CAA de NANTES, 5ème chambre, 25NT02934
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... D... et Mme C... D... ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer à Mme D... un visa d'entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale.
Par un jugement n° 2402528 du 15 juillet 2025, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2025, M. B... A... et Mme C... D..., représentés par Me Danet, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 15 juillet 2025 ;
2°) d'annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. et Mme D... soutiennent que :
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2026, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme D... ne sont pas fondés et se réfère à son mémoire de première instance dont il produit une copie.
Mme D... a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Dubost a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. " Aux termes de l'article L. 561-5 dudit code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs.
Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial d'un conjoint ou des enfants d'une personne bénéficiaire de la protection subsidiaire ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien matrimonial entre les époux ou du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
Si l'enregistrement de ce mariage par les autorités civiles n'est intervenu qu'à une date postérieure à la reconnaissance par M. D... de la qualité de réfugié, cet acte est toutefois de nature à établir la célébration du mariage antérieurement à l'introduction de la demande d'asile de l'intéressé, le 24 novembre 2018. Enfin, la circonstance que le directeur général de l'OFPRA n'a pas dressé de certificat de mariage, en estimant de manière erronée qu'à la date de l'union Mme D... était âgée de moins de seize ans, n'est pas par elle-même de nature à remettre en cause la réalité du lien matrimonial. Dans ces conditions, en estimant que l'identité de la demandeuse de visa et son lien matrimonial avec M.
D... n'étaient pas établis, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
Sur les frais liés au litige :
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2402528 du 15 juillet 2025 du tribunal administratif de Nantes est annulé.
Article 2 : La décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté la demande de visa d'entrée et de long séjour en France présentée pour Mme C... D... est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme C... D... un visa d'entrée et de long séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'État versera à Me Danet une somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C... D..., à M. B... A... D... et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2026.
La rapporteure, A.-M. DUBOST La présidente, S. RIMEULa présidente, C. BUFFETLe greffier, C. GOY La greffière, K. BOURON La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 N° 25NT02934