6% 27. Le ralentissement de l’emploi a des conséquences sur les finances publiques, les recettes fiscales et de cotisations sociales progressant moins fortement. Le solde excédentaire de la sécurité sociale devrait diminuer de 988 millions d’euros en 2023 à 861 millions d’euros en 2024. En 2027, le solde pourrait tomber, tout en restant positif, à 261 millions d’euros, à défaut d’un relancement de l’emploi 28. Concernant le coût de la vie au Luxembourg pour les ménages, il ressort de l’enquête de conjoncture auprès des consommateurs publiée par la Banque centrale du Luxembourg 29 que la confiance des consommateurs a progressé en décembre 2023. Ainsi, il semble que « les ménages ont rehaussé de manière notable leurs anticipations portant sur la situation économique générale au Luxembourg ainsi que leurs intentions en termes d’achats importants » et qu’« ils ont aussi modérément révisé à la hausse les anticipations et perceptions concernant leur situation financière ». Toutefois, au mois de février 2024, la confiance des consommateurs a reculé 30, « les ménages (ayant) STATEC, Note de conjoncture n° 2-2023, décembre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/note-conjoncture/2023/note-conjoncture-02-2023.html 26 ADEM, Chiffres clés sur le marché de l’emploi, janvier 2024 27 ADEM, Chiffres clés sur le marché de l’emploi, février 2024, https://adem.public.lu/fr/marche-emploi-luxembourg/statistiques/chiffres-cles-adem.html 28 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, page 50 29 BCL, Enquête de conjoncture auprès des consommateurs, 8 janvier 2024, https://www.bcl.lu/fr/media_actualites/communiques/2024/01/consommateurs/index.html 30 BCL, Enquête de conjoncture auprès des consommateurs, 6 mars 2024, https://www.bcl.lu/fr/media_actualites/communiques/2024/03/enquete/index.html 25 - 14 modérément révisé à la baisse leurs anticipations portant tant sur la situation économique générale au Luxembourg que sur leur propre situation financière future ». On ne peut pas pour autant déduire de ces enquêtes que le pouvoir d’achat réel des ménages a augmenté et que ceux-ci disposent effectivement du revenu théoriquement disponible. Selon le STATEC 31, le pouvoir d’achat est en hausse et le risque de pauvreté a légèrement diminué depuis 2022, ce qui serait notamment dû à différentes mesures de soutien décidées dans le cadre de l’accord tripartite du 7 mars 2023 (comme le crédit d’impôt conjoncture par exemple). De même, le niveau de vie serait très élevé au Luxembourg et il augmenterait constamment 32. Or, même si le niveau de vie théorique est élevé et que l’évolution des salaires a été plus dynamique que dans les pays voisins 33, le coût de la vie reste malgré tout élevé au Luxembourg, et des inégalités socioéconomiques importantes persistent concernant le poids des charges financières pesant sur les ménages 34, notamment du fait de frais récurrents obligatoires à engager par ces derniers (pour le logement, le remboursement d’emprunts, les assurances, l’alimentation). Au Grand-Duché, les prix à la consommation sont d’ailleurs largement supérieurs à la moyenne européenne. Ainsi, en 2022, les prix étaient 37% au-dessus de la moyenne des autres pays de l’Union européenne. Les seuls pays où la vie était encore plus chère qu’au Luxembourg étaient le Danemark et l’Irlande 35. De plus, malgré la légère baisse constatée par le STATEC, le risque de pauvreté reste élevé et il dénote une augmentation constante depuis des années 36, tout particulièrement pour les familles monoparentales et les couples ayant plusieurs enfants à charge. Pour le mois de décembre 2023, le STATEC avait encore noté un recul de l’IPCN, donc des prix des produits et services de façon générale, particulièrement en raison de la diminution des prix des produits pétroliers. Les prix des produits alimentaires sont restés plutôt constants par comparaison avec les mois précédents. Or, par rapport à 2022, ils ont augmenté de 7,3% dans leur ensemble en 2023 37. Ils continuent par ailleurs à augmenter constamment 38. STATEC, Rapport travail et cohésion sociale, 16 octobre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2023/stn45-tcs.html 32 STATEC, Rapport PIBien-être 2023, 20 mars 2024, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/analyses/2024/analyses-01-24.html 33 STATEC, Le pouvoir d’achat a-t-il augmenté ou diminué?, 20 septembre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2023/pouvoir-achat.html 34 STATEC, Rapport PIBien-être 2023, Ibid. 35 Eurostat, Comparative price levels of consumer goods and services 2022, 14 décembre 2023, https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/w/ddn-20230621-1 https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Comparative_price_levels_of_consumer_goods_and_services 36 Voir: Chambre des salariés, Panorama social 2023, et STATEC, Rapport PIBien-être 2023 37 STATEC, Statnews n° 1, 8 janvier 2024, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2024/stn01-ipc.html 38 STATEC, Conjoncture Flash, 26 février 2024, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/conjoncture-flash/2024/02-24-conjflash.html 31 - 15 Concernant l’énergie, le prix de l’électricité a augmenté depuis le 1er janvier 2024 (du moins par Enovos), hausse qui est toutefois compensée à travers la prolongation, jusqu’au 31 décembre 2024 (suite à l’accord tripartite du 7 mars 2023), des mesures de limitation de la hausse des prix de l’énergie prévues par l’accord tripartite conclu le 28 septembre 2022. Ces mesures de limitation valent également pour le gaz, le mazout et les pellets de chauffage. La Chambre des fonctionnaires et employés publics met d’ores et déjà en garde contre les conséquences négatives éventuelles pour les ménages à partir du moment de l’expiration desdites mesures au 31 décembre 2024. Selon le STATEC 39, la levée des boucliers tarifaires, prévue au 1er janvier 2025, et en l’absence de nouvelles mesures gouvernementales, entraînerait une hausse du prix du gaz et de l’électricité de respectivement 17% et 60% et un rebondissement de l’inflation, qui devrait se maintenir alors au-dessus de 3% tout au long de l’année 2025. Les mesures de compensation devront alors impérativement être prolongées au-delà du 31 décembre 2024 afin d’éviter la précarité énergétique des ménages à revenu modeste. En matière de logement – dont la charge couvre la partie essentielle des dépenses mensuelles pour une grande partie des ménages (57,9% du revenu théoriquement disponible pour les ménages à faible revenu) 40 – la problématique des prix élevés est bien connue. Selon l’Observatoire de l’habitat 41, les prix des logements ont augmenté de 9,6% en 2022 par rapport à 2021, alors que la hausse annuelle moyenne était de 13,9% en 2021, de 14,5% en 2020 et de 10,1% en 2019. Les prix ont toujours augmenté, mais une décélération a donc pu être constatée en 2022. Observatoire de l’habitat 42 STATEC, Statnews n° 5, 8 février 2024, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2024/stn05-previsions-inflation.html 40 STATEC, Rapport travail et cohésion sociale, 16 octobre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2023/stn45-tcs.html 41 Observatoire de l’habitat, Le logement en chiffres n° 13, mars 2023, https://logement.public.lu/fr/publications/observatoire/logement-en-chiffres-13.html 42 Observatoire de l’habitat, Ibid. 39 - 16 Au premier trimestre 2023, le Luxembourg a connu pour la première fois une baisse constante sur douze mois des prix des logements depuis 2009 (même si la baisse est hétérogène puisqu’elle ne concerne pas autant les logements nouvellement construits et surtout les appartements) 43. Entre le premier trimestre 2022 et le premier trimestre 2023, la vente des logements a fortement diminué, les appartements en construction ayant été les plus affectés (-72%). Taux de variation sur 12 mois de l’indice hédonique des prix de vente des logements fourni par le STATEC Observatoire de l’habitat Les tendances de diminution des prix et de réduction du nombre de vente de logements ont continué vers la fin de l’année 2023. Les prix de vente des logements ont baissé de 13,6% entre le troisième trimestre 2022 et le troisième trimestre 2023 (la baisse la plus significative étant de -18,7% et concernant les maisons existantes). De même, la diminution du nombre de transactions s’est poursuivie, la vente d’appartements en construction ayant été la plus touchée (-59,9% par rapport au troisième trimestre 2022) 44. L’augmentation des prix de la construction a également reculée. Après avoir augmenté de façon conséquente (+33,2%) entre octobre 2020 et avril 2023, les prix ont progressé Observatoire de l’habitat, Le marché immobilier résidentiel au 1er trimestre 2023, 27 juin 2023, https://logement.public.lu/fr/publications/observatoire/rapport-analyse-5.html 44 Observatoire de l’habitat, Le marché immobilier résidentiel au 3e trimestre 2023, 21 décembre 2023, https://logement.public.lu/fr/publications/observatoire/rapport-analyse-9.html 43 - 17 beaucoup moins fortement entre avril 2023 et octobre 2023. Sur un an, la progression est cependant toujours de 6,4% 45. ÉVOLUTION DE L'INDICE DES PRIX DE LA CONSTRUCTION, 2010 - 2023 Pour les prix des terrains constructibles, une décélération récente a également pu être observée. Celle-ci est toutefois beaucoup moins poussée. Les prix restent extrêmement élevés, surtout à Luxembourg-Ville et aux alentours. À noter que, entre 2010 et 2021, les prix des terrains ont plus que doublés (+136,5%). La hausse des prix des terrains constructibles a été largement supérieure à celle des prix de la construction (+32,4% sur la même période) et à celle des prix des logements existants et en voie de construction (respectivement +117,4% et +107,4%) 46. STATEC, Décélération des prix de la construction, 15 janvier 2024, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2024/stn03-24-construction.html 46 Observatoire de l’habitat, Note n° 32, Panorama du foncier constructible au Luxembourg, juillet 2023, https://logement.public.lu/fr/publications/observatoire/note-32.html 45 - 18 Toutes les diminutions de prix susmentionnées n’ont qu’un impact modéré sur le pouvoir d’achat des ménages, dont une très grande partie n’a toujours pas les capacités financières pour acquérir un logement à des fins d’habitation personnelle. En effet, malgré les décélérations récentes, qui ne sont pas vraiment notables pour la plupart des ménages, les prix des logements (et des terrains) sont toujours très élevés. En outre, les diminutions de prix sont contrebalancées par les difficultés de financement que rencontrent les ménages et notamment par les conditions restrictives pour obtenir un prêt immobilier, qui se sont aggravées non seulement à cause de la hausse des taux d’intérêt des prêts (surtout des taux d’intérêt variables des crédits immobiliers) 47, mais également en raison de certaines décisions politiques récentes que la Chambre des fonctionnaires et employés publics avait déjà soulevées pour partie et critiquées dans son avis n° A-3600 du 8 novembre 2021 sur le projet de loi n° 7878 concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2022. Il s’agit entre autres des deux mesures suivantes: - la décision, prise vers la fin de l’année 2020, de fixer des limites en matière d’octroi de crédits relatifs à des biens immobiliers à usage résidentiel situés sur le territoire du Luxembourg; - l’obligation pour les copropriétés des immeubles bâtis de mettre en place un fonds de travaux. Concernant le problème des taux d’intérêt, il est survenu du fait de la politique des taux d’intérêt bas, voire négatifs qui a été maintenue bien trop longtemps par les banques centrales. À la suite de l’arrêt de cette politique en juillet 2022, les taux d’intérêt ont été augmentés subitement et de façon conséquente pendant une courte période au détriment des ménages disposant d’un prêt immobilier. Cette variation des taux n’était pas prévisible ni pour ces derniers, ni pour les banques et elle n’est pas provenue d’un déséquilibre sur les marchés financiers, mais elle a été directement provoquée par une décision politique, de sorte qu’il est inacceptable de blâmer les ménages pour l’aggravation de leur situation d’endettement, comme l’ont fait certains décideurs politiques sous la législature précédente. La Chambre renvoie aux développements ci-après sous le chapitre IV. « 4. Logement » pour plus d’explications quant à la situation désastreuse sur le marché du logement. Un autre élément qui pèse aussi de plus en plus fortement sur le budget des ménages est l’augmentation générale des primes d’assurance. Au début de l’année 2022, les primes d’assurance pour les logements et pour les véhicules ont par exemple subi une augmentation de 15% 48. En 2023, une nouvelle hausse des primes a pu être constatée, 47 Pour l’évolution des taux, voir: STATEC, Conjoncture Flash, novembre et décembre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/conjoncture-flash/2023/11-23-conjflash.html, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/conjoncture-flash/2023/12-23-conjflash.html 48 Union luxembourgeoise des consommateurs, 2 février 2022, https://www.ulc.lu/fr/news/detail.asp?id=5906 - 19 même si elle était moins poussée (+3,2% pour les primes d’assurance d’habitation selon le STATEC 49). Le renchérissement des assurances devrait se poursuivre en 2024. Il y a par ailleurs lieu de mentionner la hausse des prix des services financiers et bancaires, et notamment l’augmentation générale et conséquente des frais bancaires (+14,5% sur un an de 2021 à 2022 par exemple 50). Les frais bancaires récurrents, comme ceux prélevés par les banques pour la gestion des comptes, sont identiques pour tous les clients, indépendamment de leur revenu, de sorte que ces frais affectent évidemment plus fortement les personnes à faible revenu. On peut encore citer plusieurs autres facteurs qui ont récemment contribué au renchérissement de la vie pour les ménages. - L’expiration, au 1er janvier 2024, de la mesure de réduction temporaire de 1% des taux de la TVA du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2023, mesure qui a été retenue dans l’accord tripartite du 28 septembre 2022 et qui a entraîné une augmentation systématique des prix. Cette mesure – qui a été inscrite dans ledit accord tripartite à la demande expresse du gouvernement – n’a d’ailleurs pas eu l’effet escompté sur la limitation de l’inflation, bien au contraire 51. D’abord, la réduction de la TVA n’a pas concerné une grande majorité des produits, comme par exemple les aliments, qui sont en effet soumis au taux super-réduit de 3%, qui n’a pas été affecté par la mesure de réduction. Ensuite, la diminution de la TVA n’a pas été répercutée sur les prix finaux de la majorité des produits et services achetés par les consommateurs, qui n’ont pas pu constater de réduction de prix. Au contraire, une hausse des prix a pu être constatée. La Chambre avait dès le départ mis en garde contre ce risque. Il est d’ailleurs bien connu qu’une diminution de la TVA est une mesure qui est généralement considérée comme étant inefficace pour lutter contre l’inflation et pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages, ceci en raison de l’imprévisibilité des conséquences sur les prix. Mis à part que la mesure temporaire a engendré des charges et complications administratives pour sa mise en œuvre par l’administration concernée et par les déclarants assujettis à la TVA, elle devrait coûter 317 millions d’euros à l’État (cf. fiche financière annexée au projet de loi n° 8083 portant mise en œuvre de la baisse temporaire du taux de TVA). S’y ajoute que les projections de coûts étaient erronées, puisque, en réalité, la mesure a finalement coûté 180 millions d’euros, ce qui renforce le doute quant à l’inanité de celle-ci. Elle était donc inefficiente et, de l’avis de la Chambre, le gouvernement aurait pu se passer de la faire introduire dans l’accord tripartite. Les seuls gagnants de cette mesure étaient finalement les entreprises, qui n’ont pas répercuté la diminution de la TVA sur les prix finaux. 49 STATEC, Statnews n° 24, 5 mai 2023, https://statistiques.public.lu/fr/actualites/2023/stn24-23-ipc.html 50 Source: BCEE 51 STATEC, Regards 8/23, Baisse de la TVA en 2023 - quel est l’effet sur l’inflation?, juin 2023, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/regards/2023/regards-08-23.html - 20 - L’expiration, au 1er janvier 2024, du crédit d’impôt conjoncture (CIC) pour salariés, indépendants et pensionnés, qui était prévu par l’accord tripartite du 7 mars 2023 et qui était limité à l’année d’imposition 2023. Sur ce point, le ministre des Finances 52 a annoncé qu’un nouveau « crédit d’impôt barème » serait introduit au cours de l’année 2024 pour les personnes affectées par la suppression du CIC, ce que la Chambre approuve. - L’augmentation, de 30 à 35 euros par tonne de CO2, de la taxe carbone sur les produits énergétiques avec effet au 1er janvier 2024. Qui plus est, l’article 8, paragraphes

(3)et
(4), de la loi modifiée du 19 décembre 2020 concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2021 prévoit que la taxe carbone est neutralisée dans le calcul de l’indice des prix servant de base à l’indexation des salaires, ce qui a un impact conséquent sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour ce qui est du crédit d’impôt complémentaire CI-CO2, destiné à compenser pour partie depuis le 1er janvier 2024 la taxe carbone pour les personnes à faible revenu, la Chambre rappelle que la loi du 5 juillet 2023 transposant certaines mesures fiscales de l’accord tripartite du 7 mars 2023 a procédé à la diminution des CII (crédit d’impôt pour indépendants), CIS (crédit d’impôt pour salariés) et CIP (crédit d’impôt pour pensionnés) par l’introduction dudit CI-CO2. Or, une telle réduction n’était pas prévue en tant que telle par l’accord tripartite du 7 mars 2023. Finalement, il faut rappeler dans ce cadre, pour la énième fois, que les ménages subissent une perte de pouvoir d’achat considérable depuis 2009 du fait de l’inadaptation au coût de la vie des barèmes de l’impôt, l’adaptation tarifaire prévue par la réforme fiscale 2017 et le rattrapage partiel à hauteur de quatre tranches indiciaires qui a été effectué au 1er janvier 2024 mis à part. Cette dernière mesure constitue bien une atténuation de l’imposition, mais minimale, voire symbolique et elle ne prend pas en compte la totalité de la perte du pouvoir d’achat intervenue depuis la dernière adaptation du tarif et elle ne constitue pas de modification structurelle du tarif. En effet, l’impôt sur le revenu redû par un contribuable n’est pas seulement fonction des paramètres barémiques, donc purement tarifaires, mais encore de la base imposable. Une adaptation barémique, reprît-elle tous les échelons de l’indice des prix à la consommation, n’est pas à elle seule à même de tenir compte de la détermination de la capacité contributive devant l’évolution des prix. La loi concernant l’impôt sur le revenu regorge de dispositions ayant trait à la base imposable et fixant des forfaits, voire des limites de déduction ou des abattements qu’il s’agit d’adapter tout aussi bien à l’évolution des prix. Souvent, ces montants fixes ont été introduits dans la loi il y a des décennies et n’ont subi que très peu d’adaptations. Présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 par le ministre des Finances, 6 mars 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B03-mars%2B06-roth-presentation-budget.html 52 - 21 Cette immuabilité est, tout comme un barème non adapté, source d’une progression froide. La Chambre des fonctionnaires et employés publics rappelle par conséquent que le moyen le plus important et efficace pour lutter contre la diminution du pouvoir d’achat est une réforme fiscale fondamentale, qui est attendue depuis longtemps. Le système fiscal actuel supporte activement et stimule même le creusement des inégalités de revenu. Il est grand temps de délester enfin les contribuables de la charge fiscale injuste pesant sur eux et de rétablir leur pouvoir d’achat. La Chambre renvoie à ce sujet aux observations formulées ci-après sub IV. « 3. Fiscalité ». Au vu de la situation géopolitique actuelle, avec deux guerres récentes ayant un impact sur les économies mondiale, européenne et nationale, le gouvernement luxembourgeois doit veiller à réagir en cas de besoin pour soutenir la population sur le territoire national par des mesures sociales et financières concrètes, ceci en y impliquant étroitement les partenaires concernés dans le cadre du dialogue social. Dans le domaine du logement, cela n’a toutefois déjà pas été le cas, les trois syndicats représentatifs au niveau national n’ayant pas été invités à la réunion nationale du logement qui a eu lieu le 22 février 2024. Par la suite, et sur la pression des syndicats, le Premier ministre a quand même reçu ceux-ci en date du 5 mars 2024 pour discuter sur la problématique sur le marché du logement. Dans l’accord de coalition 2023-2028, le gouvernement se prononce pour une protection accrue des citoyens dans un monde instable, avec une Europe qui doit s’affirmer comme une force de stabilité. La Chambre signale que cette affirmation doit non seulement se manifester à l’extérieur dans les relations avec les pays tiers, mais également dans les relations intérieures avec les populations des États membres. En effet, la politique, surtout européenne, est de moins en moins focalisée sur les besoins des citoyens et de nombreuses décisions et normes sont adoptées dans des endroits lointains sans prendre en compte les besoins réels des citoyens sur le terrain, comme l’a d’ailleurs montré le récent mouvement des agriculteurs. Ce phénomène est aggravé par la surrégulation et l’augmentation de la surveillance au détriment des libertés et droits fondamentaux. Les citoyens se sentent de plus en plus négligés par les décideurs politiques. Cette évolution inquiétante risque d’avoir des conséquences désastreuses, comme l’affirme à juste titre l’accord de coalition 2023-2028. - 22 - II. Les finances publiques nationales 1. La situation financière Le Ministère des Finances a publié le 1er décembre 2023 des chiffres sur la situation financière de l’État fin septembre et fin octobre 2023 53. Selon le Ministère, les recettes totales de l’administration centrale s’élèvent à 18,6 milliards d’euros au 30 septembre 2023 (suivant les normes comptables européennes SEC2010). Les recettes des administrations fiscales sont de 15,9 milliards d’euros, ce qui est une progression de +747 millions d’euros (+5%) par rapport à la même période en 2022. Au 31 octobre 2023, ces recettes ont progressé de 8% par rapport à 2022. Concernant les dépenses, celles de l’administration centrale ont atteint 19,3 milliards d’euros au 30 septembre 2023, ce qui constitue une hausse de 2,5 milliards d’euros (+15%) par rapport à l’année précédente. D’après le Ministère, « les raisons de cette forte augmentation des dépenses publiques sont liées aux aides déployées par l’État dans le contexte de crise et (à) l’impact sur les dépenses provenant des tranches indiciaires successives ». Le solde des recettes et des dépenses affiche, à la fin du troisième trimestre 2023, un déficit de 706 millions d’euros pour l’administration centrale. Le déficit recule à 629 millions d’euros au 31 octobre 2023, ceci « en raison de la légère amélioration au niveau des recettes fiscales observées au cours de ce mois ». Évolution des recettes et dépenses au 31 octobre 2023 Source: Ministère des Finances Ministère des Finances, Présentation de la situation des finances publiques, 1er décembre 2023, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2023%2B12-decembre%2B01-roth-presentation-finances-publiques.html 53 - 23 Selon le STATEC 54, les recettes fiscales de l’État ont été soutenues en 2023 « par les effets du dynamisme de la masse salariale sur les impôts des ménages et les cotisations sociales, mais aussi par d’importants soldes d’impôts sur les revenus des sociétés relatifs à des exercices fiscaux antérieurs ». Toutefois, « la faible progression de la taxe d’abonnement et de la TVA, mais aussi la forte baisse des droits d’enregistrement sur les transactions immobilières » auraient pesé sur les recettes. Les dépenses publiques auraient quant à elles été stimulées en 2023 « par la hausse de la masse salariale et par des transferts spécifiques (dus aux mesures anti-crise des accords tripartites) ». Le STATEC estime que tant les recettes que les dépenses devraient ralentir en 2024, les recettes en raison du recul de l’activité sur marché du travail, de l’inflation et de la diminution des taux de cotisation pour compenser la troisième tranche indiciaire intervenue en 2023, et les dépenses du fait de la contribution réduite de l’indexation des salaires et de l’expiration du crédit d’impôt énergie depuis le 31 mars 2023. Les recettes fiscales devraient surtout reculer (+3,5% contre +6,9% pour 2023), et notamment les droits d’accise, les cotisations sociales et les impôts sur les sociétés. Or, les recettes provenant de la TVA devraient rebondir en 2024 (projection de +7,4%). La croissance des dépenses devrait être plus poussée que celle des recettes en 2024, le déficit public devant atteindre -2,7% du PIB (par rapport à -1,7% pour 2023), ce qui est un niveau historiquement élevé (celui atteint en 2020 dans le cadre de la crise du Covid-19 mis à part) et ce qui est proche de la limite fixée par les règles européennes (-3% du PIB). D’après le STATEC, la « détérioration du solde va en parallèle avec la dégradation des perspectives conjoncturelles et la succession de mesures anti-crise ». Il note que les dégradations récentes du solde sont particulières du fait de leur succession rapide d’année en année, une crise venant après l’autre, de sorte que le législateur n’a pas vraiment eu l’opportunité de prendre des mesures pour redresser le solde. L’institut précise encore que les mesures prévues dans l’accord de coalition 2023-2028 n’ont pas été prises en compte dans le cadre de l’élaboration de ses prévisions. À noter que, selon les projections énoncées dans le Programme de stabilité et de croissance (PSC) du Grand-Duché de Luxembourg pour 2023 (publié en avril 2023), la situation devrait cependant être inversée, les recettes (progression de 5,2% par
  1. an)devant croître plus vite et dépasser les dépenses publiques (progression de 4,9% par
  2. an)à partir de l’année 2024. Au 31 décembre 2023, la situation déficitaire des finances publiques se confirme par rapport au mois d’octobre 2023, le déficit de l’administration centrale se chiffrant à 630 millions d’euros. Ce chiffre est cependant provisoire puisque des dépenses sont encore comptabilisées pour l’exercice 2023 jusqu’en avril 2024. En raison de ces STATEC, Note de conjoncture n° 2-2023, décembre 2023, https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/note-conjoncture/2023/note-conjoncture-02-2023.html 54 - 24 dépenses supplémentaires, le déficit total pour l’exercice 2023 sera encore plus élevé selon le Ministère des Finances 55. Évolution des recettes et dépenses au 31 décembre 2023 Source: Ministère des Finances Les auteurs du projet de loi budgétaire sous avis 56 reprennent presque mot pour mot le constat fait par le STATEC 57, en confirmant que « les recettes fiscales ont été soutenues en 2023 par les effets du dynamisme de la masse salariale sur les impôts des ménages et les cotisations sociales, mais aussi par d’importants soldes d’impôts sur Ministère des Finances, Présentation de la situation des finances publiques, 23 janvier 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B01-janvier%2B23-roth-situation-financiere.html 56 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, page 11 57 STATEC, Note de conjoncture n° 2-2023, décembre 2023 https://statistiques.public.lu/fr/publications/series/note-conjoncture/2023/note-conjoncture-02-2023.html 55 - 25 les revenus des sociétés relatifs à des exercices fiscaux antérieurs ». Il y est précisé que, « d’un autre côté, la faible progression de la taxe d’abonnement et de la TVA, mais aussi la forte baisse des droits d’enregistrement sur les transactions immobilières ont pesé sur les recettes » et que « la progression plus forte des dépenses que des recettes sur l’ensemble de 2023 devrait avoir conduit à un creusement du déficit public ». La forte augmentation des dépenses depuis 2022 est due entre autres à l’inflation et aux prix élevés de l’énergie. Le Ministère des Finances a cependant aussi signalé que, de façon générale, les recettes de l’État central étaient cependant légèrement supérieures aux prévisions budgétaires (à savoir 102,3% du budget voté pour l’exercice 2023) 58. À noter que, pour l’exercice 2023, le Comité économique et financier national (CEFN) avait projeté un déficit total de -2,2 milliards d’euros pour l’administration centrale et de 1,5 milliard d’euros (solde nominal selon les critères européens) pour l’administration publique dans son ensemble (administration centrale, administrations locales et sécurité sociale) 59. Au moment du dépôt, le 6 mars 2024, à la Chambre des députés du projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024, le déficit réel de l’administration centrale s’élève (selon les règles européennes) à -1,65 milliard d’euros pour 2023 et il devrait atteindre -1,9 milliard d’euros en 2024. Une partie du déficit a déjà pu être absorbée vers la fin de l’année 2023 en raison de la politique budgétaire poursuivie par le gouvernement actuel. Concernant l’administration publique dans son ensemble, le déficit s’élève à -566 millions d’euros et il devrait atteindre -987 millions d’euros en 2024 60. Pour 2024, la progression des recettes (+1,8 milliard d’euros) devrait encore être inférieure à celle des dépenses (+2 milliards d’euros) pour l’administration centrale. Au total, les recettes devraient se chiffrer à 27,5 milliards d’euros et les dépenses à 29,4 milliards d’euros. L’écart entre les recettes et les dépenses devrait être moins élevé qu’en 2023. Pour 2025, il est estimé que la politique budgétaire poursuivie par le gouvernement devrait mener à un renversement de la situation, avec une progression plus rapide des recettes par rapport aux dépenses 61. La situation déficitaire devrait toutefois persister jusqu’en 2027 (dernière année faisant l’objet de l’évaluation pluriannuelle). Ministère des Finances, Ibid. CEFN, Note au formateur sur la situation financière de l’État, 16 octobre 2023, https://gouvernement.lu/fr/dossiers/2023/formation-gouvernement-2023.html 60 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, page 25 61 Présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 par le ministre des Finances, 6 mars 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B03-mars%2B06-roth-presentation-budget.html 58 59 - 26 - Source: Ministère des Finances, De Budget 2024, https://budget.public.lu/lb.html La Chambre des fonctionnaires et employés publics met dès à présent en garde contre une polémique politique essayant d’aggraver la situation réelle des finances publiques. En effet, d’abord, toutes les dépenses publiques découlant des mesures prévues par les accords tripartites signés en 2022 et 2023 ont été parfaitement prévisibles et connues avant les élections législatives du 8 octobre 2023. Le fait d’utiliser maintenant les dépenses massives engagées à cet effet (1,2 milliard d’euros en 2024, ce qui est presque 900 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2023, pour la mise en œuvre des mesures de l’accord du 7 mars 2023) comme élément de surprise pour semer la panique sur la prétendue situation défavorable des finances publiques auprès de la population serait irrationnel. Ensuite, malgré la faible récession économique annoncée par les technocrates pour 2023, celle-ci n’a pas comporté de risque pour la situation structurelle et saine des finances publiques. Le Luxembourg a toujours connu une croissance réelle de l’activité économique (et de l’emploi d’ailleurs) en 2023 et auparavant, même si elle était plus lente. Par ailleurs, il est un fait que les recettes budgétaires ont augmenté constamment au cours des dernières années. Ainsi, il découle des indicateurs mensuels sur les comptes nationaux publiés par le STATEC sur la base de la norme spéciale de diffusion des données (SDDS) établie par le FMI que les recettes de l’État ont augmenté de +8,3% (+1,5 milliard d’euros) pendant les dix premiers mois de l’année 2023 par rapport à l’année précédente. Cette amélioration vient s’ajouter aux résultats positifs des exercices 2021 et 2022, qui ont atteint respectivement +10% et +18% par rapport aux exercices précédents. Au total, les recettes de l’État se chiffraient en 2023 à +27,3% au-dessus des recettes enregistrées avant la pandémie Covid-19, donc au-dessus des recettes de 2019. En outre, le niveau de la dette publique, qui semble à première vue être très élevé, est en réalité faible au Luxembourg, notamment par comparaison avec la moyenne européenne (voir les développements ci-après sub II. « 3. La dette publique »). Le niveau - 27 d’endettement annuel de l’administration centrale à hauteur de 3,5 milliards d’euros projeté par le CEFN et invoqué par le gouvernement pour justifier dès maintenant l’adoption de mesures d’économie est un niveau théorique calculé sur la base de projections à politique inchangée. Or, dans la pratique, la politique économique change en permanence au jour le jour. De plus, les projections du CEFN n’ont pas tenu compte des contreparties conséquentes de la dette, constituées par les actifs financiers importants de l’État, par les infrastructures publiques, etc. Il ne sert donc à rien de se baser sur des prévisions purement théoriques et hypothétiques pour justifier des mesures d’économie déraisonnables. 2. La durabilité des finances publiques Le PSC 2023 avait énoncé que, dans le contexte difficile des pressions inflationnistes et des risques à la baisse pesant sur les perspectives de croissance, « le Luxembourg continue à faire preuve de résilience et reste adéquatement outillé pour relever les défis à court et moyen terme, grâce à des fondamentaux économiques solides et à une bonne tenue des finances publiques » et que « les notations AAA successivement confirmées par les agences de notation soulignent la situation financière solide du pays ». Les agences de notation Scope Ratings et Fitch Ratings ont d’ailleurs récemment confirmé la notation AAA du Luxembourg, en certifiant ainsi la bonne situation financière et des perspectives plutôt stables pour le pays 62. Malgré des perspectives de croissance incertaines à plusieurs niveaux, les agences de notation ont souligné le fondement économique et le cadre institutionnel solides ainsi que la gestion budgétaire prudente du Luxembourg, de même que la résilience de ce dernier par rapport aux récentes crises sanitaire et inflationniste. Elles estiment qu’une reprise économique est attendue pour l’année 2024. Malgré le contexte économique difficile depuis plusieurs années déjà, le Grand-Duché a donc tout de même jusqu’à présent pu réaffirmer sa bonne réputation économique au niveau international. Toutefois, les agences de notation susmentionnées mettent en garde contre des risques financiers à long terme pouvant découler, d’une part, de la crise immobilière que connaît le Luxembourg depuis un certain temps (surtout du fait des conséquences de la politique monétaire serrée pour les ménages fortement endettés) ainsi que, d’autre part, de l’impact budgétaire défavorable dû au vieillissement de la population. Le vieillissement de la population est aussi mentionné par le PSC 2023 comme un défi qui existerait à long terme et à très long terme pour le Luxembourg, « alors que le régime (général d’assurance pension actuellement en place) est viable sur le court et moyen terme ». Selon ledit PSC, compte tenu du vieillissement démographique, le solde de la sécurité sociale devrait reculer à 573 millions d’euros à l’horizon 2027 et il contribuerait ainsi de moins en moins au solde des administrations publiques. Communiqué du Ministère des Finances, 9 décembre 2023, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites/2023/fitchscoperatings202312.html 62 - 28 Dans le cadre du PSC 2023, le gouvernement précédent avait affirmé son engagement ferme de maintenir des finances publiques soutenables. L’accord de coalition 20232028 prévoit quant à lui aussi que « le gouvernement mènera une politique budgétaire responsable et soutenable » et « de relance économique ». Cette position est confirmée par le projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024, qui énonce que celui-ci tient compte de « la volonté du gouvernement de favoriser une croissance durable » par la mise en œuvre d’une politique budgétaire ayant comme objectif d’établir une base solide pour sortir durablement de la situation de crise. Dans le cadre de la présentation du projet de budget 63, le ministre des Finances a souligné que le gouvernement sera prudent dans le cadre de la planification financière, mais qu’il poursuivra une politique anticyclique, avec un volet social fort, pour sortir de la situation de crise actuelle. La Chambre des fonctionnaires et employés publics approuve cet engagement de suivre une politique budgétaire durable, qui devrait permettre de réagir aux imprévus. Elle relève qu’une telle politique budgétaire soutenable à long terme devrait aller de pair avec des investissements publics élevés et non pas avec l’adoption de mesures d’austérité et antisociales, surtout au préjudice des ménages et de la masse salariale des personnes physiques. En effet, en période de crise, et pour en sortir, les politiques anticycliques et les décisions de maintenir, tout en étant prudent, des investissements élevés en faveur de l’économie, des infrastructures du pays et de la population se sont toujours avérées bénéfiques dans la pratique. Le projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024 affirme d’ailleurs que « les dépenses d’investissements constituent une catégorie de dépenses importante pour leurs effets positifs sur la croissance économique » 64. De plus, il faut impérativement maintenir les investissements publics pour préserver les acquis sociaux, l’État de droit, la sécurité publique et la paix sociale. La politique suivie pour sortir de la crise issue de la pandémie Covid-19 et les différents accords tripartites conclus pendant les années 2022 et 2023 pour soutenir la population face à la crise énergétique ont d’ailleurs montré la nécessité de maintenir des investissements publics élevés, même si la Chambre a toujours estimé que les ambitions affichées par le gouvernement précédent étaient insuffisantes, notamment pour remédier aux inégalités sociales persistantes, et avant tout en matière fiscale. Selon l’accord de coalition, « le gouvernement mandatera l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour réaliser une étude sur la gestion des finances publiques au Luxembourg avec l’objectif de dégager d’une part des pistes permettant de moderniser les pratiques de budgétisation et d’introduire d’autre part une gestion budgétaire par objectifs au Grand-Duché ». La Chambre met en garde contre un tel procédé. En effet, tout d’abord, il est très risqué de mandater un organisme externe ultralibéral qui ne connaît pas du tout les spécificités de l’économie, du régime de la sécurité sociale et des finances publiques du Présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 par le ministre des Finances, 6 mars 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B03-mars%2B06-roth-presentation-budget.html 64 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, page 27 63 - 29 Luxembourg pour demander à celui-ci d’établir des objectifs budgétaires à suivre. L’OCDE émet régulièrement des recommandations pour le Luxembourg sans tenir compte de ces spécificités. Ensuite, le Luxembourg dispose d’administrations de l’État avec du personnel qualifié, qui est parfaitement capable de revoir lui-même la politique budgétaire en cas de nécessité. La Chambre s’oppose à une externalisation des services publics. Parmi les raisons de l’augmentation du déficit public, le CEFN 65 et le STATEC 66 mentionnent aussi, entre autres, les coûts de plus en plus élevés pour le personnel de la fonction publique (notamment du fait des différentes tranches indiciaires échues en 2023 et des mesures d’adaptation du point indiciaire prévues par l’accord salarial du 9 décembre 2022) et les frais de fonctionnement en hausse des administrations. La Chambre signale à ce sujet que la mise en place d’une politique budgétaire durable en vue de gérer les défis actuels et futurs (digitalisation, inflation, sécurité intérieure, défense, changement climatique, protection de l’environnement, transition énergétique, etc.) implique la nécessité d’avoir un État fort qui fonctionne sans problèmes et qui est capable de gérer de manière efficace des services publics de qualité dans l’intérêt de la population. À cette fin, il est donc nécessaire de disposer d’une fonction publique solide et performante. Il en découle que la masse salariale des administrations publiques occupe, et doit occuper, une place importante dans les dépenses publiques. Pour l’exercice 2024, le taux des dépenses pour le fonctionnement de l’État s’élève d’ailleurs à 8% seulement des dépenses publiques totales selon le projet de budget. À noter également dans ce cadre que les obligations européennes et internationales du Luxembourg ne cessent d’augmenter, ce qui engendre nécessairement des coûts supplémentaires pour l’État. L’énonciation faite par le ministre des Finances lors de la présentation du projet de budget et selon laquelle la progression moyenne de +10% par an entre 2019 et 2023 des coûts de fonctionnement de l’État ne serait guère tenable à l’avenir est donc le cas échéant à relativiser, puisque le Luxembourg doit respecter ses engagements au niveau international (en matière de défense par exemple) et engager des frais afférents en cas de nécessité. Finalement, il y a lieu de relever que la part des coûts de l’État dans le PIB au Luxembourg (43,9% pour l’année 2022) est depuis toujours nettement moins élevée que la moyenne de l’Union européenne (49,6%) et que celle des pays de la zone euro (50,5%) 67. CEFN, Ibid. STATEC, Ibid. 67 Eurostat, Principaux agrégats des administrations publiques 2022 (derniers chiffres disponibles), 26 janvier 2024 65 66 - 30 Parts des coûts de l’État dans le PIB 68 La Chambre met en garde contre une réduction des dépenses nécessaires, mettant en cause le bon fonctionnement des services publics, entre autres à travers une diminution des coûts de personnel par une révision de la politique de recrutement dans la fonction publique, qui a été annoncée par le ministre des Finances 69. Elle se distancie à cet égard d’une étude qui a été publiée en juillet 2022 70 par la Chambre de commerce sous la présidence de l’actuel Premier ministre Luc Frieden et qui s’était prononcée pour la restructuration, l’optimisation, la simplification et la digitalisation des administrations publiques, procédés qui permettraient d’épargner à l’horizon 2030 jusqu’à 11 milliards d’euros et 30.000 postes dans la fonction publique (notamment en ne remplaçant pas les agents partant à la retraite), D’après ladite étude, le potentiel d’automatisation des activités des administrations publiques serait de 37%, celui de l’éducation de 26% et celui du domaine social et de la santé de 36%. La Chambre met aussi en garde contre une réduction des coûts de fonctionnement et de maintenance des infrastructures des administrations publiques dans le cadre des mesures d’économie qui ont été annoncées par le ministre des Finances 71. Si une réduction sensée des coûts à des endroits pertinents est parfaitement justifiée, une diminution irrationnelle risque de mettre en cause le bon fonctionnement des services publics. Eurostat, Ibid. Interview avec Monsieur le Ministre des Finances Gilles Roth, RTL - Invité vun der Redaktioun, 22 février 2024, https://www.rtl.lu/radio/invite-vun-der-redaktioun/a/2171090.html 70 Chambre de commerce, Eco News flash 2022/8, Les bénéfices économiques d’une digitalisation accrue du secteur public, juillet 2022, https://www.cc.lu/toute-linformation/publications/detail/eco-news-flash-2022/8-les-benefices-economiquesdune-digitalisation-accrue-du-secteur-public 71 Interview avec Monsieur le Ministre des Finances, Ibid. 68 69 - 31 3. La dette publique Contrairement à l’accord de coalition en vue de la formation d’un nouveau gouvernement pour la période 2018 à 2023, l’accord de coalition 2023-2028 ne prévoit plus de seuil national d’endettement maximal. Le gouvernement précédent s’était en effet donné pour objectif de veiller de façon conséquente à maintenir la dette publique à tout moment au-dessous de 30% du PIB. L’accord de coalition 2023-2028 se limite à énoncer que, « à la lumière et en complément des règles européennes, le gouvernement mettra à jour le cadre budgétaire national avec l’objectif de définir une trajectoire soutenable en termes de dette publique ». Selon les règles européennes, la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. Au 1er mars 2024, la dette publique du Luxembourg s’est présentée comme suit: Caractéristiques de la dette de l’État 72 Ratio dette/PIB: 22,03% (PIB: 83,2 milliards €) Dette publique: 18,503 milliards € (estimation par la Trésorerie de l’État) Dette par habitant: 30.492 € (population: 660.809 habitants) Taux moyen pondéré: 1,754% Durée de vie moyenne: 7 ans et 294 jours Le montant de la dette a constamment augmenté les dernières années, augmentation qui a aussi été soutenue par la hausse des taux d’intérêt depuis juillet 2022. D’après le Comité économique et financier national 73, les intérêts sur la dette, compte tenu des emprunts actuellement en place, devraient augmenter à 171 millions d’euros en 2024, à 307 millions d’euros en 2025, à 461 millions d’euros en 2026 et à 679 millions d’euros en 2027. Malgré le montant élevé de la dette, le ratio d’endettement du Luxembourg (20,74% du PIB) reste à l’heure actuelle, comme par le passé, faible par rapport à celui des autres pays de la zone euro et de l’Union européenne, et largement au-dessous du seuil de 60% du PIB fixé par les règles européennes. Pour le troisième trimestre 2023, Eurostat 74 a confirmé que le ratio d’endettement du Luxembourg (25,7% du PIB à ce moment) était parmi les plus faibles de la zone euro (89,9%) et de l’Union européenne (82,6%). De façon générale, le niveau d’endettement dénote une tendance à la baisse dans l’Union européenne. Trésorerie de l’État, 1er mars 2024, https://tresorerie.public.lu/fr/dette-publique/caracteristiques-dette-etat.html https://tresorerie.public.lu/fr/dette-publique/moyen_long_terme.html 73 CEFN, Note au formateur sur la situation financière de l’État, 16 octobre 2023, https://gouvernement.lu/fr/dossiers/2023/formation-gouvernement-2023.html 74 Eurostat, Euro-indicateur 12/2024, 22 janvier 2024, https://ec.europa.eu/eurostat/web/main/news/euro-indicators 72 - 32 Le niveau d’endettement du Luxembourg peut à première vue apparaître comme énorme, mais celui de nombreux autres pays européens est bien plus élevé. Au troisième trimestre 2023, la Belgique avait par exemple un ratio d’endettement de 108%, la France de 111,9% et l’Italie de 140,6%. Le Luxembourg se trouve aussi parmi ceux des pays de la zone euro et de l’Union européenne qui ont enregistré au troisième trimestre 2023 une baisse significative et supérieure à la moyenne de leur ratio d’endettement par rapport au deuxième trimestre 2023, à savoir -2,6%. Par rapport au troisième trimestre 2022, le Luxembourg avait toutefois enregistré une légère hausse (+1%) de son niveau d’endettement au troisième trimestre 2023. - 33 Il y a aussi lieu de rappeler que le financement des mesures adoptées au Luxembourg pour soutenir la population face aux crises récentes, et notamment des différentes mesures prévues par les accords tripartites des années 2022 et 2023, a contribué pour partie à la hausse de la dette publique. Or, cet endettement a eu pour finalité d’investir dans l’économie nationale et dans l’intérêt des habitants du pays. Il était donc justifié. De plus, il y a lieu de rappeler que les engagements de l’État sont largement contrebalancés, entre autres par des actifs financiers conséquents, par les infrastructures, etc. Ces contreparties anéantissent le montant de la dette. Concernant l’évolution future de la dette publique, le CEFN avait estimé que cette dernière devrait toujours augmenter constamment et atteindre 32,4% du PIB en 2027 (31,9 milliards d’euros), ceci dans l’hypothèse du maintien d’une politique budgétaire inchangée. Source: CEFN, Note au formateur, 16 octobre 2023 Selon le PSC 2023 (publié en avril 2023), le niveau de la dette devrait cependant seulement atteindre 29% du PIB en 2027. Dans le cadre de la présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 75, le ministre des Finances a précisé que la dette publique du Luxembourg devrait passer de 22,2 milliards d’euros (26,5% du PIB) en 2024 à 26,5 milliards d’euros (27,3% du PIB) en 2027. Présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 par le ministre des Finances, 6 mars 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B03-mars%2B06-roth-presentation-budget.html 75 - 34 - Source: Projet de loi relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2023-2027 Toutes les nombreuses hypothèses élaborées quant à l’évolution de la dette par les divers acteurs nationaux et internationaux sont entièrement théoriques et ne reflètent pas la situation réelle, qui varie en effet au jour le jour en fonction de différents facteurs (nécessité d’emprunter pour réagir à une situation imprévue, taux d’intérêt, fluctuations sur les marchés financiers, croissance économique, apparition de situations de crise, etc.). Au vu de cette incertitude, le projet de loi relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2023-2027 (page 533) évoque deux scénarios économiques alternatifs théoriques ayant un impact différent sur les finances et la dette publiques. Le scénario défavorable repose sur l’hypothèse d’un choc négatif et permanent de -0,5 point de pourcentage à la croissance du Luxembourg pendant les années 2024 à 2027. Un tel choc se répercuterait négativement sur les finances publiques et sur la dette, qui augmenterait alors plus rapidement pour passer à 30,3% du PIB en 2027 (contre 27,3% du PIB dans le scénario central). Dans le scénario favorable, un choc positif et permanent du même ordre de grandeur (+0,5 point de pourcentage) est appliqué à la croissance du Luxembourg. Dans ce cas, le ratio d’endettement resterait inférieur à celui du scénario central, la dette publique s’établissant alors à seulement 24,9% du PIB en 2027. À côté de l’objectif de définir une trajectoire soutenable en termes de dette publique, l’accord de coalition 2023-2028 prévoit que le gouvernement envisage de recourir à des formes alternatives de financement à l’endettement pour la réalisation de grands projets d’infrastructures. La Chambre des fonctionnaires et employés publics approuve cette idée destinée à réduire l’endettement public. En effet, même si au Luxembourg le niveau de la dette publique reste faible par comparaison avec celui de la majorité des autres pays européens, il faut rester attentif pour ne pas mettre en cause la bonne situation des finances publiques. Dans certains cas, il pourrait cependant être - 35 indispensable de contracter de nouvelles dettes pour assurer les investissements nécessaires dans les infrastructures publiques. À cette fin, l’article 32 du projet de budget sous avis prévoit une « autorisation d’émission d’emprunts à moyen et long terme » pour pouvoir émettre, en cas de besoin, un ou plusieurs emprunts nouveaux pour un montant total pouvant aller le cas échéant jusqu’à 5 milliards d’euros. Ce montant est prévu, d’après le commentaire de la disposition en question, afin de faire face « au déficit prévisible de l’administration centrale ainsi qu’au besoin de refinancement de la dette à moyen et long terme venant à échéance au cours des années 2024 et 2025, tout en prévoyant une marge pour parer des situations imprévues ». Le commentaire précise par ailleurs que le montant projeté « ne présente aucune indication quant au besoin de financement effectif ou prévisible au cours des exercices en question ». Le 21 février 2024, l’État a d’ailleurs placé « avec succès une émission obligataire de 1,25 milliard d’euros pour étoffer le coussin de liquidités de l’État dans le contexte d’une situation budgétaire qui reste serrée » 76. Comme toujours, la Chambre tient à réitérer la nécessité de ne pas faire peser sur la seule masse salariale le poids des emprunts émis. Concernant les formes alternatives de financement pour les grands projets d’infrastructures, l’accord de coalition 2023-2028 mentionne « des partenariats public-privé » et « des fonds citoyens ». L’accord ne fournit malheureusement pas d’explications sur ce qu’il faut concrètement entendre par ces deux mesures. Dans ce contexte, la Chambre estime que l’État pourrait par exemple favoriser le recours aux emprunts obligataires en mobilisant l’épargne populaire. Elle avait déjà formulé cette proposition dans le passé. L’État pourrait ainsi recourir à des emprunts obligataires ouverts aux investisseurs particuliers pour leur permettre de placer leur épargne dans des titres fiables qui contribueront à financer les investissements publics moyennant à la fois un rendement intéressant pour les obligataires et un coût réduit pour l’État. Vu la mention de « fonds citoyens » par l’accord de coalition, la Chambre tient à rappeler également dans ce cadre sa proposition, qu’elle n’avait cessé de formuler il y a au moins une dizaine d’années déjà, de mettre en place un fonds spécial, qu’elle appelait « fonds national de participation et d’investissement », à travers le regroupement des principales participations de l’État dans de grandes entreprises publiques et privées (le Trésor tire en effet des dividendes importantes de certaines participations étatiques). Dans ce contexte, la Chambre relève que le projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024 projette des recettes publiques de plus de 337 millions d’euros de la part de dividendes provenant des participations étatiques dans le capital de sociétés de droit privé et de droit public, ce qui constitue une augmentation de 106 millions d’euros (+45,8%) par rapport au budget voté pour l’exercice 2023 (231 millions d’euros). Elle se Ministère des Finances, Émission d’un nouvel emprunt obligataire, 21 février 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B02-fevrier%2B21-nouvel-emprunt-oblitataire.html 76 - 36 demande d’où devraient provenir concrètement ces recettes importantes, le projet de budget ne fournissant aucune précision y relative. Contrairement au Fonds souverain intergénérationnel du Luxembourg – qui existe depuis 2015, qui est alimenté par une dotation budgétaire annuelle d’au moins 50 millions d’euros se composant de recettes provenant en partie de la TVA sur le commerce électronique et des accises sur le carburant ou encore d’autres « recettes considérées comme non récurrentes », et qui a pour mission de « réaliser une épargne dont les revenus pourront être utilisés, sous certaines conditions et dans certaines limites, pour contribuer au bien-être des générations futures » 77 – le fonds spécial susmentionné aurait plutôt pour but de permettre au gouvernement de financer des mesures concrètes dans des situations de crise économique par exemple, ayant un impact négatif et conséquent sur les finances publiques. Un tel outil – qui était d’ailleurs aussi proposé par d’autres organismes – disposerait d’actifs financiers importants, par exemple de l’ordre d’une dizaine de milliards d’euros, et aurait dès lors une surface financière appréciable et une crédibilité certaine. Aussi serait-il à tout moment capable de lever rapidement, en cas de besoin, des ressources additionnelles. Muni d’un pareil instrument, le gouvernement pourrait décider d’y recourir dans le cas de chaque intervention jugée requise ou utile, selon les seuls mérites propres de la situation concrète, sans devoir se soucier du refinancement immédiat et sans devoir alourdir à chaque fois le budget de l’État et l’endettement public. Il ne devrait toutefois pas s’agir d’un instrument permettant à des investisseurs privés de s’en dessaisir. L’État devrait à tout moment en avoir le contrôle complet. Il serait en effet primordial de réserver aux seules autorités politiques la décision sur un investissement ou une prise de participation par le biais du fonds. De même, l’État devrait rester en mesure de toujours décider selon le seul intérêt national et selon les implications stratégiques sur le long terme, plutôt que sur la base des perspectives du seul rendement financier ou d’autres considérations du court terme. 4. La programmation budgétaire pluriannuelle: la réforme du Pacte européen de stabilité et de croissance Pour permettre aux États membres de l’Union européenne de limiter les effets négatifs de la pandémie Covid-19 sur les finances publiques, la Commission européenne avait décidé en 2020 d’activer la clause dérogatoire générale des règles essentielles du Pacte de stabilité et de croissance, clause qui permet aux États membres de s’écarter temporairement de la trajectoire d’ajustement (c’est-à-dire des progrès à réaliser) en vue d’atteindre leur objectif budgétaire à moyen terme (OMT) pour les exercices budgétaires visés. Au niveau national, un mécanisme similaire (appelé « clause pour circonstances 77 Article 1er de la loi du 19 décembre 2014 relative à la mise en œuvre du paquet d’avenir - première partie
(2015)- 37 exceptionnelles ») est prévu à l’article 6, paragraphe
(1), de la loi modifiée du 12 juillet 2014 relative à la coordination et à la gouvernance des finances publiques. L’application de cette clause dérogatoire avait été prolongée jusqu’à l’exercice
  1. Suite à une décision du 8 mars 2023 de la Commission européenne, la clause n’est cependant plus applicable à partir de l’exercice 2024, de sorte que tous les États membres, y compris le Luxembourg, doivent de nouveau respecter le cadre strict des règles budgétaires européennes. Les limites d’endettement et les objectifs de croissance imposés par le Pacte de stabilité et de croissance au niveau européen obligent les États membres de l’Union européenne à se cantonner à des projections à court ou moyen terme au détriment des investissements à long terme. Les deux règles essentielles prévues par l’article 126 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) et par le Protocole additionnel n° 12 sur la procédure concernant les déficits excessifs prévoient que le déficit public annuel ne doit pas être supérieur à 3% du PIB et que la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. Ce régime est souvent critiqué, entre autres par les États membres eux-mêmes. En effet, d’abord, les règles du Pacte de stabilité et de croissance sont les mêmes pour tous les États membres et elles ne peuvent donc pas ainsi tenir compte des spécificités budgétaires et économiques de chaque État. Or, chaque pays dispose évidemment d’une économie différente et par conséquent aussi d’un système financier public différent. Ensuite, des investissements publics à long terme sont indispensables au développement durable. Le fait de limiter ceux-ci excessivement au niveau européen ne fait guère de sens et risque de nuire à l’économie européenne dans son ensemble. En outre, en matière d’évaluation de la dette publique, les règles européennes ne tiennent pas compte des contreparties de la dette, c’est-à-dire des éléments qui contrebalancent les engagements des États (comme les actifs financiers). Or, pour pouvoir évaluer correctement l’étendue réelle de la dette publique d’un État, il faut tenir compte des contreparties de celle-ci ainsi que de la capacité de remboursement par cet État. Une dette dépassant 60% du PIB peut en effet être parfaitement soutenable par un pays en fonction de son économie. Les crises récentes ont dévoilé les limites du régime budgétaire européen prévu par le Pacte de stabilité et de croissance, raison pour laquelle la Commission européenne avait décidé d’activer la clause dérogatoire. À noter aussi que les deux limites susmentionnées prévues par le TFUE et le Protocole additionnel n° 12 n’ont pas de justification économique. L’initiative d’introduire une limitation pour le déficit public des États membres vient de l’Allemagne, qui l’a revendiqué dans les années
  2. Les deux plafonds en question (3% et 60%) sont apparemment inspirés de règles budgétaires françaises des années 1980 et ils ont par la suite été introduits dans les textes européens. Cela dit, il est évident qu’il faut disposer de certaines règles européennes budgétaires communes dans le cadre de l’Union économique et monétaire pour garantir le fonctionnement de l’Union européenne et de la zone euro. Il faut toutefois veiller à ne pas - 38 avoir des règles trop restrictives, limitant excessivement les investissements publics et pouvant causer des problèmes pour les économies des États membres. La Chambre des fonctionnaires et employés publics avait déjà noté dans le passé que les règles budgétaires européennes existantes seraient entre autres la cause du retard pris par l’Union européenne, et surtout par la zone euro, pour relancer la croissance. Le Pacte de stabilité et de croissance prévoit des OMT pour les États membres sur la base du PIB et il ne mesure donc que les progrès en matière de développement économique et de réduction des déficits publics, sans tenir compte des critères essentiels au bien-être des citoyens, tels que l’emploi, le niveau de protection sociale, la protection de l’environnement, la répartition des richesses entre les différentes couches sociales, l’efficacité des services publics, etc. Le PIB en soi ne devrait pas être l’objectif ultime et les règles prônées depuis des années dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance (limitation de la dette publique à 60% du PIB, voire à 30% pour le Luxembourg, maintien de la notation AAA, etc.) ne devraient pas empêcher les ambitions politiques d’investir pour l’avenir. Il faudrait réformer le Pacte de stabilité et de croissance en insérant, pour commencer, des dispositions permettant d’exclure les investissements publics du calcul des déficits publics. De telles dispositions permettraient en effet de considérer les investissements dans des infrastructures publiques durables non plus comme une charge pesant sur le budget des États, mais comme une source de productivité future et donc de bien-être pour les générations à venir. Depuis la suspension temporaire des règles du Pacte de stabilité et de croissance, des discussions et travaux ont été menés au sein de différents organes de l’Union européenne pour procéder à une réforme dudit Pacte. Le 26 avril 2023, la Commission européenne a finalement présenté une proposition de réforme en vue d’introduire de nouvelles règles de gouvernance économique visant à renforcer la soutenabilité de la dette publique et à promouvoir une croissance inclusive au moyen de réformes et d’investissements
  3. Le 20 décembre 2023, les ministres des finances de l’Union européenne ont trouvé un accord pour réformer le Pacte de stabilité et de croissance, les trois objectifs principaux étant d’assouplir les règles budgétaires européennes, de garantir le redressement des finances publiques et d’encourager les investissements
  4. Le 10 février 2024, Le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen ont adopté un accord provisoire sur la réforme en question
  5. Le texte provisoirement adopté prévoit plusieurs changements pour la gouvernance économique européenne, et donc pour les règles budgétaires nationales à respecter par les États membres, y compris l’introduction d’une https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/economic-governance-framework/reform/ https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2023/12/21/economic-governance-review-councilagrees-on-reform-of-fiscal-rules/ 80 https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2024/02/10/economic-governance-review-counciland-parliament-strike-deal-on-reform-of-fiscal-rules/ 78 79 - 39 clause dérogatoire propre à chaque pays. Malheureusement, les limites en matière de déficit excessif des États membres (déficit public annuel ne devant pas être supérieur à 3% du PIB et dette publique ne devant pas dépasser 60% du PIB) seront maintenues. La Chambre approuve l’initiative de réformer le Pacte de stabilité et de croissance. L’accord de coalition 2023-2028 mentionne cette réforme et prévoit que le gouvernement « suivra de près les discussions au niveau européen concernant la réforme du cadre actuel de la gouvernance économique de l’Union européenne et des règles budgétaires européennes » et que, « dans ce contexte, le gouvernement défendra le maintien d’une approche préventive ainsi que la mise en œuvre de règles qui tiennent compte des spécificités des États membres ». En outre, ledit accord prévoit « une implication forte des partenaires sociaux dans le cadre du dialogue social national » concernant la politique que le gouvernement mènera dans le contexte du semestre européen. La Chambre relève que cette implication doit être réelle, dans le sens que tous les partenaires doivent être impliqués dès le départ et pouvoir participer aux travaux. De simples réunions d’information ou de consultation pour les organisations représentatives du salariat et du patronat organisées par le gouvernement, comme tel a souvent été le cas jusqu’à présent 81, ne constituent pas une implication, et encore moins une implication que l’on pourrait qualifier de « forte ». Les nouvelles règles projetées dans le cadre de la réforme du Pacte de stabilité et de croissance, qui devront d’abord être négociées définitivement et votées par le Parlement européen, n’entreront pas encore en vigueur en 2024, de sorte que les États membres devront actuellement toujours se conformer aux règles budgétaires existantes. La Chambre estime que, dans l’intérêt des finances publiques des États membres et des citoyens européens, la Commission européenne aurait dû prolonger l’application de la clause dérogatoire générale jusqu’à l’entrée en vigueur des nouvelles règles. Concernant le Luxembourg, le PSC 2023 prévoit que le pays se serait aligné sur l’OMT minimal calculé par la Commission européenne et fixé en 2022 à 0,0% du PIB pour la période 2023-
  6. Pour rappel: l’OMT est déterminé pour chaque pays européen de façon à garantir le respect des objectifs en matière de dette et de déficit publics pour assurer la soutenabilité des finances publiques à moyen terme. Étant donné que la clause dérogatoire générale des règles essentielles du Pacte de stabilité et de croissance ne joue plus pour l’exercice 2024 et au vu de l’évolution projetée des finances publiques, le Conseil national des finances publiques avait mis en garde contre le non-respect des règles budgétaires européennes et nationales pour l’année 2024 (en cas de poursuite d’une politique budgétaire inchangée)
  7. 81 Voir l’avis du 30 avril 2021 du Conseil économique et social sur l’évolution économique, sociale et financière du pays 2021 (Contribution commune des partenaires sociaux nationalement représentatifs au semestre européen 2021) 82 CNFP, Évaluation des finances publiques, juin 2023, https://cnfp.public.lu/fr/evaluations/2023/evaluation-juin2023.html - 40 Le Comité économique et financier national avait aussi estimé que, sur la base des projections à politique inchangée, le Luxembourg ne serait plus conforme aux règles budgétaires actuellement applicables pour la période 2024-
  8. Les soldes structurels projetés (des administrations publiques dans leur ensemble) pour 2024 et 2025 devraient s’élever à respectivement -2,3% et -2,1% du PIB et se situeraient donc largement au-dessous de l’OMT de 0,0% du PIB
  9. Le solde nominal (donc le solde public sans tenir compte des fluctuations liées à la conjoncture économique) des administrations publiques devrait atteindre -2,7% en
  10. Évolution du solde structurel 2021-202776 Le CEFN signale que le Luxembourg risquerait même de franchir la limite de -3% du PIB du déficit public, auquel cas la procédure de déficit excessif prévue par le TFUE serait déclenchée pour le Luxembourg, portant atteinte à sa bonne réputation au niveau international. Le Comité rend toutefois aussi attentif à la réforme actuellement en cours des règles budgétaires européennes, qui pourrait changer la donne. Dans le cadre du semestre européen 2023, le Conseil de l’Union européenne avait émis entre autres les recommandations suivantes pour le Luxembourg pour les années 2023 et 2024 et pour la période postérieure, au vu de la situation économique et de l’état des finances publiques 84: - réduire progressivement les mesures de soutien en vigueur en matière d’énergie d’ici à la fin de 2023 et utiliser les économies ainsi réalisées pour réduire le déficit public; dans le cas où de nouvelles hausses des prix de l’énergie rendraient nécessaires des mesures de soutien, veiller à ce que celles-ci ciblent les ménages et les entreprises vulnérables, soient viables d’un point de vue budgétaire, et préservent les incitations à réduire la consommation d’énergie; 83 CEFN, Note au formateur sur la situation financière de l’État, 16 octobre 2023, https://gouvernement.lu/fr/dossiers/2023/formation-gouvernement-2023.html 84 Recommandation du Conseil de l’Union européenne concernant le programme national de réforme du Luxembourg pour 2023 et portant avis du Conseil sur le programme de stabilité du Luxembourg pour 2023, 24 mai 2023, https://commission.europa.eu/system/files/2023-05/COM_2023_616_1_FR.PDF - 41 - adopter une politique budgétaire prudente, notamment en limitant à un maximum de 4,8% l’augmentation nominale des dépenses primaires nettes financées au niveau national en 2024; - préserver les investissements publics financés au niveau national et garantir l’absorption effective des subventions de la facilité pour la reprise et la résilience et d’autres fonds de l’Union européenne, en particulier pour favoriser les transitions écologique et numérique; - pour la période postérieure à 2024, continuer de suivre une stratégie budgétaire à moyen terme d’assainissement progressif et durable, associée à des investissements et à des réformes propices à une plus grande croissance durable, afin de parvenir à une position budgétaire à moyen terme prudente. Le PSC 2023 avait énoncé que le Luxembourg continuerait sa politique d’investissement ambitieuse dépassant à tout moment 4,2% du PIB et que, en même temps, la croissance des dépenses courantes serait contenue afin d’assurer des finances publiques soutenables à moyen terme. Pour l’exercice 2024, le projet de loi budgétaire sous avis prévoit effectivement des investissements correspondant à 4,4% du PIB. Le projet de loi relative à la programmation financière pluriannuelle projette des dépenses d’investissement dépassant chaque année 4% du PIB sur toute la période 2024 à
  11. Pour mettre en œuvre les recommandations européennes au niveau national, le Luxembourg devra, concernant sa politique budgétaire, respecter les règles du Pacte de stabilité et de croissance (sans pouvoir recourir à la clause dérogatoire) et anticiper déjà l’application future des nouvelles règles adoptées par l’Union européenne dans le cadre de la réforme dudit pacte. Selon le projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024, la politique budgétaire du Luxembourg respectera le cadre budgétaire européen applicable en 2024 ainsi que les recommandations émises par le Conseil de l’Union européenne dans le cadre du semestre européen
  12. Ainsi, les chiffres projetés dans le cadre de la programmation budgétaire sur la base des règles européennes dénotent un solde structurel de +0,5% du PIB en 2023 et de 0,0% du PIB en
  13. L’OMT du Luxembourg (0,0% du PIB) sera donc de nouveau atteint et les exigences budgétaires européennes seront remplies entièrement pour
  14. Les chiffres projetés sur la base des règles de la comptabilité nationale respecteront également l’OMT. D’après le projet de loi relative à la programmation financière pluriannuelle pour la période 2023-2027, il en sera de même pour les années à venir (jusqu’à 2027), sous réserve des futures règles nouvelles du Pacte de stabilité et de croissance. - 42 - III. Le projet de budget de l’État pour l’exercice 2024
  15. Les orientations de la politique budgétaire pour 2024 et au-delà Selon le projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, la programmation budgétaire pour 2024 et les années subséquentes « s’inscrit dans un contexte de relance économique pour inspirer confiance aux citoyens et aux entreprises et poser les jalons pour construire le Luxembourg de demain », tout en visant à maintenir la solidité financière du Luxembourg
  16. L’accord de coalition 2023-2028 énonce que la politique budgétaire de relance économique englobe notamment: - le soutien des ménages par des mesures supplémentaires en termes de pouvoir d’achat; le maintien des investissements publics à un niveau élevé afin de répondre aux défis actuels et futurs liés à l’évolution démographique et à la double transition durable et digitale; des mesures visant à renforcer la compétitivité de l’économie en général et de la place financière en particulier; la création d’un cadre favorable à une construction de logements mieux adaptée à la demande. D’après le Ministère des Finances 86, les quatre grandes lignes budgétaires pour l’exercice 2024 sont les suivantes: - soutenir le pouvoir d’achat des citoyens; renforcer la compétitivité du tissu économique; investir dans l’attractivité du pays et sa cohésion sociale; agir pour contrer la crise dans le secteur du logement et de la construction. Le projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024 ne comprend cependant pas de grandes innovations. En effet, étant donné que la première année budgétaire de la législature a déjà commencé, le budget pour cette année « constitue à de nombreux égards un budget transitoire », qui ne couvre qu’une période de huit mois et qui repose pour partie encore sur des travaux préparatoires réalisés pendant la législature précédente. Il s’inscrit donc ainsi en quelque sorte dans la continuité du budget de l’année passée. Néanmoins, selon le ministre des Finances, le projet de loi marque aussi un tournant puisqu’il comporte déjà des orientations en matière budgétaire pour la politique à suivre au cours des prochaines années, « en mettant en œuvre une première série des 85 Projet de loi concernant le budget des recettes et des dépenses de l’État pour l’exercice 2024, Exposé des motifs, page 17 86 Présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 par le ministre des Finances, 6 mars 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B03-mars%2B06-roth-presentation-budget.html - 43 priorités politiques et en dressant les perspectives de sortie de crise ». Les mesures afférentes concernent notamment la lutte contre l’inflation et l’allègement des charges (fiscales) pour les personnes physiques (adaptation du barème de l’impôt sur le revenu à hauteur de quatre tranches indiciaires avec effet au 1er janvier 2024) et pour les entreprises (compensation de la troisième tranche indiciaire échue en 2023), ainsi que la lutte contre la crise du logement par plusieurs dispositions concrètes (prévues entre autres par le projet de loi n° 8353 portant introduction d’un paquet de mesures en vue de la relance du marché du logement, dont les coûts afférents sont budgétisés à travers le projet de loi sous avis). Pour atteindre les buts de la politique budgétaire affichée par le gouvernement, celuici entend maintenir les investissements publics à un niveau élevé. À côté des mesures susvisées, les investissements concernent par ailleurs notamment la mise en œuvre de la transition énergétique, le développement des infrastructures dans le domaine de la mobilité, l’engagement en faveur de la solidarité internationale, l’augmentation des participations et aides de l’État en matière familiale, de la sécurité sociale et de l’emploi, ainsi que le maintien d’un service public de qualité aux citoyens, y compris le renforcement et la modernisation de la fonction publique à travers la digitalisation. Selon l’exposé des motifs y joint, le projet de budget comporte dès lors une dimension sociale forte. Les investissements publics projetés pour les différentes mesures se chiffrent à environ 4 milliards d’euros pour l’année
  17. La Chambre des fonctionnaires et employés publics approuve les ambitions et orientations politiques annoncées en vue de maintenir des investissements publics élevés au cours des prochaines années, malgré la situation déficitaire des finances publiques (voir à cet égard aussi les observations formulées ci-avant sub II. «
  18. La situation financière » et «
  19. La durabilité des finances publiques »). Elle apprécie que le gouvernement n’ait pas prévu de mesures d’austérité au détriment de la population. Il est en effet essentiel de soutenir la population et la progression durable des infrastructures du pays, surtout face aux crises actuelles. Dans cet ordre d’idées, le projet de budget aurait pu aller plus loin de l’avis de la Chambre, notamment par l’adoption de certaines mesures fiscales en faveur des ménages vulnérables (voir à ce sujet les remarques ciaprès sub IV.
  20. « a) Considérations générales sur l’imposition des personnes physiques »).
  21. Les mesures prioritaires du projet de budget L’accent du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 est mis sur les domaines suivants: le logement, la mobilité, l’environnement, la digitalisation, la fiscalité, le soutien à l’économie, l’énergie, la défense, l’éducation, l’enfance et la jeunesse, l’emploi, la politique en matière familiale, d’inclusion, de vivre-ensemble interculturel et d’accueil, la sécurité sociale, la sécurité civile et la solidarité internationale. - 44 Si la Chambre des fonctionnaires et employés publics soutient l’investissement dans chacun de ces domaines, qui ont tous leur importance, elle se limite à présenter cidessous certaines remarques quant à ceux des domaines qui appellent de sa part des considérations plus particulières pour l’exercice budgétaire
  22. Le projet de loi budgétaire se réfère à maints endroits à l’accord de coalition 20232028 pour des mesures que le gouvernement se propose de mettre en œuvre au cours de la législature actuelle. La Chambre renvoie dès lors par ailleurs au chapitre « IV. Réflexions sur le programme gouvernemental » ci-après, où elle présente des observations plus fondamentales sur de nombreuses mesures qui sont également mentionnées dans le cadre du projet de loi budgétaire. a) Logement Selon le projet de loi budgétaire, le logement constitue une priorité absolue du gouvernement, les crédits afférents s’élevant à 363,9 millions d’euros pour l’exercice
  23. Par ailleurs, les mesures fiscales et l’adaptation des aides individuelles au logement prévues par le projet de loi n° 8353 portant introduction d’un paquet de mesures en vue de la relance du marché du logement, ainsi que le programme d’acquisition par l’État de projets de construction en l’état futur d’achèvement se chiffrent à 845 millions d’euros pour la période 2024 à
  24. Concernant ce dernier programme, selon lequel l’État s’est engagé à acquérir 800 (!) logements pour 480 millions d’euros sur la période 2024 à 2027 (en plus des 170 logements déjà achetés pour 110 millions d’euros), la Chambre se montre réticente. Elle renvoie sur ce point aux observations formulées ci-dessous sub IV. «
  25. Logement ». b) Mobilité Le projet de budget procède à l’augmentation, parfois conséquente, des crédits des postes budgétaires destinés à la mobilité, notamment pour le développement des réseaux de transport public (transport public routier, réseau ferré, transport scolaire, extension du réseau du tramway, etc.) et de transport de marchandises (transports fluviaux et par rail). - 45 - Source: Ministère des Finances, De Budget 2024, https://budget.public.lu/lb.html La Chambre s’étonne que le projet de budget ne mentionne pas le développement du réseau de transport routier (les dépenses pour l’entretien et la réparation mises à part), entre autres en vue de l’amélioration du trafic routier. L’accord de coalition 2023-2028 prévoit toutefois plusieurs mesures à ce sujet, comme par exemple « la construction de routes de contournement, (qui) sera accélérée dans la mesure du possible et planifiée de manière cohérente aux endroits les plus chargés », ou encore l’élargissement à trois voies par sens de circulation des autoroutes les plus fréquentées et la mise à quatre voies de la Route du Nord N7 aux endroits où cela est possible (après analyse). De tels projets vont engendrer des coûts importants pour l’État. Dans le cadre de la présentation du projet de budget 87, le ministre des Finances a au moins mentionné que de nombreuses personnes n’ont pas d’autre choix que de recourir à leur voiture personnelle au quotidien, de sorte que le financement de certains projets de travaux routiers serait poursuivi en
  26. Le projet de budget mentionne par ailleurs le renforcement de la lutte contre l’insécurité routière comme l’une des préoccupations majeures en matière de politique des transports menée par le gouvernement. La Chambre constate que le poste budgétaire relatif à la sécurité routière ne comprend toutefois pas de crédits séparés y affectés. Si la Chambre soutient a priori les mesures pour renforcer la sécurité routière, qui comportent des mesures de prévention et de sensibilisation, mais aussi des mesures de répression des infractions au Code de la route, elle met cependant en garde contre la mise Présentation du projet de budget de l’État pour l’exercice 2024 par le ministre des Finances, 6 mars 2024, https://mfin.gouvernement.lu/fr/actualites.gouvernement%2Bfr%2Bactualites%2Btoutes_actualites%2Bcommuniques%2B2024%2B03-mars%2B06-roth-presentation-budget.html 87 - 46 en place de mesures contreproductives, ayant pour seul but de remplir les caisses de l’État. c) Environnement Source: Ministère des Finances, De Budget 2024, https://budget.public.lu/lb.html La Chambre est a priori favorable aux quatre lignes budgétaires en matière environnementale prévues pour 2024, à savoir la lutte contre la perte de la biodiversité dans le cadre de la protection de la nature, la gestion durable des ressources (gestion des déchets), la protection de l’environnement à travers l’action climat et le plan d’action zéro pollution. Elle signale que toutes les mesures prises dans ce cadre doivent être rationnelles, justifiées d’un point de vue scientifique et trouver le support de la population. Pour le reste, elle renvoie aux remarques présentées ci-après sub IV. «
  27. Environnement ». d) Fiscalité Le projet de budget pour l’exercice 2024 ne comporte pas de mesures concrètes en matière d’impôts directs et il ne procède donc pas à la modification de la législation afférente. Selon l’exposé des motifs accompagnant le projet de loi, « le gouvernement continuera à mettre en œuvre une politique fiscale visant à (…) augmenter le pouvoir d’achat des ménages ». Il est cependant étonnant que le même exposé des motifs précise immédiatement à la phrase suivante que le projet de loi introduit une nouvelle taxation de certains produits - 47 et qu’il augmente par ailleurs les taxes sur d’autres produits. Concrètement, l’article 3 du projet de loi prévoit en effet une hausse importante des droits d’accise sur le tabac (de 25 à 35 euros par kilogramme, soit une augmentation de 40%) et sur l’alcool éthylique utilisé entre autres dans les boissons alcoolisées (de 818,0486 à 900 euros par hectolitre d’alcool à 100 pour cent volume, soit une augmentation de 10%). Les droits d’accise sur l’alcool n’ont d’ailleurs pas été adaptés depuis
  28. De plus, le texte introduit des droits d’accise sur les produits assimilés aux tabacs manufacturés, produits qui ne sont pas encore soumis à une telle taxe à l’heure actuelle. La Chambre comprend que les modifications en question s’inscrivent dans le cadre de la protection de la santé de la population (argument du moins utilisé à l’exposé des motifs pour justifier l’introduction de la nouvelle taxation sur les produits assimilés aux tabacs manufacturés, alors que le dossier ne fournit aucune justification pour la hausse des droits d’accise sur les tabacs et l’alcool), ce qu’elle approuve. Néanmoins, toute augmentation des impôts indirects a évidemment aussi des conséquences sur le pouvoir d’achat des consommateurs concernés. Le projet de loi mentionne par ailleurs l’augmentation de la taxe CO2, qui a un effet conséquent sur le pouvoir d’achat des ménages, notamment du fait qu’elle est neutralisée dans le calcul de l’indice des prix servant de base à l’indexation des salaires. À cet égard, la Chambre renvoie aux remarques formulées ci-après sub IV.
  29. « a) Considérations générales sur l’imposition des personnes physiques ». e) Éducation, enfance et jeunesse Selon l’exposé des motifs joint au projet de loi budgétaire (page 43), l’année 2024 serait une année de transition pour le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse, puisque certaines réformes entamées vers la fin de la législature précédente ne devraient peser sur le budget de l’État que dans les années subséquentes. En même temps, la Chambre prend note, tout en ne s’y opposant pas, que le projet de budget prévoit néanmoins des dépenses courantes pour ledit Ministère qui se chiffrent à 4 milliards d’euros pour l’exercice 2024, ce qui est une augmentation de plus de 13% par rapport au budget voté pour l’exercice
  30. Les crédits en question seront principalement affectés aux priorités déterminées par le gouvernement pour l’année 2024, qui sont la digitalisation dans le domaine de l’éducation, le développement de l’aide à l’enfance à travers la future législation nouvelle sur la protection de la jeunesse et le renforcement de la qualité de l’éducation non formelle. Au commentaire du budget des dépenses (page 78), il est par ailleurs précisé que l’inclusion scolaire est l’une des priorités majeures, notamment pour l’accès des enfants à l’offre éducative non formelle. Si la Chambre soutient ces affirmations, elle espère que l’éducation formelle, aussi importante, ne sera pas négligée pendant l’année courante. - 48 f) Politique en matière familiale et sociale Pour l’exercice 2024, le projet de budget prévoit des crédits destinés aux mesures de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (mesures en faveur des personnes démunies, handicapées, âgées, sans emploi, réfugiées, etc.) à hauteur de 47% des investissements totaux. Source: Ministère des Finances, De Budget 2024, https ://budget.public.lu/lb.html La Chambre soutient entièrement toutes les mesures en question. Il serait désastreux pour le Luxembourg si l’État économisait dans les domaines familial et social au détriment des personnes vulnérables. Face à la situation de crise actuelle (inflation, prix de l’énergie, contexte géopolitique international, etc.), la Chambre rappelle que le gouvernement doit veiller à réagir en cas de nécessité pour soutenir la population par des mesures sociales et financières supplémentaires, en y impliquant étroitement les partenaires concernés dans le cadre du dialogue social.
  31. Le budget des dépenses pour la fonction publique L’article 5 du projet de loi budgétaire pour l’exercice 2024 prévoit la création de maximum 1.320 nouveaux postes auprès de l’État (tant pour les services administratifs que pour les différents ordres d’enseignement), hormis le recrutement supplémentaire pour des postes spécifiques et hormis le remplacement de titulaires de postes devenant vacants (par exemple en cas de départ à la retraite). Parmi les postes spécifiques susvisés figurent notamment les postes occupés sous le régime de l’employé de l’État par des personnes qui ont une nationalité autre que celle d’un État membre de l’Union européenne et qui ne doivent pas satisfaire à la condition - 49 de connaissance des trois langues administratives du Luxembourg (article 6 du projet de loi). Le recrutement sous ce régime dérogatoire est entre autres prévu dans le domaine de l’enseignement. La Chambre rappelle que le personnel enseignant (de même que le personnel psycho-social, etc.) non luxembourgeois doit avoir la connaissance des trois langues officielles du Luxembourg. Cela vaut également pour les écoles internationales, qui sont en effet des institutions publiques au même titre que les autres écoles et lycées publics. La communication entre partenaires scolaires ne pourra guère fonctionner si un membre du personnel ne parle que le français ou l’allemand par exemple. En outre, la Chambre rappelle que le recrutement du personnel doit se faire prioritairement sous le statut du fonctionnaire, avec toutes les conditions applicables à ce statut, et que l’engagement de « tiers » doit être strictement limité au minimum, aux cas de nécessité absolue. Cela vaut d’ailleurs non seulement pour le domaine de l’enseignement, mais de façon générale pour toute la fonction publique. Selon l’article 6 du texte sous avis, le recrutement sous le régime dérogatoire est aussi prévu auprès d’« autres services » (20 postes), sans que le dossier fournisse toutefois des précisions quant aux administrations concernées. Le comment

Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.