JURITEXT000006935051 JAX1999X01XCAX0000063691 JURI texte/juri/judi/JURI/TEXT/00/00/06/93/50/JURITEXT000006935051.xml Cour d'appel de Caen, du 5 janvier 1999, 963691 1999-01-05 Cour d'appel de Caen 963691 CAEN Pour un plus ample exposé des éléments de la cause et des prétentions des parties, la Cour fait référence au jugement dont appel et aux écritures échangées. l -Sur l'obligation contractée par C... Quand bien même les "conditions générales" du contrat acceptées par l'expéditeur n'en font pas directement mention, l'engagement de la société C... comporte assurément, outre la réalisation de l'acheminement lui-même, le respect de délais précis de livraison. En effet, sur l'enveloppe prépayée dite TED 250 qu'elle vend à l'expéditeur pour réaliser son envoi, il est précisé au verso à côté des mentions à remplir par ce dernier, en caractères colorés parfaitement apparents, que "C... livre en un temps record documents et marchandises. ..Les délais les plus courts: en France, J + 1 avant 12 heures, tout envoi enlevé ou déposé la veille est livré à domicile le lendemain avant midi n'importe où en France. ..", et au recto en caractères larges "Délais garantis", mentions reprises dans les documents publicitaires de la société C... Alors que la notion de temps prend une importance considérable dans le monde dit des affaires, l'obligation de la société C..., qui est un spécialiste du transport rapide et s'affiche comme tel, obligation de célérité mais aussi de la fiabilité qui en est le complément nécessaire, également exprimée dans lesdits documents publicitaires, s'analyse en une obligation essentielle, contrepartie du surcoût payé par l'expéditeur par rapport à un envoi effectué par les services normaux de la Poste. Le respect du délai ainsi fixé constitue non pas une simple obligation de moyens mais une incontestable obligation de résultat dont le manquement engage la responsabilité de la société C..., sauf à elle à prouver que le retard serait dû à une cause qui lui est le débat porte sur la valeur de la clause de limitation de responsabilité figurant dans les conditions générales du contrat, reprise en petits caractères sur l'enveloppe sus-évoquée, et au dos du bordereau d'expédition et rédigée en ces termes: "C... s'engage à déployer tous ses efforts pour livrer ses clients dans les délais. Leur non-respect n'oblige C... qu'à rembourser le prix du transport, si le préjudice est justifié." Les parties discutent, dans un ordre différent, des moyens tirés de la faute lourde et de l'absence de cause. L'absence de cause est un moyen qui s'attache à la formation du contrat. La faute lourde est un moyen qui s'attache à l'exécution du contrat. Il convient logiquement d'examiner d'abord ce qui a trait à la formation du contrat puis, le cas échéant, ce qui concerne plus spécialement son exécution. II -Sur l'absence de cause Le contrat passé entre les parties est synallagmatique et l'obligation de chacune trouve sa cause dans l'obligation, envisagée par elle comme devant être exécutée, de l'autre contractant, et, aux termes de l'article 1131 du Code civil, l'obligation sans cause ne peut avoir aucun effet. Ainsi, la cause de l'engagement de la société B..., concrétisé par le paiement d'un prix plus élevé que pour un envoi ordinaire, se trouve dans l'obligation de respect des délais annoncés et de fiabilité du transporteur rapide, obligation essentielle à défaut de laquelle cet expéditeur n'aurait pas contracté. Le contrat doit être analysé dans toutes ses dimensions et, alors même que cet examen se situe au niveau de sa formation, doivent être prises en compte les clauses applicables en cas d'inexécution en ce qu'elles sont de nature à modifier de manière importante les engagements réciproques des parties contractantes. Or, la clause limitative de responsabilité en cas de retard, qui équivaut quasiment à une clause exonératoire de responsabilité en ce qu'elle retire tout caractère contraignant à l'exécution du contrat et réduit l'indemnisation du préjudice au seul prix du transport, fait perdre toute portée et toute valeur à l'obligation essentielle sus définie, anéantissant par là-même la cause de l'engagement de la société B.... L'équilibre voulu par les parties entre leurs obligations réciproques est de ce fait rompu au détriment de l'expéditeur et au profit du transporteur qui se voit ainsi pratiquement exonéré de toute responsabilité en cas de retard. Sans qu'il y ait lieu à annulation du contrat, ladite clause doit être réputée non écrite, redonnant ainsi tout effet, au sens de l'article 1131 précité, à l'obligation essentielle de la société C... cause de l'obligation remplie par la société B.... III -Sur la faute lourde La clause limitative de responsabilité dont objet étant réputée non écrite sur le fondement de l'absence de cause, il n'y a plus lieu à rechercher si une faute lourde a été commise par la société C... dans l'exécution du contrat. IV -Sur les conséquences du caractère non écrit de la clause limitative de responsabilité Le contrat type messagerie, qui comporte en son article 15 une limitation de l'indemnisation au prix du transport en cas de préjudice prouvé résultant d'un dépassement du délai d'acheminement du fait du transporteur, n'a vocation à s'appliquer, à titre subsidiaire, qu'à défaut, comme le précise son article premier, de convention écrite définissant les rapports entre les parties. Or, en l'espèce, le contrat comporte une obligation particulière de garantie de délai et de fiabilité, comme exposé plus haut, qui rend inapplicables les dispositions du droit commun de transport, et notamment celles du contrat type messagerie. La clause limitative de responsabilité étant déclarée non écrite, la société C... doit indemniser la société B... du préjudice par elle subi à raison des retards non contestés, étant précisé que le transporteur n'invoque ni ne démontre de cause de ces retards qui lui soit extérieure, retards dont la véritable origine demeure inconnue. V -Sur le montant du préjudice Un troisième retard a été constaté le 10 novembre 1992, après le jugement du Tribunal de commerce. Bien qu'il se soit produit dans des circonstances identiques aux deux retards qui sont à l'origine de la présente procédure, il s'agit d'un fait indépendant qui fonde une nouvelle prétention, laquelle doit, aux termes des dispositions de l'article 564 du Nouveau Code de Procédure Civile, être déclarée irrecevable, comme le demande la société C.... Le manquement de celle-ci à son obligation a fait perdre à deux reprises à la société B... la possibilité de participer à des adjudications organisées par l'O... les 23 janvier et 15 mai
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.