Sources officielleslegifrance.gouv.fr · EUR-Lex
Europaius

Saisie sur salaire : quotité saisissable et procédure

La saisie sur salaire, que l'on appelait autrefois saisie-arrêt, permet à un créancier muni d'un titre exécutoire de se faire payer directement par l'employeur de son débiteur, chaque mois, une partie du salaire. Depuis le 1er juillet 2025, la procédure a profondément changé : la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 et le décret n° 2025-125 du 12 février 2025 ont retiré la saisie des rémunérations au juge et l'ont confiée aux commissaires de justice. Il n'y a plus de requête au greffe ni d'audience de conciliation obligatoire : tout commence par un commandement de payer signifié au salarié, inscrit dans un registre numérique tenu par la Chambre nationale des commissaires de justice, puis par un procès-verbal de saisie adressé à l'employeur.

Ce qui n'a pas changé, c'est la protection du salarié : seule une fraction de la rémunération peut être prélevée, selon le barème de l'article R3252-2 du Code du travail, révisé chaque année, augmenté pour chaque personne à charge, et une somme égale au montant forfaitaire du RSA pour une personne seule reste toujours insaisissable. Ce guide explique, du côté du salarié comme du créancier, comment se déroule la saisie, comment calculer la quotité saisissable, que vérifier dans les actes reçus et comment contester devant le juge de l'exécution. Pour les dettes fiscales ou publiques, voyez plutôt la saisie administrative à tiers détenteur, qui obéit à d'autres règles.

Recouvrement · saisie sur salaire (Code du travail, CPCE)

L'essentiel en bref

Délai
Le salarié qui reçoit un commandement de payer aux fins de saisie des rémunérations dispose d'un mois pour payer ou trouver un accord avec le créancier avant que la saisie puisse être pratiquée entre les mains de l'employeur.
Domaine du droit
Recouvrement · saisie sur salaire (Code du travail, CPCE)
Étapes
Jurisprudence
3
Mise à jour
03/11/2026

Délai

Le salarié qui reçoit un commandement de payer aux fins de saisie des rémunérations dispose d'un mois pour payer ou trouver un accord avec le créancier avant que la saisie puisse être pratiquée entre les mains de l'employeur. Les délais et la juridiction pour contester (juge de l'exécution du domicile du débiteur) sont mentionnés dans le commandement et dans le procès-verbal de saisie ; agissez dès leur réception, car la saisie produit ses effets chaque mois tant qu'elle n'est pas levée. L'employeur doit répondre au commissaire de justice dans les quinze jours de la signification du procès-verbal de saisie et verser ensuite chaque mois la fraction saisissable. Le titre exécutoire d'origine, s'il s'agit d'un jugement, peut être exécuté pendant dix ans (article L111-4 du Code des procédures civiles d'exécution). Les seuils du barème sont révisés chaque année au 1er janvier.

Que faire

  1. Vérifiez que le créancier dispose d'un titre exécutoire. Une saisie sur salaire n'est possible que pour une créance liquide et exigible constatée par un titre exécutoire : jugement ou arrêt exécutoire, ordonnance d'injonction de payer revêtue de la formule exécutoire, acte notarié, titre délivré par un commissaire de justice en cas de chèque impayé, contrainte d'un organisme social. Une simple facture, une mise en demeure ou une lettre d'une société de recouvrement ne suffisent pas. Demandez la copie du titre si elle n'est pas jointe au commandement et vérifiez qu'il vous a bien été signifié. La Cour de cassation rappelle qu'une décision qui se borne à vérifier le montant de la créance dans le cadre d'une procédure de saisie n'est pas elle-même un titre exécutoire permettant d'autres saisies.
  2. Lisez attentivement le commandement de payer. Depuis le 1er juillet 2025, la procédure débute par un commandement de payer aux fins de saisie des rémunérations signifié par un commissaire de justice. Il reproduit le titre, détaille le principal, les intérêts et les frais, et indique qu'à défaut de paiement dans le délai d'un mois la saisie pourra être pratiquée entre les mains de votre employeur. Il précise aussi comment saisir le juge de l'exécution. Le commandement est inscrit dans le registre numérique des saisies des rémunérations tenu par la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ), ce qui permet aux autres créanciers d'en avoir connaissance. Contrôlez le décompte : intérêts au bon taux, sommes déjà réglées, frais justifiés. Une erreur de calcul se discute dès ce stade.
  3. Profitez du mois pour une solution amiable. Pendant le délai d'un mois suivant le commandement, vous pouvez payer, ou proposer au créancier ou à son commissaire de justice un échéancier. L'accord éventuel est constaté par écrit (procès-verbal de conciliation ou accord de paiement) et évite la saisie tant qu'il est respecté. Préparez vos justificatifs : bulletins de salaire, avis d'imposition, charges de loyer, nombre de personnes à charge. Si votre situation est durablement obérée, un dossier de surendettement déposé auprès de la Banque de France peut conduire à la suspension des mesures d'exécution. Si vous ne faites rien, le commissaire de justice dresse le procès-verbal de saisie à l'expiration du délai et le signifie à votre employeur.
  4. Comprenez le rôle de l'employeur et du commissaire de justice répartiteur. Une fois le procès-verbal de saisie signifié, l'employeur (le tiers saisi) doit, dans les quinze jours, déclarer votre situation : existence du contrat, montant de la rémunération, autres saisies ou cessions en cours. Il retient ensuite chaque mois la fraction saisissable et la verse au commissaire de justice désigné. Lorsque plusieurs créanciers saisissent le même salaire, le commissaire de justice premier inscrit au registre devient répartiteur : il reçoit les fonds de l'employeur et les répartit entre les créanciers. L'employeur qui ne retient pas ou ne reverse pas les sommes peut être condamné à les payer lui-même. Il n'a pas le droit de vous sanctionner ni de vous licencier en raison de la saisie.
  5. Calculez la quotité saisissable. Le salaire pris en compte est la rémunération nette, avec ses accessoires et les avantages en nature, après déduction des cotisations sociales et du prélèvement à la source ; les remboursements de frais et les allocations pour charges de famille sont exclus (article L3252-3 du Code du travail). On l'annualise, puis on applique les tranches de l'article R3252-2. Selon la version applicable depuis le 1er janvier 2025 : un vingtième jusqu'à 4 440 euros par an, un dixième de 4 440 à 8 660 euros, un cinquième de 8 660 à 12 890 euros, un quart de 12 890 à 17 090 euros, un tiers de 17 090 à 21 300 euros, deux tiers de 21 300 à 25 600 euros, la totalité au-delà. Exemple : pour 2 000 euros nets par mois, la retenue est d'environ 478 euros. Les seuils sont révisés chaque année : vérifiez le barème en vigueur en 2026.
  6. Faites valoir vos personnes à charge. Chaque seuil du barème est augmenté de 1 720 euros par an (montant applicable depuis le 1er janvier 2025) pour chaque personne à votre charge, sur justification (article R3252-3) : conjoint, partenaire de PACS ou concubin dont les ressources sont inférieures au RSA d'une personne seule, enfant ouvrant droit aux prestations familiales ou pour lequel vous versez une pension alimentaire, ascendant aux faibles ressources vivant avec vous ou que vous aidez. Transmettez sans attendre le livret de famille, les justificatifs de ressources du conjoint ou la décision fixant la pension au commissaire de justice et à l'employeur. Sans justificatif, l'employeur applique le barème sans majoration et la retenue est plus élevée que nécessaire.
  7. Contrôlez la part insaisissable et le cas des pensions alimentaires. Quel que soit le barème, une somme égale au montant forfaitaire du RSA pour un foyer d'une personne doit toujours vous être laissée (articles L3252-3 et R3252-5). Ce plancher joue aussi lorsque le créancier est un parent qui réclame une pension alimentaire : le paiement direct ou la saisie pour pension peut alors porter sur toute la partie du salaire qui excède ce montant, au-delà du barème (article L3252-5). Si votre salaire est viré sur un compte bancaire lui-même saisi, la banque doit en outre laisser à disposition le solde bancaire insaisissable, sans demande de votre part. Conservez vos bulletins de paie pour vérifier chaque retenue.
  8. Contestez devant le juge de l'exécution si nécessaire. Le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de votre domicile tranche les contestations relatives à la saisie : absence ou irrégularité du titre, prescription, erreur de décompte, mauvaise application du barème, saisie disproportionnée (article L213-6 du Code de l'organisation judiciaire). Il est saisi par assignation ou, selon les cas, par requête ; la représentation par avocat n'est pas obligatoire pour une créance de faible montant, mais elle est recommandée. Joignez le titre, le commandement, le procès-verbal de saisie, vos bulletins et les justificatifs de charges. Le juge peut ordonner la mainlevée, cantonner la saisie ou accorder des délais de paiement dans la limite de deux ans.
  9. Suivez la fin de la saisie. La saisie se poursuit jusqu'au paiement complet du principal, des intérêts et des frais. Demandez régulièrement un décompte au commissaire de justice répartiteur. Une fois la dette soldée, il notifie la mainlevée à l'employeur, qui cesse les retenues. En cas de changement d'employeur, la saisie ne suit pas automatiquement : le créancier doit la reporter sur le nouvel employeur, ce qui suppose une nouvelle formalité inscrite au registre. Si des sommes ont été prélevées en trop, réclamez-les par écrit au commissaire de justice, puis au juge de l'exécution. Gardez tous les actes : ils prouvent les paiements et vous protègent contre une nouvelle poursuite pour la même dette.

Points de vigilance

Base juridique

8

Décisions de justice liées

3
La pension d'invalidité versée par la Commission européenne à un ancien fonctionnaire domicilié en France est saisissable dans les conditions et limites du droit français et peut faire l'objet d'une saisie des rémunérations selon les articles L3252-1 et suivants du Code du travail.
Le jugement rendu dans la procédure de saisie des rémunérations, qui se borne à vérifier le montant de la créance et à trancher les contestations, ne constitue pas un titre exécutoire et ne peut fonder une autre mesure d'exécution forcée.
La banque saisie doit laisser au débiteur une somme égale au RSA d'une personne seule (article L162-2 CPCE) ; un solde inférieur à cette somme n'empêche pas la saisie-attribution de produire son effet d'indisponibilité ni de faire courir le délai d'opposition.

Questions fréquentes

10
Comment se passe une saisie sur salaire depuis le 1er juillet 2025 ?

Le créancier muni d'un titre exécutoire charge un commissaire de justice, qui vous signifie un commandement de payer inscrit au registre numérique de la Chambre nationale des commissaires de justice. Faute de paiement ou d'accord dans le mois, il dresse un procès-verbal de saisie signifié à votre employeur, qui retient chaque mois la fraction saisissable et la verse au commissaire de justice répartiteur. Le juge n'intervient plus qu'en cas de contestation.

Quelle est la quotité saisissable en 2026 ?

Elle dépend du barème de l'article R3252-2 du Code du travail, révisé chaque 1er janvier. Dans la version applicable depuis 2025, le prélèvement va d'un vingtième jusqu'à 4 440 euros nets annuels à la totalité au-delà de 25 600 euros, avec 1 720 euros de plus par seuil et par personne à charge. Vérifiez sur Légifrance le décret de revalorisation applicable en 2026.

Comment calculer une saisie sur salaire ?

Prenez le salaire net mensuel après cotisations et prélèvement à la source, multipliez-le par douze, appliquez à chaque tranche annuelle la fraction du barème, additionnez puis divisez par douze. Majorez chaque seuil pour vos personnes à charge. Vérifiez enfin qu'il vous reste au moins le montant forfaitaire du RSA pour une personne seule. Pour 2 000 euros nets sans personne à charge, la retenue est d'environ 478 euros par mois selon le barème 2025.

Quelle somme est insaisissable sur un salaire ?

Une somme égale au montant forfaitaire du revenu de solidarité active pour une personne seule doit toujours vous être laissée, même lorsque le créancier réclame une pension alimentaire (articles L3252-3 et R3252-5 du Code du travail). Ce montant est revalorisé chaque 1er avril : consultez le montant en vigueur au jour de la retenue.

Mon employeur peut-il me licencier à cause d'une saisie sur salaire ?

Non. La saisie concerne votre dette personnelle et ne constitue pas un motif de licenciement ni de sanction. L'employeur a seulement l'obligation de déclarer votre situation au commissaire de justice, de retenir la fraction saisissable et de la reverser. Une sanction fondée sur la saisie serait discriminatoire et contestable devant le conseil de prud'hommes.

Qui est le commissaire de justice répartiteur ?

C'est le commissaire de justice qui reçoit les sommes retenues par l'employeur et les distribue entre les créanciers lorsque plusieurs saisies portent sur le même salaire. Il est désigné grâce au registre numérique des saisies des rémunérations : c'est en principe celui du premier créancier inscrit. Adressez-lui vos demandes de décompte, de justification des paiements et de mainlevée.

Comment contester une saisie sur salaire ?

Saisissez le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de votre domicile, dans les délais indiqués sur le commandement et le procès-verbal de saisie. Vous pouvez contester le titre, la prescription, le décompte ou l'application du barème. Joignez le titre, les actes reçus, vos bulletins de paie et les justificatifs de charges. Le juge peut lever ou cantonner la saisie et accorder des délais de paiement.

Peut-on éviter une saisie sur salaire en proposant un échéancier ?

Oui. Pendant le mois qui suit le commandement de payer, vous pouvez proposer un échéancier au créancier ou à son commissaire de justice. L'accord constaté par écrit évite la saisie tant qu'il est respecté. À défaut d'accord, le juge de l'exécution peut aussi accorder des délais de paiement, dans la limite de deux ans, au vu de votre situation.

Quelle différence entre saisie sur salaire et saisie à tiers détenteur ?

La saisie sur salaire suppose un titre exécutoire et l'intervention d'un commissaire de justice. La saisie administrative à tiers détenteur est utilisée par les comptables publics pour les impôts, amendes et créances publiques : elle est adressée directement à l'employeur ou à la banque et se conteste d'abord auprès de l'administration. Dans les deux cas, la quotité saisissable du Code du travail s'applique au salaire.

La saisie sur salaire s'applique-t-elle aux allocations chômage et aux pensions ?

Les revenus de remplacement, comme les allocations chômage et les pensions de retraite ou d'invalidité, sont saisissables dans les mêmes limites que les salaires. La Cour de cassation a ainsi admis en 2026 la saisie d'une pension d'invalidité européenne d'un résident français selon le barème du Code du travail. Certaines prestations sociales, comme le RSA, restent en revanche insaisissables.

Guide juridique – fiches pratiques

6
Recouvrement · injonction de payer (Code de procédure civile)
Recouvrement · saisies et exécution forcée (CPCE)
Recouvrement · prescription des créances (Code civil)
Recouvrement · surendettement (Code de la consommation)
Recouvrement · cautionnement (Code civil)
Recouvrement · lettre de change (Code de commerce)

Analyser mon document →Guide juridiqueModèles de contratsPage d'accueil du pays

Mise à jour: · Sources: Article L3252-2 du Code du travail – Proportion saisissable de la rémunération, Article L3252-3 du Code du travail – Rémunération prise en compte et fraction insaisissable, Article L3252-5 du Code du travail – Prélèvement direct des pensions alimentaires, Article R3252-2 du Code du travail – Barème de la quotité saisissable, legifrance.gouv.fr, EUR-Lex

Les explications sont générées à partir du texte officiel et sont indicatives ; seul le texte intégral, vers lequel chaque page renvoie, fait foi. Europaius fournit des informations juridiques, et non des services d'avocat.