En bref
Ce document est un avis de la Chambre des Salariés concernant le budget de l'État pour 2023 et la programmation financière pluriannuelle de 2022 à 2026. Il analyse la situation économique et budgétaire du Luxembourg et propose des modifications à plusieurs lois et règlements existants.
Ce qu'il réglemente
- Le budget des recettes et des dépenses de l'État pour l'exercice 2023.
- La programmation financière pluriannuelle pour la période 2022-2026.
- Des modifications à diverses lois fiscales, sociales et économiques.
- Des modifications à des règlements grand-ducaux concernant l'impôt sur le revenu, la TVA, les droits d'accise et la valeur locative.
Qui il concerne
- L'État luxembourgeois et ses administrations.
- Les contribuables, notamment en matière d'impôt sur le revenu et de TVA.
- Les bénéficiaires d'aides sociales et de prestations familiales.
- Les secteurs économiques impactés par les droits d'accise (produits énergétiques, tabacs, alcool).
Points clés
- Le projet de loi modifie la loi générale des impôts de 1931 et la loi sur l'impôt sur le revenu de 1967.
- Il impacte la loi sur la taxe sur la valeur ajoutée de 1979 et la loi sur l'aide sociale de 2009.
- Des modifications sont prévues pour les droits d'accise sur les produits énergétiques, l'électricité, les tabacs et l'alcool, fixés par la loi de 2010.
- Le document aborde également des modifications concernant les établissements hospitaliers (loi de 2018) et le Fonds spécial de soutien au développement du logement (loi de 2020).
Texte de loi
CHAMBRE DES SALARIES LUXEMBOURG 15 nov embre 2022 Avis 11 1/8 3/2022 Budget de l'Etat 2023 Programmation financiere pluriannuelle ( 2022-2026) , ' Budget de l'Etat 2023 - reglements d'execution relatif aux Projet de loi concernant le budget des recettes et des depenses de l'Etat pour l'exercice 2023 et modifiant : 1° la loi generale des impots modifiee du 22 mai 1931 (« Abgabenordnung »); 2° la loi modifiee du 4 decembre 1967 concernant l'impot sur le revenu ; 3° la loi modifiee du 12 fevrier 1979 concernant la taxe sur la valeur ajoutee ; 4° la loi modifiee du 21 decembre 1998 concernant le budget des recettes et des depenses de l'Etat pour l'exercice 1999 ; 5° la loi modifiee du 23 decembre 2005 portant introduction d'une retenue la source liberatoire sur certains inten~ts produits par l'epargne mobiliere ; 6° la loi modifiee du 18 decembre 2009 organisant l'aide sociale ; 7° la loi modifiee du 17 decembre 2010 fixant les droits d'accise et les taxes assimilees sur les produits energetiques, l'electricite, les produits de tabacs manufactures, l'alcool et les boissons alcooliques ; 8° la loi modifiee du 8 mars 2018 relative aux etablissements hospitaliers et la planification hospitaliere ; 9° la loi modifiee du 27 mars 2018 portant organisation de la securite civile ; 10° la loi modifiee du 25 mars 2020 portant creation du Fonds special de soutien au developpement du logement ; 11 ° la loi du 30 juillet 2021 relative au Pacte Logement 2.0 a a CSL • B.P. 1263 18 RUE AUGUSTE LUMIERE • L-1012 LUXEMBOURG • L -1950 LUXEMBOURG • T + 352 27 494 200 CSL@CSL.LU • WWW.CSL.LU • F + 352 27 494 250 Projet de loi relative a la programmation financiere pluriannuelle pour la periode 2022-2026 Projet de reglement grand-ducal modifiant le reglement grand-ducal modifie du 19 novembre 1999 portant execution de !'article 106, alineas 3 et 4 de la loi modifiee du 4 decembre 1967 concernant l'impot sur le revenu (base d'amortissement forfaitaire et taux d'amortissement pour immeubles locatifs) Projet de reglement grand-ducal modifiant le reglement grand-ducal modifie du 26 avril 2019 portant execution de !'article 139quater, alinea 8 de la loi modifiee du 4 decembre 1967 concernant l'impot sur le revenu Projet de reglement grand-ducal modifiant le reglement grand-ducal du 9 janvier 1974 portant execution de !'article 137 de la loi modifiee du 4 decembre 1967 concernant l'impot sur le revenu Projet de reglement grand-ducal portant modification du reglement grand-ducal modifie du 12 juillet 1968 concernant la fixation de la valeur locative de !'habitation occupee en vertu du droit de propriete OU occupee titre gratuit OU en vertu d'un droit de jouissance viager OU legal a Projet de reglement grand-ducal modifiant le reglement grand-ducal modifie du 23 decembre 2013 portant fixation du droit d'accise autonome et dispositions diverses sur les tabacs manufactures Projet de reglement grand-ducal modifiant le reglement grand-ducal modifie du 17 decembre 2010 fixant les taux applicables en matiere de droit d'accise autonomes sur les produits energetiques Projet de reglement grand-ducal portant modification
- du reglement grand-ducal modifiee du 21 decembre 1991 determinant les limites et les conditions d'application des taux reduit, super-reduit et intermediaire de la taxe sur la valeur ajoutee ;
- du reglement grand-ducal modifie du 30 juillet 2002 concernant !'application de la taxe sur la valeur ajoutee !'affectation d'un logement des fins d'habitation principale et aux travaux de creation et de renovation effectues dans l'interet de logements affectes des fins d'habitation principale et fixant les conditions et modalites d'execution y relatives. a a a SOMMAIRE Resume exE!cutif / Conclusion ................................................................. 4 Chapitre 1 : La situation economique luxembourgeoise et internationale .......................................................................................... 7
- Le passage d'une crise a l'autre : !'inflation est de retour ......................... 7
- Trajectoire du PIB: Effets, source et heterogeneite sectorielle ............... 10 2.
- 2.
- 2.
- 2.
- Evolution du PIB ................................................................................................................ 10 Analyse du PIB par une approche depenses .................................................................... 12 PIB et valeur ajoutee ........................................................................................................ 13 Quid de la repartition de la richesse creee depuis 2019 ? .............................................. 14 Le marche du travail ................................................................................ 17 3.
- 3.
- 3.
- Le ch6mage en baisse ....................................................................................................... 17 L'emploi en permanente croissance ................................................................................. 18 Les vacances de postes : signe d'une penurie de main d'reuvre .................................... 19
- Les taux d'interets : retour d'une variable oubliee .................................. 22
- Projections economiques ........................................................................ 26 5.
- 5.
- Evolution du PIB ................................................................................................................ 26 Evolution de l'inflation ....................................................................................................... 28 Chapitre 2 : La situation budgE!taire ...................................................... 30
- La dette et le deficit public .......................................................................... 30
- Une mise en perspective de la dette publique ................................................ 36 2.
- 2.
- 2.
- Structure de la dette ......................................................................................................... 36 Une dette qui nourrit des avoirs importants .................................................................... 37 Les interets : « Suen dei dropginn » ?............................................................................. 40 Les recettes de !'administration publique ...................................................... 41 3.
- 3.
- Les previsions de recettes ................................................................................................ 41 Un pessimisme budgetaire systemique ............................................................................ 46 Chapitre 3 : Investissements publics ..................................................... 50
- Investissements publics .............................................................................. 50 1.
- 1.
- 1.
- 1.
- 1.
- 1.
- Les investissements publics selon la comptabilite nationale .......................................... 50 Les investissements selon la loi budgetaire : les fonds speciaux de l'Etat .................... 52 Focus sur le fonds du rail. ................................................................................................. 54 L'explosion des investissements dans les capacites militaires ........................................ 55 Les mesures en matiere de transition ecologique ........................................................... 57 Les mesures en matiere de sante .................................................................................... 60 Chapitre 4 : Les inegalites, la pauvrete et !'exclusion sociale au Luxembourg .......................................................................................... 63
- Le taux de risque de pauvrete ou d'exclusion sociale ...................................... 63 1.
- 1.
- 1.
- Le risque de pauvrete monetaire en 2021 (revenus 2020) ............................................ 64 Previsions des revenus, des inegalites et de la pauvrete pour 2021 ............................. 66 Les depenses pre-engagees et les inegalites de niveau de vie arbitrable ..................... 66 Page 1 de 99 1.
- 1.
- La pauvrete multidimensionnelle ...................................................................................... 67 La pauvrete au Luxembourg en quelques mots .............................................................. 70 Mesures proposees par la CSL ...................................................................... 70 2.
- 2.
- 2.
- 2.
- 2.
- Revalorisation de toutes allocations relatives aux prestations familiales ....................... 70 Indexation et revalorisation de l'allocation vie chere (AVC) ........................................... 72 Adaptation des plafonds d'acces au complement accueil gerontologique ...................... 73 Soutien renforce aux families monoparentales ............................................................... 74 Adaptation du SSM par rapport la directive europeenne ............................................. 74 a Chapitre 5 : Politique fiscale .................................................................. 78 a froid et la necessite d'adapter le bareme a !'inflation .............. 79
- La progression
- Credit d'impot monoparental ....................................................................... 82
- Credit d'impot salaire social minimum .......................................................... 83
- Sala ire net d'impot .. ................................................................................... 84 S. Remise des declarations .............................................................................. 85
- Prime participative ..................................................................................... 85
- Regime fiscal des impatries ......................................................................... 86
- Amortissement accelere .............................................................................. 87
- Baisse du taux de TVA pour certains produits et services ................................ 88
- Taux super-reduit de la TVA pour les panneaux solaires .................................. 89
- Taxe CO2 .................................................................................................. 90
- Accises tabac ............................................................................................. 92 Annexe : Les agences de notation sont-elles vraiment transparentes ? 93 Sommaire des graphiques et des tableaux Graphique 1 : Graphique 2 : Graphique 3 : Graphique 4 : Graphique 5 : Graphique 6 : Graphique 7 : Graphique 8 : Graphique 9 : Graphique 10 : Graphique 11 : Graphique 12 : Graphique 13 : Graphique 14 : Graphique 15 : Graphique 16 : Graphique 17 : Graphique 18 : Graphique 19 : Graphique 20 : Graphique 21 : Graphique 22 : Graphique 23 : Graphique 24 : Graphique 25 : Evolution des prix boursiers d'une selection de matieres premieres (en$) ........................... 8 Taux d'inflation annuel par mois (en%) .......................................................................... 9 Evolution du PIB reel desaisonnalise (ind ice 100 = 2020Ql) ............................................. 10 Evolution du PIB (ind ice 100 = 2020Ql) ........................................................................ 12 Evolution reelle des agregats du pib .............................................................................. 13 Evolution de la valeur ajoutee brute reelle desaisonnalisee (indice 100 = 2020Ql) .............. 14 Repartition de la richesse creee dans l'economie (indice 100 = 2019Ql) ............................ 15 Evolution de la repartition de la richesse creee ............................................................... 16 Taux de chomage (en %) ............................................................................................. 18 Evolution de l'emploi (indice 100 = janvier 2020) ........................................................... 19 Pastes vacants (ind ice 100 = janvier 2020) .................................................................... 20 Pastes vacants par metier (septembre 2022) .................................................................. 20 Evolution des taux d'interet directeur (en%) et du cours de change EUR/USD ................... 23 Mensualites et taux d'interet fixes pour emprunts taux fixes sur 30 ans (en€) ................. 24 Mensualites et taux d'interet variables pour emprunts taux variables sur 25 ans (en€) ..... 26 Projections de croissance du PIB reel (en %) .................................................................. 27 Projections d'inflation annuelle (en %) ........................................................................... 28 Evolution du so Ide de !'Administration publique, 2019-2026 ............................................. 30 Evolution de la dette publique 2019-2026, en % du PIB et en millions d'euros .................... 32 L'impacte du financement des mesures COVID-19 et des mesures de la crise energie sur !'evolution de la dette publique ..................................................................................... 33 Evolution de la dette publique selon les budgets pluriannuelles (en% du PIB) .................... 34 Dette publique brute en % du PIB, 2015-2021 ............................................................... 35 Dette publique en % du PIB, 2019 et 2020 .................................................................... 36 Composition de la dette des administrations publiques-Date d'echeance de la dette ............. . publique .................................................................................................................... 37 Mise en relation : Dettes et participations ...................................................................... 38 a a Page 2 de 99 Graphique 26 : Graphique 27 : Graphique 28 : Graphique 29 : Graphique 30 : Graphique 31 : Graphique 32 : Graphique 33 : Graphique 34 : Graphique 35 : Graphique 36 : Graphique 37 : Graphique 38 : Graphique 39 : Graphique 40 : Graphique 41 : Graphique 42 : Graphique 43 : Graphique 44 : Graphique 45 : Graphique 46 : Graphique 47 : Graphique 48 : Graphique 49 : Graphique 50 : Graphique 51 : Graphique 52 : Graphique 53 : Graphique 54 : Graphique 55 : Graphique 56 : Graphique 57 : Graphique 58 : Graphique 59 : Graphique 60 : Graphique 61 : Graphique 62 : Tableau 1 : Tableau 2 : Tableau 3 : Tableau 4 : Tableau 5 : Tableau 6 : Tableau 7 : Tableau 8 : Tableau 9 : Tableau 10 : Tableau 11 : Position nette financiere (en % du PIB) .......................................................................... 39 Evolution de la position nette financiere (en % du PIB) .................................................... 39 Mise en relation des intert~ts payes sur la dette (en millions d'€) ....................................... 40 Mise en relation des inten~ts payes sur la dette (en millions d'€) ....................................... 41 Evolution des recettes d'imp6ts selon leur source ............................................................ 45 Evolution des recettes budgetaires selon les budgets pluriannuels (en millions d'euros) ....... 46 L'evolution projetee des recettes et depenses de !'Administration centrale en fonction de la trajectoire moyenne enregistree en 2018 et 2019 sur les mois septembre-avril ( + 1) ........... 47 L'evolution projetee du solde de !'Administration centrale en fonction de la trajectoire moyenne enregistree en 2018 et 2019 sur les mois septembre-avril ( + 1) .......................... 48 L'evolution projetee des recettes et depenses de !'Administration centrale en fonction de la trajectoire moyenne enregistree en 2018-2021 sur les mois septembre-avril ( + 1) .............. 48 L'evolution projetee du solde de !'Administration centrale en fonction de la trajectoire moyenne enregistree en 2018-2021 sur les mois septembre-avril ( + 1) .............................. 49 Formation de capital (investissements directs) et transferts en capital (investissements indirects) de !'administration centrale; en millions d'euros ............................................... 50 Decomposition des investissements par secteur ; Luxembourg ; en pourcentage du PIB ...... 51 Comparaison des niveaux d'investissements publics et prives ; en pourcentage du PIB ........ 51 Investissement net des administrations publiques ; en pourcentage du PIB ........................ 52 Evolution des avoirs des fonds speciaux de l'Etat ............................................................ 53 Evolution des depenses des fonds speciaux de l'Etat ........................................................ 53 Evolution des recettes des fonds speciaux de l'Etat ......................................................... 54 Depenses et recettes du fonds du rail ............................................................................ 55 Evolution des depenses du fonds militaire ...................................................................... 55 Evolution des investissements environnementaux et climatiques ; en millions d'euros ......... 57 Depenses publiques liees la mise en reuvre du PNEC ; en millions d'euros ....................... 57 Evolution des depenses effectuees par les biais du fonds des infrastructures hospitalieres .... 62 Taux de risque de pauvrete monetaire, en % ................................................................. 65 Taux de risque de pauvrete monetaire, en % selon le type de menage .............................. 65 Taux de risque de pauvrete des salaries, en % en 2021 (revenus 2020) ............................ 66 La prise en compte des depenses pre-engagees deteriore la distribution des revenus et aggrave la pauvrete et les inegalites ............................................................................. 67 La pauvrete au Luxembourg ......................................................................................... 68 Personnes exposees davantage la pauvrete ................................................................. 69 Couverture du budget minimum des enfants par les prestations familiales directes ............. 71 Evolution des demandes, beneficiaires et des depenses ................................................... 72 Sala ire minimum en pourcentage du salarie median/ du salaire moyen
- La situation economiaue Dans la majorite des pays occidentaux, voire mondiaux, les projections economiques se degradent et !'horizon s'assombrit avec chaque nouvelle actualisation des projections. Alors que les Etats-Unis sont deja entres dans une recession technique, les economies europeenne et luxembourgeoise resistent encore. Or, ii devient de plus en plus clair que le choc economique majeur en zone euro ne se materialisera plus en 2022, mais qu'au contraire, la charge economique la plus lourde que cause cette guerre ne se developpera qu'en
- En effet, d'apres les dernieres donnees disponibles, la situation economique europeenne est relativement stable en 2022, soulignant que la resilience des economies est plus forte, respectivement que le choc est moins fort qu'initialement prevu. Le ralentissement economique etant certes deja palpable en cette annee 2022, la recession en zone euro, si elle arrive, devrait certainement se materialiser en 2023 seulement. Or, en comparaison internationale, la situation economique luxembourgeoise est plut6t positive comme l'indiquent les projections economiques pour l'annee
- Meme si, d'apres des estimations, la croissance au Luxembourg est inferieure a la moyenne europeenne en 2022, le contraire est vrai pour l'annee 2023 ou le FMI s'attend a une croissance du PIB reel de 1, 1%, une croissance relativement importante pour une annee de crise . Avec une telle progression, le Luxembourg figurerait parmi les economies en zone euro avec le taux de croissance le plus eleve, sensiblement superieur au taux de croissance moyen de la zone euro de 0,5% ainsi qu'au taux de croissance negatif projete pour l'Allemagne et l'ltalie. II s'ajoute que !'inflation luxembourgeoise compte parmi les plus faibles d'Europe, largement inferieure a !'inflation moyenne de la zone euro de 10, 7% et a !'inflation des Pays-Bas de 17%. Ainsi, seulement la France qui a introduit un bouclier tarifaire fin 2021 connait une inflation legerement moins importante que le Luxembourg, mettant en evidence la performance economique relativement positive dans ces temps de crise de l'economie grand-ducale. De maniere generale, le risque majeur d'une recession economique est alimente entre autres par une incertitude quant a !'evolution de !'inflation dans les mois a venir. Or, d'apres plusieurs etudes, !'inflation n'est pas uniquement due aux problemes d'approvisionnement, mais au contraire par une spirale marge-prix d'apres laquelle les entreprises alimentent !'inflation en augmentant leurs marges. Un autre facteur influenc;;ant !'inflation est sans aucun doute le prix de l'energie dont !'evolution dependra entre autres de la capacite des Etats europeens de reduire leur consommation de gaz pour eviter une penurie qui resulterait en des hausses de prix. Pourtant, le risque d'une explosion des co0ts energetiques a ete reduit fortement par l'accord Solidariteitspak 2.0 conclu lors de la derniere tripartite et repris dans le projet de budget. En gelant les prix du gaz et de l'electricite pour l'annee 2023, la source la plus importante d'inflation est sous contr6Ie, ameliorant ainsi la situation comparative de l'economie luxembourgeoise par rapport aux pays de la zone euro en matiere de previsibilite economique. Cependant, meme si !'inflation est projetee d'etre relativement faible au Luxembourg en 2023 (+3,4%), la situation europeenne en matiere de prix n'est pas promettante avec des projections d'inflation de +6, 1% pour la zone euro selon la Commission europeenne. Une inflation a un tel niveau ne laisse guere de doutes quant a la trajectoire des taux d'interet directeurs de la BCE. Apres trois hausses consecutives des taux d'interet directeurs qui sont passes 0% a 2% en trois mois, d'autres hausses sont a !'horizon, augmentant ainsi la pression sur les crediteurs qui voient leur situation financiere se degrader. La hausse continue des taux d'interet sur les emprunts des menages, combinee a une inflation feroce qui n'etait plus connue depuis 40 ans, represente un risque reel pour les menages qui voient leur pouvoir d'achat s'effondrer. Or, notre Chambre regrette que la Page 4 de 99 problematique des taux d'interet n'ait ete suffisamment importante pour etre thematisee dans le projet de budget. a a La recherche de solutions hauteur des defis actuels doit continuer se faire en etroite cooperation avec les partenaires sociaux sous forme de reunions tripartites. De ce fait, notre Chambre se rejoint la revendication du TUAC qui demande ce que l'OCDE et les Etats membres: « Take action to raise collective bargaining representation, by supporting social dialogue and tri-partite solutions to economic challenges at times of crises, as well as by reversing labour market deregulation that has constrained workers' income growth over the past decades and reduced standard forms of work, weakening the fabric of our societies. ». En effet, la prise en consideration des positions des representants des salaries est primordiale pour assurer de mesures effectives garantissant la paix sociale au Grand-Duche. a a
- La situation budqetaire et d'investissements Dans ces temps de crise, une approche prospective en matiere de politique budgetaire est indispensable. C'est ainsi qu'une politique budgetaire contracyclique est necessaire pour eviter une recession persistante et se substituer une partie de la demande privee qui se replie dans cette periode d'incertitude economique. Or, cette politique contracyclique devrait reposer sur deux piliers importants : le soutien des menages par une hausse des depenses sociales et de compensation pour renforcer leur pouvoir d'achat, ainsi qu'une hausse generalisee de l'investissement. a Des lors, notre chambre salue la nature expansive du projet de budget pour laquelle une degradation (temporaire) des finances publiques doit etre prise en compte. Or, en ce qui concerne la situation budgetaire, une degradation tres claire peut etre observee dans la projection des finances publiques. Avec un deficit public projete de -0,4% pour 2022 et de -2,2% pour 2023, la dette publique augmentera dans les prochaines annees et atteindra un niveau de 26,3% du PIB en 2023 si les estimations de deficit se materialisent. Un tel niveau de dette publique reste considerablement endessous du seul seuil de dette contraignant, savoir les 60% du PIB d'apres les criteres de Maastricht, et ii reste meme significativement en-dessous du seuil de 30% que le Gouvernement s'est auto-impose. Pourtant, meme si une deterioration de la situation budgetaire parait certaine, rien n'est certain quant son ampleur. En effet, tandis que le projet de budget se base sur un deficit de 0,4% en 2022 et un deficit de 2,2% en 2023, les projections budgetaires de la Commission europeenne sont plus optimistes. Ainsi, d'apres la Commission, le deficit sera quasi nul en 2022 (0, 1% ) et sensiblement plus faible que projete par le Ministere des Finances en 2023 aussi (-1,7%), resultant en une projection de dette plus faible (-26% en 2023). D'une maniere ou d'une autre, la deterioration de la situation budgetaire reste completement raisonnable et doit etre comprise comme un prix payer pour garantir une stabilite economique et sociale au sein du Grand-Duche. a a a Quant aux recettes, une evolution tres heterogene des differentes sources de revenu de l'Etat est projetee. Tandis que les recettes totales de l'Etat sont projetees de croitre de 5,5%, la hausse des recettes sur les salaires et les traitements devrait depasser les 15%, soulignant que les travailleurs contribueront une part (encore) plus elevee des recettes fiscales. Or, cette hausse splendide de plus de 15% des impots collectes sur les salaires n'est pas due (exclusivement) une hausse de l'emploi (qui est estimee d'arrondir les 2%), mais plutot et principalement la progression froid. En effet, en raison de la hausse nominale des revenus induite par deux tranches indiciaires en 2023, le taux d'imposition (marginal et moyen) des menages augmentera, de maniere ce que la charge fiscale augmentera plus vite que les revenus. a a a a a a Pour contrecarrer cet effet de la progression froid, notre Chambre reitere sa revendication d'une adaptation complete et immediate du bareme d'imposition !'inflation. Une telle adaptation ne peut pas etre comprise comme un co0t pour l'Etat, comme le repete le ministere des Finances, mais doit plutot etre comprise comme une restitution de l'impot trop perc;u par l'Etat. En effet, !'adaptation du bareme fiscal !'inflation permettrait de garder un certain status quo en matiere de fiscalite, ou le taux marginal d'imposition, respectivement le taux moyen d'imposition, n'augmente pas en cas de hausse du revenu nominal, mais seulement en cas d'une hausse de revenu reel ! a a Ence qui concerne les depenses de l'Etat, une hausse importante est constatable, certainement aussi en raison d'un niveau de prix en hausse qui s'impose l'Etat (aussi). Or, force est de constater qu'une partie non negligeable de la hausse des depenses incombe la hausse de 13, 7% des depenses d'investissements que notre Chambre salue, principalement pour ce qui concerne la hausse dans le domaine de la transition energetique, ecologique et numerique. II est d'ailleurs primordial de garantir un niveau d'investissement important dans ces temps de crise pour continuer assurer, voire a a a a Page 5 de 99 renforcer le systeme public luxembourgeois, tant en matiere sociale qu'en matiere de sante. Tout de meme, tout en saluant une hausse considerable des depenses d'investissements, notre Chambre est d'avis que le niveau de hausse projete pour 2023 semble tres optimiste. De maniere plus generale, notre Chambre estime que le deficit budgetaire, ainsi que la dette publique seront plus faibles que prevus en raison de la non-realisation de certains projets d'investissements, combinee la sous-estimation des recettes fiscales. En effet, la CSL estime que l'ampleur de la degradation budgetaire projetee pour les quatre derniers mois de 2022 sera moindre que prevue, ameliorant ainsi aussi la situation pour
- Effectivement, ii nous semble peu probable que l'excedent budgetaire qui s'elevait quasiment un milliard d'euros en aout encore finira par resulter en un deficit de presque 1,4 milliards d'euros en 2022 com me l'indique le projet de budget. De meme, la non-realisation de plusieurs projets d'investissement en 2022, mais aussi en 2023, va davantage redresser les previsions budgetaires vers le haut. La CSL se sent ainsi confirmee par les projections budgetaires plus optimistes de la Commission europeennes. a a
- La situation sociale Notre chambre regrette que les inegalites sociales et la pauvrete ne soient pas parmi les priorites de ce projet de budget dans lequel aucune mesure concrete n'est prevue pour contrer ces problemes sociaux. Pourtant, les inegalites et la pauvrete sont en constante progression et elles sont alimentees davantage par une inflation qui touche les pauvres d'une maniere plus forte que les riches. De ce fait, la CSL repete ses revendications pour une action resolue contre la pauvrete et les inegalites. Tout d'abord, la CSL revendique une revalorisation complete des prestations familiales. En effet, tout en saluant la reindexation des allocations familiales depuis octobre 2021, notre Chambre reitere la necessite d'indexer !'ensemble des prestations familiales comme l'a ete prevue dans l'accord entre le Gouvernement et les syndicats en
- De meme, !'adaptation des prestations familiales !'evolution du revenu median telle que l'a prevue ce meme accord continue etre revendiquee par notre Chambre. a a Ensuite, la CSL propose une revalorisation de !'allocation de vie chere pour tenir compte de l'echeance qui s'approche de la prime d'energie, ainsi qu'une adaptation du niveau en fonction de !'evolution de l'indice des prix. Un relevement de cette allocation reservee aux menages avec les plus faibles revenus est indispensable pour combattre la pauvrete et pour tenir compte de la realite economique actuelle. Une troisieme revendication de notre Chambre est !'adaptation du plafond d'acces au complement accueil gerontologique qui, liee une hausse de la pension minimale, devrait reduire les contraintes financieres des personnes voulant vivre dans une institution de vieillesse. En effet, en raison du plafond de cette aide et cause des prix des etablissements eleves, notre Chambre est d'avis qu'il faut reevaluer le bareme de 2004 auquel est lie cette aide. a a Outre ces aides, notre Chambre revendique un soutien renforce aux families monoparentales pour tenir compte de leur risque de pauvrete exceptionnellement eleve. Tout en saluant la hausse significative du credit d'impot monoparental dans le projet de budget, la CSL est d'avis que cette hausse ne suffit pas et que d'autres adaptations au niveau de la fiscalite doivent etre considerees, principalement au niveau de la classe d'impot. Finalement, pour tenir compte de la hausse continue de la pauvrete laborieuse, notre Chambre revendique une revalorisation consequente du niveau du salaire minimum. A cet egard, la CSL salue la decision de revalorisation du salaire minimum de 3,3% partir de janvier
- Pourtant, en vue de la pauvrete laborieuse qui continue augmenter et qui se situe actuellement 13%, la CSL est d'avis que la revalorisation n'est pas suffisante et qu'une revalorisation structurelle est necessaire. a a a
- La situation fiscale En matiere de politique fiscale, le projet de budget est une deception aux yeux de notre Chambre. Malgre certaines modifications ponctuelles qui sont saluees, le projet de budget manque d'ambition dans la politique fiscale et les mesures ne sont pas la hauteur des defis. En effet, meme si la CSL salue la baisse de la TVA qui est un impot regressif, ainsi que la hausse du credit d'impot monoparental, d'autres revendications de longue date de notre Chambre n'ont pas ete considerees. a Page 6 de 99 Combine a la revendication d'une revalorisation immediate et complete du bareme d'imposition a !'inflation, notre Chambre propose une reorganisation plus vaste du bareme pour soulager les petits et moyens revenus aux depens des plus hauts revenus. Cette revendication de longue date permettrait de reduire la progressivite du bareme pour les petits et moyens revenus et de l'etendre aux plus hauts revenus, tout en tenant compte de !'inflation depuis 2017, derniere date a laquelle le bareme a ete modifie. Dans ces temps de crise et de perte de pouvoir d'achat, des allegements fiscaux pourrait renforcer le pouvoir d'achat des menages, limitant ainsi le ralentissement economique et augmentant par-la les recettes de l'Etat. De plus, pour tenir compte de la progression nominale et non-reelle des revenus en raison de !'indexation des salaires, notre Chambre revendique que les credits d'impots (credit d'impot pour salaries, credit d'impots pour pensionnes, etc.) avec les bornes de revenus y lies, ainsi que les abattements (frais d'obtention, frais de deplacement, etc.) soient revalorises. En effet, sans cette revalorisation, le montant reel de ces credits d'impot et de ces abattements sont en constante baisse de maniere a ce qu'ils ne remplissent plus leur role en raison de !'inflation. De meme, sans revalorisation des bornes de revenus pour le CIS et le CIP, une part de plus en plus faible de la population profite de ce credit d'impot, non pas a cause d'une hausse de leur revenu reel, mais a cause d'une hausse du niveau de prix ! Finalement, la CSL revendique la fin, respectivement l'abaissement des privileges fiscaux octroyes aux revenus de capitaux qui ne sont pas accordes aux revenus du travail. Ainsi, !'exoneration du demi-dividende, tout comme !'exoneration de 1500 euros appliquee sur les revenus du capital vont a l'encontre de l'equite fiscale horizontale et devraient etre baissees, voire abolies. De meme, les avantages fiscaux accordes aux multiproprietaires-bailleurs a travers de deductions fiscales devraient etre restreints davantage pour reduire une spirale visant a augmenter les inegalites. Dans cet esprit, la restriction de ne pouvoir profiter d'un amortissement accelere que deux fois au long de sa vie, comme le prevoit le projet de budget, va dans une bonne direction, mais n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. Enfin, le traitement fiscal plus avantageux des plus-values et des benefices de speculation necessite une reforme profonde afin de mettre fin a ce systeme injuste. Chapitre 1 : La situation economique luxembourgeoise et internationale
- Le passage d'une crise a l'autre : l'inflation est de retour Le debut de guerre en Europe n'a pas fait tarder des reactions des marches economiques. L'explosion des prix de l'energie, tout comme des problemes d'approvisionnement de nombreuses autres matieres premieres etaient les premiers facteurs signalant un effet sur l'economie europeenne et internationale de la guerre. C'est ainsi qu'en consequence directe de la guerre, le prix du gaz en bourse s'est multiplie par plus de trois ( +224%) pendant que celui du charbon a augmente de 150% et celui du petrole de 60% entre le debut janvier et debut mars
- En pleine volatilite du marche, les prix sont debut novembre tout de meme plus faibles qu'en mars 2022, le prix du gaz et du petrole n'etant plus que 70%, respectivement 20% superieur a leurs niveaux respectifs de debut de l'annee. Page 7 de 99 Graphique 1 : Evolution des prix boursiers d'une selection de matieres premieres (en$) - - - Gaz (TTF Dutch Gas) Petrole brut (Brent) (edd) - Charbon 560 120 480 110 400 100 320 90 80 "' ~ 160 V 70 80 60 Jan Apr Jul Oct Source : TradingEconomics (portail d'analyse de donnees statistiques) La hausse fulminante des prix de l'energie, marquant du debut d'une forte instabilite sur le marche des matieres primaires, s'est au fil des derniers mois traduite par une hausse des prix d'une majorite des biens de consommation finale et subsequemment par une hausse globale de !'inflation. En janvier 2022, seulement six des 43 groupes de produits de consommation avaient augmente de plus de 5% par rapport au meme mois de l'annee precedente, induisant un taux d'inflation total de l'IPCN de 3,6%. Au mois de mars, lors de la premiere flambee des prix des matieres premieres a la suite de la guerre, le taux d'inflation grimpait deja a 6% et 13 groupes de produits de consommation affichaient une inflation superieure a 5%. Or, dans les mois suivants, le taux d'inflation a continue a grimper pour atteindre un maximum (provisoire) de 7,43% en juin, ou, comme au mois de septembre, 21 des 43 groupes de produits de consommation sont en hausse de plus de 5% par rapport a l'annee precedente. L'inflation qui etait limitee aux seules matieres premieres au debut de l'annee s'est ainsi rapidement etendue sur !'ensemble des biens et !'ensemble de l'economie, se transformant ainsi definitivement d'un probleme boursier a un probleme de pouvoir d'achat. La tres forte hausse des prix au Luxembourg n'est pourtant loin d'etre une particularite nationale. Bien au contraire, !'inflation causee par la guerre, mais aussi par les goulets d'etranglements, est une realite occidentale, voire mondiale. En comparaison internationale, le Luxembourg se comporte meme relativement bien en ce qui concerne !'inflation. En effet, pendant les derniers six mois le taux d'inflation au Luxembourg etait parmi les plus faible en comparaison europeenne et occidentale. Ainsi, parmi les pays de l'Union europeenne, seulement la France, qui a impose un bouclier tarifaire sur certains produits (avant tout produits energetiques) depuis 2021, a un taux d'inflation qui est legerement inferieur a celui du Luxembourg. Plus concretement, le taux d'inflation luxembourgeois, calcule par l'IPCN, a varie entre 6, 14% et 7,43% depuis mars 2022, le situant ainsi legerement audessus de celui de la France qui a varie entre 5 et 6,8% pendant cette meme periode. Les autres pays limitrophes ont des taux d'inflation qui sont sensiblement plus importants atteignant 10,9% en l'Allemagne et meme 12% en Belgique en septembre
- Page 8 de 99 Graphique 2 : Taux d'inflation annuel par mois (en%) _._ LU (IPCN) - LU (IPCH) - . - BE - DE - - - FR -+- NE - . - uE - ZE - UK - - USA 18 Sources : Eurostat, Statec, US Inflation calculator, UK - Office for National Statistics ; Graphique : CSL Or, le probleme de !'inflation est un risque majeur qui pourrait mettre en danger davantage la stabilite ainsi que la previsibilite economique. Les goulets d'etranglements dus la politique dite de zero Covid en Chine, tout comme les problemes d'approvisionnement dus la guerre en Ukraine ne sont que difficilement, voire pas du tout influenc;ables par des politiques nationales ou meme europeennes. Pourtant, meme si ces deux facteurs sont indubitablement parmi les raisons principales de la hausse actuelle des prix mondiaux, elles ne sont pas les seules qui exercent une pression la hausse de !'inflation. a a a En effet, d'apres une etude recente 1 de l'Institut d'Economie Politique (Economic Policy Institute), la hausse des marges commerciales des entreprises etait-elle seule responsable de 54% de la hausse de !'inflation post-covid aux Etats-Unis. La hausse des co0ts non-salariaux (hausse des prix des matieres premieres par exemple), quoique tres importante, etait responsable pour « seulement » 38% de la hausse de !'inflation apres la pandemie. Ainsi, ii se montre que, sous le mantra de la hausse des prix des matieres premieres et des problemes d'approvisionnement, (certaines) entreprises profitent pour augmenter leur marge et ainsi leurs profits commerciaux, aux depens des menages qui voient leur pouvoir d'achat baisser. Or, ii s'en suit que !'inflation n'est pas uniquement importee a partir des regions a haute tension geopolitique, mais qu'au contraire elle est en grande partie faite maison. D'apres la meme etude, la hausse des co0ts salariaux n'est responsable de seulement 8% de la croissance de !'inflation. Meme si ces resultats sont issus d'une etude americaine, aucune raison n'existe pour que ce phenomene soit different en Europe, voire au Luxembourg. Partant, ii s'en sort que pour combattre !'inflation et la perte de pouvoir d'achat resultante, les responsables politiques et economiques devraient plutot s'attaquer aux marges commerciales des entreprises qu'au mecanisme de !'indexation automatique des salaires. En effet, les constantes attaques sur les salaires n'aboutiront pas baisser !'inflation tant que les marges commerciales continuent leur hausse. a Pourtant, certains responsables sement la peur que le mecanisme d'indexation des salaires peut declencher une spirale salaires-prix. Or, la peur d'une spirale salaires-prix, d'apres laquelle une hausse des salaires en temps d'inflation alimente !'inflation davantage, de maniere creer un cercle vicieux dans lequel !'inflation devient incontr61able, a ete qualifiee comme injustifiee par les economistes du Fonds monetaire international (FMI). 2 En effet, en com pa rant la crise economique actuelle des evenements de crise comparables, le FMI conclut qu'il n'existe pas d'indication que la situation actuelle puisse mener a un tel cercle vicieux dans lequel la hausse des salaires implique une hausse continue de !'inflation. Finalement, le FMI vient meme la a a a 1 https://www.epi.org/blog/corporate-profits-have-contnbuted-d1sproport1onately-to-inflation-how-should-policymakers- ~ 2 IMF
- Wage dynamics post-covid-19 and wage-price spiral risks. World economic outlook : countering the cost-of- living crisis Page 9 de 99 a a conclusion qu'il n'existe pas d'evidence claire ce que la hausse des salaires menerait une hausse des prix des biens de consommation, renonc;ant done clairement de supporter l'hypothese de l'autoallumage. Cette decouverte du FMI vient s'ajouter aux multiples etudes luxembourgeoises selon lesquelles !'indexation automatique des salaires n'a pas d'effet declencheur d'une spirale prix-salaire. Effectivement, le Statec, tout comme la CSL et des chercheurs de l'universite de Francfort ont montre plusieurs reprises que le declenchement d'une tranche indiciaire n'augmente l'IPCN que marginalement, entre 0,21 % et 0,31 % selon les differentes etudes, refutant ainsi toute possibilite de spirale salaire-prix. 3 4 5 6 a
- Trajectoire du PIB sectorielle Effets, source et heterogeneite 2.
- Evolution du PIB Apres une baisse inedite du PIB au deuxieme trimestre de 2020 (-5,6%), resultat de la pandemie du Covid-19, la situation economique globale s'est rapidement redressee tant au Luxembourg qu'aux pays frontaliers et europeens. Avec une hausse du PIB reel de plus de 8% au troisieme trimestre de la meme annee par rapport au trimestre precedent, le Luxembourg a, tout comme la France, tres vite recupere le niveau de PIB avant-pandemie. D'autres pays ne l'ont atteint que sensiblement plus tard, savoir 2021Ql pour la Belgique, 2021Q2 pour la zone euro et l'Union europeenne, et seulement 2021Q3 pour l'Allemagne. La relance post-covid etait prevue se poursuivre pendant les annees 2022 et 2023 avec des hausses du PIB projetees de 3,9% et 2,9% respectivement pour le Luxembourg ainsi que de 4,0% et 2,8% pour !'Union europeenne. Or, ces projections ne pouvaient pas tenir compte de la guerre en Ukraine qui a bouleverse toutes les projections economiques court et moyen terme. a a Au debut de l'annee 2022, le Luxembourg et la France avaient un PIB reel qui etait plus de 6% audessus du niveau avant-pandemie, alors que d'autres pays, tel que l'Allemagne, avaient peine restitue leur niveau de PIB avant-crise. Partant, ii est evident que la resilience des economies europeennes la crise actuelle peut varier aussi du comment elles se sont retablies de la crise precedente. a a Grap hique 3 : Evolu twn du PIB reel desa 1sonnalise (indice 1 0 0 = 2020Q1 ) ~ 110 Ur. -•- 2r BE DE 202101 202102 ~ FR -+- LU 105 100 95 90 85 80 202001 202002 202003 202004 202103 202104 202201 202202 Sources : Eurostat; Graphique : CSL 3 Hujer, Rodrigues
- Le phenomene d'auto-allumage dans le contexte de !'indexation des salaires 6 Dialogue-analyse n°4-
- CEP-L. L'inflation au Luxembourg de 1999 2007 : Mythes et realites. a Page 10 de 99 a Or, cette date, seules les donnees economiques pour les deux premiers trimestres 2022 sont disponibles pour tous les pays de l'Union europeenne, rendant difficile la comprehension des veritables effets de premier tour, et encore plus de second tour, que peut avoir eu, ou qu'aura la guerre sur l'economie . En effet, du fait que seulement une partie des effets s'est effectivement materialisee au second trimestre, dans l'immediat apres le debut de guerre, les donnees economiques actuelles ne sont capables de prendre en compte tous les effets econom iques. Cependant, les recentes donnees provisoires pour le troisieme trimestre 2022 de quelques grandes economies europeennes, d'apres lesquelles le PIB reel continue sa progression en Allemagne, en Italie et en zone euro plus generalement, sont relativement positives, soulignant la resilience des economies et le fait que la situation en 2022 est plus positive qu'initialement prevue. A ce stade, seulement les apprehensions de conjoncture des agents economiques collectees dans des enquetes peuvent etre utilisees pour evaluer la situation en temps reel. Or, d'apres les plus recentes donnees de l'enquete PMI publiees par le Statec 7 , l'activite economique est a la baisse en zone euro impliquant ainsi une projection de contraction du PIB pour le troisieme et le quatrieme trimestre de 2022, et par la a une entree en recession technique a la fin de l'annee. Pourtant, tout en etant considerables, ces apprehensions ne sont tout de meme qu'une image incomplete, voire meme subjective de la realite economique par les agents. Ainsi on peut noter que d'apres cette enquete de conjoncture ii aurait du avoir une contraction du PIB en zone euro au troisieme trimestre, tandis que d'apres la Commission europeenne le PIB reel desaisonnalise a progresse de 0,2%. Par consequent et de maniere general on peut done dire que, tant que des donnees agregees officielles ne soient disponibles, rien ne peut etre conclu definitivement sur la situation economique. Pourtant, qu'une telle hausse de !'inflation ne puisse rester sans effets economiques semble evident. Pour le Luxembourg, les premiers effets de cette instabilite ont pu etre observes dans les statistiques economiques au deuxieme trimestre
- Pendant que le PIB nominal a poursuivi sa hausse, avec une croissance annuelle de 9,9% et une croissance trimestrielle de 4%, le PIB reel s'est tres legerement contracte de 0,5% par rapport au trimestre precedent. En comparaison avec les autres economies limitrophes ainsi qu 'avec la moyenne de la zone euro ou de l'Union europeenne, le Luxembourg est le seul pays a avoir subi une contraction economique au deuxieme trimestre de 2022 d'apres les donnees provisoires de la comptabilite nationale. En moyenne europeenne, le PIB a progresse de 0, 7%, voire de 0,8% pour la moyenne de la zone euro du premier au deuxieme trimestre, pendant que la hausse a ete de 0,5%, 0,2%, voire 0, 1% pour la France, la Belgique et l'Allemagne respectivement. Pourtant, cette legere baisse ne devrait etre surevaluee. En effet, non seulement la baisse est constatee a partir de donnees qui ne sont que provisoires, mais ii s'ajoute qu'en comparaison annuelle, le deuxieme trimestre affichait une croissance de 1,6% par rapport au niveau du meme trimestre de l'annee precedente . ' ConJoncture Flash - Octobre . Page 11 de 99 Graphique 4 : Evolution du PIB (in dice 100 = 2 020Ql ) ~ PIB reel desaisonnalise 135 - PIB nominal 202102 202103 130 125 120 115 110 105 100 95 90 202001 202002 202003 2020OA 202101 202104 202201 202202 Source : Statec - Comptes nationaux ; Graphique : CSL 2.
- Analyse du PIB par une approche depenses a S'il est vrai que le PIB a baisse au deuxieme trimestre, ii est utile d'identifier quoi cette baisse est due. Or, en analysant !'evolution des differents agregats qui ferment le PIB, les facteurs impliquants sa baisse peuvent etre identifies. La forte baisse de !'exportation des biens (-6, 7%) et de l'investissement (-4,8%), mais aussi la legere baisse de la depense de consommation finale (-0,4%) et la hausse de !'importation des services (+1,3%) sont les facteurs qui ont fait pression la baisse du PIB luxembourgeois au deuxieme trimestre
- Cette baisse du PIB a pourtant pu etre limitee par une baisse de !'importation de biens (-4,5%) ainsi que par une hausse de !'exportation de services (1%). a En desagregeant les depenses de consommation finale par type d'agent, ii apparait que les depenses de consommation de !'administration publique ont legerement augmente (+0,5%), tandis que celles des associations sans but lucratifs, mais aussi, et principalement, celles des menages ont baisse de 0,7%, respectivement de 0,8%. Cette baisse des depenses de consommation des menages peut etre qualifiee soit comme un premier indicateur de perte de pouvoir d'achat des menages qui sont obliges de reduire leur consommation suite a la hausse des prix, soit comme un indicateur demontrant un changement comportemental des menages en periode d'incertitude economique. D'une maniere ou d'une autre, cette baisse devra etre suivie attentivement pour eviter que la baisse continue de la consommation des menages seme davantage d'incertitude economique et provoque une recession. Page 12 de 99 Graphique 5 : Evolution reelle des agregats du pib 4.000 16.000 3.000 15.500 2.000 15.000 1.000 14.500 I 0 14.000 -1 000 13.500 -2.000 13.000 20200 1 - 202002 202003 Depense de consommation fi nale(+) Exportations de services(+) - 202004 - 202101 202102 202103 202104 202 20 1 202202 Formation brute de capital(+) - Export at ions de biens (+) Import ations de biens (-) - Importations de services(-) PIB reel desaisonnalise (edd) Source : Statec - Comptes nationaux ; Graphique : CSL 2.
- PIB et valeur ajoutee La baisse du PIB, traduite par une baisse de la valeur ajoutee brute, doit etre analysee non seulement d'une perspective de depenses, mais elle doit aussi etre etudiee par une analyse sectorielle de !'evolution de la valeur ajoutee brute. Autrement dit, sachant que le PIB est egal la somme des valeurs ajoutees, ii est indispensable d'identifier les secteurs auxquels incombent les baisses de la valeur ajoutee pour adapter les politiques economiques et financieres des mois venir. a a Or, tout d'abord faut-il remarquer que le PIB s'est contracte plus vite que la valeur ajoutee brute (-0,53% contre -0,38%), signe que les impots nets (impots-subventions) ant baisse mains vite que la valeur ajoutee. Ensuite, ii faut pointer du fait que !'evolution de la valeur ajoutee brute, ne s'est pas manifestee de maniere homogene dans tous les secteurs d'activite comme le met en avant le graphique suivant. En effet, tandis que la valeur ajoutee brute a baisse de 0,38% en moyenne au deuxieme trimestre par rapport au trimestre precedent, elle a progresse de plus de 7% dans l'Horeca, de 2,4% dans le secteur des activites financieres et d'assurance et de plus d'l % dans le secteur des activites specialisees, scientifiques et techniques ainsi que dans le secteur des activites immobilieres. En revanche, de fortes baisses sont constatables dans le secteur de la construction (8, 7%), le secteur de l'industrie manufacturiere (-7%) et dans le secteur de !'information et de la communication (-5%). Malgre la forte baisse trimestrielle de la valeur ajoutee dans le secteur de la construction par exemple, !'evolution annuelle dans ce secteur etait positive. En effet, le premier trimestre ayant ete marque par une hausse exceptionnellement forte, la baisse de la valeur ajoutee dans le secteur de la construction au deuxieme trimestre peut etre relativisee. En comparant la valeur ajoutee brute du deuxieme trimestre 2022 celle du deuxieme trimestre 2021, on voit qu'en comparaison annuelle, la VAB n'a baisse uniquement pour le secteur des activites immobilieres ainsi que pour le secteur de !'information et de la communication. a Page 13 de 99 Graphique 6 : Evolution de la va leur ajoutee bru te reelle desaisonnalisee (indice 100 = 2020Ql) - -e-- Construction lndustrie man ufacturie re _.,._. Commerce; Transports et ent. Horeca - - Act. speciali sees, sc1 entifi ques et tech niques; act. immob11ieres Sante humai ne et action sociale - Act finan cif!res et d'assurance Act de services adm. et de soutien Valeur ajoutee brute totale ~ Information et comm. 120 110 100 90 I 80 70 "/ 60 V 50 40 202001 202002 202003 202004 202101 2021Q2 202103 2021Q4 202201 202202 Source : Statec - Comptes nationaux ; Graphique : CSL 2.
- Quid de la repartition de la richesse creee depuis 2019 ? La situation economique actuelle avec !'ensemble de ses incertitudes peut soulever la question sur la capacite d'absorption d'eventuels chocs par les entreprises. En effet, on peut se demander si les difficultes economiques et/ou financieres actuelles et futures peuvent mettre immediatement en peril les entreprises ou si, au contra ire, les entreprises ont pu profiter des annees de vaches grasses pour epargner et se garantir pour des periodes imprevisibles. a Or, depuis 2019, l'excedent brut d'exploitation a augmente un rythme beaucoup plus eleve que la remuneration des salaries, impliquant une baisse continue de la part salariale. Ainsi, pendant que la valeur ajoutee brute nominale (desaisonnalisee) a progresse de 30%, la remuneration des salaries a augmente de 26% et l'excedent brut d'exploitation de 36%. Autrement dit, l'excedent brut d'exploitation a augmente presque 40% plus vite que les salaires, signe d'une concentration de la valeur ajoutee aupres des employeurs. Subsequemment, la part salariale a baisse de deux points de pourcentage pendant ces deux annees et demie de 55,8% 53,8%. a Par consequent, les employeurs avaient au deuxieme trimestre 2022 un excedent brut d'exploitation qui etait quasiment deux milliards d'euros superieur au niveau d'EBE du premier trimestre
- Les employeurs ayant concentre une part de plus en plus importante de la valeur ajoutee, aux depens des salaries, n'auraient-ils pas eu l'occasion pour epargner et s'assurer contre ces annees de vaches maigres? Ou est-ce que cette hausse (absolue et relative) de l'EBE n'a-t-elle enfin pas profite a (la previsibilite de) l'entreprise, mais qu'a l'employeur ? Page 14 de 99 Graphique 7 : Repartition de la richesse creee dans l'economie (indice 100 = 2019Q1 ) -+- Valeur aj outee brute - Re muneration des sala ri es --.-- Excedent brut d'exploi tatio n 140 135 130 125 120 115 110 105 100 95 02 01 03 04 20JC 01 02 03 04 02 01 2 020 03 04 01 2 021 02 20 2 2 Source : Eurostat ; Graphique : CSL a a L'evolution la hausse relative de l'excedent brut d'exploitation agrege par rapport la remuneration des salaries s'est effectivement manifestee dans la quasi-totalite des differents secteurs economiques. Ainsi, ce sont seulement le secteur de !'information et de la communication, le secteur des activites immobilieres ainsi que le secteur de !'administration publique, de l'enseignement, de la sante humaine et de l'action sociale ou la remuneration des salaries a augmente plus vite que l'excedent brut d'exploitation. En revanche, dans tous les autres secteurs, qui representent pourtant une partie bien plus importante de l'economie totale, l'EBE a progresse plus vite que la remuneration des salaries depuis
- En guise d'exemple, dans le secteur de l'industrie, l'EBE a augmente de 50%, soit deux fois plus que la valeur ajoutee brute et cinq fois plus que la remuneration des salaries, baissant la part salariale ainsi de 60% a 53%. D'importantes hausses se sont aussi materialisees dans le secteur des services financiers et d'assurance, tout comme dans le secteur du commerce, de l'Horeca et du transport et l'entreposage, ainsi que dans le secteur des activites specialisees. II s'en suit qu'au moins une partie des employeurs dans ces secteurs devrait avoir les moyens de faire face a une eventuelle crise sans etre confrontee a des problemes existentiels imminents. a L'asymetrie du choc economique, combine !'evolution heterogene de l'excedent brut d'exploitation et de la part salariale pendant les dernieres annees, devrait nouveau souligner la necessite absolue que les aides economiques envers les entreprises soient ciblees. a Page 15 de 99 Graphique 8 : Evolution de la repartition de la richesse creee ACTIVITES FINANCIERES ET D'ASSURANCE (INDICE 100 = 2019Ql) INDUSTRIE (INDICE 100 = 2019Ql) - VAB - Remuneration des salaries - - · EBE 150 ....,_, VAB J 140 130 - Remuneration des salaries ..,.._ EBE 160 150 140 130 120 120 110 110 100 100 90 90 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 2019 2020 2021 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 2022 2019 COMMERCE, TRANSPORT, HORECA (INDICE 100 = 2019Ql) - VAB - Remuneration des salaries - 2020 2021 2022 CONSTRUCTION (INDICE 100 = 2019Ql) - e - , VAB - - - Remuneration des salaries ----- EBE EBE 170 190 160 170 150 140 150 130 130 120 110 110 100 90 90 80 70 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 2019 2020 2021 QlQ2Q3Q4QlQ2Q3Q4QlQ2Q3Q4QlQ2 2022 2019 INFORMATION ET COMMUNICATION (INDICE 100 = 2019Ql) - VAB - Remuneration des salaries 2020 2021 2022 ACTIVITES IMMOBILIERES (INDICE 100 = 2019Ql) - ... - EBE VAB - Remuneration des salaries - EBE 150 130 120 140 110 130 100 120 90 80 110 70 100 60 50 90 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 2019 2020 2021 2022 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 2019 2020 2021 2022 Page 16 de 99 ACT. SPEC., SCI. ET TECH.; ACT. DE SERVICES ADM. ET DE SOUTIEN (INDICE 100=2019Ql) - VAS - Remuneration des salaries - + ADM. PUB., DEFENSE, EDUC., SANTE HUMAINE ET ACTION SOCIALE (INDICE 100=2019Ql) ~ VAB _,._ Remuneration des salaries ~ EBE 135 EBE 130 190 125 120 170 115 150 110 105 130 100 110 95 90 90 Ql Q2 Q3 Q 4 Q l Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q 4 Ql Q2 2 019 20 2 0 20 2 1 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 Q3 Q 4 Ql Q2 Q3 Q4 Ql Q2 2 019 2022 20 2 0 2 021 2022 Source : Eurostat ; Graphique : CSL
- Le marche du travail 3.
- Le chomage en baisse a Malgre une situation economique qui commence se resserrer legerement, la situation sur le marche du travail n'a guere de similarites avec un marche en crise. Pendant la crise pandemique, le taux de ch6mage desaisonnalise a bondi 7 ,4%, un niveau record depuis plus de 7 ans en raison de la pandemie. Or, cette montee du taux de ch6mage a ete suivie d'une baisse continue, de maniere ce que le niveau d'avant-pandemie a ete atteint en septembre
- La baisse du taux de ehomage s'est ensuite poursuivie jusqu'en mai 2022 pour atteindre 4,68%, un niveau planeher qui n'etait plus atteint depuis janvier
- Depuis ee niveau minimal atteint en mai 2022, la situation ehez les demandeurs d'emploi stagne et le taux a meme legerement augmente de 0,15 point de pourcentage un niveau de 4,83% en septembre
- La baisse annuelle du nombre de ehomeurs de 9,6% a ete plus prononeee pour les ehomeurs de longue duree qui ont vu leur nombre s'eerouler d'environ 25%. Cependant, malgre eette baisse tres importante, les ehomeurs de longue duree eontinuent a representer un tiers du nombre total des ehomeurs et sont parmi les demandeurs d'emploi les plus preeaires. a a a Le taux de ch6mage officiel reposant sur des donnees administratives et correspondant au ratio entre personnes inscrites aupres de l'Agence pour le developpement de l'emploi (ADEM) et population active, n'est pour autant pas une mesure parfaite des personnes sans emploi la recherche ou disponibles pour un emploi. En effet, pour avoir une vision plus complete de la population active, ii est possible d'analyser un taux de ch6mage elargi en etendant la definition du ch6mage aux personnes qui sont soit dans une zone grise entre emploi et ch6mage, telles que les personnes en sous-emploi travaillant temps partiel et voulant travailler plus ou les personnes en mesure d'activite, soit dans une zone grise entre ch6mage et inactivite, telles que les personnes disponibles pour un emploi, mais pas la recherche active ou les personnes la recherche active, mais pas disponibles immediatement pour un emploi. Un tel taux de ehomage elargi permet de tenir eompte du « halo » du ehomage et done des personnes qui sont au ehomage, mais aussi de eelles au voisinage du ch6mage. a a a a a D'abord, en considerant comme ch6meurs toutes les personnes sans emploi la recherche d'un emploi et/ou disponibles pour un emploi, le taux de ch6mage elargi
- dd)ro'\: ~\". c::,'?\(j Fed 8,,'\, '\,c::, c::,Oi\ r:;:,'?'\ 8,,'\, c::, c::,' \: c::,'?\"> 8,,'\, 0-c::, ~·,>· c::,'? Source : BCE, BOE, Fed, Yahoo Finance ; Graphique : CSL Vu que !'inflation actuelle est due a un choc de l'offre que les banques centrales ne peuvent influencer par leur politiques monetaires, les hausses successives des taux d'interet ne peuvent avoir qu'un seul but : rencherir le financement pour reduire la demande des entreprises et des menages. Autrement dit, avec comme seul objectif de faire descendre !'inflation, les politiques monetaires essaient de faire correspondre un niveau de demande qui n'est pas (encore) en surchauffe a un niveau d'offre artificiellement reduit par les problemes geopolitiques actuels, La hausse continue des taux d'interets visant a reduire la demande est done un frein implicite a l'economie qui est d'ailleurs pris en consideration par les economistes des banques centrales, une recession etant consideree comme un prix a payer pour eviter une inflation hors controle selon le gouverneur de la Fed americaine. Cependant, bien qu 'une telle politique puisse etre defendable d'un point de vue de la BCE qui a un mandat unique de garantir la stabilite des prix, des effets secondaires peuvent rendre une telle recession incontrolable, La hausse des taux d'interets directeurs rencherissant les credits et les financements n'impactent pas uniquement les menages et les entreprises, mais aussi les Etats qui se refinancent sur les marches des capitaux. Or, les Etats ayant des niveaux de dette publique Page 23 de 99 importants et parfois depassant les 100% du PIB comme la France, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la Grece, peuvent se trouver tres rapidement en difficulte financiere en cas de montee excessive du taux d'interet de leur dette. De telles consequences doivent etre considerees tres serieusement pour eviter que !'inflation incontrolable se transforme en recession incontrolable avec des consequences nefastes qui pourraient mettre en peril la stabilite economique et financiere mondiale. Outre ce probleme international des taux d'interets, ii existe des problemes nationaux produits par des taux d'interet eleves qui ne peuvent etre perdus de vue. En effet, du fait que la hausse des taux directeurs implique une hausse des taux d'interet sur les emprunts engages par les menages, la situation du pouvoir d'achat peut se degrader davantage. C'est ainsi qu'en ao0t 2022, mois precedant la hausse de 75 points de base du taux d'interet de la BCE, les taux d'interet fixes des prets hypothecaires octroyes par les banques ont augmente de 0,25 point de pourcentage par rapport a juillet et de 1,48 point de pourcentage par rapport au mois d'ao0t de l'annee precedente. En d'autres mots, le taux d'interet pour les emprunts hypothecaires a taux fixe est passe de 1,33% a 2,81% en un an, representant une hausse des charges de financement de plus de 110%. Cette hausse continue des taux d'interet, si abstraite qu'elle peut paraitre, entraine des consequences importantes pour les menages endettes a taux variable et pour ceux voulant contracter un pret hypothecaire a taux fixe actuellement. Ainsi, la seule hausse moyenne des taux d'interet fixes d'aout 2021 a aout 2022 fait augmenter la mensualite d'environ 400C pour les emprunts sur 30 ans a taux fixe de capital 600'000C, de 600C pour les emprunts de S00'00OC et meme de S00C pour les emprunts de 1 '000'000C, montants qui, du fait du prix de l'immobilier, ne sont pas des sommes d'un autre monde. Or, ii est connu que meme en absence de statistiques officielles moyennes, les taux d'interet ont poursuivi leur augmentation depuis ao0t et qu'ils sont autour de 5% actuellement 8 • Or, avec un taux d'interet fixe a 5%, les hausses des mensualites par rapport a ao0t 2021 seraient de 1'200€, 1'600€, voire 2'000€ pour des montants empruntes de 600'000€, 800'000€, respectivement 1'000'000€ ! Sachant que, de maniere generale, le taux d'effort preconise par les banques lors d'un octroi d'un credit immobilier est de 50%, ii est possible de constater que, pour avoir acces a un credit sur 30 ans de 800'000€ en ao0t 2021, ii fallait un revenu net d'environ 5'700€. Pourtant suite aux hausses des taux d'interets, la condition d'acces au meme capital etait un revenu net de 6'600€ en ao0t 2022 et un revenu net de 8'600€ lorsque les taux d'interet sont a 5%. Autrement dit, pour pouvoir acceder a un capital de S00'000C sur 30 ans, ii faut un revenu net 50% plus eleve quand les taux atteignent 5% qu'il ne le fallait en aout 2021. Ce rencherissement du credit va au fur et a mesure exclure une part de la population de plus en plus importante du marche hypothecaire, leur retirant ainsi toute possibilite d'acces a la propriete. Graphique 14 : Mensualites et taux d'in teret fix es pour emprun ts a taux fixes sur 30 ans (en € ) 00 \D 6.000 "" LI') 0 5.000 ........'<t '<t en LI') en '<t '<t N .... en 4.000 N "" '<t N en LI') "" en \D 3.000 '<t '<t en \D N 0 '<t 0 .... N N "" "" N 2.000 1.000 0 Capital emprunte : 1'000'000 € ■ l.33% Capital emprunt e : ■ 2.81% ■ 3.50% 800'000 € ■ 4.00% ■ 4.50% Capital emprunte : 600'000 € ■ 5.00% Ca/cuts et graphique : CSL Le rencherissement du credit a taux fixe a implique un repli de 45% du volume de prets a taux fixe accordes en comparaison annuelle, de maniere ace que le volume de prets hypothecaires a taux fixe • httos: //www. wort. Iu/de/business/s1ch-geld-zu-leihen-w1rd-wieder-etwas-teurer-635922d8de 13Sb9236cf4d9d Page 24 de 99 a a baisse de 336 180 millions d'euros entre aout 2021 et aout 2022. En revanche, le volume des prets hypothecaires taux variable a augmente de 20% en comparaison annuelle, signe que les emprunteurs se tournent vers des moyens de financement qui sont devenus moins chers en termes relatifs. a Or, le taux fixe est a priori qu'une anticipation du taux variable moyen sur une certaine periode augmente d'une prime de risque. En d'autres mots, les taux d'interet fixes sont bases sur des anticipations d'evolutions futures du marche, tandis que les taux variables refletent uniquement la situation instantanee sur le marche. De ce fait, les taux d'interet fixes ont augmente fortement avant meme que la banque centrale n'ait decide d'augmenter ses taux directeurs, alors que les taux variables n'ont augmente qu'au moment de la prise de decision. De maniere generale, on peut done noter que le fait que les taux fixes soient significativement superieurs aux taux variables est du des anticipations de hausses futures du taux d'interet variable par les marches financiers. En raison de la hausse des taux d'interet directeurs de 1,25 point de pourcentage depuis juillet, les taux d'interets variables des prets hypothecaires qui etaient a 1,340/o en juillet 2022 ont ainsi certainement augmente de plus de 900/o depuis, a 2,590/o. La hausse recente du taux directeur de 0,75 point va davantage augmenter le taux variable qui devra atteindre 3,340/o une fois la hausse repercutee. a Cette hausse depuis juillet du taux d'interet variable n'a pas uniquement impacte les personnes voulant contracter un nouveau pret hypothecaire ou celles dont le taux fixe est venu echeance, comme c'est le cas pour la hausse du taux fixe, mais aussi les menages qui ont un emprunt en cours qui a ete contracte a taux variable. En effet, pour ces menages-ci, la hausse est d'autant plus problematique vu qu'elle leur impose une hausse imprevue de leurs depenses pre-engagees. Or, la hausse du taux d'interet variable entre juillet et septembre due la hausse des taux directeurs de 1,25 point a ainsi implique une hausse des mensualites de 240€ pour les emprunteurs avec un capital restant du de 400'000€ sur 25 ans. Pour des niveaux de capital restant du plus eleves, la hausse de la mensualite est davantage importante, savoir de 370€ pour un niveau de 600'000€, 500€ pour un niveau de 800'000€ et meme plus de 600€ pour un capital restant du de 1'000'000€. Une fois la hausse recente du taux directeur de 0,75 point repercutee sur les clients, une hausse supplementaire des mensualites suivra. Ainsi, les mensualites auront augmente entre 400€ et 1'000€, selon le niveau de capital restant du simule ci-dessus, une fois la hausse du taux directeur de fin octobre transmise aux crediteurs. D'autres hausses n'etant pas exclues dans les mois a venir, ii n'est pas impossible que les taux d'interets variables atteignent un niveau au-dessus de 4% au premier trimestre de l'annee prochaine. Un taux de 4,340/o (resultat de la hausse de 2 points depuis juillet et de deux hausses futures de 0,5 point) signifierait pour les menages avec un capital restant du sur 25 ans de 400'000C payable avec un taux d'interet variable que leur mensualite augmenterait de plus de 600C par rapport a juillet. En supposant qu'un tel menage aurait un revenu net de 4'000C, le taux d'effort passe de 400/o en juillet, a 450/o actuellement et meme a 55% une fois que le taux atteint les 4,34%. a a a Pour un menage hypothetique avec un revenu net de 6'000C et un capital restant du de S00'000C sur 25 ans, la hausse des taux depuis juillet a resulte en une hausse du taux d'effort de 520/o a 600/o qui pourrait se poursuivre jusqu'a 73% si les taux atteignent les 4,340/o. Par consequent, recourir a des emprunts a taux variable agrandi !'exposition des menages au risque de hausse des taux, ce qui peut rendre d'eventuelles futures augmentations de taux plus dangereuses d'un point de vue existentiel des menages. Le surendettement devient des lors un probleme majeur, tant d'une perspective individuelle que d'une perspective systemique. Page 25 de 99 Graphiq ue 15 : Mensualites et taux d'interet variables pour emprunts a taux variables sur 25 ans (en CJ 00 6.000 rl N 5.000 M '°<:I' LI) N CTI <:I' <:I' ,-.. LI) ,-.. <:I' LI) N '° 4.000 M CTI M M <:I' M M CTI rl r-- 3.000 LI) CTI N <:I' rl rl M rl 00 N M r-- N M rl 00 rl 2.000 00 '° CTI rl '°r-- 00 0 N rl N 1. 000 0 Capital emprunte · 1'000'000 { Capital emprun te . 800'000 € ■ 1 34% ■ 2.59% 3 34°{ Capit al em pru nte . 600'000 € ■ 3.8~% Ca pita l emprunt e . 400'000 € ■ 4.34% Calculs et graphique : CSL Le fait que, selon les previsions du Statec dans le projet du budget, la hausse des taux d'interet dans la zone euro persistera loin au-dela 2023, souligne que le probleme des taux d'interet eleves va perdurer et qu'il ne sera pas que transitoire. 5. Projections economiques 5.1. Evolution du PIB Les premiers effets de la hausse des prix des matieres premieres ont pu etre absorbes soit avec un excedent de tresorerie des entreprises, soit avec des mesures (plus ou moins) ciblees de l'Etat pour garantir une certaine stabilite. En revanche, ii n'est guere possible d'evaluer les effets que peuvent avoir la continuation de cette guerre et des consequences qui en resultent. Les projections economiques evoluant a chaque nouvelle reevaluation des scenarios, ii n'existe guere de previsibilite sur ce qui attendra l'economie dans les mois, voire les annees a venir. En effet, les projections se deteriorent avec chaque nouvelle adaptation et elles montrent une image negative sur !'evolution economique globale. Dans les plus recentes projections publiees par le Fonds monetaire international (octobre) et la Commission europeenne (novembre), la croissance economique pour 2023 a ete revue a la baisse pour tousles pays, et meme celle de 2022 a ete revue a la baisse pour bon nombre de pays, dont le Luxembourg. Alors que dans le projet de budget, !'estimation de la croissance de 2022 du Statec a augmente a 2,5% par rapport a 2,2% dans leur derniere note de conjoncture, le FMI et la Commission europeenne projettent une croissance qui n'est que de 1,6%, respectivement 1,5%, soit 1 point de pourcentage en moins. Si cette plus recente projection de la Commission europeenne se concretise, la croissance du Luxembourg en 2022 serait 10 points de base inferieure a celle de l'Allemagne, et elle ne representerait que moins de la moitie du taux de croissance de la zone euro et de l'Union europeenne. Avec une croissance de 2,8%, respectivement de 2,6% la Belgique et la France auraient-eux des taux de croissance du PIB en 2022 qui seraient sensiblement plus eleves que celui du Luxembourg. Pour ce qui est de la croissance pour l'annee 2023, les incertitudes sont d'autant plus importantes. Alors que le Statec a deja revu a la baisse la croissance du PIB pour 2023 dans le projet de budget de 2, 7% a 2% de maniere a etre en ligne avec les projections d'ete de la Commission europeenne et de l'OCDE, les projections economiques plus recentes du FMI et de la Commission europeenne les baissent davantage a 1,1%, voire a 1%. Or cette projection la plus recente de 1% de la Commission europeenne pour 2023 est 50% inferieur a la projection sur laquelle se base l'actuel projet de budget. Page 26 de 99 Pourtant, meme si une croissance de 10/o telle que projetee par la Commission europeenne ne correspond qu'a la moitie de ce qui a ete projete dans le projet de budget, avec un tel taux de croissance le Luxembourg resterait parmi les Etats europeens avec la plus forte progression du PIB . En effet, en moyenne, l'Union europeenne comme la zone euro sont estimes de cro1tre de seulement 0,3% en 2023, tandis que ce taux est de 0,4% pour la France, de 0,2% pour la Belgique et de -0,6% pour l'Allemagne. Ainsi, l'importante industrie allemande, fortement impactee par la hausse des prix des energies, est projetee d'entrainer une recession dans ce pays qui est la plus grande economie europeenne. Le Luxembourg par contre s'en sortirait relativement bien en comparaison europeenne, sans doute a cause de son economie des services qui est moins impactee par les effets (de premier tour) de la crise . Graphique 16: ProJections de cro issance du PIB ree l (en%) 8 7 6 5 4 3 III t 2 I 11 1 0 -1 20 21 2022 2023 202 1 2022 2023 2021 20 22 2023 2021 2022 2023 2021 2022 2023 2021 2022 2023 Lu xe mbo u rg • OCOE (etel FMI Allema gn e Be lgique France Commission europeenne (ete) Commission europeenne (automne) Zone Euro Unio n europ eenne ■ Statec - NdC n' l Statec - Budget Source : Statec, Projet de Budget, FM!, Commission europeenne ; Graphique : CSL Pourtant, ce sont les effets de second tour dont l'ampleur est plus difficilement projetable, qui peuvent causer un dommage plus important au Luxembourg. En effet, par son economie tres ouverte, les chocs subis par l'economie nationale dependent tres fortement de ceux subis parses partenaires commerciaux tels que l'Allemagne par exemple. Outre cette forte dependance des partenaires commerciaux, l'economie luxembourgeoise est tres dependante du marche financier et un choc boursier pourrait causer prejudice important a l'economie luxembourgeoise. De meme, !'incertitude quant au taux de change entre Euro et Dollar pour lequel le projet de budget se base sur un cours relativement optimiste de 1,06 peut davantage impacter l'economie et !'inflation nationale et europeenne . En effet, le fait que le Statec a recemment revu a la hausse sa projection du cours EUR/USO, qui passera de 1,06 a 0,99 pour l'annee 2023, souligne !'incertitude quanta cette variable qui peut d'ailleurs avoir un impact significatif sur !'evolution economique. Or, le fait que le budget de l'Etat part d'une hypothese de croissance pour 2023 qui est 100% superieur a celle qui a ete projete recemment par la Commission europeenne, combine aux nombreux risques de deterioration, augmente !'incertitude economique nationale au detriment de toute previsibilite que devraient fournir les previsions economiques. Du fait de cette incertitude economique qui regne, ii est vrai qu'il faut tout faire pour garantir le plus de previsibilite possible . Or, une possibilite d'accroitre la previsibilite pour les entreprises serait qu'elles gerent une tresorerie saine pour faire face a des imprevus economiques ou financiers. Pourtant, pendant qu'une partie des entreprises est impactee si fortement par la hausse des prix qu'elle ne peut constituer de reserves solides, une autre partie, qui aurait bel et bien la possibilite d'en creer, les verse immediatement aux actionnaires sous forme de dividendes. En effet, pendant un moment d'incertitude complete a pres le commencement de la guerre en Ukraine, les dividendes distribues par les entreprises ont explose. C'est ainsi qu'en Page 27 de 99 mars 2022, les dividendes distribues par les entreprises europeennes ont augmente de 28,7% par rapport au meme mois de l'annee precedente. Dans le Royaume-Uni, cette hausse etait meme de 29,3%, alors qu'aux Etats-Unis les dividendes distribues n'ont augmente de « seulement » 8,7%. 9 Meme si les chiffres complets ne sont disponibles pour le Luxembourg, ii est tout de meme possible de pointer du doigt qu'a eux seuls, six societes appartenant aux plus grands employeurs du Luxembourg 10 ont verse presque un demi-milliard d'euros en dividendes en debut de l'annee. Les employeurs luxembourgeois ne constituent done probablement pas une exception internationale en ce qui concerne le manque de prevoyance. Or, le fait que les grandes entreprises distribuent des sommes record de dividendes pendant une crise dont l'ampleur est loin de s'avoir materialisee pleinement, peut soulever la question si le probleme pour certaines entreprises n'est pas plutot celui du manque de prevoyance que celui du manque de previsibilite ! 5.2. Evolution de l'inflation Les projections du PIB dependent bien evidemment fortement aussi des previsions d'inflation qui peuvent etre un facteur cle menant a une recession economique. Subsequemment, ii est peu surprenant que les projections sur !'inflation soient au moins aussi incertaines que celles du PIB. D'apres le projet de budget, !'inflation qui aurait du atteindre les 6,6% l'annee suivante, ne sera plus que de 2,8% en raison des mesures de l'accord de tripartite Solidariteitspak 2. 0. En effet, le gel des prix de gaz et d'electricite, ainsi que les ristournes sur le mazout et la baisse d'un point de pourcentage du taux de TVA, impliquent que les prix des produits de consommation finale, et par consequent !'inflation, soient freines. Concretement, !'inflation nationale, mesuree par l'IPCN est cense baisser de 0,4 point a 6,2% en 2022, et meme de 3,8 points, soit de 6,6 a 2,8%, en 2023. Cependant, ces projections sur lesquelles se base le projet de budget ont deja ete revues a la hausse par le Statec. En effet, en raison d'une evolution des prix plus dynamique que ne l'avait prevue le Statec, !'inflation annuelle en 2022 devra atteindre les 6,4%, tandis que pour 2023 !'inflation est projetee d'atteindre les 3,4%. Pour com pa raison, ii importe de noter que !'inflation est projetee d'etre au tour de 6, 1% pour la zone euro et de 7,0% pour l'Union europeenne, plac;ant l'economie luxembourgeoise dans une position relativement favorable en ce qui concerne !'inflation. Graphique 1 7 : Projections d 'inflation annuelle (en %) 12 10 8 6 4 2 0 202 2 2023 Luxembourg 2022 I 2023 Allemagne Commission europeenne (et
- e)(IPCH ) ■ Commission europeenne (autom
- ne)(IPCH ) 11 11 2022 2023 Belgiqu e 2022 2023 France ■ OCDE (I PCH ) ■ Statec (IPCN) san s mesures t ripa rtite 2022 2023 Zone Euro 2022 2023 Union europeenne FM I (IPCH) ,, Statec (IPCN) avec mesures t ripartite ■ Statec (I PCN) - revision novem bre Source : Statec, Projet de Budget, FM!, Commission europeenne ; Graphique : CSL 9 Janus Henderson Global Dividend index (aout 2022) ° Cactus, Dussmann, BGL BNP Paribas, BIL, Goodyear et Cargolux 1 Page 28 de 99 Or, meme s'il est indubitable que les mesures conclues lors de la tripartite puissent baisser !'inflation considerablement, comme le montre l'exemple de la France, ou le bouclier tarifaire a contribue au fait que la France soit le pays avec le plus faible taux d'inflation en Union europeenne, l'ampleur de cette mesure n'est loin d'etre certaine, comme le montre d'ailleurs la derniere revision la hausse du Statec. Du fait que !'inflation ne se concentre plus, comme en debut de crise, aux seuls produits energetiques, mais qu'elle se soit etendue sur tous les produits et principalement les produits alimentaires, ii reste beaucoup d'incertitude quant !'evolution effective de !'inflation en 2023 et la capacite de baisser !'inflation par la baisse de la TVA dependra entre autres de la transmission de cette baisse par les entreprises. a a De meme, la question de !'inflation pour l'annee 2024 souleve de nombreuses questions. Dans le projet de budget, le Statec projette deux scenarios avec des taux d'inflations de 2,5%, respectivement de 8,4%. Or, un intervalle de cette ampleur souligne les enormes incertitudes que represente !'evolution des prix de matieres premieres au-dela de l'annee 2023. Indubitablement, toutes les projections au-dela de 2023 sont tributaires du scenario d'inflation qui se realisera. En effet, ii est inimaginable que !'evolution des finances publiques, mais aussi du PIB et de l'emploi soient les meme dans un scenario de 2,5% d'inflation ou de 8,4% d'inflation. Des lors, des projections pour chacun des scenarios possibles devraient etre faites. Page 29 de 99 Chapitre 2 : La situation budgetaire 1. La dette et le deficit public Graphique 18 : Evolution du so/de de /'Administration pub/ique, 2019-2026 Saide de !'Administration publique 2.000 3 1. 500 2 1.000 500 0 -500 -1 -1.000 -7 -1.500 -3 -2.000 -4 -2.500 - en millions d'euros (e.d.d.) - en% du PIB Donnees : Projet de budget 2023 Selon le Projet de budget 2023, le solde de !'Administration publique equivaut a -0,4% du PIB en 2022. Notons que, malgre les mesures decidees lors des negociations tripartites de septembre de cette annee et un environnement economique qui se degrade continuellement, le solde de !'Administration public pour l'exercice 2022 n'est pas aussi mauvais que prevu dans le programme de stabilite et de croissance (PSC) du 27 avril 2022 (-0,7%). La Note de conjoncture 1-2022 du STATEC prouve a quel point les previsions peuvent s'ameliorer rapidement. Dans cette note, publiee seulement deux mois apres le PSC2022, le STATEC prevoit un solde public excedentaire de +1,6% du PIB. La CSL avait deja traite ce changement de direction, correspondant d'ailleurs a un montant de 2 milliards d'euros, dans une publication. 11 Compte tenu des fluctuations des previsions budgetaires et de la sous-estimation systematique des recettes budgetaires (cf. partie sur les recettes), ii n'est pas exclu que le solde de !'Administration publique devienne encore excedentaire en 2022. En 2023, le solde public baissera a -2,2% du PIB, mais sans atteindre le niveau de 2020 (-3,4%). Pour la periode 2024-2026, le deficit annuel se stabilisera autour de -1%. 11 Econews N°9 2022 - Le so/de public du Luxembourg: Un redressement de pres de 2 milliards en deux mois ? Page 30 de 99 Tableau 1 : So/des publics 2022-2026 2022 en mio 2024 2023 en% du PIB en mio en% du PIB en mio 2025 en% du PIB en mio 2026 en% du PIB enmio en%du PIB 1) SOlde nominal : Administration centrale -1359 -1,7% -2 836 -3,4% -1980 -2,3% -1869 -2,1% -1537 -1,7% Administrations locales +26 +0,0% +35 +0,0% +61 +0,1% +67 +0,1% +SS +0,1% +1040 +1,3% +988 +1,2% +949 +1,1% +820 +0,9% +679 +0,7% -292 -0,4% •l 813 -2,2% -970 ·1,1% -982 -1,1% .799 -0,9" Securite sociale Administration publique Source : Projet de budget a Selan les previsions, l'excedent de la Securite sociale diminuera de 1 milliard d'euros en 2022 679 millions d'euros en 2026 . A cet effet, la CSL tient souligner !'importance de soutenir la progression des salaires, dont les contributions pour la Securite sociale sont un pilier important. a Tableau 2 : So/de struct ure/ et dette publique 2 022-2026 2022 2024 2023 en mio en% du PIB en mio en% du PIB 19195 +24,6% 21840 2025 2026 en mio en% du PIB +27,7% 25689 en mio en% du PIB +26,3% 23820 en mio en%du PIB +28,8" 27226 +29,5% +28,5% 2) Solde structure! : -0,2% Administration publique 3) Dette publique -2,0% -0,9% -1,0% -0,8% Administration centrale 18 291 +23,5% 20874 +25,2% 22854 +26,5% 24 723 +27,7% 26260 Administrations locales 934 +l,2% 934 +1,1% 934 +l,1% 934 +1,0% 934 +1,0% Securite sociaie -30 +0,0% 32 +0,0% 32 +0,0% 32 +0,0% 32 +0,0% Source : Projet de budget 2023 Le solde structure! est prevu d'etre negatif sur toute la periode 2022-2026. Le Luxembourg ne respecterait done pas le nouvel objectif budgetaire moyen terme (OMT) de 0%, fixe travers le PSC 2022. Cependant, comme la Commission europeenne a decide en date du 23 mai 2022 que la clause derogatoire sera maintenue en 2023, le Luxembourg est exempt de !'obligation de respecter l'OMT. a a a Le solde structure! decrit la position budgetaire qui prevaut lorsque l'economie evolue son niveau potentiel. II est defini comme etant egal au solde nominal duquel ont ete retranches la composante cyclique et l'impact de mesures temporaires et non recurrentes. II est done surprenant que le solde structure! diverge au plus de 0,2 point de pourcentage par rapport au solde public sur toute la periode 2022-2026 . Page 31 de 99 Graphique 19: Evolution de la dette publique 2019-2026, en % du PIB et en millions d 'euros 30.000 35 30 25.000 25 20.000 20 15.000 15 10.000 10 5. 000 s 0 201 9 2020 2021 - 2022 2023 en millions d'euros (e.d.d.) 2024 - 2025 2026 en % du PIB Donnees : Projet de budget 2023 ; Eurostat Les deficits successifs impactent egalement !'evolution de la dette publique. Depuis 2019, elle augmente de fac;;on continue. Pour l'exercice 2022, le Ministere des Finances estime son niveau 24,6% du PIB. Comme pour le deficit de !'Administration publique, ii convient de noter que le PSC du 27 avril 2022 se basait encore sur une dette publique de 25,4% du PIB. Exprime en termes absolus, cela correspond une revision de 400 millions d'euros en seulement 5 mois, malgre la situation economique actuelle. Pour l'exercice 2023, le Ministere des Finances prevoit une augmentation de la dette publique jusqu'a 21,8 milliards d'euros ou 26,3% du PIB. Si le niveau de la dette publique est prevu de continuer a croitre sur la periode 2024-2026, ii ne depassera pas les 30% du PIB. La CSL tient a souligner qu'il s'agit ici d'un seuil auto-impose par le Gouvernement dans son accord de coalition de 2018 qui n'est pas justifie scientifiquement. Dans le contexte des crises actuelles, l'accent doit etre mis sur une politique anticyclique. Cela dit, le seuil de 30% du PIB ne doit pas empecher le Gouvernement a prendre les mesures a la hauteur des defis actuels. a a Page 32 de 99 Graphique 20: L'impacte du financement des mesures COVID-19 et des mesures de la crise energie sur !'evolution de la dette publique 35,0% 30,0% 25,0% 20,0% 15,0% 10,0% 5,0% 0,0% 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 ■ Niveau de la dette publique hors mesures ■ Financement mesures COVID-19 ■ Financement Mesures Crise Energie Donnees : Ministere des Finances Sans les impacts budgetaires de la crise sanitaire et de la crise energetique, le niveau de la dette publique s'elevait a seulement 17,6% du PIB en 2022 et augmenterait a 23,5% du PIB en 2026, done largement en-dessous du seuil de 30%. Page 33 de 99 Graphique 21 : Evolution de la dette publique selon !es budgets pluriannuel/es (en % du PIB) 35 33 31 29 27 25 23 ------ /= 21 19 17 15 20 15 20 16 2017 20 18 2019 2020 2021 2022 2023 - PB 2016 - PB 2017 - PB 2018 PB 2019 - PB2020 PB 2021 - PB 2022 - PB 2023 2024 2025 2026 Donnees : Budgets pluriannuels ; Graphique : CSL II convient cependant de noter que les previsions dans les projets de budget sont souvent trop pessimistes. Le graphique ci-dessus represente les previsions pluriannuelles de la dette publique dans les projets de budget de 2016 2023. En effet, les courbes montrent que plus le projet de budget est proche de l'annee en cours, mieux se presente la situation. 12 Prenons par exemple l'annee 2022. Le projet de budget 2021 estimait le niveau de la dette publique pour cette annee 31,3% du PIB, tandis que le projet de budget 2023 l'estime 24,6% et done bien en-dessous du seuil de 30%. Ceci est d'autant plus remarquable puisque le projet de budget 2021 ne pouvait pas encore tenir compte des evenements economiques et geopolitiques qui se sont developpes les derniers mois. a a 12 a Les previsions pour l'annee 2020 sont evidemment une exception. Page 34 de 99 Graphique 22 : Dette publique brute en % du PIB, 2015-2021 140 =-=-=---=~~;;;;-- 120 =--- 100 ----------~ 80 60 40 20 0 2016 2015 - 2017 Belgique zE - uE-27 - - 2021 2020 2019 2018 France - Allernagne Luxembourg Donnees : Eurostat ; Graphique : CSL Page 35 de 99 Graph ique 23 : Dette publique en % du P/8, 2019 et 2020 Dette publique (En ~o du PIB, 2019 et 2020) 220 200 • 180 160 • 140 • •• • • 120 100 ••••• 80 •• • • • 60 40 • • • ••• • • 20 0 w w > u 2019 • 2020 ...J VI t:: cc ~ ~ 0. w IX) cc J: ii'i ::, :I: ~ w :I ~ VI ~ 0 ~ cc ~ ~ ...J w 0 w w u: ~ 0 N u > ...J z ...J w VI •• "' ::, !!:! IX) ...J Source : Eurostat, Chiffres cles sur /'Europe, Edition 2021 En comparaison internationale, la dette publique du Luxembourg (en % du PIB) est beaucoup plus faible que celle des pays voisins du Grand-Duche et que la moyenne de !'Union europeenne et de la zone euro, Toutefois, compte tenu de la structure et de la taille de son economie, la situation du Luxembourg est difficilement comparable celle de ses voisins, Cependant, meme si une petite economie ouverte comme le Luxembourg est plus exposee aux evolutions des marches mondiaux, on constate toutefois que la dette publique a proportionnellement moins augmente au Luxembourg entre 2019 et 2020 que dans les autres pays de l'UE, !'exception de l'Irlande. a a 2. Une mise en perspective de la dette publique 2.1. Structure de la dette La dette publique luxembourgeoise, tout comme celle des autres pays souverains ne devrait pas uniquement etre analysee dans un seul aspect brut, sans la mise en contextualisation avec d'autres facteurs et d'autres caracteristiques exerc;ant une influence sur la dette. En effet, tant pour !'analyse de la soutenabilite que pour !'analyse de la productivite de la dette, une certaine mise en perspective de la dette publique est necessaire. Ainsi, la structure de la dette, tout comme la devise dans laquelle elle a ete emise, respectivement dans laquelle elle doit etre repayee sont parmi quelques facteurs Page 36 de 99 qui peuvent donner des indications quant a d'eventuels problemes systemiques qu'une dette peut poser. Or, au Luxembourg, le niveau tres bas de la dette publique est, tout comme la structure de la dette, un facteur qui ne genere guere de preoccupations quant a un eventuel probleme de risque systemique. Tout d'abord, la dette publique luxembourgeoise est redevable a 100% en euros, reduisant, respectivement supprimant, ainsi tout risque d'exposition a une monnaie etrangere. Ensuite, en ce qui concerne la composition de la dette, 82% est actuellement financee par des emprunts obligataires, alors que le reste est principalement financee par des emprunts bancaires. En revanche, l'echeance de la dette publique luxembourgeoise est, quoi que pas tres preoccupante, moins favorable en vue de la situation du marche actuelle. En effet, 12,3% de la dette luxembourgeoise, done legerement plus de deux milliards d'euros, doit etre regularisee d'ici moins d'un an en raison d'une echeance d'un emprunt obligataire emis en 2013. Un remboursement de la dette etant peu probable, le Luxembourg devra done refinancer sa dette sur Jes marches financiers a un moment ou !'evolution des taux d'interet est peu favorable pour Jes crediteurs. Pour ce qui est du reste de la dette publique, Jes echeances sont relativement bien dispersees sur Jes prochaines dix annees, evitant un remboursement trop important a un meme moment donne. Notons aussi que moins de 10% de la dette publique est redevable qu'en plus de dix ans. Graphique 24 : Composit ion de la dette des administrations publiques-Date d 'echeance de la dette publique COMPOSITION DE LA DETTE DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES Emprunt bancaire DATE D'ECHEANCE DE LA DETTE PUBLIQUE > 10 ans Devise/ Monnaie 1,7% Emprunt obligataire 82,1% 9,5% 5 • 10 ans 43,0% 1- 5 ans 35,2% Source : Tresorerie de l'Etat 2.2. Une dette qui nourrit des avoirs importants Pour mettre en perspective le niveau de la dette publique, ii est indispensable de la comparer aux actifs, respectivement aux participations que possedent Jes administrations publiques. En effet, deux niveaux de dettes ne devraient pas etre compares dans leur valeur brute, mais devraient plutot etre mis en relation avec Jes avoirs que la dette est censee financer. Un menage A ayant contracte une dette de 50'000€ pour la consommation par exemple, est-ii vraiment economiquement plus sain qu'un menage B ayant une dette de 500'000€ qui a ete utilisee pour financer un investissement (immobilier) ? C'est dans le meme esprit critique qu'il faut mettre en relation la dette de 24,5% de PIB du Luxembourg a ses avoirs financiers. Or, Jes participations que possede l'Etat central aupres des etablissements publics (tels que la Post, ou la BCEE) ainsi qu'aupres de societes de droit prive (tels que la BIL ou la BGL) representent a eux-seuls deja approximativement 5% du PIB et done plus d'un cinquieme de la dette publique. De meme, le Luxembourg possede des participations aupres d'institutions financieres internationales (BEi, FMI, etc.) pour une valeur qui represente 7,2% du PIB, tout en leur redevant 6,1% du PIB (done des actifs nets de 1,1% du PIB). Finalement, l'actif Page 37 de 99 financier le plus important de !'administration publique qui est, de loi