Rupture conventionnelle : procédure, délais, indemnité
La rupture conventionnelle permet à l'employeur et au salarié en contrat à durée indéterminée de mettre fin d'un commun accord au contrat de travail. Elle est exclusive du licenciement et de la démission et ne peut être imposée par aucune des parties (article L1237-11 du Code du travail). La procédure est encadrée pour garantir la liberté du consentement : un ou plusieurs entretiens, une convention signée qui fixe l'indemnité et la date de rupture, un délai de rétractation de quinze jours calendaires, puis l'homologation par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), qui dispose de quinze jours ouvrables pour se prononcer.
Pour le salarié, l'intérêt principal tient à deux éléments : une indemnité spécifique au moins égale à l'indemnité légale de licenciement, et l'accès aux allocations chômage, refusé en principe en cas de démission. Pour l'employeur, la rupture est plus sûre qu'un licenciement, mais elle a un coût social : la contribution patronale sur la part exonérée de l'indemnité.
Ce guide suit la procédure étape par étape, du premier entretien au dernier jour de travail. Il indique comment calculer l'indemnité minimale, comment se rétracter, ce que vérifie l'administration, les conséquences sur le chômage et comment contester la convention devant le conseil de prud'hommes dans le délai de douze mois suivant l'homologation.
L'essentiel en bref
Délai
Chaque partie dispose de quinze jours calendaires à compter de la signature de la convention pour se rétracter, par lettre attestant de sa date de réception (article L1237-13 du Code du travail). La demande d'homologation ne peut être envoyée qu'après ce délai ; la DREETS a ensuite quinze jours ouvrables à compter de sa réception pour statuer, son silence valant homologation (article L1237-14). La date de rupture ne peut être antérieure au lendemain de l'homologation. Tout recours contre la convention ou l'homologation doit être formé devant le conseil de prud'hommes dans les douze mois suivant la date d'homologation.
Que faire
- Vérifiez que la rupture conventionnelle est possible et adaptée. Elle ne concerne que le contrat à durée indéterminée ; un CDD ou une période d'essai obéissent à d'autres règles. Elle suppose un accord réel : l'employeur ne peut pas l'imposer pour éviter un licenciement, et vous ne pouvez pas l'exiger. Un différend entre les parties n'empêche pas de la conclure, mais une pression, un harcèlement ou une menace peuvent vicier votre consentement et entraîner la nullité. Avant de proposer ou d'accepter, comparez avec les autres issues : un licenciement économique ouvre droit au contrat de sécurisation professionnelle et à la priorité de réembauche, une inaptitude d'origine professionnelle à une indemnité doublée. Pour un salarié protégé, l'autorisation de l'inspecteur du travail remplace l'homologation.
- Préparez et tenez le ou les entretiens. Les parties conviennent du principe de la rupture lors d'un ou plusieurs entretiens (article L1237-12). Vous pouvez vous faire assister par un salarié de l'entreprise, représentant du personnel ou non, ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller du salarié inscrit sur la liste préfectorale. Prévenez l'employeur si vous venez accompagné : il peut alors lui aussi se faire assister. Aucun délai minimal n'est imposé entre l'entretien et la signature, l'essentiel étant que l'entretien ait eu lieu avant. Arrivez avec un calcul de l'indemnité minimale, une proposition de date de départ, la question des congés payés restants et, le cas échéant, celle de la clause de non-concurrence.
- Calculez l'indemnité spécifique minimale. Elle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (article L1237-13) : un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, puis un tiers de mois au-delà, sur la base la plus favorable de la moyenne des douze ou des trois derniers mois (articles L1234-9 et R1234-2). Les années incomplètes sont prises en compte au prorata. Lorsque l'employeur relève d'une branche couverte par l'accord national interprofessionnel du 11 janvier 2008 et son avenant de 2009, l'indemnité doit atteindre l'indemnité conventionnelle de licenciement si celle-ci est plus élevée. Rien n'empêche de négocier davantage : c'est souvent le seul point réellement négociable.
- Signez la convention et gardez votre exemplaire. La convention fixe le montant de l'indemnité et la date de rupture, qui ne peut être antérieure au lendemain de l'homologation. Depuis le 1er avril 2022, la demande d'homologation est en principe saisie en ligne sur le téléservice TéléRC, le formulaire papier Cerfa n° 14598 n'étant admis que si une partie n'est pas en mesure de l'utiliser. Datez et signez chaque exemplaire et vérifiez qu'un exemplaire vous est remis le jour même : sans cette remise, que l'employeur doit prouver, la convention est nulle, car vous ne pouvez ni exercer utilement votre droit de rétractation ni demander vous-même l'homologation.
- Utilisez, si besoin, le délai de rétractation de quinze jours calendaires. Il court à compter du lendemain de la signature par les deux parties ; s'il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié, il est prorogé au premier jour ouvrable suivant. La rétractation n'a pas à être motivée. Envoyez-la par lettre recommandée avec avis de réception ou remettez-la en main propre contre décharge, de manière à prouver la date à laquelle l'employeur l'a reçue. Après rétractation, le contrat se poursuit normalement. Pendant ce délai et jusqu'à la date de rupture, vous restez salarié : l'employeur peut encore vous licencier pour faute grave en raison de manquements survenus ou découverts entre-temps.
- Faites homologuer la convention. À l'issue du délai de rétractation, la partie la plus diligente adresse la demande à la DREETS du lieu où est établi l'employeur (articles L1237-14 et R1237-3). L'administration vérifie la liberté du consentement, le respect de la procédure et le montant minimal de l'indemnité ; elle dispose de quinze jours ouvrables à compter de la réception de la demande. Sans réponse dans ce délai, l'homologation est réputée acquise. Une demande envoyée avant la fin du délai de rétractation ou une indemnité inférieure au minimum entraîne un refus : il faut alors corriger et recommencer. Conservez l'accusé de réception du téléservice et la décision ou la date d'homologation implicite.
- Organisez le départ et contrôlez le solde de tout compte. Le contrat prend fin à la date prévue dans la convention. Vous devez recevoir l'indemnité spécifique, l'indemnité compensatrice de congés payés, le salaire jusqu'au départ, le certificat de travail, l'attestation destinée à France Travail et le reçu pour solde de tout compte. Une partie de l'indemnité est exonérée d'impôt et de cotisations dans des limites légales ; sur cette part, l'employeur paie une contribution patronale spécifique, fixée à 30 % depuis le 1er septembre 2023 : vérifiez sur le site de l'Urssaf le taux applicable à la date de votre rupture, ce taux ayant été remis en discussion pour 2026. Le solde de tout compte signé devient libératoire pour les sommes qui y figurent après six mois.
- Inscrivez-vous à France Travail. La rupture conventionnelle ouvre droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi dans les mêmes conditions qu'un licenciement (article L5422-1). Inscrivez-vous rapidement après la fin du contrat avec l'attestation employeur. L'indemnisation ne démarre qu'après un délai d'attente de sept jours, un différé lié aux congés payés indemnisés et, si votre indemnité dépasse le minimum légal, un différé spécifique plafonné. Si vous approchez de l'âge de la retraite, la part exonérée de l'indemnité est réduite : faites calculer le net avant de signer. Une indemnité de rupture plus élevée peut donc retarder le premier versement, mais ne réduit pas la durée de vos droits.
- Contestez devant le conseil de prud'hommes dans les douze mois. Tout litige sur la convention, l'homologation ou le refus d'homologation relève exclusivement du conseil de prud'hommes, saisi par requête (formulaire Cerfa n° 15586) avant l'expiration de douze mois à compter de la date d'homologation (article L1237-14). Vous pouvez invoquer un vice du consentement (violence morale, harcèlement, pressions, dol), l'absence de remise d'un exemplaire ou une fraude. La nullité produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse ; vous restituez alors l'indemnité spécifique, déduite des sommes allouées. À l'inverse, si la nullité résulte d'un vice de votre fait, par exemple une dissimulation intentionnelle envers l'employeur, la rupture produit les effets d'une démission.
Points de vigilance
- Signer sans recevoir d'exemplaire de la convention : la remise conditionne l'exercice du droit de rétractation ; à défaut, la convention est nulle, mais il faudra le faire juger.
- Accepter une indemnité inférieure au minimum légal ou conventionnel : la DREETS refuse l'homologation, ou vous perdez la différence si l'erreur n'est pas détectée.
- Fixer une date de départ antérieure au lendemain de l'homologation : la convention est refusée et la procédure doit être recommencée.
- Croire que la signature met fin au contrat : jusqu'à la date de rupture, vous restez soumis au pouvoir disciplinaire, y compris à un licenciement pour faute grave.
- Dissimuler à l'employeur une information déterminante, comme un projet concurrent : la convention peut être annulée pour dol et produire les effets d'une démission, avec indemnité de préavis à payer.
- Laisser passer douze mois après l'homologation : toute contestation de la convention devient irrecevable, même en cas de pression avérée.
- Signer sous la pression d'un conflit grave ou d'un harcèlement sans en garder la trace : la preuve du vice du consentement vous incombe.
Base juridique
Décisions de justice liées
Questions fréquentes
Comment se passe une rupture conventionnelle ?
Employeur et salarié se rencontrent lors d'un ou plusieurs entretiens, signent une convention fixant l'indemnité et la date de départ, disposent ensuite de quinze jours calendaires pour se rétracter, puis la demande d'homologation est déposée en ligne auprès de la DREETS, qui a quinze jours ouvrables pour répondre. Le contrat prend fin au plus tôt le lendemain de l'homologation.
Quel est le montant minimum de l'indemnité de rupture conventionnelle ?
Au moins l'indemnité légale de licenciement : un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, puis un tiers de mois par année au-delà, calculée sur la moyenne la plus favorable des douze ou trois derniers mois. Dans les branches couvertes par l'accord interprofessionnel de 2008, l'indemnité conventionnelle de licenciement s'impose si elle est plus élevée.
Quel est le délai total d'une rupture conventionnelle ?
Comptez au minimum un mois environ : quinze jours calendaires de rétractation après la signature, puis quinze jours ouvrables d'instruction par la DREETS, la rupture intervenant au plus tôt le lendemain de l'homologation. Les entretiens préalables et la négociation s'y ajoutent. Il n'y a pas de préavis à exécuter : la date de départ est celle fixée dans la convention.
Peut-on se rétracter après avoir signé une rupture conventionnelle ?
Oui, chaque partie peut se rétracter sans motif pendant quinze jours calendaires à compter de la signature, par lettre dont la date de réception est certaine, recommandée avec avis de réception ou remise contre décharge (article L1237-13). Après ce délai, seule une action devant le conseil de prud'hommes, fondée par exemple sur un vice du consentement, permet de remettre la convention en cause.
A-t-on droit au chômage après une rupture conventionnelle ?
Oui. L'article L5422-1 du Code du travail assimile la rupture conventionnelle homologuée à une privation d'emploi ouvrant droit à l'allocation d'assurance chômage, sous les conditions habituelles d'affiliation. Le premier versement peut être retardé par le délai d'attente, le différé congés payés et, lorsque l'indemnité dépasse le minimum légal, un différé spécifique.
L'employeur peut-il refuser une rupture conventionnelle ?
Oui. La rupture conventionnelle repose sur l'accord des deux parties et ne peut être imposée ni par l'employeur ni par le salarié (article L1237-11). Si l'employeur refuse, il vous reste la démission, avec préavis et sans chômage sauf cas particuliers, ou, si l'employeur manque gravement à ses obligations, la prise d'acte ou la résiliation judiciaire.
Combien coûte une rupture conventionnelle à l'employeur ?
L'indemnité spécifique négociée, au moins égale au minimum légal ou conventionnel, l'indemnité compensatrice de congés payés et une contribution patronale sur la part de l'indemnité exonérée de cotisations, fixée à 30 % depuis le 1er septembre 2023. Le taux applicable aux ruptures de 2026 doit être vérifié auprès de l'Urssaf, une hausse ayant été discutée dans le cadre du budget de la sécurité sociale.
Peut-on signer une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ?
La loi ne l'interdit pas, et la Cour de cassation admet la rupture conventionnelle pendant une suspension du contrat, y compris après un avis d'inaptitude consécutif à un accident du travail, sauf fraude ou vice du consentement. Soyez vigilant : vous pouvez perdre des indemnités propres à l'inaptitude professionnelle, plus favorables que l'indemnité spécifique minimale.
Que vérifie la DREETS lors de l'homologation ?
Elle contrôle le respect de la procédure, notamment la tenue d'au moins un entretien et l'écoulement du délai de rétractation, le montant minimal de l'indemnité, la date de rupture postérieure à l'homologation et la liberté du consentement des parties (article L1237-14). Son silence pendant quinze jours ouvrables vaut homologation ; un refus peut être contesté devant le conseil de prud'hommes.
Comment contester une rupture conventionnelle ?
En saisissant le conseil de prud'hommes dans les douze mois suivant la date d'homologation. Vous devez prouver un vice du consentement, une fraude ou une irrégularité substantielle, comme l'absence de remise d'un exemplaire. Si la convention est annulée à cause de l'employeur, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse et l'indemnité perçue est déduite.
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