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Obtenir réparation d'un dommage : faute, preuve, délais

Un voisin a endommagé votre toiture, un chien vous a mordu, un enfant a brisé une vitrine, un artisan étranger au contrat a provoqué un dégât des eaux : dans toutes ces situations, la victime peut réclamer la réparation de son dommage à la personne responsable, et souvent directement à son assureur. Pour les faits survenus depuis le 1er janvier 2025, la matière est réglée par le livre 6 du Code civil, « La responsabilité extracontractuelle », qui remplace les anciens articles 1382 à 1386bis ; pour les faits antérieurs, ces anciens articles continuent de s'appliquer. Le principe reste simple : toute personne est responsable du dommage qu'elle cause à autrui par sa faute (article 6.5). Il faut donc établir trois éléments : une faute ou un autre fait générateur (vice d'une chose, animal, fait d'un enfant ou d'un préposé), un dommage certain, et un lien causal entre les deux. Cette fiche explique comment rassembler la preuve, chiffrer le préjudice, actionner l'assurance responsabilité civile familiale du responsable, puis, à défaut d'accord, saisir le juge de paix, le tribunal de police ou le tribunal de première instance dans les délais. Elle vise les particuliers victimes d'un dommage matériel, corporel ou moral en dehors de tout contrat avec l'auteur.

Responsabilité – dommages et intérêts

L'essentiel en bref

Délai
L'action en réparation d'un dommage extracontractuel se prescrit en principe par cinq ans à partir du jour qui suit celui où la victime a eu connaissance du dommage et de l'identité du responsable, et en tout cas par vingt ans à…
Domaine du droit
Responsabilité – dommages et intérêts
Étapes
Jurisprudence
4
Mise à jour
03/11/2026

Délai

L'action en réparation d'un dommage extracontractuel se prescrit en principe par cinq ans à partir du jour qui suit celui où la victime a eu connaissance du dommage et de l'identité du responsable, et en tout cas par vingt ans à partir du fait qui a provoqué le dommage (article 2262bis de l'ancien Code civil).

D'autres délais comptent : la déclaration du sinistre à votre propre assureur doit se faire dès que possible ; pour un produit défectueux, l'action se prescrit par trois ans à compter du jour où vous avez eu connaissance du dommage, du défaut et du producteur, et s'éteint dix ans après la mise en circulation du produit (article 6.52). Si le fait constitue aussi une infraction, la constitution de partie civile reste possible tant que l'affaire pénale est pendante. Le livre 6 s'applique aux faits survenus à partir du 1er janvier 2025 ; un accident antérieur reste régi par l'ancien Code civil, même si le procès a lieu aujourd'hui.

Que faire

  1. Fixez les preuves dès le jour du dommage.

    Photographiez les dégâts et les lieux (avec la date), conservez l'objet endommagé, notez les noms et coordonnées des témoins et demandez-leur une attestation écrite, datée et signée, accompagnée d'une copie de leur carte d'identité. En cas de blessure, consultez un médecin le jour même et demandez un certificat décrivant les lésions et l'incapacité. Si la police intervient, demandez le numéro du procès-verbal ; la copie peut ensuite être demandée au parquet.

    Pour un dommage important ou contesté (fissures, infiltration, incendie), un constat d'huissier de justice, quelques centaines d'euros en pratique, fixe objectivement l'état des lieux. Celui qui réclame doit prouver les faits qu'il invoque avec un degré raisonnable de certitude (articles 8.4 et 8.5 du Code civil) : sans preuve recueillie à temps, la demande risque d'échouer.

  2. Identifiez le fondement de la responsabilité.

    Le cas de base est la faute (article 6.5) : la violation d'une règle légale précise (code de la route, règlement communal) ou de la norme générale de prudence, c'est-à-dire le comportement qu'aurait eu une personne prudente et raisonnable dans les mêmes circonstances (article 6.6). Plusieurs régimes dispensent la victime de prouver une faute : les parents répondent sans faute du dommage causé par un mineur de moins de seize ans (article 6.12), le gardien d'un animal du dommage causé par celui-ci (article 6.17), le gardien d'une chose affectée d'un vice (article 6.16), l'employeur du dommage causé par son préposé dans l'exercice de ses fonctions (article 6.14).

    Choisir le bon fondement simplifie la preuve. Si plusieurs personnes ont contribué au dommage, elles sont tenues in solidum (article 6.19) : vous pouvez réclamer le tout à chacune.

  3. Établissez le lien causal.

    Un fait est la cause du dommage s'il en est une condition nécessaire : sans ce fait, le dommage ne se serait pas produit tel qu'il s'est produit (article 6.18). Ce lien est souvent discuté par l'assureur adverse, en particulier pour les dommages corporels (pathologie antérieure, autre accident). Rassemblez donc ce qui permet de relier les deux : chronologie, rapport d'un expert ou d'un technicien, avis du médecin traitant.

    Attention à votre propre comportement : si une faute de votre part a contribué au dommage (par exemple traverser hors passage pour piétons ou ne pas tenir votre chien en laisse), votre indemnité sera réduite dans la mesure de cette contribution (article 6.20). Les usagers faibles de la route (piétons, cyclistes) bénéficient toutefois d'un régime d'indemnisation automatique de leurs dommages corporels par l'assureur du véhicule impliqué.

  4. Chiffrez votre dommage poste par poste.

    Le dommage réparable est la conséquence économique ou non économique d'une atteinte à un intérêt protégé, à condition d'être certain (articles 6.24 et 6.25). Le responsable doit réparer intégralement (article 6.30), en nature ou par des dommages et intérêts (article 6.31). Distinguez : frais de réparation ou valeur de remplacement d'un bien, moins-value éventuelle (article 6.38), frais médicaux, pertes de revenus, incapacité temporaire puis permanente, aide de tiers, préjudice moral et esthétique, frais de déplacement.

    Joignez à chaque poste une pièce : devis, factures, fiches de paie, attestations de mutuelle. Pour les dommages corporels, les juridictions s'inspirent du « tableau indicatif » publié par les magistrats, qui propose des montants forfaitaires par jour d'incapacité ; ces montants sont régulièrement révisés. Les indemnités déjà versées pour réparer le même dommage (mutuelle, assurance) sont déduites (article 6.35).

  5. Adressez une mise en demeure au responsable et à son assureur.

    Envoyez une lettre recommandée au responsable décrivant les faits, le fondement de sa responsabilité, le montant réclamé et un délai de paiement (par exemple quinze jours), avec copie des pièces. Demandez-lui le nom de son assureur responsabilité civile familiale (RC vie privée) : cette assurance, très répandue mais non obligatoire, couvre les dommages causés aux tiers par l'assuré, ses enfants et ses animaux dans la vie privée.

    La victime dispose d'un droit propre contre l'assureur du responsable (article 150 de la loi du 4 avril 2014 relative aux assurances) : vous pouvez lui écrire directement, et l'indemnité qu'il doit vous revient à l'exclusion des autres créanciers de l'assuré. Si le responsable est inconnu ou non assuré pour un accident de la circulation, le Fonds commun de garantie belge intervient ; pour une agression, la Commission pour l'aide financière aux victimes d'actes intentionnels de violence peut accorder une aide.

  6. Vérifiez vos propres assurances.

    Avant d'agir seul, relisez vos contrats : l'assurance incendie habitation couvre souvent le dégât des eaux ou le bris de vitre, puis se retourne contre le responsable ; l'assurance protection juridique (souvent incluse dans la RC familiale ou l'assurance auto) prend en charge les frais d'avocat, d'expert et d'huissier jusqu'à un plafond, et vous laisse en principe le libre choix de l'avocat dès qu'une procédure judiciaire est envisagée.

    Déclarez le sinistre rapidement et conservez la preuve de la déclaration. Si votre assureur vous indemnise, il est subrogé dans vos droits pour ce montant : vous ne pouvez plus réclamer deux fois le même poste, mais vous gardez le droit de poursuivre le responsable pour la franchise et les postes non couverts (préjudice moral, par exemple).

  7. Tentez une solution amiable ou une médiation.

    La plupart des dossiers se règlent par une transaction avec l'assureur. Avant de signer une quittance « pour solde de tout compte », vérifiez qu'elle couvre tous les postes et, pour un dommage corporel, que votre état est consolidé : après signature, il est très difficile de rouvrir le dossier, sauf aggravation ou dommage nouveau (article 6.37). Pour un dommage corporel sérieux, demandez une expertise médicale amiable contradictoire, avec un médecin-conseil de votre côté.

    Si la discussion bloque, l'Ombudsman des Assurances examine gratuitement les plaintes contre un assureur. Vous pouvez aussi proposer une médiation par un médiateur agréé par la Commission fédérale de médiation : l'accord signé peut être homologué par le juge.

  8. Saisissez le tribunal compétent.

    Le juge de paix du domicile du défendeur ou du lieu du dommage connaît des demandes jusqu'à 5 000 € ; au-delà, c'est le tribunal de première instance. Les demandes nées d'un accident de la circulation relèvent du tribunal de police, quel que soit le montant. L'affaire s'introduit en principe par citation signifiée par un huissier de justice (de l'ordre de 200 à 400 € en pratique) ; devant le juge de paix, une requête conjointe ou une comparution volontaire est possible si l'adversaire est d'accord. Le droit de mise au rôle est en principe de 50 € devant le juge de paix et le tribunal de police, et de 165 € devant le tribunal de première instance.

    Le juge peut ordonner une expertise judiciaire, dont les frais sont avancés par le demandeur. La partie qui perd paie en principe l'indemnité de procédure de l'autre. Si vos revenus sont faibles, demandez l'aide juridique de deuxième ligne au bureau d'aide juridique de l'arrondissement et l'assistance judiciaire pour les frais d'huissier et d'expert.

  9. Exécutez le jugement et suivez l'indemnisation.

    Une fois le jugement signifié par huissier, le responsable ou son assureur doit payer l'indemnité, augmentée des intérêts compensatoires depuis le jour du dommage et des intérêts moratoires à partir du jugement. À défaut de paiement, l'huissier peut pratiquer une saisie sur les biens ou le salaire du débiteur. L'appel est possible dans le mois de la signification du jugement.

    Si votre état de santé s'aggrave après le jugement ou la transaction, ou si un nouveau dommage apparaît, une nouvelle demande reste possible pour ce dommage nouveau. Conservez donc l'ensemble du dossier médical et des pièces pendant plusieurs années.

Points de vigilance

Base juridique

9
art. 150 – Cette loi vise à protéger les droits des personnes impliquées dans des contrats d'assurance et à encadrer l'activité des assureurs et intermédiaires…

Décisions de justice liées

4
Le demandeur en réparation doit prouver le lien causal (sans la faute, le dommage ne se serait pas produit tel qu'il s'est produit) ; il peut se contenter de la vraisemblance pour les faits négatifs ou difficiles à prouver.
Pour apprécier le lien causal, le juge reconstruit le cours des événements en omettant la faute, sans modifier les autres circonstances dans lesquelles le dommage est survenu.
La perte d'une chance réelle d'obtenir un avantage ou d'éviter un désavantage est indemnisable lorsqu'elle est causée par une faute.
Le dommage consiste en l'atteinte à tout intérêt ou la perte de tout avantage légitime ; la victime doit se trouver après le fait dans une situation moins favorable qu'avant.

Questions fréquentes

8
Le livre 6 du Code civil s'applique-t-il à mon accident de 2024 ?

Non. Le livre 6 s'applique aux faits pouvant générer une responsabilité survenus après son entrée en vigueur, le 1er janvier 2025, et pas aux effets futurs de faits antérieurs. Un dommage causé en 2024 reste régi par les anciens articles 1382 à 1386bis du Code civil, même si vous introduisez la procédure aujourd'hui. Les principes sont proches, mais certaines règles (responsabilité des parents, choses vicieuses) ont changé.

Le chien de mon voisin m'a mordu : dois-je prouver une faute ?

Non. Le gardien d'un animal est responsable sans faute du dommage causé par celui-ci, et le propriétaire est présumé gardien. Vous devez seulement prouver la morsure, votre dommage et le lien entre les deux. Réclamez l'indemnisation à l'assurance RC familiale du voisin, qui couvre normalement les animaux domestiques.

Un enfant de dix ans a rayé ma voiture. Qui paie ?

Les parents d'un mineur de moins de seize ans sont responsables sans faute du dommage qu'il cause à des tiers par sa faute ou un autre fait générateur. Vous pouvez donc vous adresser directement aux parents et à leur assurance RC familiale. Pour un mineur de seize ans ou plus, les parents peuvent s'exonérer en prouvant que le dommage ne trouve pas sa cause dans une faute de leur part.

Combien vaut un jour d'incapacité ou un préjudice moral ?

Il n'existe pas de barème légal. Les juges s'inspirent du tableau indicatif élaboré par les magistrats, qui propose des montants forfaitaires par jour d'incapacité temporaire et par point d'invalidité permanente, selon l'âge. Ces montants sont révisés périodiquement ; l'assureur doit les justifier, et vous pouvez demander une évaluation au cas par cas si votre situation sort de l'ordinaire.

Puis-je écrire directement à l'assureur du responsable ?

Oui. La loi du 4 avril 2014 relative aux assurances donne à la personne lésée un droit propre contre l'assureur responsabilité civile. Vous pouvez donc lui adresser votre réclamation et, au besoin, l'assigner directement en justice. Demandez au responsable le nom de son assureur et le numéro de police ; s'il refuse, une mise en demeure ou la procédure judiciaire l'obligera à le communiquer.

J'ai moi-même commis une petite imprudence. Est-ce que je perds tout ?

Non. Si votre propre fait est l'une des causes du dommage, votre droit à réparation est réduit dans la mesure où ce fait a contribué au dommage. Le juge partage les responsabilités, par exemple deux tiers à la charge du responsable et un tiers pour vous. Vous ne perdez tout que si vous avez commis une faute intentionnelle à l'origine de votre propre dommage.

Une branche de l'arbre du voisin est tombée sur ma voiture. Est-il responsable ?

Si l'arbre était malade ou mal entretenu, il présentait un vice : le gardien d'une chose affectée d'un vice est responsable sans faute du dommage causé. Si l'arbre était sain et que la chute est due à une tempête exceptionnelle, le voisin peut invoquer la force majeure. Faites constater l'état du tronc rapidement, par photos ou constat d'huissier, avant qu'il soit débité.

Combien de temps ai-je pour réclamer après un accident ?

En principe cinq ans à partir du lendemain du jour où vous avez connu le dommage et l'identité du responsable, et au maximum vingt ans à partir du fait dommageable. Pour un dommage corporel qui se révèle tard, le délai de cinq ans ne court qu'à partir de la connaissance du dommage. Une lettre que vous envoyez vous-même n'interrompt pas la prescription ; une citation en justice ou une reconnaissance de responsabilité le fait, et une mise en demeure envoyée par un avocat ou un huissier selon l'article 2244 de l'ancien Code civil l'interrompt une fois, pour un an.

Guide juridique – fiches pratiques

6
Dettes – recours contre une condamnation à payer
Logement – bail de résidence principale
Dettes – saisies et exécution forcée
Consommation – garantie et produits défectueux

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Mise à jour: · Sources: Code civil, art. 6.5 – Responsabilité pour faute, Code civil, art. 6.6 – Définition de la faute, Code civil, art. 6.18 – Lien causal (condition nécessaire), Code civil, art. 6.20 – Faute de la personne lésée, ejustice.just.fgov.be, EUR-Lex

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