CETATEXT000051022571 J_L_2025_01_00023TL00013 CETAT texte/juri/admin/CETA/TEXT/00/00/51/02/25/CETATEXT000051022571.xml Texte CAA de TOULOUSE, 2ème chambre, 21/01/2025, 23TL00013, Inédit au recueil Lebon 2025-01-21 CAA de TOULOUSE 23TL00013 2ème chambre plein contentieux C Mme Geslan-Demaret CABINET D'AVOCAT RAFFAILLAC Mme Helene Bentolila Mme Torelli Vu la procédure suivante : Procédure contentieuse antérieure : M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Bordeaux de condamner l'Etat à lui verser la somme de 200 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison du dysfonctionnement du service public de la justice et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par un jugement n°2026314 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier, auquel ce dossier a été attribué par une ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, a rejeté sa demande. Procédure devant la cour : Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2023, M. B... A..., représenté par Me Rafaillac, demande à la cour : 1°) de réformer ce jugement du tribunal administratif de Montpellier du 8 novembre 2022 ; 2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 200 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du dysfonctionnement du service public de la justice ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 8 000 euros au titre de l'article 8-1 du code des tribunaux et cours administratives d'appel. Il soutient que : - par une décision du 10 mai 2016, le maire de Biganos lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans ; par un jugement n°1602948 du 30 décembre 2016, devenu définitif, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cette décision au motif qu'elle était insuffisamment motivée ; en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, le maire de Biganos a de nouveau pris à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans le 9 janvier 2017 ; il a saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'une demande d'exécution du jugement n°1602948 du 30 décembre 2016, par laquelle il a demandé sa réintégration, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; en refusant de faire droit à cette demande d'exécution et en procédant au classement administratif de sa demande d'exécution, le tribunal administratif de Bordeaux a entériné une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par la commune de Biganos ; le droit à un procès équitable, le respect de l'autorité de la chose jugée, le principe de sécurité juridique, le droit à l'égalité des armes ont été méconnus ; sa demande d'exécution du jugement du 30 décembre 2016 était motivée par la notification de la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, qui avait pourtant été annulée par ce jugement ; il a subi une discrimination en sa qualité de justiciable et un abus de droit ; ce dysfonctionnement du service public de la justice constitue une faute lourde de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; - en raison du refus d'exécuter le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 30 décembre 2016, au mois de janvier 2019, il a sollicité le bénéfice d'un mi-temps thérapeutique et le responsable des ressources humaines de la commune de Biganos a fait interdiction à son secrétariat de transmettre au comité médical sa demande ; le 11 avril 2019, le responsable des ressources humaines lui a interdit de reprendre son emploi sans justifier d'une quelconque délégation de compétence ; le 27 juin 2019, ce même agent l'a agressé dans les locaux de la municipalité en le menaçant de le révoquer, de sorte qu'il a dû déposer plainte ; - ce dysfonctionnement grave du service public de la justice a également eu d'importantes conséquences sur son état de santé ; il s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral, de sorte qu'il doit bénéficier d'horaires aménagés et ne peut plus travailler à plein temps, ce qui a une incidence sur ses droits à la retraite ; il n'a pas cotisé pour ses droits à la retraite pendant les deux années au cours desquelles il a été suspendu de ses fonctions ; il est dans un état dépressif lourd et fait l'objet d'un suivi psychologique ; il présente un trouble de la mémoire ; cela aura pour conséquence de déséquilibrer son diabète, de sorte qu'il doit depuis lors supporter une pompe à insuline et a dû être hospitalisé du 24 au 26 août 2015, le 19 septembre 2016, le 27 février 2018 et le 13 septembre 2018 ; il présente une hypoglycémie à l'effort l'ayant contraint à réduire de façon importante son activité au domicile ; il souffre d'hypoglycémies nocturnes et diurnes ; il fait également l'objet d'un suivi neurologique et cardiologique et présente un risque cardio-vasculaire significatif ; est apparue une gêne sensitive du membre inférieur droit sur la face externe de la jambe et du pied ; il a fait l'objet d'un congé de longue maladie jusqu'au 10 avril 2019 et a été pris en charge par l'assurance maladie depuis l'effectivité de la sanction disciplinaire dont il a fait l'objet ; il est inscrit à Pôle Emploi, sa couverture sociale ayant expiré le 12 avril 2020 ; il a été contraint de déposer un recours contentieux et une plainte pénale pour que le comportement abusif de la commune de Biganos soit sanctionné ; cette situation aurait été évitée si le tribunal administratif de Bordeaux avait fait exécuter son jugement du 30 décembre 2016 ; il n'a pas perçu de rémunération en mars 2019 et pendant 10 jours au mois d'avril suivant ; la commune de Biganos a procédé à la saisie administrative à tiers détenteur de prétendus salaires indus, qui ne lui avaient pourtant pas été versés. Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que : - le classement administratif de la demande de M. A... tendant à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 30 décembre 2016 constitue une décision administrative, que M. A... pouvait contester devant le tribunal administratif dans un délai d'un mois à compter de sa notification, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative ; lorsque le président du tribunal administratif de Bordeaux a entrepris des démarches auprès de la commune de Biganos en vue d'assurer l'exécution du jugement du 30 décembre 2016, il n'a pas agi dans le cadre de sa fonction juridictionnelle ; - en tout état de cause, le classement de sa demande d'exécution était justifié, de sorte qu'aucune faute lourde n'est caractérisée ; sa réintégration effective était impossible dès lors que le maire de Biganos a pris à son encontre une nouvelle décision du 9 janvier 2017 portant sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, qui devait prendre effet à l'expiration de son congé de maladie ; la décision de sanction du 10 mai 2016 n'ayant été annulée qu'en raison de son insuffisance de motivation, le maire pouvait légalement reprendre une nouvelle décision de sanction disciplinaire ; de plus, M. A... ne pouvait faire l'objet d'une réintégration juridique rétroactive dès lors que la décision du 10 mai 2016, qui précisait qu'elle n'entrerait en vigueur qu'à l'expiration de son congé de maladie, n'a reçu aucun commencement d'exécution ; il appartenait à M. A..., s'il s'y croyait fondé, de former un recours contentieux contre la décision du maire de Biganos du 9 janvier 2017 ; - M. A... n'établit pas le lien de causalité entre le classement de sa demande d'exécution du jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 30 décembre 2016 et les préjudices dont il demande réparation. Par une ordonnance du 17 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2024 à 12 heures. Vu les autres pièces du dossier. Vu le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de Mme Hélène Bentolila, conseillère, - et les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique. Considérant ce qui suit :
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.