CETATEXT000035841002 J0_L_2017_10_000001602497 CETAT texte/juri/admin/CETA/TEXT/00/00/35/84/10/CETATEXT000035841002.xml Texte CAA de VERSAILLES, 4ème chambre, 17/10/2017, 16VE02497, Inédit au recueil Lebon 2017-10-17 CAA de VERSAILLES 16VE02497 4ème chambre excès de pouvoir C M. BROTONS CABINET F&B ASSOCIES Mme Céline GUIBÉ Mme ORIO Vu la procédure suivante : Procédure contentieuse antérieure : M. E...F...a demandé au Tribunal administratif de Versailles d'annuler les arrêtés du 20 juin 2016, par lesquels la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE a décidé sa remise aux autorités hongroises pour l'examen de sa demande d'asile et son assignation à résidence. Par un jugement n° 1604398 du 24 juin 2016, le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Versailles a fait droit à la demande de M. F...et annulé ces arrêtés. Procédure devant la Cour : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 août et 21 décembre 2016, la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE demande à la Cour d'annuler ce jugement et de rejeter la demande de M. F... présentée devant le Tribunal administratif de Versailles. Elle soutient que : - c'est à tort que le tribunal administratif a retenu l'existence de défaillances systémiques en Hongrie lors de l'examen des demandes d'asile ; - le signataire des arrêtés contestés avait régulièrement reçu délégation à cette fin ; - l'arrêté ordonnant son transfert vers la Hongrie est suffisamment motivé ; - le caractère contradictoire de la procédure a été respecté ; - M. F...s'est vu remettre le 23 novembre 2015 une brochure où figure une information complète relative aux empreintes digitales et à leur utilisation ; - les arrêtés attaqués sont conformes aux dispositions législatives et aux conventions internationales en vigueur en particulier aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au règlement (UE) n° 604-2013 et au règlement CE 1560-2003 modifié. ..................................................................................................................... Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ; - la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; - le règlement (UE) n°343/2003 du Parlement européen et du Conseil du 18 février 2003 ; - le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; - le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code des relations entre le public et l'administration ; - la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; - le code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de Mme Besson-Ledey a été entendu au cours de l'audience publique. 1. Considérant que M.F..., ressortissant de la République démocratique du Congo né le 30 mars 1982, est entré en Hongrie le 4 août 2015 puis en France pour y déposer le 10 décembre 2015 une demande d'admission au séjour au titre de l'asile ; que la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE a adressé aux autorités hongroises, le 14 janvier 2016, une demande de prise en charge qui a été implicitement acceptée ; que ce préfet a dès lors, par deux arrêtés du 20 juin 2016, respectivement ordonné le transfert de l'intéressé vers la Hongrie et son assignation à résidence dans le département de l'Essonne pour une durée de 45 jours ; que M. F... a demandé l'annulation de ces deux arrêtés au Tribunal administratif de Versailles ; que, par un jugement du 24 juin 2016 dont la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE relève appel, le magistrat désigné par le président de ce tribunal a fait droit à la demande de Yeni Luseke et annulé les arrêtés litigieux ; 2. Considérant, d'une part, qu'aux termes de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. (...) Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. " ; qu'aux termes de l'article L. 742-3 du même code : " (...) l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. (...) " ; 3. Considérant, d'autre part, qu'aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " ; qu'aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " (....) Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable " ; 4. Considérant qu'il résulte des dispositions citées aux points 2. et 3. que, si un État membre de l'Union européenne appliquant le règlement dit " Dublin III " est présumé respecter ses obligations découlant de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, cette présomption est susceptible d'être renversée en cas de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre en cause, exposant ceux-ci à un risque de traitement inhumain ou dégradant prohibé par les stipulations de ce même article ; qu'en application des dispositions précitées du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, il appartient au juge administratif de rechercher si, à la date d'édiction de la décision litigieuse et eu égard aux éléments produits devant lui et se rapportant à la procédure d'asile appliquée dans l'Etat membre initialement désigné comme responsable au sens de ces dispositions, il existait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de remise aux autorités de ce même Etat membre du demandeur d'asile, ce dernier n'aurait pu bénéficier d'un examen effectif de sa demande d'asile, notamment en raison d'un refus opposé à tout enregistrement des demandes d'asile ou d'une incapacité structurelle à mettre en oeuvre les règles afférentes à la procédure d'asile, ou si la situation générale du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans ce même Etat était telle qu'un renvoi à destination de ce pays aurait exposé l'intéressé, de ce seul fait, à un risque de traitement prohibé par l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; 5. Considérant, d'une part, que M. F...s'est prévalu devant le premier juge, au soutien de son moyen tiré de l'existence de défaillances systémiques en Hongrie, de l'ouverture en 2015 par la Commission européenne d'une procédure d'infraction à l'encontre de ce pays, notamment fondée sur le motif tiré de ce que les demandeurs d'asile ne pouvaient pas présenter, à l'appui d'un recours, des faits et circonstances nouveaux, le droit d'exercer un recours effectif devant un tribunal impartial étant ainsi méconnu ; qu'il a également fait valoir, en se référant notamment aux observations du commissaire européen aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe en date du 17 décembre 2015 ainsi qu'à des rapports établis par le Haut Commissariat pour les Réfugiés et par diverses organisations non gouvernementales qu'une loi hongroise, entrée en vigueur en juin 2016, autorise le renvoi immédiat en Serbie des migrants retrouvés sur le territoire hongrois à moins de 8 kilomètres de la frontière serbe, sans que soient prises en compte les demandes d'asile qu'ils pourraient éventuellement présenter ; qu'il a enfin fait valoir, en s'appuyant sur les mêmes rapports, que les conditions de détention dans les zones de transit situées le long de la frontière entre la Hongrie et la Serbie avaient un caractère inhumain et dégradant ; que, toutefois, ainsi que le relève la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE à l'appui de son appel, la procédure engagée au sujet de la Hongrie par la Commission européenne n'a pas donné lieu à ce stade à l'ouverture d'une procédure contentieuse devant la Cour de justice de l'Union européenne ; que les conditions appliquées aux migrants interpellés sur le territoire hongrois à proximité immédiate de la frontière serbe sont distinctes de celles qui sont appliquées aux demandeurs d'asile qui, à l'instar de M.F..., sont renvoyés en Hongrie depuis un autre Etat membre de l'Union européenne en application du règlement dit " Dublin III " ; que les positions adoptées vis-à-vis des autorités hongroises par les gouvernements de divers Etats membres de l'Union européenne, ainsi que les critiques soulevées par M. G...à l'encontre du caractère restrictif de la législation applicable en Hongrie en matière d'asile et des conditions d'accueil que ce pays réserve aux demandeurs d'asile ne sont pas, à elles seules, de nature à renverser la présomption mentionnée au point 4. , faute de manifester soit un refus qu'opposeraient les autorités hongroises à tout enregistrement des demandes d'asile, soit une incapacité structurelle de ces mêmes autorités d'examiner effectivement ces demandes, en méconnaissance de la convention de Genève de 1951 ; 6. Considérant, d'autre part, que M. F...n'apporte aucun justificatif relatif aux conditions de son séjour en Hongrie susceptible d'établir qu'il serait personnellement exposé, en cas de transfert vers ce pays, à un risque de traitement prohibé par l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; que s'il soutient avoir à titre personnel fait l'objet de traitements inhumains ou dégradants de la part de la police hongroise, il ne verse au débat aucun élément susceptible de venir au soutien de ses allégations ; 7. Considérant qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 5. et 6. que les éléments avancés par M. F...ne sont pas de nature à faire naître de sérieuses raisons de croire qu'existeraient dans la procédure d'asile susceptible de lui être appliquée en Hongrie des défaillances systémiques, au sens du 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 mentionné ci-dessus, de nature à renverser la présomption mentionnée au point 4. ; que, par suite, la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE est fondée à soutenir que c'est à tort que le premier juge s'est fondé sur l'existence de défaillances systémiques en Hongrie et la violation en conséquence de l'article 3 du règlement UE 604/2013 du Parlement européen et du Conseil pour annuler les arrêtés litigieux ; 8. Considérant, toutefois, qu'il appartient à la Cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. F...devant le tribunal administratif ; Quant à la légalité de la décision de transfert : 9. Considérant que, par un arrêté n° 2016-PREF-MCP-023 du 17 mai 2016, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne du même jour, la PRÉFÈTE DE L'ESSONNE a donné délégation à Mme A...C..., chef du bureau de l'éloignement du territoire, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la signature des arrêtés de réadmission, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D...B..., directrice de l'immigration et de l'intégration, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée ; que, par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de transfert ne peut qu'être écarté ; 10. Considérant, qu'aux termes de l'article 1er de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 dont les dispositions sont désormais codifiées à l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques (...) ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. (...) " ; 11. Considérant que l'arrêté portant décision de transfert de M. F...aux autorités hongroises vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951, le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment son article L. 742-3 et mentionne que l'intéressé, entré irrégulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être muni des documents exigés par les textes en vigueur, que les autorités hongroises ont accepté implicitement la reprise en charge de la demande d'asile de l'intéressé, que cette décision ne porte pas d'atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale et que l'intéressé n'établit pas de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile ; que l'arrêté en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, par suite, suffisamment motivé ; 12. Considérant qu'aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: /
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