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Arbres, haies et branches du voisin : vos droits

Un noyer qui déborde au-dessus de la terrasse, des racines qui soulèvent l'allée, une haie de thuyas de cinq mètres plantée à trente centimètres de la limite, des feuilles qui bouchent la gouttière ou un chêne qui plonge le potager dans l'ombre : les plantations sont parmi les premières causes de litiges entre voisins en Belgique. Depuis le 1er septembre 2021, le livre 3 du Code civil règle la matière. L'article 3.133 fixe les distances de plantation par rapport à la limite, l'article 3.134 organise la coupe des branches et racines qui dépassent et attribue les fruits tombés, les articles 3.103 à 3.113 règlent la haie mitoyenne et l'article 3.101 permet d'agir contre un trouble anormal, comme une perte de lumière excessive.

Cette fiche s'adresse au propriétaire ou à l'occupant qui subit les plantations d'un voisin, mais aussi à celui qui reçoit une réclamation. Elle décrit comment mesurer la situation, quelle mise en demeure envoyer, quand couper soi-même, comment obtenir l'élagage ou l'arrachage par le juge de paix et quand un permis régional est nécessaire avant d'abattre un arbre. Le résultat recherché : une solution durable, sans s'exposer à des dommages et intérêts ni à une infraction urbanistique.

Logement – voisinage

L'essentiel en bref

Délai
Après une mise en demeure par envoi recommandé, le propriétaire des plantations dispose de soixante jours pour couper les branches ou racines qui dépassent ; ce n'est qu'après ce délai que le voisin peut les couper lui-même, aux…
Domaine du droit
Logement – voisinage
Étapes
Jurisprudence
5
Mise à jour
04/11/2026

Délai

Après une mise en demeure par envoi recommandé, le propriétaire des plantations dispose de soixante jours pour couper les branches ou racines qui dépassent ; ce n'est qu'après ce délai que le voisin peut les couper lui-même, aux frais du propriétaire.

Le droit d'exiger l'enlèvement des branches et racines ne s'éteint jamais par prescription : un arbre qui déborde depuis quarante ans peut encore être élagué. En revanche, le voisin ne peut plus exiger le respect des distances de plantation lorsque les plantations se trouvent au même endroit depuis plus de trente ans. L'action en réparation d'un trouble anormal ou d'un dommage causé par des racines se prescrit en principe par cinq ans à partir de la connaissance du dommage et de son auteur, et au plus tard vingt ans après le fait.

Que faire

  1. Mesurez et documentez la situation.

    Avant toute démarche, établissez les faits. Mesurez la distance entre le milieu du tronc et la limite des parcelles, ainsi que la hauteur approximative de l'arbre ou de la haie. Photographiez les branches qui surplombent, les racines visibles, les dégâts éventuels (dallage soulevé, fissures, gouttières bouchées) en datant les clichés. Si la limite elle-même est incertaine, consultez votre titre de propriété, un éventuel acte de bornage et le plan cadastral, qui n'est qu'un indice ; un géomètre-expert peut la matérialiser. Pour un arbre ancien, recherchez des photographies ou témoignages permettant de dater la plantation : au-delà de trente ans au même endroit, la règle des distances ne peut plus être invoquée.

  2. Vérifiez les distances légales de plantation.

    L'article 3.133 du Code civil impose une distance d'au moins deux mètres entre le milieu du tronc et la limite pour les arbres d'une hauteur de deux mètres ou plus, et d'un demi-mètre pour les autres arbres, arbustes et haies. Ces distances ne s'appliquent pas si les voisins ont conclu un accord écrit, si les plantations sont au même endroit depuis plus de trente ans, ou si elles ne dépassent pas la hauteur de la clôture existante. Une plantation trop proche peut faire l'objet d'une demande d'élagage (réduction de la hauteur et de l'emprise) ou d'arrachage. Le juge peut refuser cette demande s'il y voit un abus de droit, en tenant compte de toutes les circonstances, y compris l'intérêt général.

  3. Parlez avec votre voisin et proposez une solution.

    Un arbre se taille plus facilement qu'un procès ne se gagne. Proposez une visite commune, montrez vos photos, suggérez un calendrier d'élagage (en dehors de la période de nidification, de mi-mars à fin juillet environ), un partage des frais pour un arboriste ou une hauteur de haie convenue, par exemple 1,80 m taillée deux fois par an. Mettez l'accord par écrit, daté et signé par les deux voisins : il lie aussi pour l'avenir et peut être produit devant le juge. Si le voisin est locataire, adressez-vous aussi au propriétaire, qui reste responsable de ses plantations. En copropriété, les arbres des parties communes relèvent du syndic.

  4. Envoyez une mise en demeure par recommandé.

    Si la discussion échoue, adressez à votre voisin un envoi recommandé qui décrit précisément les branches ou racines qui dépassent la limite, rappelle l'article 3.134 du Code civil et l'invite à les couper dans un délai de soixante jours. Mentionnez aussi, le cas échéant, le non-respect des distances de l'article 3.133 et votre demande d'élagage ou d'arrachage. Joignez des photos. Conservez la preuve de dépôt : le délai de soixante jours court à partir de cet envoi. Sans mise en demeure régulière, couper soi-même les branches reste un acte fautif, et vous pourriez devoir indemniser votre voisin pour les dégâts causés à l'arbre.

  5. Coupez vous-même, mais seulement après soixante jours.

    Si le voisin n'a rien fait dans les soixante jours, vous pouvez couper vous-même les branches ou racines qui dépassent, à la limite, et vous les approprier ; les frais sont à charge du propriétaire des plantations, que vous pouvez lui réclamer sur facture. Vous assumez toutefois le risque des dommages causés à l'arbre : une coupe brutale qui fait dépérir un chêne centenaire peut engager votre responsabilité. Faites intervenir un arboriste qualifié, coupez depuis votre terrain sans pénétrer chez le voisin sans son accord, et ne touchez pas au tronc. Vérifiez aussi qu'aucun permis n'est requis pour l'arbre concerné (voir plus bas).

  6. Demandez la conciliation devant le juge de paix.

    Le juge de paix du canton où se trouve le bien est le juge naturel des litiges de voisinage. Avant tout procès, vous pouvez demander une conciliation par simple lettre ou en vous présentant au greffe (article 731 du Code judiciaire) : elle est gratuite et le voisin est convoqué. Si un accord est trouvé, le juge le constate dans un procès-verbal qui a la force d'un jugement. Ce mécanisme est très utilisé pour les haies : il permet de fixer une hauteur, une fréquence de taille et une répartition des frais. Une médiation de quartier, souvent proposée gratuitement par la commune, est aussi une option utile.

  7. Saisissez le juge pour obtenir l'élagage ou l'arrachage.

    À défaut d'accord, introduisez une requête ou faites signifier une citation par huissier de justice devant le juge de paix. Les droits de mise au rôle sont modestes (de l'ordre de 50 €, à vérifier au greffe) ; une citation coûte en plus les frais d'huissier. Demandez la condamnation du voisin à couper les branches ou à arracher les plantations dans un délai fixé, sous astreinte. Le juge peut se rendre sur place ou désigner un expert arboriste. Il peut refuser la coupe si elle mettrait la survie de l'arbre en péril sans avantage sérieux pour vous, mais l'abus de droit doit être démontré par le voisin. La partie qui perd supporte en principe les dépens et une indemnité de procédure.

  8. Agissez pour trouble anormal ou dommage causé par les racines.

    Les règles de distance et de coupe ne couvrent pas tout. Une perte de lumière importante, des feuilles ou des aiguilles en quantité exceptionnelle, des racines qui fissurent une fondation ou bouchent un égout peuvent constituer un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage (article 3.101 du Code civil). Le juge peut alors accorder une indemnité, faire financer des mesures compensatoires ou, si cela ne crée pas un nouveau déséquilibre, ordonner l'abattage ou la réduction de l'arbre. La fragilité particulière de votre bâtiment peut réduire l'indemnisation. Une expertise contradictoire, éventuellement en référé, est souvent indispensable pour établir le lien entre racines et dégâts.

  9. Vérifiez le permis avant d'abattre un arbre.

    Le droit civil n'est pas le seul en jeu. En Wallonie, l'abattage ou la modification de l'aspect d'un arbre ou d'une haie remarquable figurant sur les listes régionales requiert un permis d'urbanisme (CoDT), et la circulaire ministérielle prévoit en principe le refus, sauf état sanitaire ou sécurité. En Région de Bruxelles-Capitale, l'abattage d'un arbre à haute tige est en règle soumis à permis d'urbanisme (CoBAT). En Flandre, les règles dépendent de la zone et des règlements communaux (omgevingsvergunning). Abattre sans permis constitue une infraction urbanistique, même si le juge de paix a ordonné l'arrachage : le jugement ne dispense pas du permis. Interrogez le service urbanisme de la commune avant tout abattage.

Points de vigilance

Base juridique

7

Décisions de justice liées

5
Le droit de conserver des branches qui surplombent une propriété voisine ne peut s'acquérir par usucapion, même après une longue tolérance du voisin.
Sur la base de l'article 3.134 du Code civil, la cour ordonne sous astreinte la coupe des branches de chênes surplombant le fonds voisin et écarte l'abus de droit invoqué par leur propriétaire.
Le juge peut ordonner l'abattage d'arbres qui rompent l'équilibre entre propriétés voisines sans priver leur propriétaire du droit d'avoir des plantations non dommageables.
L'obligation de planter les arbres de haute tige à deux mètres de la limite n'impose pas au juge du bornage de fixer la limite à deux mètres de ces arbres.
Les dégâts causés par le développement des racines d'arbres maintenus par le voisin lui sont imputables au titre des troubles de voisinage ; la réceptivité anormale de l'immeuble endommagé peut réduire la compensation.

Questions fréquentes

10
À quelle distance de la limite mon voisin peut-il planter un arbre ?

Un arbre qui atteint ou dépasse deux mètres de hauteur doit se trouver à au moins deux mètres de la limite, mesurés depuis le milieu du tronc. Les arbres plus petits, arbustes et haies doivent respecter un demi-mètre. Un accord entre voisins peut prévoir autre chose, et la règle ne s'applique plus aux plantations présentes au même endroit depuis plus de trente ans.

Puis-je couper moi-même les branches qui dépassent chez moi ?

Oui, mais seulement après avoir mis votre voisin en demeure par envoi recommandé et attendu soixante jours sans qu'il les coupe. Vous pouvez alors couper à la limite et garder le bois, aux frais du propriétaire. Vous assumez le risque des dommages causés à l'arbre ; faites appel à un professionnel et ne coupez rien au-delà de la limite.

Les pommes du voisin tombées dans mon jardin m'appartiennent-elles ?

Oui. Les fruits qui tombent naturellement sur votre terrain appartiennent à celui qui en a la jouissance, propriétaire ou locataire. En revanche, vous ne pouvez pas secouer l'arbre ni cueillir les fruits encore attachés aux branches qui surplombent votre jardin : ils restent la propriété du voisin tant qu'ils ne sont pas tombés d'eux-mêmes.

L'arbre de mon voisin me prive de soleil : que puis-je faire ?

Il n'existe pas de droit absolu à l'ensoleillement. Si l'arbre respecte les distances, vous pouvez seulement agir pour trouble anormal de voisinage, en démontrant une perte de lumière qui dépasse les inconvénients normaux, compte tenu du lieu (ville, campagne, lotissement boisé). Le juge peut accorder une indemnité ou ordonner une réduction de la couronne, voire l'abattage si cela ne crée pas un nouveau déséquilibre.

Qui doit tailler une haie mitoyenne ?

Une haie plantée sur la limite est présumée mitoyenne. Chaque voisin peut tailler la face qui donne sur son terrain, en respectant la destination de la haie. Les gros travaux et le remplacement se partagent à parts égales. Arracher ou modifier fortement une haie mitoyenne exige l'accord des deux, sauf si le refus constitue un abus de droit apprécié par le juge.

Les racines de l'arbre voisin ont fissuré ma terrasse : qui paie ?

Vous pouvez exiger la coupe des racines qui dépassent, selon la même procédure que pour les branches. Pour les dégâts, le propriétaire de l'arbre répond du trouble anormal ou de sa faute. Faites constater les dégâts et, si le voisin conteste, demandez une expertise. Une fragilité particulière de votre construction peut réduire l'indemnisation.

Mon voisin réclame l'arrachage d'un arbre centenaire : peut-il l'obtenir ?

S'il est planté depuis plus de trente ans au même endroit, la règle des distances ne peut plus être invoquée. Le voisin peut toutefois toujours exiger la coupe des branches qui dépassent, ce droit étant imprescriptible. Le juge peut refuser une demande constitutive d'abus de droit, en tenant compte de l'intérêt général, de la valeur de l'arbre et du préjudice réel du demandeur.

Faut-il un permis pour abattre un arbre dans son jardin ?

Cela dépend de la Région. À Bruxelles, l'abattage d'un arbre à haute tige est en règle soumis à permis d'urbanisme. En Wallonie, un permis est requis notamment pour les arbres et haies remarquables, et parfois selon la zone. En Flandre, les règles varient selon la zone et les règlements communaux. Renseignez-vous auprès du service urbanisme de votre commune avant d'abattre.

Combien coûte une procédure devant le juge de paix ?

La conciliation préalable est gratuite. Pour une procédure, il faut compter des droits de mise au rôle modestes, les frais d'huissier en cas de citation, d'éventuels frais d'expertise et, si vous perdez, une indemnité de procédure au profit du voisin. Une protection juridique incluse dans l'assurance habitation couvre souvent ces litiges : vérifiez votre contrat.

Les feuilles du voisin bouchent ma gouttière : est-ce un trouble ?

La chute de feuilles est en principe un inconvénient normal du voisinage, surtout dans un quartier arboré. Elle peut devenir anormale si la quantité est exceptionnelle et entraîne un entretien disproportionné ou des dégâts. Commencez par demander l'élagage des branches qui surplombent votre toit : c'est souvent le moyen le plus simple de réduire le problème.

Guide juridique – fiches pratiques

6
Logement – bail de résidence principale
Logement – réparations et entretien
Dettes – recours contre une condamnation à payer

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Mise à jour: · Sources: Code civil, art. 3.133 – Distances de plantations, Code civil, art. 3.134 – Branches et racines envahissantes, fruits tombés, Code civil, art. 3.101 – Troubles anormaux de voisinage, Code civil, art. 3.110 – Prérogatives ordinaires sur la clôture mitoyenne (haie mitoyenne), ejustice.just.fgov.be, EUR-Lex

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