Vu la procédure suivante : 1° Sous le n° 439883, par une requête, enregistrée le 31 mars 2020 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, le Conseil national des barreaux, la Conférence des bâtonniers, l'Ordre des avocats au barreau de Paris, l'Association des avocats conseils d'entreprises, la Confédération nationale des avocats et la Fédération des unions de jeunes avocats demandent au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'article 9 et des articles 13 à 19 de l'ordonnance n° 2020-304 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables aux juridictions de l'ordre judiciaire statuant en matière non pénale. Ils soutiennent que : - la condition d'urgence est remplie eu égard, en premier lieu, au risque d'erreurs dans des matières sensibles et notamment en matière de mesures d'assistance éducative, en deuxième lieu, à l'absence de contrôle portant sur l'usage éventuellement abusif des ordonnances de tri, en troisième lieu, à la privation de la possibilité pour les requérants de régulariser la procédure avant que le juge statue et, en dernier lieu, au caractère injustifié d'une dérogation au principe du contradictoire ; - il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au principe du contradictoire, aux droits de la défense et à l'égalité des citoyens devant la justice dès lors que, en premier lieu, le mécanisme de la procédure de tri est étranger à la procédure civile, en deuxième lieu, il ne relève pas de la compétence du juge civil des référés de trancher une question de fond se rattachant à la recevabilité de l'action introduite, en troisième lieu, le juge civil des référés ne saurait prononcer l'irrecevabilité d'un référé sans être tenu par le principe du contradictoire ; en quatrième lieu, l'ordonnance du juge civil des référés, qui bénéficie de l'autorité provisoire de la chose jugée, fait obstacle à une nouvelle saisine du juge des référés si la situation factuelle ou le contenu de la demande n'a pas évolué et, en cinquième lieu, l'ordonnance contestée du 25 mars 2019 permet le prolongement d'une mesure d'assistance éducative sans audition de l'enfant ou de l'avocat chargé de le représenter ; - il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un recours effectif dès lors que, en premier lieu, la possibilité pour le juge civil des référés de rendre une ordonnance non motivée fait obstacle à ce que les requérants puissent s'assurer de l'examen de leurs moyens et, en second lieu, les voies de recours contre les ordonnances de tri ou les mesures d'assistance éducative ne permettront pas de réparer les préjudices éventuellement causés ; - l'ordonnance contestée du 25 mars 2019 méconnaît l'habilitation octroyée au Gouvernement par la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 dès lors que, en premier lieu, l'organisation d'un débat contradictoire, qui permet aux parties de faire valoir leurs arguments et d'exprimer leurs points de vue, ne contribue en aucune manière à la propagation du covid-19 et, en second lieu, l'ordonnance supprime totalement les modalités d'organisation du contradictoire en transposant à la procédure civile les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2020, la garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête. Elle soutient qu'aucune des conditions fixées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est remplie. La requête a été communiquée au Premier ministre qui n'a pas produit d'observations. 2° Sous le n° 439892, par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 1er et 9 avril 2020 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature demandent au juge des référés du Conseil d'Etat, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : 1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des articles 4, 9, 13, 14, 18, 19 et 21 de l'ordonnance n° 2020-304 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables aux juridictions de l'ordre judiciaire statuant en matière non pénale ; 2°) d'ordonner la suspension du recours à l'audience par voie audiovisuelle ou électronique prévue par l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-304 du 25 mars 2020, sauf si son principe et ses modalités recueillent l'accord des parties ou s'il est justifié par l'impossibilité d'avoir recours à une audience physique et par l'urgence à statuer sans attendre le terme de l'état d'urgence sanitaire ; 3°) d'ordonner la suspension du recours à la procédure écrite sans audience prévue par l'article 8 de l'ordonnance n° 2020-304 du 25 mars 2020, sauf si, au cours des débats, son principe recueille l'accord des parties ou s'il est justifié par l'impossibilité d'avoir recours à une audience physique ou dématérialisée et par l'urgence à statuer sans attendre le terme de l'état d'urgence sanitaire. Ils soutiennent que : - ils justifient d'un intérêt à agir ; - le Conseil d'Etat est compétent pour connaître de leur requête en premier et dernier ressort ; - la condition d'urgence est remplie eu égard au caractère immédiatement applicable des dispositions contestées ; - il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux droits de la défense, au droit à un recours effectif, au droit à mener une vie familiale normale et à l'intérêt supérieur de l'enfant d'être entendu dans les procédures le concernant ; - il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux droits de la défense dès lors que, en premier lieu, l'article 4 de l'ordonnance contestée du 25 mars 2020 permet aux juridictions d'aviser les parties du renvoi d'une audience ou d'une audition par lettre simple ou par tout moyen sans avoir à s'assurer de la bonne réception de cette information, en deuxième lieu, l'article 8 de l'ordonnance contestée permet au juge d'aviser les parties par tout moyen et de sa décision de recourir à une procédure purement écrite sans audience sans avoir à s'assurer de la réception de cette information susceptible d'intervenir après la clôture de l'instruction, en troisième lieu, les parties sont dans l'impossibilité de contester le recours à une procédure purement écrite sans audience, en quatrième lieu, l'article 7 de l'ordonnance contestée permet au juge de décider que l'audience se tiendra en utilisant un moyen de télécommunication audiovisuelle ou, à défaut, de décider d'entendre les parties et leurs avocats par tout moyen de communication électronique sans que celles-ci puissent s'y opposer et, en cinquième lieu, l'article 9 de l'ordonnance contestée permet au juge des référés de recourir aux ordonnances de tri ; - l'article 14 de l'ordonnance contestée méconnaît le droit à un procès équitable et le principe de l'égalité des armes dès lors qu'il permet le renouvellement d'une mesure d'assistance éducative après audition du département auquel l'enfant a été confié et de l'accord écrit d'un seul des parents ; - les articles 13 et 18 de l'ordonnance méconnaissent les droits de la défense et le principe du contradictoire dès lors qu'ils permettent au juge de lever ou de proroger une mesure d'assistance éducative sans audience et sans recueil des observations des parties ; - les articles 19 et 21 de l'ordonnance méconnaissent le principe du contradictoire dès lors qu'ils permettent au juge de modifier ou de suspendre le droit de visite et d'hébergement par ordonnance motivée sans audience, sans communication du dossier ni recueil des observations des parties ; - l'ensemble des dispositions du chapitre III de l'ordonnance contestée méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant d'être entendu dès lors que ces dispositions ne prévoient pas d'auditionner l'enfant au sujet des mesures le concernant. Par un mémoire enregistré le 8 avril 2020, la garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête. Elle soutient qu'aucune des conditions fixées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est remplie. La requête a été communiquée au Premier ministre qui n'a pas produit d'observations. Après avoir convoqué à une audience publique, d'une part, le Conseil national des barreaux, la Conférence des bâtonniers, l'Ordre des avocats au barreau de Paris, l'Association des avocats conseils d'entreprises, la Confédération nationale des avocats, la Fédération des unions de jeunes avocats, le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature, d'autre part, le Premier ministre et la garde des sceaux, ministre de la justice ; Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2020 à 11 heures 30 : - Me Hannotin, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, avocat des requérants de la requête n° 439883 ; - le représentant des requérants de la requête n° 439883 ; - Me Meier, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, avocat des requérants de la requête n° 439892 ; - les représentants des requérants de la requête n° 439892 ; - les représentants de la garde des sceaux, ministre de la justice ; à l'issue de cette audience, le juge des référés a reporté la clôture de l'instruction au 9 avril à 18 heures ; Vu les autres pièces des dossiers ; Vu : - la Constitution ; - la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; - le code civil ; - le code de procédure civile ; - le code de la santé publique ; - la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ; - le code de justice administrative ; Considérant ce qui suit : 1. Les requêtes du Syndicat des avocats de France et autre et du Conseil national des barreaux et autres soulèvent des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance. 2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Sur les circonstances : 3. L'émergence d'un nouveau coronavirus (covid-19), de caractère pathogène et particulièrement contagieux, et sa propagation sur le territoire français ont conduit le ministre des solidarités et de la santé à prendre, par plusieurs arrêtés à compter du 4 mars 2020, des mesures sur le fondement des dispositions de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique. En particulier, par un arrêté du 14 mars 2020, un grand nombre d'établissements recevant du public ont été fermés au public, les rassemblements de plus de 100 personnes ont été interdits et l'accueil des enfants dans les établissements les recevant et des élèves et étudiants dans les établissements scolaires et universitaires a été suspendu. Puis, par un décret du 16 mars 2020 motivé par les circonstances exceptionnelles découlant de l'épidémie de covid-19, modifié par décret du 19 mars, le Premier ministre a interdit le déplacement de toute personne hors de son domicile, sous réserve d'exceptions limitativement énumérées et devant être dûment justifiées, à compter du 17 mars à 12h, sans préjudice de mesures plus strictes susceptibles d'être ordonnées par le représentant de l'Etat dans le département. Le ministre des solidarités et de la santé a pris des mesures complémentaires par des arrêtés des 17, 19, 20, 21 mars 2020. 4. Par l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19, a été déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois sur l'ensemble du territoire national. Par un nouveau décret du 23 mars 2020 pris sur le fondement de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique issu de la loi du 23 mars 2020, le Premier ministre a réitéré les mesures qu'il avait précédemment ordonnées tout en leur apportant des précisions ou restrictions complémentaires. Leurs effets ont été prolongés par décret du 27 mars 2020. 5. L'article 11 de la même loi du 23 mars 2020 a habilité le Gouvernement, pendant trois mois, à prendre par ordonnances, dans les conditions prévues à l'article 38 de la Constitution, toute mesure relevant du domaine de la loi afin de faire face aux conséquences de la propagation de l'épidémie de covid-19, que ce soit en matière économique, financière et sociale, en matière administrative ou juridictionnelle, pour ce qui concerne le financement des établissements de santé, pour la garde des jeunes enfants des parents dont l'activité professionnelle est maintenue sur leur lieu de travail, pour assurer la continuité de l'accompagnement et la protection des personnes en situation de handicap et des personnes âgées, pour assurer la continuité des droits des assurés sociaux et leur accès aux soins et aux droits, pour assurer la continuité de l'indemnisation des victimes et pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions locales et de l'exercice de leurs compétences. Sur la demande en référé : 6. En particulier, le Gouvernement a été autorisé, en vertu du 2° du I de l'article 11 de la loi du 23 mars 2020, " afin de faire face aux conséquences, notamment de nature administrative ou juridictionnelle, de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation " à prendre toute mesure, pouvant entrer en vigueur, si nécessaire, à compter du 12 mars 2020, relevant du domaine de la loi "
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.