Créer une association loi 1901 : statuts, déclaration, publication
L'association est « la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d'une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices » (article 1er de la loi du 1er juillet 1901). Elle peut se former librement, sans autorisation ni déclaration (article 2), mais une association non déclarée n'a pas la personnalité juridique : elle ne peut ni ouvrir de compte à son nom, ni signer un bail, ni recevoir de subvention, ni agir en justice. Pour l'obtenir, il faut la déclarer à la préfecture du département du siège et la faire publier au Journal officiel des associations et fondations d'entreprise (JOAFE), ce qui est aujourd'hui gratuit et se fait entièrement en ligne.
Ce guide s'adresse aux fondateurs d'une association à but non lucratif (sport, culture, solidarité, quartier, parents d'élèves) en France, hors Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle, où s'applique un droit local distinct présenté à l'étape 9. Il détaille la rédaction des statuts, la déclaration via le téléservice, le récépissé et le numéro RNA, la publication, l'obtention d'un numéro SIRET, ce que l'association peut faire une fois déclarée, les obligations de mise à jour et la responsabilité des dirigeants. Les règles de fonctionnement interne sont, pour l'essentiel, celles que vous écrivez dans vos statuts : la loi n'impose ni bureau, ni assemblée générale annuelle, ni nombre de dirigeants.
L'essentiel en bref
Délai
Aucun délai n'impose de déclarer une association, mais elle n'acquiert la capacité juridique qu'après sa déclaration en préfecture et sa publication au Journal officiel, selon l'article 5 de la loi du 1er juillet 1901. La préfecture délivre le récépissé dans les cinq jours de la déclaration complète ; l'extrait doit être publié au JOAFE dans le mois qui suit (article 1er du décret du 16 août 1901). Ensuite, tout changement de dirigeants, de siège ou de statuts doit être déclaré dans les trois mois ; tant qu'il ne l'est pas, il n'est pas opposable aux tiers (article 5, derniers alinéas, de la loi).
Que faire
- Réunissez au moins deux fondateurs et vérifiez l'objet. L'article 1er de la loi exige deux personnes au minimum, physiques ou morales, et un but non lucratif : l'association peut réaliser des bénéfices et exercer des activités économiques, mais ne peut pas les partager entre ses membres. Un objet contraire aux lois ou aux bonnes mœurs entraîne la nullité (article 3). Les mineurs peuvent être membres librement ; à partir de seize ans, ils peuvent fonder et administrer l'association, leurs représentants légaux étant informés ; en dessous de seize ans, il faut l'accord écrit préalable du représentant légal, et aucun mineur ne peut accomplir seul d'actes de disposition (article 2 bis). Si vous envisagez de vendre régulièrement des biens ou services, prévoyez-le expressément dans l'objet.
- Rédigez les statuts. La loi n'impose aucun modèle : le contenu minimal découle de la déclaration (titre, objet, siège), et le fonctionnement interne est librement fixé par les statuts. La Cour de cassation rappelle que la loi ne limite la liberté contractuelle des associations qu'au regard de leur cause ou de leur objet, sous réserve qu'une association ne soit pas constituée ou dirigée par une personne seule. Prévoyez au minimum : nom, objet précis, adresse du siège, durée, conditions d'adhésion et d'exclusion, cotisations, organes (conseil d'administration, bureau ou collège unique), pouvoirs du représentant légal, règles de convocation, quorum et majorité, modification des statuts, dissolution et dévolution des biens à une autre association. Des statuts ambigus seront interprétés souverainement par le juge en cas de conflit.
- Tenez l'assemblée constitutive. Les fondateurs adoptent les statuts et désignent les premiers dirigeants lors d'une réunion dont vous dressez un procès-verbal signé. Faites signer les statuts par au moins deux personnes chargées de l'administration, avec leurs nom, prénom et fonction. Établissez la liste des dirigeants avec, pour chacun, les nom, profession, domicile et nationalité exigés par l'article 5 ; depuis le décret n° 2024-720 du 5 juillet 2024, la date de naissance et le pays de résidence sont aussi demandés (article 3 du décret du 16 août 1901). Ce procès-verbal n'est pas une pièce obligatoire de la déclaration, mais la banque ou les financeurs le demandent souvent.
- Déclarez l'association en préfecture. La déclaration est faite par les personnes chargées de l'administration (article 1er du décret du 16 août 1901) auprès du greffe des associations du département du siège, à Paris auprès de la préfecture de police. La voie normale est le téléservice de déclaration de création d'une association sur service-public.fr ; à défaut, le formulaire Cerfa n° 13973 accompagné de la liste des dirigeants (Cerfa n° 13971) et d'un exemplaire des statuts signés. Indiquez le titre, l'objet, l'adresse du siège et, le cas échéant, des établissements. La démarche est gratuite. Une déclaration incomplète est renvoyée sans récépissé, ce qui retarde d'autant l'acquisition de la personnalité.
- Recevez le récépissé et le numéro RNA. La préfecture délivre un récépissé dans les cinq jours de la déclaration complète (article 5 de la loi) ; il mentionne le numéro d'inscription au répertoire national des associations (RNA), qui commence par la lettre W. Ce numéro est l'identifiant de l'association auprès de l'administration : il est demandé pour toute demande de subvention, de modification et pour la publication. La préfecture ne contrôle pas l'opportunité de l'objet ; seule la juridiction judiciaire peut prononcer la nullité ou la dissolution, à la demande de tout intéressé ou du ministère public (article 7).
- Faites publier l'extrait au JOAFE. L'association n'est rendue publique que par l'insertion au Journal officiel d'un extrait comprenant la date de la déclaration, le titre, l'objet et le siège, dans le mois de la déclaration (article 5 de la loi, article 1er du décret). Lorsque la déclaration est faite en ligne, la demande de publication est transmise en même temps à la Direction de l'information légale et administrative. La publication est gratuite depuis le 1er janvier 2020. Conservez l'annonce : avec le récépissé et les statuts, elle constitue le dossier que vous demanderont la banque, l'assureur et les partenaires publics.
- Obtenez un numéro SIRET si nécessaire. Le numéro RNA ne suffit pas lorsque l'association emploie des salariés, sollicite une subvention publique ou exerce des activités soumises à la TVA ou à l'impôt sur les sociétés. Elle doit alors être inscrite au répertoire SIRENE de l'INSEE, par une demande accompagnée des statuts et de la publication au Journal officiel ; l'inscription est gratuite. Si l'association exerce une activité commerciale à titre habituel, les formalités passent par le guichet unique électronique de l'INPI (article L123-33 du Code de commerce). Pour une subvention, l'association doit en outre souscrire le contrat d'engagement républicain prévu depuis la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021.
- Utilisez la capacité juridique, dans ses limites. Une association déclarée peut, sans autorisation, agir en justice, recevoir des dons manuels, percevoir les cotisations de ses membres, posséder et administrer son local et les immeubles strictement nécessaires à son but (article 6). Recevoir des legs et donations, ou posséder des immeubles reçus à titre gratuit, est réservé aux associations déclarées depuis au moins trois ans et dont toutes les activités sont d'intérêt général au sens de l'article 200 du Code général des impôts. Délivrer des reçus fiscaux suppose de remplir ces conditions d'intérêt général ; en cas de doute, demandez un rescrit à l'administration fiscale avant d'en émettre.
- Respectez le droit local en Alsace-Moselle. Dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle, les associations relèvent des articles 21 à 79-III du Code civil local et non de la loi de 1901. Les statuts doivent être signés par au moins sept membres fondateurs, et l'association acquiert la capacité juridique par son inscription au registre des associations tenu par le tribunal judiciaire, non par une déclaration en préfecture. Le dossier comprend les statuts, la liste des membres de la direction et le procès-verbal de l'assemblée constitutive. Le juge du registre contrôle la régularité des statuts ; l'inscription est publiée dans un journal d'annonces légales, à vos frais.
- Tenez l'association à jour et maîtrisez la responsabilité des dirigeants. Déclarez dans les trois mois tout changement de dirigeants, d'adresse du siège ou de statuts (article 5 de la loi), en ligne ou par Cerfa n° 13972. Les dirigeants sont des mandataires : ils répondent envers l'association de leurs fautes de gestion et, envers les tiers, d'une faute personnelle détachable de leurs fonctions. En cas de liquidation judiciaire d'une association exerçant une activité économique, ils peuvent être condamnés à combler l'insuffisance d'actif pour faute de gestion, la simple négligence étant exclue (article L651-2 du Code de commerce). Tenez une comptabilité, souscrivez une assurance de responsabilité civile et interdisez toute répartition des biens entre membres.
Points de vigilance
- Fonctionner sans déclaration : l'association n'a pas de personnalité juridique, ses membres signent en leur nom propre et en répondent personnellement ; elle ne peut ni se constituer partie civile ni agir en justice.
- Ne pas déclarer un changement de dirigeants dans les trois mois : la banque et les tiers continuent de traiter avec l'ancien représentant, et le changement leur est inopposable.
- Copier des statuts types sans les adapter : des clauses floues sur la convocation, le quorum ou les pouvoirs du président alimentent les contentieux internes et les annulations de délibérations.
- Distribuer des excédents, des rémunérations déguisées ou une part des biens aux membres : cela contredit le but non lucratif, peut faire perdre l'exonération fiscale et engager la responsabilité des dirigeants ; à la dissolution, seuls les apports peuvent être repris.
- Délivrer des reçus fiscaux sans remplir les conditions d'intérêt général : l'association s'expose à une amende fiscale égale à un pourcentage des sommes indûment mentionnées.
- Exercer une activité commerciale régulière non prévue par les statuts : risque de requalification fiscale (TVA, impôt sur les sociétés) et de reproche pour concurrence déloyale.
- Oublier le droit local en Alsace-Moselle : une déclaration en préfecture n'y confère pas la capacité juridique, seule l'inscription au registre du tribunal judiciaire le fait.
Base juridique
Décisions de justice liées
Questions fréquentes
Comment créer une association loi 1901 ?
Réunissez au moins deux fondateurs, rédigez et signez des statuts, désignez les dirigeants, puis déclarez l'association en ligne sur service-public.fr (ou par Cerfa n° 13973) auprès de la préfecture du siège. Vous recevez un récépissé avec un numéro RNA, puis l'extrait est publié gratuitement au Journal officiel. L'association a alors la capacité juridique.
Combien coûte la création d'une association ?
Rien d'obligatoire : la déclaration en préfecture et la publication au JOAFE sont gratuites, de même que l'inscription au répertoire SIRENE. Les seuls frais sont ceux que vous choisissez : rédaction des statuts par un professionnel, assurance de responsabilité civile, frais bancaires. En Alsace-Moselle, l'annonce de l'inscription au registre est en revanche payante.
Combien de personnes faut-il pour créer une association ?
Deux au minimum selon l'article 1er de la loi du 1er juillet 1901. Il peut s'agir de personnes physiques ou morales. En Alsace-Moselle, le droit local exige au moins sept membres fondateurs signataires des statuts. Une association ne peut pas être constituée ou dirigée par une seule personne.
Une association non déclarée est-elle légale ?
Oui, l'article 2 permet de s'associer librement sans déclaration. Mais l'association de fait n'a pas la personnalité juridique : elle ne peut pas ouvrir de compte bancaire, signer de contrat, recevoir de subvention ni agir en justice. Ses membres s'engagent personnellement pour tout acte accompli en son nom.
Quel est le délai pour obtenir le récépissé et la publication ?
La préfecture doit délivrer le récépissé dans les cinq jours de la réception d'une déclaration complète (article 5 de la loi). La publication au JOAFE intervient dans les semaines suivantes et doit être demandée dans le mois de la déclaration. Une déclaration incomplète interrompt la procédure jusqu'à sa régularisation.
Un mineur peut-il créer ou présider une association ?
Oui. Dès seize ans, il peut fonder et administrer une association, ses représentants légaux étant informés, et accomplir seul les actes d'administration sauf opposition expresse. Avant seize ans, il lui faut l'accord écrit préalable du représentant légal. Dans tous les cas, les actes de disposition (vente d'un bien, emprunt important) lui sont interdits (article 2 bis).
Une association peut-elle faire des bénéfices ?
Oui, à condition de ne pas les partager entre ses membres et de les affecter à son objet. Elle peut vendre des biens ou services, notamment si les statuts le prévoient. Une gestion désintéressée et l'absence de concurrence avec le secteur commercial conditionnent l'exonération des impôts commerciaux ; sinon, TVA et impôt sur les sociétés peuvent être dus.
Faut-il un numéro SIRET pour une association ?
Seulement si elle emploie des salariés, demande une subvention publique ou exerce des activités imposables. La demande est adressée gratuitement à l'INSEE avec les statuts et la publication au Journal officiel. Pour le reste, le numéro RNA délivré par la préfecture suffit.
Le président d'une association est-il responsable sur ses biens personnels ?
En principe non : l'association répond seule de ses dettes. Le dirigeant engage sa responsabilité personnelle en cas de faute détachable de ses fonctions envers un tiers, de faute de gestion envers l'association, ou, en liquidation judiciaire, d'une faute de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif, la simple négligence étant exclue (article L651-2 du Code de commerce).
Comment déclarer un changement de bureau ou de statuts ?
Dans les trois mois, par le téléservice de modification sur service-public.fr ou le Cerfa n° 13972, accompagné du procès-verbal de la décision et, pour une modification statutaire, des nouveaux statuts. Tant que la déclaration n'est pas faite, le changement n'est pas opposable aux tiers (article 5 de la loi).
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