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Créer une SARL ou une SAS : statuts, capital, immatriculation

La SARL et la SAS sont les deux formes de société les plus utilisées pour créer une entreprise en France. Dans les deux cas, les associés ne supportent les pertes qu'à concurrence de leurs apports (articles L223-1 et L227-1 du Code de commerce), il n'existe plus de capital minimum et la société peut être constituée par une seule personne : on parle alors d'EURL ou de SASU. Ce qui les distingue, c'est le degré de liberté : la SARL est encadrée par la loi (gérant personne physique, majorités légales, 100 associés au plus), tandis que dans la SAS « les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée » (article L227-5).

Ce guide suit l'ordre réel d'une création : choix entre SARL et SAS au regard de la gouvernance et du statut social du dirigeant, rédaction des statuts, apports et commissaire aux apports, dépôt du capital, actes passés pendant la formation, annonce légale, dossier unique déposé sur le guichet unique de l'INPI, déclaration des bénéficiaires effectifs, puis responsabilité des dirigeants. La société n'existe juridiquement qu'à son immatriculation au registre du commerce et des sociétés (article L210-6) : jusque-là, ceux qui s'engagent pour elle répondent personnellement de leurs actes. Les sociétés d'exercice libéral (avocats, médecins, experts-comptables) et les activités réglementées obéissent à des règles supplémentaires qui ne sont pas traitées ici.

Entreprise · SARL et SAS (Code de commerce, L223-1 et L227-1)

L'essentiel en bref

Délai
Aucun délai légal n'impose d'immatriculer une société dans un temps donné, mais elle n'acquiert la personnalité morale qu'à son immatriculation au registre du commerce et des sociétés, selon l'article L210-6 du Code de commerce.
Domaine du droit
Entreprise · SARL et SAS (Code de commerce, L223-1 et L227-1)
Étapes
Jurisprudence
3
Mise à jour
03/11/2026

Délai

Aucun délai légal n'impose d'immatriculer une société dans un temps donné, mais elle n'acquiert la personnalité morale qu'à son immatriculation au registre du commerce et des sociétés, selon l'article L210-6 du Code de commerce. Les fonds reçus des associés doivent être déposés dans les huit jours de leur réception (article R223-3 pour la SARL, règle comparable pour la SAS) ; le solde des apports en numéraire doit être libéré dans les cinq ans de l'immatriculation (articles L223-7 et L225-3). En pratique, comptez une à trois semaines entre la signature des statuts et l'obtention de l'extrait Kbis lorsque le dossier est complet.

Que faire

  1. Choisissez entre SARL et SAS. La SARL compte de un à cent associés (article L223-3) ; elle est dirigée par un ou plusieurs gérants, obligatoirement personnes physiques (article L223-18), et les grandes décisions obéissent à des majorités fixées par la loi (article L223-30). La SAS peut être constituée par une ou plusieurs personnes ; elle doit avoir un président, personne physique ou morale, investi des pouvoirs les plus étendus à l'égard des tiers (article L227-6), et tout le reste de la gouvernance est libre. Le choix a aussi un effet social : le gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs indépendants, alors que le gérant minoritaire ou égalitaire et le président de SAS rémunérés sont assimilés salariés, avec des cotisations plus élevées et une meilleure protection. Simulez les deux coûts avant de trancher.
  2. Rédigez les statuts. Ils sont établis par écrit et contiennent au minimum la forme, la dénomination, l'objet, le siège, la durée (99 ans au plus), le montant du capital et les apports de chaque associé (article 1835 du Code civil). La dénomination d'une SARL doit être suivie des mots « société à responsabilité limitée » ou « SARL » et du montant du capital (article L223-1). En SAS, prévoyez les organes, la durée et la révocation du mandat du président, les décisions réservées aux associés, les majorités, et les clauses d'agrément, d'inaliénabilité ou d'exclusion qui conditionnent l'entrée et la sortie des associés. Le siège peut être fixé au domicile du représentant légal (article L123-11-1).
  3. Évaluez les apports. Le capital est librement fixé par les statuts (article L223-2 ; l'article L227-1 écarte pour la SAS le minimum de 37 000 euros). Les apports en nature (fonds de commerce, matériel, véhicule) sont évalués par un commissaire aux apports désigné à l'unanimité des futurs associés. Celui-ci n'est pas obligatoire si, par décision unanime, aucun apport en nature ne dépasse 30 000 euros (article D223-6-1) et que leur total n'excède pas la moitié du capital (articles L223-9 et L227-1). Sans commissaire, ou si une valeur différente de la sienne est retenue, les associés répondent solidairement pendant cinq ans, envers les tiers, de la valeur attribuée aux apports. Si vous êtes marié sous un régime de communauté et apportez des biens communs, avertissez votre conjoint, qui peut revendiquer la qualité d'associé (article 1832-2 du Code civil).
  4. Déposez le capital. En SARL, les parts représentant des apports en numéraire doivent être libérées d'au moins un cinquième de leur montant à la souscription, et le solde sur décision du gérant dans les cinq ans de l'immatriculation (article L223-7) ; en SAS, la libération initiale est d'au moins la moitié des actions de numéraire (article L225-3, rendu applicable par l'article L227-1). Les fonds sont déposés dans les huit jours de leur réception, au nom de la société en formation, auprès d'une banque, d'un notaire ou de la Caisse des dépôts (article R223-3). Le dépositaire délivre une attestation de dépôt, à joindre au dossier d'immatriculation. Les fonds restent bloqués jusqu'à la production de l'extrait Kbis ; si la société n'est pas immatriculée dans les six mois du premier dépôt, chaque apporteur peut demander en justice l'autorisation de retirer son apport, ou un mandataire de tous les apporteurs le demander directement au dépositaire (article L223-8).
  5. Encadrez les actes passés avant l'immatriculation. Bail du local, achat de matériel, ouverture de contrats : tant que la société n'est pas immatriculée, elle n'a pas la personnalité morale, et les personnes qui agissent en son nom ou pour son compte sont tenues solidairement et indéfiniment, sauf reprise des engagements par la société après son immatriculation (article L210-6). Mentionnez expressément dans chaque acte qu'il est conclu « au nom et pour le compte de la société X en formation ». Établissez l'état des actes accomplis pour la société en formation, présentez-le aux associés et annexez-le aux statuts : leur signature vaut reprise automatique de ces engagements dès l'immatriculation (articles R210-5 pour la SARL et R210-6 pour la SAS). Les actes postérieurs à la signature exigent une décision de reprise des associés.
  6. Publiez l'annonce légale. Lorsque les autres formalités sont accomplies, un avis de constitution est inséré dans un support habilité à recevoir les annonces légales du département du siège (article R210-3). Il mentionne notamment la dénomination, la forme, le capital, le siège, l'objet, la durée, les dirigeants et le greffe d'immatriculation (article R210-4). Il est signé par un fondateur muni d'un pouvoir spécial ou par le notaire. Le prix est un forfait fixé chaque année par arrêté selon la forme de société et le département ; vérifiez le tarif applicable au moment de la publication. L'attestation de parution fait partie du dossier : sans elle, le greffe refuse l'immatriculation.
  7. Déposez le dossier sur le guichet unique. Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création passent par le guichet unique électronique tenu par l'INPI, formalites.entreprises.gouv.fr (article L123-33 du Code de commerce) ; les anciens centres de formalités et le dépôt papier au greffe ont disparu. Joignez les statuts signés, l'attestation de dépôt des fonds, le rapport du commissaire aux apports s'il y en a un, l'attestation de parution de l'annonce légale, un justificatif d'occupation du siège, la déclaration de non-condamnation et la pièce d'identité des dirigeants. Le dossier est transmis au greffe du tribunal de commerce, à l'INSEE (numéro SIREN), aux services fiscaux et à l'URSSAF. Les frais de greffe sont modestes ; un dossier incomplet est rejeté et doit être redéposé.
  8. Déclarez les bénéficiaires effectifs. Dans le même dossier, la société déclare au registre du commerce et des sociétés, par l'intermédiaire du guichet unique, les personnes physiques qui la contrôlent : en règle générale celles qui détiennent, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou qui exercent un contrôle par un autre moyen (article L561-46 du Code monétaire et financier). La déclaration porte sur l'identité, le domicile personnel et les modalités du contrôle. Elle doit être mise à jour à chaque changement (cession de parts, augmentation de capital, pacte d'associés). L'absence de déclaration ou une déclaration inexacte est pénalement sanctionnée, et le greffe peut saisir le président du tribunal pour enjoindre à la société de régulariser.
  9. Recevez l'extrait Kbis et démarrez. L'immatriculation fait naître la personne morale (article L210-6 du Code de commerce, article 1842 du Code civil) et entraîne la reprise des engagements annexés aux statuts. Avec l'extrait Kbis, faites débloquer le capital et ouvrez le compte courant de la société. La société est soumise de plein droit à l'impôt sur les sociétés ; certaines SARL et SAS récentes peuvent opter temporairement pour l'impôt sur le revenu, et la SARL de famille peut y opter sans limite de durée. Mettez en place la comptabilité, l'approbation annuelle des comptes dans les six mois de la clôture, et le dépôt des comptes au greffe. En SAS, tenez les registres des décisions et des mouvements de titres prévus par les statuts.
  10. Maîtrisez la responsabilité des dirigeants. Le gérant de SARL répond envers la société et envers les tiers des infractions aux règles applicables aux SARL, des violations des statuts et des fautes de gestion (article L223-22). Le président et les dirigeants de SAS sont soumis aux règles de responsabilité des administrateurs de société anonyme (article L227-8). Envers les tiers, le dirigeant ne répond personnellement que d'une faute séparable de ses fonctions : une infraction pénale intentionnelle, par exemple ouvrir un chantier en sachant que la société n'est pas assurée en responsabilité décennale, suffit. En cas de liquidation judiciaire, une faute de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif peut conduire à une condamnation à la combler. Séparez strictement patrimoine personnel et patrimoine social.

Points de vigilance

Base juridique

8

Décisions de justice liées

3
Revirement : le juge n'exige plus la mention expresse « au nom » ou « pour le compte » de la société en formation ; il apprécie souverainement, au vu de toutes les circonstances, si la commune intention des parties était que l'acte soit conclu pour la société et puisse être repris par elle.
Un protocole signé par une personne « tant pour son compte personnel que pour tout tiers de son choix » n'a pas été conclu au nom ou pour le compte d'une société en formation ; la société immatriculée ne peut donc pas le reprendre.
Le gérant de SARL qui commet une infraction pénale intentionnelle, séparable comme telle de ses fonctions, engage sa responsabilité civile envers les tiers ; c'est le cas de la gérante qui ouvre sciemment un chantier sans assurance décennale.

Questions fréquentes

10
Comment créer une entreprise en société : SARL ou SAS ?

Choisissez la SARL si vous voulez un cadre légal sécurisant, des règles de majorité fixées par la loi et, comme gérant majoritaire, des cotisations de travailleur indépendant. Choisissez la SAS si vous prévoyez d'accueillir des investisseurs, d'organiser librement la gouvernance ou si vous préférez le régime assimilé salarié. Dans les deux cas, la démarche passe par les statuts, le dépôt du capital, l'annonce légale et le guichet unique de l'INPI.

Quel capital minimum pour créer une SARL ou une SAS ?

Aucun : le capital est librement fixé par les statuts (article L223-2 pour la SARL, article L227-1 qui écarte le minimum de la société anonyme pour la SAS). Un euro est juridiquement possible, mais un capital trop faible inquiète les banques et les fournisseurs et peut conduire rapidement à des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital.

Combien coûte la création d'une SARL ?

Sans conseil extérieur, le coût se limite à l'annonce légale (forfait réglementaire fixé chaque année selon la forme et le département), aux frais de greffe d'immatriculation et de déclaration des bénéficiaires effectifs, et éventuellement aux honoraires du commissaire aux apports. La rédaction des statuts par un avocat ou un expert-comptable s'ajoute selon la complexité du projet.

Peut-on créer une SARL ou une SAS seul ?

Oui. La SARL à associé unique est une EURL et la SAS à associé unique une SASU (articles L223-1 et L227-1). L'associé unique exerce seul les pouvoirs de l'assemblée. L'EURL dont l'associé, personne physique, est aussi gérant peut utiliser des statuts types et des formalités de publicité allégées.

Faut-il un commissaire aux apports ?

Seulement en cas d'apports en nature. Les associés peuvent s'en passer à l'unanimité si aucun apport en nature ne dépasse 30 000 euros et si leur total n'excède pas la moitié du capital (articles L223-9, D223-6-1 et L227-1). À défaut de commissaire, ils sont solidairement responsables pendant cinq ans de la valeur attribuée aux apports.

Où faire les démarches de création d'une société ?

Uniquement en ligne, sur le guichet unique électronique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr), obligatoire depuis le 1er janvier 2023 (article L123-33 du Code de commerce). Le guichet transmet le dossier au greffe, à l'INSEE, aux impôts et à l'URSSAF.

Que se passe-t-il pour les contrats signés avant l'immatriculation ?

Ceux qui ont agi pour la société en formation en sont solidairement et indéfiniment responsables, sauf si la société les reprend après son immatriculation (article L210-6). La reprise est automatique pour les actes listés dans l'état annexé aux statuts. Depuis 2023, le juge recherche la commune intention des parties même si la mention « en formation » est mal rédigée.

Le gérant de SARL ou le président de SAS est-il responsable sur ses biens personnels ?

Envers la société, il répond de ses fautes de gestion et des violations de la loi ou des statuts (articles L223-22 et L227-8). Envers les tiers, seulement d'une faute séparable de ses fonctions, comme une infraction pénale intentionnelle.

Quel statut social pour le dirigeant d'une SARL ou d'une SAS ?

Le gérant majoritaire de SARL (seul ou avec les autres gérants détenant plus de la moitié du capital) est travailleur indépendant. Le gérant minoritaire ou égalitaire rémunéré et le président de SAS rémunéré sont assimilés salariés : ils cotisent au régime général, sans assurance chômage. Un dirigeant non rémunéré ne cotise pas sur sa fonction.

Qu'est-ce que la déclaration des bénéficiaires effectifs ?

C'est la déclaration, au registre du commerce et des sociétés via le guichet unique, des personnes physiques qui contrôlent la société, en général au-delà de 25 % du capital ou des droits de vote (article L561-46 du Code monétaire et financier). Elle est faite à l'immatriculation puis mise à jour à chaque changement de contrôle.

Guide juridique – fiches pratiques

6
Entreprise · association (loi du 1er juillet 1901)
Entreprise · micro-entreprise (Code de la sécurité sociale, CGI)
Recouvrement · injonction de payer (Code de procédure civile)
Travail · contestation du licenciement (Code du travail)
Route · contestation d'une amende forfaitaire (Code de procédure pénale)
Logement · congé donné par le bailleur (loi du 6 juillet 1989)

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Mise à jour: · Sources: Article L210-6 du Code de commerce – Personnalité morale et société en formation, Article L223-1 du Code de commerce – Définition de la SARL et de l'EURL, Article L223-7 du Code de commerce – Souscription et libération des parts de SARL, Article L223-9 du Code de commerce – Apports en nature et commissaire aux apports, legifrance.gouv.fr, EUR-Lex

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