JURITEXT000007071442 CXRXAX2005X04X0VX00003X000 JURI texte/juri/judi/JURI/TEXT/00/00/07/07/14/JURITEXT000007071442.xml ARRET Cour de Cassation, Commission de révision, du 11 avril 2005, 01-REV-065, Publié au bulletin 2005-04-11 Cour de cassation Saisine de la Cour de révision 01-REV-065 Bulletin criminel 2005 COMREV N° 3 p. 5 COMMISSION_REVISION Cour d'assises du Finistère, 1924-11-04 1924-11-04 Président : Mme Anzani Avocat général : M. Launay. Avocats : Me Baudelot, Me Bredin. Rapporteur : Mme Anzani. SAISINE DE LA COUR DE REVISION sur la demande présentée le 30 mars 2001 par Madame la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, tendant à la révision de la condamnation à la peine de travaux forcés à perpétuité prononcée le 4 novembre 1924 par la cour d'assises du Finistère contre Guillaume X... pour meurtre et faux en écriture privée. LA COMMISSION DE REVISION, Vu la demande susvisée ; Vu les articles 622 et suivants du Code de procédure pénale ; I. - FAITS ET PROCÉDURE : Le vendredi 25 mai 1923, Guillaume X..., maître de scierie à Morlaix, et Pierre Y..., conseiller général du canton de Sizun, négociant en bois à Landerneau, quittaient Rennes pour se rendre à Paris avec une voiture Cadillac appartenant à Guillaume X... dans le but de traiter une affaire d'achat et de revente de voitures et camions américains d'occasion. Guillaume X... était de retour, seul, à Morlaix, le lundi 28 mai 1923. Quant à Pierre Y..., il ne réapparaîtra plus, et son corps ne sera jamais retrouvé. Sa famille, qui commença à s'inquiéter dès le 29 mai, allait recevoir un télégramme signé Y... et posté du Havre, le 13 juin annonçant : " Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours tout va pour le mieux. " Par ailleurs, le 20 juin, au Havre, dans la salle d'attente de 3e classe de la gare SNCF, était trouvée une valise contenant des effets et des papiers appartenant à Pierre Y..., et, notamment, une promesse de vente datée du 22 mai 1923 dans laquelle Pierre Y... s'engageait à vendre à Guillaume X... une propriété sise à Plourivo au prix de 35 000 francs. Cette découverte déterminait, le 22 juin 1923, l'ouverture d'une information contre X pour disparition suspecte. Guillaume X... sera entendu pour la première fois, en son domicile, le 26 juin 1923, par le commissaire C... de la 13e brigade de Rennes, puis, une seconde fois, le 28 juin 1923, par le commissaire V... attaché au contrôle général des services de recherches judiciaires à Paris, auquel il remettait un exemplaire de la promesse de vente du 22 mai. Le 30 juin 1923, un réquisitoire supplétif était délivré contre Guillaume X... et tous autres pour assassinat et faux. A l'issue de l'information, Guillaume X... était renvoyé devant la cour d'assises du Finistère pour avoir : 1° " Sur le territoire français du 25 au 26 mai 1923, volontairement donné la mort à Y... (Pierre). " Et ce, avec préméditation et guet-apens. 2° " Sur le territoire français, dans le courant du mois de juin 1923, commis un faux en écritures privées, en fabriquant ou faisant fabriquer frauduleusement un acte sous seings privés en date à Brest du 22 mai 1923, aux termes duquel Y... (Pierre), était censé lui consentir, moyennant une somme de 35 000 francs, une promesse de vente d'une propriété dite "Traounez", située commune de Plourivo (Côtes-du-Nord) et en y apposant ou faisant apposer frauduleusement la fausse signature de Y.... " Crimes prévus et punis par les articles 295, 296, 297, 298, 302, 150 et 164 du Code pénal ". L'acte d'accusation avait retenu contre lui les charges suivantes : 1° Le but du voyage à Paris n'était qu'une invention de Guillaume X..., le dénommé Ch... ou Sc..., avec lequel ils avaient soi-disant rendez-vous, n'existant pas. 2° Pierre Y... n'a pas quitté Guillaume X... le 25 mai, à la gare de Houdan, pour se rendre à Paris par le train. 3° Le télégramme expédié le 13 juin 1923 du Havre, sous le nom de Pierre Y..., pour rassurer la famille de celui-ci est un faux, fabriqué par Guillaume X..., qui a également acheté, ce jour-là, au Havre, une machine à écrire avec laquelle seront dactylographiés et antidatés les deux exemplaires de la promesse de vente. 4° Guillaume X... est retourné au Havre le 20 juin 1923 pour déposer la valise de Pierre Y... dans laquelle sera découvert un des exemplaires de la promesse de vente. 5° Les deux promesses de vente sont des faux qui ont été tapés à l'aide de la machine découverte et saisie chez Guillaume X... le 6 juillet 1923, et dont certaines mentions manuscrites ont été calquées sur l'écriture de Pierre Y..., et d'autres sont de la main de Guillaume X... lui-même. 6° Selon l'acte d'accusation, le mobile du crime était de s'approprier à bon compte la propriété de Pierre Y... et également les sommes d'argent emportées par celui-ci ainsi que celles qu'il devait toucher à son arrivée à Paris. Guillaume X... a comparu devant la cour d'assises du Finistère le 24 octobre 1924. Les débats se poursuivirent jusqu'au 4 novembre 1924. Les questions suivantes furent posées au jury : 1) Question principale : X... Joseph Marie, accusé, est-il coupable d'avoir, sur le territoire français, du 25 au 26 mai 1923, volontairement donné la mort à Y... Pierre ? Réponse : Oui, à la majorité. 2) Circonstances aggravantes : L'accusé X... Joseph Marie a-t-il agi : 1° Avec préméditation ? 2° Avec guet-apens ? A la question de préméditation, le jury répondit " non " tandis qu'il répondait " oui à la majorité " à la question de guet-apens. Ces réponses étant inconciliables, le jury fut renvoyé dans la salle de délibération et revint avec la réponse définitive qui était " non " aux questions de préméditation et de guet-apens. 3) Question principale : X... Joseph Marie, accusé, est-il coupable d'avoir, sur le territoire français, dans le courant du mois de juin 1923, commis un faux en écriture privée, en fabriquant ou faisant fabriquer frauduleusement un acte sous seings privés en date à Landerneau du 22 mai 1923, aux termes duquel Y... Pierre était censé lui souscrire, moyennant la somme de 35 000 francs, une promesse de vente d'une propriété dite Traounez, située sur la commune de Plourivo (Côtes-du-Nord) et en y apposant ou faisant apposer frauduleusement la fausse signature Y... d'où il pouvait résulter un préjudice pour autrui ? Réponse : Oui à la majorité. L'accusé, ayant été déclaré coupable par les jurés, a été condamné par la Cour à la peine des travaux forcés à perpétuité. Puis la Cour a rendu deux arrêts par lesquels elle a, d'une part, condamné Guillaume X... à payer à Louis Y... la somme de 1 franc à titre de dommages-intérêts et, d'autre part, " déclaré nulle et de nul effet la promesse de vente sous signature privée du domaine de Traounez en Plourivo paraissant consentie à Landerneau par Pierre Y... à Joseph X..., moyennant le prix de 35 000 francs ". Par décret du 14 août 1938, la peine fut commuée en celle de vingt ans de travaux forcés. Guillaume X... fut libéré le 14 mai 1947 et revint en métropole le 1er juillet 1947. Il est décédé le 13 février 1954. Depuis 1926, des demandes de révision ont été formées par le condamné puis par sa famille et ont donné lieu à douze examens suivis de douze rejets successifs par la Chancellerie, qui avait été saisie sous l'empire des textes antérieurs à la loi du 23 juin 1989. Seule, la décision du 7 juillet 1949 a été prise après consultation et sur avis conforme de la Commission de révision des procès criminels et correctionnels. Une treizième requête, qui avait été adressée au ministre de la Justice, le 9 juin 1977, par Marie-Jeanne X..., fille du condamné, a été transmise à la Commission de révision nouvellement créée en octobre 1989 ; la Commission a rejeté cette requête, par décision du 28 juin 1996. La présente demande de révision a été présentée le 30 mars 2001 par Madame la ministre de la Justice. II. - LA DEMANDE DE REVISION : La demande fait valoir que la Chancellerie a instruit chacune des nombreuses requêtes en révision et " n'a repoussé a priori aucun argument y compris celui consistant à trouver suspecte la surabondance même des preuves réunies contre Guillaume X... et à en déduire que l'on se trouvait en présence d'une machination policière ". Pour justifier la révision, sont invoqués la découverte de la personnalité de Boudjema B... ainsi que ses liens possibles avec l'inspecteur Pierre B., qui seraient des éléments nouveaux de nature à rendre " crédible que celui-ci ait pu à lui seul élaborer certaines charges retenues contre X... ". 1) La découverte de la personnalité de Boudjema B... : Il convient de rappeler que, dès 1926, un dénommé Boudjema B... a été identifié comme susceptible d'être " l'Américain prénommé Charly " désigné par Guillaume X... comme étant l'homme avec lequel Pierre Y... avait rendez-vous, le 26 mai, à Paris. Cet homme a été entendu le 21 juin 1926 ; il a déclaré reconnaître Pierre Y... sur photo ; il a précisé avoir rencontré ce dernier courant 1922-1923, sur le camp du Champ-de-Mars, où étaient exposées, pour la vente, de nombreuses voitures américaines, lui avoir remis sa carte professionnelle, et l'avoir même aidé à remettre en place une roue de sa voiture ; toutefois, Boudjema B... situait ces rencontres avec Pierre Y... avant le 1er avril 1923 et ne confirmait donc pas le rendez-vous du 26 mai. La demande de révision, qui avait été formée dès le 6 avril 1926, en raison de la découverte de cet individu, sera rejetée le 7 décembre 1926 avant que Guillaume X... n'embarque pour la Guyane. Boudjema B... sera réentendu le 13 janvier 1956, dans le cadre d'une autre demande de révision ; son témoignage sera jugé " sans valeur au point de vue révisionnel puisque B... a affirmé et persiste à affirmer avoir rencontré Y... une seule fois sans lui parler, d'ailleurs à une date avant le mois de février au plus tard ". La requête est rejetée par le ministère le 16 décembre 1957. Cet élément, qui sera régulièrement repris lors des requêtes qui suivront, sera écarté aux motifs que la réalité d'un négoce de voitures américaines ainsi que la réalité du rendez-vous, à les supposer établies, ne remettaient pas en cause la déclaration de culpabilité, dès lors que le jury n'avait pas retenu la préméditation ni le guet-apens. La présente requête invoque un élément nouveau susceptible de résulter du témoignage de Madame Colette D..., concernant la personnalité de Boudjema B.... Madame D... a reconnu, en voyant la photographie de cet homme dans le livre de Denis E... intitulé " Nous les X... ", l'individu qui l'aurait dénoncée à la Gestapo, ainsi que ses camarades de résistance, le 11 avril 1944, et qui aurait contribué à leur arrestation. 2) Les liens entre Boudjema B... et l'inspecteur Pierre B... : Ils sont considérés comme établis dans la requête, selon laquelle Boudjema B... " était un agent de la Gestapo qui travaillait avec B... et L... ". Il convient de rappeler que Pierre B... était inspecteur de police stagiaire à la Direction de la sûreté générale à compter du 20 janvier 1923 et qu'il a été affecté auprès du commissaire V... qui a mené l'enquête sur la disparition de Pierre Y.... Mêlé à de nombreux scandales (affaire Stavisky - affaire Prince) entre les deux guerres, Pierre B... a été un agent de la Gestapo avec Henri L..., rue Lauriston ; il a été fusillé en décembre 1944. Dès 1948, son rôle dans l'enquête sera mis en cause, notamment quant à la fiabilité des investigations. Ainsi, Maître Denis Langlois argumentait que " Pierre B... était le secrétaire greffier du commissaire V... et disposait de pouvoirs importants. Il avait accès à l'ensemble du dossier et notamment aux documents considérés comme faux qui, contrairement au Code d'instruction criminelle, n'avaient pas été déposés et enregistrés au greffe du tribunal de Morlaix. Il manipulait à sa guise les sceaux et les tampons. Or l'inspecteur B... a montré par la suite qu'il était capable de graves fraudes et machinations, puisqu'il a été révoqué de la police pour avoir faussé les enquêtes des affaires Prince et Stavisky en fabriquant notamment des faux documents ". De même, dans son mémoire Maître Jean-Denis Bredin fait valoir que " B... aurait joué un rôle primordial dans l'instruction de l'affaire X... qu'il aurait personnellement conduite (aux côtés du commissaire V...) ". " La presse a souvent rendu compte de son travail : Ouest-Eclair le 2 août 1925 : hier soir la machine à écrire est partie pour Paris confiée à l'inspecteur B... ". A l'appui de la thèse selon laquelle Pierre B... aurait eu un rôle suspect dans le déroulement de l'enquête, sont à nouveau évoqués deux témoignages. Selon Madame F..., entendue le 29 décembre 1948, Pierre B..., qui avait servi sous les ordres de son mari pendant la Première Guerre mondiale, aurait révélé à celui-ci, en 1936, qu'il avait lui-même déposé la machine à écrire dans l'atelier de Guillaume X... où elle a été découverte. Par ailleurs, Henriette G..., entendue le 4 octobre 1956, a confirmé une attestation qu'elle avait faite le 3 décembre 1953, selon laquelle Georges H... lui aurait révélé, courant 1924-1925 qu'il connaissait Pierre B... et qu'il avait fait un faux témoignage en affirmant avoir vu Guillaume X... acheter une machine à écrire au Havre. Enfin, la Chancellerie évoque également, à nouveau, le témoignage d'un certain Léon I..., entendu le 3 février 1949 et le 7 mars 1956, qui avait désigné François J..., gendre de Guillaume X... et l'inspecteur de police B... comme étant les auteurs de l'assassinat de Pierre Y.... Selon la Chancellerie, Boudjema B... pourrait, en réalité, être le prénommé François désigné par Léon I... car il portait lui-même ce prénom. 3) Les notes complémentaires des avocats de Denis X... : Bien que Denis X... ne soit pas recevable, en application de l'article 623-3° du Code de procédure pénale, à demander, en sa qualité de petit-fils du condamné, la révision de la condamnation de Guillaume X..., ses avocats ont été admis à présenter des observations dans le cadre de la demande formée par la ministre de la Justice. Outre le témoignage de Madame D..., ils ont invoqué d'autres éléments qui seraient de nature, selon eux, à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné. Il s'agit, en premier lieu, des témoignages d'André K... et de Henriette L..., susceptibles de prouver que Pierre Y... a été vu vivant après le 26 mai 1923. En second lieu, il est allégué que la preuve serait rapportée que, le 13 juin 1923, Guillaume X... ne se trouvait pas au Havre pour acheter une machine à écrire, mais qu'il était à Saint-Brieuc où il aurait rencontré, d'une part, l'avocat, Maître Bienvenue qui a plaidé ce jour-là au tribunal de commerce, d'autre part, une religieuse qui se trouvait à la gare de cette ville. Enfin, est invoquée l'argumentation d'une généalogiste, Madame Catherine M..., qui soutient que la machine à écrire présentée au procès n'était pas la même que celle qui a été saisie au domicile de Guillaume X... III. - L'INSTRUCTION DE LA DEMANDE : Il résulte des investigations, auditions, expertises, recherches aux archives effectuées par la Commission, dans le cadre de l'article 623, alinéa 3, du Code de procédure pénale, les éléments suivants : 1. Concernant les témoins de la " survie " de Pierre Y... : André K..., entendu le 5 avril 1996 lors de l'instruction de la précédente requête, avait assuré avoir vu à Auch, à la foire de septembre, postérieurement à la condamnation de Guillaume X..., Pierre Y... qui s'était perdu dans la foule lorsqu'il l'a interpellé par son nom. Il avait ajouté qu'à l'époque, personne n'avait voulu l'entendre, ni au commissariat, ni à la mairie ou à la préfecture, ni même au journal local. L'attestation produite ne fait que confirmer ce témoignage. Madame Henriette L..., ayant révélé le 26 juillet 2001 au journal Le Télégramme qu'elle avait vu Pierre Y... le 14 juillet 1923, lors d'une réunion familiale, a été entendue sur procès-verbal le 26 octobre 2001, alors qu'elle était âgée de quatre-vingt-cinq ans. Elle a précisé les circonstances de cet événement, indiquant qu'elle était âgée de sept ans, que Pierre Y... lui avait offert une pièce d'or, et qu'elle était certaine de la date. Sur questions des enquêteurs, Madame L... a confirmé que personne n'avait été surpris ni étonné de voir Pierre Y... à une époque où sa disparition était déjà signalée et elle a expliqué qu'elle n'avait pas témoigné plus tôt par crainte de la publicité. 2. Concernant la présence de Guillaume X... à Saint-Brieuc le 13 juin 1923 : Les investigations effectuées au greffe du tribunal de commerce de Saint-Brieuc n'ont pas permis de confirmer que Maître Bienvenue y plaidait ce jour-là. Madame Gemma N..., dont le témoignage est également invoqué, a été entendue le 14 mars 2002. Elle relate que, lorsqu'elle était employée à l'hôpital-hospice de Quintin, elle a entendu, au cours de l'année du décès de Guillaume X..., en 1954, une religieuse déclarer que la mère supérieure avait dit en communauté à ses religieuses " que Guillaume X... ne pouvait pas être au Havre le 13 juin puisqu'elle l'avait rencontré dans une gare ce jour-là ". Selon Madame N..., c'était nécessairement la gare de Saint-Brieuc " car elle dessert toute la région " et " la religieuse et Guillaume X... s'étaient connus dans leur enfance puisqu'elle était née près de Landerneau ". La mère supérieure est décédée le 11 octobre 1961. 3. Les recherches concernant la personnalité de Boudjema B... et ses liens avec Pierre B... : Le dénommé " Charles ", responsable de l'arrestation de Madame D..., est-il Boudjema B... ? Madame Colette D... a été entendue le 10 novembre 2001, elle a confirmé avoir reconnu en 1993, sur le livre " Nous les X... ", la photographie de l'agent double qui avait dénoncé son réseau. Réentendue le 29 mai 2002 elle a désigné, parmi les photos qui lui étaient présentées, celles de Boudjema B.... L'enquête effectuée par la Commission a permis de confirmer que le groupe auquel appartenait Madame D... a été arrêté sur dénonciation d'agents de la Gestapo dont l'un est surnommé " Alli Charles ". Toutefois, les recherches effectuées dans les archives des différents ministères et services concernés ainsi qu'auprès des associations d'anciens combattants et de résistants n'ont pas permis de découvrir l'identité réelle de l'individu décrit par Madame D.... Il n'en demeure pas moins que le signalement qu'elle donne de lui est proche de celui de Boudjema B.... Ce dernier, âgé d'environ trente ans dans les années vingt, était un homme de petite taille, trapu, au " teint basané ", parlant avec un accent ; il était décrit par les témoins de l'époque comme étant un étranger, " plutôt mexicain ", " mi-arabe, mi-français ", " de type nord-africain ". Il a perdu sa première femme le 27 juillet 1943. L'homme, décrit par Madame D..., avait environ cinquante ans, en 1944 ; il était plutôt bedonnant, trapu, il avait le teint mat, une face large ; il portait un ruban noir de deuil ; selon un autre résistant arrêté, son dénonciateur était d'origine algérienne. Selon Madame D... et les documents d'archives confirmant son récit, l'homme était surnommé " Charles " ou " Charli " ou " Charles Ali " ; dans le dossier de l'affaire X..., il est question de " Charley ", " Charly ", " Cherdy ", " Sherdy ". Ainsi, le témoignage de Madame D... permet d'admettre la possibilité, pendant les années quarante, d'un lien entre Pierre B... qui sévissait rue Lauriston et Boudjema B..., si celui-ci est bien son dénonciateur. En revanche, les recherches effectuées aux archives n'ont pas permis de confirmer les assertions selon lesquelles Pierre B... aurait enquêté dans les années vingt sur le trafic des voitures américaines. Il apparaît que ces suppositions ne reposent que sur l'interprétation d'un passage du livre du fils de Pierre B..., qui écrit qu'alors que Pierre B... enquêtait sur des faits au ministère de l'intérieur, il avait rencontré un collègue policier au Champ-de-Mars. Les déclarations de Léon I..., invoquées également dans la requête pour accréditer l'hypothèse d'une collusion entre les deux hommes pour commettre le crime, ont été à nouveau examinées par la Commission, ainsi que les vérifications auxquelles elles avaient donné lieu lors de l'examen de précédentes requêtes. Après avoir adressé son récit, en décembre 1948, à Maître Hubert, l'avocat de Guillaume X..., Léon I... a été entendu, une première fois, le 3 février 1949 et une seconde fois, le 7 mars 1956. Léon I... raconte qu'alors qu'il fréquentait un café, près de la rue de Rivoli, où il jouait à la belote, le secrétaire du commissaire V..., son partenaire de jeu, lui aurait raconté chaque soir les progrès de l'enquête, et, notamment, lui aurait dit " avoir demandé au patron de faire passer X... par la chambre des aveux ". Il lui aurait également parlé d'une autre piste, d'un employé de la STCRP, qu'il a nommé J.... Lors de son audition du 3 février 1949, le témoin a déclaré que l'inspecteur aurait raconté des scènes de tortures pour faire avouer un meurtrier dans une autre affaire. Il a ajouté que le commissaire avait des soupçons sur François J..., mais que l'inspecteur avait obtenu de son patron qui avait l'intention de relâcher Guillaume X..., encore quelques jours pour compléter son enquête. Le 7 mars 1956, entendu à nouveau, Léon I... confirmait son récit, ajoutant que l'inspecteur de police leur avait offert le champagne lors de la découverte d'une machine à écrire dans la scierie de Guillaume X.... Puis, le témoin ajoutait avoir entendu, dans un petit réduit attenant au WC du café où il se trouvait, la conversation suivante entre l'inspecteur et un homme qu'il appelait " François " : " l'inspecteur disait à l'autre... Alors, mon vieux François, comment ça s'est passé ? ; l'autre répondit : je lui ai foutu un coup derrière la tête, à la première (ou à la deuxième) marche de l'escalier. Il est tombé en arrière. Je lui ai donné un coup de talon sur la tête ; je lui ai fait les vagues (sic). Je lui ai pris ses jaunets. Je lui ai enlevé ses chaussures, et je l'ai mis dans un coffre à béton avec ses chaussettes rouges, mais j'ai peur qu'elles déteignent ". Au cours de cette même audition, Léon I... a également déclaré : " Naturellement, X... et sa fille me considéraient comme un témoin essentiel de la réhabilitation, et m'avaient même promis dix pour cent des dommages qu'ils comptaient recevoir et qu'ils évaluaient à quatre-vingt-dix millions. X... avait même précisé qu'il arrondirait ma part à dix millions. Il voulait même m'acheter une voiture neuve. Je me souviens d'une scène pénible qui se passa un dimanche que j'avais été invité chez eux : Jeanne X... pour me prouver qu'elle connaissait l'affaire mieux que moi fit défiler ses enfants et leur fit dire que l'assassin de Y... était leur père. Je ne tardai pas à changer d'opinion sur X... et sa fille car X... m'avoua lui-même, un jour, en me montrant sept ou huit morceaux d'or fondu qu'il avait retirés de ses poches, qu'il s'agissait de l'or provenant du partage des pièces d'or ayant appartenu à Y.... Il ne me donna aucune précision sur l'époque du partage. Il me dit que Y... avait été tué par J..., que lui-même X... avait quitté Y... et la Cadillac à Houdan (en panne provoquée par lui), que lui, X..., avait pris le train pour Paris, et que J... et B... étaient venus pour chercher Y... et la Cadillac. C'est vers cette époque que j'ai cessé toutes relations avec la famille X... ". La requête s'appuie sur ce témoignage pour suggérer qu'en désignant l'auteur du crime comme étant un certain François, avec la complicité de l'inspecteur Pierre B..., il peut être envisagé " que le fameux François ait pu être le dénommé B... ". L'enquête a permis de confirmer que Boudjema B... se faisait appeler " Francis " ou " François " et que l'un ou l'autre de ces prénoms figuraient sur certains documents de l'intéressé portant le nom de " B... " ou " O... ". Cependant, le témoignage de Léon I... a toujours été interprété comme désignant Pierre B... et François J... Par ailleurs le café, dans lequel ce témoin situe les scènes qu'il relate et les propos tenus par un dénommé François, ne correspond pas à celui fréquenté par B... près du Champ-de-Mars. Aussi, il n'apparaît pas possible d'affirmer que les propos de Léon I..., à les supposer crédibles, mettent en cause Pierre B... et Boudjema B... pour la seule raison que ce dernier était surnommé François. Ainsi, le témoignage de Colette D... apparaît le seul qui soit de nature à établir un lien entre B... et B.... Il est, en effet, indiscutable que Pierre B... a sévi rue Lauriston pendant la Seconde Guerre mondiale et qu'il a participé à l'arrestation de résistants. Il a notamment procédé le 20 juillet 1943 à l'arrestation de Geneviève P..., dans des circonstances similaires à celles de Colette D... et de son groupe, c'est-à-dire en obtenant des renseignements d'un étudiant, membre du réseau. On ne saurait dissiper le trouble que fait naître cette supposée connaissance entre les deux hommes, dans la mesure où la personnalité de l'inspecteur Pierre B... autorise toutes sortes de supputations quant à la conduite de l'enquête et la qualité des preuves retenues contre Guillaume X.... Cette question sous-tend une interrogation qui a été posée dès le procès puis reprise régulièrement lors des nombreuses demandes de révision, celle de savoir si la machine à écrire a été déposée chez Guillaume X... pour le confondre et si Pierre B... a pu être l'auteur d'une mystification, consistant également à substituer aux documents saisis des documents tapés avec cette machine. 4) Sur la machine à écrire et la question des faux : Dans le cadre de la présente demande de révision, deux expertises ont été ordonnées :
Explication IA à partir du texte officiel de la loi. Indicatif, ne remplace pas un conseil juridique.