Licenciement pour inaptitude : reclassement, indemnités
Seul le médecin du travail peut déclarer un salarié inapte à son poste. Il le fait lorsqu'aucune mesure d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste n'est possible et que l'état de santé du salarié justifie un changement de poste, après au moins un examen médical, une étude du poste et des conditions de travail et un échange avec l'employeur (articles L4624-4 et R4624-42 du Code du travail). L'avis d'inaptitude ne rompt pas le contrat : il oblige l'employeur à rechercher un reclassement et, s'il n'y parvient pas dans le mois, à reprendre le paiement du salaire.
Le régime dépend de l'origine de l'inaptitude. Si elle résulte, au moins partiellement, d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle et que l'employeur le savait au moment du licenciement, s'appliquent les règles protectrices des articles L1226-10 à L1226-17 : indemnité spéciale de licenciement égale au double de l'indemnité légale et indemnité égale au préavis. Si l'inaptitude est d'origine non professionnelle, ce sont les articles L1226-2 à L1226-4 : indemnité légale ou conventionnelle simple, préavis ni exécuté ni payé.
Ce guide s'adresse au salarié d'une entreprise privée déclaré inapte, ou qui craint de l'être. Il explique comment contester l'avis du médecin du travail dans le délai de quinze jours, ce que l'employeur doit faire pour le reclassement, quand il en est dispensé, quelles sommes vous sont dues et comment contester le licenciement devant le conseil de prud'hommes.
L'essentiel en bref
Délai
Vous disposez de quinze jours à compter de la notification de l'avis d'inaptitude pour le contester devant le conseil de prud'hommes, selon la procédure accélérée au fond (article R4624-45 du Code du travail). Si vous n'êtes ni reclassé ni licencié un mois après l'examen médical qui a constaté l'inaptitude, l'employeur doit reprendre le versement de votre salaire (articles L1226-4 et L1226-11). La convocation à l'entretien préalable doit vous parvenir au moins cinq jours ouvrables avant l'entretien et la lettre de licenciement ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après celui-ci (articles L1232-2 et L1232-6). Pour contester le licenciement lui-même, vous avez douze mois à compter de sa notification (article L1471-1).
Que faire
- Préparez la visite de reprise ou la visite à votre demande. Après un arrêt de travail d'au moins soixante jours pour maladie ou accident non professionnel, d'au moins trente jours pour accident du travail, ou après une maladie professionnelle, l'employeur doit organiser une visite de reprise auprès du médecin du travail. Vous pouvez aussi demander vous-même une visite si vous anticipez une difficulté de maintien au poste. Apportez vos comptes rendus médicaux, votre fiche de poste et tout élément montrant les contraintes réelles de votre travail. La Cour de cassation admet que l'inaptitude soit constatée à l'issue d'une visite organisée à l'initiative du médecin du travail, pourvu qu'il ait réalisé l'examen, l'étude de poste, l'étude des conditions de travail et l'échange avec l'employeur exigés par l'article R4624-42.
- Lisez attentivement l'avis d'inaptitude. Il doit être accompagné de conclusions écrites et d'indications sur votre reclassement (article L4624-4), mentionner les voies et délais de recours et vous être remis d'une manière qui lui donne une date certaine. Vérifiez trois points : le poste visé (inaptitude à votre poste ou à tout poste de l'entreprise), les tâches que vous pouvez encore exercer et la présence éventuelle d'une des deux mentions de dispense de reclassement. Gardez l'original et notez la date à laquelle vous l'avez reçu : c'est elle qui fait courir le délai de quinze jours. Si l'avis vous a été remis en main propre sans émargement ni récépissé, le délai de recours n'a pas commencé à courir.
- Contestez l'avis dans les quinze jours si vous êtes en désaccord. Le salarié comme l'employeur peuvent saisir le conseil de prud'hommes selon la procédure accélérée au fond (articles L4624-7 et R4624-45). La requête vise les éléments de nature médicale de l'avis ; le médecin du travail n'est pas partie au litige. Le conseil peut confier une mesure d'instruction au médecin inspecteur du travail, et sa décision se substitue à l'avis contesté. Les frais d'expertise sont en principe mis à la charge de la partie perdante, sauf décision motivée contraire si l'action n'est ni dilatoire ni abusive. Sans recours dans le délai, l'avis s'impose à vous et au juge qui examinera ensuite la contestation du licenciement : vous ne pourrez plus discuter l'inaptitude elle-même.
- Établissez l'origine professionnelle de l'inaptitude. Les règles protectrices s'appliquent dès que l'inaptitude a, au moins partiellement, pour origine un accident du travail ou une maladie professionnelle et que l'employeur avait connaissance de cette origine au moment du licenciement, quel que soit le moment où elle est constatée (articles L1226-10 et L1226-14). La reconnaissance par la caisse primaire d'assurance maladie aide, mais ne suffit pas toujours : l'employeur peut discuter l'origine professionnelle devant le juge prud'homal, et un refus de la caisse ne vous prive pas non plus de la protection. Rassemblez la déclaration d'accident, les arrêts de travail, les échanges avec l'employeur et, le cas échéant, le formulaire de demande d'indemnité temporaire d'inaptitude rempli par le médecin du travail.
- Suivez la recherche de reclassement. L'employeur doit vous proposer un emploi approprié à vos capacités, aussi comparable que possible à l'ancien, dans l'entreprise ou dans les entreprises du groupe situées en France permettant la permutation du personnel, au besoin par mutation, aménagement de poste ou du temps de travail (articles L1226-2 et L1226-10). Il doit tenir compte des conclusions écrites du médecin du travail et recueillir l'avis du comité social et économique lorsqu'il existe, quelle que soit l'origine de l'inaptitude. Répondez par écrit à chaque proposition. L'obligation est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi conforme à ces conditions et aux indications du médecin : refuser sans motif un tel poste conduit au licenciement et, en cas d'inaptitude professionnelle, peut faire perdre les indemnités doublées si le refus est jugé abusif.
- Vérifiez si l'employeur est dispensé de reclassement. Il ne peut rompre le contrat que s'il justifie de l'impossibilité de proposer un emploi, de votre refus d'un emploi proposé ou de la mention expresse dans l'avis que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à votre santé ou que votre état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi (articles L1226-2-1 et L1226-12). La Cour de cassation accepte une formule équivalente à la mention légale ; dans ce cas, l'employeur n'a ni à rechercher un poste ni à vous notifier par écrit les motifs s'opposant au reclassement. Hors dispense, s'il ne trouve aucun poste, il doit vous faire connaître ces motifs par écrit avant d'engager la procédure de licenciement.
- Exigez la reprise du salaire après un mois. Si, un mois après l'examen médical qui a constaté l'inaptitude, vous n'êtes ni reclassé ni licencié, l'employeur doit vous verser le salaire correspondant à votre ancien emploi, sans pouvoir en déduire les indemnités journalières ou de prévoyance que vous percevriez (articles L1226-4 et L1226-11). Ce salaire est dû chaque mois jusqu'au reclassement ou au licenciement, même si vous ne travaillez pas. En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, la caisse primaire peut verser pendant ce premier mois l'indemnité temporaire d'inaptitude, sur demande accompagnée du formulaire rempli par le médecin du travail. Réclamez par écrit tout retard de paiement ; l'action en paiement des salaires se prescrit par trois ans.
- Contrôlez la procédure de licenciement et la lettre. Le licenciement pour inaptitude suit la procédure du licenciement pour motif personnel : convocation par lettre recommandée ou remise en main propre, entretien préalable au moins cinq jours ouvrables plus tard avec possibilité d'assistance, lettre recommandée expédiée au moins deux jours ouvrables après l'entretien (articles L1232-2 à L1232-6). La lettre doit viser l'inaptitude et l'impossibilité de reclassement, ou la dispense. Le contrat est rompu à la date de notification : le préavis n'est pas exécuté. Vérifiez sur le solde de tout compte l'indemnité de licenciement, l'indemnité compensatrice de congés payés et, en cas d'inaptitude professionnelle, l'indemnité compensatrice égale au préavis et l'indemnité spéciale doublée.
- Contestez le licenciement devant le conseil de prud'hommes dans les douze mois. Saisissez le conseil du lieu de l'établissement par requête (formulaire Cerfa n° 15586) avec l'avis d'inaptitude, les propositions de reclassement, l'avis du CSE, la lettre de licenciement et vos bulletins. Si l'employeur n'a pas loyalement recherché de reclassement, le licenciement est sans cause réelle et sérieuse ; en cas d'inaptitude professionnelle, le juge peut proposer la réintégration et, à défaut, accorde une indemnité au moins égale aux salaires des six derniers mois, cumulable avec les indemnités de l'article L1226-14 (articles L1226-15 et L1235-3-1). Si l'inaptitude résulte d'un manquement de l'employeur à son obligation de sécurité, faites-le valoir également : le licenciement est alors privé de cause réelle et sérieuse.
Points de vigilance
- Laisser passer les quinze jours sans contester un avis d'inaptitude que vous jugez erroné : l'avis s'impose ensuite aux parties et au juge, qui ne pourra plus remettre en cause l'inaptitude.
- Ne pas informer l'employeur de l'origine professionnelle de votre état de santé : les indemnités doublées supposent que l'employeur connaisse cette origine au moment du licenciement.
- Refuser sans justification un poste de reclassement conforme aux préconisations du médecin du travail : le refus abusif fait perdre l'indemnité spéciale et l'indemnité compensatrice en cas d'inaptitude professionnelle.
- Accepter oralement un poste ou une rupture conventionnelle sans en mesurer les effets : signer une rupture conventionnelle peut vous priver des indemnités propres à l'inaptitude professionnelle, sauf fraude ou vice du consentement.
- Attendre passivement plus d'un mois sans salaire : la reprise du paiement est automatique, mais il vous appartient de réclamer les sommes impayées et de saisir le juge si nécessaire.
- Confondre l'arrêt de travail et l'inaptitude : seul le médecin du travail peut déclarer l'inaptitude, et un certificat de votre médecin traitant ne suffit pas à fonder un licenciement.
- Oublier le délai de douze mois pour contester le licenciement : il court à compter de la réception de la lettre recommandée, même si une procédure sur l'origine professionnelle est pendante devant le pôle social.
Base juridique
Décisions de justice liées
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un licenciement pour inaptitude ?
C'est le licenciement d'un salarié que le médecin du travail a déclaré inapte à son poste, lorsque l'employeur ne peut pas le reclasser, que le salarié refuse le poste proposé ou que l'avis dispense de reclassement. Il suit la procédure du licenciement pour motif personnel et ouvre droit à des indemnités qui varient selon que l'inaptitude est d'origine professionnelle ou non.
Quelle indemnité de licenciement pour inaptitude non professionnelle ?
Vous percevez l'indemnité légale de licenciement, ou l'indemnité conventionnelle si elle est plus favorable, dès huit mois d'ancienneté, ainsi que l'indemnité compensatrice de congés payés. Le préavis n'est ni exécuté ni payé, mais sa durée est prise en compte pour calculer l'ancienneté servant à l'indemnité de licenciement (article L1226-4 du Code du travail).
Comment calculer l'indemnité de licenciement pour inaptitude professionnelle ?
Calculez d'abord l'indemnité légale : un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, puis un tiers de mois au-delà, sur la base la plus favorable des douze ou trois derniers mois. L'indemnité spéciale est égale au double de ce montant, sauf convention plus favorable. S'y ajoute une indemnité égale à l'indemnité compensatrice de préavis (article L1226-14).
Quelle différence entre inaptitude professionnelle et non professionnelle ?
L'inaptitude est professionnelle lorsqu'elle résulte, même en partie, d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle connus de l'employeur. Elle ouvre droit à l'indemnité spéciale doublée, à une indemnité égale au préavis et à une indemnité d'au moins six mois de salaire si le reclassement a été méconnu. Dans les autres cas, l'indemnité est simple et le préavis n'est pas payé.
Peut-on contester un avis d'inaptitude ?
Oui, dans les quinze jours de sa notification, devant le conseil de prud'hommes statuant selon la procédure accélérée au fond (articles L4624-7 et R4624-45). Le conseil peut confier une mesure d'instruction au médecin inspecteur du travail et sa décision remplace l'avis. Passé ce délai, l'avis devient définitif à l'égard des parties et du juge.
Mon employeur doit-il me reclasser après un avis d'inaptitude ?
Oui, sauf si l'avis mentionne expressément que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à votre santé ou que votre état de santé fait obstacle à tout reclassement. L'employeur doit rechercher un poste adapté dans l'entreprise et le groupe en France, en tenant compte des préconisations du médecin du travail et après avis du comité social et économique.
Que se passe-t-il si mon employeur ne fait rien pendant un mois ?
À l'issue d'un délai d'un mois à compter de l'examen médical, si vous n'êtes ni reclassé ni licencié, l'employeur doit reprendre le paiement de votre salaire intégral (articles L1226-4 et L1226-11). Cette obligation vaut aussi en cas d'inaptitude à tout emploi dans l'entreprise. Réclamez les sommes par écrit puis, au besoin, devant le conseil de prud'hommes.
Le préavis est-il payé en cas de licenciement pour inaptitude ?
Non si l'inaptitude est d'origine non professionnelle : le contrat est rompu à la notification et l'inexécution du préavis ne donne pas lieu à indemnité compensatrice. Oui, sous la forme d'une indemnité d'un montant égal, si l'inaptitude est d'origine professionnelle, sauf refus abusif d'un reclassement. Une convention collective peut prévoir mieux.
Ai-je droit au chômage après un licenciement pour inaptitude ?
Oui. Le licenciement, quel qu'en soit le motif, est une privation involontaire d'emploi ouvrant droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi si vous remplissez les conditions d'activité antérieure. Inscrivez-vous auprès de France Travail avec l'attestation employeur et le certificat de travail remis à la fin du contrat.
Combien de temps pour contester un licenciement pour inaptitude ?
Douze mois à compter de la notification du licenciement, c'est-à-dire de la réception de la lettre recommandée (article L1471-1). Les demandes de rappel de salaire, par exemple pour la reprise du paiement après un mois, se prescrivent par trois ans. La contestation de l'avis lui-même doit, elle, intervenir dans les quinze jours.
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