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17BX02918

CETATEXT000036253184 J3_L_2017_12_000001702918 CETAT texte/juri/admin/CETA/TEXT/00/00/36/25/31/CETATEXT000036253184.xml Texte Cour administrative d'appel de Bordeaux, 3ème chambre (formation à 3), 21/12/2017, 17BX02918, Inédit au recueil Lebon 2017-12-21 Cour administrative d'appel de Bordeaux 17BX02918 3ème chambre (formation à 3) plein contentieux C M. DE MALAFOSSE SCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON Mme Marie-Pierre BEUVE-DUPUY M. de la TAILLE LOLAINVILLE Vu la procédure suivante : Procédure contentieuse antérieure : Mme D...E...épouse C...a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 31 mai 2017 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 1701478 du 27 juillet 2017, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Procédure devant la cour : Par une requête enregistrée le 25 août 2017, MmeC..., représentée par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande à la cour : 1°) d'annuler ce jugement du 27 juillet 2017 du tribunal administratif de Poitiers ; 2°) d'annuler ledit arrêté ; 3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, à titre subsidiaire une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de l'arrêt à intervenir, et à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; 4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et donner acte à la SCP Breillat-Dieumegard-Masson de ce qu'elle s'engage à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, et en cas de refus de l'aide juridictionnelle, de mettre cette même somme à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - l'arrêté du 31 mai 2017 a été adopté par une autorité incompétente dès lors que la délégation de signature dont dispose le secrétaire général est extrêmement large ; En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour : - cette décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; aucun des éléments particuliers de sa situation personnelle n'y est en outre mentionné ; - le préfet de la Vienne a commis une erreur de droit en n'examinant pas d'office si sa situation personnelle ne lui permettait pas d'être admise au séjour sur un autre fondement qu'en qualité de réfugié ; - le préfet a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en effet, elle ne vit pas en situation de polygamie en France et sa présence ne présente pas une menace pour l'ordre public ; elle justifie d'une durée de séjour d'une année sur le territoire français durant lequel elle a commencé à s'intégrer ; elle ne dispose plus d'aucune attache familiale en Arménie ; elle est la mère d'un enfant mineur scolarisé en France qui est titulaire du brevet des collèges et admis à intégrer une classe de première au Lycée pilote innovant international de Jaunay Clan pour l'année en cours ; En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : - l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour entraîne l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; - cette décision viole son droit au respect de sa vie privée et familiale pour les motifs déjà exposés à l'encontre du refus de titre de séjour ; - cette décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant puisque cette mesure d'éloignement aura pour conséquence de priver son enfant de sa présence en France à ses côtés ; En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi : - elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle est fondée ; - cette décision est insuffisamment motivée ; elle ne précise pas si l'éloignement présenterait un risque pour sa santé et sa sécurité et si son retour serait source de traitements inhumains et dégradants ; - l'appréciation portée par l'autorité administrative quant à une éventuelle absence de traitement inhumain et dégradant en cas d'éloignement est manifestement erronée et viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle craint en effet pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine où son époux a fait l'objet de nombreuses menaces et a subi des violences physiques comme l'attestent les éléments médicaux fournis. Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2017, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé. Par une ordonnance du 31 octobre 2017, la clôture d'instruction a été reportée au 17 novembre 2017 à 12h

  1. Mme C...a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre
  2. Vu : - les autres pièces du dossier ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ; - le code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit :
  3. MmeC..., ressortissante arménienne née le 15 juin 1974, est entrée en France le 15 avril 2016 accompagnée de M. H...C..., le père de son époux. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 31 octobre 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 avril
  4. Par un arrêté du 31 mai 2017, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C...relève appel du jugement n°1701478 du 27 juillet 2017 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Sur la légalité de l'arrêté pris dans son ensemble :
  5. A l'appui du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige, Mme C... ne se prévaut devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges. Sur la légalité du refus de titre de séjour :
  6. Saisi d'une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si le demandeur est susceptible de se voir délivrer une autorisation de séjour à un autre titre. Sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif qui sont ceux de la décision administrative attaquée. En revanche, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir. Il en va, par exemple, ainsi si la décision de refus de titre de séjour a pour motif que le demandeur n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit ou que le refus ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.
  7. Il ressort en premier lieu des pièces du dossier que Mme C...a saisi le préfet de la Vienne d'une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire. Il ressort également de la rédaction de l'arrêté attaqué que ladite autorité s'est bornée à rejeter cette demande en tirant les conséquences du rejet de la demande d'asile formulée par l'intéressée, sans examiner d'office si elle était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur un autre fondement. Dès lors, les moyens invoqués à l'appui de la contestation du refus de séjour litigieux, tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont inopérants.
  8. En deuxième lieu, et contrairement à ce que soutient MmeC..., saisi d'une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire, le préfet de la Vienne n'était pas tenu d'examiner d'office si la requérante était susceptible de se voir délivrer une autorisation de séjour à un autre titre.
  9. Enfin, compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 4 et 5, le refus de séjour attaqué, qui mentionne le rejet définitif de la demande d'asile de MmeC..., comporte les éléments de fait qui en constituent le fondement. Au demeurant, et contrairement à ce qui est soutenu par l'appelante, au stade de l'examen de la compatibilité d'une mesure d'éloignement avec les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté mentionne de manière suffisamment circonstanciée les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme C...en indiquant que les membres de sa famille résidant en France font eux aussi l'objet de mesures d'éloignement. Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
  10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas privée de base légale.
  11. En deuxième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "
  12. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /
  13. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
  14. Mme C...soutient qu'elle ne vit pas en situation de polygamie en France, que sa présence ne présente pas une menace pour l'ordre public, qu'elle justifie d'une durée de séjour d'une année sur le territoire durant laquelle elle a commencé à s'intégrer. Elle affirme que son fils, B..., âgé de 17 ans à la date de l'arrêté, poursuit avec succès une scolarité en France depuis deux ans, est titulaire du brevet des collèges et était inscrit en classe de seconde au Lycée pilote innovant international de Jaunay Clan à la date de la mesure querellée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C...est entrée récemment en France, ne s'y est maintenue que le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile et qu'elle n'y justifie d'aucune intégration particulière. En outre, l'intéressée n'établit pas qu'elle ne pourrait, avec son fils et son époux, qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, reconstituer sa cellule familiale en Arménie, où il n'est ni allégué ni établi que le jeuneB..., qui n'a quitté son pays d'origine qu'à l'âge de 15 ans, ne pourrait poursuivre sa scolarité. Enfin, si la requérante soutient être dépourvue d'attaches familiales en Arménie, il ressort des pièces du dossier que les demandes d'asile présentées par son beau-père, M. H...C..., et sa belle-mère, Mme A...G...épouseC..., ont été définitivement rejetées, que ces derniers font également l'objet de mesures d'éloignement et que leurs recours contre ces mesures ont été rejetés par des arrêts de la cour de ce jour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale fondé sur les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
  15. Pour les mêmes motifs que ceux ci-dessus énoncés, Mme C...n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
  16. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
  17. La décision contestée vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que le requérant ne démontre pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ladite convention en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut être qu'écarté.
  18. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". MmeC..., qui produit seulement deux " fiches pays " sur l'Arménie, élaborées par les gouvernements suisse et belge, prodiguant des conseils de sécurité aux voyageurs souhaitant se rendre dans ce pays, et qui se borne à faire valoir sans aucune précision que son époux et elle-même ont subi des violences et menaces en Arménie, n'établit pas être exposée dans son pays d'origine à des traitements personnels et actuels contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
  19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C...n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. DECIDE : Article 1er : La requête de Mme C...est rejetée. Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D...E...épouse C...et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée pour information au préfet de la Vienne. Délibéré après l'audience du 30 novembre 2017 à laquelle siégeaient : M. Aymard de Malafosse, président, M. Laurent Pouget, président-assesseur, Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, premier conseiller, Lu en audience publique, le 21 décembre
  20. Le rapporteur, Marie-Pierre BEUVE DUPUYLe président, Aymard de MALAFOSSELe greffier, Christophe PELLETIER La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt. 6 N° 17BX02918 335-01 Étrangers. Séjour des étrangers. 335-03 Étrangers. Obligation de quitter le territoire français (OQTF) et reconduite à la frontière.

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